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TA
S48
SOCIÉTÉ
DBS
INGÉNIEURS CIVILS
ANNÉE 1886
La Société n'esl pas solidaire des opinions émises par ses Membres
dans les discussions, ni responsable des Notes ou Hémoires publiés dans
le BulUtin.
MÉMOIRES
KT
COMPTE RENDU DES TRAVAUX
DE LA
SOCIÉTÉ
DES
INGÉNIEURS CIVILS
FONDÉE LE 4 MARS 1848
REGONRUK d'UTUITÉ PUBLIQUK PAR DÉGRBT DU 22 DltoEMBRE 1860
AUnVBES i885
DEUXIÈMB VOLUME
PARIS
SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ
10, Olti RODOBHONT, 10
1885
MÉMOIRES
BT
COMPTE RENDU DES TRAVAUX
US UL
SOcnfSTii DES XMOiSinBVRS 6IVIUI
JUILLET 1885
K* T
Sommaire des séances du mois de juillet :
1* Observations de M. Quéniel au sujet de la communication de
M. de Bruignac sur les hélices propulsives^ réponse de M. de Bruignac
et remarque de M. de Comberousse (séance du 3 juillet, page 8) ;
2* Décès de M. Henri Tresca (séance du 3 juillet, page 9) ;
3"" Lettre de M. Fabry, président de l'Union des Ingénieurs sortis des
écoles spéciales de Louvain et extrait d*une lettre de M. de Matthys,
président de l'Association des Ingénieurs sortis des écoles spéciales
de Gand, au sujet du décès de M. Tresca (séance du 3 juillet, pages
9 et 10);
4* Décès de M. Husquin de Rbéyille fils, attaché au secrétariat de la
Société (séance du 3 juillet, page 10);
S"" Lettre de M. Bômches (séance du 3 juillet, page 10] ;
& Lettre de M. Francisque Reymond (séance du 3 juillet, page 11);
7* Communication de M. Âbel Pifre sur son Nouveau système de
Moteurs domestiques (séance du 3 juillet, pages 12 à 16) ;
8"" Observations de MM. Contamin et Edmond Roy sur cette commu-
nication (séance du 3 juillet, pages 16 et 17.)
163372
— 6 —
9"* Note de M. Touchet sur le Rouleau compresseur électrique^ de
M. £. Gellerat, lue par M. Giraud (séance du 3 juillet, pages 17 à 22);
10« Compte rendu par M. Quéruel des essais faits en mars dernier
sur une. machine à vapeur de son système, construite par SI. A. Cres-
pin (séance du 3 juillet, pages 23 et 24);
11" Observation de M. Douane sur ce compte rendu (séance du
3 juillet^ pages 24 et 25) ;
12» Lettre de M. J. Morandiere au sujet de l'exposition d'Anvers
(séance du 17 juillet, page 26) ;
13* Hommage à la Société, par M. Fleury, delà part de M. des Tour-
nelles, du Catalogue détaillé de la section des travaux publics à l'Expo-
sition coloniale française, à Anvers (séance du 17 juillet, pages 26
et 27) ;
14* Lettre de M. G. Cadolini, président du Collège des Ingénieurs
et Architectes de Rome, au sujet du décès de M. Tresca (séance du
17 juillet, page 27);
15* Cinquantenaire de F établissement du chemin de fer de Saint-Ger^
main et du réseau français^ paroles de M. de Comberousse (séance du
17 juillet, pages 27 à 29);
16** L'entraînement et le transport par les eaux courantes des vases y
sables et graviers ; communication de M. Vauthier, au congrès de Blois
de l'Association française pour l'avancement des sciences ; analyse par
M. Auguste Moreau (séance du 17 juillet, pages 29 à 35) ;
17* Communication de M. A. Potel sur les intérêts français au point
de vue industriel et commercial^ dam les pays de la Plata (séance du
17juillet,pages36àS2);
IS"" Observation de M. Seyrig sur cette communication (séance du
17 juillet, page 52) ;
19® Notes sur l'Exposition d'Anvers, par M. J. Morandiere (Annexe
au procès verbal de la séance du 17 juillet, pages 54 à 61).
Pendant le mois de juillet, la Société a reçu :
r De M. Corthell, membre de la Société, un exemplaire d'une bro-
chure intitulée : Tehuantepec Ship Railway;
2« De la Société française de Physique, un exemplaire du tome II de
la Collection de Mémoires relatifs à la Physique ;
3* De M. Girard, membre de la Société, un exemplaire du 2« rapport
relatif aux Travaux du Laboratoire municipal de Chimie de la ville
de Paris sur les falsifications des denrées alimentaires;
^- 7 —
V* De M. Piarron de Mondésir, membre de la Société, des observa-
tions techniques à propos du mémoire de M. Boudenoot sur la distri-
bution de la force motrice à domicile, au moyen de Tair raréfié;
5® De M. A. Mallet, membre de la Société, un exemplaire du rapport
de M. H. Tresca à la Société d'Encouragement, sur le système de loco-
motiye Gompound de M. A. Mallet ;
6* De M. L. Porillon, membre de la Société, un exemplaire du tome F
de son Traité théorique et pratique des pompes et machines à élever
les eaux (Texte et Atlas) ;
7* De M. Dubuisson, membre de la Société, deux mémoires faisant
suite aux deux premiers et intitulés : Essais sur F amélioration des tra*
vaux publics, conciliation entre le travail et le capital, et réorgani"
sation du corps des ponts et chaussées;
8° De M. GiUot, membre de la Société, un mémoire intitulé : De la
naiure et de la cause de la chaleur et de la lumière et de quelques-unes
des lois qui les régissent;
9"" De M. Goupil, membre de la Société, une Étude sur thélice
aérienne;
10^ De M. Carimantrand, membre de la Société : 1* Navigation inté-
rieure, touage et transports de la Seine, 1873, 1 volume; 2* Suppres^
sion des droits de pilotage de la Seine, 1878, 1 volume; 3"* Enquête
relativeau traité de commerce avec f Angleterre, 1861 et 1862, savoir :
8 volumes; 4® Exposé de la situation de l'Empire de 1861 à 1869,
10 volumes; S" Code des Ponts et Chaussées, 1836, 1 volume; 6* No-
tice sur un projet de canal de jonction des voies navigables.de Paris,
par M. Yeaux, 1861, 1 volume.
Les membres nouvellement admis sont :
MM. BovETscHA présenté par MM. Gottschalk, Lavalley et Molinos.
Dabeste de la Cha vanne présenté par MM. Carpentier, Chevalier et
Pellit.
Ennes présenté par MM« Gauvet, Hegelbather et Tresca.
MM. Heilmann — Guyenet, Robiû et Rouget,
LouissE — Denis, Dornès, Molinos.
Maximovitch — Gottschalk, Lavalley et Molinos.
Thomas — Hamoir, Joubert et de Schryver.
TcHPiN — Dufrené, Gérard etVée.
RÉSUMÉ
DES
PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES
DU MOIS DE JUILLET 1885
Séance dn t Juillet I88ff.
Présidence de M. de Comberousse.
La séance est ouverte à huit heures et demie.
M. LE Président demande s*il n'y a pas d'observations sur le procès-
verbal de la dernière séance.
M. DuROT DE Bruignac indique une rectification à faire à la première
formule de la page 300, où il faut remplacer tg* a par tg 2 a.
M. QuÉRUEL dit que, lors de la communication de H. de Bruignac sur les
hélices, il n'avait pas en main quelques documents pouvant offrir de l'in-
térêt dans cette occasion. Il les a extraits de l'ouvrage de M. l'amiral Pftris,
et serait bien aise de les voir figurer au procès-verbal de la séance de ce
jour. Ces documents montrent combien l'utilisation de Thélice croit en
raison de la réduction de la surface des ailes. Le maximum indiqué sur
le tableau dont M. Quéruel demande l'insertion, est en faveur des ailes
étroites, dont la projection ne dépasse pas 0,281 de l'unité de surface du
cercle.
M. DuROT DE Bruignac fait des réserves au sujet des résultats auxquels
M. Quéruel se rapporte, tant au point de vue du mode d'évaluation qu'à
celui delà construction des hélices. Si l'on mentionne, au procès- verbal,
des résultats d'expériences empruntés à Touvrage de M. l'amiral Paris, il
faudrait aussi noter que ces expériences ont été étudiées et appréciées d'une
manière différente dans le travail de M. de Bruignac.
M. LE Président croit qu'il faut prendre une mesure de principe, et
décider que ce qui a été dit en séance peut bien être complété, mais que
ce qui n'a pas été dit ne doit pas figurer au procès-verbal.
— 9 —
Dans Fespèce, il sufBra de mentionner an procès-verbal de cette séance
robseryation faite par M. Quémel, qui montre qu'on pourra utilement
consulter l'ouvrage de M. l'amiral Paris, devant la compétence duquel il
faut s'incliner, et d'enregistrer les réserves de M. de Bruignac.
M. QcÉBUEL n'insiste pas sur la question.
Le procèsr-verbal de la séance du 19 juin^ rectifié d'après l'indication de
M. de Bruignac, est adopté.
M. LE Président se fait l'interprète des sentiments douloureux éprouvés
par la Société tout entière par suite de la mort de son éminent Président
honoraire, M. H. Tresca. C'est un malheur qui a vivement frappé chacun
de ses membres. Aussi le Comité a-t-il pensé qu'il convenait de porter Te
plus tôt possible à la connaissance de tous, les discours prononcés sur la
tombe de M. Tresca; ces discours, au nombre de sept, seront, en consé-
quence, annexés au procès-verbal de la séance de ce jour, afin que tous les
membres de la Société soient informés sans retard des témoignages de
sympathie et de regret, donnés à leur éminent Président honoraire.
Cette grande perte a été ressentie à l'étranger comme en France, ainsi
que le prouvent les lettres suivantes, venues de Belgique, et dont M. le
Président croit devoir donner connaissance à la Société.
M. le Président de V Union des Ingénieurs sortis des Écoles spéciaks de
Louvain nous écrit en ces termes :
(c A monsieur le Président et à Messieurs les membres de la Société des
Ingénieurs civils de France.
« Bruxelles, le 26 juin 1885.
« Messieurs,
<c Nous venons d'apprendre, avec un douloureux élonnement, la mort
de M. Henri Tresca, président honoraire de la Société des Ingénieurs
civils.
c< An nom de l'Union des ingénieurs sortis des Écoles spéciales de
Louvain, nous vous adressons, messieurs, nos condoléances les plus vives
et les plus sincères.
a Monsieur Tresca avait, par ses remarquables travaux, conquis une place
ëminente dans le monde scientifique; ses brillantes qualités intellectuelles
l'avaient fait hautement apprécier par les savants, mais c'étaient surtout
les qualités de son cœur qui lui avaient attiré les sympathies universelles
et des affections impérissables.
<c Pour nous, messieurs, nous n'oublierons jamais Tintérét que votre
regretté Président voulait bien porter et témoigner à l'Union des ingé-
nieurs de Louvain, et nous garderons à la mémoire de l'illustre défunt un
souvenir pieux et reconnaissant.
« Veuillez agréer, messieurs, l'assurance de notre respectueuse consi-
dération.
« Le Secrétaire^ Le Président^
a fi«* Albert de Fiibbaut. H. FABaT. »
— 10 —
De son côté, M* de Matlhys, président de VAssociation des ingénieurs
sortis des Écoles spéciales de Gand^ accasaat rôceptiooi de la lettre que
votre président lai avait écrite à propos de l'aimabto accueil qui nous
attend en Belgique, s'exprime ainsi sur la mort de M. Tresca:
« Gand, le 27 juin 1885.
« A monsieur le Président de la Société des Ingénieurs civils.
« Monsieur le Président.
• •■••• •.......,...••..••. •••>. ,•••
Nous avons appris avec une vive douleur la mort de M. Tresca, votre
président honoraire et membre honoraire de notre Association.
« Ce décès est une perte irréparable pour nos deux Sociétés et laissera
un vide profond dans le monde savant, où Téminent M. Tresca occupait
une place des plus distinguées.
« Veuillez agréer, etc.
« Le Secrétaire^ Le Président^
« E. Prayon» h. de Maithys. »
Ces témoignages de sympathie seront insérés au procès-verbal.
M. LE Président annonce à la Société, le décès de M. Giraudeau et celui
de H. Husquin de Rhéville fils, attaché au secrétariat.
Il dit que la Société prend la plus grande part au malheur qui vient de
frapper son secrétaire-archiviste, et que les membres qui ont pu apprécier
le caractère sympathique de M. Husquin de Rhéville fils, ont été très
péniblement impressionnés par sa mort si prématurée.
La Société n'oubliera pas les services dévoués que M. Husquin de Rhé-
ville lui rend depuis sa fondation, c'est-à-dire depuis 37 ans, et elle fera
tout ce qu'elle pourra pour adoucir sa douleur. [Approbation unanime.)
M. LE Président donne lecture de la lettre suivante de M. Bômches.
« Trieste, le 20 J4iin 1885.
« A monsieur le Président de la Société des Ingénieurs civils.
« Monsieur le Président,
« Je vous demande la permission de vous adresser ci-joint la note pro.
mise sur la communication sur le nouveau port de Trieste, que j'ai eu
rhonneur de faire à la Société des Ingénieurs civils de France dans la
séance du 8 mai passé.
« Je saisis avec empressement^ l'occasion, d'une part, pour remercier
l'honorable Président de la réception gracieuse dont j'ai été l'objet pen-
dant mon séjour à Paris, et, d'autre part, pour exprimer à la Société tout
entière ma vive reconnaissance pour l'intérêt bienveillant prêté à ma
communication. J'en suis d'autant plus flatté, que l'intérêt prouvé a été
— 41 —
diclè non seulement par les sentiments d'une politesse internationale,
mais anssi par le zèle traditionnel avee lequel les Ingénieurs français
poorsaivent toutes les œuvres techniques, n'importe où elles sont exécu-
tées, dans leur pays ou à Tétranger.
« Veuillez agréer^ etc.
« Signé : Bômches. »
H. Ls Président ajoute que M. Bômches vient d'être nommé chevalier
de Tordre de François-Joseph. C'est la deuxième distinction que lui valent
Ifô travaux du port de Trieste; M. Bômches avait obtenu, en 1875, la
grande médaille d'or pour les arts et les sciences.
M. LE Président rappelle que la Société a bien voulu applaudir à Tini-
tiative prise par notre collègue M. F. Reymond, ii la Chambre, lors de la
discussion de la loi sur le recrutement. M. Reymond nous écrit à ce sujet
la lettre suivante :
« Paris, le 3 juillet 1883.
« Mon cher Président,
« Si, comme je le crains, je suis encore empêché de me rendre demain
au Comité et à la séance, veuillez, toutenm'excusant, dire à nos collègues
combien j'ai été touché de la bienveillante appréciation que vous avez
faite de mes paroles à la Chambre, et de la façon dont cette appréciation
d'un ami ayait été accueillie par la Société.
« Votre bien dévoué,
« F. Reymond. »
M. LE Président signale parmi les ouvrages reçus :
Une brochure de M. Corlhell, membre de la Société, intitulée Tehuan-
tepec skip railway.
Un très beau volume de la société française de Physique. La société
pablie, en ce moment, tous les travaux des créateurs de la physique
moderne. Le preipier volume comprend les travaux de Coulomb. Le
second, celui que nous venons de recevoir, contient des mémoires très
intéressants et très importants relatifs aux travaux d'OËrsled, d'Ampère,
d'Ârago, etc., les maîtres de l'électricité.
Enfin, de M. Girard, membre de la Société, un exemplaire du deuxième
rapport relatif aux travau» du Laboratoire municipal de chimie de la
tille de Paris sur les falsifications des denrées alimentaires. On sait que ces
rapports sont extrêmement remarquables et importants, et certainement
ils seront consultés à la bibliothèque par tous ceux qui ont besoin de se
défendre contre la falsification.
L'ordre du jour appelle la communication de M. Abel Pifre sur un nou-
veau système (le sien, car il lui appartient), de moteurs domestiques. M. Abel
Pifre a la parole»
— 12 —
M. Abel PiFRB commence sa communication en rappelant à la Société
le problème dont il Tavait entretenue en 1880, et relatif à l'utilisation de
la chaleur solaire. Après avoir montré en quelques mots à quelles recher-
ches ce problème Taconduit pour l'utilisation parfaite de la vapeur obtenue
par les réflecteurs, il ajoute que les résultats acquis de ce côlé Tont mis
sur la voie d'une autre question également pleine d'intérêt. Cette ques-
tion est celle du perfectionnement de l'outillage de la petite industrie en
France. M. Abel Pitre estime que, si le développement de la machine à
vapeur porté à sa plus haute puissance et à son plus haut degré de per-
fection a été la cause majeure de la révolution industrielle qui s'est
étendue à tous les pays civilisés, la même machine à vapeur, appropriée
aux besoins de la petite industrie, comme elle l'a été aux besoins des
grandes entreprises, doit opérer une contre-révolution salutaire au
moment où la plupart des grands ateliers sont en souffrance.
A son avis, il doit se produire dans le domaine industriel, représenté
actuellement par les grandes usines et les centres de production inten-
sive, la réaction féconde qui s'est produite dans la propriété territoriale
en France lors de son morcellement, il y a bientôt un siècle.
Imbu de cette opinion, que l'avenir appartient à la petite industrie bien
outillée et bien comprise dans un pays qui brille par son esprit indi-
viduel et démocratique, M. Abel Pifre, fort aussi de l'expérience acquise
par ses recherches sur l'utilisation pratique et abordable à tous de la
vapenr produite par la chaleur solaire^ s'est appliqué à créer un petit
moteur simple, économique, peu encombrant, et pouvant être conduit
par tout le monde, aussi bien dans les villes que dans les campagnes. Il
ne prétend pas avoir créé de toutes pièces et d'un seul coup un moteur
répondant absolument à son idéal, mais les résultats pratiques et satis-
faisants qu'il a obtenus lui permettent de penser qu'il a fait entrer la
machine h vapeur dans une voie nouvelle et féconde, et c'est à ce titre
qu'il présente son nouveau moteur à la Société.
Ce moteur, il Ta baptisé d'un nom qui rappelle le but de sa création.
Il l'a nommé « automoteur » pour indiquer que l'artisan, le petit indus-
triel, le cultivateur, ont en lui un moteur pouvant fonctionner pour ainsi
dire de lui-même pendant un temps sufflsamment long, sans que sa sur-
veillance soit jamais une sujétion ou une source de dépenses hors de
proportion avec le travail qu'il produit et avec les ressources de celui
qui l'emploie.
M. Abel Fifre a demandé cette solution* à la vapeur d'eau, comme
étant ragent de transformation de chaleur en travail le plus simple, le
mieux connu, le plus facilement à la portée de tous et en tous lieux appli-
cable. Mais, tout en s'adressant à la vapeur d'eau comme agent, il a visé
la simplicité de mise en action et la facilité de conduite des moteurs à
gaz, la vapeur d'eau nintervenant que par ses qualités spéciales qui sont
l'économie, la souplesse d'action, la simplicité et le petit nombre des
organes mécaniques. Pour remplir ce double but, il ne s'agissait pas de
— 43 —
taire an diminatif de la machine à vapenr actoelle. En effet, ce qui rend
inapplicable la machine à vapear ordinaire à la petiie indastrie, c'est la
sanreillance qn^elle exige et qui est la même, quelle que soit la force uti-
lisée.
Or, si rinduslriel qui emploie une machine de 25cheTaux peut regarder
comme insignifiante la dépense d'un chauffeur mécanicien spécial, il n'en
est pas de même pour celui qui n*a besoin que d'une force de 1, 2, 3 ou 4
chOTanx.
M. Abbl Pifre passe alors à la description détaillée de son automoteur,
qui comprend trois parties principales :
1* Le générateur ;
2* Le moteur proprement dit;
3* Le condenseur.
Le généraieur est vertical. Il est surmonté d'un couTercle comme les
poêles-calorifères ordinaires, et c'est par ce couyercle que se fait le char-
gement du combustible, au lieu d'avoir lieu par une porte latérale, à la
manière ordinaire. Le combustible versé par le couvercle s'accumule dans
une sorte de trémie intérieure qui descend à une certaine distance au-
dessus de la grille placée tout au bas, sur un cendrier muni d'une porte
d'air. On peut donc ainsi accumuler dans cette trémie du combustible
pour nne durée de plusieurs heures, suivant les cas, et la combustion n'a
lien qu'an bas de la trémie, d'une façon absolument continue et régulière.
Le moteur est également vertical, du type si connu et si peu encombrant
dit pi/on, et placé à cêté du générateur sur le même socle. Il comporte
deux tiroirs de distribution qui ont pour but de diminuer l'étendue des
espaces nuisibles. Son cylindre est tout entier en bronze, son piston et ses
tiroirs en un métal spécial composé par H. Abel Pifre et analogue à Tanti-
friction. Sa particularité importante est de n'exiger d'autre lubréflant que
la vapeur d'eau qui circule à son intérieur, et de supprimer ainsi toute
dépense et sujétion de g]*aissage.
I^ condenseur est un condenseur à surface dont les formes varient sui-
vant les installations ou applications et la quantité d'eau de réfrigération
dont on peut disposer.
H. Abbl Pifrb, après cette description faite devant la Société sur un
dessin dont les détails seront reproduits dans le Bulletin, explique le
fonctionnement de son automoteur.
La chaudière étant remplie d'eau à la hauteur indiquée devant l'indica-
teur à tube de verre dont elle est munie, on allume le feu exactement
comme s'il s'agissait d'un poêle-calorifère ordinaire, avec un peu de menu
bois sur la grille, la trémie.étant remplie ensuite de combustible. La vapeur
produite pas^e dans le cylindre où elle effectue son travail. L'absence com-
plète de graissage dans ce cylindre permet à cette vapeur de rester pure de
tout corps gras, et elle se rend, convertie en eau distillée par son passage
à travers le condenseur, dans une petite boite où la pompe alimentaire la
prend pour la réintégrer dans la chaudière. Puisque cette dernière reçoit
— 14 —
ainsi louie leaa qu'elle a perdue par le fait de la vaporisation, on conçoit
que le niveau de Teau y reste à peu près constant et qu'un ou deux litres,
ajoutés à longs intervalles, suiBsent pour réparer les pertes que quelques
petites fuites peuvent avoir occasionnées. Au cas où la pompe viendrait à
s'arrêter, un flotteur électrique placé dans la boite d'alimentation fait
aussitôt résonner une sonnerie, et le propriétaire de la machine averti»
réamorce cette pompe au moyen des écrouset robinets spéciaux dont elle
est munie à cet effet.
Il s'établit de la sorte, dans l'automoteur en fonction, un cycle fermé
qui dispense de toute sujétion, puisqu'il supprime les soins à donner au
feu et l'entretien du niveau de l'eau. Or, ces deux points sont ceux qui,
dans toute machine à vapeur ordinaire, absorbent au plus haut degré
l'attention du conducteur de la machine.
M, ÂBEL Pjfbe a construit sur ce principe des automoteurs de quart de
cheval, demi-cheval, 1 cheval, 2, 3. et 4 chevaux. Il en fait d'ailleurs de
forces supérieures, mais il pense qu'au delà de 10 chevaux, par exemple,
son système perd de son intérêt spécial parce que, au delà de cette force, la
présence d'un chauffeur spécial cesse d*étre une dépense hors de propor-
tion avec le travail produit.
M. PiFRE a attendu pour exposer ses idées à la Société qu'elles fussent
passées de la théorie à la pratique. C'est avec confiance qu'il livre ses tra-
vaux à l'appréciation de la Société, Il se met à la disposition de tous ceux
de ses membres qui désireraient quelques détails sur la question de prin-
cipe qu'il vient d'exposer, et il se fera un plaisir de joindre la démonstra-
tion à ses explications pour tous ceux qui désireraient visiter quelques-
unes de ses installations {Applaudissemenis).
M. LB Pbésident ayant demandé si quelque membre de la Société veut
faire des observations à la suite de celte communication, un grand nombre
de questions sont posées à M. Abel Pifre, notamment par MM. Forest,
Grespin, Roy, etc., sur les détails de construction de son automoteur, sur
la consommation de combustible, le réglage, la résistance au feu des
diverses pièces du foyer, etc., etc.
M. ÀBEL Pifre répond successivement à ces questions. Le diamètre de
la chaudière est pour un demi-cheval, de 0"',50, la surface de chauffe de
1">S25 par cheval, la grille ayant 18 décimètres carrés. Durant des essais
prolongés, on est arrivé, comme chiffre le plus bas, à une dépense de 27
à 28 kilogrammes de vapeur pour produire un sceI cheval ; il va sans dire
qu'au fur et à mesure que la puissance de la machine diminue son rende-
ment devient moindre.
Le poids d'une machine d'un demi-oheval est de 550 kilogrammes: pour
1 cheval, le poids est de 650 kilogrammes ; pour 2 chevaux, de 1 150 kilo-
grammes. Les poids subisisent une diminution de 250 kilogrammes^ pour
les applications aux canots à vapeur, pour lesquels on supprime le bâti
horizontal.
Le réglage de la marche du feu se fait par la porte du cendrier et par
— 15 —
la clef de ta cheminée ; mais il est préférable de n'utiliser, dans ce but, que
le premier moyen, caria clef, complètement fermée, pourrait donner des
inconvéïiients au point de Tne hygiénique. La porte du cendrier fermée
et la clef à moitié fermée^ le fèu s'assoupit assez pour tenir la chaudière
en pression, prête à mettre le moteur en marche. La clef ouverte et la
porte fermée, Tantomoteur tourne à yide sans monter en pression. La
porte à moitié ouverte et la clef ouverte, Tautomoteor fournit sa force
effective. Enfin la porte et la clef ouvertes en grand, la chaudière fournit
tout ce qu'elle peut produire de vapeur, et Tautomoteur est à son effet
maximum.
Le réglage se fait directement par la personne qui emploie la machine ;
on n'a pas essayé des mouvements automatiques.
Le combustible est chargé dans un cylindre ou une trémie en tôle de
3 millimètres. Cette pièce est rapportée, elle peut être facilement changée
sans refaire de rivure ; sa durée est assez grande.
L'automoteur d'un cheval consomme, en moyenne, un hectolitre de
coke par 10 heures de travail, allumage et repos de midi compris, ce qui
correspond à 4 kilogrammes de coke par cheval et par heare. Les auto-
moteurs de 4 chevaux ne consomment que 210 litres de coke pour le
même temps, ce qui fait un peu plus de 2 kilogrammes par cheval et par
heure.
L'emploi du coke est recommandé de préférence, parce que c'est un
combustible propre, homogène, facile à trouver presque partout, ne don-
nant pas de fumée, et, surtout, descendant facilement dans la trémie de
l'automoteur parce qu'il ne s'agglutine jamais.
Les essais faits avec la houille, tout en donnant un bon fonctionnement,
ont montré que, dans ce cas, il fallait rendre hermétique la fermeture du
couvercle, afin d'éviter toute odeur, et qull fallait également donner de
temps en temps un coup de ringard dans la trémie pour faire descendre les
morceaux agglutinés ensemble. En élargissant la trémie, on peut chauffer
au bois.
Les gaz sortant de la cheminée n'ont pas été analysés; on n'a pas à
redouter» du reste, une combustion incomplète du coke, car bien qu'il soit
chargé sur une hauteur considérable, la zone annulaire où passe Tair n'a
que 8 à 10 centimètres d'épaisseur, ce qui rend la combustion très com«
plète.
La mise en pression de l'automoteur exige environ vingt minutes.
La conservation des tubes de la chaudière est assurée par leur position
à la partie inférieure de l'appareil, là ou l'eau ne peut jamais manquer,
et par leur verticalité. Aussi n'a*t*on jamais constaté un cas de brûlure
avec la disposition actuelle. Primitivement, lorsque ces tubes étaient pla-
cés presque horizontalement, la circulation s'y faisait mal, et il y a eu
quelques cas de détérioration. C'est là ce qui a conduit au dispositif avec
tubes verticaux.
Les incrustations sont è peu près impossibles dans ces tubes, vu la rapi-
— 16 —
dite de la circulation de Teau à lear intériear, où rien ne la gène. U faut
d*aiUears ne pas onblier ce fait concluant, que Tantoniotear employant
toujours la même eau, les dépôts ne pourraient être que ceax provenant
des deux ou trois litres d*eau ajoutés tous les jours pour réparer les pertes
dues à quelques fuites ou joints mal entretenus.
H. Abbl PiFRE ajoute encore qu'il a établi des comparaisons de prix avec
les moteurs à gaz, mais qu'il ne veut pas entrer (Uns ce détail, s'étant
borné à exposer à la Société une question de principe; on peut, d'ailleurs,
comparer les machines, sachant que Tautomoteur consomme un hectolitre
de coke par cheval et par jour.
M. LB Pré8ide]!it donno la parole à M. Gontamin qui a une observation
à présenter.
M. GoNTAXiN constate qu'il résulte des chiffres cités> qu'avec 4 kilo-
grammes de coke par heure, on produit un cheval : c'est bien en dessous
de la consommation de nos petites locomobiles installées pour un faible
travail. Seulement, il faudrait savoir quelle est la quantité d'eau néces-
saire pour condenser la vapeur. Cette eau, & Paris, coûte très cher.
H. ÂBEL PiFEB répond qu'avec son condenseur à surface placé auprès
de l'automoteur, avec seulement 2 ou 3 mètres de longueur de tube
d'échappement, il faut compter sur une dépense de 270 litres à l'heure
pour l'automoteur d'un cheval, de 500 litres pour celui de 2 chevaux, et
de 700 litres pour celui de 3 chevaux. Mais en augmentant la longueur du
tuyau d'échappement avant son arrivée au condenseur, on descend bien
au-dessous de ces consommations. Il cite pour exemple un automoteur
d*un demi-cheval, qui, avec un tube d'échappement de 25 à 30 mètres,
placé le long d'un mur, arrive à se passer d'eau. M. Abel Pifre ajoute
qu'il expérimente depuis quelque temps un nouveau condenseur qui sem*
ble devoir diminuer considérablement la dépense d'eau pour ses automo-
teurs de 1, 2, 3 chevaux et au-dessus. Mais il n'est pas sufQsamment prêt
pour entrer dans le détail de sa construction.
H. Gontamin dit que, dans les localités où il n'y a pas de gaz, cette dis-
position peut évidemment présenter de grands avantages sur les petites
locomobiles qui exigent un grand entretien. Mais là où l'on a du gaz, il
faut tenir compte, pour apprécier l'économie de l'automoteur, et du prix
du gaz et du prix de l'eau, lorsqu'elle coûte cher.
M. Abel PIfre répond que la comparaison entre l'automoteur et le
moteur à gaz peut être faite immédiatement, car ce sont précisément les
meilleurs moteurs à gaz, ceux qui dépensent le moins de gaz à force
égale, qui nécessitent de l'eau pour leur refroidissement, Or ces moteurs
exigent en service régulier un minimum de 40 litres par heure pour ceux
de un cheval, 90 litres pour deux chevaux, et il faut y ajouter un demi-
kilogramme d'huile par cheval et par 10 heures rien que pour leur cylin-
dre, dépense qui est nulle dans l'automoteur,
M. Abel Pifre, répondant ensuite à des questions qui lui sont posées
sur les formalités administratives nécessaires pour Finstallation de son
— 17 —
moteur, dit qa*une simple déclaration sufAt. Vu la faible quantité d*eau
contenue dans les chaudières, on pourrait obtenir une dispense spéciale,
ainsi qu'on Tient de le faire observer; mais M. Abel Pifre a préféré
satisfaire d*abord aux règlements, en plaçant sur ses automoteurs le
luxe d'appareils de sûreté qu'ils comportent, notamment la bâche d'ali-
mentation qui constitue une contre-partie de l'indicateur de niveau d'eau,
son avertisseur électrique, etc. Tout cela ne fait, effectivement, qu'aug-
menter la confiance de Tacquéreur, et c'est lorsque ses automoteurs
seront répandus en grand nombre, qu'il déposera sa demande de dis-
pense, désirant qu'elle soit appuyée par la preuve incontestable qu'il ne
peut arriver aucun accident.
M. Rot demande quel est le prix du petit moteur d'un cheval.
M. Abrl PiFRS dit que s'il a passé sous silence le.s prix de ses appareils,
c'est qu'il a tenu à laisser à sa communication le caractère d'un exposé
de principe.
L'automoteur d'un cheval coûte 2 000 francs; celui de deux chevaux
2500 francs; et celui de trois chevaux, 3 000 francs.
M. Rot ajoute que c'est aussi une question de principe que celle du
capital à dépenser pour faire l'acquisition d'un moteur. Évidemment, le
travail exigé par la construction d^ la chaudière, de la machine et des
appareils de condensation est important, d'où les frais de premier établis-
sement assez considérables.
H. LE Président remercie M. Abel Pifre de sa communication, qui a
vivement intéressé la Société. La discussion a été très longue et prouve
avec quelle attention on a suivi ses explications. Nous sommes heureux
d'avoir entendu M. Abel PiTre montrer que la machine à vapeur pourrait
soutenir la comparaison avec le moteur à gaz. Une petite excursion à bord
du bateau qu'il a construit permettrait de mieux juger encore la valeur
de son système.
M. Abel Pifre dit que les membres de la Société qui voudraient faire
cette excursion seront les bienvenus.
M. LE Président informe la Société que M. Touchet, dont la note sur le
rouleau campressetar électrique de M. E. Gellerat est à l'ordre du jour, se
trouve retenu à Versailles, et Ta prié de faire lire son travail par l'un des
secrétaires. M. Giraud donnera lecture de la note, très courte, mais très
intéressante. On est surpris de voir qu'on peut arriver à faire mouvoir
une machine aussi lourde que le rouleau compresseur par l'électricité, qui
est si capricieuse. Il y a eu un échec relatif, mais l'essai resie digne de
remarque.
H. Giraud lit la note suivante :
Une intéressante application de la machine dynamo-électrique a é(é
faite, à la fin de 1883, par M. E. Gellerat, entrepreneur de travaux publics,
BOLI.. 2
— 18 —
chargé depuis un grand nombre d'années, du cylindrage des chaussées
macadamisées de Paris.
Le soussigné, qui a eu Thonneur de collaborer h Texpérience, demande
à la Société la permission de lui rendre compte, en quelques lignes, des
résultats obtenus.
Le problème que H. Gellerat s'était posé était complexe : il s'agissait de
faire mouvoir sûrement, à Taide du fluide électrique, à une vitesse de
trois ou quatre kilomètres à Theure, un rouleau compresseur analogue à
ceux qu'il emploie, c'est-à-dire capable de marcher avec une égale faci-
lité, en avant ou en arrière, et assez lourd pour produire sur les empierre-
ments à comprimer le maxinium d'effet utile. L'appareil devait porter
avec lui son générateur électrique.
Enfin, le mécanisme de la direction qui, dans les cylindres à vapeur,
est commandé à bras d'homme, devait être mû électriquement.
Comme il ne s'agissait pas seulement de Tétude sur le papier d'uhe
machine plus ou moins heureusement combinée, mais qu'on voulait
acquérir, par une série d'expériences pratiques, suffisamment prolon-
gées, la certitude que l'appareil était susceptible d'un emploi industriel
régulier, il fallait, tout d'abord, s'enquérir d'une source électrique puis-
sante.
Des piles primaires, faciles à recharger et, par conséquent, d'une durée
indéfinie, eussent été préférées à tous égards. Mais aucune de celles actuel-
lement connues ne paraissant présenter de garantie suffisante, le prix
de celles dont il était le plus avantageusement parlé se trouvant beau-
coup trop élevé, l'idée de leur utilisation devait être momentanément
écartée.
Les piles secondaires ou accumulateurs pouvaient seules donner, à un
prix abordable, la force dont on avait besoin. L'inconvénient que présen-
tent les accumulateurs lorsqu'on les destine à actionner un véhicule
automoteur servant aux transports, c'est-à-dire leur poids considérable,
devenait un avantage pour les rouleaux compresseurs, puisque le résultat
produit par ceux-ci est le résultat d'une combinaison intense de poids et
de vitesse.
M. Gellerat se décida, en conséquence, à se servir des accumulateurs
et, parmi les divers types connus, choisit les accumulateurs Faure comme
les plus parfaits et les seuls applicables pour le moment.
Les conseils et les indications pratiques de notre éminent collègue,
M. Raffard, lui furent précieux à cette occasion. Ils lui facilitèrent beau-
coup ses recherches et lui évitèrent bien des tâtonnements.
Un dernier point restait à trancher : quelle machine dynamo emploie-
rait-on comme machine motrice ? Les dynamos Siemens furent choisis
comme les plus simples et comme ayant fait déjà leurs preuves dans
diverses applications.
Pour perdre le moins de temps possible en constructions spéciales,
M. Gellerat prit le parti de faire usage du châssis d*un de ses plus petits
— 49 —
cylindres à vapeur en le laissant monté tel quel sur ses roaleaux. On se
borna à enlever la chaudière, le moteur à vapeur et sa transmission,
ainsi que les caisses à eau qui devenaient sans objet.
Il resta, par conséquent, une plate-forme d'environ 5",50 de longueur
sur 2 mètres de large, portée sur deux rouleaux de fonte de l">,20 de dia-
mètre et de 1^,40 de génératrice. Le tout pouvait peser à peu près dix à
onze tonnes.
Cette plate-forme fut fermée par une rampe continue en tôle, et reçut
one couverture de même nature supportée par des montants en fer. Ces
montants, au moyen de deux rangs de tablettes également espacées entre
le plancher et la couverture, permirent de caser, en trois étages, i04 accu-
mulateurs Faure du type pesant environ 60 kilogrammes, ce qui repré-
sentait une surcharge de 6000 à 6500 kilogrammes.
Vers Taxe transversal de la machine, on avait réservé un espace vide
pour le moteur et sa transmission, ainsi que pour le moteur de Vappareil
de la direction et l'ouvrier chargé d'en surveiller la marche.
Dans un réduit ménagé àTarrière, du côté droit, se tenait le mécanicien
ayant sous la main les commutateurs, les appareils de résistance et ceux
destinés à mesurer la dépense de force électrique.
Moteur
Les dynamos et les différents organes de la transmission devaient peser
environ une tonne. Le poids total général du système, avec les accumula-
teurs, devait donc être voisin de 18 tonnes. (Lorsque l'appareil fut terminé
et chargé, on le conduisit sur un pont à bascule et son poids exact fut
reconnu de 18500 kilogrammes.)
Les cylindres à vapeur du même poids ont un moteur faisant normale-
ment 10 à 15 chevaux, mais capable de donner exceptionnellement et
pour un coup de collier; une force beaucoup plus considérable.
Il était donc de toute nécessité de munir le rouleau électrique d'un
moteur ayant la même force nominale et pouvant, le cas échéant, la
dépasser.
Le dynamo Siemens du type D*, à la vitesse de 800 à 1 000 tours, corres-
pond à 6 chevaux-vapeur. C'était trop peu et cependant il était désirable
de pouvoir employer ce type sur lequel on possédait les meilleures et les
plus complètes indications. M. Gellerat fut donc conduit à munir son rou-
leau électrique de deux dynamos D' actionnant le même arbre, ce qui, à
une vitesse relativement réduite, devait donner douze chevaux-vapeur qui
pouvaient être considérablement dépassés, s'il était nécessaire, par une
simple augmentation de vitesse.
Pour actionner la direction, on prit une petite dynamo D^ faisant nor-
malement un cheval et quart, ce qui était bien plus que suffisant puisqu'il
ne s'agissait que de remplacer la force d'un homme.
— 20 —
Transmission
Ces points étant réglés, yoici quelle fat la disposition arrêtée.
Les deux dynamos D' furent installées sur un bâti spécial horizontal,
un peu en contre-bas du plancher inférieur. Elles furent placées parallè-
lement et symétriquement de chaque côté de Taxe transversal de l'ap-
pareil.
L'extrémité de Taxe de chacune d'elles était muni d'un pignon denté :
les deux pignons engrenant avec une même roue dentée calée sur un arbre
horizontal.
Cet arbre commandait à son tour, par un engrenage droit d'un rapport
convenablement choisi, l'arbre qui, dans les cylindres à vapeur, transmet
le mouvement aux pignons qui portent les chaines-galle entraînant les
rouleaux, et qui est dénommé : « arbre intermédiaire. »
Cet arbre est muni du côté opposé à celui où il reçoit la commande du
moteur, d'une petite roue droite engrenant avec deux petites roues sem-
blables calées sur deux bouts d'arbres parallèles au premier et symétri-
quement placés de chaque côté. Ces bouts d'arbres portent, en outre,
chacun, un pignon sur lequel vient s'enrouter une chaîne-galle très résis-
tante et, en même temps, très simple.
Disons, en passant, que ce type de chaîne-galle, imaginé par M. Gellerat,
est maintenant couramment employé dans les transmissions d'un grand
nombre d'appareils et notamment des excavateurs.
La chaîne entraîne une grande roue dentée parallèle au longeron et
qui, par l'intermédiaire d'un toc, commande le rouleau, quelle que soit sa
position par rapport à Taxe de la machine.
Les rouleaux sont fous sur leur essieu qui ne peut tourner mais dont
une des extrémités peut se déplacer horizontalement. L'autre extrémité,
terminée par un renflement sphérique qui lui sert de rotule, est empri-
sonnée dans le moyeu de la roue à chaîne.
Ces dernières dispositions n'avaient rien de spécial au rouleau électrique :
ce sont celles des cylindres à vapeur.
Direction
La direction, comme pour les cylindres à vapeur, était obtenue par la
convergence des rouleaux vers le centre de la courbe à parcourir.
Cette convergence résulte du rapprochement ou de l'éloignement des
extrémités libres des essieux.
Ces extrémités libres sont rattachées à des tirants partant des écrous
— 21 —
dans lesqaeis passe ane même tige horizontale dont les |deax bouts sont
filetés en sens inverse. An milieu de celle tige, est un petit engrenage
d*angle qui permel de la faire tourner à volonlé d'un côté ou de Tautre.
Ce petit engrenage est commandé par an arbre vertical portant un
volant manœuvré par an homme.
Dans le rouleaa électrique, le volajil était remplacé par une roue d'an-
gle engrenant avec an pignon calé sor Taie d'une petite dynamo 0 ^
Fonctionnement de l'appareil
Les machines D* et D^ étaient pourvues chacune d'un changement de
marche à quatre balais.
Un levier actionnant un mouvement de sonnette et placé sous la main
du mécanicien permettait à celui-ci de changer instantanément la marche
du moteur, sans même interrompre le circuit. Cependant, pour éviter les
étincelles elles délérioralions des dynamos qui en sont la conséquence, il
est préférable de ne changer la marche qu'après avoir interrompu le
courant.
Pour la dynamo de la direction, le levier de changement de marche
était vertical. Le pilote, en l'inclinant tantôt à droite et tantôt à gauche,
dirigeait la machine avec autant de sûreté et sans plus de fatigue qu'un
barreur à l'arrière d'un canot.
Le rouleau électrique portait, comme on Ta vu plus haut, 104 accumu-
lateurs d'une puissance approximative de 2 volts chacun, ce qui représen-
tait environ 200 volts.
Dix-sept accumulateurs étaient réservés à la direction lorsqu'il était
nécessaire de la faire agir. Le surplus était employé, soit partiellement,
soit en totalité, pour la progression du rouleau. Mais, sur un terrain
ferme, cinquante accumulateurs suffisaient avec une intensité de courant
variant entre 30 et 40 ampères, ce qui représentait une force de
— _ = 350 kilogramme très ou 4 à 5 chevaux-vapeur. Toutefois,
avec cette faible dépense, on n'obtenait qu'une vitesse d'environ 2 kilo-
mètres à l'heure, ce qui serait insuffisant dans la pratique.
Après diverses évolutions facilement obtenues, le rouleau fut conduit
hors de la cour, où lés premières expériences avaient eu lieu, et dirigé sur
an empierrement voisin.
Cet empierrement, en silex roulé de carrière, avait une épaisseur de
20 à 2S centimètres. Il était établi sur un remblai en partie argileux et
recouvrant une voûte d'égout récemment construite; la chaussée présen-
tait une déclivité de deux à trois centimètres par mètre.
Aussitôt la machine sur l'empierrement, les cent quatre accumulateurs
tarent mis en action, le cylindrage commença à une allure normale de
\ j
— 22 —
trois à quatre kilomètres à rbenre et se poursuivit pendant près de trois
heures, arec autant de facilité que si la machine employée eût été actionnée
par la vapeur.
La dépense d'électricité se mesurait elle-même à la résistance rencon*
trée dans la chaussée. L'intensité du courant, qui était moyennement de
35 ampères, atteignit dans un passage exceptionnellement pénible jusqu'à
75 ampères, ce qui, pour les 104 accumulateurs, correspondait à un effort
de 10 x75^ "* ^^ chevaux-vapeur.
Âpres une expérience aussi satisfaisante, la machine fut ramenée à son
dépôt.
Les accumulateurs avaient, fonctionné pendant quatre heures. Ils
n'étaient pas à moitié déchargés, car chacun d'eux accusait encore plus
d'un volt.
H&tons-nous de dire, toutefois, qu'il est probable qu'ils n'auraient pu
servir longtemps encore si l'expérience avait dû se prolonger.
COHGUISION.
En présence d'un pareil résultat, on peut affirmer sans utopie que l'élec-
tricité est la véritable force motrice de l'avenir.
Jamais, croyons-nous, ce fluide n'avait mis en mouvement des poids
comparables aux 18500^ du rouleau électrique.
Cependant, l'emploi industriel de cet appareil ne parait pas encore
possible. L'inventeur n'a même pas pu reproduire publiquement ses
expériences, au centre de Paris, comme il en avait l'intention ; les accu-
mulateurs Faure s'étant trouvé appartenir à une société financière qui a
sombré.
En outre, et en laissant de côté cette fâcheuse circonstance, nous sommes
forcés de reconnaître que le renouvellement, après chaque période de
quatre heures, d'une charge de 5 000 à 6 000*« d'accumulateurs, ne semble
pas bien facile.
. U faut donc attendre, soit des accumulateurs de même puissance que
ceux de Faure mais d'une plus grande durée et d'un poids relativement
faible, soit une pile primaire efficace et économique.
iBeaucoup d'ingénieurs d'une compétence particulière poursuivent
parallèlement, en ce moment, la recherche de ces deux solutions. — Tout
permet d'espérer que, dans peu d'années, elles seront acquises à l'industrie.
Il surgira alors, sans aucun doute, des applications innombrables. Celle
du rouleau électrique aura été une des premières en date, et M. Gellerat
pourra, avec justice, en revendiquer l'honneur.
— 23 —
M. LB Présidsut remercie M. Giraud d'avoir bien voula lire la note de
M. Toachet. L'essai de faire mouToir par l'électricité un rouleau com-
presseur d'un poids aussi considérable, méritait d'être porté à la connais-
sance de la Société.
L'ordre du jour appelle le compte rendu, par M. Quéruel, des essais
faits au mois de mars dernier sur une machine à vapeur de son système,
construite par M. Â. Crespin.
M. Qnémel a la parole.
H. QuÉROBL expose d'abord le programme des expériences qu'il a entre-
prises. Le programme était ainsi fixé :
1* Releré de diagrammes correspondants au moyen de deux appareils ;
2* Pesée de l'eau d'alimentation ;
3« Jaugeage de l'eau à l'issue du condenseur ;
4* Calorimétrie ;
S"" Application du frein.
La machine soumise aux essais est verticale (type pilon), à deux cylin-
dres, manivelles à 180 degrés.
Les diamètres des pistons sont :
Petit cylindre, 0-,315.
Grand cylindre, 0»,600.
Course commune, 0°»,725.
L'expérience B au frein a eu lieu le 15 mars 188S. Sa durée a été de
3 heures 10 minutes.
Eau d'alimentation par heure 441^
Puissance indiquée 75**',83
Puissance nette au frein 69«''\00
Rendement 0,91
£au d'alimentation par heure et par force
de cheval effectif 6S390
Ce nombre 6\390 était plus élevé qu'à l'ordinaire. La machine, en
effet, n'avait point été visitée depuis plus d'une année et les ressorts
étaient un peu détendus. La vapeur cotait 14 pour 100 d'eau.
Après avoir remédié par un léger serrage au désordre passager des
tiroirs, deux nouveaux essais ont été faits en marche industrielle.
La moyenne de ces deux essais a été :
— 24 —
■
Eau d'alimentation par heure
Puissaace indiquée
— effective
Eau d'alimentation par cheval effectif.
ESSAI G
ESSAI D
29 avril 1885
2 mai 1885
à 13 ponr 100 d'ean
à 11 ponr 100 d'emn
398k,79
361^6
75'«>,07
72*^17
68ch,34
65•^67
5^835
5S527
Ainsi avec fuites au tiroir et vapeur à 13 •/» d'eau B = 6*^,390
Fuites arrêtées. Vapeur à 13 «/o d'eau . . . . C = 5^,835
— — 11 Vo d'eau . . . . D = SS527
Essai du 23 janvier 1883 à 5 «/. d'eau . . . . A = 5N011
On voit par ces nombres décroissants, à mesure que la vapeur devient
plus sèche, Timportance de bonnes chaudières pour la production de
vapeurs sëcbes.
Comparé avec les systèmes les plus en faveur :
Essai B du 15 mars (système Quéruel) réalise une économie
sur la moyenne des Gorliss . . .
sur la moyenne des 2 cylindres 90'
0,2811
0,1840
Essai A du 23 janvier 1883 (système Quéruel) réalise une économie
sur la moyenne des Gorliss .... 0,4363
sur la moyenne des 2 cylindres 90*". . 0,3601
Enfin, la calorimélrie des trois essais B, G, D a permis de contrôler les
opérations analytiques et a donné la preuve de leur précision.
M. LE Président demande si quelque membre a à faire des observations
sur la communication de M. Quéruel.
M. Douane prend la parole pour affirmer les résultats que M. Quéruel a
annoncés. Il a collaboré à ces expériences et d'autres personnes qui les
suivaient aussi, sont là toutes prêtes à certifier l'exactitude des résultats
indiqués par H. Quéruel.
— 25 —
A rexpérience da 15 mars, les assistaats ont jaagé Peau ei ont trouvé
6 kil. 390. Ce chiffre a une grande importance, vu la Taible force de la
machine, qui est de 69 chevaux et n'a que 40 mètres carrés de surface de
chauffe. Cest ce qui explique parfaitement les entraînements d'eau dont
M.Qnérnel a parlé tout à Thenre.
M. LB Phbsidbrt remercie M. Quéruel d'avoir apporté à la Société les
résultats de ses essais, qu'il continue avec un grand courage, depuis
longtemps. On ne peut qu'être heureux des résultats qu'il a indiqués, et
des progrès accomplis dans les recherches à l'aide desquelles ces résultats
ont été obtenus.
MM. Boveyscha, Dareste de la Ghavanne, Eanes, Heilmann et Maxi-
movitch ont été reçus membres sociétaires.
La séance est levée à 11 heures.
9émwÊ0e émtl J«lllat tSSS.
Présidence de M. de Comberoussb
La séance est ouverte à huit heures et demie.
M. LB Président demande s'il y a des observations sur le procès-verbal
de la dernière séance.
Le procès-verbal de la séance du 3 juillet est adopté.
H. LE Président a le plaisir d'annoncer à la Société que trois de nos
collègues ont été nommés chevaliers de la Légion d'honneur. Ce sont :
MM. Gontamitt, A. Hailet et Léon Francq. Ces trois nominations seront
accueillies avec la plus vive sympathie.
M. Pasquier a reçu l'Ordre de chevalier de la Couronne de Fer d'Autriche
et du Sauveur de Grèce.
M. LE Président signale, parmi les ouvrages offerts : Un exemplaire du
Rapport présenté à la Sociélé d'Encouragement, par M. Tresca, sur le sys-
tème de locomotive Compound, de M. A. Mallet ;
— 26 —
(Cette publication doit être recommandée spécialement comme la der-
nière œuvre de notre Président honoraire et le dernier rapport fait par lui
à la Société d'Encouragement..)
Des observations techniques formulées par M. Piarron de Mondésir,
membre de la Société, à propos du mémoire de M. Boudenoot sur la distri*
bution ^e la force motrice à domicile au moyen de Tair raréfié ;
Un exemplaire du tome !•' du Traité théorique et pratique des pompes et
machines à élever les eaux (texte et atlas), par M. Poillon, membre de la
Société.
Cette publication promet d'être extrêmement complète. Elle comble une
lacune dans la partie de la littérature technique qui se rapporte à l'éléva-
tion des eaux. Il n'y a aujourd'hui sur ce sujet que l'ouvrage de M. In gfn\é'
rai Morin, et les deux gros volumes que H. Poillon fait paraître eu ce
moment sont une œuvro importante.
On trouvera plus loin le détail des dons faits à la Société.
M. LE Président a reçu la lettre suivante :
« Paris, 16 juillet 1885.
« Monsieur le Président,
« J'ai l'honneur de vous remettre pour la Société : 1^ Un plan portatif de
l'Exposition d'Anvers, ayant au verso un pUn de la ville, indiquant
l'emplacement de l'Exposition, près de l'avenue du Sud ;
« 2° Quelques notes sommaires prises dans une courte visite au commen-
cement de juin dernier, concernant les ponts et chaussées de Belgique et
le matériel des chemins de fer.
<c Si vous jugez que ces renseignements offrent quelque intérêt pour nos
collègues, ils pourraient être insérés à la suite du compte rendu de la
séance du 17 courant, dont le procès-verbal sera distribué pour la séance
du 7 août, c'est-à-dire avant le départ pour Anvers.
« Veuillez agréer, etc.
a J. MORANDIBEB. »
• M. LE Président remercie M. Morandiere de son attention. 11 croit utile,
en vue du prochain voyage des membres de la Société, de publier, comme
annexe au procès-verbal de cette séance, les notes recueillies par notre
collègue.
Il fera distribuer également, aux membres de la Société qui se rendront
à Anvers, le petit plan dont M. Morandiere nous a rapporté un spécimen.
M. Fleury a la parole pour un hommage à la Société.
M. Flburt a l'honneur de déposer sur le bureau de la Société quelques
exemplaires du catalogue détaillé de la section des travaux publics à
l'Exposition coloniale française, k Anvers. C*est plus et mieux qu'un cata-
logue. Chaque article est suivi d'une notice intéressante, très complète et
~ 37 —
1res exacte. C*est un de nos collègues, H. des Tournelles, chargé de
Torganisation de cette partie de l'Exposition, qui a rédigé ces notes, et qui
a chargé M. Fleury d'en faire, en son nom, hommage à la Société.
M. LB PRÉsinBRT remercie MH. Fleury et des Tournelles.
II donne connaissance de la lettre suivante :
« Rome, le 20 juillet 1885.
<x Monsieur le Président,
« C'est avec une vive douleur que nous avons appris la mort de
M. Tresca, Président honoraire de votre association.
c( Interprète des sentiments éprouvés par tous les membres de notre
association, aussi bien que par tous les ing(^nieurs de la ville, je vous
adresse les expressions de la plus sincère condoiôance, en vous priant d'en
faire part aux membres de votre Société distinguée.
« J'ai l'honneur. Monsieur le Président, d'être, avec la plus parfaite
considération,
« Ze Président du Collège des Ingénieurs et Architectes de Home,
« 6. Gadoumi. »
Nous envoyons à nos confrèi*es italiens l'expression de notre gratitude
pour leur sympathie.
M. LB PaÉsiDBNT prend la parole en ces termes :
Messieurs,
Â.vant de suivre Tordre du jour, j*ai à vous demander la permission de
saluer, avec vous, un anniversaire qui me semble ne pas pouvoir passer
inaperçu à la Société des Ingénieurs civils*
L'établissement du premier chemin de fer français, complètement armé
pour le transport des voyageurs comme pour celui des marchandises, a été
décrété, il y a juste cinquante ans, le 9 juillet 1835.
C'est, en effet, la date de la loi par laquelle Emile Pereire fut autorisé
à construire, à ses frais, risques et périls ^ la ligne de Paris à Saint-Germain.
Ce n'était qu'une petite ligne par son étendue, puisqu'elle n'avait que
18 kilomètres de longueur, mais elle était grande par ses conséquences
certaines.
Les premiers essais, vous le savez, avaient été faits à Saint-Étienne et
à Andrézieux, où le génie de Marc Seguin venait d'inventer, avant Georges
Stephenson, la chaudière tubulaire avec tirage par jet de vapeur. Mais le
chemin de fer de Saint-Germain offrait le premier type achevé de ce nou-
veau moyen de locomotion qui allait transformer si profondément les con-
ditions de la vie moderne.
Mooa pouvons donc saluer et honorer hautement le nom du courageux
- 28 —
ingénieur qui, avec une intuition singulière et une prescience passionnée,
vint apporter à la monarchie de Juillet cette puissance nouvelle et cet
ageat de civilisation.
Ce cadeau ne fut pas accepté sans résistance. Il fallut lutter pied à pied
et avec une rare énergie. Éinile Pereire se dépensa pendant trois ans en
efforts, en démarches, en éloquentes démonstrations, pour parvenir à faire
sortir des cartons de la Chambre le projet de loi nécessaire pour obtenir
la concession. C'est le 7 septembre 1832 qu'il apporta à la Direction géné-
rale des ponts et chaussées les plans du chemin de fer de Paris à Saint-
Germain; c'est le 9 juillet 1835 qu'il eut enfin gain de cause auprès des
Chambres et du gouvernement.
Les hommes d'État souriaient et se moquaient un peu; les savants les
plus éminents craignaient et doutaient.
M. Thiers disait à Emile Pereire : « Votre chemin de fer n'est qu'un
joujou* pour amuser les Parisiens. Jamais vous ne pourrez le faire servir
au transport des marchandises. » L'illustre Arago secouait la tête et mur-
murait : (c Ce n'est pas pratique. C'est très ingénieux, très intéressant ;
mais ce n'est pas pratique. »
Seulement, Emile Pereire avait pour lui celle force immatérielle qui
transporte les montagnes et finit par réduire les obstacles quels qu'ils
soient : il avait foi en son idée, il croyait à l'avenir.
Il eut le bonheur de trouver, comme directeur général aux Travaux
Publics, M. Legrand, homme d'un mérite supérieur et dont le nom ne peut
être oublié. M. Legrand fut, dans les régions officielles, son plus fidèle
auxiliaire et son dévoué défenseur. Sans lui, il eût sans doute succombé.
Les banquiers, chose singulière, étaient encore plus hésitants, plus
récalcitrants que les savants et les hommes d'État. Et pourtant que fallait-il
pour la construction du chemin de fer de Saint-Germain, d'après les plans
et devis déposés? Six millions, pas plus. Qu'est-ce aujourd'hui qu'une
pareille goutte d'eau pour les capitalistes I II y a cinquante ans^ Emile
Pereire ne les trouvait pas pour une création qui devait révolutionner le
monde.
Enfin rbabile ingénieur triompha. MM. Adolphe d'Eichtai et Auguste
Thurneyssen furent les premiers convertis et déposèrent ensemble le cau-
tionnement de deux cent mille francs exigé par le gouvernement. Un peu
après, MM. de Rothschild et Samson-Davillier se laissèrent convaincre à
leur tour, et formèrent avec les deux premiers capitalistes le conseil d'ad-
ministration de la nouvelle entreprise.
Du jour où le nom de M. de Rothschild fut prononcé, les difficultés et
les hésitations disparurent et, trois mois après, la concession fut obtenue.
Je n'ai pas besoin de dire le succès magnifique qui récompensa Emile
Pereire de ses efforts. Secondé par son frère Isaac qu'on ne peut séparer
de lui, il inaugura, comme directeur, le chemin de fer de Saint-Germain,
le 27 août 1837. Ce chemin était, dans sa pensée, l'amorce du réseau de
l'Ouest. La ligne dujNord • suivit bientût ; puis, celle d'Orléans, celle de
— 29 —
Lyon, celle de rRst et celle du Midi : les cheiuias de fer français étaient
créés.
Emile et Isaac Pereire ne furent pas seuls ; comme tous les initiateurs,
ils surent grouper autour d'eux une légion d'hommes d'élite. Citons au
premier rang Stéphane Mony, l'un de nos présidents et le frère atné d'Eu-
gène Flachat, Lamé, Clapeyron, Eugène Flachat lui-même, Fournel, Petiet,
Lechâtelier, Maniel, Golliguon, Surrell. N'oublions pas, dans les autres
compagnies qui se formèrent, Yuigner, Polonceau, Vuillemin, Love, et
tant d'autres, honneur du génie civil. [Très bien! Très bieni)
Le chemin de fer de Saint-Germain peut être fier de ses enfants. En cin-
quante ans, le réseau français a passé des IS kilomètres de ce joujou à
31 560 kilomètres en exploitation. Sa valeur est de 12 milliards. Ses recettes
brutes s'élèvent à 1 150 millions et ses recettes nettes à 500 millions. Il
transporte annuellement 180 millions de voyageurs et 85 millions de tonnes
de marchandises. Il donne à l'État 83 millions d'impôts, sans compter le
bénéfice des transports gratuits de la poste et des réductions de prix
consenties pour l'armée. Enfin , son personnel forme une armée de
223000 hommes.
Notre Société s'associe de tout cœur au cinquantenaire de la création
des chemins de fer français, elle s'incline devant cette œuvre immense,
elle honore profondément la mémoire de ceux qui ont tant contribué à
Faccomplir. Nous retrouverons bientôt, chez nos confrères belges, l'expres-
sion de la même sympathie et de la même reconnaissance pour les auteurs
de leur réseau. J*ai tenu à ne pas rester en arrière pour la France.
Puisqu'il faut qu'il y ait toujours un point noir dans les choses humaines,
permettez-moi de dire en terminant que, si les progrès moraux effectués
pendant ce demi-siècle avaient été à la hauteur des progrès matériels obte-
nus, c'est l'âge d'or qui commencerait sur la terre. Malheureusement,
nous n'en sommes pas encore làl {Applaudissements.)
L'ordre du jour appelle l'analyse par M. Auguste Moreau de la commu-
mcalion faite par notre confrère, M. Yauthier, au congrès de l'Association
française pour l'avancement des sciences, tenu à Blois en 1884, sur Ten-
trdnement et le transport par les eaux courantes des vases^ sables et gra-
viers. La question est délicate et intéressante. M. Yauthier avait promis
d'assister à la séance. Nous regrettons qu'un empêchement survenu au
dernier moment nous prive de sa présence,
M. Auguste Moreau a la parole.
M. AuensTB Moreau expose un résumé du travail de M. Yauthier.
Après avoir bien posé la question qui consiste à étudier les mouvements
dans l'eau courante, de certaines matières de densité supérieure à la sienne,
M. Yauthier constate qu'il n'existe pas encore d'étude bien approfondie sur
ce sujet, qu'il se propose de traiter. Pour cela il commence, en s'appuyant
sur les formules de Dubuat, basées elles-mêmes eii grande partie sur les
expériences de Newton, à préciser les conditions du mouvement d'un corps
— 30 —
ayant la densité de la pierre el descendant dans l'eau sous l'action de la
pesanteur. Il rappelle rapidement les formules de Dubuat qui vont lai être
utiles à chaqne pas dans la suite.
En supposant simplement un corps sphérique descendant sous l'effet de
la pesanteur dans une eau en repos et prenant le mètre pour unité de
longueur et la seconde pour unité de temps; appelant en outre :
g l'accélération due à la pesanteur, soit 9"»,8088 ou iO en nombre rond
V la vitesse ;
e la base du système des logarithmes népériens ;
8 l'espace parcouru ;
d le diamètre du corps sphérique considéré ;
D sa densité;
K coefficient de résistance du liquide au mouvement du corps plongé.
— Cette résistance étant considérée, ainsi que tout le monde l'admet au-
jourd'hui, comme proportionnelle au carré de la vitesse de déplacement et
à la section m du corps normale à la vitesse (maître couple des marins) — le
terme exprimant la résistance R est de la forme:
R = Kft>— .
Gela bien établi, si l'on pose pour simplifier :
et
V,:
-^l/-
3K
1),
N
-î-i/
'3ffK(D
-1)
et si l'on admet que la vitesse et Tespace parcourus sont nuls pour tsszO'\
on obtient pour valeur de la vitesse l'expression transcendante :
eï^ï — 1
(A) "' e^t + 1,
et pour celle de l'espace parcouru :
La première chose à faire est de déterminer la valeur du coefficient de
résistance K dans Thypotbèse de l'eau et d'un corps ayant la densité de la
pierre,
M. Vauthier s'arrête avec Newton et Dubuat à K= 0,S0, tout en faisant
remarquer que K n'entrant dans les expressions précédentes que sous le
— 31 —
radical, des hésitations sur le choix de ce coefficient n'entraîneraient pas
de grandes différences dans le résultat final.
Quant à la densité des corps entraînés par les eaux, elle varie entre 1. S
et 2. 5; pour simplifier les recherches on adoptera le chiffre moyen 2. En
admettant, comme plus haut, que g = 1(>, on arrive alors aux résultats
^"i^^°*« • t; , = 5, 16393 VU
^, 1,93648
N as-- — =r-
Vd
Pour les corps de très faible diamètre d^ la valeur de N est très grande ;
il en est donc de même à plus forte raison de e^ qui entre dans les deux
formules (A) et (B) précédentes.
Donc, dans (A) la fraction . : qui peut s'écrire 3- tend rapide-
ment vers 1 lorsque N tend vers oo ; donct; tend vers v^ et on a à la limite
Pour la formule (B), le terme transcendant devient absolument négli-
geable pour les mêmes motifs.
Néanmoins, comme tout ce qui précède est vrai pour des valeurs de d
aussi grandes qu'on voudra, M. Yautbier examine ce que deviennent les
termes transcendants des formules (A) et (B) pour des sphères ayant respec-
tivement pour diamètres :
d = 0»,0001 soit 1/10» de millimètre.
d = 0»,0100 soit 10 millimètres.
d = 1«,0000 soit 1000 —
On trouve aisément que, dans les deux premiers cas, les termes en ques-
tion diffèrent assez peu, Tunde Tunité, l'autre de 0, de sorte qu'il n'y
a pas lieu d*en tenir compte.
Mais il n*en est plus de même dans le dernier qui donne :
v^ ==5,16397
N = 1, 9365
e ss 6, 9344 ou 7 environ,
de sorte que l'on a, en supposant ^ := 1 :
eVl ~ *'
2 *
et j= /. (1+-TÏ) = 0,1931.
Donc, pour nn bloc de 4 mètre de diamètre, la vitesse à la fin de la prc-
— 32 —
mière seconde de chute, n'est encore que les trois quarts de la vitesse limite
et, dans la mesure de l'espace parcouru^ le terme transcendant n*est plus
négligeable.
Si l'on fait ^ = 2, on a :
** |/.(l+ If) = 0,0008561.
On voit donc que, même pour de très grands blocs, la vitesse converge
avec une grande rapidité vers la vitesse limite ; en même temps, l'influence
du terme transcendant sur l'espace parcouru tend rapidement à s'annuler.
Pour bien mettre en évidence quelle est pratiquement la période de temps
pendant laquelle il peut y avoir lieu de s'inquiéter de l'accélération de ta
vitesse et de l'espace parcouru, on développe v en série. En effectuant sim-
plement la division indiquée, il vient :
[222 1
1 - -nT + -iSi - ^ïîî + etc.
e e e J
Or, sauf pour de très gros blocs, e est tellement grand qu'on peut
se contenter du premier terme. Si Ton veut savoir à quel moment la vitesse
différera de la vitesse limite d'une quantité donnée 0,001, par exemple, on
n'aura qu'à poser
2 1
e
1000
e
= 2000
N t iog. e
a= log. 2000
log. 2000
3,3010300
N log. e N iog. € '
ce qui, appliqué aux trois dimensions considérées plus haut, donne :
pour d = 0,0001 ^ = 0",0393
d = 0,01 e = 0",3925
rf = l,00 ^=3",9251.
En calculant les espaces correspondants, on voit que les blocs de grosses
dimensions seuls peuvent exiger l'étude spéciale de la période de vitesse
accélérée;pourIes vases, sables, graviers, etc., ce serait un pur exercice
d'analyse.
Gela posé, M. Vaulhier a dressé un tableau concernant treize blocs sphé-
riques dont les diamètres varient depuis 0'",0001 jusqu'à 1 mètre, avec les
valeurs de K et de D admises plus haut. Ce tableau donne pour chaque
— 33 —
cas, le temps au delà duqael la vitesse réelle diffère de la vitesse limite de
moins de 1/lOOOetles espaces parcourus dans lesquatre premières secondes
de la chute.
On voit à rinspectioQ de ce tableau que, pour les neuf premiers de ces
corps jusqu'au diamètre de 0*,05, il est inutile de pousser le calcul au delà
de la deuxième seconde et ce n*est que pour les quatre derniers qu*il y a
quelque intérêt à pousser jusqu'à la quatrième seconde : c'est pour le der-
nier seulement que l'espace parcouru dans la troisième diffère sensiblement
dn v^ et encore l'écart est-il très faible.
Le point saillant qui se dégage de tout cela, c'est la rapidité avec laquelle
la vitesse de chute se rapproche d*une vitesse limite qui, théoriquement,
n'est jamais atteinte.
Cela se comprend facilement lorsqu'on observe que cette vitesse limite
est notablement plus faible que celle qui résulterait de la force accélératrice
qui entraine les corps au départ, avant que soil née, sous l'influence du
mouvement lui-même, la résistance de l'eau qui les ralentit.
Cette force qui est égale au poids du corps diminué de la poussée du
liquide s'obtient au moyen de l'égalité.
, D- 1
On voit ainsi que, dans le vide, ces petits corps devraient parcourir 2'',50
sous l'action de cette force tandis qu'en réalité ils ne parcourent que quel-
ques décimètres ou même quelques centimètres seulement.
Même pour les corps très volumineux, les vitesses s'écartent 1res rapide-
ment de ce qu'elles seraient sous l'action de g'; le tableau précité le mon-
tre pour la sphère de 1 mètre de diamètre. A la fin des quatre premières
secondes, les vitesses réelles sont, avec les vitesses résultant de la relation
^ = g' tf dans les rapports exprimés par les fractions suivantes :
A la fin de la première seconde 0,77
— deuxième — 0,50
— troisième — 0,34
— quatrième — 0,26
La vitesse limite, dont la valeur numérique joue un rôle si important dans
ce qui précède, pourrait d'ailleurs cire obtenue immédiatcuieul en expri-
mant qu'au moment de l'équiUbjc il y a égalité entre le poids du corps
diminué de la poussée et la résistance du liquide au mouvement descen-
dant :
d'où
6 ^" *^"^~*^-V
v,=2[/
9à(i)^ 1)
3K
BULL. 3
— 34 —
Le seul point utile à savoir que met en lumière l'analyse, c'est la rapi-
dité avec laquelle le corps tombant tend vers cet état asymplotique d'équi-
libre qui, dans la plupart des cas, est le seul qu'il y ait lieu de considérer*
Cela posé, un corps abandonné dans un courant de vitesse u est sollicité
à prendre cette vitesse u en même temps qu'à tomber verticalement sons
l'influence v' d'une vitessequi, sauf pour les blocs très gros, est rapidement Vj;
il suivra donc, en réalité, au bout d'un temps très court, une direction
dont le coefficient angulaire est -^. Si le corps est abandonné à une hau-
teur A au-dessus du fond, il gagnera ce fond en un temps représenté à très
peu près par ^ = — et à une distance du point de départ qui se rappro-
u
che beaucoup de (if = A — .
L'angle de la trajectoire avec rhorizontalc est d'autant plus faible que v^
est petit par rapport à u; mais, néanmoins, cet angle est sensible pour les
corps les plus ténus.
Ainsi, supposons ti = 1",00, h = 1",00; un corps de O^.OOOl de diamètre
(vase) gagnera le fond en 19^,38 à une distance du point de départ égale à
19'",38. Si le grain aO",001 (sable), les chiffres précédents deviennent 6'' ,12
el6"»,42. Enfin, pour un grain deO»,01 (gravier), 4",94etl»,94.Ceschlfirres
approximatifs suffisent pour exprimer nettement la physionomie des effets
produits.
En réalité, en pratique, la trajectoire ne sera pas une ligne droite, mais
une courbe à point d'inflexion à cause des variations de vitesses des diffé-
rents filets d'eau dans une même verticale.
Or, dit M. Vauthier, si un corps tombe dans Teau avec une vitesse Vj, il
sera retenu en équilibre par un courant vertical ascendant de même vitesse.
Mais, dans un cours d'eau naturel, il se produit, au contact des parois, et
à une distance plus ou moins grande, suivant les aspérités de celles-ci et la
vitesse de l'eau, des courants partiels qui s'écartent plus ou moins du paral-
lélisme avec la surface du courant.
Supposons un des corps considérés précédemment placé dans un de ces
courants dirigés vers le haut. Si la composante verticale de la vitesse de ce
courant est égale ou supérieure à la vitesse limite V|, correspondant à ce
corps, il y restera suspendu au même niveau ou remontera avec lui, tout
en s' abaissant relativement de v^k chaque seconde. Et si la vitesse du cou-
rant partiel qui entratne le corps s'affaiblit, il regagnera de nouveau dans
un délai plus ou moins court, le fond d'où il avait été enlevé.
Cette observation semble suffire pour se rendre compte de l'action de l'eau
courante sur les éléments qui composent les parois de son lit; et les
chiffres donnés dans le tableau annexé montrent combien cette action est
variable suivant la grosseur de ces éléments.
M. Vauthier a pu comparer les résultats de ses calculs avec différentes
— 35 —
taUes (Gneiss, labiés anglaises, ctc.)f donnant les vitesses de fond cor-
respondant à rentratnenient des particnles des parois du lit des cours d'eau,
et il a constaté que les résultats de l'expérience confirmaient d'assez près
eeax de l'analyse. La loi de progression de la vitesse avec la grosseur y est
sartout nettement retrouvée.
Ce n'est pas qu'il y ait similitude complète entre le fait d'entraînement
de corps donnés parallèlement ou en contact avec les parois du lit sur lequel
ils reposent et la suspension momentanée dans un courant tel qu'elle a été
considérée. Mais il n'a pas paru à M. Vauthier qu'il y ait lieu de poser
et d'essayer de résoudre théoriquement le premier problème» eu égard aux
effels de la cohésion, ou de l'enchevôtrement des éléments qui exercent, dans
ce cas, sur les effets produits, une action plus importante que celle qui
résulte de leur poids ou de leur forme
En somme, les considérations précédentes suffisent pour rendre compte
des effets de transports d'éléments plus ou moins volumineux effectués
par les eaux courantes, normalement ou accidentellement animés de
vitesses considérables, sans qu'il y ait lieu de faire intervenir dans la
question une puisiance de suspension spéciale dont l'eau serait douée ainsi
qu'on l'a quelquefois supposé.
Après avoir appuyé ses théories d'exemples puisés dans les matériaux
charriés par la Garonne, la Loire et les égouts de Paris, H. Vauthier tire
les conclusions suivantes :
\^ L'eau ne jouit pas d'une propriété spéciale en vertu de laquelle elle
tiendrait en suspension des matières quelque ténues qu'elles soient, d'une
densité supérieure à la sienne ;
2* Ces matières tendent toujours à gagner le fond avec une vitesse qui
dépend de leur densité et qui est inverse de la racine carrée de leurs dimen-
sions transversales ;
3* Eu égard à la grandeur desdites vitesses, pour des matières d'une den-
sité semblable à celles qui forment les parois des lits des cours d'eau; les effets
de déplacement et de transport observés dans les fleuves et rivières s'expli-
quent très bien par le fait seul des courants permanents ou accidentels qui
agissent sur le fond ;
4* Dans l'appréciation de ces effets, il faut tenir compte, dans une mesure
large, du degré de ténuité des matières à entraîner, et ce qui est vrai
pour des matières extrêmement divisées comme celles qui troublent par
exemple la Garonne à la hauteur de Bordeaux et tous les cours d'eau petits
ou grands pendant leurs crues, est absolument faux pour des matières de
ténuité moindre.
Enfin M. Vauthier termine eu signalant l'utilité qu'il y aurait à reprendre
de nos jours et avec les appareils perfectionnés que nous possédons actuel-
lement, les expériences de Nev^ton et de Dubuat qui sont nos seules bases
pour l'étude de toutes les questions de ce genre.
M. LE PaisiDENT remercie H. Auguste Moreau de son analyse très exacte
qui sera insérée au procès-Terbal^ puisque l'étude de M. Vauthier a déjà
— 36 —
paru dans le volume qui rend compte du congrès tenu à Blois, en 1884, par
Î^Âssociation française pour Tavancenient des sciences.
L'ordre du jour appelle la communication de M. A. Potel sur les intérêts
français, au point de vue industHel et commercial, dans les pays de la
Plata.
M. LB Président présente à l'assemblée H. A. Polel qui n'est pas membre
de la Société, et dont il se fait aujourd'hui le parrain. M. A. Polel veut
bien nous apporter un résumé des observations très intéressantes qu'il a pu
recueillir pendant ses voyages dans les pays de la Plata où tant de sympa-
thies nous sont acquises. Nous croyons qu'il n'est pas inutile pour nous
d'être renseignés sur l'industrie et le commerce de ces contrées lointaines
où nos compatriotes luttent contre la concurrence étrangère.
M. A. Potel a la parole.
M. PoTBL prend la parole en ces termes :
La crise industrielle et commerciale que la vieille Europe traverse en ce
moment, a provoqué de toutes parts un mouvement d'étude des meilleurs
moyens à employer pour amener un développement plus grand des échanges
avec les pays non producteurs.
Les avis se sont partagés. Pour les uns, la conquête ou l'achat de colo-
nies nouvelles est indispensable pour atteindre le but proposé; pour
d'autres, et je n'hésite pas à me ranger parmi ceux-là, la solution immé-
diate pourrait se trouver dans une meilleure organisation de nos forces
commerciales, en nous contentant de mieux exploiter les pays déjà vieux
comme civilisation, c'est-à-dire riches, ayant des besoins; les pays où les
mœurs sont sensiblement semblables aux nôtres, mais qui ne sont pas
encore devenus producteurs. Pour spécifier, nous citerons le Transwall,
l'Australie et spécialement les Étals compris dans la vaste péninsule hispa-
no-américaine. États latins comme nous, et que la race anglo-saxonne n'a
pas encore accaparés.
Parmi ces États, nous nous occuperons tout spécialement aujourd'hui, de
deux républiques, la République argentine et celle de l'Uruguay, que je
viens de visiter.
Ce fut Jean Diaz de Solis qui découvrit le Rio de la Plata, en 1516. Parti
du port de Lepe le 8 octobre, il relâcha aux Canaries, puis, poursuivant sa
route, reconnut la magnifique baie où se bâtit plus tard la ville de Rio-de-
Janeiro; enfin, continuant à longer les côtes, il arriva dans un vaste estuaire
qu'il prit d'abord pour une mer intérieure et, à cause du peu de salure de
ses eaux, il la dénomma Mar dulce.
Onze années plus tard, Sébastien Cabot s'embarquait à Cadix et venait
visiter à son tour ces mêmes parages. La légende raconte qu'en arrivant,
sachant déjà avoir devant lui un fleuve et non une mer, il jeta par-dessus
son bord une pièce de monnaie et dénomma ainsi la Mar dulce de Solis,
LE Rio DE LA. Plata ou Rivière de forgent.
La république orientale de l'Uruguay, qui s'est fondée sur la rive gauche
— 37 —
du Rio de la Plata, république dont nous voulons plus spécialement nous
occuper, est située entre le 30*5' et le 35® de latitude sud et les 56<>15' et
60*45' de longitude ouest du méridien de Paris.
Presque tout son territoire est entouré d'eau; on peut le considérer
comme une vaste péninsule réunie à l'extrémité méridionale de l'empire du
Brésil.
{M. Potel accompagne ses explications de nombreuses projections sur le
laèleaUy exécutées par M. Molteni.)
Ainsi que l'a constaté le général Uruguayen Reyes en 1856, la ligne de
démarcation de cet Ëtat est restée la même que celle du temps de la domi-
nation espagnole. Cette ligne a environ 450 milles géographiques d'étendue ;
elle passe par les crêtes des monts Aedo et Santa-Anna, jusqu'à la rencontre
à l'onest, des sources de la rivière Gouarim, qui débouche dans l'Uruguay»
et, à Touest, de celles du Yaguaron qui débouche dans lé fac Mérim.
Son périmètre ressemble à un polygone de plusieurs côtés; il est bordé
à l'ouest par le Yaguaron, au sud par le Rio de la Plata, au sud-est par
l'océan Atlantique, à Test et au nord-ouest par le lac Mérim et des rivières
secondaires.
Le général Reyes a calculé que la superficie de cette République est de
186920 kilomètres carrés, soit un peu plus du tiers de la France» deux fois
la superficie du Portugal.
Son sol est alternativement composé de monticules et de vallées. II est
arrosé par une multitude de rivières et de cours d'eau, presque tous assez
abondants. Il est d'une fertilité remarquable et produit tous les fruits et les
légumes d'Europe. On voit dans les jardins qui entourent Montevideo, capi-
tale de la République, les pommiers à côté des orangers, les cerisiers et la
vigne à côté des figuiers de Barbarie, c'est-à-dire les fruits des tropiques à
côlé des fruits de nos climats tempérés.
Les fleurs sont magnifiques et en telle abondance, qu'elles servent à
orner les plus pauvres demeures.
La vie matérielle, en ces pays, est à très bon compte. La viande vaut 30 à
40 centimes le kilogramme, le vin 80 centimes le litre, le pain et les légumes
le même prix qu'en France, un beau poisson coûte quelques sous, les loyers
seuls sont d'un prix aussi élevé qu'à Paris.
Dans la campagne, vingt-cinq livres de viande de bœuf se vendent ordi-
nairement 4 francs.
Notre but étant de nous occuper ici tout spécialement de commerce et
d'industrie, nous ne dirons pas comment se sont formées les populations
qai habitent ces pays, nous nous contenterons simplement de constater
comment elles sont composées à l'heure présente.
— 38 —
Espagoo]s
Français^....
Brésiliens
Argentins
Anglais
Allemands
Autres nationalités. . .
Total
Nationaux
Ensemble
RÉPUBLIQUES
OniENTALC^
de
VUruguay.
36.303
39.780
14.375
20.178
15.540
2.772
2.154
9.143
ABOKNTIIfE
123.641
59.022
55.432
»
140.222
298.023
I
438.245
17.950
8.616
99.084
363.745
2.578.255
2.942.000
BNSBMBLB
159.944
98.802
69.807
20.178
15.546
20,722
10.741
108.227
2.876.278
Total général 3.380.245
Nous venons de donner le chiffre de la population, nous allons donner
maintenant le chiffre de la fortune foncière dans ces pays, par nationalité».
IlaHeûî.
Espagnols
Français
Anglais ;
Allemands
Autres nationalités. . .
Total
Nationaux
liiNSEMBLE. . . .
RÉPUBLIQUES
OHIERTALB
de
rUruguay
franes
123.156.973
139.203.576
72.271.197
43.023.160
16.860.868
237.516.196
632.031.970
476.564.952
ARGENTINE
1 108.596.922
francs
165.159.115
45.774.265
53.519.700
32.318.795
16.180.725
88 . 197 . 660
ENSEMBLE
401.150.260
552.226.990
953.377.250
Total oénbbal.
fr&ncs
288.316.088
284.977.841
125.790.897
75.341.955
33. 041.593
325.713.856
1.028.791.942
2.061.974^72
Le climat de la Plata est généralement sain et tempéré; cependant, dans
les villes du littoral, il est sujet, vers certaines époques de Tannée, à des
variations brusques de température, comme du reste dans les villes du
1. ReceDBement de 1819.
2 — de 1881.
3! Tous les chiffres que noai citon» «ont extralU des doeumenU officiels relevés daos les
pajB que nous avons visités.
— 39 —
midi de l'Europe avoisinant la mer. Dans les mois les plus chaads, c'est-à*
dire en décembre et janvier, correspondant pour notre hémisphère aux mois
de juillet et d'août, la température maxima dans l'Uruguay est de 31'' cenli-
grades, et dans les mois les plus froids, c'esl-4i-dire juillet et août, le ther-
momètre descend rarement à 0*.
L'émigration européenne pour les pays de la Plata est considérable. Elle
provientsartoat de l'Italie et del'Espagne. Pour laFrance, la majorité desémi-
granls est de provenance basque, mais leur nombre est bien moins considé-
rable que celui des Italiens, pour la plupart Napolitains, Milanais ou Génois.
Il est du reste facile de se rendre compte de la proportion des émigrants
en consultant le tableau de la population, que nous avons donné plus haut.
En 1878 et 1879, dates de la dernière statistique officielle, publiée
en 1882, pour l'Uruguay, nous avons pu constater qu'il était
entré * 20224 personnes
et sorti 12989 —
D'où une différence à l'entrée de 7235 personnes.
Sur ce nombre 3 881 immigrants s'étaient présentés à la commission
locale d'immigration, commission qui ne fait aucune propagande en Europe.
Elle en avait placé 3 033.
Malheureusement, dans le nombre des personnes qui vont chercher l'ai-
sance dans les pays de la Plata, la plupart n'ont aucun état manuel, de
sorte que les hommes de peine et les domestiques sont en grand nombre
§t les gens de métiers font défaut, ce qui est très regrettable.
Nous croyons que c'est la place, ici, de donner le montant des salaires
ordinairement payés dans ces pays.
Un ménage de laboureur gagne par mois, avec nourriture
et logement fr. 125 à 170
Unlaboureur seul, avec nourriture et logement 70 à 100
Les journaliers pour chemins de fer 80 à 100
ou de G fr. 80 à 2 francs du mètre cube suivant la nature du
terrain, toujours avec nourriture et logement.
Jardiniers (logement et nourriture, au mois) 90 à 110
Cuisinières — — 80 à 100
Servantes — — 70 à 80
Perruquiers — — 100 à 120
Mécaniciens — — 300 à 350
Relieurs — — 100 à 150
Tailleurs — à la journée 7 à 10
Charpentiers — — 5 à 10
Cordonniers — — 5 à 10
Forgerons — — 7 à 10
Ferblantiers — — 6 à 10
Maçons — — 7 h 10
Selliers — — 6 à 10
— 40 —
Si des travailleurs u'ayaiit quo lears bras comme avoir, nous passons h
ceux qui, munis de quelques capitaux, voudraient aller tenter fortune dans
ces pays d'outre*mer, nous leur conseillons de se grouper; car là, comme en
Europe, il faut de l'argent pour organiser un établissement quel qu'il soit.
Jusqu'à présent, il n'y a à peu près que l'élevage des bestiaux qui soit
régulièrement exploité, mais il faut d'assez gros capitaux pour le tenter.
Voici, quelques chiffres de rendement que nous a donnés un de nos bons
amis, établi estanciero dans la Plata, depuis une dizaine d'années.
Nous prenons comme exemple une ferme ou eitaneia de 8 suertes ou
environ 6 lieues carrées qui servirait exclusivement à l'engraissement et h
rélevage. I) est possible de mettre sur cet espace environ 12 000 animaux.
Première année :
Achat de 12000 veaux mâles à 3 piastres,
soit 15 fr 180000 francs.
1 année d'intérêt à 12 pour 100* 21600 —
Location du terrain et frais par animal 5 fr. . 60000 —
Ensemble 261 600 francs.
Deuxième année, animaux de trois ans :
Intérêt à 12 pour 100, soit 31'392 francs.
Location et frais 60 000 —
Ensemble 352992 francs.
Troisième année, animaux de quatre ans :
Intérêt 32359 francs.
Location et frais, 6 francs par animal 72 000 —
Ensemble 467351 francs.
Mortalité générale évaluée 15 p. 100, moyenne
prise sur la deuxième année 52949 francs.
520300 francs.
520300
^"•^ î2ôôr=*^^'-^^-
Or le prix de vente des bœufs de quatre ans a été
en 1881 de 82,50
en 1882 de 87,00
en 1883 de 75,00
244;5Ô
244 50
La moyenne est donc de — ^ — = 81 fr. 50
soit pour 10 200 bœufs, mortalité déduite, à 81 fr. 50. 831 300 francs.
Bénéfice réalisé 311 000 francs
en trois années ou plus de 100 000 francs par an, en dehors des 12 pour
100 d'intérêt annuel du capital employé.
f . 12 pour 100 est le taux ordinaire de l'argent dans la Plala.
— 4« —
Voilà pour les gros capitaux; pour les capitaux plus restreints, voici ce
que peut donner rélevage du mouton, plus spécialement tenté dans la Répu-
blique argentine. Je cite ici M. Daireaux, qui a étudié cette importante
question pendant un séjour de douze années dans la Plata.
«t L'e$iancia consacrée à l'élevage du mouton est généralement composée
de terrains restreints; cependant il y a de riches propriétaires qui occu-
pent cinq, six et même dix lieues. Pour un troupeau de 2 000 têtes, 200 hec-
tares, 250 au maximum, suffisent; la terre se divise en conséquence, et,
sur une lieue de pâturages passables, on peut placer de dix à douze trou*
peaux de cette importance. On trouve facilement des terrains à louer, bien
qu'ils soient chaque jour plus recherchés.
« Le système pratiqué est celui de l'association : le propriétaire ou loca-
taire du terrain fournit un rancAo.* 1000 brebis, 200 hectares, à un métayer
qui, fournissant également i 000 brebis et entrant pour moitié dans les
frais d'installation, aura la garde du troupeau. Tous les produits se divise-
ront par moitié; le métayer cependant a le droit de nourrir sa famille en
tuant les animaux nécessaires à sa consommation; il doit compte, bien
entendu, de chaque peau provenant de ces abatages quotidiens; d'octobre
à décembre a lieu la tonte; en mai, avant la mise bas d* automne, qui com-
mence à cette époque et qui est la plus productive, on peut vendre les
animaux gras ou vieux et faire place ainsi aux agneaux.
« Le produit de ce genre d'industrie est vraiment prodigieux. Nous avons
pris au hasard le compte de rendement d'uu troupeau de 2 040 moutons
élevés par un métayer soigneux, associé par moitié. Il fut payé, en avril,
5 francs par tète, soit 10200 francs; en décembre, le produit net en laine
fut de 2 200 francs; les peaux provenant de la consommation du métayer
et de quelques animaux morts donnèrent 420 francs; en avril suivant, on
put extraire du troupeau 800 animaux choisis que l'on vendit 9 francs
pièce, soit 7 200 francs, et le troupeau, augmenté déjà des mises bas d'avril,
resta encore de 1 900 tètes à la veille de la mise bas d'automne, qui devait
donner au moins 500 agneaux, soit un revenu de près de 100 pour 100 en
une seule année, pour un troupeau très ordinaire. Certes, il y a des mé-
tayers peu soigneux et des propriétaires négligents qui détruisent ou lais-
sent perdre leur troupeau peu à peu, et, au bout de quelques années, sont
plus pauvres qu*au début; mais l'homme travailleur et sobre ne trouvera
nulle part un emploi plus avantageux d'un petit capital. Ce premier capital,
l'immigrant qui fera preuve de qualités sérieuses ne manquera pas de pro-
priétaires qui le lui prêteront, trop heureux de s'attacher un homme capable
de faire prospérer leurs «intérêts en même temps que les siens propres;
mais il ne faut pas croire que cette vie soit des plus douces; le seul charme,
pour celui qui aime le farniente le plus invariable, c'est l'oisiveté absolue. »
L'année dernière, on a abattu dans la Plata 1 057 000 bêtes à cornes et
recueilli 57 millions de kilogrammes de laine. Il en est ainsi depuis plu-
sieurs années.
A côté de rélevage, de nombreuses industries pourraient être installées
— 42 —
dans la Plata; elles offriraient de grands avantages à ceux qui se livre-
raient à leur exploitation. Nous voulons parler entre autres de distilleries,
de tanneries et surtout d'entreprises de travaux publics.
Lors de la conquête par les Espagnols, de nombreuses tribus indiennes
habitaient les plaines de la Plata.
Dans la République argentine, elles ont été continuellement poursuivies
et refoulées plus avant, vers la Patagonie. Le même sort leur est réservé
qu'aux tribus du Far-West de l'Amérique du Nord. Toutes celles qui
veulent garder leur indépendance, qui ne veulent pas se fondre avec l'élé-
ment blanc, sont fatalement destinées à disparaître par extermination.
L*historique de ces peuples peu connus^ nous entraînerait trop loin pour
que nous puissions le faire dans ce court opuscule. Disons seulement que
la dernière tribu qui fut détruite dans l'Uruguay fut celle des Charmât.
C'est en 1831, près Maldonado, qu'ils furent vaincus. Depuis trois siècles»
ils luttaient contre les Espagnols, avec une intrépidité et une ténacité
véritablement extraordinaires.
EnlSOOy un historien espagnol* AraKa, écrivait:
<c Peut-être les Charmas ont-ils coûté plus de sang à l'Espagnol que les
nombreuses armées de Tlnca et de Montezuma^ et cependant leur nombre
ne s'élève pas au chiffre insignifiant de quatre cents; on a essayé contre
eux, toujours en vain, de petites et de grandes expéditions; sobres, agiles
et forts, plus grands en moyenne que les Européens, tous coulés dans le
même moule, au visage énergique et bronzé, encadré de cheveux longs et
touffus, ils ont Treil perçant, l'ouïe extraordinairement fine, les denta
blanches, la main et le pied petits . »
Les cinq ou six Gharruas qui survécurent au combat» furent faiU prison-*
nierset confiés à Montevideo à un directeur de cirque français» qui les ame-
na h Paris, où le dernier d'entre eux finit misérablement dans Un hôpilaL
Aujourd'hui l'homme qui a remplacé llndion dans la prairie^ qui prend
soin de la propriété et se livre aux rudes travaux des champs, s'appelle le
Gaucho. Descendant des premiers Espagnols qui ont occupé le pays» et des
China ou filles d'Indiens» il tient des deux races : de l'Espagnol il a la
fierté ; de l'Indien» la ruse, la souplesse, l'adresse et le génie d'observation
de la nature dans ses lois les plus communes.
C'est l'homme primitif dans toute l'acception du mot. De taille
moyenne et bien prise, bronzé par le sang de sa race et par le soleil qui
le frappe en pleine face du matin au soir, lorsqu'il traverse sur son cheval
l'immense plaine appelée pampa^ à peine garnie jde loin en loin par un
om^ti» il est toujours d'humeur gaie et égale s'il a son morceau de viande
fraîche à faire rôtir dans la prairie [assado) et son verre d'eau journalier;
quant au pain» qu'il en ait peu on point, cela lui est égal.
Grande et large est son hospitalité. Il reçoit le voyageur comme un
frère, ne lui demandant jamais où il va, ni d'où il vient. Il partage avee
lui tout ce qu'il possède» sans vouloir accepter le moindre payement» à
— 43 —
moins que ce ne soit à titre de cadeaa ou de souvenir et encore faut-il que
ce tie soit pas de l'argent.
Pour lui-môme, il n*a pas de coquetterie. De larges pantalons appelés
chiripa, une veste de drap noir, une ceinture dans laquelle est passé son
couteau, un poncho^ ou couverture de laine douce^ rayée^ percée en son
centre d'un trou pour passer la tète et un êombrero en feutre, voilà son
accoutrement.
Dans la prairie^ il est ordinairement chaussé de bandes de cuir souple,
attachées à ses pieds et le long de sa jambe jusqu'au genou au moyen de
lanières, à la façon indienne ; mais lorsqu'il vient en ville, il met de belles
bottes à récnyère en cuir verni, et je vous assure qu'avec son costume
original, ii a alors fort bel air.
S'il n'est pas très coquet pour lui, il n'en est pas de même pour son
cheval. Il n'aime pas la selle anglaise de nos pays, il lui préfère son reeado^
qui lui compose un excellent lit lorsqu'il couche dans la plaine. Ses étriers
sont souvent en argent massif^ d'une forme très haute et toute spéciale ; il
en est de même de la garniture du mors et de la bride, de ses éperons, de
la poignée et du fourreau de son couteau. Tout l'argent qu'il pourra gagner
passe dans ces ornements, à moins qu'il ne boive la cagne ou eau-de-vie
de canne à sucre à la pulperia, et ensuite qu'il ne joue, car le jeu est la
passion dominante chez lui. Les cartes et les dés i*altirent, et ce vice est
tellement enraciné chez le gaucho que< s'il devient soldat, bien qu'il
lui soit interdit sous les peines corporelles les plus graves d'avoir des
cartes ou des dés, il invente mille combinaisons pour satisfaire sa passion.
Une, entre autres, m^a paru singulièrement originale. Deux petits tas de
sacre à peu près égaut étant formés, et deux mouches étant attrapées, les
deuiL joueurs tirent au sort le tas sur lequel chacun d'eux place sa mouche.
Celle des deux qui a le plus tôt fini son tas de sucre, fait gagner le pro«
priétaire du tas.
I>ans la campagne, lorsque le gaucho a tout perdu et qu'il soupçonne
son adversaire d'avoir triché, ce qui arrive souvent, le drame succède au
jeu : les couteaux sont tirés et presque toujours un homme reste sur le car-
reau le ventre ouvert. Gomme la justice est loin, le plus ordinairement le
dénouement de ces scènes tragiques reste ignoré.
Jamais le gaucho ne vous volera de l'argent, — je parle ici du travail*
leur et non du bandit qui parcourt les plaines, celui-ei n'étant plus heureu *
sèment qu'une exception. Hais s'il peut vous prendre un morceau de cuir
capable de servir à Tornement de sa selle ou de sa bride, il le fera sans
vergogne ne considérant pas cela comme un larcin.
L'élevage du bétail étant, comme nous l'avons dit, la seule industrie véri*
tablement grandement établie, c'est au gaueho que les soins tout primitifs
qu'elle nécessite sont dévolus. Ces soins portent sur trois points.
Lorsque les jeunes taureaux ont six mois, on les marque : quand ils oni
deox ans, on les castre, et, à quatre ans, on les vend, pour être tués et
salés, puis expédiés au Brésil et à la Havane, où ils forment la meilleure
— 44 —
partie de la nourriture des noirs et le mets national, composé de cetle viande
cuite avec des haricots rouges , que les Brésiliens appellent Fejoade,
Nous avons démontré plus haut, ce que peut rapporter l'élevage du
bœuf et du mouton, nous allons maintenant parler de l'industrie du tueur,
c'est-à-dire du scUaderhta,
Il existe dans les deux républiques dont nous nous occupons 28 155 249
bétes à cornes et 68063 619 moutons.
L'histoire de la création de cet immense troupeau est réellement très
curieuse. En 1553» c'est-à-dire cinquante ans après les premières des-
centes des Espagnols sur les rives du Rio de la Plala, les frères Goês,
deux Portugais dont l'histoire a conservé les noms, amenèrent de Sainte-
Catherine sur la c6te du Brésil, par la route de terre, jusqu*à l'Assomption
du Paraguay, huit vaches et un taureau, source de tout ce bétail. Pour
récompense de ce voyage, qui dura six mois, ils reçurent une vache.
Pendant de longues années, le gouvernement espagnol se refusa à laisser
faire aucune espèce d'exploitation, de sorte que ce bétail se reproduisit en
liberté d'une façon prodigieuse. Les propriétaires ne connaissaient pas le
chiffre de leurs troupeaux, ce qui permettait aux voleurs indiens et à ceux
venus, du côté du Brésil, d'exercer en paix leur coupable industrie.
Enfin, en 1794, cinq matelots irlandais venus sur la c6te de Patagonie
pour la pèche de la baleine, se trouvant échoués et recueillis à Buenos-
Ayres, eurent l'idée d'appliquer à la conservation de la viande les procédés
de salaison et de séchage employés à celle du poisson ; c'était fort simple,
mais l'ignorance des colons était telle, ils avaient eu jusque-là si peu d'in-
térêt à s'occuper de ces questions, que la révélation de ces cinq matelots
fut accueillie comme une découverte des plus merveilleuses.
On fit des essais qui réussirent parfaitement : des échantillons expédiés
par des navires en partance firent le tour du monde sans s'altérer ; en uu
mot, le résultat fut du premier coup si satisfaisant, qu'après quatre-vingts
ans aucune modification n'y a été apportée.
De ce jour, l'industrie si importante des i a/a<ferof était créée. Cependant
il ne fallait pas songer à fabriquer du jour au lendemain des quantités con-
sidérables de viande salée. Ce qui faisait défaut, c'étaient non seulement
les hommes entendus et pratiques dans ce travail nouveau. Mais encore le
sel, les tonneaux, et, ce qui était plus grave, les capitaux. Il fallut, comme
toujours, que les hacendados s'adressassent au roi, lui demandant de favo-
riser la création de cette industrie, d'autoriser la venue de cent ouvriers
irlandais catholiques qui pussent enseigner aux nègres ce travail nouveau ;
on demandait aussi la fondation d'une compagnie qui pût acheter et cen-
traliser tous les produits que Ton préparerait dans les estancias pour les
exporter dans les autres colonies et le continent européen.
Ces pétitions restèrent sans réponse, et les colons durent se contenter
d'employer le nouveau système de salaison, chacun séparément, suivant le
nombre de ses troupeaux et des esclaves dont il disposait, mais sans que l'on
pût songer à établir des saladeros. Ce ne fut que de longues années après
'— 45 —
que quelques-uns furent créés à Bueoos-Ay ressassez peu importants du reste
au début pour qu'ils n'aient pas laissé trace dans les documents publics.
£q 1822 seulement, l'existence en est constatée par un règlement qui les
atteint. Ils s'étaient groupés autour de Buenos-Ayres el devenaient assez
gênants pour la ville, qui s'agrandissait et les englobait, pour qu'une ordon-
nance leur enjoignit de s'éloigner à une demi-lieue au moins du palais
municipal, le Caàildo. Enfin le traité de 1825 avec TAngleterre, en auto-
risant celle-ci à faire le commerce, leur donna uneimpulsion rapide, décida
par cela même la fortune des hacendados, quintupla la valeur des troupeaux
et contribua à la création d'une aristocratie de propriétaires qui vint prendre
la place des riches négociants espagnols expulsés en 1810. A la même
époque, un estanctero platéen, voyageant en Europe, envoyait à Buenos-
Ayres pour y perfectionner la fusion des graisses, un chimiste français,
M. Antoine Gambacérès, neveu du prince de l'empire, qui devait consacrer
sa vie au progrès de cette industrie, et qui créa, au bout de quelques
années de séjour, un établissement modèle, aujourd'hui encore exploité
par son fils.
Aujourd'hui, plus de vingt saladeros fonctionnent dans les deux républi-
ques et on y abat annuellement 1 200 000 têtes de bétail. L'industrie de l'éle-
vage du mouton est également très prospère. L'année dernière elle a donné
comme rendement près de 60 millions de kilogrammes de laine, vendus
119 millions de francs.
On compte que le bénéfice du sc^laderista est d'environ une piastre, soit
un peu plus de cinq francs par tête d'animal abattu.
Nous avons dit que la population totale des deux républiques était de
3380 245 individus, et que la fortune foncière s'élevait à plus de 2 milliards;
nous allons maintenant indiquer le chiffre général du commerce de ces con-
trées, en chiffres ronds, pour les années 1882 et 1883.
1882 1883
République de l'Uruguay 211 237
— argentine 618 700
Soit ensemble 821 et 937
millions de francs.
Dans ces chiffres, la France est comprise pour 173 millions 1/2 en 1882,
et pour 232 millions 1/2 en 1883, se décomposant ainsi pour 1883.
Importation dans ces répubuques.
République de l'Uruguay 18 mil. 3/4
— argentine 87 » 1/2
Soit : . . . 106 mil. 1/4
Exportation en franoe.
République de l'Uruguay 21 mil. 1/4
— argentine 105 »
Ensemble. . . . 126 mil. 1/4
— 46 —
Ëh bien, messieurs, ces chiffres qui semblent magnifiques au premier
examen, sont au fond moins brillants que ceux qui se rapportent au com-
merce de nos voisins. Pendant que nos transactions avec ces pays ont
augmenté depuis quatre ans dans la proportion de 50 pour 100, celles des
Anglais ont augmenté de 80 pour 100 et celle des Allemands de 400
pour 100.
Je sais bien que si je prends les chiffres relevés dans la statistique
du ministère du commerce, les 232 millions 1/2 que je citais tout à l'heure
deviendront un peu plus de 348 millions; mais, si je prends ce dernier
chiffre, je devrai augmenter dans la même proportion ceux relatifs à nos
voisins et le résultat restera le même. La différence sensible, que je signale,
entre les chiffres donnés par la statistique locale des douanes et le chiffre
du ministère du commerce français, provient du taux élevé des droits
d'entrée qui fait qu'on ne déclare presque jamais la valeur réelle des mar-
chandises importées. Voici, du reste, les chiffres donnés par le ministère
du commerce, par nature de marchandises, en 1883.
Pour prouver que lo chiffre de nos transactions n'augmente pas dans la
même proportion que celui de nos voisins, nous allons citer quelques
chiffres extraits du dernier rapport de M. G.-B. d'Anglade, gérant du con-
sulat général de France à Montevideo, adressé à M. le ministre du com-
merce le 16 août de Tannée dernière.
« La France, dont les produits industriels étaient autrefois presque sans
rivaux, bien qu'elle soit encore aussitôt après l'Angleterre, dont les impor-
tations dans l'Uruguay sont les plus considérables, n'augmente pas son
commerce avec ce pays-ci dans les mêmes proportions que l'Allemagne et
l'Italie, par exemple.
« En 1880, la France avait importé dans l'Uruguay pour 18 204 480 fr.
en 1881, le chiffre diminuait et tombait à 15 697508 —
de même en 1882, à 14183424 —
et raugmentation de l'année 1883 (4572169 fr.) ne donne
qu'un chiffre de 18852793 —
à peine supérieure celui de l'année 1880.
« Voici, au contraire, quels sont les chiffres des importations de l'Italie
dans l'Uruguay :
1878 4.683.652 francs.
1879 5.905.677 —
1880 8 . 226 . 252 —
1881 5.573.847 -
1882.. 6.715.283 —
1883.! 7.093.623 —
— 47 —
« Les importations de provenance allemande, ont suivi une marche plus
rapide encore :
1878 4.368.249 francs.
1879 5 . 026 . 968 —
1880 5.957.609 —
1881 6.378. 183 —
1882 7.585.336 —
1883 10.961.244 —
Et M. d'Anglade continue ainsi :
<c Ce sont là des chiffres éloquents, et il y aurait lieu pour Tindustrie et
le commerce français de se préoccuper d'un pareil état de choses qui, s'il
continuait, pourrait lui devenir fatal sur le marché de la Plata, grand
débouché destiné à devenir plus grand encore.
« J'ai interrogé à ce sujet la Chambre consultative du commerce français,
qui est certainement compétente, et parmi les raisons nombreuses, mais
d'un ordre tout spécial, qui m'ont été fournies, j'ai le devoir d'en signale,
une à la bienveillante attention de Votre Excellence.
« Les produits de l'industrie française arrivent tous sur le marché de
Montevideo avec des prix trop élevés; certainement il faut mettre en ligne
de compte la main-d'œuvre plus chère en France qu'en Allemagne ou en
Italie, mais aussi la connaissance plus exacte du marché par le commerce
allemand et italien.
c< Le public étant habitué ici aux produits français, qu'il payait des prix
très élevés, le commerce allemand et italien, qui fabrique tout spécialement
en vue de Texporlation, a copié nos modèles en flattant les goûts du pays
et est arrivé à produire, aux dépens de la qualité de l'objet, des meubles par
exempte tout couverts (fomementation dans le goût oriental à un prix bien
plus bas que les produits similaires français beaucoup plus simples.
a D'après l'avis de la Chambre consultative du commerce français, si
notre industrie veut pouvoir lutter avec avantage, il est indispensable qu'elle
produise en vue de Texportation sans chercher à imposer son goût pour le
simple et le beau. »
Pour compléter et avant d'indiquer aussi exactement que possible les
divers articles fournis en plus grande quantité par nos voisins que par
Dons-mèmes^ nous allons faire connaître en chiffres ronds le chiffre du
commerce anglais dans la Plata, toujours d'après les douanes locales :
Importations d* Angleterre dans la Plata 545000000
Exportations de la Plata en Angleterre . . 5 000 000
Ensemble. . . . 550 000 000
On remarquera évidemment que nos exportations dépassent nos impor-
tations de 2Q millions, quand, chez les Anglais, c'est le contraire qui existe.
C'est que nous sommes, avec les Belges et les Allemands, les grands ache-
— 48 —
teurs de laines de la Plata, tandis que les Anglais approvisionnent leurs
usines dans leurs colonies d*Australie , ce qui , pour eux , présente un
double bénéfice, trop facilement appréciable, pour qu'il soit nécessaire
d'insister sur ce sujet.
Voici maintenant les divers articles sur lesquels nous appelons toute
l'attention des industriels de notre pays, articles relevés sur la statistique
des douanes locales :
FIL DE PEB POUR CLOTURBR LES PROPRIÉTÏ^.S
L'Angleterre a fourni Tannée dernière 15.400 tonnes
La France 5.400 —
La Belgique 3.500 —
L'Allemagne 2.000 —
FBR8-BLA^G8.
*
L'Angleterre 868.000 kilog.
La Belgique 36.000 —
La France 1.325 —
COLONNES EN PONTE ET POUTRELLES EN FER.
Belgique 300.000 francs
Angleterre 150.000 —
France 200 —
COGNAC.
La France en a fourni pour 4.400.000 francs
L'Allemagne (?) — pour 1.650.000 -*
Puisque je suis sur la question des liquides, voici la quantité de vins exportée
d'Europe à laPlata:
Espagne, 41 millions et demi de litres représentant 18 millions de francs
France, 31 millions et demi — — le — —
toujours, comme argent, d'après l'appréciation donnée par les douanes de
La Plate.
CHAUSSURES.
Belgique 870.500 francs
France 700.000 —
Angleterre 500.000 —
CHEMISES DE TOILE ET DE COTON.
Pour cet article, c'est nous qui tenons la tète.
France 26.000 douzaines
Angleterre . . . • 18.000 —
Italie 5.600 —
Allemagne 5.900 —
TOILES d'emballage.
Angleterre 4 .000.000 de kilog.
France 31.000 —
— 49 —
TOILES DE COTON.
République argeoline < :
Angleterre 4.700.000 kilog. + 6.200.000 mè 1res
Allemagne 285.000 — + 1.000.000 —
ÉUU-Unis 154.000 — + 407.000 -
FraDce 134.000— +2*780.000 -
République de l'Uruguay :
Angleterre 12.000.000 —
Fraace 400.000 —
Allemagne 330.000 —
États-Unis 280.000 —
TOILES DE FIL.
Angleterre (R. A.) 660.000 mètres
Belgique 650.000 —
France 250.000 —
Allemagne 170.000 —
Tissus de laine.
Allemagne 650.000 mètres 4- 12.500 kil.
Angleterre 400.000 — + 20.200 —
France 332 000 — +53.000 —
Belgique 67.000 — + »
BONNKTERIB DE TOUTES SORTES.
Allemagne 220.000 douzaines
Angleterre 210 .000 —
France 135.000 —
Mouchoirs.
Angleterre 465.000 douzaines
France 28.000 —
Allemagne ••••••• 12.500 —
Papiers.
à éeriro d'imprimerie d'emballage
Angleterre 105.000 kil. 450.000 kil. 182.000 kil.
Italie 116.000— 92.000- 1.105.000 —
France 100.000 - 55.000 — 82.000 -
Espagne 95.000— » »
Allemagne 75.000— 478.060- 20.000 —
Belgique 65.000 — 580.000 - 75.000 —
Papiers pbints.
France 70.000 kil. pour 150.000 francs
Allemagne 30.000 — 40.000 —
Angleterre 18.000 — 25.000 —
1. Ilexbte un droit d'entrée différentiel pour tous \e» articlee où nous indiquons sépa-
rinenl les kilograoïnies et les mètres.
BULL. 4
— 50 —
Machines.
États-Unis 23.000 charrues.
Angleterre 500 —
France 9 —
Machines d'agriculture diverses.
Angleterre 1 . 150.000 francs.
ÉUts-Unis 575.000 —
France 75.000 —
Machines diverses et moteurs a vapeur.
Angleterre 1.575.000 francs.
ÉUts-Unis 1.375.000 —
France 420.000 —
Allemagne 300.000 —
Magbqiks a coudre.
Allemagne 7.746 machines pour 825.000 francs.
États-Unis 2.400 — — 250.000 —
Angleterre 1.028 — — 100.000
France 438 — - 50.000 —
SUCUBS.
France 10.700 tonnes, représentant 10.200.000 francs.
Allwnagne 4.700 — . — 4.790.000. —
Belgique 2.300 — — 2.140.000 —
Hollande 1.600 — — 1.500.000 —
Charbon de terre.
Angleterre 200.000 tonnes.
ÉUts-Unis 2. 900 —
France néant.
Le prix de la tonne de charbon à la Plata, est de 50 francs.
Toiles cirées*
Angleterre 70.000 mètres.
Allemagne 11. 000 —
France 8.000 —
Toiles a voile.
Angleterre 530.000 kil. -f 220.000 mètres.
États-Unis 280.000 j- 50.000 —
France 60.000 1- 843 —
Verhes a vitres.
Belgique 450.000 francs.
France ' 60.000 —
Angleterre 25.000 .^
Meuble».
France 670.000 francs.
Allemagne ,. 450.000 —
ÉUts-Unis 550.000 —
— 51 —
Bougies, industrie créée en France.
Belgique 365.000 kilog.
Hollande 164.000 -
Allemagne ; 122.000 —
Angleterre «. 124.000 —
Italie 27.000 -
France 7.800 —
Ciments.
Angleterre i 10.000 tonnes.
France 1 .776 —
Belgique 993 —
Allemagne 660 —
Ainsi que le conslatenl les rapports de nos consuls, et ainsi que j'ai pu
le constater par moi-niénie à la Plata, notre infériorité relative qui, mal-
heureusement va en s'accentuant, tient surtout à Torganisation de notre
commerce. Pendant que nos concurrents vont vendre directement leurs
produits, s'informant sur place des besoins de leurs acheteurs, nous atten-
dons patiemment, dans nos usines, \e» ordres que l'on veut bien nous trans-
mettre.
Il nous faut absolument changer cette façon d'opérer, sous peine d'une
raine certaine. Deux moyens se présentent à Tesprit; tous deux sont faciles
el pratiques. L*un des deux consiste k former des syndicats d'industries
diverses, permettant l'envoi de représentants sur place tout en diminuant
les frais pour chacun ; l'autre, à créer des musées industriels et commer*
ciaux dans les grands centres que nous voulons exploiter. Mais cela fait, il
y aura encore une grande question à résoudre.
On a vu plus haut que la Plata contient 70000 Français; que leur for-
lune foncière et commerciale était estimée à plus de 250000000 de francs;
que nos transactions annuelles avec ces pays se montent à 232 millions.
Eb bien, Ténorme mouvement d'argent que supposent de pareils chiffres
se fait par les mains des étrangers, car nous n'avons pas de banque fran-
çaUe dans la Plata I
Montevideo et Buenos-Ayres possèdent huit grandes banques : une est
italienne, une espagnole, trois anglaises disposant d'un capital de plus de
SO millions, trois sont locales, et il y a aussi quelques maisons de commerce
émettant du papier sur leurs succursales d'Europe. Le bilan d'une de ces
banques, la I/yndon and River Plate Bank Co, arrêté au 30 septembre der-
nier, accuse les résultats suivants :
« Déduction faite des créances douteuses et des intérêts courants, un
bénéfice net de 161 600 £, soit: 4 025 000 francs; de celte somme les
directeurs proposent : (A) de payer le 22 décembre un dividende de 4 pour
100 et boni de 3 pour 100, ce qui fait, avec le dividende payé en juin der-
rier, une distribution de 11 pour 100 pour l'exercice terminé, impôts dé-
duits; (B) en outre, de placer 25,000 £ au capital de réserve, qui s'élèvera
— 52 —
ainsi à 210 000 £, soit, 5250000 francs; de sorte qu'il restera encore un
solde de 10 600 £ à porter au compte nouveau de profils et perles.
Nos commerçanls et nos industriels sont trop intéressés h ces questions
pour que ces r ésultats magnifiques ne les frappent pas. Car ce n'est pas
seulement notre argent dont l'étranger profite au moyen de ses banques,
mais bien aussi de nos affaires elles-mêmes. Quand un Français va porter
son papier à escompter dans une banque anglaise ou allemande, le direc-
teur de celle-ci voit avec qui notre compatriote trafique et il s'empresse
d'en faire part à ses compatriotes. Voilà le vrai danger et celui auquel il
faut porter un remède immédiat.
Le jour où une banque française sera fondée dans la Plata, il sera facile
d'avoir des renseignements certains sur les affaires qui se présenteront et
cela dispensera d'utiliser les intermédiaires qui prélèvent sur les produits
français des commissions considérables.
Alors l'industrie française pourra lutter avantageusement contre les pro-
duits allemands et anglais. Si nos articles sont un peu plus chers que ceux
de nos voisins, ils présentent plus de garantie de solidité et d'élégance que
les leurs et sont plus appréciés.
En outre, de grands travaux publics restent à faire dans la Plata. Des
ponts, des roules sont à créer; et, dans l'Uruguay, une loi spéciale auto-
rise le pouvoir exécutif è traiter avec telle compagnie qui se présentera
pour ces constructions, en l'autorisant à accorder un droit de péage qui ne
pourra excéder trente années pour payer ces travaux.
Pans ce pays, dont la superficie est égale au tiers de la France, il existe
seulement 205 kilomètres de chemin de fer. Citer ce chiffre, c'est dire ce
qui peut être fait. Certaines provinces sont complètement dépourvues de
routes, et les nombreux troupeaux qu'elles renferment restent sans valeur
à cause des difficultés que cet état de choses crée pour leur transport. La
banque pourrait et devrait aider les constructeurs et les entrepreneurs qui
demanderaient des concessions. Son devoir serait d'informer nos compa-
triotes des entreprises lucratives qui pourraient être tentées et d'assurer le
vaste mouvement qu'elles nécessiteraient avec la France.
Nul doute, que nos compatriotes établis dans la Plata et dont nous
disions le chiffre de la fortune tout à l'heure, voyant ce mouvement se
dessiner dans la mère patrie, ne concourent à son développement en y
apportant leurs capitaux et ne fournissent ainsi à la France un vaste champ
d'exploitation pacifique, qui profitera à notre pays dans une large mesure
et augmentera le bien-être des populations qui habitent les républiques
qui bordent le Itto de la Plata. (Applaudùsements.)
M. LE Président demande si quelqu'un a des observations à faire à
M. Potel. M. Seyrig a la parole.
M. Setrig ne croit pas, le fret étant de 35 francs, qu'on puisse livrer à
la Plata le charbon français en concurrence avec le charbon anglais, qui
arrive même jusqu'à Paris ? Il ne voit pas comment on pourrait souhaiter
voir apparaître le charbon français sur le marché de la Plata. Nous sommes
- 53 -
dans des conditions dinfériorité réelles, qaant aux prix de revient et de
transport. Il y a intérêt, au contraire, à faire des efforts pour les produits
manufacturés, parce que, malgré la concurrence de TAUemagne et de
l'Angleterre, nos articles sont encore préférés sur certains marchés.
M. PoTBL. Absolument préférés, parce qu'ils sont meilleurs et mieux
fabriqués. Malheureusement, nos produits sont copiés par les Allemands,
qui les vendent sous une marque française.
M. SmoH demande à M. Potel s'il pourrait donner quelques renseigne-
ments sur le lavage des laines. Il désirerait savoir si les lavoirs se déveiop*
peut dans la République argentine.
M. PoTAL. — - Pas encore, ils ne se développent pas, parce qu'ils né savent
pas travailler, ils ne font que commencer.
M. SmoN. — Ces lavoirs 8ont*ils dirigés par des Français?
M. Potel répond qu'il y a un Français, à Montevideo, qui s'en occupe;
il n'en connaît pas dans la République argentine.
M. LK Président remercie vivement M. Potel de sa très intéressante con-
férence; elle sort un peu de nos études ordinaires, mais il n'est pas mauvais
que les ingénieurs civils français voient un peu et sachent ce qui se passe
àTétranger. M. le Président est de l'avis de M. Seyrig, pour la houille : nous
n'en avons pas assez noos-mémes pour aller la vendre à la Plata.Maisan
point de vue des objets manufacturés, il en est autrement. L'idée de M. Potel
de fonder une banque française pour sauvegarder les capitaux français, est
eiceilente; c'est là le point de départ h créer; mais ceci n'appartiont pas
aux ingénieurs civils, qui font gagner de l'argent aux autres, elne sofit pas
assez riches pour fonder une banque.
M. Potel nous a montré qu'on pouvait gagner sa vie à la Plata : il y
aurait là, pour les populations malheureuses de notre pays, un exutoire
qui vaudrait mieux que ce qu'on sera forcé de faire pour les récidivistes.
U vaudrait certainement mieux aller là-bas gagner sa vie honnêtement et
fructueusement que de croupir dans le vice en France.
MM. Louisse, Thomas et Turpin, ont été reçus membres sociétaires.
ta séance est levée à onze heures.
ANNEXE AU PROCÈS-VERBAL
de la Séance du 17 juillet 1885
NOTES
SUR L'EXPOSITION D'ANVERS
Par m. «. MOR4NDIBRE.
NOTE SUR L'EXPOSITION
DE L'ADMINISTRATION DES PONTS ET GHAUSSiïES DE BELGIQUE
t
t
» * . . '
L*expo|sitioD de l'Âdministratiou des ponts et chaussées de Belgique
setrcmive à côté de la section de renseignement. Elle comprend des
modèles et plans de travaux fort importants, de diverses natures, des
cartes, dessins et photographies représentent Tensemble de Tamé-
Horation projetée et en partie exécutée des cours de TEscaut et de la
Meuse. Deux méthodes différentes sont appliquées.
, « Les indications des hauteurs journalières de TEscaut sont prises à
diverses stations, et les appareils mis à ces points sont reliés par des
fils /électriques à des tambours enregistreurs, sorte de marégraphes,
tous concentrés dans le bureau de Tingénieur à Anvers. Actuellement
ces appareils sont réunis à l'Exposition où on les voit fonctionner.
Des dessins représentent également les beaux travaux exécutés pour
deux canaux à grande section. On trouve, pour Tun d'eux, un élévateur
hydraulique de beaucoup plus grande dimension que celui d'Anderton
en Angleterre. Des écluses, d'une disposition nouvelle, sont flanquées
de deux bassins dont les fonds sont à des hauteurs intermédiaires
entre le plan d'eau supérieur et le plan d'eau inférieur. Des portes laté-
rales permettent de remplir ces bassins, dontTeau est ensuite remise
dans récluse, en évitant la perte d'une égale quantité à chaque éclusée.
On a exposé un modèle de cette écluse*
— S5 —
Ud& partie importante de Texposition des ponts et chaussées est con-^
sacrée aux travaux du port d* Anvers. Lç port est divisé en deux parties,
savoir : 1* les bassins à flots, où Ton trouve les entrepôts et la grande
gare maritloie du cheinin de fer ; 2^ les quais de TEscaut, obtenus par
la régularisation du lit du fleuve, et donnant une profondeur d'eau
d*au moins 8 à 9 mètres contre le quai à marée basse. Un spécimen
du quai existe dans le parc. Tous ces bassins et quais, desservis pav
des voies ferrées, sont munis d'engins hydrauliques pour la manuten^r
tion. On peut citer ; une grande bigue de 120 tonnes et un pont rou-
lant pesant 373 tonnes, donnant une passe libre de 27"',30. Salongueur
est de 48°',36i II est levé au moyen de deux plongeurs hydrauliques
de i'",80 de diamètre, et tiré par des chaînes actionnées à Taidede
plongeurs de O^'yGl de diamètre.
Les dépenses effectuées à Anvers peuvent se monter à 124 millions
de francs.
Le mode de construction des quais de TEscaut a d'ailleurs été déjà
signalé à la Société par M. Hersent (Bulletin d'avril 1882), où l'on
trouvera un plan d'Anvers avec indication des travaux projetés, aujour-
d'hui terminés. A droite de ce plan, on voit une grande gare appelée
station du Sud^ actuellement ouverte, et tout contre laquelle se trouve
l'^Exposition avec sa principale entrée dans Y avenue du Sud.
On trouve en outre des renseignements sur Anvers, ses bassins et
son trafic, dans les ouvrages suivants :
Annales des ponts et chaussées^ 1878.
1" Semestre. Mémoire de M. Quinette de Rochemont, Annales des
ponts ei chaussées y 1882. 2^ Semestre. Note par M. G. Lechalas.
Génie civil^ l** semestre 1884.
NOTES SUR L'EXPOSITION DES CHEMINS^ DE FER
1 . Matériel fixe. — A l'Exposition d'Anvers, le matériel fixe n'a point
été groupé dans un endroit spécial et les chemins de fer de l'État n'ont
point exposé. Les quelques objets isolés et épars que l'on rencontre,
sont d'ailleurs uniquement des spécimens de fabrication. Il est donc
difficile de citer autre chose que l'exposition des signaux de Saxby,
une autre installation d'aiguilles et de signaux de M. Flamache, et la
collection complète du Grand Central belge. Signalons aussi les appar
~ 56 _
reiU électriques de la compagnie du Nord, dansTeipositiondeM. Mors.
2. Matériel roulant. — Un très petit nombre de pays ont envoyé du
matériel roulant de chemins de feràfExposition d'Anvers. La Belgique
seule montre de très nombreux spécimens , mais les voitures à
Voyageurs, et, d'une façon générale, les types courants devront être
étudiés sur les chemins de fer eux-mêmes. Notons d'ailleurs que tous
les produits sont exposés par les constructeurs, et que l'administration
des chemins de fer de l'État belge n'est point exposante.
Locomotives. — L'usine de la Société Cockerill à Serainç a mis dans
son groupe spécial, situé au milieu de la galerie des machines, trois
locomotives.
i* Citons d'abord la machine la plus intéressante de toute l'Exposition
par sa nouveauté. Elle a été construite sur les plans de l'État belge, en
vue dé remorquer les express sur les fortes inclinaisons de la rampe du
Luxembourg belge. C'est une machine à tender séparé, montée sur
quatre essieux, dont trois accouplés avec roues de {""JOde diamètre
environ. L'essieu porteur d'avant est muni de boites radiales du système
Roy. Les cylindres inclinés sont placés entre le premier et le deuxième
essieu; le tiroir est accessible de l'extérieur, et la distribution est du
système Walchaerts. Les glissières de tête du piston sont à la partie
supérieure seulement. La chaudière est de très grande dimension, et
le foyer, très long et très large, est situé au-dessus des roues d'arrière.
Ce foyer manquait de hauteur, et l'on a eu, dit-on, recours à un
artifice, lequel a consisté dans l'isolement du corps cylindrique et du
foyer, avec deux niveaux d'eau différents ^ Une communication existe
entre lés deux chambres d'eau, et une autre entre les deux chambres
de vapeur, munies chacune d'un dôme avec tuyau de jonction. (Notre
collègue, M. A. Mallet, a publié une disposition analogue dans Is, Revue
industrielle du 21 octobre 1875.) Le foyer est pourvu de quatre portes
et les hommes de service sont à une hauteur inusitée, de telle sorte
que l'abri a dû recevoir des parois latérales fortement cintrées à la
partie supérieure pour entrer dans le gabarit, et assez prolongées pour
empêcher ceux qui sont sur la plate-forme de passer la tête au dehors.
Le mécanicien ne trouvant pas sa place sur la plate-forme d'arrière, à
cause des quatre portes de chargement, a été mis dans une cabine sur
1. La machine eiposée & Anfere n'a pas deui niveaux différents. Le projet avait été fait
et doit être repris.
- 67 —
le côté droit de la machine, et, comme il est impossible de se rendre
de Favant à Tarrière de la machine, ce mécanicien communique par
un acoustique avec les chauffeurs.
Parmi les détails à signaler, il faut citer l'emploi d*un changement
de marche à vapeur; Fadoptionde soupapes chargées directement par
deux ressorts et un balancier suivant la disposition Attock ; Tusage de
balanciers, entre la première et la deuxième paire de roues et entre la
troisième et la quatrième ; les balanciers du premier groupe ont leur
pivot attaché à un grand balancier transversal» de telle sorte que la
répartition de la charge àTétat statique se fait sur trois points. Les res-
sorts sont du modèle en usage depuis deux ans environ sur TÉtat belge;
ils sont assez longs et fabriqués avec des lames qui ne reçoivent aucune
courbure initiale, de telle sorte que les lames sont toutes horizontales
quand le ressort n'est pas monté. Sous Tinfluence de la charge, le res-
sort fléchit au-dessous de Thorizontale, et ses conditions d'établissement
sont telles que la ligne des appuis passe sensiblement par le milieu de
la hauteur du ressort, lequel prend alors une courbure symétrique en
forme de poisson, La machine est, comme toutes les machines à voya-
geurs de rÉtat belge, munie du frein automatique à air comprimé sys-
tème Westinghouse, avec sabots agissant sur les roues motrices. La
cheminée, dans le but d'ofbrir un large passage aux gaz, est de section
rteiangulaire terminée par un chapiteau carré.
^ La deuxième machine exposée par Seraing est établie d'après le
dernier modèle de locomotives à marchandises à six roues accouplées de
l'État belge, dont plusieurs spécimens sont en service depuis quelque
temps déjà. Les dispositions des cylindres intérieurs et du bâti du modèle
qui a précédé (et qui est exposé par Haine-Saint-Pierre)^ ont été sensi-
blement conservées, mais la chaudière a été élevée afin de mettre le
foyer au-dessus des roues d'arrière et de porter la grille à i ",90 de
largeur. Les parois latérales du foyer sont inclinées. Le mécanicien
peut encore sortir sur le tablier qui règne autour de la machine, au
moyen d^une porte ménagée à cet effet dans la face avant de l'abri,
comme dans les machines américaines. Le poids total en service est de
43 tonnes, et la surface totale de chauffe est de 133 mètres carrés, en
prenant pour les tubes le diamètre extérieur. On trouve dans cette
machine plusieurs des dispositions de détail déjà signalées pour la
première machine de Seraing, telles que : changement de marche à
vapeur, ressorts à courbure symétrique, cheminée carrée, etc.
— IW —
' 3* La troisième loeomotiTe de Seraing est du type Nord à huit roues
accouplées, construite pour le Nord-Belge en 1872; cette machine a
parcouru 462 276 kilomètres, et, sans rinscription placée dessus, on
pourrait la croire neuve à quelques petits détails près.
L'exposition de la Société de Marcinelle-Couillet^ qui se trouve vers
Textrémité J)elge de la galerie des machines, comprend 4 locomotives,
dont une seule à la voie normale de l"*,îSO. Cette machine est d'un
modèle courant de FËtat belge, à 6 roues accouplées d'environ 1"',70
de diamètre pour remorquer les trains de voyageurs ou de marchan-
dises sur Jes lignes à profils accidentés. Elle pèse 34 tonnes à vide, et
37^5 en charge. La deuxième machine est pour un chemin de fer du
centre de Tltalie, à voie de 1 mètre. Elle pèse 18^,5 à vide, 24 tonnes
en charge, et est montée sur 6 roues accouplées de K ",04 de diamètre.
Les cylindres sont extérieurs ainsi que le bâti, et la distribution, qui
est du système Walchaerts.
Les deux autres machines de CouiUet sont de petites locomotives-
tenders à 4 roues, pour voies de 0'",60 à 0'",80 du modèle bien connu,
et qui fonctionne avec succès sur les chemins de fer du type dit Decau*
ville. L'une pèse 6 tonnes à vide, l'autre 2\S.
Les autres locomotives de la section belge se trouvent dans la partie
réservée du matériel de chemin de fer, et vont être décrites dans Tordre
oi!i elles se présentent, en partant du centre de la galerie.
CarelSy de Gand, expose 2 machines, une grosse et une petite. La
grosse machine est du modèle express de l'État belge à cylindres
intérieurs et bâti extérieur, roues de 2 mètres de diamètre. Quelques
changements ont été apportés au type usuel ; notamment en ce qui
concerne la distribution, laquelle a été adoptée du système Walchaerts,
afin de pouvoir reporter les tiroirs vers l'extérieur et de les rendre plus
accessibles. Le changement de marche à vapeur est placé contre le
mécanicien , sur un coffre établi à cet effet le long de l'abri. Les
ressorts sont à courbure symétrique et ceux des deux premiers essieux
sont réunis par des balanciers. La glissière des têtes de piston est
placée à la partie inférieure.
La petite machine de Carels, située sur une voie latérale, est des-
tinée aux tramways, et est munie de la distribution du système Joy.
Viennent ensuite les objets de la Société métallurgique^ ateliers de
Tubize^ au nombre de trois : .
~ 89 —
1* Une voiture à vapeur du type État belge à peu près analogue à
celles exposées eu 1 878 à Paris ;
2* Une très grosse maehiue-teuder qui passe pour une des plus
fortes construites. Cette locomotive est montée sur 5 essieux dont
4 accouplés, chargés de 15 tonnes chac4m. Le poids utile pour Tadhé-
rence est de 60 tonnes, et le poids total dépasserait 75 tonnes. On a
pris comme point de départ la machine de rampe à cylindres extérieurs
de l'État belge, et Ton a augmenté la chaudière et les approvisionne-
ments en ajoutant à l'arrière un essieu porteur à déplacement radiah
La dislribution est du système Waiehaerts-Stewart sans excentriques.
La cheminée est rectangulaire. Les soutes de cette machine contiennent,
ditron, 10500 litres d'eau et 4500 kilogrammes de combustible. La
surface de chauffe serait de 160 mètres carrés.
La troisième machine de Tubize est une petite locomotive de
tramway, d'un type primé par la Société des chemins vicinaux.
La Société de Haine-Saint- Pierre a envoyé deux locomotives :
{"" Une machine à marchandises à 6 roues accouplées et à cylindres
intérieurs, du modèle courant de l'État belge ;
2* Une petite locomotive-tender.
La Société de SainULéonard de Liège est représentée par une loco*
tive^tender destinée au chemin de fer d'Anvers à Gaud, dont la voie a
seulement i*",10 de largeur, et qui, ouvert en 1847, est l'un des plus
anciens avec voie étroite. Le profil étant très fficile, il n'y a qu'une seule
paire de roues motrices, le bâti est extérieur ainsi que les cylindres.
La distribution est du système Walchaerts. Le frein est à patin.
Sur la même ligne que les locomotives belges et vers l'extrémité de
la galerie, se trouvent 3 locomotives-tenders à 4 roues des types bien
connus de Krauss^ de Munich. La plus petite pèse environ 2 tonnes,
La Société de Dyle et Bacalàn a exposé un tender destiné à accom-^
pagner la machine express à 6 roues accouplées de Seraing.
On ne trouve plus maintenant de locomotives exposées que dans la
w^ùon française^ à la gauche de l'emplacement occupé par la Société
des anciens Établissements Cail^ lesquels ont envoyé 3 locomotives :
L'une appartenant à la Comps^nie d'Oriéans (M. ForquenoÈ^ ingénieur
en chef du matériel et de la traction) est du modèle à voyageurs à
4 roues accouplées de l^jSO de diamètre, et à 4 essieux avec foyer
— 60 —
Ten-Brinck. La surface totale de chauffe est de 143"', 60, et le poids
total se moQte à 42^S dont 26 tounes udies pour Tadhércnoe. Ces
machÎQds font avec succès le service des express sur les lignes à profils
accidentés, comme par exemple entre Toulouse et Capedenac.
La deuxième machine exposée par Cail est une machine-tender
exécutée sur les plans de la Compagnie de l'Ouest (M. Clérault ingé-
nieur en chef du matériel et de la traction), et d'un modèle récent,
destinée à remorquer les trains de Paris à Saint-Germain sans changer
.de machine au Pecq, comme on le fait aujourd'hui, pour gravir la
rampe de O'^yOSS de l'ancien chemin de fer atmosphérique. Cette
machine est à 6 roues accouplées de {"^54 de diamètre, et son poids
en charge est de 39 tonnes 1/2. Elle est munie du frein Westinghouse
à air comprimé comme presque toutes les locomotives à voyageurs de
la compagnie des chemins de fer de TOuest.
La troisième locomotive envoyée par la Société des anciens établis-
sements r4ail est une petite locomotive à voie de O'^jâO environ du type
des exploitations de cannes à sucre, avec cheminée à étouffoir.
Dans la section française, on trouve des dessins représentant les
diverses locomotives construites jusqu'à ce jour dans le système Com-
pound^ sur les plans de notre collègue M. A/aliei^ lequel a été le
premier à faire cette application aux locomotives, dont on trouve
maintenant des spécimens en France, en Russie, en Angleterre, en
Allemagne, en Grèce, etc.
Dans la grande halle générale, à l'extrémité de l'exposition fran-
çaise, et séparée de celle-ci par la salle réservée à l'État libre du Congo,
se trouve la salle spéciale de M. de Lesseps, Suez et Panama. Dans
cette dernière, on voit une petite machine locomotive exécutée par
la Société francù'belge^ d'après le système Bourdon, lequel dérive des
machines Brown, de Winterthur, à balancier de renvoi.
Plusieurs machines de tramviray, au lieu d'être exposées dans la
galerie, prennent part à un concours de traction sur le tramway allant
de l'Exposition à la place de la Commune. Ce tramway est à trois files
de rails de manière à admettre des véhicules aux voies de {"'ySO et
de 1 mètre. On y voit notamment une machine de Tubize, une de
Krauss, de Munich; une de Kessler, de Essiingen, et une voiture à
vapeur du système Rowan, construite par la Société franco-belge.
— 61 —
Voitures et Wagons, — Il n'existe que fort peu de voitures à
voyageurs, et parmi celles-ci nous citons : une voiture mixte avec
frein à vide exécutée par la Compagnie du Grand Central belge dans
les ateliers de Louvain.
Une voiture à voyageurs, à guérite et à frein par un constructeur
italien et destinée aux chemins de fer de la haute Italie.
Une voiture mixte avec perron, par la Société de Malines pour le
chemin de fer Lloyd-Rostock.
Les chantiers de la Dyle et Bacalan exposent une voiture à voie
étroite, montée sur bogies, avec perrons extérieurs, et aussi une
voiture de 1^ classe à 6 roues pour TËtat belge.
On trouve également plusieurs véhicules de tramway ou de chemin
de fer à voie étroite de divers constructeurs.
Dans la section française est un véhicule pour tramway, consistant
en une terrasse terminée à chaque extrémité par un compartiment.
Ce véhicule a été construit à Blanc -Misseron (Nord).
Le matériel à marchandises compte de plus nombreux spécimens,
parmi lesquels :
Un grand wagon à 6 roues du Grand Central belge.
Un wagon plat à 4 roues de la même compagnie, construit par la
Société des grosses forges de la Bestre.
Un wagon à houille à bords en bois, à frein, à huit sabots et à gué-
rite, pourTÉtat belge, par le même constructeur que le précédent.
Un grand wagon à 20 tonnes et à 2 bogies de TÉtat belge, par la
Société de Morlanwelz.
Un châssis de wagon du même constructeur, avec frein à hélice,
système Gambaro.
Un wagon à bois par Neulise de Bracquegnies.
Un wagon-tombereau , type de TÉtat belge , avec frein à maîn
Stilmant par la Société de Nivelles.
Un wagon à bords en tôle très hauts, pour le transport des combus-
tibles et laines, destiné à TÉtat belge et construit par Balot de Louvain.
En dehors de ces machines ou véhicules complets, on voit, dans
les sections belge et française, de très nombreux spécimens de pièces
de forge et de détails, roues, essieux, ressorts, etc., exposés par les
constructeurs qui livrent ces pièces aux ateliers de construction.
RECHERCHES
SDR LA
CONSTRUCTION THÉORIQUE
HÉLICES PROPULSIVES
Par m. »VaO¥ »E BnVI«NAC
Cette étude, en cherchant à analyser le fonctionnement d'une aube
d'hélice, donne les moyens de résoudre un double problème: cons-
truire une aube réalisant un effet demandé ; déterminer Tefiet d'une
aube donnée quelconque.
L'hélice propulsive classique est essentiellement une surface héli-
colde engendrée par le mouvement d'une ligne droite s'appuyant sur
une hélice à pas constant et sur l'axe de celle-ci auquel elle reste
toujours normale. On nomme la ligne droite génératrice et l'hélice
directrice; et on a conservé ces désignations, par analogie, dans les pro-
pulseurs où on a diversement modifié et contourné ces lignes. Ordi-
nairement, chaque aube de l'hélioe est limitée par un cylindre concen-
trique à base circulaire et par deux plans normaux à l'axe»
On a imaginé des hélices de bien des sortes, en vue d'en améliorer
l'effet. Nous ne pouvons songer à les décrire dans une simple note ;
elles se trouvent dans les ouvrages spéciaux. D'ailleurs cette revue
offrirait peu d'intérêt, et la comparaison des divers systèmes avec le
nôtre ressortira naturellement de l'exposé suivant.
La préoccupation principale qui s'est montrée dans les diverses
formes d'hélices était celle-ci : i^ maintenir la pression de l'eau pen-
dant son parcours sur l'aube au mayen d'une directrice à pas croissant ;
— 63 —
2"" aonoler le pins possible a l'action centrifuge » de l'hélice, comme
inutile à la propulsion et par conséquent nuisible.
Le meilleur eiemple, peut-être, de ce système, est Thélice Hirsch,
parue il y a environ vingt ans et légèrement modifiée depuis. L'aube
est comprise, comme dans Thélice ordinaire, entre le cylindre concen-
trique et deux plans normaux à l'axe ; la génératrice et la directrice
sont des courbes tournant leur concavité très accentuée dans le même
sens, celui de Faction sur Teau. Au début, ou peu après, M. Hirsch
adopta pour génératrice une spirale d'Archimède.
Cette hélice a été perfectionnée notamment par M. du Rocher du
Quengo qui, par des motifs calculés, substitua la spirale logarithmi-
que à la spirale d'Archimède et adopta pour directrice une sinusoïde.
Du reste, il ne paraît pas avoir décidé s'il convenait de se borner à la
partie concave de la sinusoïde, ou bien de l'employer tout entière, afin
délaisser décroître la vitesse de l'eau sur l'aube après un certain point,
et de l'abandonner sans vitesse.
D'autres auteurs, comme M. Thornycroft et lord Dundonald, ont
adopté des génératrices paraboliques diversement tournées ; mais
celles-ci, au lieu d'être contenues dans un plan normal à l'axe, comme
la génératrice Hirsch, sont dans un plan passant par l'axe .... Nous
nous bornerons à dire que ce dernier système diffère entièrement du
système Hirsch et de ses dérivés. Au système Thornycroft peut s'appli-
quer ce que nous dirons dans la suite... Nous croyons ce système
inutile et même défectueux pour l'hélice considérée isolément; bien
que la disposition des courants le long du navire puisse peut-être le
recommander '.•.
Le reproche principal qu'il est permis de faire à ces systèmes,
comme à tous ceux parus jusqu'ici, c'est que leurs éléments essentiels,
— génératrice, directrice ou autres, — sont choisis trop arbitrairement ;
par une intuition générale du phénomène, par une impression de sen-
timent, plus ou moins nette, sur la manière dont l'aube agit sur l'eau...
inais nullement par des motifs de calcul ou des considérations de mé-
canique précises. — Sur ces bases trop vagues, certains auteurs ont
édifié des calculs remarquables, indiquant bien l'action d'une surface
donnée ; mais évidemment ces calculs ne pouvaient diminuer l'incer-
ûtude du point de départ.
1. Daueequi sait, à moins de mention contraire, nous ne parlerons que des généra-
Iricei QoerlMi dans le pton normal à Faze de roiaUon.
— 64 —
L'étude suivante, au contraire, a pour but de déterminer exacte-
ment, autant que possible, ce que doivent être la génératrice et la
directrice, ou les éléments par lesquels on serait conduit à les rempla-
cer, pour satisfaire à la condition initiale du problème.
Effet centrifuge de t hélice* Génératrice. — Il importe de montrer
d'abord que Tefiet dit centrifuge de Thélice est inévitable et résulte
de sa constitution essentielle; qu*il n'est pas proprement nuisible ;
qu'en le supprimant plus ou moins on n'améliore pas le rendement, au
contraire, et qu'on n'obtient qu'une illusion.
Soit (jSg. A,pl. iOi), un élément de surface hélicolde ordinaire fixé à
l'extrémité d'un rayon géométrique, et subissant le double mouvement
propre à Thélice pendant un temps dt assez court pour que ce mouve-
ment se projette sur une étendue sensiblement plane du cyUndre con-
centrique de même rayon ; AB est la projection ou trace sur le cylindre
de la position initiale de l'élément de surface au début du mouvement ;
A'B' sa projection à la fin ; le point A est la projection du rayon. AC est
le mouvement réel, normal à ABS d'une particule d*eau partant de A.
CH est la projection de ce mouvement parallèlement k l'axe de Thélice,
c'est la composante utile à la propulsion. AH est la composante nor-
male à la translation du bateau ; elle est inutile à la translation mais
inévitable avec le mode d'action biaise de Thélice. y„ est la vitesse
de marche du navire et n le nombre de tours de l'hélice par seconde.
La vitesse GH n'est aucunement centrifuge. La vitesse AH n'est
pas centrifuge relativement au rayon qui la cause, puisqu'elle lui est
normale ; mais elle l'est relativement aux autres rayons placés tout
autour de l'axe au même instant, comme aux autres positions du
rayon considéré. Le cône tronqué d'eau agitée qui suit une hélice est
l'effet de ces composantes AH tout autour de l'axe... A un instant con-
sidéré, cette « excentricité» à la surface de l'eau n'est pas due aux
aubes alors horizontales, mais aux positions antérieures de celle&-ci et
aux autres aubes... Bref, il n'y a pas de tendance centrifuge autre que
l'effet inévitable de l'une des composantes de l'action biaise de
l'héUce.
1 . AC est normal à AB al Ton néglige le frottement de rean Pur l'aube; c'est preeqne
fxact et beaucoup plus simple; les auteurs, sans exception, Je crois, le font ainsi. — Dn
reste, on pourrait appliquer le procédé général de cette étude après l'Introdoetion d'un
coefficient de frottement, c'est-à-dire d'un coelfieient d'indioaison de GA. sur AB.
— 65 —
Par suite, il n*est pas utile de combattre Tefiet, dit centrifuge, de
l'hélice tant que Ton emploie ce genre de propulseur; on n'a qu'à
donner à chaque élément l'angle, mesuré sur le cylindre concentrique,
qui convient le mieux à la propulsion.
Sans doute, on peut aisément diminuer l'effet « centrifuge » par
une courbe convenable de l'aube; c'est ce qu'à fait, par exemple,
l'hélice Dundonald ; — on y réussirait bien mieux encore en envelop-
pant l'hélice d'un cylindre concentrique à son axe de rotation! — mais
l'effet obtenu ne serait qu'un trompe-l'œil; on n'aurait augmenté aucu-
neineni la propulsion, au contraire, et on aurait seulement créé un
travail nuisible de frottement latéral.
Il convient d'appuyer sur ces notions.
Voyons comment agirait un élément d'aube courbe. Quelle que soit
la forme du solide reliant cet élément à l'axe de rotation, on peut le
considérer comme fixé à l'extrémité d'un rayon géométrique ; seule-
ment, au lieu que ce rayon soit en contact avec l'élément suivant une
ligne droite, comme dans le cas précédent, ce rayon percera l'élément
ra un point.
Pour que cet élément d'aube courbe soit comparable à celui d'aube
ordinaire considéré tout à l'heure, il faut que sa trace sur le cylindre
concentrique fasse toujours l'angle a avec un plan normal à l'axe.
Nous supposons que l'élément est tourné de façon à exercer sur
Teau une action centripète ; mais le raisonnement serait semblable
pour une direction inverse. Nous considérerons le même mouvement,
i'srndi, V„rf/.
Le mouvement réel de la particule d'eau est toujours normal à la
surface. Il peut alors se décomposer en trois composantes, l'une paral-
lèle à CH, l'autre parallèle à AH, la troisième parallèle au rayon. Cette
troisième composante est centripète , c'est elle qui cause l'effet désiré ;
mais il est facile de voir qu'elle n'augmente aucunement la propulsion.
Il faut même remarquer que la composante de propulsion utile, ana-
logue à CH, est nécessairement moindre dans ce second cas que CH
dans le premier cas, figure A.
Pour présenter cette démonstration commodément, il suffit d'ob-
server qu'elle revient à la forme suivante d'un théorème de descrip-
tive usuelle, dans lequel nous conservons les lettres de la figure A :
Soit (fig. B) un point A situé dans le plan vertical de projection et un
plan oblique C A'N, qui n'est autre que le plan de l'élément d'aube
BDLL. O
— 66 —
après le mouvement, lequel plan passait par A au début du mouve-
ment. CA'T est l'angle de propulsion. Si Ton mène une perpendicu-
laire AC à la trace verticale et une perpendiculaire AG^ au plan, le
pied r/ sera plus rapproché du plan'horizontal que G, tant que A'N fera
un angle aigu avec la ligne de terre , c*est-à-dire tant que l'élément
d'aube ne sera pas dirigé selon le rayon, comme figure À. Or, cette
distance du pied de la perpendiculaire au plan horizontal de projection
est précisément égale k la composante de propulsion utile plus Tavan-
cément y„{// du bateau. On peut donc conclure renoncé suivant:
Pour le même rayon, le même angle de propulsion et le mime mouve-
ment élémentaire, la propulsion dans le sens de la marche de F hélice à
génératrice droite selon le rayon est toujours supérieure à celle de
C hélice à génératrice courbe, ou droite dans toute autre direction que
celle du rayon.
On peut étudier le même effet en supposant aux aubes, non plus le
même angle de propulsion, mais à chacune Tangle de propulsion
maiima qu'elle comporte. Nous emploierons (fig. C) une épure ana-
logue à la précédente.
Les éléments A, A', A'N, etc., sont les mêmes que dans le cas précé-
dent. Si l'on veut bien anticiper par la pensée des développements que
nous donnerons plus loin, on reconnaîtra facilement le procédé par lequel
nous déterminons les angles a, a', de propulsion maxima pour chaque
hélice ; ces angles sont donnés par les points MM' , culminants relativement
k LTy des demi-circonférences construites sur AA' et AA". On voit aisé-
ment que M' est plus près de LT que M, et qu'il en sera toujours ainsi
pour toute direction de A'N autre que la normale à LT, c'est-à-dire pour
une direction quelconque de la génératrice courbe ne se confondant
pas avec la génératrice droite selon le rayon. On peut donc conclure
l'énoncé général suivant : Pour un même point, la propulsion maxima
dans le sens de la marche que comporte Vaube à génératrice droite selon
le rayon est toujours supérieure à la propulsion maxima que comporte
taube àgénératrice courbe, ou droitedans toute autre direction que celle
du rayon.
Ces considérations, à la brièveté desquelles le lecteur suppléera aisé-
ment, nous font adopter un rayon comme génératrice initiale. — On
verra bientôt que la construction méthodique de l'aube déforme pro-
gressivement les génératrices à partir de la génératrice initiale, en
sorte qu'il n'y a qu'une seule espèce d'aube, d'ailleurs médiocre, qui
— 67 —
ail toutes ses génératrices droites selon le rayon. Mais nous donnerons
ensuite, à l'article aube striée^ un moyen de conserver à toutes les
aubes, dans toute leur étendue, les qualités de propulsion de la géné-
ratrice droite selon le rayon.
Directrices; méthode de construction. — Étant donnée la première
génératrice de Taube, ou arête initiale, qui aborde l'eau la première,
le système logique de construction de l'aube nous paraît le suivant :
reconnaître quel serait le mouvement de l'eau résultant de la pro-
pulsion voulue, et construire l'aube conformément. Autrement dit,
concevoir l'aube comme formée de la juxtaposition des directrices ou
trajectoires de l'eau réalisant les conditions données de la propul-
sion. — Le raisonnement consiste à admettre que les directrices étant
conformes au mouvement de l'eau [sous l'impulsion voulue, récipro-
quement elles imprimeront à l'eau cette impulsion.
La condition qui nous semble préférable est celle-ci : une fois
déterminé, par des considérations que nous indiquerons, l'angle initial
d'une directrice, construire celle-ci de façon que la propulsion dans le
sens de la marche reste constante sur toute sa longueur. — Bien
entendu, nous considérons les directrices non pas comme des lignes
géométriques, mais comme ayant une largeur suffisante pour agir. Nous
admettons aussi que cette surface de la directrice est dirigée de façon
à causer la propulsion que suppose Fépure, c'est-à-dire dirigée suivant
le rayon. On verra, à l'article a aube striée, » quel moyen peut être
employé pour assurer cette condition à toutes les aubes. S'il n'en était
pas ainsi dans un cas donné, il faudrait en tenir compte, ce qui est
facile, la suite montrera comment.
En essayant le problème, on ne tarde pas à reconnaître qu'on ne
peut pas utiliser par analogie les méthodes de calcul des autres machi-
nes bydrauliques, telles que : action d'une veine fluide frappant une
surface, quantité d'eau passant entre les aubes de l'hélice, théories des
roues ou turbines, pompes centrifuges, etc. En voici les motifs : 1* tou-
tes ces méthodes renfermeraient une pétition de principe en supposant
connu le mouvement de l'eau qu'il s'agit précisément de déterminer;
2* l'hélice a tme condition toute spéciale, celle de prendre l'eau sans
mouvement et de l'abandonner animée de la vitesse nécessaire à la
propulsion; 3* l'eau, dans l'hélice, n'est aucunement guidée en dehors
de la propulsion, et ne travaille pas proprement par pesanteur; 4* le
À
— 68 —
moteur fuit, condition toute particulière ; 5"* les méthodes connues ne
permettent pas de distinguer les diverses accélérations de Teau, diffé-
rentes aux divers points de la trajectoire.
Ce dernier motif conduit à considérer Faction isolée d'une particule
d*eau. C'est le seul moyen de calculer réellement la croissance du pas.
Pour cela, il faut supposer la particule d'eau douée de la résistance
qu'elle ne doit en réalité qu'à l'ensemble de ses voisines. Outre que cette
simplification est inévitable, on reconnaît, en pénétrant dans le pro-
blème, qu'elle est satisfaisante. — Nous ne. ferons pas intervenir le
poids de la particule d'eau, parce qu'il n'agit pas, en effet, à la façon
ordinaire, aucune des particules ne tendant à tomber relativement à
ses voisines.
Les éléments principaux de la trajectoire sont : le rayon et l'angle
de propulsion initiaux ; la variation d'angle résultant de l'accélération
et causant la croissance du pas ; la variation de rayon résultant de
l'accélération et causant Texcentricité ; l'angle de rotation ; l'angle de
retard de la particule d'eau relativement à l'arête initiale.
Lorsqu'on cherche à exprimer ces variables par une formule, on
reconnaît qu'elles ne sont pas séparables exactement, en sorte que l'on
est conduit à opérer par approximations successives.
La marche la plus simple consiste à supposer d'abord l'accélération
nulle ; puis, sur la trajectoire ainsi construite, à édifier la variation du
pas et l'excentricité. — Ces deux phases de construction formeront
les sujets de deux chapitres.
La justesse de cette marche et de l'hypothèse fondamentale nous
parait incontestable ; en tout cas, elle est confirmée parles observations
suivantes : l"* l'hypothèse de la particule isolée, indispensable au
second chapitre, pour discerner l'accélération, est sans inconvénient
au premier, car les calculs resteraient les mêmes si l'on considérait à
la fois toutes les particules se suivant sur une trajectoire, ou bien la
masse d'eau réellement en cause au contact de la zone hélicolde con-
sidérée ; il n'y a donc pas là, pour le premier chapitre, de limitation
réelle; 2^ le calcul du premier chapitre convient, non seulement au
cas limité de ce chapitre, mais à la zone initiale de Taube dans l'hy-
pothèse la plus étendue du second chapitre ; c'est donc un calcul par
lequel il faudrait débuter en toute hypothèse ; 3' l'hypothèse de la par-
ticule isolée donne évidemment des résultats plus forl^ que la réalité
pour l'excentricité et la variation du pas ; lors donc que les calculs du
— 69 —
second chapitre montreront que ces éléments sont très petits et sou-
vent négligeables, on sera certain à fortiori qu'il en est réellement
ainsi; 4* la variation relativement très faible de pas et de rayon permet
d'atteindre du premier coup l'approximation suffisante, et 6te ainsi
tonte obscurité à la méthode suivie.
A ce qui précède se présente une objection d'apparence formidable :
si la génératrice droite est la meilleure et si le pas ne doit pas croître
pratiquement de manière sensible, comment se fait-il que des hélices
à génératrice et directrice très concaves, comme Thélice Hirsch, aient
donné des résultats positivement meilleurs que les hélices anciennes ?
La réponse est principalement celle-ci : Les directrices très concaves
débutant par un angle beaucoup trop petit et finissant par un angle
beaucoup trop grand, rencontraient quelque part dans leur étendue
l'angle de propulsion maxima, que l'hélice classique ne savait pas cal-
culer et n'avait pas, ce qui leur donnait une supériorité sur cette dernière
malgré leurs défauts.
Pour ne pas trop étendre une note qui doit être brève, nous ne nous
arrêterons pas à des objections secondaires, dont la réponse ressortira
d'ailleurs de la suite de notre exposé.
CHAPITRE PREMIER
ÉTUDE DK L'EFFET DES HÉLICES ORDINAIRES ET DES DIVERSES AUBES
AYANT DBS DIRBCTRICBS A PAS CONSTANT.
Lorsque la particule d'eau, poussée par l'aube, n'acquiert pas de
vitesse, ce qui est la condition fondamentale de ce premier chapitre,
elle reste toujours à la même distance de l'axe de rotation, c'est-à-dire
se meut sur la surface du cylindre concentrique ayant le rayon initial
pour rayon.
Il en résulte qu'on peut considérer le mouvement pendant une durée
quelconque, i'' par exemple, ce qui est commode pour la position des
formules ; c'est ce que nous ferons ci-après.
— 70 —
Bien que la même particule ne reste pas au contact de l'aube pendant
V\ tant s'en faut, on peut raisonner comme si cela était , parce qu il
revient au même que la même particule glisse (dans ces conditions)
sur une aube indéfinie, ou que plusieurs particules se succèdent sur une
aube ordinaire dans des conditions identiques. — En tous cas, il est
légitime, pour simplifier les formules, de rapporter à la i" un mouve-
ment qpi ne devrait durer effectivement qu'un temps beaucoup plus
court.
I. •— FOBGB PB0PUL81VE, VITESSE DE nOPULSlOB ^
Puisque la particule d'eau se meut, aussi longtemps qu'on veut la
considérer, sur un cylindre concentrique à l'aie ayant pour rayon le
rayon initial, on peut figurer sa trajectoire en supposant ce cylindre
développé sur le plan tangent au cylindre à Textrémité de l'arête ini-
tiale. Dans la suite» nous supposerons toigours un semblable dévelop-
pement. La figure (1) représente divers développements analogues
correspondant à trois rayons différents et à la durée de 1'^
Soit, par exemple, le développement AC 9 À,. Le point A est la pro-
jection de l'arête initiale; AB, est le développement d'une partie de
la directrice, qui fait en A l'angle initial de l'aube a =:BftAT, et pro-
pulse la particule d'eau. Pendant 1'', A subit un mouvement A Atdont
les composantes sont : AO = Yn, vitesse de marche ou de translation
du bateau, parallèle à l'axe de l'hélice; et un mouvement de rotation
AjO := 2wrw, n étant le nombre de tours que fait l'aube par 1".
V
A Ai 0 est fangle de marche a., dont la tangente est ^ — ^.
La particule d'eau, d'après notre hypothèse, se déplaçant normale-
ment à la surface propulsive, il s'ensuit que la trajectoire réelle de la
particule d'eau pendant l'^ est AC^ normale à ABt , l'angle ACs At étant
droit. As Ct est le mouvement apparent de la particule relativement au
point A de l'arête initiale, d'où elle est partie. G, H est la composante
dans le sens de la marche du mouvement réel de la particule ; AH es^
la composante dans le sens de la rotation.
La composante de rotation AU du mouvement réel de la particule,
1. Sauf mention contraire, noos entendrons toujours dans la suite par propulsion, vitesse
de propulsion, force propulsive, etc., celles dirigées dans le sens de la marche du bateau
parallèlement à l'axe de rotation de t*héiice.
— 71 —
conséquence inévitable de Taction biaise de Thélice, est entièrement
inutile à la propulsion puisqu'elle est normale à la direction de marche
du bateau, tandis que la composante parallèle à Taxe du mouvement
réel de la particule, HCt— Yp ^vitesse de propulsionj » est entièrement
olile à la propulsion. La propulsion résulte de la résistance de la par-
ticule au mouvement réel que l'aube lui imprime.
Yp est donc l'élément essentiel du calcul de l'action propulsive d'un
élément d'aube.
Connaissant Yp au moyen d'un calcul que nous allons donner, on
peut déterminer la pression qui en résulte sur l'aube par divers moyens ;
nous adopterons ici le suivant.
Nous admettrons comme sensiblement vrai, pour l'eau comme pour
l'air, que les pressions normales aux surfaces, résultant de vitesses du
fluide, sont proportionnelles aux carrés des vitesses, c'est-à-dire que
l'on a
(1)
;?. _ Y*
7: ~ Y'«
/). étant la pression normale du fluide sur une surface normale à
son mouvement, et Y la vitesse du fluide relativement à cette surface.
Les données expérimentales de cette équation pour l'eaii paraissant
encore trop incertaines, nous emploierons celles de l'air, à savoir :
Pour une vitesse de 10 mètres par 1", la pression du vent par mètre
carré de surface normale, p^ = ^i^^ etc. Et nous appliquerons cette
base à l'eau en l'afiTectant du coefficient y- r- , rapport des poids du
1 ,0
mètre cube d'eau et du mètre cube d'air.
Yoici comment on opère pour déterminer Yp. Soit toujours pour
exemple la section A A^ C^, pour laquelle l'angle de l'aube C^ A, 0 = a.
Les triangles rectangles C^AjI, AC2H sont semblables, avec les
angles C2A^0 = AC2H=a; en sorte que l'on a :
AH __HCa + Hl
HCj ~ lAj '
ou bien, en prenant les notations pour l'\
- 72 —
Si, ayant \\, on cherchait a, on tirerait de l'équation précédente
'^-^x-s/m-H^-
(3)
Le double signe du radical convient aux deux solutions possibles, pour
la même valeur de Vp, CjAjO, C'^AjO; mais la solution Cj Aj 0,
correspondant au radical négatif, est évidemment la seule à prendre,
parce que, pour la même propulsion, elle donne moins de résistance
de torsion.
Ces relations, entre l'angle d'une section et la vitesi^e de propulsion
qu'elle cause, sont tout à fait générales, c'est-à-dire s'appliquent à
toutes les aubes comprises dans ce premier chapitre, à la seule condi-
tion qu'elles soient, comme elles sont en effet, des hélices à pas
constant.
Ces formules déterminent entièrement une trajectoire du premier
chapitre, puisque celle-ci n'a ni excentricité ni relèvement; mais elles
sont encore nécessaires au second chapitre pour déterminer l'angle
d'attaque de Taréte initiale, autrement dit la directrice base sur
laquelle on applique l'excentricité et le relèvement.
Les formules précédentes se modifient dans certains cas particuliers,
dont quelques-uns seront exposés plus loin; nous croyons préférable
de ne pas les anticiper ici.
Ce qui précède permet déjà les remarques suivantes :
1" Pour calculer une aube exactement, il faut admettre une certaine
vitesse de translation et de rotation ; en dehors de ces données son
action change.
On peut calculer cette nouvelle action, en toute hypothèse, par le
même procédé que précédemment ; et on peut calculer pareillement
l'effet d'une aube donnée quelconque. Dans ce dernier cas néanmoins,
il faudrait voir dans quelle mesure la direction générale de la surface
peut modifier l'action des directrices considérées individuellement, et
en tenir compte ; car la propulsion totale est toujours normale à la
surface générale de l'aube, tandis que sa composante parallèle à l'axe
intervient seule dans le travail utile de propulsion. Notre procédé de
calcul s'applique toujours, moyennant que l'on détermine bien la com-
posante de propulsion parallèle à l'axe. Pour une aube à construire,
on verra, à l'article «c aube striée, » comment on peut toujours faire
que l'élément propulseur soit dirigé selon le rayon.
— 73 •
La vitesse et le nombre de tours sont ordinairement fiiés par des
conditions préalables. S'il n'en était pas ainsi, il paraîtrait facile de les
choisir; car, d'une part, la résistance du navire çrott environ comme
le carré de sa yitesse, et, d'autre part, l'hélice fonctionne d'autant plus
avantageusement (on le verra) que ses angles sont plus petits, c'est-à*
dire sa vitesse de rotation plus grande. Il est donc probable que l'on
filera du premier coup la rotation la plus rapide possible et la vitesse
de translation nécessaire dans le cas particulier.
2* C'est une conception fausse dans une certaine mesure, et dange-
reuse, de prendre pour vitesse théorique maxima de translation d'une
hélice son avancement a comme dans un écrou solide ; » (ce qui suppo-
serait, par exemple, AÀ2 en prolongement de AB2); car ce cas diffère
essentiellement de la réalité, dont la condition fondamentale est que le
fluide fuit et l'aube le suit en le pressant. On ne peut pas conclure
légitimement de l'hypothèse de « l'écrou solide » vers la pratique,
parce que la base du raisonnement et sa conclusion sont placées dans
des conditions contradictoires; la « vitesse de propulsion, » essentielle
au calcul des hélices, est alors rigoureusement nulle.
3* On ne peut pas comparer directement l'essai d'une hélice en
marche ou bien « tirant sur un point fixe ; » car les vitesses de propul-
sion développées dans ces deux cas sont très différentes.
Si l'élément d'aube AB^, précédemment étudié, tirait à un point fixe
pendant V, A n'irait pas en A^ mais en A^|. La particule d'eau aurait
pour trajectoire yraie une normale à A B, prolongée jusqu'à la rencontre
d'an cercle de diamètre A A't = 2 ^ r n ; ce mouvement serait beaucoup
plus étendu que A Ci. On trouve aisément, par un calcul semblable au
précédent, que la vitesse de propulsion dans ce cas serait
ce qui revient à l'expression (2) dans le cas oii V„ = 0. Si, essayant le
même élément « au point fixe, » on youlait en tirer une conséquence
pratique, il faudrait conclure Vpt de l'effort de traction mesuré, puis
calculer Vp en marche par la relation des formules (2) et (2'). On voit
aisément que cette relation est
(2") >^. = V,(l-2-^^J = V,-j
V.
+ '^*«"
— 74 —
La formule (2) étant générale, ce qui précède s'applique aux directrices
d*une aube quelconque prises individuellement.
Mais la question est loin d'être aussi simple en pratique, car on n'a
pas une directrice seulement, mais une aube entière dont la vitesse de
propulsion varie avec le rayon. .. Le dynamomètre ne donnant qu'une
résultante de traction, il faudrait calculer la traction théorique au point
fixe propre à chaque zone au moyen des formules (1) et (2^) ; réduire
ces tractions proportionnellement à la résultante du dynamomètre ; en
déduire la vitasse de propulsion réelle sur chaque zone ; la transformer
en vitesse en marche par la relation (2^% puis en conclure la pression
en marche sur chaque zone et le travail. .. Encore la comparaison ainsi
faite ne serait-elle jamais exacte, parce que Tessai au point fii^e cause
plus de remous d'eau autour de l'hélice que l'essai en marche... D'au-
cune manière donc, l'essai « au point fixe » ne nous parait recomman*
dable ; mieux vaudrait, lorsque le loch est trompeur , parcourir un
espace de longueur connue.
IL — Aube a pbopulsion maxima.
Dans le cas particulier où, comme pour la section A AiCii le som-
met Cl du rectangle se trouve au sommet du cercle A C| A^ c'est-à-dire
au point de tangence .d*une parallèle à Ai 0, on remarque que Ci I est
un rayon prolongé, en sorte que Ai I =: 1 0 = nr n; il en résulte les
valeurs particulières suivantes de Y^ et a, que, pour les distinguer,
nous désignerons par Yp et a,*
AH _CiH+HI i:r,n _ \ + V-
HCi- Ail ' V, — Yp
(V
\=-T-+v/^+'^ '••»*•
La figure montre que le signe positif du radical est le seul bon ; car,
dans cette section spéciale,
Al K. — IL A, ^^ Il \jfy
en sorte que l'expression (4) revient à
Vp =KC, — KH.
— 76 —
Pour déterminer a,, on a directement
(5) tga, = -^ = ^^ ^ , ou encore, tga,= y -^
Oa pourrait trouver aussi, en substituant la valeur (4) de Y^
(50 /y«o =
ou bien
(5")
y 2xr.« ^ V 4^- „• ^
en divisant la valeur (50 par k r«« et multipliant le tout, haut et bas, par
■^V4^ + *+2J.»"
Od reconnaît aisément que, lorsque la vitesse de propulsion atteint
]e sommet du cercle, comme H Ci, la section cause la propulsion la plus
grande que comportent son rayon et les vitesses données. Pour cette
raison, nous nommerons une telle section section de propulsion maxima,
ou i'uiilisation maxima. — Pour des raisons que Ton verra, nous nom-
merons parfois le rayon r^ de cette section rayon minimum,
n est utile de pouvoir trouver à priori Tangle ou le rayon d'une
pareille section, si on a Tun ou Fautre.
Si Ton a choisi r», les formules (4) et (5) donnent Yp et a».
Si, ayant Yp par une donnée quelconque, on cherchait r^, Tégalité
^Po "T ^■» TC To n
xfon Yp
donnerait
V (Vp + . V„) Yp
(6) r, - "^^ " - '•
* Tzn
(Si Ton introduisait cette valeur dans l'expression (3) celle-ci se rédui-
rait à l'expression (S), ce qui doit être.)
— 76 —
Nous indiquerons plus loin, au sujet de diverses aubes, comment y
rechercher la section de propulsion maxima.
Si Ton construisait une aube dont toutes les sections fussent à pro-
pulsion maxima, on aurait Vaube à propulsion maxima, la plus puis-
sante que les vitesses données comportent.
Pour avoir la formule des tangentes de cette aube, il suffirait de
prendre Tune des expressions (5), en y faisant r variable; par exemple
(7) iga =J^^ i/— ^, + 1.
Cette expression devient
si Ton veut exprimer r en fonction d'un rayon particulier r^, en posant
r = K fo.
La figure (1) indique trois sections d'une pareille aube , celles B'» A»,
Bt" A, , B^'' A, , correspondant aux sommets Ci , M| , M, . La figure (4)
représente le schéma de cette aube, pour certaines données calculées
au chapitre HI. L'arête initiale AB est seule droite; toutes les autres
génératrices sont de plus en plus courbes.
On pourrait trouver commode de construire cette aube, non pas avec
ses tangentes, mais au moyen des a distances circulaires, » c'est-à-dire
des arcs de cercle décrits sur le plan final entre la projection de l'arête
initiale et la trace finale de l'aube* Voici comment on opérerait.
Si l'étendue de l'aube était rapportée à la i", les distances circulaires
cherchées seraient de la forme générale x rn, et la limite supérieure de
l'aube, contenant tous les points tels que C^ M^Ms, serait une ligne située
dans un plan passant par l'axe.
Mais si on limite l'aube, comme à l'ordinaire, par un plan normal
à l'axe tel que C^F, les distances circulaires deviendront telles que A3I
et auront évidemment pour valeur
Aal:= izrn
v. + v,
p
0
v.+v. '
— 77 —
en nommant Vp la vitesse de propulsion de la section initiale tangen-
tiellement à laquelle passe le plan Ci F, et Yp la vitesse de propulsion
variable dans Taube de propulsion maxima.
Si la distance entre les plans initial et final, au lieu d'être V„ -|- Vp
comme ci-dessus, est A, et la distance circulaire correspondante de la
section initiale, bi^ro au lieu de v: r, n, les distances circulaires seront :
h 0)o ^'» + ^Po ^"^ "I" ^Po
^ =--«x+\=''''"^" v^=^="•'■T:+v^;•
A = (V. + \) ^.
D'ailleurs Vp aura évidemment une expression générale telle que (4)
par suite, ^^ a Tune ou l'autre des valeurs suivantes :
2a>,r(V„ + VpJ 2r.hT.n
(9) A, =
V. + V i^TTFi' + V^ v„ + V i^^^' + yi
On voit qu'il suffit d'avoir h pour construire toutes les sections,
même celle initiale, avec la deuxième formule (9).
L'aube à propulsion maxima ayant, en chaque section, l'angle le
plus grand que celle-ci comporte théoriquement, on peut prévoir que
les résultats du second chapitre ne s'appliqueront pas à elle. 11 faudra
faire cette aube assez étroite pour que l'accélération de la particule
fluide parcourant une directrice, c'est-à-dire la variation de pas, soit
négligeable. On verra que cette aube comporte néanmoins une étendue
pratique très suffisante.
La disposition de cette aube est telle que la génératrice initiale est
seule rigoureusement droite selon le rayon, les génératrices suivantes
se courbent ensuite de plus en plus. Un effet semblable se produit dans
toutes les aubes autres que celle ordinaire à pas constant. On trouvera
à la fin de ce chapitre, à Tartlcle aube striée, un moyen de conserver
toujours l'effet de la génératrice droite selon le rayon. Quant à l'aube
à propulsion maxima, dont l'effet propre n'est que légèrement centri-
— 78 —
pète, il n'y aura peut-être pas d'importance à la corriger par les
stries.
III. — UÉUCK OBDUfAIKE ▲ PAS CONSTANT.
Cette aube, nous l'avons rappelé, a pour directrice une hélice à pas
constant, et toutes ses génératrices droites, normales à Taxe. Sa pro-
jection sur le plan final est un secteur. Toute section par un cylindre
circulaire concentrique est une hélice de même pas que la directrice.
— La figure (i) représente trois sections d'une telle aube A Ci Ai,
A. \j% Af, A. \jn A3.
Les tangentes de cette aube ont pour expression — -, h étant la dis-
tance entre les plans extrêmes et co l'angle du secteur.
Si l'on exprime cette tangente en fonction des quantités de la section
d'utilisation maxima, qui se trouve quelque part dans cette aube
on a :
(10) ^^a= = ^• —
0 ' o ____ ^ • ■'0 ,
y
«rn
OU encore ^ffa= —-^' r = iço^-^^iffOL^.-r^
si Ton remplace r variable par k r«, r. étant le rayon minimum, c'est-à-
dire à la section d'utilisation maxima.
Il est souvent utile, comme on le verra par la suite, de trouver cette
section d'utilisation maxima ; voici comment on opérerait pour l'aube
à pas constant.
On a, d'après la figure (1), pour une section quelconque, de rayon r
et d'angle a,
^ 2iïr«
(DO = D A-f-Vm est le pas rapporté à la seconde; toutes les sections
convergent en D parce que toutes ont le même pas constant.)
On remarque ensuite que, dans la section d'utilisation maxima,
— 79 —
Cjl étant un rayon prolongé du cercle ACiAi, on a A, K=KA,
A{ I = 1 0, At C, = Cl D, ce qui fait que les triangles A, Ci A et A Ci D sont
égaux, et A| A = A D ; d'où
d'où, en réduisant,
(11) n= l/ri9o^(rlga-^y
Ce qui importe principalement, c'est de connaître les vitesses de
propulsion Yp dans les diverses sections de cette aube. La figure (i) indi-
que que ces vitesses, telles que HCi, Hd, HC,, croissent rapidement
avec le rayon.
Si on introduit dans l'expression (2), qui convient à toute section, la
valeur de ^^ a dans le cas présent, il vient :
' \ %rn I
remplaçant %rn par K'-* 'xr^n , et se souvenant que l'expression (6)
donne ïTTw* = ( V^^ + Vm) V,^» il vient :
Si Ton cherche la différence entre V, et V. , on obtient
K étant toujours plus grand que i , cette différence est toujours positive,
ce qui manifeste la croissance constante de Yp avec le rayon.
Bien que Yp croisse avec le rayon, il n'augmente pas indéfiniment,
il a même une liimte rapprochée qui est 2 Yp -(- Y^. En effet» si Ton
— 80 —
suppose K iofini dans la formule (12'), il reste sensiblement
La figure (1) indiquait une limite, en montrant que tous les angles
convergent en D, en sorte que les vitesses propulsives ne peuvent dé-
passer A D.
On voH d'ailleurs, par suite des propriétés de la section d'uti-
lisation maxima, que A D = 2 Vp + ^n»* '^^ eftei^ A, I = 10,
d'où C. I=DD' = Vp^ + V„; d'où AD = 2 Vp^ + V„.
Tous les angles AG, D, AC4D,AC3D étant droits, et leurs côtés con-
vergeant en A et en D, les points Ci, Gt, G», sont sur une demi-
circonférence.
Comparaison entre les hélices à pas constant et à propulsion
maxima. — La figure 1 donne pour différence des tangentes de ces
aubes, pour un même rayon
'p„"T^« ^p„ I '» 'p^ ^
4b
o
m Tcm Tcrw
Cette différence ne parait pas donner de réduction intéressante
entre les formules (7 et 10).
La différence des distances circulaires est
Cette différence s'annule pourr=ro, ce qui devait être, la quantité
sous le radical devenant
Cette différence est positive pour r^r^^ et négative pour r <:ir^.
Cela montre, comme on pouvait le prévoir, que la trace sur le plan
final de l'aube à propulsion maiima croise l'arête finale de l'aube à
pas constant à la section d'utilisation maxima de celle-ci.
- 81 —
IV. — AUBE A V1TB88B 1>B PBOPCLSION ÉGALB.
Lorsqu'on étudie le travail d*une aube, comme nous ferons plus loin,
00 voit que le rendement yarie inversement à la puissance. Par suite,
si Ton n'a pas besoin de toute la puissance possible, on évitera l'aube
à propulsion maxima, qui rend le moins et par conséquent coûte le
plus, pour préférer des formes plus adoucies.
Il se présente naturellement de faire une aube dont la vitesse de
propulsion reste la même à tous les rayons, à partir d'une section
initiale qui peut, soit être prise arbitrairement moyennant que ses
éléments concordent, soit être une section d^utilisation maxima. C'est
ce second cas que nous considérerons dans la suite.
L'expression (3) étant tout à fait générale s'applique au cas présent,
moyennant que l'on y mette pour vitesse de propulsion constante Vp
de la section initiale; on aura donc pour l'aube à vitesse de propul-
sion égale
V 4-V
(!3) '
Si l'on exprime le rayon variable r en fonction du rayon de la section
initiale en posant r = Kr«, l'expression précédente devient :
,.=.-_^,(-Y.
v.+v,
et, d'après l'expression (6)
?^-\A
^^^_^v/0[:+\)\_4 A.(^-+V\ ^MZi
o
V.
BULL. ^
— 82 —
La figure (1) indique aisément la formation graphique de ces angles,
tels que PsAtO, P3A1O, la section initiale étant ACi Ai et Vp =CiH
= P,H=P,H.
Pour avoir les distances circulaires, servant à construire Taube
autrement que par les tangentes, on opérera comme suit.
Soit A« cette distance, et h la distance entre les plans initial et final ;
on a évidenmient
ir'^^
(15)) ^^~'^^ ^y«oK_vï?=T-^V
1
i
V-.+\ K— v/K* — 1
selon que Ton emploie h ou bien la distance circulaire à la section
d'utilisation maxima, ^^r^.
Siy pour représenter la forme de Taube à vitesse de propulsion
égale, on calcule la formule (13) pour quelques valeurs, il vient
pour K =1 -^ = 1 A,=<D.ro.l
^ — vK — 1
— =1.25 — =2 _=— ,2
_ =1,50 — =2,61 _=:_.2,61
— =1,75 — =3,18 —=—.3,18
— =2,00 — =3,73 —=—.3,73
Pour K <; 1 , le radical devient imaginaire, et, par suite, A,. En efiet,
la figure (1) indique que, au-dessous de r«, toutes les vitesses de pro-
pulsion sont moindres que Yp • La trace de Taube à propulsion égale
sur le plan final s'arrête à la section de rayon minimum. C'est dans ce
cas que r^ est bien nommé le « rayon minimum » de l'aube utile.
Comparaison entre les hélices à p^ constant et à vitesse de propul-*
sion égale. — Pour comparer ces aubes, il faut les placer dans des
conditions aussi semblables que possible ; ce sera en leur supposant
môme arête initiale et même directrice au rayon minimum ; elles seront
confondues en ces deux points.
— 83 -
Si l'on nomme a les angles deThélice à pas constant et «oies autres,
les formules (10} et (14) donneront pour différence des tangentes.
tgcL
- ^^««= v/ '^^^^ (^ - ^+ ^^^=^)
Voici cette différence calculée pour diverses valeurs de K
pourK= 1 /ya — ^^a.= |/LLilL2XO
— = i,25 — = — X 0,30
— = 1,50 - = — X 0,286
— = 1,75 — = — X 0,257
— = 2,00 — == _ X 0,232
Ces différences décroissent à mesure que le rayon augmente ; il n'en
est pas de même des distances circulaires entre les traces ; celles-ci
seront
On obtient, pour diverses valeurs de K,
l'our K = 1 D = 0
1,25 - = -0,7oyVp^(V„+VpJ.^
- i^l,3 - = — 1,13. —
- =1,73 — = —1,44. —
- =2, —= — 1,73. —
d=
= 0,75.^V,^(V.+V,^).\^o
— == 0,38. — -.^
— = 0,31. — -.'
— = 0,29. — -^
Le signe négatif des différences premières prouve que la trace de
laube à propulsion égale est plus éloignée que l'autre de la projection
de Tarète initiale, ce que Tépure et les données indiquaient. La décrois-
sance des différences secondes d înontre que la trace de Taube à pro-
pulsion égale tourne sa concavité vers l'autre trace tout en s'en éloi-
gnant de plus en plus. En dessous de r» il n'y a plus de différences
puisque A est imaginaire ; la trace de l'aube à vitesse de propulsion
égale s'arrête en ce point.
On pouvait prévoir que les différences posées dans. le sens de la for-
— 84 —
mule (16) seraient négatives, car le dénominateur K — vK* — * est
évidemment positif, et, diaprés Téquation générale
K
^ V *^' — * — K± v/K« — i'
la différence K — j^— r=p== égale — l/ K^ _ i • — Le facteur
variable de la formule (16) est l'ordonnée d'une hyperbole
1
y = - V K«— 1, puisque K— ^^_^j^.i_j = — V K'^ - 1.
En changeant le signe des radicaux, on obtient des difiérences posi-
tives ; c'est la 2* solution signalée par la figure, mauvaise parce qu'elle
cause plus de résistance de rotation pour la même propulsion.
La différence des vitesses de propulsion des deux hélices, pour un
même rayon, sera d'après la valeur (120 de Vp
~V- + V,_, (1 + K») '• . V. + V,, (K' 4- !)
Cette différence est la même que celle trouvée, dans l'aube à pas
constant, entre les vitesses de propulsion aux rayons r^ et r; on com-
prend, en effet, que : La différence des vitesses de propulsion des aubes
à pas constant et d vitesse de propulsion égale pour un mime rayon,
égale la diff^érence des vitesses de propulsion dans F aube d pas constant
entre le rayon minimum et le rayon considéré.
y. — ADBB A V1TK88E DE PROPULSION ÉGALE EN TOUS POINTS, NORMALEMENT
A. SA SURFACE.
On peut se proposer bien des conditions auxquelles une aube serait
astreinte -, il suffira d'indiquer les principales.
Dans le cas d'une propulsion égale normalement à Taube, il faut
- 88 -
évidemment, comme pour la vitesse de propulsion égale dans le sens
de la marche, choisir un point de départ; ce sera une section initiale
quelconque, ou bien à utilisation inaxima, déGnie par ses quantités
^•f »■ et â^.
Si, par exemple, cette section initiale est A Ci Ai (fig. 1), toutes les
vitesses de propulsion normales, égales à A C i , seront déterminées
par l'arc Cj N dont le centre est en A. Il faut en déduire, pour un point
quelconque de rayon r, l'angle a et la vitesse de propulsion Vp, à
laquelle il faut toujours revenir pour calculer Teffet utile.
Soit le point r, dont l'angle « est C A, 0; A C A3 étant rectangle en C,
on a
(«7) 5m(AA3C)==5m(a-a„)=:A^=£gigLL=^^ \
^ A A, 2r.rn "J^r. r^i cos a^
cos a m
2n = AAaO étant l'angle de marche delà section cherchée, et ayant
A C = A C 1 , par définition.
On a aussi, d'après la propriété générale de toutes les sections et par
défiDition,
Vo V. Y, cosa
cos a« ^^^* cosa
o
L'aube dont il s'agit est, à la fois c à vitesse de propulsion égale et à près-
sioQ égale normalement à sa surface. » Cette pression est la pression réci-
proque de Feau et de Taube, résultant de la vitesse de propulsion. On
verra que cette aube est la seule pour laquelle la pression et la vitesse
de propulsion puissent restera la fois constantes.
Cette aube est notablement plus puissante que celle à vitesse de pro-
pulsion égale dans le sens de la marche, comme le montre la figure.
Bien que cette aube causât probablement moins de tumulte dans
Feau qu'une autre, elle en produirait encore parce que les vitesses
absolues de Teau, quoique égales entre elles, ont des directions diver-
gentes. La pratique permettra de juger ^bn les cas quelle peut être
Timportance d'amoindrir les remous.
— 86 —
YI. -^ AUBE A PRESSION ÉGALE,' DANS LE SENS DE LA MARCHE,
EN TOUT POINT DE SA SCRPACB.
• » < •
La formule (1) s*appliquant aux pressions et vitesses normales aux
surfaces, convient à la pression de l'eau normalement à l'aube; mais
les projections, parallèlement à Taxe par exemple, ne sont plus dans
le même rq)port.
Ainsi, si Ton cherche la pression de propulsion p parallèle à Taxe
en un point dont la* vitesse de propulsion est Yp et p. la pression nor-
male à Taube, on posera, d'après l'expression (O9
43^ _ y, _ 13 Yp^ . _ _J^JL
\cosay
13' p
tandis que l'on aurait un résultat faux en posant jjrr = ^ , ou telle
autre expression qui ne reviendrait pas à la première. — Pour Teau, on
13 Yp^ 1000 ,.^ V
aurait p=p,tt>5a= 77^77—^— -7-5- =100 — ^.
^ ^ 100co5a 4,3 cosd
Par suite si l'on prend pour base de l'aube à pression égale dans le
sens de la marche dont il s'agit, une section initiale a, Yp , l'équation
générale de condition sera
Comme seconde équation pour déterminer a, si Ton ne découvre pas,
comme dans le cas précédent, une expression plus commode, on serait
réduit à l'équation (3) ; elle conduit à un calcul compliqué, parce que
a ne s'y présente pas sous la même forme que dans l'expression précé-
dente.
Aussi, on peut préférer obtenir le résultat par tâtonnement, ce qui est
facile lorsqu'on a préparé l'aube à vitesse de propulsion égale. On s'en
rendra compte par l'exemple donné plus loin.—* Du reste, j'incline à pen-
ser que l*aubè à vitesse de propulsion égale seraitpratiquement meilleure
que celle-ci, parce qu'dle imprimerait un peu moins de trouble à l'eau.
— 87 —
YIl. — AUBI A REltrDEMBNT ÉGAL RIf TOUS SES POIKTS.
Nous parlerons plus loin du travail et du rendement des aubes.
Disons dès maintenant que le rendement est le quotient du travail pro-
pulseur dans le sens de la marche^ divisé par la somme de ce travail
propulseur et du travail purement résistant causé par la rotation.
L'équation de condition, résultant de cette définition et de ce qui sera
dit phis loin du travail, est
y 2 • Y«
400 ^, V. • 100 -îi- y.
C08 Oo
«wa cos et cosao cos^ol.
et en simplifiant,
T
tg a^r^ =L tg (xr, lgct=z ig a^ -^i ce qui est la tangente de Taube ordi-
naire à pas constant.
L*aube ordinaire à pas constant est donc aussi à rendement constant.
On verra plus loin que ce rendement est médiocre, et que Ton peut
obtenir un rendement très supérieur ; en sorte que l'égalité de rende-^
ment n'a pas d'avantage.
YIII. — AVm A PBOPUtSlOM MUflMA ET A RSUDEMINT MAXIMUM.
Il est naturel de penser à une telle aube lorsqu'on n'a pas besoin de
dépasser une certaine vitesse de marche et que les conditions de l'hé-
Kee laissent beaucoup de marge^ comme il est ordinaire.
Nous ne nous arrêterons pas à chercher les formules de cette aube^
qui paraissent devoir être compliquées, parce qu'il est facile, et par
suite préférable, de la construire par un léger tfttonnement, lorsqu'on
a préparé l'aube à vitesse de propulsion égale. On le verra plus loin
par un exeniple*
Cet exemple montrera que, dans cette aube, le rendement crott avec
le rayon et inversement à l'angle. On peutdcmo améliorer le rendement
— 88 —
empiriquement, soit en retranchant les moins bonnes parties de
Taube, soit en diminuant les angles à partir du plus grand rayon, dans
la mesure que permet le travail nécessaire.
IX. — TRAVAIL MOTEUR d'uNS HÉUCB.
Nous ne considérerons dans tout ceci que le travail propre de Thé-
lice, indépendamment du moteur et de la résistance de la transmission.
Ce travail se compose de deux éléments distincts : 1*" le travail pro-
pulseur^ parallèle à la marche, correspondant ù la résistance à la trans-
lation du bateau ou autre appareil propulsé ; 2^ le travail de rotation
proprement dit de Thélice.
Nous regarderons comme évident, d'après ce qui précède et la défi-
nition du travail, que : 1" le travail propulseur est le produit de la
pression de Teau sur Taube dans le sens de la marche, multipliée par
la vitesse de translation Y. ; 2® le travail de rotation est la somme des
produits obtenus en multipliant la pression de l'eau sur Taube en cha-
que point normalement à Taxe, par le chemin circulaire 2 icr n parcouru
par le point en i".
La vitesse de propulsion Y, n'intervient pas directement dans le tra-
vail ; elle n'est, comme la rotation, que Tune des causes servant à en<^
tretenir;7„ y laquelle intervient dans le travail. Y^ etY^/^a sont les
deux projections du mouvement réel de la particule fluide, lequel
cause la résistance p„ élément du travail, p^ est facteur du travail,
mais nullement la vitesse correspondante de la particule. C'est donc
par une appréciation fausse, à notre avis, que l'on a quelquefois regardé
le travail propulseur comme proportionnel au cercle entier décrit par
l'hélice. On en a conclu que le nombre des aubes importait peu, ce
qui nous semble inadmissible. Si l'expérience a paru le confirmer, c'est
que les essais, ou évaluations étaient faits dans des conditions si incor-
rectes, que diverses causes d'erreur étaient réunies.
Les pressions, parallèle et aonnaJe à l'axe, dont nous parlons, n'étant
que les projections de la pression réeUe de l'eau qui est normale à
l'aube, il s'ensuit que la surface à considérer dans le calcul des tra-
vaux est la surface même de l'aube, et non pas sa projection parallèle-
ment ou normalement à l'axe.
Ainsi, s étant une partie d'aube assez petite pour que la pression de
— 89 ~
Teau sur elle soit regardée comme uniforme, a son angle, r son rayon
moyen, eip^ la pression normale à cette surface par mètre carré, les
tra?aux de cette surface seront :
p, .5. cosa. V, et pn.s.àna.Zicrn.
Ici et dans la suite nous laissons de côté, pour plus de simplicité,
les coefficients de correction que Texpérience indiquera ; mais il est
entendu que nos formules sont théoriques et comportent ces coeffi-
cients.
La formule géométrique exacte des travaux pour les trois aubes
que nous avons précisées davantage parce qu'elles paraissent le plus
utiles, est facile à poser, ne pouvant s'intégrer exactement, et longue
à calculer approximativement. Par conséquent cette formule a pou
d'intérêt et nous ne la donnerons pas. En pratique, puisqu'il faut de
toute façon en venir à une approximation, il vaut beaucoup mieux cal-
culer directement les travaux en prenant des zones circulaires d'aube
assez étroites pour que la pression puisse être regardée comme sensi-
blement égale sur toute leur étendue.
Certains auteurs ont pensé que le travail de l'aube était égal^ mais de
sens contraire, à celui de Teau poussée par l'aube. Il importe de remar-
quer que cette assimilation, vraisemblable à première vue, est tout à
fait fausse. Les considérations précédentes, examinées de près, peuvent
en convaincre. Mais on en trouve la preuve évidente en supposant que
Teau, devenant de plus en plus visqueuse ou lourde, finisse par résis-
ter comme un écrou fixe ; on reconnaît, dans ce cas, que le travail de
Teau tendrait vers zéro tandis que le travail de propulsion tendrait
vers son maximum.
X. — - RENDEMENT.
D'après la notion générale du rendement, nommant Tp et T^ les
travaux de propulsion et de rotation, on aura comme expression géné-
rale du rendement R sur une zone circulaire mince z,
tp-f-T, z, p^.cosa.y^^ z.p^sina.2 itrn cosa. Va-|- sin a. 2ic
— 90 -
Cette expression montre que le rendement croit inversement à Tan-
gle, et aussi inversement an rayon à moins que la décroissanee de l'an-
gle inversement au rayon ne soit assez rapide pour compenser ce second
effet. Cela a lieu dans Faube d'égale vitesse de propulsion.
Nous ne donnerons pas l'expression géométrique exacte du rende-
ment dans les diverses aubes, pour la raison même qui nous a dispensés
d'en formuler les travaux. En pratique, on calculerait le rendement
moyen en faisant la somme des travaux partiels et les introduisant dans
la formule précédente. On en verra l'exemple plus loin.
En appliquant la formule générale précédente à l'aube ordinaire à
pas constant, on trouve, comme on l'a déjà vu, que son rendement est
le même dans toutes les zones. En effet, nommant z la longueur d'une
zone circulaire d'aube suffisamment étroite et h la distance des plans
limites de l'aube, on a
C05 a. Va + «n a. 2 itrn «VJ* v j_ ^ o w.Va-["^ 2icn'
Z ' z
expression de laquelle toutes les quantités variables ont disparu.
XI. — DISPOSITION DES AUBES.
!• Arête initiale. — Nous avons expliqué au début pourquoi l'on
doit, selon nous, préférer l'arête initiale droite. Il convient néanmoins
de remarquer que les constructions indiquées dans ce chapitre, et cel-
les même du second, pourraient s'appliquer à partir d'une arête initiale
quelconque, et quelles conserveraient leur valeur générale, sauf
l'amoindrissement résultant de l'action centripète ou centrifuge dont
nous avons montré l'inconvénient. Cet amoindrissement serait même
évité par l'emploi de stries convenables dont il sera parlé.
2* Partie inerte de Faube, ou bras. — On sait que les hélices ordi-
naires ont une action propulsive très faible près de l'axe, et que cette
partie cause surtout des remous nuisibles. Il y a là un travail nécessai-
rement perdu, parce qu'on ne peut éviter, avec la forme ordinaire en
cette partie, que l'eau poussée par une aube n'aille heurter la pré-
cédente.
— 91 •
Nous croyons préférable, en général, de renoncer entièrement à uti-
liser pour la propulsion une certaine étendue d*aube à partir de Taxe,
et de faire cette partie de forme telle qu'elle ne gêne aucunement la
marche et ne joue plus que le rôle de bras.
Pour cela, il suffît de donner à la surface géométrique médiane de
cette partie la forme d'une hélice ordinaire à pas constant, ayant pour
angles les angles de marche, dont les tangentes ont pour expression
On comprend qu'une telle surface géométrique traverserait Teau sans
lui imprimer ni en recevoir aucune pression. — Nous nommerons aube
inerte ou bras^ cette partie de Taube, et aube utile la partie qui lui fera
suite exerçant la propulsion.
La longueur du bras correspondra généralement à To ; à son extrémité
sera située la section initiale Oq, Yp , par laquelle débuteront ordinaire-
ment les aubes utiles.
En pratique, pour la solidité, l'aube inerte aura ses sections de forme
lenticulaire allongée, forme conciliant la résistance nécessaire avec la
facilité de translation dans l'eau. Cette aube inerte peut aussi être diver-
sement épaissie, évidée ou échancrée, tout en conservant son inclinaison
principale.
En général, il conviendra de faire le bras aussi long que possible.
Toutes les indications de cette étude conseillent de faire l'hélice du plus
grand diamètre que permettent le tirant d'eau et les autres conditions
du navire. A partir de l'extrémité du rayon, on prendra la longueur
nécessaire pour Taube utile, et tout le reste jusqu'à Taxe, le plus pos-
sible, sera aube inerte... — Telle est l'indication principale pour la
plupart des aubes. Toutefois, il faudra examiner soigneusement l'in-
fluence du rendement, si la question d'économie domine.
On peut se demander quel deviendra le rôle du bras inerte lorsque le
navire ne marchera plus aux vitesses normales pour lesquelles le bras
a été calculé.
Si les vitesses, de translation et de rotation, varient dans la même
proportion, l'action du bras sur l'eau restera nulle.
Si ces vitesses varient différemment, le bras exercera une propulsion
utile tant que la vitesse de rotation sera proportionnellement supé-
— 92 —
rieure à la vitesse de translation par comparaison à leur rapport pri-
mitif.
Si la vitesse de translation devient proportionnellement supérieure à
Tautre, le bras exercera une action retardatrice. Mais ce second cas
parait devoir être très exceptionnel.
Quand l'hélice sera traînée folle par le navire, allant à la voile ou
autrement, le bras résistera plus que le reste de Taube ; mais ce cas
n*a pas grande importance.
L'ensemble de ces aperçus est tout à fait en faveur du bras inerte.
Ce sera d'ailleurs au constructeur à mettre en balance les éventualités
prévues d un navire proposé et à choisir en conséquence. Il semble
qu'une forme de bras, non pas trop théorique, mais convenablement
épaissie, évidée ou échancrée, conviendra le plus souvent.
3*" Nombre des aubes. — Ce nombre dépend de diverses conditions.
La puissance, ou pression propulsive, étant proportionnelle à la sur-
face utile des aubes, il faut mettre le plus d'aubes possible, si Ton
cherche à atteindre le plus possible de puissance. Mais le nombre et
l'étendue des aubes doivent être limités par cette double condition, que
les aubes ne se gênent pas entre elles et que l'eau circule entre elles
assez facilement.
Pour qu'une aube ne gêne pas Taction propulsive de la suivante, il
nous parait sufGsant d'admettre, comme limite inférieure de l'écarte-
ment, que les normales à la surface d'une aube le long de l'arête
initiale ne rencontrent pas l'aube précédente.
Faut-il s'imposer aussi que les normales à l'aube ne rencontrent pas
le courant entraîné à l'arrière de l'aube précédente ? Si ce courant est
normal à l'aube, la condition précédente suffit. Mais si, comme il parait
probable, le courant d'eau entraînée est parallèle à l'angle démarche,
ou d'une direction intermédiaire entre celle-ci et les normales, nul
espacement ne suffira théoriquement pour que ce 'courant ne soit pas
rencontré par les normales à l'aube suivante... Il serait pratiquement
assez, à notre avis, que les normales ne rencontrassent pas l'espace où
des arrachements d'eau et des vides se produisent encore ; cet espace
doit être peu étendu; en sorte que un espacement un peu plus grand
que celui résultant de lu première règle conviendrait probablement.
Pour que le < débit » entre les aubes reste suffisant, il faut tenir
compte à la fois de leur épaisseur et de leur angle.
— 93 —
Ainsi, R étant le plus grand rayon de Thélice, la quantité d*eau à
débiter au travers par 1" est sensiblement ic R ' V^. Pour tenir compte
des obstacles, le débit des aubes doit rester notablement supérieur à
ce cube ; il a environ pour expression
RA
(20) / ^J^d;
p
rû«<
d^ variable, étant la plus petite distance normale entre les aubes dans
chaque zone, r, et ol^ correspondant ici au point où l'aube est franche-
ment dégagée du moyeu. En pratique, ce cube pourra s'évaluer
approximativement, sans intégration.
S*il y a des c couronnes, » dont nous parlerons, on en tiendra éga-
lement compte.
L'expérience des navires a paru conseiller des aubes très rares, deux,
trois, quatre au plus, alors ;mènie qu'elles étaient très étroites. Cette
distance a été adoptée parce qu'on a reconnu qu'un plus grand nombre
d'aubes n'augmentait pas la propulsion. Nous pensons que des aubes
mieux étudiées pourraient être rapprochées davantage, comme nous
venons de le dire, et qu'une aussi grande distance n'est pas nécessaire
pour laisser l'action de chaque aube suffisamment indépendante. Les
résultats observés peuvent tenir, soit à la forme des aubes, parfois
remarquablement mauvaise théoriquement, soit à ce que Taube active
était prolongée jusqu'au moyeu. Il doit en résulter, près du moyeu, un
tumulte violent, qui n'a peut-être même pas pour compensation une
propulsion insignifiante, et absorbe inutilement un grand effort, lequel
augmente rapidement avec le nombre des aubes. On a donc reconnu
l'utilité d'avoir moins d'aubes, sans discerner toutes les causes du mal
ni le meilleur moyen d'y remédier.
4® Couronnes. — Les considérations précédentes suggèrent, pour
accroître la puissance au moyen du nombre d'aubes, de diminuer
autant que possible le nombre des bras, trois ou quatre au plus, et de
placer un nombre plus grand d'aubes utiles sur une couronne, qui
serait schématiquement un tronçon de cylindre concentrique à l'aube;
les bras reliant le moyeu à la couronne.
La section d'une couronne selon une génératrice, c'est-à-dire parai-
— 94 —
lèlement à Taxe, sera lenticulaire ou demi-lenticulaire, le plus effilée
possible afin d'offrir moins de résistance au passage dans Teau. Cette
résistance sera peu importante comparativement à celle du reste de
Taube, parce que, dans tous les cas, la couronne traversera l'eau dans
la direction du grand axe de sa section lenticulaire.
5* Poupes. — Nous inclinons à penser que « Tarrachement » d'eau
produit à Tarrière de l'aube est utile à la propulsion, parce qu'il cause
à l'arrière de Taube une traction de même sens que la pression à l'avant.
Toutefois, si on voulait supprimer ou atténuer notablement cet effet,
on y parviendrait en armant l'arrière de l'aube d'un développement en
forme de poupe, dont les surfaces de départ suivant les arêtes initiale
et finale seraient dirigées selon l'angle de marche.
Peut-être vaudrait-il mieux que ces surfaces de départ fussent
d'abord évasées sur une plus grande largeur que celle des aubes afin
d'accompagner la forme des remous.
Dans ce cas, la distance des aubes se mesurerait depuis l'extrémité
d'une poupe jusqu'à l'aube suivante, et la question du « débit i> pren-
drait une importance particulière.
Dans les hélices à eau, auxquelles seules cette construction peut
s'appliquer, on annulerait presque complètement le surpoids de cette
poupe en la faisant creuse et hermétiquement close. -
6* Zones de raccord, — Toutes les aubes dont il a été question abor-
dent Teau avec choc, ce qui peut causer une perte de travail et un
ébranlement... Pour que l'aube abordât l'eau sans choc, il faudrait
qu'elle le fit selon l'angle de marche; pour cela il suffirait de faire pré-
céder l'aube utile d'une bande parallèle à l'arête initiale, s'y raccor-
dant tangentiellement à l'aube, et terminée de l'autre côté selon l'angle
de marche. Cette bande, dont la surface serait d'apparence un peu coni-
que, devrait être très étroite, pour ne pas trop affaiblir l'action de
l'aube ; car il est évident que l'entraînement graduel ainsi donné à l'eau
affaiblirait sa résistance utile dont le choc est peut-être un élément à
conserver. . . Ne perdrait-on pas en force, par accroissement de poids
et de largeur de l'aube, plus que l'on ne gagnerait en douceur? Aussi
donnons-nous cette indication sous toutes réserves, et surtout pour en
signaler les côtés dangereux.
Quant à une zone postérieure, qui s'infléchirait de façon à laisser
— 96 —
]*eau diminuer de vitesse sur Taube et la quitter plus ou moins tran-
quille, nous n'y verrions aucun avantage... L'action essentielle de Thé-
lice consiste à imprimer à Teau une vitesse réelle pour qu'elle résiste...
Dès que Teau ne sert plus ainsi, mieux vaut Tabandonner tout à fait :
l'aube et Peau se quittent alors, ajoimées de vitesses réelles de direc-
tions différentes et presque contraires, et sans plus exercer l'une sur
l'autre la moindre action... L'eau à peine quittée, même daûs sa plus
grande vitesse, n'est plus rien à l'aube. — Ceci doit s'entendre au point
de vue pratique, mais non pas rigoureusement au point de vue théorique
d'actions assez faibles pour n'avoir guère qu'un intérêt de curio-
sité.
7"* Zone finale flexible. — Il convient de mentionner une disposition
des aubes, qui n'appartient plus à l'hélice proprement dite et ne sem*
ble pas devoir s'appliquer aux aubes à eau, mais qui aurait peut-être
assez d'avantage pour qu'il fallût l'essayer dans une étude de construc-
tion aéronautique. Ce serait d'ajouter à l'aube une zone finale flexible
comme l'extrémité des plumes ou le tour des ailes.
La partie flexible ayant ses normales plus rapprochées de la direction
de marche lors de la flexion qu'au repos , pourrait donner ainsi une
meilleure propulsion. Cet effet va croissant vers le bord. Il semble que
les ailes d'oiseaux propulsent surtout par cette flexion de leur frange.
Chez les insectes, l'action de l'aile ne parait due généralement qu'à sa
flexion seule, c'est-à-dire que le plan de l'aile battante reste normal au
battement, ce qui n'a pas lieu chez l'oiseau, à cause de l'action aviatrice
que l'aile doit en outre exercer.
On pourrait examiner aussi la construction d'aubes progressivement
flexibles à partir d'une certaine zone initiale, dirigée selon un certain
^^^1 probablement égal, au moins, à celui de l'aube rigide.
8" Auàe striée. — Ce que nous avons dit de l'avantage d'une géné-
ratrice droite dirigée selon le rayon géométrique ne s'accorde pas entiè-
rement avec les formes suggérées par ce chapitre ; l'aube ordinaire à
pas constant est seule à avoir une pareille génératrice, et elle a d'ail-
leurs des conditions de grande infériorité.
On moyen de tout concilier serait de donner à la surface de l'aube
utile, conservée toujours très lisse, une disposition striée... Ces stries
seraient comme de petites marches formées, d'un côté par un triangle
^ 96 —
effilé de cylindre à peu près concentrique ^ de l'autre par une zone
d'hélicolde à pas constant dirigée selon Tangie convenable ; Tarèle
finale serait une ligne en zigzag formée de petites parties de rayons et
de petits tronçons de génératrices de cylindres, et les stries iraient
toutes mourir sur l'arête initiale droite.
On jugera, en pratique, si Ton croit cette disposition préférable ou
s'il suffit, au moins parfois, de s'en tenir à la surface uniforme. Cela
doit varier selon les cas. Nous en dirons quelques mots dans l'exemple
du troisième chapitre.
Au moyen de semblables stries, une aube d'ailleurs incorrecte pourrait
devenirbonne. Ainsi, une aubetelleque celledelordDundonald,ayantune
génératrice courbe dans le plan de Taxe, pourrait avoir des stries direc-
trices conformes à nos calculs. La génératrice courbe dans le plan d* axe,
toujours inutile ^ à notre avis, n'aurait du moins plus d'inconvénient.
En somme, les directrices convenables peuvent s'appliquer sur une
arête initiale quelconque, moyennant une disposition qui sauvegarde
leur action individuelle.
Action centrifuge de l'héuce. — Nous avons parié, au début, de
l'action dite centrifuge des hélices, d'où résulte derrière le navire un
cône tronqué d'eau agitée ayant pour petite base le cercle de l'hélice.
Des auteurs ont pensé que cette action centrifuge était un défaut, et
qu'une hélice parfaite ne déterminerait derrière elle qu'un cylindre
d'eau agitée ayant son cercle pour base. A nos yeux, comme nous
l'avons dit, l'effet centrifuge que l'on observe est inséparable de l'hélice,
et n'est pas autre que le résultat de l'ensemble des propulsions nor-
males à la surface de l'aube dans toutes ses positions successives. Ici,
comme ailleurs, la force centrifuge n'est qu'une force apparente, la
force réelle étant tangentielle.
On pourra remarquer, il est vrai, que les hélices formeront un cône
d'eau agitée d'autant moins divergent que leur rendement sera meil-
leur ; mais cela tient seulement à ce que le rendement croît, comme
on Ta vu, inversement à l'angle.
Recul positif et négatif. — On nomme recul positif d'une hélice la
1. Sauf U petite excentricité calculée au deuxième chapitre.
2. Quant à r hélice prise isolément, et sauf la réserve déjà faite à regard des courants
le long du navire.
— 97 —
différence entre la vitesse de marche et celle que causerait l'hélice si
elle tournait dans un écrou solide ; ce cas étant regardé comme la
limite idéale de l'action de Thélice.
L'analyse des mouvements, que nous avons donnée au début, mon-
tre qu'il y a une différence radicale entre les actions théoriques de la
vis et de l'hélice propulsive, et qu'on ne saurait les assimiler. Si l'hélice
tournait comme dans un écrou solide, c'est que Y^ serait devenu suf-
fisant pour que les angles de l'aube fussent des angles de marche,
alors la propulsion serait rigoureusement nulle. « L'écroù solide n
implique un milieu solide ; dans un milieu fluide, il ne peut y avoir de
propulsion que si Yp est réel. Yp est le recul théorique, qui ne peut ni
ne doit disparaître. L'avancement dans un écrou solide serait le pas,
2 (Va -f" YpJ à la 1", dans les aubes à pas constant.
Il arrive assez souvent que le recul devient faible, moindre probable-
ment que nos formules ne l'indiqueraient. Il arrive même que le recul
devient négatifs c'est-à-<lire que l'hélice avance plus que si elle tournait
dans un écrou solide!... Les expérimentateurs eux-mêmes (amiral
Paris, Traité de P hélice propulsive^ 52 et suiv.), en admettant ces obser-
vations pour certaines, leur attribuent des causes qui laissent intactes
nos déductions : ils pensent que l'entratnement de l'eau par le frot-
tement du navire et le gonflement de l'eau au-dessus de l'hélice,
causent un courant surtout superficiel, plus ou moins rapide, poursui-
vant le navire et aidant l'action de l'hélice. — Nous pensons que les
formules ne doivent pas être établies pour les conditions d'expériences
dans lesquelles il est admis que les indications de vitesse sont inexactes ;
qn'U convient, conune nous l'avons fait, de baser les formules sur des
hypothèses ou données précises; et que les perturbations diverses, que
l'on ne peut pas circonscrire ni prévoir exactement, ne doivent inter-
venir que sous la forme de coefficients empiriques de correction des
formules... Du reste Y» est essentiellement relative, c'est la vitesse du
bateau relativement à l'eau ambiante; si donc cette eau, par une cause
quelconque, a une vitesse propre, on prendra Y^ en conséquence, et les
formules resteront les mêmes.
Mise en mabche. — On a vu, par les remarques de r«articie 1, que,
pour une même rotation, la propulsion croit inversement à Y„,. Il en
résulte que la mise en marche ne peut pas présenter d'obstacle, puisque
BULL. 7
— 98 —
l'hélice développe alors un surcroît de puissance qui amène progres-
sivement le bateau à sa vitesse normale.
CHAPITRE II
ABCBBaCBB D'miB AXJBB A PAS VAUABLB.
Étant donnée une arête initiale^ non pas purement géométrique
mais de largeur suffisante pour agir, déterminée par la méthode du
{^ chapitre, c'est-à-dire présentant une suite d'angles initiaux cal-
culés pour un efiet voulu, nous nous proposons de trouver la forme de
raubfr,-à la suite de l'arête initiale, propre à continuer cet effet*, c'est-
à-dire à maintenir égale sur chaque trajectoire la pression dans le sens
de la marche qui engendre le travail utile de propulsion, la parti-
cule fluide étant ici supposée capable d'accélération.
Cette forme sera trouvée, si Ton détermine la trajectoire de chaque
particule fluide dans les conditions de ce chapitre ; car la surface de
l'aube résulte de l'ensemble des trajectoires des particules fluides.
Nous ferons cette recherche pour une seule trajectoire, toutes les
autres se déterminant exactement de même.
Nous admettrons que la particule fluide, tout en s'accélérant, con-
tinue à agir par une résistance propre et non par le concours de toutes
les particules voisines ; cette simplification (nous l'avons remarqué au
début), nécessaire à la présente analyse, ne fausse pas gravement le
phénomène et donne des résultats forcés dans le sens utile.
N'ayant affaire qu'à une trajectoire, nous nommerons Oo ,ro, V, , les
éléments au point de départ sur l'arête initiale ; a et r seront les élé-
ments variables dans la suite de la trajectoire en conséquence de l'ac-
célération de la particule qui la décrit.
L'angle de l'aube en un point sera déterminé par deux plans conte-
nant ce point, l'un normal à l'axe, l'autre contenant le rayon en ce
point et l'élément infinitésimal de la trajectoire.
La trajectoire n'est pas une ligne purement géométrique, mais de
1 . Parmi les condiUuns dl^erMi que l'on pourrait poser, ceile-oi nous piratl U pius
naturelle ; nous n'en considérerom pas d'autre.
— 99 —
largeur suffisante pour agir et dirigée selon les rayons, comme il a été
dit au l^ chapitre.
m
On a VU au î« chapitre (article V) que la vitesse et la pression de la
particule ne restaient constantes à la fois que normalement à Taube ; or,
la condition adoptée tout à l'heure étant que la pression de propulsion
restera constante sur la trajectoire, il s'ensuit que la vitesse de propul-
sion y variera. Comme il revient au même que cette vitesse varie entre
des trajectoires d'angles constants, comme au l*' chapitre, ou sur une
même trajectoire d'angle variable, comme ici, puisque la condition
de Tarticle VI est établie d'une manière générale, on aura encore la
formule (18) pour expression de la vitesse de propulsion variable le
long de la trajectoire, soit :
(21) n = Vpi/^î!î^;
et par suite,
(22)
T — ^1» 4 A<^« — ^P
'- co$a\ cosa. ^cosacosa,*
Nous prendrons pour coordonnées : un plan normal à l'axe passant
par l'arête initiale, contenant les ouvertures angulaires a> décrites par
l'aube ; des normales zkee plan, parallèles à l'axe; des rayotis r, qui
seront des droites parallèles au plan des a> et coupant l'axe.
Afin de simplifier l'introduction du temps dans le calcul^ nous le
représenterons en fonction du mouvement angulaire de l'aiibe «o^ qui
est nniforme, en posant ^ = K u>, m étant l'angle décrit dans le temps /•
Or on a évidemment :
u» a> 2wn' 2iuw' 2%n
Les temps, comme les co, seront comptés à partir du moment où la
particule fluide, qui décrit la trajectoire, rencontre l'arête initiale.
Les variables du problème ne ponvant, comme on le verra, être
séparées complètement, il nous a paru que la marche la plus simple,
sinon la seule praticable, était de considérer les mouvements élémen-
taires du second ordre. Cette méthode a été présentée dans les Mémoires
de la Société des Ingénieurs civils {Remarques sur V effet dune force^
— 100 —
août 1884) ; il est nécessaire de s^en souvenir pour poursuivre ce cha-
pitre.
Voici la suite des déductions qui basent les raisonnements de ce
chapitre.
L'eau ne réâiste à Taube, et par conséquent ne propulse, que par la
partie de la vitesse à elle imprimée qu'elle n'a pas encore acquise. A.
mesure que l'eau acquiert de la vitesse propre, la propulsion diminue
d'autant, et c'est précisément cette perte de vitesse qu'il faut rétablir
pour conserver la propulsion égale.
Cette partie de vitesse imprimée, qui est acquise, correspond à Tac-
célération due à une force constante, car l'action de l'angle constant est
naturellement telle, et nous nous proposons précisément de la main-
tenir toujours la même. Par conséquent, le relèvement de l'aube,
devant accompagner la particule d'eau pour maintenir la propulsion,
sera précisément celui correspondant à l'accélération due à une force
constante.
La vitesse élémentaire due à une force constante, désignée par ; dans
la formule usuelle, est ici Yp, puisque Yp est la vitesse de propulsion
de l'angle initial, qui est facteur des impulsions acquises et doit l'être
par conséquent des impulsions à restituer.
I. — RECHKBCHB DK l'oRDONMÉB Z PABALLÈLB ▲ l'aXB.
L'ordonnée z étant mesurée à partir du plan normal à l'axe qui con-
tient l'arête initiale, devra tenir compte de la translation de l'aube.
Après un temps / =: K û, correspondant à un mouvement angulaire û,
le déplacement, tant apparent que réel, de la particule suivant les z,
sera Y» /, plus Yp /, plus un terme correspondant à l'accélération de la
particule relativement à l'angle initial. Posons d'abord l'expression de z
cherché pour l'expliquer ensuite :
OA
z = Y.KÛ-f YpKû-f- 1 I VpV/^^K^rfco'
cosoio
Oao "^ 0««
Le premier terme se comprend de lui-même.
Dans le second terme, Yp reste constant, bien que le rayon et l'angle
— !01 —
varient dans la partie de la trajectoire considérée, parce que ce terme
représeotele mouvement du 1" chapitre auquel Taccélération ne fait
que s'ajouter. — Le mouvement réel Yp K co suffisait à la propulsion
lorsqu'il n'y avait pas d'accélération; lorsqu'il y a accélération, l'action
propulsive s'amoindrit d'autant; par conséquent cette action sera main-
tenue ce qu'elle doit être si le parcours réel de la particule égale la
somme de YpKci) et de l'accélération.
Le troisième terme est l'intégrale des mouvements élémentaires
y\dfi^ projections des impulsions de la pression normale variable et
de leurs répétitions par suite de l'inertie. Si l'impulsion projetée dans
le sens des z était constante, l'expression sous l'intégrale serait Y^K' diù^^
analogue kjdi'^.
L'expression développée de z est donc :
OOo Otto
Généralement, ce troisième terme et autres semblables ne peuvent
pas s'intégrer exactement. Pour éviter l'intégration double approxima-
tive, qui est très longue, il conviendrait d'employer la formule modifiée
qui en dispense (J. A. Serret, II, 693) ; elle est tout à fait générale
pour ce cas.
Nous reviendrons à l'expression de 2 ; on verra qu'elle peut souvent
se simplifier en la suivante, immédiatement calculable ,
(230 « = ô^Û + iû+ 1 cYpp4— «0",
dans laquelle c est une constante convenablement choisie. — On verra
plus loin que le troisième terme de z suffit en pratique pour détermi-
ner convenablement a.
IL — VABIATION Ot l'aNGUB a.
Pour chercher a, nous considérerons un élément de trajectoire cor-
respondant à un mouvement angulaire infiniment petit (/(o, et déter-
miné par son angle et son rayon a et r, (fig. 2).
— 102 —
Pendant que Taube décrit A.' 0 := r rfw en avançant de A 0= V.Krfw,
la particule fluide s'ayance, non plus normalement à Télément d'aube
en ÀCy comme au l^** chapitre, mais obliquement en AB', par suite du
mouvement normal D A, composé d'une impulsion nouvelle
\ K^di^\
l/^ COS et COS OLo
qui ne peut pas se voir sur la figure, et d'un entraînement sans vitesse
acquise DA, de même direction, et de la résultante DB\ résultante des
projections sur le plan de la figure de toutes les impulsions antérieures,
une seule de chaque ' . — Tous ces effets ont lieu simultanément.
Bien que Ton ne connaisse pas l'obliquité de B' A, on peut trouvera,
au moins approximativement, par les considérations suivantes.
On remarque d'abord que B'I n'est autre que la différentielle de z
tirée de l'expression (23).
Afl=:rdid — 1 0. La composante A D, étant un entraînement sans
vitesse acquise (sauf un infiniment petit), est normale à A'B^ c'est la
projection de DD', différentielle du second terme de z ci-dessus» en
sorte que sa projection AD' a pour expression y^Kdtùtga.
Pour exprimer D' H, reste de 01, c'est-à-dire la projection deDB',
il faut remarquer que la suite d'impulsions originelles, dont les projec-
tions parallèles à Taxe forment le troisième terme de dz, ont été exer^
cées en des points divers du mouvement, faisant chacun avec le plan de
la figure un angle variable (yi — y) > ^^ nommant Yi l'angle de dépla-
cement réel de la molécule correspondant à la figure (2), et y la valeur
variable de cet angle ; y ^st mesuré à partir de la position initiale de
de Tarète initiale.
Ces considérations conduisent immédiatement à poser la formule
suivante de la tangente de oi, valeur particulière cherchée de a :
tg ai=
rd
Jod. V ^^^^
Jooo y cosa.
1 . Si Ton eonsidérait un mouTement Ad!, quelque petit qu'il fût, il y aurait une iaté-
grale double de mouToments élémentaires, ce qui compliquerait beaucoup; pour un mou»
▼ement du, il n'y a que T intégrale timple.
— 103 —
Supprimant partout dtù^ facteur commun, et remplaçant K par sa valeur,
il vient :
V V
2ww '^2icn
(24)ry«.==
L'expression précédente ne peut être calculée que par approximations
successives, parce qu'elle contient réunies deux qualités « et (o dont la
relation est précisément cherchée; de plus r est variable. Mais cette
expression se simplifie dans certains cas, comme on va le voir.
Notons d*abord que si Ton peut, dans certains cas sur lesquels nous
reviendrons, poser :
ICOSOL
(^ et ^ étant des constantes bim choisies), et que Ton remplace
a et r variables par «i et r., la formule (34) devient :
(240 'y««=
formule qui, indépendamment des constantes ecf k déterminer, donne
a, /or/. On en tire :
(24") ^9^— — 7 n^^
^.+«v,j'*'
wn
O+'^S^) ^.('+'^5^)
(»"' "'=î:FF^'v^[»''-"'i'--''.'»''"-''>-''}
— 104 —
On remarque de plus que le groupe des impulsions élémentaires
différentes', dont D B' est la résultante, disposées successivement en
polygone dans Tordre de leur apparition, forment une courbe hélicolde *
parlant de D pour aboutir en B' ; son pas, variable par suite de la
variabilité de a et des éléments de la courbe, correspond à y = 360* ;
son rayon, variable par les mêmes raisons, est tel que la circonférence
décrite avec lui' est égale en longueur à la somme des projections, sur
le plan des u) r, des éléments de cette bélicolde ; Taxe de cette hélicolde
est parallèle à Y„, et les éléments ont pour valeur
Vp
^ cas a cos 0^
II résulte de là que le troisième terme du dénominateur de Terpres-
sion (24) disparaît pour toutes les valeurs de a correspondant à y mul-
tiple de X, soit Y=180% 360% 540% 720^ etc. La résultante DB'(fig.2),
normale à A'O dans tous ces cas, oscille autour de cette position pour
toutes les valeurs intermédiaires de a. On a exactement dans ces cas,
cos* 1 j
1(1)
(25) .j._2^^i' i^n ^ J 0^ V cosa^k^n
2%n
Si, dans des cas que nous examinerons, on peut, avec une approxi-
mation suffisante, remplacer
t
/ cosct
^ cos OLo
■ \
I
1. Pour que le polygone des impulsions acquises, en un point, soit setislblement une héli-
coYde, il fiûit considérer seulement des épures ou expressions différentielles, comme la
figure (2) et l'expression (24); toute épure ou expression finie donne un polygone des im-
pulsions très notablement différent de rtiélicolde, parce que les c6tés du polygone sont alors
des sommes de longueurs très di?eriies au lieu d'être des éléments à peu près pareils
(V. fig- 16).
2. Cette circonférence n'est pas exactement fermée puisque le rayon Tarie ua peu.
— 105 —
par uae constante c convenablement choisie, et supposer r constant,
Texpression précédente devient
V V V
(25' tffa, = ^^
'••-2^'^*'
d'où
(25")
et aussi
(25'") c«.=2^[-/y««,+?^/9«,-^-l].
Les remarques suivantes permettront d'apprécier quand et comment
OD peut simplifier, ainsi que nous Tavons indiqué, les formules (2â),
(24) et (25).
4* Comme a va croissant à partir de a,, le facteur
1 y cosot
est fractionnaire pour toute valeur de a autre que a^^ De même
cos (yi — y) ^^^ toujours fractionnaire, sauf le cas extrême oùil serait égal
à \ • Enfin r est toujours plus grand que r^. Si donc, dans les expressions
simplifiées des formules (23) à (25), on fait, selon le cas, c =1, (/ = i
et r = To, on aura toujours des résultats foris. Si, d'ailleurs, ces résul-
tats sont encore très petits, on en conclura a fortiori qu'ils sont bien
réeDement tels.
2* Dans les limites ordinaires, la variation de a est l^ès petite. On
peut le reconnaître d'abord au moyen du 3* terme de z qui correspond
au relèvement de la directrice.
Si Ton prend, par exemple, des valeurs qui se rencontreront au
3* chapitre, en posant :Vp =2™, 181; V„ = 8 mètres; n= 1,5;
^ = 1",50; et que l'on calcule z pour w = 45* = 0*,785 et
— 106 —
o>'=:90*= 1",571, on obtient, avec la formule (23'), en y faisant
c = l.
Pour 48%
_ 8.0,785 . 2,184.0,78S ■ 2,181.0,616228
~ 9,42 •" 9,42 "•" 2.88,7364
= 0",666622 + 0-,18635 + 0-,00775
= 0",86072.
Pour 90%
a' = l-,333334 + 0-,3727 -\- 0-,03l = l-,737.
Pour tt) := -^ , Tordoimée serait
z = 0",3333 + 0",093175 + 0",00194 = 0",4284.
Ces valeurs, supérieures à la réalité, montrent que la courbure de
Taube est très faible, surtout dans les petits angles.
Ce troisième terme de z permet aussi de calculer la variation de a,
car on a sensiblement pour les petites valeurs de {a — a.)^ en nommaat x
Tare compris entre la directrice du premier chapitre et celle du
second,
z y^E}w^cosa^ Vp (0* eos «,
Dans le cas de l'exemple précédent, pour (i> = 4S* et a, = 39^1',
on a
;r = 0-,00775 X (0,77144 =cos 39^31) = 0-,00597866;
Ce petit arc x est décrit par un rayon sensiblement égal à
z 0,860
Bina. 0,6363
= 1*,38;
ce qui fait que x ramené à 1 mètre devient 0",00443, correspondant
environ à un quart de degré d'ouverture angulaire ; la tangente fait
donc à peu près un demi-degré avec la direction initiale. C'est ce que
le troisième terme de z avait indiqué.
— i07 —
3* Puisqu'une valeur de o assez grande, telle que 45^, correspond k
une yariation très petite de a (300, on peut prévoir -qu'une dîfE&-
renée a — a» considérable, 20"* par exemple, correspondrait à une très
grande valeur de m» de plusieurs tours d'hélice, c'est^ihdire à une aube
iniaginaire beaucoup plus étendue qu'on ne les fait. D'ailleurs, on
reconnaîtra tout à l'heure que l'oscillation de D B' (fig. 2), ou la pro-
jection Diy^, reste toujours comparativement petite. Il en résulte que,
dans les cas ordinaires, on peut évaluer la valeur de ca correspondant à
l'asgle maximum par la formule (2.V''), qui se prête à une approxima*
tien plus sûre avec les fortes valeurs que la formule (24), et que l'on
aura un résultat suffisamment exact même si y n'est pas multipte exact
de X. Cette déduction s'éclaircira par TappUcation suivante.
yoici,*d'abord , l'exemple du calcul de m correspondant à l'angle
maximum, par la formule (25^'^, avec les doimées et les éléments du
cas déjà considéré
V.=8-,00;V,^2-,181;«=i,8;ro=4-,5;a.=39-3i';a(f?ui:r)=59«45'.
2x11=9,42 '^= 3,239 (^)' = 10,494121
2xr.n= 44,13 gi- = 0,4064 /y (59*45) = 4,74473
^= 3-,668 /y*(59*45)=2,9403
Ces éléments, introduits dans la formule 26'^ donnent ccoi =32",97.
Si c=l, coi =32",97, valeur faible correspondant à
^ = 5,25 tour,.
0 faudrait donc au moins 8,25 tours de Thélice pour que la trajectoire
considérée de l'aube atteignit l'angle maximum de 59*45\
Si l'on prenait pour c la valeur moyenne approximative 0,90, on
àxsnii
ni» ICI
(0, =: 36**,63... correspondant à -g-^ = 5,83 tours...
Cette valeur, pour certaines raisons, nous semble moins approchée que
— 108 —
la précédente. En tout cas, il est préférable, pour les évaluations, de
prendre les limites dont le sens d^erreur est connu.
La figure (3) représente, pour l'exemple précédent, la construction
de la formule (24) et notamment l'application de la formule (28^.
On 7 remarque que la verticale DB' de l'épure est bien égale
à O'ySOS, valeur calculée de . ^^ \. Cela prouve que, du moins à la
suite des simplifications introduites, la valeur maximum de a correspond
sensiblement à une valeur de y multiple exact de tc, puisque le polygone
des impulsions élémentaires se ferme sur une résultante verticale.
Voici maintenant l'évaluation de l'oscillation de D B\ toujours pour
le même exemple.
Pour la calculer, il faut avoir la valeur de f correspondant à celle
de (Oi qui vient d'être obtenue ^ Bien que nous n'ayons pas encore établi
la formule de y» ce qui précède suffît pour reconnaître que l'on a sen-
siblement
et à peu près, comme valeur /or/e,
c remplaçant le radical , comme plus haut ^t g ol^ étant une valeur
moyenne, et r. renplaçant r, qui varie très peu comme on le verra.
Cette formule, calculée pour a= 32,97^ ai =: 49^38', valeur moyenne
dont la tangente est 1,17638, etc = 0,9 qui convient sensiblement
dans ce cas, avec
2il81 . ^ -
1,5X6,28X1,5 — ''''^*'
donne
qo 07
Y = (0,154 X 1,17638 X 32,97 =5,973) +5,973 X jg~ X 0,9=45-,3i .
1 . En général, on peut értluer roaeilUUon directement en ftiMnt ^i = 90* dant le
troiiième terme du dénominateur de (24) et prenant mi correspondant ^ l'aide de la Taleor
de 7 cl-denouB égalée à 90*
— 109 ~
~^ égale 2,45, c'est-à-dire 2,5, sauf les erreurs d'une formule que
nous savons être seulement approximative, puisque le résultat doit être
un nombre entier de demi-tours. Ainsi y = 2,8 tours.
Pour Y=2',5, le pas de Thélicolde, dont la résultante verticale
est 0",809, est
0,809
2,5
et son rayon sera sensiblement :
= 0",3236
,,, , 0,3236.^7 0, 0,3236.0,82483 «„ «,a
au début, 6 28 ~ 62S ~ ' ~ ^'
0,3236. <yA 0,3236.1,71473 - «_- ^
an sommet, 6,28 = 6.28 = 0,087 = R.
Cette hélicolde est tracée sur la figure (3), Les parties vues corres-
pondent au sens de mouvement de la figure (1). Nous avons construit
sur cette épure a correspondant à y = 180*. Pour trouver un angle sur
l'épure à Taide d'une ordonnée calculée, il faut un tâtonnement ; mieux
vaut calculer Tangle par la formule et contrôler le résultat par
l'épure.
On peut trouver, au moyen de rhélicoKde ainsi tracée, Tinclinaison de
la composante D B' (fig. 2) pour un angle quelconque ; il suffit de cons-
truire au point D, correspondant à ce cas, une partie de Thélicolde
tracée pour Tangle maximum ; son extrémité supérieure donnera le
point B^ Cette héUcolde est toujours la même pour une même direc-
trice, sauf que la partie à employer dans Tépure varie, avec Tangle, en
longueur et en position initiale.
Ces divers essais nous paraissent montrer que la formule (2S0 permet,
dans tous les cas, une évaluation suffisante de la valeur de co corres-
pondant à Tangle maximum, ou a de fortes variations de a ; cette for^
mule ayant l'avantage d'un dénominateur plus exact que la formule (24').
On voit au moins comment on peut utiliser les formules sans les calculer
exactement par approximations successives.
4* Pour les petites variations de a, qui sont celles de la pratique, il
convient d'employer ^a formule (24), applicable à tous les cas, parce
que, alors, les simpliàcations nécessaires sont plus exactes. Dans ce
— no —
cas, c = ( , sezisiblement. On peut dernier la même valeur à e' qui
s'en éloigne peu.
Toutes ces simplifications rendent encore plus forit la valeur
de a, (240-
Sîl'on applique ces hypothèses à la formule (24'^pour o) =4S*=0,785,
avec toutes les données prises plus haut pour exemples il vient
/^'Oi = 40''34^ ce qui est environ l"" de variation avec a». En réalité, la
variation de a est moindre, comme le troisième terme de z l'a montré.
L'indication delà formule (23) parait la plus approchée, puisqu'elle est
moindre que celle-ci et encore forte.
Lorsqu'on veut essayer, d'après les indicalionB précédentes, la varia-
tion de a pour une section d'aube donnée d'ouverture (i»o et de hauteur A,
il faut trouver ci> correspondant à cette section. Pour cela, on tire direc-
tement de la figure (4), en nommant r le rayon de la section consi-
dérée et Yy sa vitesse propulsive :
d'où
_ , M.r'4n*n' _^ // 4it*n*M.r* \' tt>.*r'4i;'n*
Si la section était à utilisation maxima, cette expression se réduirait
à a>=:2 <i»o) ce qui doit étre«
Pour éviter Y^, il suffit de remarquer que
iAT
Il vient
d'où
(26)
^y«=;f,= ^^- + y^^d-oùA=(V, + Y,)K..>
a)r=(i)or4- (A — Y. Kw) — ;
co«r
'• -^ s=0,0S32«85;-— ^—^==0,1281 ;8,J89.0,Wil ==:J.WWJ(r9
2ini l|Uo3ooo
(t,98t9209)* = 8,989826989t&B81 ; 8,688. 0,9281 ^ 8,8859808
— m —
Si Ton a une épure, on pourra, en général, obtenir u> suffisamment
en le mesurant sur elle.
Nous résumerons ce qui précède après avoir examiné les variations
de Y et de r.
m. — DÉTERMINATIOH DK I<*AKOLC Y* '
L'angle Yi dans le plan des u> r, est Tangle dont la particule s'est dépla*
cée réellement depuis le début du mouvement jusqu^à Tinstant consi-
déré ; c'est Tangle entre la position initiale de Taréte initiale et la position
actuelle de la particule sur la trajectoire. Par conséquent, cd— f est la
mesure angulaire du retard de la particule relativement à Taréte ini-
tiale. Le centre de tous ces angles est toujours Taxe de rotation.
On comprend que d^esX formé de deux éléments; un monvement dû
à l'accélération antérieure et par conséquent inutile à la propulsion, et
un entraînement sans accélération augmenté d'une impulsion nouvelle.
Ce second élément, essentiel à la propulsion ^ est considérable dans les
aubes d'hélices propulsives. (Ce double mouvement a été étudié, au
point de vue général, dans les Remarques sur ttffet d'une farce.)
Si l'on rapproche les indications précédentes des généralités des
Remarques sur V effet d^une force^ on arrive à poser aisément comme
formule générale de tg f
,n r A /»" r A ^m^ 7^ «,
(«)«=
/''ifïïï "•"•"••'+/ /Vl/^T^SiW""-'"''
•«o OOo O «o
•«• •«• ©a.
r est la valeur chenshée de y correspondant à une valeur Q donnée ;
wi Yi sont les valeurs particulières en chaque point considérées comme
liiûles des intégrales premières; «,7 sont l'expression variable. Les
projections sont faites sur la position initiale de l'arè&e initiale et sur
une normale à cette arête partant de l'origine de la trajectoire. Les
— H2 —
intégrales simples représentent Tentralnement sans accélération^ les
intégrales doubles le mouvement acquis par la molécule ; le radical
nlntervient pas dans les intégrales simples parce que celles-ci, comme
on Ta vu au sujet de z, ne représentent que Faction de la vitesse ini-
tiale.
La figure (16) représente approximativement la génération der pour
le cas simple où il n'y a que les intégrales doubles et où l'impulsion est
constante. Cette figure représente le mouvement dans le sens habituel
des figures qui n'est pas celui de la figure (1). Pour voir la figure (46)
dans le sens de la figure (1), il faudrait regarder la première par trans-
parence, en plaçant le plus grand rayon en bas.
Si Ton connaît le rayon, ou sa formule approchée, il est plus simple
de prendre le sinus ou le cosinus ; ainsi
0A« oeio oeio
Ce que nous avons dit pour a et ce que l'on verra pour r permettent
souvent de simplifier cette formule en évaluant le radical et prenant,
soit To constant, soit une formule simpliGée de R.
Les formules (27) se développent dans le plan des o) r. On peut, comme
nous l'avons déjà dit incidemment, déduire des figures (1 à 3), normales
au plan des cor, la formule suivante de y
OToVo Ot*o^ or» oo
Cette formule, qui exige également r, se simplifie comme la précé-
dente ; elle est plus simple que celle-ci lorsqu'on peut poser r^ = r.
Yi est la partie de f correspondant à l'entraînement sans accélération ;
Yi correspond à Taccélération.
Dans toutes ces formules, les variables sont réunies ; pour les séparer,
il faut faire disparaître les signes Tpar dîfiérentiation. Cette opération
— 113 —
est, sinon courte, du moins possible, parce que, ainsi qu^on le démon-
tre par des considérations qu'il serait trop long d'introduire ici, il faut
diiférentier, dans ce cas, par simple suppression du signe / sans addi^
tion de terme.
Mais le calcul de y 6st généralement inutile en pratique, une évalua-
tion peut suffire, r ne sert que pour calculer a et r; on a vu qu'une
évaluation approximative suffisait souvent pour a; on va voir qu'il en
est de même et plus encore pour le rayon.
IV. — Détermination dd rayon.
La croissance du rayon à partir de r^, ou excentricité, est causée par
rintégrale des impulsions reçues par la particule et leur reproduction
par inertie, projetées sur la direction du rayon ; c'est l'effet étudié dans
une partie des Remarques sur F effet dune force.
Dans le mouvement réel de la particule compris par Yi ce n'est pas le
mouvement de simple entraînement correspondant à Yi qui cause
rexcentricité, mais l'accélération correspondant à yz- Dans la formule
du rayon, Yi ^t yi doivent intervenir de la manière qui a été vue dans
les 9. Remarques. »
On sait (J.-A. Serret, II, 703) intégrer une expression de la forme
(Pr
— = (/y", dans le cas où y varie uniformément ; et (d'après une
démonstration que je ne puis introduire ici) il est probable que cette
intégration s'applique au cas où y varie irrégulièrement. Quoi qu'il en
soit, comme y varie peu irrégulièrement, et eu égard aux circonstan-
ces du problème actuel, l'intégration dont il s'agit s'appliquera toujours
suffisamment au cas présent pour fournir l'évaluation approximative
<iue nous cherchons.
Si Ton détermine les constantes de l'intégrale / ( — = ^y / pour
d^ constant, on parvient à l'expression :
(29) r = lr.(eïVm;+,-W«j
BDLL. 8
— 114 —
On a vu, dans les « Remarques » que cette valeur du rayon n'est
plus exacte lorsque ^ est mixte, c'est-à-dire composé d'accélération et
d'entraînement simple, comme dans le cas de l'hélice. Mais, en faisant
des hypothèses simplifiées sur le rapport de Yi et ^j, on pourra appli-
quer la formule (29) avec une approximation suffisante ^ La précaution
à prendre, comme pour a, sera de reconnaître dans quel sens l'erreur
est commise.
Prenons l'exemple déjà cité.
Pour un mouvement w et un angle constant a, on a vu, et on recon-
naît aisément, que Tentraînement simple est :
(i>
Pour a)=45''=0",785;r, = l-,50;ao=39-31 ; Vp=2",181;n=l,5
on aura, par suite de la faible variation de a, une valeur de y beaucoup
trop forte en posant tga = i,.. On aura d'abord :
Le relèvement de a étant moindre que 1°, comme nous l'avons vu, il
eàt très exagéré d'admettre que ce relèvement intercepte 1° sur le plan
des Mr; prenant néanmoins cette valeur trop forte pourri, il vient :
Y. = 0-,12H ; Y. = 0-,0174 ; f = 0-,1385 ; m = ^^=0,125632
V 0,125632 =0,3544... U,3544.0,i385= 0,0490844;
d'Où r=i. 1,50 ( e'^''''' +^-o.o*«08^;
loge. 0,04908 = 0,021317... nomb. = 1,03 r-Jg = 0,932 ;
r = ^ 1",50 (1,03 •• -f- 0,932) = 1«,3015.
Cet accroissement du rayon, de 0'*,0015, bien que négligeable, est
notablement supérieur à la realité, puisque tous les éléments sont
forcés.
On voit donc qu'en exagérant tous les éléments, on ne trouve
cependant, dans les cas ordinaires, qu'une variation de r négligeable.
1. Dans ee cas, m est le rapport de if, à -y.
— 115 —
Conclusion du second chapitre.
I
Ce qui a été dit dans ce chapitre suffit pour indiquer la marche à sui-
Tre pour déterminer directement et avec une exactitude suffisante
a, Y ^^ ^» ^u moyen des formules qui, prises rigoureusement, sont
inéTitablement fonction Tune de l'autre, et ne peuvent se calculer alors
que par approximations successives. On voit par quelle voie, relative-
ment simple, on peut se donner, dans chaque cas, des limites de ces
quantités et juger ce que l'on peut négliger. — Il sera toujours prudent
de faire ces essais, au moins pour les points culminants du cas traité,
n est probable que, dans la pratique, la variation du rayon sera
généralement négligeable et que la croissance du pas se déterminera
suffisamment à vue d'œil à l'aide d'une limite extrême. L'aube, alors,
sera construite comme au premier chapitre, et on appliquera sur l'arête
finale le relèvement jugé nécessaire; le reste de la directrice ou trajec-
toire sera courbé approximativement en conséquence.
On verra l'application de ces remarques dans l'exemple suivant.
CHAPITRE III
CALCUL D'un EXEMPLE.
Nous prendrons pour cet exemple les données d'un navire qui a été
constniil ; c'est un croiseur.
Y. = 16 noeuds ;> sensiblement, pour simplifier, 8"par 1^^
n = 1,5 nombre de tours de l'hélice par 1'^
tirant d'eau 'î"",10
longueur 99",00
largeur 15", 40
déplacement 5 740,00 tonneaux.
Au maximum d'effort, ce croiseur développait, dans les cylindres,
7 400 chevaux.
Avec ces données, nous calculerons : les principales dispositions
d'aubes du premier chapitre, — à propulsion maxima, à vitesse de
— 116 —
propulsion égale et à pas constant, — dans quelques cas ; les travaux
de ces aubes, pour les comparer; la variation du pas et du rayon résul-
tant de l'accélération, pour apprécier leur importance.
Diamètre de rhélice. — D'après le tirant d'eau, nous prendrons
6 mètres comme diamètre extérieur de l'hélice ; il ne semble pas pru-
dent de dépasser ce chiffre.
Y
Angles de marche. — Ces angles ayant pour tangentes ^ * , on
trouvera aux divers rayons :
au rayon de 1»,00, tga„, = 0,8488 : 1 = 0,8488, a. = 40My
i ,50, = : 4,5 = 0,5638, = 29^0'
2 ,00, = : 2 = 0,4244, = 23* »'
2 ,50, = : 2,5 = 0,339 , = 48U4'
3 ,00, = : 3 = 0,2829, = 15H8'
Aube à propulsion maxima. — Les angles de cette aube le long de
l'arête initiale et les vitesses de propulsion correspondantes seront,
d'après les formules (7) et (8) :
pourr = l^OO, tga^ = 2,16 , a^ = 65M0' \^ = 2-,181
= 1 ,50, = i,7145, = 59^5' = 4 ,122
= 2 ,00, = 1,5107, = 56*29' = 6 ,235
= 2 ,50, = 1,396!, = 54*23' = 8 ,440
= 3 ,00, = 1,3222, = 52^52' = 10 ,690
Aube ordinaire à pas constant. — L'aube de ce genre qui nous pa-
rait se rapprocher le mieux de l'aube précédente est celle qui a même
section au rayon de 1 mètre. Pour avoir les tangentes aux divers
rayons, il suffira de diviser la tangente en ce point (2,16), par le rap-
port des rayons. Les vitesses de propulsion se calculeront par la for-
mule (12'). Il vient :
pour A = 1 ,tga = -=^= 2,16, a = 65M0'. Y,^= 2»,18i
= 1,5, = ^*4 = 1,44, = 55M4' = 4 ,02
1,0
= 2 , = . . . z= 1,08, = 47M3' = 5 ,70
= 2,5, = . . . = 0,864, = 40*50' = 7 ,07
= 3 , =.... = 0,72 , = 35-46' = 8 ,14
— m —
Ces résultats permettent une première comparaison des aubes ; elle
sera complétée par le calcul des travaux.
La figure (4) représente^ Taube à propulsion maxima que nous
venons de calculer ; la figure (S), Taube à pas constant; la figure (6),
Tune et Tautre superposées, coïncidant par : Taxe, Taréte initiale et la
section B^^G, à i mètre de rayon. Les lignes H.. L. sont les intersec-
tions de plans normaux à Taxe.
La figure (7) représente la même aube à propulsion maxima munie
d'un bras inerte de 1 mètre de rayon.
On sait que Taube à propulsion maxima a le pas de chaque directrice
nécessairement constant. Ce que nous avons dit de la variation de a,
et le faible angle au centre de cette aube, paraît permettre de donner
ici à Taube 0*°,50 de hauteur parallèlement à Taxe. Mais il est prudent
de contrôler cette appréciation par un calcul.
Pour évaluer approximativement la variation de a au plus grand
rayon de Taube, figures (4) et (7), afin déjuger si la hauteur prévue de
0°*,50 n'est pas trop forte, on mesure sur l'épure que tù^, pour ce point,
est environ 7*30', de sorte que la formule (26) donne pour la valeur de
là correspondante :
iù
_ 9. 0,1307' + 0,2S _ 9. 0,01708249 +0,25_0,4037_^^
-9.„,,307+5^" 9.0.«7 + «,m6 "1:8»- ■
Avec cette valeur et la formule (23^), on calcule approximativement
(fort) le troisième terme de z, pour le même point :
1 Vp<^' _ * 10,69.0,252' _ 10,69.0,063804 _ ^„ ^^^^
2 TTr? ~ 2 88,7364 ~ 177,4728 "" '
Cette valeur étant trop forte et le relèvement ' étant moindre qu'elle,
1 . Toutes ees reprétenialioDS sont tehématiques, par simple èpare géomélrique. Les habi-
tades de la eonstraelion et ce que nous avons dit sofAsent pour tracer aisément Taube
véritable. L'hélleolde du broê^ là où elle est représentée, est supposée prolongée Jusqu'au
plan final ; ee n'est évideounent pas nécessaire.
3. Dans cette aube, Je le répète, le relèvement n'est qu'une hypothèse pour apprécier la
dlmloBlion do pression qui peut se produire.
— H8 —
il parait, d'après i^ensemble de l'étude, que l'accélération réelle serait
négligeable, et que Ton peut admettre par conséquent la hauteur
d'aube deO'BO. Tout au pbis, l'aube perdra-t-elle un peu de pression
vers son angle final extrême. C'est, du reste, au constructeur à appré*
cier chaque cas.
Ce que nous ayons dit de l'espacement des aubes ne permet pas à
l'hélice à propulsion maiima d'avoir plus de quatre aubes comme
celles figures (4) et (7); mais, à l'aide decouronnes, on peut augmenter
le nombre des aubes. On en verra l'avantage au calcul des travaux.
La figure (8) représente l'hélice à propulsion maxima calculée plus
haut, ayant huit aubes de 1 mètre de longueur sur couronne avec quatre
ou trois bras inertes de 2 mètres. La figure (8Q indique la construction
pratique de l'hélice entière.
L'héUce maxima, figure (9), a seize aubes de 1 mètre sur couronne,
avec quatre bras inertes ; seulement, l'espacement requis entre les
aubes a nécessité de ne donner à l'hélice que 0" ,36 de hauteur au lieu
deO-,80.
L'héKce maxima, figure (10), a seize aubes de 0",50[sui* couronne,
avec quatre bras inertes ; ce raccourcissement des aubes a permis d'éle-
ver la hauteur de l'hélice à 0'",46. On verra plus loin la comparaison
des travaux de ces diverses dispositions.
Aube à vitesse de propulsion égale. — Un mètre nous parait la plus
petite longueur qu'il convienne d'attribuer ici à l'aube inerte ou bras.
Pour calculer une aube à vitesse de propulsion égale à partir de la sec-
tion de propulsion maxima au rayon de 1 mètre, nous emploierons la
formule (14) avec la tangente 2,16 déjà calculée pour cette section. On
obtient :
pour K = 1,0, tga, = 2,16 , a = 6li'W, V, = 2",18l
= 1,8, tga, = 0,8258 , = 39*31 , = »
= 2,0, = 0,57888 , = 30» 4 , = »
= 2,5, =0,45036, = 24H5, = »
= 3,0, = 0,37152 , = 20*23 , = »
On remarque que, vers le plus grand rayon, ces angles se rappro-
chent assez de ceux de marche ; on verra par le calcul du travail la
I
puissance qui leur reste.
— H9 —
Cette aube est représentée fignre (11). Théoriquement, la section enC
n'a pas d'étendue puisque Tangle y est maximum ; nous avons tracé
ainsi le schéma figure (il); pratiquement, il faudrait donner à cette
section retendue B^^G de l'aube à propulsion maxima figures (4) et (7).
H...I... sont toujours les intersections de plans normaux à Taxe pour
montrer la forme.
La figure (12) représente la même aube dans laquelle, seulement,
le bras inerte est prolongé jusqu'à 1",80 pour des motifs que l'on verra
en calculant le travail. L'hélice ainsi disposée pourrait avoir huit
aubes.
L'aube, figure (13), est encore à vitesse de propulsion égale avec un
bras de l'^yBO; mais, au lieu d'être l'aube précédente rognée comme
ceUe figure (12), elle débute par la section de propulsion maxima
à 1",50 ; elle est moins étendue et plus forte que l'aube, figures (11)
et (42). Voici les éléments de cette aube, calculés comme précédem-
ment :
poarK=l,0 (r = l,50), /yao=lJ14S ,« = 59H5, Vp =4»122
= 4,333 ( =2,00), tgoi =0,7727 , =37^42, = id.
= 1,666 ( =2,50), =0,5713 , =29*45, = id.
=2,0 ( =3,00), =0,45828, =24*37, = id.
La figure (14) représente l'aube figure (13), dont on a diminué l'angle
empiriquement depuis S jusqu'à B'^'B, afin que la trace devienne SO ou
SI, au lieu de SE^ dans le but d'améliorer le rendement dans la partie
de l'aube où il est le moindre.
Sur les figures (11) et (14) est indiquée en ponctuée la Umite des aubes
pour huit aubes, c'est-à-dire la trace sur le plan final des normales à
l'arête initiale de l'aube suivante. Cela indique la limite extrême du
rapprochement possible des aubes.
La figure (15) représente l'aube, figure (14), simplement prolongée
sous les mêmes angles dans la partie SS' jusqu'en SK parallèle à la
limite. Cela montre un des moyens d'augmenter le travail d'une aube
calculée lorsqu'elle n'atteint pas l'étendue possible. — Les lignes
H..L.S..J.. sont les intersections de plans normaux à l'axe.
On a rencontré, au second chapitre, un essai de la variation de a
relatif à la section moyenne de l'aube figure (11). Nous allons faire un
— 120 —
semblable essai pour la section extrême de l'aube figure (43). Les
formules (26) et (230 domient :
9.0.366+0,28 _ M55__ft..q,.
"~ 9.0,366 + 0,4246 ~ 3,7186 ~ ' '
T -n^ = i7?,i26 = ^ '^^^'
Cette valeur de la partie de rordonnée correspondant au relèvement
de l'aube étant supérieure à ce relèvement, on reconnaît, eu égard à
la longueur de la directrice au point considéré^ que a — a» est moindre
que un demi-degré.
Nous ne pousserons pas plus loin les recherches de ce genre, ce qui
précède suffisant pour l'indication qui est le but de cet exemple . En
pratique, on jugera combien de points il est bon de vérifier.
Travail et rendement des aubes. — Pour calculer le travail des
aubes, il faut mesurer leur surface par zones assez étroites pour pou-
voir y regarder la pression comme uniforme. Nous nous contenterons
ici de prendre des zones de 0",50 de largeur dans le sens du rayon.
Cette approximation parait suffisante pour la comparaison dont il s'agit.
En pratique, on prendra les zones aussi étroites qu'on le croira utile;
quelques essais de calcul montreront vite la limite convenable.
Les dimensions circulaires normales au rayon seront mesurées sur
les épures des diverses aubes précédemment indiquées.
Nous ne considérerons ici que le travail sur la face active de l'aube.
Le travail à l'arrière manque de données tant soit peu précises, et ce
n'est que par une hypothèse évidemment risquée qu'on l'égalerait au
travail à l'avant. D'ailleurs, il parait préférable de réserver ce travail
comme surcroît de puissance.
421 —
Aube à propulsion maxima, travail et rendement.
V Aube> fig. (7), ou fig. (4) en négligeant la partie entre Taxe et
1 mètre de rayon.
!
2
>
<
X
,1
. ■.
1,00
1,50
m
:2,5o
3,00
c •
z
<
Lon-
gueur
des
direc-
trices
me-
sorées
ou
cal-
culées
Sorfaeet
des
tra-
pèses
YiUiKt
de
propul-
sion
\
ViUiiei
de
propul-
sion
■trailei
à
ranhe
\
eo$m.
Pressions
normales
à raube
par m. q.
Pn •=
Pressions
dans
le sens
de
la marche
parm.q.
Pressions
dans
le sens
de
la rotation
par m. q.
freimii
dans
le sens
deU
marche
par
trapése
PrCMÎMI
de
rota-
tion
multi-
pliées
parle
rayon
moyen,
par
trapèie
65»,10
5de,45
52»,5î
■.
0,55
0,585
0,60
0,62
0,63
B.q.
0,3825
0,2950
0,9050
0,3100
B.
2,181
4,122
6,238
8,442
10,692
D.
5,193
8,18^
11,297
14.496
17,711
k.
2 693,61
6 691,24
12 746,41
20 967,04
31 364,41
•
k.
1 131,26
3 370,81
7 038,31
12 210,36
18 933,75
k.
2 444,53
5 780,16
10 627,70
17 044,73
25 004,65
k.
635
. 1535
9 935
4 827
kfm.
1487
4 235
9 494
17 922
9932
38 138
Travail propulseur (4 aubes)
9 932^ X 4 X 8" = 317 824'»™ (4 237 chevaux).
Travail de rotation (4 aubes)
33138 X (9,42 = 2%n) X 4 = 1248639^»,84 (16 648 chevaux).
Rendement de l'hélice .^^.^ , — r-rr= =20,2.. p. 0/0.
iuu4o -f- 4 237 '^
On peut remarquer, par le détail des calculs, que le rendement parait
iiiminuer vers le plus grand rayon ; en sorte que, en cas d'une pareille
aube, on peut étudier la solution d'un rayon moindre que le plus grand
possible... — La comparaison de ces hélices avec les autres résultera
des calculs qui vont suivre. — Pour les autres dispositions de l'aube à
propulsion maxima, nous nous contenterons de donner le travail de
propulsion.
— 122 —
2* La même hélice avec 8 aubes de l mètre (flg. 8).
(2 935 + 4 827) X 8 X 8- = 496 768»"» (6 623 chevaux).
3"" La même avec 10 aubes (elle peut les admettre, la formule donne
même 11..)
(2 935 + 4 827) X 80 = 620 960*«" (8 279 chevaux).
4* 16 aubes de O^^ZQ de hauteur, avec 1 mètre de longueur utile
(flg. 9).
0«2187l^Ml±ii2iO.^=2 104,..l
42 2in»j:<8qw 5587X16X8 = 715136»»-
0"«,2237 if^lLiil?M. = 3 483,..
(9*535 chevaux).
5* 4 6 aubes de 0"*,46 de hauteur, avec 0,50 de longueur utile (fig. 10).
0-S2875 *2 210^4-18 9 33fc ^ 16 >< g =673 031^«- (7 640 chev.).
Ce qui précède suffit pour indiquer la comparaison entre les diverses
dispositions à propulsion maxima. L'hélice la plus paissante aurait une
longueur utile entre 1 mètre et 0",50, voisine de 1 mètre probable-
ment, avec 16 aubes et la hauteur correspondante ; elle approcherait de
10 000 chevaux propulseurs théoriques. — On voit que cette hélice
comporte une marge considérable en plus de la puissance réalisée par
le croiseur.
On reconnaît que cette aube aurait une action légèrement centripète
comparativement à celle de rayons géométriques.^Toutefois cette action
étant faible et de sens plutôt favorable, il serait probablement sans
intérêt de s'astreindre ici à la petite complication des stries.
— «23 —
Aube ordinaire à pas constant ; travail et rondement.
YONS
Lon-
ftteurt
des
Sirfacei
dea
YitoiiM
de
propnl*
Vitciiti
de
propal-
sion
«ormalti
PreaaioDa
normales
à l'aube
par m. q.
Preaaiona
dans
le sens
de
Preiaions
dans
le seu
de
Preitistt
dans
le sens
delà
Prciiitii
de
roUtion
multi*
pliëes
parle
rayon
moyea
par
trapèse
<
f
tes
<
diree-
tricea
trapèxei
BIOQ
à l'aube
\
coim,
la marche
parm.q.
la rotation
parm.q.
marche
par
trapèse
1
■1.
■.q.
ta.
m.
k.
k.
k.
k.
1«B.
iO,50
0,51
1
'1,00
0,26
196
317
65%lO
0,55
2,181
5,193
2 696,72
1 132,56
2 446,90
0,29
576
1 187
1,50
1
55-,14
0,61
0,3225
4,02
7,067
4 994,25
2 840,73
4 107,46
1931
2 870
1^.00
1
47o,13
0,68
0,36
5,70
8,410
7 072,81
4 793,45
5 200,11
2 053
4 431
|2,oO
î
40«,50
0,76
0,d025
7,07
9,360
8 760,96
6 616,98
5 741,30
2 977
6 418
'3.00
350,46
0,85
8,14
10,044
10 090,00
8 176,73
5 911,73
~
•
7 033
15 253
Travail propulseur (4 aubes)
7 033^ X 8- X 4 = 228 086^«- (3 000 chevaux).
Travail de rotatiou (4 aubes)
15 253*w> X 9,42 X 4 = 574 732^" (7 660 chevaux).
n , , 3 000 00 ^o .. ^.^
Rendement .^ ^»^ = 28,14.. p. 0/0.
Si Ton applique ce rendement à Thélice du croiseur pris pour exemple,
laquelle développait au maximum 7 400 chevaux moteurs, on trouve
7 400 X 0,28 = 2 072 chevaux.
Il est probable que le travail utile , c'est-à-dire la résistance à la
translation du navire, augmenté de toutes les pertes, dépassait peu
2000 chevaux.
On voit que le travail propulseur de l'aube à pas constant n'est pas
les 3/4 de celui de Taube comparable à propulsion maxima ; par contre^
— 1 24 —
le rendement est meilleur. . . C'est le but à atteindre qui réglera le
choix... Mais on va voir que, si Ton n*a pas besoin de toute la puissance
possible, Taube à vitesse de propulsion égale, ou les aubes voisines,
seraient préférables.
Aube à vitesse de propulsion égale; travail et rendement.
Aube théorique, fig. li, ayant 2 mètres de longueur utile.
•
O
>•
<
B.
1,00
1,50
3,00
2,50
3,00
•
Lon-
ipieur
des
direc*
triées.
Sor-
faees
des
trapèies
Vitesse
de
pro-
pulsion
Vitesses
de
propttt>
sion
nor-
males
*
a
l'aube,
y*
Pressions
normales
à l'aube
par m. q.
P. =:ioo X
Vcof «y
Pressions
dans
le sent
delà
marebe,
par m. q.
p.. COI.
Pressions
dans le sens
delà
rotation
par m. q.
p„ m.
Prtiiîsii
dans
le sens
de la
maiehe,
par
trapèie.
PrettiHi
de
rotation
moi-
tipliéei
parle
nyoQ
moyen,
par
trapèie.
cos «
6oo,10
3Ô%31
30»,04
24%15
20-,03
0
0,79
1,00
1,21
1,43
B* q.
0,1975
0,4475
0,5525
0,6600
B.
2,181
»
5,193
2,827
2,520
2.392
2,321
2 696,72
799,19
635,04
572,17
538,70
k.
1 132,57
616,53
549,59
521,68
506,05
k.
2 447,36
508,53
318,16
235,00
184,69
k.
172,72
260,92
295,94
339,15
826,72
323,70
343,82
380.8":
1 068,73
1875,ld
Travail propulseur 1 068 X 8" X 8' = 68 399*«« (912 chevaux).
Travail de rotation 1 875 X 9,42 X 8 = 141 SOg^'-'fl 884 chevaux).
91200
Rendement g,^ , ^334 = 32,60 p. 0/0.
On remarque que le rendement est surtout compromis par la partie
de Taube la plus voisine du bras ; on peut corriger la forme de façon à
amoindrir cet effet. Si Ton supprime simplement cette partie pour
n'avoir que 1",50 d'aube utile, il vient (fig. 12) :
Travail propulseur 896^ 01 X 8 X 8 = 87 344*«- (764 chevaux).
TravaU de rotation ^048^39 X 9,42X8=79006*«-(1 083chev.).
Rendement 764 1 ^ 053 = *2,0.. p. 0/0.
Ce rendement parait voisin du meilleur que l'on puisse atteindre ;
mais cette hélice est probablement trop faible pour le navire considéré.
— 425 —
Sans chercher à augmenter sa force en étendant sa surface, comme la
figure (15) en oftre un exemple, il y a lieu d'essayer l'aube, figure (13),
qui part d'une section de propulsion maxima au rayon de f ",50.
Yoici les résultats relatifs à l'aube, figure (13). Nous calculerons en
prenant à l'origine de l'aube utile, c'est-à-dire à 1",50, toute la lon-
gueur de la directrice à propulsion maiima comprise entre les plans
initial et final; c'est évidemment ainsi qu'il convient de faire en pra-
tique, sans s*arrêter à la forme purement théorique que nous avons
signalée dans le cas précédent.
1
z.
en
u
ViUttei
de
Lon-
gueurs
SirriMt
YiUiici
de
propul-
Pressions
normales
à l'aube
Pressions
dsns
le sens
Pressions
dans
le sens
Frtiiisii
dans
le sens
Preiiitii
de
roution
multi-
0
c
propul -
des
des
normalof
par m. q.
de
de
delà
pliées
•<
•ion
diree-
à l'aube
p^ =100 X
la marche
la rotation
marche
parte
rayon
<
\
trice*
trapèzes
CM •
C'Y
\co9 «y
parm. q.
parm.q.
par
trapèsê
moyen
par
trapète
m.
n.
n. q.
n.
k.
k.
k.
k.
kfB.
1.30
59«,45
4,122
0,58
0,35
8,182
6 694,51
3 372,49
5 782,98
977,55
2 295,03
3,00
1
37»,42
»
0,82
0,46
5,290
3 798,41
2 214,16
1 711,31
957,72
l 462,45
î,50
29»,45
.«
1,02
0,555
4,740
2 246,76
1 950,63
1 114,86
1 059,77
1 504,12
300
ou on
1 21
4,531
2 061 71
1 868,86
856,30
«
*•»•*
♦ WJl, 1 fc
2 995,04
5 261,60
Travail propulseur 2 993 X S^X 8« = 491682*«",56(2355chevaux).
Travail de rotaUon 5 261,6 X 9,42 X 8 = 396 5 12^«" (S 286 chevaux).
Rendement 2555-J-5 286 ~ ^^'^^ p. 0/0.
On remarque que le seul fait de construire cette aube sur l'angle
maximum à {"'fSO, au lieu de cet angle à 1 mètre, a presque triplé Xh
puissance. Quant au rendement, il est resté le même.
Si Ton cherche, comme précédemment, à améliorer le rendement
en supprimant la première section, qui est la moins favorable, il vient :
Travail propulseur 2017*,49 X 8 X 8= 129 il9*«",36 (1 721 chev.).
TravaUderototion 2 966*,57 X 9,42 X 8=223 660*«-,71 (2 980 ch.).
Rendement j 7^1 ■ 2 980 ~ ^^'^^ P" ^1^'
Mais ce procédé de retranchement n'est admissible que si l'on dis-
— 12» —
pose d'un excès de force suffisant; dans notre exemple, il faudrait pro-
bablement conserver 2000 chevaux propulseurs* En pratique, on
pourrait employer quelque moyen semblable aux suivants.
i"" Essayer une nouvelle aube, de rayon inerte compris entre 1 mètre
et l^fSO, dont on pourrait retrancher la partie comprise entre Torigine
et l'^ySO. Cela suppose encore que Ton dispose d'un certain excès de
force.
2® Substituer empiriquement, à Tangle initial de 59%45, un angle
continuant la forme des angles suivants ; par exemple, 46'' au rayon de
1",50. Cela donne le contourKSI,fig. (14). On obtient pour cet essai :
se;
o
<
ce
1,50
2,00
S 50
3 00
td
e
<
46*
87-,42
29*,45
24»,37
Vitetiet
Yilciiei
de
SiriscM
nor-
Direc-
males
propul-
dei
à Taubi
sion
liieet
Y
trapèies
\
P
cas m,
n.
m.
nq.
m.
3,20
0,70
0,38
4,606
4,12
0,82
0,46
5,S9
M
1,02
0,655
4,74
W
1,21
4,53
Pressions
normales
par m. q.
k.
2 121,52
2 798,41
2 246,76
2 051,71
PrasaioDs
dans le
sens
de
marche
par m. q.
1 478,37
2 214,16
10 50,64
1868,87
Pressions
dans le
sens
de la
rotation
par m. q.
k.
1 525,72
1 711,31
1 114,86
856,31
Preasions
•
mardie
par
trapèie
k.
700,53
9^,72
1 059,77
2 718,02
Pressions
de
rotation
multi-
pliées
le rayoD
moyen
par
trapèze
kf..
1 075,97
1 462,15
1 504,12
40 42,54
Travail propulseur 2 74 8X8X8 = 173953^" (2319 chevaux).
Travail de rotation 4042 X 9,42 X 8 = 304646*«- (4 062 chev.)-
oQjqnn
»«°**«'"^°* 2 319 + 4 062 =3^'^* P- ^/"-
On voit que ce procédé empirique a amélioré le rendement presque
autant que le retranchement précédent, tout en coi^ervant suffisam-
ment le travail moteur.
On aurait pu également continuer le co,ntour KS de Taube, fig. (14),
jusqu'en 0, par exemple ; Tangle résultant en 0 est environ 51''. On
aurait ainsi une aube plus forte, mais de rendement moindre.
Si, le travail propulseur nécessaire étant exactement donné, on con-
tinuait le tâtonnement précédent (et llmportanoe du résultat en vaut
la peine), en diminuant progressiveiMQt les angles et rognant les par-
— 127 —
ties les moins favorables, on armerait à améliorer encore notablement
le rendement.
On pourrait, comme pour Thélice à propulsion maxima, relier par
une couronne la partie interne de ces aubes, afin de n'avoir que 4 bras
au plus pour les 8 aubes. On pourrait peut-être encore, à Taide de la
couronne, avoir plus de 8 aubes; on examinerait alors s'il vaut mieux,
pour améliorer le rendement, adoucir les angles ou se rapprocher de
l'aube, figure (12),... Nous n'entrerons pas plus avant dans ces détails,
ce que nous avons dit suffisant pour les signaler ; en général, une étude
de construction devra s'y arrêter.
Le genre de tâtonnement dont nous parlons conduirait vers Taube à
propulsion minima et à rendement maximum, dont il a été question
au premier chapitre. Ce serait un procédé probablement, plus simple,
en général , que l'emploi de formules compliquées. Onpeut juger que
Faube à vitesse de propulsion égale, facile à calculer, serait une bonne
base pour ce travail parce qu'elle n'est pas éloignée du but.
Pour augmenter la force d'une aube calculée, on procéderait inver-
sement. On se rapprocherait ainsi de l'aube à pression égale, puisque
les calculs précédents font voir que les pressions décroissent un peu
inversement au rayon dans l'aube à vitesse de propulsion égale. Celle-ci
serait une base d'autant meilleure que son rendement est le plus grand.
3* Étendre l'aube, autant qu'on le juge possible, vers la limite
extrême fixée par l'aube suivante. La figure (15) en offre un exemple.
Le rendement des diverses zones augmentant un peu avec le rayon ,
le mode d'extension de l'aube le plus logique serait par zones concen-
triques atteignant la limite, à partir de Textrémité du rayon... On peut
se borner à étendre l'aube parallèlement à la limite, comme le repré-
sente la figure (15).
Pour consolider au besoin une aube ainsi étendue, on pourrait pro-
longer l'aube du bras sous l'aube utile et placer entre elles des arcs-
boutants; ou bien, déplacer un peu le bras afin qu'il fût symétrique en
projection à la projection de l'aube... Ce dernier genre de construction
est généralement recommandable.
Il convient de remarquer que la suppression de la zone de moindre
rendement est utile pour diminuer l'efiet centrifuge que les stries dont
nous avons parlé ont pour objet d'annuler... Toutes ces considérations,
que nous ne pouvons qu'indiquer ici, devraient être pesées ensemble
dans une étude pratique. Nous pensons que l'on serait généralement
— 128 —
conduit vers la solution d'aubes courtes sur couronne, adoucies le plus
possible, et dont Faction centrifuge ou centripète sera parfois assez
faible pour dispenser des stries.
Ce qui est essentiel pour ces calculs, et poar toute sorte de calcul
sérieux, c'est de connaître suffisamment la résistance propre à la trans-
lation du navire. C'est vers ce point, encore mal connu, que doivent
tendre les recherches.
Sans conclure rigoureusement de l'exemple précédent à d'autres cas,
il semble permis d'indiquer qu'une bonne construction rendra pos-
sible : soit d'accroître de 33 pour 100 la puissance d'une aube à pas
constant ordinaire, si Ton cherche la plus grande force ; soit d'obtenir
un rendement de 33 pour 100 supérieur, si Ton vise à l'économie.
Avec la disposition d'aubes sur couronne, on irait jusqu'à tripler la
puissance comparativement à l'hélice ordinaire.
TABLE DES M ATI EUES
PtÉAMBOLC 62
Effel centrifuge de l'hélice. Génératrice 64
Dlreclricce. Nélbode de conslructfon 67
Cbap. I***. — Étude de TeETet des hélices ordinaires et des diverses aubes ayant des
directrices à pas eonsiant 69
I. — Force propulsive, vitesse de propulsion 70
II. — Aube à propulsion maiima. . . . , 7 4
111. — Hélice ordinaire à pas constant 78
Comparaison des hélices à pas constant et ii propulsion
roaiima 80
iV. — Aube à vitesse de propulsion égale 81
Comparaison des hélices à pas constant et à vitesse de
propulsion égale 82
y. — Aube à vitesse de propulsion égale en tous points, norma-
lement à sa surface 84
VI. — Aube à pression égale dans le sens de la marche en tout
point de sa surbee 86
Yll. — Aube à rendement égal en tous ses points 87
VJIl. — Aube à propulsion minima et à rendement maximum. . . 87
IX. — Travail moteur d'une hélice 88
X. — Rendement 89
XI. — Disposition des aubes 90
1° Arête initiale 90
2» Bras 90
Z^ Nombre des aubes 92
4« Couronnes 93
6» Poupes 94
6® Zones de raccord 94
7<» Zone finale flexible 95
8* Aube striée 96
Action centrifuge de Thélice 96
Recul 96
Mise en marche 97
Chap. il. — Recherche d*une aube ù pas variable 98
1. — Recherche de Tordonnée s 100
II. — Variation de l'angli; a 101
III. — Détermination de l'angle ^ 111
IV. — Détermination du rayon , 113
Conclusion du deuxième chapitre 115
Chap. III. ^ Calcul d'un exemple 115
BULI.
DISCOURS PRONONCÉS
AUX OBSÈQUES DE M. TRESCA
Discours de H. Maurice LEVY.
HINBHI DK L'acADÉHII
Messieurs,
On dirait presque que le confrère éminent que la mort vient de nous
enlever, avait le dédain de la vie, tant il prenait peu de soin de la
sienne, tant il écoutait peu les avertissements de la maladie.
L'âge et la souffrance n'ont pu fléchir cette nature de fer. La mort
Ta trouvé debout avec la fermeté d'âme antique ; ni les inquiétudes de
ses enfants, ni les conseils affectueux de ses amis n'avaient réussi à
calmer, un seul instant, son ardeur au travail, son infatigable activité.
Membre de l'Académie des sciences, membre et plusieurs fois prési-
dent de la Société des Ingénieurs civQs, vice-président de la Société
d'encouragement, membre du Conseil supérieur de l'enseignement
technique, président du Conseil de perfectionnement de l'École
centrale, membre du conseil du Conservatoire des Arts et Métiers,
président de la Commission des poids et mesures, secrétaire de la
Section française de la commission du mètre, vice-président de
la Société des électriciens, membre, et depuis la mort de Leverrier,
président de la commission d'unification de l'heure, il était partout
présent et partout actif, préparé à toutes les questions, toujours prêt
à prendre la parole en public ou dans les commissions ; véritable acca-
pareur de travail, il commençait toujours par se charger de la part la
plus lourde, ne trouvant jamais, quand l'intérêt de la science ou le bien
— 131 —
public était en cause ^ aucune tâche iDgrate^ aucun effort au-dessus de
sa volonté.
Vendredi dernier, il assistait à la réunion hebdomadaire de la Société
des Ingénieurs civils, plein de vie, remplissant la séance de cette
parole calme et persuasive, toujours écoutée, que TAcadémie connaît
si bien.
En sortant de la salle, il s^affaissa pour ne plus se relever.
Dimanche, il rendait le dernier soupir, sans avoir souffert, sans avoir
repris connaissance.
S'il avait eu à choisir sa mort, il Teût souhaitée telle.
Henri-Edouard Tresca est né àDunkerque le 12 octobre 1814. Il fut
reçu à l'Ecole de Saint-Cyr en 1832; mais ses goûts et ses aptitudes
poar les sciences le portaient tout naturellement vers l'École poly-
technique.
n y fut admis en 1833, après avoir remporté, au concours général,
le premier prix de physique de la classe de mathématiques spéciales.
Il sortit de l'École dans les ponts et chaussées, mais il n'y resta pas
longtemps. Nommé élève ingénieur en 1838, il donna sa démission en
i84< , pour exercer la profession d'ingénieur civil.
11 commença par la construction de deux usines pour la fabrica-^
tien de l'acide stéarique et la distillation des huiles minérales, trouvant,
chemin faisant, un moyen nouveau d'extraction des huiles et un v^rin
hydraulique portatif qu'il proposait d'appliquer au pesage des voitures
sur les routes.
11 cherchait alors sa voie. Mais un homme de sa trempe n'est pas
long à découvrir le fil d'Ariane qui le conduira désormais sûrement
dans le labyrinthe de la vie.
11 le trouva à l'Exposition de Londres en 1850.
C'était la première exposition universelle. Tout était à créer.
M. Tresca fut nommé ingénieur chargé du classement des produits
français.
Son activité et ses connaissances étendues appelèrent bien vite l'at-
tention sur lui et, en 18S2, U entra dans ce Conservatoire des Arts et
Métiers, auquel il consacrera le meilleur de sa vie, auquel son nom,
avec celui de Charles Dupin et du général Morin restera attaché.
En 18S4, il succéda au général Morin dans sa chaire de mécanique,
fut nonusié membre du jury chargé de désigner le personnel de nos
Écoles d'arts et métiers et inspecteur de ces Écoles.
À
— 132 —
Cette dernière fonction, il en fut investi à un moment où eUe ne
présentait rien d'enviable. Le choléra sévissait avec violence dans le
midi de la France. M. Tresca part pour inspecter TÉcole d'Aix.
La capitale de la Provence, d'habitude si animée et si exubérante,
était plongée dans un silence morne ; les rues désertes n'étaient par-
courues que par de funèbres convois. M. Tresca fait Tinspection des
services de TÉcole et prend, de concert avec le directeur, les mesures
sanitaires exigées. Sa tâche remplie, il se rend à son h6tel.
Là aussi, la table d'hôte était vide. M. Tresca y était seul.
Un convive pourtant devait Ty rejoindre : c'était lun des professeurs
de TÉcole qu'il venait d'inspecter; mais il manqua au rendez- vous
donné.
Il était mort; il venait de succomber à une attaque foudroyante.
A cette nouvelle, sans peser la responsabilité qu'il assumait,
M. Tresca retourne à l'École et, de sa propre autorité, en ordonne le
licenciement.
Un inspecteur, en France, n'a, et avec raison, aucun pouvoir propre.
Si M. Tresca s'était borné à proposer le licenciement dans un rapport,
il était certain, ayant agi régulièrement, d'obtenir l'approbation minis-
térielle.
Il préféra celle de sa conscience. Il eut les deux.
A partir de 1854, le nom de M. Tresca va grandissant et sa carrière
s'élargissant rapidement. L'École centrale et l'Institut agronomique,
à l'exemple du Conservatoire, vont bientôt lui confier leurs cours de
mécanique appliquée. Ses expériences feront loi, non seulement en
France, mais aussi à l'étranger. Les architectes et les ingénieurs en
accepteront les résultats et iront puiser largement dans ses procès-
verbaux d'expériences, d'abord simplement manuscrits, et, plus tard,
publiés en grande partie dans les Annales du Conservatoire ^ une de
ses créations.
Mais ce qu'il plaçait au-dessus de tous les services qu'il rendait
ainsi à l'industrie, ce qui l'a préoccupé sans cesse dans les vingt der-
nières années de sa vie, ce sont ses études nombreuses, variées, théo-
riques et appliquées, sur ce qu'avec une grande audace, mais une
parfaite justesse, il a appelé V écoulement des solides.
Ce n'est pas le lieu ici d'indiquer en détail les prodiges d'habileté
qu'il a accomplis pour découvrir expérimentalement les lois de ces
phénomènes. Nous dirons seulement qu'il est parvenu à pénétrer, en
— 133 —
quelque sorte, à Tintérieur de la matière ductile, à y introduire des
nuées d'éclaireurs qui lui apportaient un compte fidèle des modifica-
tions profondes qu'y déterminaient les colossales pressions auxquelles
il la soumettait.
Les résultats qu'il a obtenus démontrent une fois de plus l'unité des
lois physiques et sont aussi importants à ce point de vue que par leurs
applications industrielles.
Personne n'ignore les services rendus, par lui, dans la commission
du mètre ; mais ce que ceux-là seuls qui l'ont suivi peuvent apprécier,
c'est le talent, la persévérance, le dévouement qu'il y a montrés.
C'est lui qui, après une étude approfondie de tous les côtés de la
question, a proposé la forme qui a été définitivement adoptée par la
commission internationale pour les mètres-étalons à distribuer à
toutes les nations.
Elle procure, à poids égal, une résistance vingt-cinq fois plus grande
que l'étalon de nos archives, ce qui fait, ainsi qu'il aimait à le dire,
qu'on pourra se donner des coups de bâton avec son mètre sans l'al-
térer.
Il semble que, chez M. Tresca, l'acuité d'esprit et l'aptitude à se
mettre au courant de questions nouvelles, n'aient fait que croître avec
l'âge.
Il en a donné une dernière preuve bien frappante lors de l'Exposi-
tioQ d'électricité de 1880.
Il y entra novice et en sortit oracle.
Parmi les physiciens de profession et de grand renom qui concou-
rurent aux essais des appareils exposés, quoique non préparé, il prit
immédiatement la tête; cela est si vrai que, depuis, il ne peut plus
être question d'expériences à entreprendre sur la lumière électrique,
le transport de la force par l'électricité, sans que son nom vienne sur
toutes les lèvres.
A l'avenir il n'en sera plus parlé sans qu'un soupir s'échappe de
tous les cœurs, et les électriciens se joindront aux mécaniciens pour
pleurer sur une aussi grande perte.
Les humbles et les débutants de la science la pleureront aussi. Car
ils sont nombreux, ceux à qui il a rendu service. Son cabinet du Con-
servatoire était envahi par les demandeurs, même après qu'il eut cessé
d'y remplir des fonctions administratives. Tous étaient reçus et, pour
peu qu'ils en fussent dignes, servis.
— 134 —
Adieu» cher confrère et vénéré maître. Ta yie qui n*est qu'un labeur
ininterrompu, un effort incessant et désintéressé vers le bien^ sera un
grand exemple pour tous.
Ton nom honoré reste représenté, parmi nous, par tes trois fils
dignes tous les trois de le porter. Deux d'entre eux t'ont secondé avec
un dévouement sans bornes et sont, sur bien des points, les héritiers
de ton œuvre qu'Us connaissent dans ses moindres détails; le troi-
sième, sorti avec éclat de l'École polytechnique, est aujourd'hui ingé-
nieur en chef des ponts et chaussées.
Tu laisseras un grand vide, non seulement à l'Académie des sciences,
mais partout où tu as passé.
Nous qui t'avons suivi dans ta superbe carrière, dans ta prodigieuse
activité, nous le savons.
Tous l'apprendront.
Adieu.
Discours de H. le colonel LAUSSEDAT
DI&BCTBOt M CONSBRTâTOIll NATIONAL 9BS ARTS XT atTISM
MSSSIEDBS,
Tous ceux qui ont eu l'honneur de connaître l'éminent collègue que
nous accompagnons au bord de cette tombe savent que jamais exis-
tence n'a été plus laborieuse ni mieux remplie que la sienne.
Tresca est mort et devait mourir sur la brèche. Nul, en effet, ne se
préoccupait moins que lui de l'état de sa santé, nul n'a bravé plus
stoïquement la douleur et jusqu'à la mort qui, depuis plus de deux
ans, le menaçait. C'est avec un sentiment de fierté mêlé de tristesse que
nous rendons cet hommage à sa mémoire, dans un temps où l'on est
disposé à' admettre que les générations actuelles sont moins énergiques
que celles qui les ont précédées. Quel éloquent démenti à cette insi-
nuation, venue du dehors, que la vie de ce travailleur infatigable, de
cet esprit si ouvert pourtant, si accessible à toutes les manifestations
de rintelligence, qui ne trouvait ou plutôt ne cherchait systématique-
— 185 —
meDt de distraction que dans les séances de rAcadémie et des nom-
breuses associations scientifiques dont il était presque toujours le
membre le plus assidu et le plus actif.
Quel plus fortifiant exemple à offrir à toute cette jeunesse qui nous
écoute et à laquelle nous n'hésitons pas à dire que nous comptons sur
elle dans Tavenir, dans un avenir prochain peut-être.
TfiiscA (Henri-Edouard), né à Dunkerque, le 12 octobre 181 4, appar-
tenait à une famille distinguée, je devrais dire à une famille illustre;
car elle comptait Jean-Bart au nombre de ses ancêtres.
Après avoir fait de brillantes études littéraires et scientifiques au
collège Louis-le-Grand, il entrait en 1833 à TÉcole polytechnique, d'où
il sortait en 1835 dans les ponts et chaussées.
Ses condisciples à Louis-le-Grand, ses camarades à l'École poly-
technique, et il en est un que je ne veux pas oublier de nommer,
l'illustre artiste Gustave Froment qui était son meilleur ami et qui fut
lui-même un prodige, qualifiaient de merveilleuse la facilité avec
laquelle Tresca s'assimilait tout ce qu'on leur enseignait.
Celui-ci eut une occasion de donner une preuve bien frappante de
cette facilité qui allait jusqu'à l'intuition. L'École ayant été licenciée
en 1834, à la suite de troubles politiques, les professeurs et les élèves
se concertèrent pour que les cours ne fussent pas interrompus, et
Thénard, qui avait distingué Tresca, le chargea de réorganiser au
dehors, le cours de chimie, le prit pour préparateur et, au besoin, pour
suppléant. On m'a assuré que Tresca alla jusqu'à faire des leçons à
ses camarades.
A la sortie de l'École des ponts et chaussées, une longue maladie le
détermina à renoncer à une carrière dans laquelle il eût, on ne pour-
rait en douter, rendu les plus grands services ; un peu plus tard, il se
fit ingénieur civil et s'occupa de travaux industriels.
Il avait été nommé, en 1851, par le Gouvernement français, inspec-
teur prmcipal de l'exposition universelle de Londres. C'est dans cette
situation qu'il fit la connaissance du colonel, depuis général Morin,
professeur de mécanique appliquée au Conservatoire des Arts et Métiers
et directeur de l'établissement. Après avoir échangé, dans la halle des
machines en mouvement qu'ils visitaient ensemble, quelques idées
sur l'ntihté qu'offrirait à Paris une installation permanente analogue,
pratiquée toutefois sur une moindre échelle, le colonel Morin frappé
— 136 —
du grand sens et de la sagacité de son interlocuteur, lui offrait, séance
tenante, Temploi d'ingénieur au Conservatoire. Cet emploi, à la vérité,
n'existait pas, mais le colonel savait qu'il en obtiendrait aisément la
création. Il s'agissait, effectivement, de réaliser une de ses plus heu-
reuses conceptions, un projet de laboratoire de mécanique industrielle,
qu*il avait formé longtemps avant l'exposition de Londres et qui avait
môme reçu un commencement d'exécution, dès 1843. Il lui avait seu-
lement manqué jusque-là un auxiliaire capable et convaincu et il venait
de le trouver.
Dans tout ce que j'ai à dire des améliorations introduites au Conser-
vatoire, à partir de 1852, je ne saurais séparer le nom du général
Morin de celui de son collaborateur dévoué, qu'en toutes circonstances
il se plaisait à appeler son ami, son bras droit.
Le public nombreux qui visite la nef de la merveilleuse église de
Saint-Martin-des-Champs, dans laquelle sont installées les machines
en mouvement, n'y voit tout d'abord qu'un spectacle fait pour éveiller
sa curiosité. Il ignore généralement, mais ni les savants, ni les cons-
tructeurs n'ignorent que c'est dans ce laboratoire de mécanique
qu'ont été entreprises et menées à bonne fin des expériences fonda-
mentales et exécutés de$ essais innombrables de machines et d'appareils
dont il s'agissait de reconnaître, d'apprécier, de mesurer le degré de
puissance et d'utilité pratique.
Les recherches personnelles de M. Tresca sur le poinçonnage et le
rabotage des métaux qui devaient le conduire à formuler les lois de
l'écoulement des solides et celles de la déformation des corps, en
général, bien qu'elles aient été exécutées au Conservatoire des Arts et
Métiers^ avec les ressources dont cet établissement seul disposait alors,
seront appréciées avec une plus grande autorité que la mienne. Il en
sera de même des expériences entreprises en commun avec M. Ch.
Laboulaye pour la détermination de l'équivalent mécanique de la cha-
leur ainsi que les autres expériences de physique et de mécanique qui
ont attiré l'attention du monde savant et ouvert à notre collègue les
portes de l'Institut. Ma tâche est d'ailleurs encore bien vaste et je
crains déjà de ne pas la remplir comme je le désirerais; je me bornerai
donc à rénumération nécessairement succijicte des services rendus à
l'industrie dans le laboratoire de mécanique. Si Ton se reporte à
trente-cinq ans en arrière et si l'on se représente les efforts incessants
tentés depuis cette époque jusqu'à ce jour, pour créer ou perfectionner
— 137 —
les machines et les appareils de toute nature proposés à la grande
comme à la petite industrie, on comprendra, je devrais dire, on devi-
nera le rôle considérable de ce laboratoire.
11 importait, parmi tant d'inventions, de reconnaître celles qui pou-
vaient devenir fécondes, produire des résultats vraiment économiques,
augmenter les ressources des fabriques, sans compromettre les capi-
taux engagés, sans gaspiller les forces que Ton employait, qu'il s*aglt
de forces naturelles ou des matériaux, combustibles ou autres, qui
servaient à leur donner naissance.
Les expériences instituées au Conservatoire, à l'aide dlnstruments
dus, pour la plupart, à nos grands ingénieurs français et au général
Morin en particulier, et exécutées avec une habileté et une conscience
à Tabri de toute critique et de tout soupçon, ont joué, je le répète, un
rôle considérable dans le triage qu'il fallait faire entre les machines
récemment inventées et dans le classement même de celles que Ton
employait déjà depuis un certain temps.
Aucune, en effet, n'échappait à ces épreuves, à ce contrôle délicat, et,
quand les chiffres qui servaient à traduire les résultats des expériences
étaient publiés, personne n'en a jamais contesté Texactitude. La ma-
chine ou Tappareil soumis à ce critérium était jugé.
Le portefeuille industriel du Conservatoire qui est, sans aucun doute,
le recueil le plus précieux dans son genre, contient les dessins de la
plupart des machines expérimentées.
Les procès-verbaux des expériences sont également accompagnés
de dessins exacts, et, à partir de 1860, date de la création des annales
du Conservatoire dont M. Tresca fut un des fondateurs et le principal
rédacteur, ces procès-verbaux furent publiés par leur laborieux auteur
dans plus de quatre-vingts articles sur la mécanique appliquée.
Pour compléter ces indications bien sommaires, j'ajouterai que le
directeur et H. Tresca, qui lui avait succédé dans la chaire de méca-
nique et avait reçu le titre de sous-directeur, avaient encore installé
tous les appareils nécessaires pour les essais relatifs à la résistance des
matériaux.
Les administrations de l'État, les administrations locales, les archi-
tectes, les propriétaires de carrières, les industriels, en général, connais-
sent bien cette organisation du service des expériences et y font un appel
incessant.
Je ne crois pas avoir besoin de dire que l'administration actuelle
— 138 —
s'efiorce de répondre à toutes ces demandes et qu'elle continue la tra-
dition dont elle a Théritage, en suivant attentivement tous les progrès
des arts mécaniques. En ce moment même, elle fait construire un labo-
ratoire d'électricité qui peut être considéré comme le complément indis-
pensable du laboratoire de mécanique.
On me permettra sans doute de rappeler ici que l'outillage du Conser-
vatoire fut utilisé pendant le siège de Paris par Tresca et par ses collè-
gues du génie civil, pour les essais de bronze employé à la fabrication
des canons de la défense et pour la vérification du matériel de guerre.
Pendant cette période douloureuse, Tresca se montra ce qu'il a tou-
jours été, plein d'activité et de ressources, et tous ses collabor.iteurs
témoigneraient, comme moi, de l'ardeur patriotique qui l'animait et
qui doublait ses forces.
Je ne veux pas entrer ici dans tous les détails relatifs au développe-
ment des différents services du Conservatoire, à l'accroissement des
bâtiments et des collections provoqué par l'administration à laquelle a
appartenu M. Tresca ; je me bornerai à dire, et cela suffira pour
donner une idée de l'activité déployée par le directeur et le sous-direc-
teur, que, dans une période de quinze ans, de 1853 à 1869, la valeur
totale des objets composant les collections avait plus que doublé et
qu'il en avait été de même de l'étendue des galeries ouvertes au
public.
Je ne saurais omettre de signaler encore, parmi les travaux accomplis
au Conservatoire par M. Tresca, les comparaisons délicates qu'il entre-
prit avec la collaboration de Silbermann, des étalons prototypes des
poids et mesures des archives et du Conservatoire.
Il préludait ainsi à l'organisation d'un service très important de
vérification confié à l'un de ses fils, qui a été et qui est encore d'ane
grande utilité , tant pour les besoins de l'administration française que
dans nos relations avec les pays étrangers, au point de vue de l'exten-
sion du système métrique décimal. C'est à ces travaux, en quelque
sorte préparatoires, qu'il faut également rattacher la participation con-
sidérable du Conservatoire et celle de M. Tresca lui-même à l'œuvre
non encore terminée, mais très avancée de la conmiission internatio-
nale du mètre.
Dans les moments de liberté assez rares que lui laissaient son ensei-
gnement et ses expériences, M. Tresca trouvait le temps de visiter les
usines les plus intéressantes, en France et même à l'étranger^ et il s*y
— 139 —
créait de précieuses relations dont bénéficiait le Conservatoire. II sui-
vait ayec non moins d'intérêt les progrès de nos écoles d'arts et métiers
et de DOS autres écoles industrielles. A Tépocpie de Tannexion de la
Sayoie, il fut même chargé de la réorganisation de l'école d'horlogerie
de Cluses. Aussi les avis qu'il émettait devant le conseil supérieur de
renseignement technique, dont il a fait partie pendant de longues
années, étaient-ils écoutés avec la plus grande attention. Tout récem-
ment encore, et malgré l'état de sa santé fortement ébranlée, il présen-
tait à ce conseil qui s'occupe d'organiser sérieusement renseignement
industriel et les études commerciales, un rapport étendu et lumineux
dont les conclusions seront sans doute adoptées dans leur en-
semble.
J'ai essayé. Messieurs, de retracer, bien imparfaitement sans doute,
mais avec un vif désir de la faire apprécier comme elle le mérite, la
carrière de Tresca, professeur et sous-directeur du Conservatoire des
Arts et Métiers. L'activité de cet homme remarquable ne s'est pas
arrêtée au seuil de notre grand établissement, mais il appartient à
d'autres orateurs de la suivre au dehors et de vous dire ce qu'ils savent
mieux que moi. J'ai cependant encore à m'acquitter de deux missions
qui m'ont été confiées par M. le Directeur de l'Institut agronomique et
par M. le Président de la Société internationale des électriciens.
A propos de l'Institut agronomique, je rappellerai que M. Tresca a
contribué, toujours avec le général Morin, à installer provisoirement
cette école créée en 1848, délaissée sous l'empire et réorganisée en
i876, dans les bâtiments du Conservatoire des Arts et Métiers.
C'était un grand service rendu à la direction de l'agriculture qui est
devenue aujourd'hui un ministère, et un service d'autant plus méritoire
que le Conservatoire lui-même était déjà bien à l'étroit. M. Tresca fut
nommé professeur de mécanique à l'Institut et il a occupé cette chaire,
comme il occupait celle du Conservatoire et celle de l'École centrale,
avec une rare distinction et, le dirai-je, avec l'énergie qu'il dépensait
partout à la fois, jusqu'à l'épuisement de ses forces.
En ce qui concerne la Société internationale des électriciens, je me
bornerai à dire que son sympathique président, M. Georges Berger,
m'a écrit la lettre la plus émue en me priant simplement de rappeler
sur cette tombe que Tresca était membre fondateur et zélé vice-prési-
dent de cette Société dont il avait pressenti la très grande importance
scientifique et industrielle.
— 140 —
J'aurais terminé, Messieurs, s'il ne me restait un dernier devoir de
cœur et de conscience à remplir.
M. Tn^sca avait une famille nombreuse et excellente au milieu de
laquelle il se reposait de ses travaux et qui lui prodiguait des soins qui
Tout préservé , à coup sûr , pendant longtemps [du danger auquel
l'exposait son imprudente confiance dans la force de sa constitution. Je
ne me permettrai pas de louer autrement les femmes de cette famille
si dignes de notre respectueuse sympathie, mais je peux du moins
parler des hommes pour lesquels je professe autant d'estime que d'af-
fection.
Toutes les personnes qui ont fréquenté le Conservatoire savent avec
quel dévouement deux des fils de M. Tresca, Alfred et Gustave, Tont
assisté dans ses travaux. Il a fait d'eux d'habiles expérimentateurs et
je suis heureux de saisir cette occasion, si douloureuse qu'eUe soit, de
rendre publiquement justice à leur mérite dont le Conservatoire a déjà
tiré un grand profit.
J'ai eu, directement ou indirectement, sous mes ordres, le troisième
fils et le gendre de M. Tresca, et je me plais à reconnaître que, chez eux
comme chez les deux autres, j'ai retrouvé ces grandes qualités, une
intelligence sûre associée à un dévouement sans bornes.
N'y a-t-il pas là une tradition digne d'être signalée en ce moment
et n'est-ce pas encore faire l'éloge du père qui a su inspirer à tous les
siens cet ardent amour du travail qui le caractérisait à un si haut
degré, qui a fait sa force, et, en fin de compte, sa gloire !
Car, Messieurs, c'est une personnalité considérable que nous voyons
disparaître, dont nous avons le droit d'être fiers et que nous ne saurions
trop regretter.
Adieu, Tresca, adieu mon cher et honoré collègue.
Discours de H. A. CAUYET
DIRCCTBDE DI L'ÉCOLK CSHTlALC.
_ f
J'ai la triste et douloureuse mission d'adresser, au nom de rEcole
centrale des Arts et Manufactures, une parole d'adieu à son éminent
Professeur et au Président vénéré de son Conseil. Nous aimions tous.
— 141 —
et bien profondément, ce savant infatigable, cet ingénieur si distingué,
ce cœur bon et généreux, cet homme droit, aimable et désintéressé.
Nous étions heureux d*avoir au milieu de nous ce haut représentant
de la science française, aussi renommé dans sa patrie que dans les
pays étrangers. Son nom suffisait à donner de Téclat à notre ensei-
gnement. Sa parole nette, franche et persuasive éclairait nos délibéra-
tions.
Au début de sa carrière d'ingénieur, il pressentit bien vite qu'étant
sons Tempire de son esprit étendu et investigateur, il aurait de la peine
à se maintenir dans les limites imposées à des fonctions brillantes et
honorées, mais quelquefois resserrées par les liens nécessaires d'une
administration publique. Il fut attiré par les horizons lointains de la
haute science et de ses applications : il voulut rester libre et s'appar-
tenir. En 1837, à peine âgé de 23 ans, il avait déjà quitté le service
des ponts et chaussées, où l'avaient appelé ses brillants succès à l'École
polytechnique, et débutait dans l'industrie en construisant une usine
destinée à la fabrication de l'acide stéarique.
Jusqu'en 1852, il se livra à divers autres travaux industriels, tous
importants par leur nouveauté et donnant la mesure d'un esprit ardent
et entraîné par l'amour du progrès.
Au conmiencement de cette même année, un événement décisif
imprima à la carrière de M. Tresca une nouvelle direction : il fut
appelé au Conservatoire des Arts et Métiers où il se consacra plus spé-
cialement à l'enseignement et aux travaux de mécanique appliquée. —
Cet enseignement présentait alors de grandes difficultés . Plus que
tout autre, il procède par démonstrations rigoureusement scientifiques,
ayant leur origine dans les' faits de l'expérience et de la pratique. Or,
à cette époque, les résultats de l'expérience n'offraient pas encore aux
jeunes savants les richesses dont ils peuvent disposer aujourd'hui.
M. Tresca ne sépara jamais ces deux éléments^ théorie et pratique, si
nécessaires l'un à l'autre. Au moyen d'un vaste laboratoire de méca-
nique, qui était sa création, les propriétés des matériaux, le mode de
fonctionnement des machines et leur rendement, livrèrent au Génie
civil leurs secrets les plus profonds et les plus variés.
Une parole plus autorisée vient de mettre en lumière la part si
féconde que prit M. Tresca dans les travaux et Padministration du
Conservatoire des Arts et Métiers. Le renom qu'il y acquit rapidement
le fit rechercher partout en France et même à l'étranger, là où il y
— 142 —
avait une iostitutioDy une société ou un enseignement s'occupant des
choses de la technologie. En 1854, l'École centrale s'empressa de lui
ouvrir ses portes, en l'appelant à siéger dans le jury d'admission. Ces
fonctions d'examinateur à l'entrée ne prirent fin (pi'en 186S, alors
qu'il fut nommé professeur du cours de mécanique appliquée de
deuxième année, succédant dans cette chaire à notre illustre mattre
Bélanger. Cette nomination eut pour conséquence de le porter au
conseil de l'École. En même temps, il fut désigné comme Président du
jury d'admission.
Du jour où M. Tresca siégea dans les conseils de l'École, il prit une
part des plus importantes dans toutes les discussions où s'agitaient ses
grands intérêts. En 1874, une commission ministérielle fut formée en
vue d'étudier les dispositions à prendre pour l'installation future et
définitive de l'École. M. Tresca en fit partie. Cette étude n'était pas une
nouveauté pour cet esprit investigateur et toujours dévoué au bien
public, fiien avant cette date, nous avions agité ensemble cette ques*
tien dans nos entretiens particuliers, même jusqu'au sein du Conseil,
et ces discussions avaient conduit à formuler par avance ce qui est
devenu aujourd'hui une réalité.
En 1875, M. Philipps, ayant sa santé altérée et ayant dû abandon-
ner la chaire d'hydraulique de 3* année, M. Tresca laissa son cours de
2* année pour succéder à son éminent collègue de l'Institut .
Depuis son entrée au Conservatoire des Arts et Métiers, c'est-à-dire
depuis i882, M. Tresca, chercheur infatigable du vrai, doué d'une
activité et d'une puissance de travail extraordinaires, menait de front
des publications d'ouvrages, les travaux du savant, ceux du professeur
et de l'ingénieur. Ses découvertes, ses ouvrages, ses travaux scienti-
fiques lui méritèrent un fauteuil à l'Académie des sciences.
L'armée, la défense nationale, l'agriculture, l'industrie, le commerce,
les travaux publics, l'instniction publique, les jurys des expositions
universelles n'avaient pas réclamé en vain le concours du savant, du
professeur et de l'ingénieur. Les écoles, les sociétés scientifiques et
industrielles, s'honoraient de l'appeler dans leur sein et n'avaient pas
de membre plus actif et plus fécond. Il était partout, toujours à la hau-
teur de sa tâche et jouissant partout d'une autorité incontestée. Ses
œuvres sont immenses et il est difficile de le suivre dans le vaste en-
semble de ses occupations si nombreuses et si variées. Rien n'a man-
qué à cet aimable et vaillant caractère. C'est ainsi qu'en 1870 les élans
— 143 —
de son ardent patriotisme iospirèrent ses prodigieux travaux pour
rartilierie de la défense de Paris, et, un peu plus tard, sa courageuse
résistance, si grosse de périls, aux injonctions persistantes de la Com-
mune.
Dans ces derniers temps, deux études semblaient surtout Fintéresser.
Il s'était attaché plus particulièrement, d'abord au problème du trans-
port de la force à distance au moyen de Télectricité, secondement, à
l'oi^anisation et au développement de l'enseignement technique. Son
rapport sur cet enseignement, publié dernièrement par les soins du
Ministère du commerce, est une œuvre considérable où on trouvera
certainement les principaux éléments de son organisation déGnitive.
Pendant que M. Tresca était arrivé ainsi à l'apogée de sa gloire, un
grand deuil nous affligeait profondément. Le plus éminent des fonda-
teurs de rÉcole, l'illustre Dumas, avait été enlevé à notre aJSection le
11 avril 1884. Il n'avait pas cessé d'occuper la présidence du Conseil
depuis plus de cinquante ans. Un sentiment intime^ et on peut dire
unanime parmi ses collègues, indiquait le nom de M. Tresca comme
devant succéder au grand nom de Dumas. La situation était critique
et difficile. Quelques mois à peine nous séparaient de notre installa-
tion définitive dans les nouveaux bâtiments de l'Ëcole. La rentrée des
élèves, qui même, dans les temps ordinaires, est une lourde tâche,
était, cette fois, toute pleine de difficultés et de complications : elle
exigea des efiorts surhumains. M. Tresca ne voulut pas se ménager,
et ses forces, usées avant la fin, trahirent son courage. II tomba et fut
atteint par une maladie grave. C'était la seconde fois, et à court inter-
valle, qu'il subissait une crise des plus inquiétantes. Sa forte et puis-
sante organisation vint encore à bout de cette violente attaque du mal.
Ses forces se ranimèrent assez rapidement et avec elles reparut son
étonnante activité. En le voyant reprendre une à une ses immenses
occupations, on pouvait croire que sa riche nature lui permettait de
braver impunément le poids des ans et les fatigues d'un travail exces-
sif. Vainement des amis, tout soucieux de ces cruels avertissements,
cherchaient à le rappeler à la raison, en lui observant qu'à son âge, on
ne devait plus se livrer à de tels labeurs: « Que voulez-vous, répon*
dait-il avec un sourire plein de finesse et de bonhomie, cela durera
tant qne ce sera possible; mais je ne saurais m'arréter. »
C'est ainsi que ce puissant athlète a été foudroyé en plein champ de
bataille. Mais la mort, toute soudaine et terrible qu'elle a été, a su Iq
— 144 —
respecter en lui réservant une fin digne d*une aussi belle et aussi glo-
rieuse existence. Jusqu'à sa dernière heure, M. Tresca a vécu comme
il avait toujours voulu vivre : il a travaillé et enseigné !
Gloire et honneur à ceux qui comme vous, cher Maître, ont atteint
les limites de la vie dans toute la plénitude de leur intelligence et dans
toute la force de leur génie ;
A ceux qui, par leurs vertus, par leur courage et leurs utiles tra-
vaux, ont contribué si largement à la grandeur morale et matérielle
de la patrie ;
A ceux enfin qui, jusqu'à leur dernier jour, ont été les serviteurs
dévoués du bien, de la science et du progrès.
Ceux-là ne périssent jamais. Les générations futures gardent et
vénèrent leur souvenir.
Puissent ces consolantes pensées, ainsi que les témoignages de notre
vive et affectueuse affliction, adoucir la douleur de son excellente
famille, qu'il aimait tant et dont il était adoré.
Adieu, cher Tresca, adieu!
Discours de M. HATON DE LA GOUPILLIÈRE
«
MSMBRB DK L'ACADÉMII.
AU NOM DE LA SOCiBTB D'sNCOURAGBIfBNT POUR l'iNDUSTRIB NATIONALE
Messieurs,
La Société d'encouragement pour l'industrie nationale vient de faire
Tune des pertes les plus sensibles qu'il pût lui être donné d'éprouver.
M. Tresca, son vice-président, était pour notre Comité des sciences
mécaniques l'un des pionniers les plus dévoués et les plus infatigables.
Membre de la Société depuis 1855, il a, pendant ces trente années,
tracé dans l'œuvre commune un siUon profond et ineffaçable. D'un
esprit perspicace pour l'analyse, d'un jugement net dans les conclu-
sions, mettant un caractère ferme et loyal au service de ses convictions,
il apportait dans nos travaux un concours doublement précieux, comme
— 145 —
savant et comme expérimentateur. La Société d'encouragement ne se
limite pas, en efiet, aux questions que le savoir sufBt à résoudre
directement ; des expériences, spéciales à chaque cas, deviennent
parfois nécessaires. M. Tresca y excellait, comme nous le savons tous.
Expérimentateur de premier ordre, il pouvait revendiquer tout entier
le mérite du secours qu*ii nous apportait sous cette forme; car les
moyens d'action que lui fournissait, au Conservatoire des Arts e(
Métiers, la galerie des machines en mouvement, avaient été créés par
lui, et il les mettait en œuvre avec Taide de ses fils, ces ingénieurs si
distingués qu'il a formés à son école.
Les rapports dont il a enrichi notre Bulletin y dépassent le nombre
de cent. Bornons-nous à citer au hasard un important travail sur l'his-
toire et l'avenir des moteurs à gaz, ses expériences sur la machine à
air chaud de Belou, sur la roue Sagcbien, l'accumulateur Armstrong,
le régulateur Farcot, sur la résistance comparative des diverses sortes
de courroies, sur la flexion et la torsion poussées au delà des limites
d'élasticité. Notre Bulletin^ dont il était le fécond pourvoyeur, a, le
premier, donné asile à son beau mémoire sur le rabotage des métaux,
qu'a depuis revendiqué la collection des mémoires de l'Institut. Des
voix autorisées vous ont retracé tout à l'heure l'œuvre considérable de
science générale qui a été accomplie par Henri Tresca. J'évite d'y
revenir, de peur d'en affaiblir l'écho, et parce que le riche tribut qu'a
reçu en propre la Société d'encouragement constitue à lui seul une
œuvre complète, dont il me suffit de rappeler toute la valeur.
La Société n'a pas voulu être ingrate envers celui qui a tant fait pour
elle, et l'a appelé Tannée dernière à la vice-présidence de son Conseil.
Que l'hommage douloureux déposé sur cette tombe par ses collègues
puisse apporter à cette famille si dévouée à son chef quelque adoucis-
sement pour les déchirements de la première heure ! Quant à nous,
qui l'aimions, et qui ne possédons plus que son souvenir, nous remet-
tons avec confiance au Dieu de justice celui qui a poursuivi avec tant
d'ardeur la justice et la vérité !
BULL. 10
— 146 —
Discours de H. DE GOMBEROUSSE
nÉlIDIMT Dl LA SOCitTt DIS INOÉNII0R8 CIVILS
Messieurs,
C'est au nom de la Société des Ingénieurs civils que je salue une
dernière fois, avec vous, M. Henri Tresca, son Président honoraire,
et que j'exprime à sa famille la plus douloureuse sympathie.
Après les voix éloquentes et autorisées que vous venez d'écouler,
je ne m'étendrai pas sur sa carrière scientifique ; mais je vous demande
la permission d'insister un instant sur quelques détails qui nous appar-
tiennent peut-être plus spécialement.
M. Tresca, comme on vous Ta dit, entra à TËcoIe polytechnique
après de brillantes études. Il passa le troisième dans la première
division et fut nommé élève-ingénieur des ponts et chaussées en i83o.
La carrière s'ouvrait donc devant lui, toute tracée. Une cruelle
maladie, supportée avec un courage et une énergie qui devaient la
vaincre, l'empêcha de suivre régulièrement la filière accoutumée.
En 1841, il était démissionnaire et, comme un certain non^bre de
ses camarades, il se tournait du côté de l'industrie privée, il devenait
ingénieur civil.
Il le resta toujours, montrant déjà cette activité singulière qui est
l'un des traits distinctifs de sa physionomie.
En 1837, à l'âge de 23 ans, il construisait une usine pour la fabri-
cation de l'acide stéarique; en 1838, il inventait un nouveau procédé
d'extraction des huiles minérales; en 1842, il imaginait un mode de
pesage des voitures sur les routes, à l'aide d'une presse hydraulique
portative.
En 1846, nous le trouvons ingénieur des mines de houille de Cham-
bois (Saône-et-Loire) ; et, en 1847, il élève une usine d'extraction et
de distillation d'huile minérale à Buxière-la-Grue (Allier) .
En 1850, la fondation de l'Institut agronomique de Versailles le
ramène vers d'autres préoccupations. Il concourt à la fois pour la
chaire de génie rural et pour celle de physique, et lutte courtoisement
— 147 —
avec son futur collègue au Couservatoire des Arts et Métiers, M. Kmile
Trélat.
Eo 4 85 1 , il part pour Londres où s'ouvre la preoûère Exposition
universelle. Il y débute comme inspecteur des machines et y reste
comme inspecteur principal.
Il est alors attaché, en 1852, au Conservatoire des Arts et Métiers,
comme ingénieur chargé des expériences ; et, à partir de ce moment,
c'est renseignement qui, sans Tabsorber, devient la partie la plus
importante de ses travaux, c'est à la science appliquée qu'il consacre
ses veilles et ses efforts. Il rentre, pour ainsi dire, dans le monde
officiel qu'il avait abandonné en 1841.
Je tenais à rappeler ces faits peu connus, qui ont permis de regarder
M. Henri Tresca,avec un autre de nos présidents, M. Yvon-Yillarceau,
comme le représentant du génie civil à l'Académie des sciences.
11 appartenait à notre Société dès 1853. Il en devenait le président
ea 1862 et, en 1871, pour reconnaître les services qu'il avait essayé
de rendre à la Défense nationale, en y associant notre profession autant
qu'il était en lui, nous l'élisions notre Président honoraire à c6té d'Eu-
gène Flacbat et du général Morin.
U est difficile de parler de cette année que j'aime mieux appeler
lugubre que terrible ; car on résiste à ce qui est terrible et l'on est
accablé par ce qui est lugubre. Cependant, devant cette tombe ouverte,
nous ne pouvons oublier une des pages les plus remarquables de la vie
de celui que nous perdons,
Au mois d'août 1870, M. Yuillemin, alors président de la Société,
avait, en vue de l'investissement possible de Paris, offert au Ministre
des Travaux publics le concours des Ingénieurs civils pour la défense
delà capitale. Cette offre avait été acceptée. D'autre part, sur la pro-
position de notre collègue Victor Bois, et à la date du 13 septembre,
une Commission de cinq membres avait été instituée par M. Dorian au
Conservatoire des Arts et Métiers^ afin d'utiliser et de répartir dans les
directions nécessaires les services et le dévouement de nos confrères.
Cette commission, dite du Génie civil, qui représentait les Ecoles
scientifiques et industrielles : École polytechnique, École centrale,
Écoles d'arts et métiers, était composée de MM. Tresca, Laurens,
Vuillemin, Martin et Martelet.
Nous ne serons contredit par personne en rappelant que M. Tresca,
son président, en fut l'âme et le moteur infatigable.
— 148 —
Je n*ai pas besoin de louer le patriotisme et le désintéressement de
la commission du Génie civil et des nombreui ingénieurs qui Tout aidée
dans l'accomplissement de sa tâche. Tout a été gratuit. Tous les mar-
chés ont été passés au grand jour. Tous les industriels capables ont été
sollicités. Et, Ton a pu affirmer hautement que, malgré les conditions
si défavorables où Ton était placé, les travaux exécutés sous la direc-
tion de la commission du Génie civil ont soutenu largement la compa-
raison avec les travaux similaires accomplis hors de Paris, au point de
vue de la bonne fabrication et de la modicité des prix.
Avoir montré à l'Etat qu'il pouvait^ qu'il devait désormais compter
sur l'industrie privée pour la fabrication des armes et de tous les
engins de guerre, c'est une importante lumière dont une part consi-
dérable revient certainement à M. Tresca, et que nous ne pouvions
pas voiler sur sa tombe.
Son rôle, relativement aux Expositions locales, nationales ou uni-
verselles, fut réellement extraordinaire. Nous avons parcouru la liste
de ces Expositions où M. Tresca était membre des comités, directeur
des expériences, président de classe ou de groupe, vice-président du
jury international des récompenses, et nous nous sommes demandé
comment il avait pu résister à un labeur si écrasant. On le voyait par-
tout, le premier et le dernier aux visites et aux séances. Les nécessités
delà vie matérielle disparaissaient pour lui. On était obligé de l'arrêter
et de le supplier en se plaignant soi-même, pour qu'il consentit à
prendre quelque nourriture. Il a dû sans doute user peu à peu, dans
cet incroyable entraînement, sa robuste constitution.
En 1878, notre Société, pour mieux prendre part à la grande solen-
nité qui se préparait, pria M. Tresca de redevenir son président actif,
et elle lui adjoignit comme vice- présidents quatre anciens présidents.
M. Tresca répondit à. cet appel, malgré le lourd surcroît qu'il avait
accepté à l'Exposition universelle. Il alla plus loin. Il aida à la forma-
tion d'un Congrès international du génie civil, et y prit la part la plus
active comme président. C'était un nouveau service rendu par lui aux
Ingénieurs civils.
Dans son allocution à la dernière séance du Congrès, il disait :
c Messieurs, les prix sont décernés, le Jury international a terminé
ses délibérations. Je suis tenu au secret, je ne puis citer aucun des
lauréats. Mais je puis^ du moins, vous dire que le génie civil, sous
toutes ses formes, recevra plus du tiers de la totalité des récompenses.
— 1*9 —
J^avais donc raison de prétendre que ses travaux sont bien ceux qui
caractérisent notre siècle... »
C'est là comme le testament quMl laissait à notre Société, Tencou-
rageant dans sa marche continue et progressive.
Mais il ne nous quittait pas, il s'intéressait toujours à nos succès,
il en prenait sa part.
L'année dernière, il présidait la brillante réception faite à Paris, par
la Société des Ingénieurs civils de France, aux ingénieurs belges et
hollandais. Il restait le plus vif, le plus jeune de tous. Nos hôtes par-
tirent charmés ; lui, ne l'était pas moins.
Il se promettait une grande joie à retourner cette année en Bel-
gique où, à leur tour, nos confrères étrangeyrs veulent nous recevoir.
Il manquera à la Société, heureuse de se grouper autour de son Pré-
sident honoraire; il manquera à nos amis qui l'attendaient de l'autre
côté de la frontière. La vie est ainsi. Les couchers de soleil sont
souvent bien doux et bien beaux ; mais ce sont des disparitions, et la
nuit est proche.
Je vous demande pardon, je n'ai pu ro'arréter. Il y a tant à dire
sur des jours si remplis.
Ici. dans l'enceinte où nous sommes, ceux qui sont fatigués se repo-
sent. Mais si notre Président honoraire pouvait se lever à notre voix,
lui qui a tant mérité de se reposer, il nous répondrait : « Je ne suis
pas fatigué. »
Il semblait, en effet, de fer et d'acier comme les machines qu'il
aimait. Il bravait tout. Il n'a pas vieilli. Il a obéi à une loi inéluctable,
sans subir aucune décadence. Il n'a cessé de travailler qu'en finissant
de vivre.
C'est là une bénédiction que son énergique volonté et son infatiga-
ble ardeur scientifique méritaient.
Et, maintenant, nous lui disons un dernier adieu avec une émotion
bien vive et de plus près peut être que ses autres amis ; car c'est
dans l'hôtel de la Société qu'il a subi la première et brusque atteinte,
c'est au milieu de nous que ses yeux ont commencé à se fermer.
Adieu, mon cher collègue, adieu, mon cher Président.
— 480 —
Discours de H. Louis PASSY
. SBCBtTAEBI PEBPtTBKL DZ Lk SOCIÉTÉ NATIOMALI B'aORICOLTDBB.
Mei^redi dernier, Tresca assistait à la séance de la Société natio-
nale d*agriculture, et, avec sa lucidité et son autorité ordinaires, discu-
tait une question délicate soulevée dans la section de mécanique
agricole et d'irrigation; vendredi, Tresca était frappé, frappé à mort.
Et le voilà perdu pour toujours, arraché subitement à Taffection de sa
famille, de ses confrères, de ses amis ! Dans le concert de toutes les
sociétés savantes qui s'empressent de rendre à sa mémoire un solennel
hommage, la Société nationale d'agriculture tient à mêler sa voix et à
dire ses regrets. Soâ deuil est grand, mais le grand deuil aujourd'hui
est conduit par le Conservatoire et l'École centrale dont Tresca a été,
pendant tant d'années, l'inspiration vivante, et, pour me servir d'une
expression scientifique, l'infatigable instrument.
L'histoire du Conservatoire des Arts et Métiers et de TEcole centrale
des arts et manufactures est tellement liée à la vie de Tresca qull
appartenait aux représentants de ces grandes et nobles institutions
d'en retracer les épisodes scientifiques : mais Thomme, l'homme avec
l'originalité de sa nature et de son talent, appartient à tout le monde.
Quand, au nom de l'Académie des sciences, il prononça l'éloge de
Frédéric Sauvage, Tresca définit l'inventeur de l'hélice a un chercheur
obstiné. » Tresca aussi était un chercheur, mais ce chercheur ne per-
mettait guère à la méditation de prendre le tour de l'imagination. Il
suivait le côté pratique des choses plutôt que le côté artistique ; l'attrait
de la nouveauté ne lui faisait pas perdre de vue Tutilité véritable d'une
combinaison, et chacun sent bien que c'est surtout par la finesse et la
sûreté du jugement que le professeur de mécanique appliquée pouvait
et devait rendre à l'agriculture de réels services. Heureux ceux qui ont
le don de première vue et qui reçoivent la lumière soudaine de la
découverte, mais honneur à ceux qui savent, par des qualités presque
contraires de bon sens, de critique et de science, reprendre cette
lumière, l'analyser, la mesurer, et mettre en œuvre cette découverte
que le hasard dispute parfois au génie de Thomme !
Si l'on ne peut pas dire que la vocation naturelle de Tresca fut le
— 161 —
professorat, on peut noter que les circonstances en avaient fait la con-
ditioB de sa vie. « Le professorat, a-t-il dit un jour, est une mission
laborieuse dans laquelle le professeur se donne tout entier. » Et Tresca
se donna tout entier au Conservatoire et à TÉcole centrale ! L'ensei-
gnement de la mécanique appliquée offrait des difficultés particulières.
Il s'était rendu compte, par exemple , que son auditoire, dont la con-
quête était l'objet de ses continuelles préoccupations, que cet audi-
tobe, dis-je, était saisi bien plus vivement par l'exposé de faits clai-
rement expliqués, que par des déductions théoriques. Tout l'effort
de son enseignement se concentra dans un heureux accord et dans un
perpétuel échange de théories soutenues par des expériences spéciales,
expériences destinées à pénétrer, à découvrir, à juger toutes les ques-
tions que soulève l'étude de la mécanique depuis la découverte des
forces oatunelles jusqu'à la simple démonstration des principales
machines de Tagriculture et de l'industrie. Tresca n'aurait pas pu
mener à bonne fin l'éducation de son auditoire et la solution de ces
problèmes s'il n'avait eu la fortune d'aider à l'établissement, dans les
salles du Conservatoire, d'un laboratoire et d'une galerie de méca«
nique, et de contribuer à la création de ces Annales du Conservatoire,
où il consigna le fruit de ses longues et patientes recherches.
A l'influence et à la notoriété qu'il avait conquises par ses travaux
dans^ le public des sociétés savantes et des écoles spéciales, Tresca
avait ajouté l'autorité du grand public, par son action prépondérante
dans les expositions universelles de 18S1, 4855 et 1862, par sa ferme
et patriotique conduite pendant les épreuves de 1 870 et les jours ensan-
glantés de la Commune, et par certains incidents de sa carrière pro-
fessionnelle. Tresca était Tresca, à l'Académie des Sciences, au Conser-
vatoire, àTÉcole centrale, à la Société d'encouragement, à la Société
des Ingénieurs cvrils, lorsque, en 1876, il y a neuf ans à peine, il entra
dans notre compagnie. Je m'en souviens. Séguier mourut et Tresca
souhaita le remplacer. Chacun se fit honneur de sa venue, et Tresca
prit place dans la Section de mécanique agricole, à côté du général
Morin, d'Hervé Mangon et de Delesse, tous tfois ses confrères à
l'Acadàirie des sciences. L'entrée de Tresca à la Société d'agriculture
ne fut donc pas un des échelons de sa fortune et im des degrés de sa
renommée. La Société ne fut pas non plus une de ces arènes scienti-
fiques où il aimait à porter fièrement le drapeau de la bataille, mais
une retraite où il vint se reposer de ses luttes et de ses travaux, et
— 182 —
donner en passant la preuve de son dévouement à l'agriculture. Il
trouvait d'ailleurs dans notre Société, non seulement des études qui
lui étaient familières et chères, mais des amis de vieille date, et entre
autres le général Morin, dont Tamitié remplit toute sa vie, et régla
pour ainsi dire toute sa carrière !
J'ai nommé le général Morin et je m'explique. Quand on veut con-
naître Tresca, il faut lire le discours qu'il prononça sur la tombe de
notre éminent confrère, de son intime ami, le général Morin : « C'est
l'homme de bien, dit-il le jour des suprêmes adieux, c'est l'homme
que j'ai le plus aimé. Pendant trente ans, il m'a été donné de vivre
à c6té de lui, de recevoir chaque jour ses conseils et d'admirer l'esprit
de sagesse et d'indépendance qui dictait toutes ses déterminations. »
Quels aveux, Messieurs, et quelle lumière sur toute la vie ! Ne voit-on
pas ces deux hommes vivre pendant trente années de la même science
et du même cœur? Ne sent-on pas l'ascendant que Morin avait pris
sur Tresca, et l'influence qu'à son tour Tresca devait exercer sur
Morin? Quand Tresca loue dans Morin l'esprit de sagesse et d'indé-
pendance, ne semble-t-il pas se louer lui-même? Quand il rappelle la
parfaite obligeance avec laquelle Morin prodiguait ses conseils et son
temps à tous ceux qui voulaient les prendre, ne se souvient-on pas de
l'abandon avec lequel Tresca se donnait pour ainsi dire à tous ceux
qu'il en croyait dignes? M. Boussingault ayant dit un jour que Morin
était un caractère. « Oui, s'écria Tresca, Morin était un caractère dans
lequel le cœur ne vieillit jamais. » La note du cœur reparaît toujours,
et Morin est bien l'homme que Tresca a le plus aimé. Tels nous avons
vu Tresca et Morin à la Société d'agriculture, vifs, nets, sincères, mais
supérieurement distingués dans leur indépendance : telle nous apparaît
encore l'image de nos deux confrères, partageant la même tâche en
partageant les mêmes sentiments, et, pour ainsi dire, enchaînés Tun
à l'autre dans les labeurs de la vie scientifique par la communauté des
études, aussi bien que par la ressemblance des caractères.
En rappelant ses propres paroles, en nommant le compagnon de sa
vie, en louant les qualités de son cœur et la nature de sou talent, j'ai
l'espérance d'avoir rendu à Tresca un hommage qui l'aurait touché.
Après tant de discours qui relèvent au plus haut point les titres de sa
renommée, je ne puis rien faire de mieux, ce me semble, que de
prendre d'une main le souvenir des amis qui sont morts, et de l'autre
les regrets des amis qui demeurent, et de tresser, avec les souvenirs
— 163 —
du pas!)é et les regrets du présent, une pieuse couronne pour Toffrir
à la famille de celui qui est encore là, sous nos yeux, et qui, dans
quelques instants, n'y sera plus.
Discours de H. NOBLOT
PRÉSIDENT Dt L'aSSOCUTION AMICALI DIX \NCllM8 <LfeVBS Dt L'CCOLI CBHTRALl
DKS AKT8 IT MAMUrACTDBIl
Mbssisurs,
L'éloge de Tami que nous venons de perdre si inopinément a été
fait par des voix plus éloquentes et plus autorisées que la mienne ;
je ne saurais rien y ajouter.
J*ai cependant à remplir un devoir auquel je ne veux ni ne puis me
soustraire ; ce devoir, c'est de dire à Tresca un dernier adieu au nom
de l'Association des anciens élèves de l'École centrale.
Tresca, en raison de sou origine, ne faisait pas partie de l'Asso-
ciation ; mais il lui appartenait, par l'intérêt puissant qu'il n'a cessé
de témoigner à cette œuvre d'union fraternelle ; il lui appartenait par
son fils, notre camarade, si cruellement éprouvé, dont nous parta-
geons la douleur, et qui, j'en suis certain, suivra vaillamment la voie
de travail et d'honneur que son père lui a tracée.
Ainsi donc, mon cher Tresca, au nom de tous nos camarades, au
nom surtout des vingt promotions qui ont profité de votre enseigne-
ment, au nom de l'amitié et de la reconnaissance, je viens vous dire,
non pas adieu, mais, au revoir I
à
CHRONIQUE
SovMAmc. — Chaudières en acier. — Frein restituteur pour tramways. — Lei patentai eo
Angleterre. — Assainissement de la YiUe de Blankenberghe. — Les télégraphes aax
États-Unis. — Le touage. — Le pétrole en Amérique.
Clifiiidièreft en acier. — La question de l'emploi de l'acier pour la
construction des chaudières a été traitée dans une récente communication
de M. Smart, à Y Institution of civil Engtneers,
L'auteur rappelle que la tôle de fer était, jusqu*à une époque très ra|)-
prochée, la seule matière employée couramment dans la construction des
chaudières à vapeur. On a commencé récemment à se servir d'acier doux
et l'emploi de ce métal se répand très rapidement. Le premier avantage de
l'acier est sa plus grande résistance, qui est de 30 à 36 pour 100 supé-
rieure à celle du fer. Les chaudières d'acier peuvent donc» à pression
égale, être faites plus légères qu'en fer;c*est un très important avantage
pour certaines applications. On peut aussi à poids égal faire supporter aux
chaudières une pression plus élevée, point intéressant dans le cas de chau-
dières chauffées extérieurement, où il y a une limite à l'épaisseur des tôles,
ou encore, dans ce cas, donner aux chaudières un plus grand diamètre.
On peut ajouter que l'épaisseur modérée des tôles que permet l'emploi de
l'acier est une condition très favorable pour la bonne confection des
joints, les diverses parties peuvent être plus facilement cintrées et embou-
ties, l'assemblage et le rivetage se font mieux et on est plus assuré de la
perfection du travail.
La plus grande résistance n'est pas le seul avantage de l'acier; il a de
plus une ductilité supérieure et une limite d'élasticité plus élevée par rap-
port à la tension qui détermine la rupture. Malheureusement, si on peut
invoquer comme avantage la ductilité supérieure, on doit ajouter que ce
n'est qu'à condition que cette ductilité existe réellement, ce qui n'a pas
toujours lieu. On ne peut nier que des cas bien constatés n'aient, malgré
l'extension rapide de l'emploi de l'acier pour les chaudières, laissé subsister
des doutes dans certains esprits relativement à la sécurité de l'emploi de ce
métal.
— 158 —
Il est juste de dire que la plupart des échecs observés étaient dus à l'em-
ploi d'acier impropre à l'usage prévu, notamment d'acier dur, mais on a
également pu constater des défauts très graves dans certaines tôles d'un
lot ou même dans certaines parties d'une tôle, le reste étant parfaitement
sain ; des tôles déjà cintrées et embouties sans accident ont éprouvé des
ruptures dans la suite du travail. Toutefois, à mesure que les chaudron-
niers se sont familiarisés avec la manière de travailler les tôles d'acier, on
a eu moins de faits de ce genre à constater. On a remarqué en effet que,
lorsqu'une tôle est chauffée sur toute son étendue dans un four et que le
rabattage se fait sur la circonférence entière, il y a beaucoup moins de
chances de fissures que lorsque la tôle est chauffée par parties à la forge
et rabattue en plusieurs fois.
Le chauffage de la tôle entière supprime ou atténue les tensions locales
dues aux différences de dilatation et de contraction, et il y a moins de
chaDces de trop chauffer le métal. L'expérience semble indiquer que l'acier
se comporte très différemment à des températures différentes; à froid ou à
la chaleur rouge, il supportera un traitement qui amènera sa rupture en
fragments ou tout au moins sa détérioration complète à des températures
intermédiaires.
L'inspection des tôles avariées fait voir que ia ductilité a fait défaut dans
les parties où se sont produites les fractures, et que ce fait est dû moins à
la qualité de la matière qu'au travail effectué à une température trop basse
ou trop élevée.
Cest une simple affaire de précaution, et on peut dire que Tacicr de
qualité convenable pour la confection des chaudières étant plus «ductile et
plus homogène que le fer se laissera mieux travailler que ce dernier; on
sait, en effet, qu'il faut des qualités spéciales de fer pour supporter un
travail un peu délicat et que même les meilleures marques sont sujettes à
présenter des défauts de fabrication. Mais, quel que soit le mode de chauf-
fage employé pour l'acier, four ou forge, le métal doit toujours être recuit
après le travail.
Malgré ces difficultés, l'usage de l'acier se répand et il existe déjà actuel-
lement des milliers' de chaudières de ce métal; il n'y a donc pas eu d'in-
convénients graves dans la fabrication ou dans l'emploi de ces engins.
M. William Parker, inspecteur en chef du Lloyd, dans un mémoire lu en
1881 à VInstitutton of Naval Archttects, constatait (|u'à part le cas bien
connu des chaudières du Ltvadiaj yacht de l'empereur de Russie, il avait
eu à inspecter la construction de onze cents chaudières en acier, sans avoir
constaté un seul fait de fracture dans les tôles pendant le travail.
Il est bien reconnu que la ténacité etencore plus la ductilité sont modi-
fiées dans le métal des chaudières par un long usage. Pour apprécier à
quel degré se produisent ces modifications pour l'acier, M. Barnaby a fait
récemment une série d'expériences aux Gyclops Works à Sbeffield. Il a pris
une série d'échantillons de tôles d'acier Siemens et Ressemer et de fer de
Gammeli et de Bowling et les a soumis à des chauffages et refroidissements
— 156 —
répétés, de manière à reproduire les conditions de travail des chaudières
à vapeur. Les essais faits ensuite sur ces échantillons n*out indiqué aucune
détérioration sensible du métal, bien que certaines pièces aient été chauffées
et refroidies soixante fois. D'autres expériences ont été faites en laissant les
échantillons seize jours sous Tautel d'un four à recuire, de manière que,
sans éprouver l'action directe de la flamme, ils fussent soumis pendant le jour
à la chaleur rouge et à une plus basse température pendant la nuit. Pen*
dant ce temps les pièces perdirent trois millimètres d'épaisseur par l'oxy-
dation. Les essais faits ensuite firent voir que l'acier avait conservé ses
qualités primitives beaucoup mieux que le fer, ce qui n'est pas de nature
à décourager dans la voie de l'extension de l'usage de l'acier pour les
chaudières.
On commence à employer également l'acier pour les rivets; on doii les
chauffer à une température moins élevée que les rivets en fer« et, comme
il serait difficile avec les moyens ordinaires d'apporter assez de précaution
dans cette opération, on doit conseiller l'emploi de fours à chauffer les
rivets maintenus à une température très régulière.
Les rivets d'acier sont déjà très employés dans la construction des navires
et leur usage deviendra bientôt général dans celle des chaudières. Ils ont
une plus grande résistance, et une autre considération porte à leur donner
la préférence, c'est l'action corrosive que le fer exerce sur l'acier, lorsque
ces deux métaux sont en communication électrique. Les personnes que cette
question intéresse sauront gré à TAmirauté des expériences très con-
cluantes qu'elle a fait faire à Portsmouth, où des plaques de fer et d'acier,
les unes en connexion et les autres en non-connexion électrique, ont été im-
mergées pendant six mois. Les expériences, qui ont été communiquées à
Ylnstitution of Naval Architects en 1883, par M. J. Farquharson, ont mon-
tré que, dans le cas de la connexion électrique, la perte de poids par oxyda-
tion avait été double de la perte dans l'autre cas. D'autres expériences ont
confirmé ces faits. Il en résulte également que l'acier est en lui-même un
peu plus sujet à la corrosion que le fer; mais la différence est assez faible
et la supériorité de l'acier à d'autres points de vue assez grande pour que
Taciersoit appelé à se substituer au fer pour la construction navale.
Une précaution très importante dans la construction des chaudières est
d'enlever l'oxyde de la surface des tôles. Des expériences faites par l'Ami-
rauté ont montré que la présence d'une couche d'oxyde à la surface de
tôles d'acier dans certaines places amène la corrosion rapide des parties
où il n'y a pas d'oxyde, comme le ferait la présence du cuivre. On conseille
donc de décaper les tôles avec de l'acide chlorhydrique étendu ou avec
une dissolution de sel ammoniaque.
Il y a encore une remarque à faire au sujet de la comparaison entre le
fer et l'acier. Les meilleures marques de tôles de fer sont d'un prix élevé
et on les réserve pour les coups de feu, pour les parties qui doivent être
fortement embouties ou rabattues, etc., mais pour le reste beaucoup de
chaudronniers se servent de fer de qualité ordinaire, quelquefois très mé-
— 187 —
diocre. On voit même trop souvent employer des tôles qui ne devraient pas
entrer dans la construction des chaudières ; ainsi certains fabricants sont
obligés de poinçonner les tôles d'abord et de les cintrer après, pratique qui
est toujours mauvaise, mais qui est extrêmement dangereuse avec des tôles
médiocres, parce qu'il peut, pendant le cintrage, se produire des commen-
cements de rupture dans la ligne des trous de rivets. L'inconvénient signalé
ici de la différence de qualité des tôles dans les diverses parties des chau-
dières est beaucoup moins à craindre avec l'emploi de l'acier.
Pour le rivetage, il faut avoir grand soin d'enlever les bavures produites
par le forage des trous; avec le poinçonnage, il y a une autre précaution à
prendre, c'est d'avoir à l'intérieur le petit diamètre des trous; il faut donc
poinçonner les tôles supérieures sur la face inférieure et les tôles de des-
sous sur la face supérieure.
L'effet du poinçonnage sur les tôles d'acier varie non seulement avec la
qualité de la matière, mais encore avec l'épaisseur des tôles.
Les expériences faites sur les tôles des chaudières du Livadia ont fait
voir que le poinçonnage de tôles Ressemer ou Siemens d'une épaisseur su-
périeure à 15 millimètres, avec le maximum de différence entre les diamè-
tres des poinçons et des matrices compatibles avec un bon travail, fait per-
dre à la tôle 30 pour 100 de sa ténacité, tandis que l'alésage des trous et le
recuit des tôles leur rend leurs qualités primitives.
Le profejiseur Kennedy, dans les expériences qu'il a faites pour l'/ru^t-
ivAûm ofUechanical Engineers^ en opérant sur des tôles d'acier de 6 et
9 millimètres d'épaisseur, a constaté que la ténacité du métal était aug-
mentée entre les trous de rivets par la localisation de l'extension çt que l'af-
faiblissement dû au poinçonnage se trouvait ainsi plus que compensé; une
différence de 1 1/2 millimètre sur le diamètre des matrices pour des tôles
de l'épaisseur indiquée ci-dessus ne donne d'ailleurs pas d'affaiblissement
sensible dans la résistance du métal.
L'accident du Livadia avait, pendant quelque temps, fait renoncer au
poinçonnage, mais on y revient maintenant.Toutefois, certaines maisons de
premier ordre continuent à le proscrire; elles forent les trous en poinçon-
nant un petit trou qu'on alèse pour l'amener au diamètre définitif; quelque-
fois on profite de cette opération pour forer les trous de la tôle inférieure
préalablement assemblée avec l'autre par quelques boulons.
Les joints longitudinaux à recouvrement sont mauvais avec les tôles de
forte épaisseur, on doit employer des assemblages à couvre-joints à double
et triple rang de rivets. Les couvre-joints doivent toujours être pris dans
des tôles et non dans des fers plats. Les joints circulaires se font générale-
ment à recouvrement et à simple rang de rivets, mais pour les chaudières
marines il est préférable d'avoir deux rangs.
Dans la discussion qui a suivi la lecture du mémoire de M. Smart, il a été
présenté d'intéressantes observations. M. Webb a signalé le bon effet sur
la conservation des tôles d'acier du zinc dont il met 12 kilogrammes dans
la poche de vidange de ses chaudières de locomotives; avec cette précaution
— 158 —
il assure la durée à peu près indéfinie de la partie eiLtérieure des chaudières.
H. Lavington E. Fletcher a indiqué plusieurs faits pour appuyer les
observations du mémoire sur les précautions à prendre pour le travail des
tôles d'acier; il faut éviter le chauffage inégal des tôles; aussi est-il préfé-
rable de cintrer à froid lorsque l'épaisseur le permet; sinon il faut employer
de grandes précautions pour chauffer également les tôles de forte épaisseur
comme celles des chaudières marines; on peut citer un cas tout récent où
une chaudière de ce type de 3"^,% de diamètre et 4°'90 de longueur, s'est
rompue à Tépreuve à la presse hydraulique sous une pression de 17 kilo-
grammes par centimètre carré, et l'insuffisance de résistance doit être
attribuée à la cause qui vient d'être signalée.
^••litatear ponr tramway. Nous avons, dans la Chro-
nique de mai 1880, page 643, parlé de l'essai fait à Londres d'un appareil
dit en anglais restarter^ destiné à faciliter le démarrage des voitures de
tramway en rendant à ce moroeot la puissance détruite par Tactiondu frein
lors de l'arrêt. On a depuis beaucoup étudié celte question et proposé
divers systèmes, mais aucun ne parait avoir réussi, car, dernièrement encore,
une Compagnie de tramways proposait un prix pour la meilleure solution
du problême.
Il a été fait, au mois de mars de cette année, une communicalton sur ce
sujet au club des Ingénieurs de Saint-Louis (États-Unis), par M. J.-B.
Johnson.
L'auteur constate que, dans tous les essais dont il a eu connaissance, les
ressorts servant à emmagasiner Ténergie lors de l'arrêt ont invariable-
ment cassé. Il a donc cherché à se rendre compte de VeSei et a fait la théo-
rie de ces appareils.
Nous ne donnerons que les conclusions.
Si on appelle P" le poids de la voiture chargée de voyageurs, et V le
poids du ressort, on a P = F -|- P"'.
L'auteur, en prenant pour point de départ que de l'acier ayant une résis-
tance extrême de 42 à 45 kilogrammes par millimètre carré peut emmaga-
siner 2 kilogrammètres par kilogramme, arrive à établir une expression de
la l'oinic F= ( | P".
\ 55300 — Y* y "
V ctiinl la vitesse exprimée en pouces par seconde.
Si la vitesse de la voiture est inférieure k la racine carrée de 56 300,
c'esl-à-dire moindre que 6",10 ou 21 600 mètres à l'heure, le poids P
pourra avoir une valeur finie, mais, à cette limite, pour nne valeur finie de
P" le poids du ressort aura une valeur infinie. Si P"est nul, P' sera indéter-
miné, c'esl-à-dire qu'à cette vitesse, quelles que soient les dimensions du
ressorl, il ne pourra emmagasiner que l'énergie due à son propre poids.
Au delà de cette vitesse, il ne pourra même pas emmagasiner l'énergie due
à son poids, car P*' deviendrait négatif.
Si on prend le cas d'une voiture ordinaire des tramways de Saint-Louis
— 489 —
pesant 2 063 kilogrammes vide et 6206 kilogrammes avec sa charge maxima
de 6S Toyageurs, on tirera de l'équation ci-dessus pour P' une valeur de
1540- kilogrammes. Il est évident qu'un ressort de celte dimension ne sau-
rait être installé sur une voilure de tramway.
L'autenr va plus loin et examine la question sous les trois points de vue
solvants :
1* Calculer l'épaisseur d'un ressort en spirale de diamètre et longueur
donnés capable d^absorber l'énergie de la voiture en mouvement;
2* Calculer la section et la longueur d'un ressort capable d'absorber
l'énergie de la voiture sans faire gUsaer les roues ;
3* Calculer TeSet d*un ressort de section raisonnable proportionné de
manière à ce qu'il arrive à sa limite de travail lorsque les roues commencent
à fçlisser sur les rails.
Daus le premier cas, si le diamètre de la spirale est de G'*,375 et sa lon-
gueur de 1",250, le ressort devant peser 1540 kilogramines, le diamètre
de l'acier serait de 0"450, dimension qui rendrait impossible la confection
da ressort, mais, lors même qu'on pourrait le faire, TefTort exercé à la cir-
conférence des roues, 27600 kilogrammes, amènerait le glissement
immédiat de celles-ci sur les rails, comme on peut s'en rendre compte faci-
lement.
Dans le second cas, on trouverait pour le ressort de 0",185 de diamètre
une longueur de 4",50, la course de compression atteindrait 1",45; c'est
inadmissible en pratique.
Enfin, pour la troisième question, on trouve qu'un ressort du poids de
225 kilogrammes, en acier de 25 millimètres de diamètre, enroulé en spi-
rale sur 0",375 de diamètre et 1 mètre de longueur, calculé pour un effort
maximum de 3 850 kilogrammes à la circonférence des roues ce qui cor-
respond au commencement du glissement des roues avec leur charge
maxima, ne pourrait emmagasiner que 15 pour 100 de l'énei^ie de la voi-
ture en mouvement. Ce n'est pas la peine d'employer un appareil donnant
une si faible restitution.
M. Johnson pense que la solution de la question serait plutôt dans rem-
ploi d'un ressort d'air comprimé; le poids de Pair est insignifiant et le
degré de compression n'a pour ainsi dire pas de limites. L'élévatiop de
lempérature déterminée par la compression n'est pas à craindre, parce que
la chaleur sera instantanément absorbée par le métal de l'enveloppe.
On pourrait arriver à un cylindre de 1°,50 de longueur et 0"*,25 de dia-
mètre en fer, pesant avec ses accessoires 110 à 112 kilogrammes. Cette
solution est réalisable ; maintenant le bénéfice est-il suffisant pour justifier
l'emploi de l'appareil?
La puissance vive de la voiture en mouvement sur niveau n'est pas supé-
rieure à 1650 kilogramme très, dont les deux tiers seulement, soit 1090,
peuvent être utilisés pour la remise en marche, et cela dans le cas du char-
geaient complet de 65 voyageurs. Si le nombre des voyageurs est bien
moindre, 25 par e^^emple, la puissance vive ne sera plus que de 994 kilo-
— 160 —
grammètres dont 6S6 seulement seront disponibles ; ce chiffre représente
le travail d'un cheval pendant 10 secondes ou celui de deux pendant 5 se-
condes. Si on suppose 20 arrêts par voyage aller et retour et 2 voyages de
1 heure et demie chacun pour le travail journalier d'un cheval, récooomie
tolale de travail réalisée correspond au travail d'un cheval pendant3 minutes
et un tiers, soit 2 pour 100 du total. Si on considère que le démarrage se
fait au pas, ce qui fatigue beaucoup moius les chevaux, on peut se deman-
der si l'appareil en question a réellement quelque utilité, lors même qu'il
n*y aurait aucune difficulté à le réaliser.
Les frais de traction proprement dits sur les tramways à traction animale
représentent à peu près 30 pour 100 des dépenses totales d'exploitation, de
sorte qu'une économie de 2 pour 100 sur les premières conduit à un béné-
fice définitif de 6 pour 1 000. Ge serait encore acceptable, malgré la modi-
cité de ce chiffre, s'il n'y avait pas de compensation; mais, si on suppose
que l'appareil pèse 43S kilogrammes, ou 4 pour 100 de la charge à traî-
ner, la traction coûtera 4 pour 100 de plus et, comme l'écononiie n'est que
de 2 pour 100, le résultat net de l'opération se chiffrera par une perte de
2 pour 100.
M. Johnson conclut donc que :
1® il est absolument impossible d'emmagasiner la puissance vive d'une
voilure de tramway chargée et marchant à dix kilomètres à l'heure dans
un appareil consistant en ressorts d'acier.
2® Une partie importante de cette puissance vive peut être recueillie dans
un cylindre contenant de l'air qui se trouve comprimé et peut être utilisée
pour la remise en mouvement du véhicule;
9^ Le travail imposé aux chevaux pour la traction du poids supplémen-
taire représenté par l'appareil restituteur est supérieur à l'économie de
travail qui peut résulter de l'emmagasinage de la puissance vive du véhicule
en mouvement.
L'auteur termine en citant la description donnée, par un journal soi-
disant sérieux, d'un appareil destiné à remplacer les chevaux pour la trac-
tion sur les tramways et composé de 80 ressorts d'acier qu'une machine
fixe devait tendre pour qu'ils donnassent ensuite le mouvement à la voiture.
L'inventeur avait poussé la précaution jusqu'à placer un appareil de remon-
tage à bras que le conducteur aurait fait mouvoir au cas où, par accident,
le ressort serait arrivé è fond de course avant que la voiture n'eût atteint
son terminus. II est clair que le susdit conducteur ferait beaucoup mieux,
en pareil cas, de descendre de sa voiture et de se mettre bravement à la
pousser en recourant à la bonne volonté des voyageurs ou des passants, il
utiliserait beaucoup mieux son travail.
Nous rappellerons qu'au congrès du Génie civil, en 1878, noire u^ègue
M. Fontaine, avait, dans une très intéressante communication sur les moteurs
domestiques, donné quelques chiffres sur cette question des ressorts an
point de vue de la mise en mouvement des machines k coudre et montré
l'extrême faiblesse du rendement. Il indiquait que, si on admet que un
— 161 —
kiiogrammcs d'acier peut emmagasiner un travail de 20 kilogrammëires, il
faudra pour faire mouvoir une machine à coudre exigeant un kilogrammètre
pendant une heure, avec 50 pour 100 d'effet utile» un ressort pesant 300 kilo-
grammes. On peut juger d'aprèe ces chiffres ce que pèserait un ressort
pour voiture de tramway. Or, le chiffre de 20 kilogrammètres par kilo-
gramme d'acier est très supérieur à celui qu'admet Tauteur américain.
Les i^atoBtos eu Amgimimwwm- Le contrôleur général des patentes
(brevets d'invention) vient de publier son rapport qui est le second depuis
la mise en vigueur de l'acte de 1883qui a, comme on sait, modifié l'ancienne
législation sur la matière. On peut juger si les nouvelles dispositions sont
appréciées des inventeurs par le fait que le nombre des patentes prises
chaque année qui avait d'ailleurs toujours été en augmentant, de 1211,
par exemple, en 1852 à 6 241 en 1882, a sauté à 17 110 en 1884. £n 1883,
le chiffre avait été plus faible à cause du changement et en fait 1884 donne
accroissement de 95 pour 100 sur 1883.
79 pour 100 des demandes ont été faites par des personnes résidant dans
le Royaume-Uni, dont 12356 pour TAngleterre et le Pays de Galles, 901
pour rËcosse et 254 seulement pour l'Irlande. Sur le reste la plus grande
partie, 1181, appartient à des habitants des États-Unis; les Allemands
figurent pour 890 et les Français pour 788. Des résidents dans 27 autres
pays, dont 13 étant des possessions britanniques, figurent sur la liste pour
175 patentes ; il y en a 3 pour TÉgypte. Il n'y a eu en 1883 que trois cas
d*appel contre les décisions de contrôleur, ce qui semble indiquer que ces
décisions donnent satisfaction aux intéressés. Le plus grand nombre de
demandes correspond au mois de janvier qui donne 2499; le plus faible
au mois d'août 992. Le plus grand nombre pour un seul jour correspond
au i*' janvier où oi^ a reçu 266 demandes.
On ne fait pas encore connaître le nombre de patentes délivrées sur les
17110 demandes déposées.
La bibliothèque publique du Patent-office a reçu, en 1884, 39 508 visi-
teurs contre 32 748 dans l'année précédente. Les publications du Patent-
office ont été envoyées à 46 villes et à un grand nombre d'administrations
publiques et de sociétés savantes du Royaume-Uni, à 9 colonies britan-
niques, et à 9 États étrangers. Les séries complètes des spécifications abré-
gées ont été envoyées à 280 sociétés savantes ou littéraires du Royaume-Uni
et des États-Unis.
Le nombre de dessins enregistrés en 1884 a été de 19 515, contre 17166
en 1883, et celui des marques de fabrique de 7104, contre 4105 pour l'an-
née précédente. Les recettes du Patent-office se sont élevées au chiffre con-
sidérable de 2 593200 francs, dont 2 224900 pour les patentes, 87 000
pour les dessins, 175 000 pour les marques de fabrique et 106 000 pour les
ventes de publications.
L'excédent des recettes sur les dépenses donne un chiffre rond de un
million de francs. Les plus grosses dépenses sont les traitements des fonc-
BULL. il
— 162 —
tionnaires et employés, 900 000 francs eu nombre rond et les impressions
425 000 francs.
AsMiiiil««ciiicnt de la Tille de Blankealiergbe. Le BuUetin
de l'Association des Ingénieurs sortis de f École de Liège contient une com-
munication faite à la section de Bruxelles le 24 janvier dernier par M. Ken-
nis sur un projet d'assainissement de la ville de Blankenberghe dont il est
l'auteur.
Blankenberghe, qui est une station balnéaire très connue, voisine d*Os-
tende, occupe une superficie d'environ 30 hectares dont un cinquième
est bâti. La population normale est de 2500 habitants, mais la popu-
lation étrangère peut atteindre 15 000 âmes aux mois d'août et de sep-
tembre.
La situation topographique de la ville peut se résumer en un promenoir
longeant la ville, se dirigeant de Test à l'ouest et légèrement incliné vers
l'ouest; parallèlement au promenoir se trouvent deux rampes d'accès;
l'une partant du centre de la ville vers l'est, dite digue du comte Jean,
l'autre vers le phare, à l'ouest, dite la rue du Port. Ces deux voies de
communication ont à peu près la même inclinaison.
La digue du comte Jean et la rue du Port sont reliées au promenoir par
des rues secondaires dites « Rampes », au nombre de sept.
Les promenoirs à la mer sont en outre reliés au centre de la ville par
trois escaliers, d'une hauteur d'environ 4 mètres, suivis de rampes.
Les pavages de la ville ne présentent pas une variation de niveau de
50 centimètres.
Les eaux de la surface sont conduites dans les fossés des wateringues
à l'est et à l'ouest de la ville. Après chaque averse, on trouve dans les tilets
d'eau de la voirie plusieurs mètres cubes de sable très fin que l'eau pluviale
a enlevé dans tous les recoins et sur toutes les saillies des façades des mai-
sons. Les eaux ménagères sont actuellement jetées dans les filets d'eau de
la voie publique au moyen de tuyaux venant des éviers et débouchant sous
la bordure des trottoirs.
Les matières fécales sont accumulées dans des fosses plus ou moins
étanches. Toutes les maisons sont infectées des gaz de la fermentation qui
se produit dans ces fosses. Les eaux qui servent à l'alimentation sont char-
gées de matières organiques.
Le projet consiste dans l'établissement d'une canalisation souterraine
pour conduire les matières fécales, les eaux ménagères et les eaux de
chasse dont on peut calculer le débit de manière qu'après le départ des
matières fécales et des eaux ménagères tout le périmètre et la section
mouillée par celles-ci soient rincés par le passage des eaux de chasse. Kn
n'admettant que des liquides dont on peut très approximativement calculer
le débit) on réduit à un minimum les variations de niveau dans l'égout et
l'on ne s'expose pas aux émanations que donnent dans les égouts les
parois successivement mouillées et exposées ensuite à l'air. L'admission
— «63 —
des eaux pluviales dans les égouts expose à de grandes variations de niveau
et à l'introduction des sables fins dans les égouts.
La section transversale de l'égout est constituée par un tiers de cylindre
de0",15 de diamètre pour radier, deux plans inclinés à 60 degrés rejoi-
gnent les banquettes h 0°*,50 au-dessus du radier. L'accès pour la visite et
le curage est assuré par deux pieds-droits de 0",17 ^e hauteur au-dessus
des banqueltes surmontés d'une voûte en plein cintre de 0»,84 de diamètre.
Saos cette section libre peut circuler sur les banquettes un wagon muni
de vannes de curage.
La section transversale de Tégout projeté s'écarte tant soit peu de la
section ovoïde que Ton donne ordinairement aux égouts. Le passage des
matières y subira, à la vérité, un frottement plus considérable ; mais aussi,
pour la même raison, le rinçage des parois par les eaux de chasse sera
plus efficace et cela d'autant plus que tous les radiers sont inclinés au mi-
nimum à 3 millimètres par mètre, beaucoup ont des pentes de plusieurs
centimètres et les eaux de chasse sont projetées tangentiellement aux
radiers avec une vitesse dépassant 1"*,20.
Ces pentes relativement considérables, eu égard à la situation topogra-
phique de la ville, ont été obtenues en divisant le réseau en 31 tronçons
se réunissant dans un émissaire unique et en réduisant ainsi à un minimum
les longueurs à parcourir par chacun des tronçons.
Les tuyaux de chute venant des maisons sont moulés dans les parois dii|
l'égout en même temps que celui-ci et dans une direction oblique par rap-
port à l'axe. En face de chacun d'eux se trouve moulée une rainure empê-
chant les matières des tuyaux de se relever et de souiller les parois.
Les tuyaux de chute seront prolongés au travers des maisons pour
déboucher au-dessus des toitures. Il n'y a que les communications des
tuyaux d'éviers et watcr-closels qui seront munis de siphons en S avant
leur jonction avec les tuyaux de chute. Ceux-ci mettront donc constamment
Tair des égouts en communication avec l'atmosphère. La ventilation des
égouts sera en outre prévue par les dispositions prises dans la construc-
tion des réservoirs de chasse.
Au fur et k mesure que la section d'écoulement devra être rendue plus
considérable, les tuyaux de chute déboucheront dans l'égout aune hauteur
plus grande au-dessus du radier.
La section de l'égout sera constante dans toute la ville et construite dans
le système monolithe en béton de ciment k pierrailles de moins de 0",02 et
sur moules en tôle avec glissières coniques et appareil de décintrement
mécanique employés dans la plaine de Gennevilliers. Des longueurs de
3 mètres seront ainsi successivement coulées. Après quinze ou vingt mi-
nutes on décintrait, on avançait le moule et les collerettes.
Les réservoirs de chasse sont obtenus par le prolongement de 4 mètres
de l'égout au delà du dernier tuyau de chute de chacun des 31 tronçons
d'égout. Un mur pignon en amont et un autre en aval donnent une capa<-
cilé pour l'eau d'environ 2 000 litres.
— 164 —
Ces réservoirs sont munis d'un siphon annulaire formé d'un tuyau et
d*une cloche.
Le tuyau traverse le fond et plonge dans une cuvetle dont le niveau d'eau
est à quelques centimètres au-dessus du sommet du radier de l'égout. La
cloche est posée concentriquement au tuyau qui reste avec son extrémité
supérieure à quelques centimètres en dessous du dôme de la cloche, tandis
qu'au bas de la cloche un espace est réservé pour permettre l'accès de Teau
dans l'appareil.
Un robinet de 0*^,03 de diamètre de passage alimente le réservoir. L'eau
montant successivement chasse l'air de la cloche.
La chute de l'eau dans le tuyau central détermine une succion qui amorce
le siphon et donne lieu à la vidange de tout le réservoir par un tuyau de
0",10 de diamètre.
Toutes les matières d'égout et les eaux de chasse, les eaux drainées le
long des parois extérieures de l'égout sont réunies dans une citerne dont
l'air se trouve en communication directe avec les cendriers des générateurs
à vapeur.
Les pompes sont du système Western, à action directe, dont tous les
organes sont combinés pour le service spécial des pompes à t sewage. »
Dans une même salle de machines se trouvent deux de ces appareils
(alors que l'un d'eux est en mesure d'assurer le service), et les pompes
du même système pour élever l'eau du canal de Bruges à Blankenberghe
dans un réservoir château-d*eau de 450 mètres cubes de capacité établi
dans les combles du Casino, à 22 mètres au-dessus du niveau général des
rues de la ville.
De ce réservoir rayonnent des conduites dans toutes les rues pour
alimenter les réservoirs de chasse et les robinets du service d'incendie.
Ultérieurement, quand on aura drainé les eaux des dunes, toutes les instal-
lations prévues pourront conduire les eaux potables à domicile.
Les eaux pluviales continueront h circuler le long des filets d'eau de la
voie publique, y déposeront à chaque averse leurs sables et se rendront
ensuite dans les deux wateringues où, depuis de nombreuses années, elles
ont été des plus utiles pour les pâturages pendant les grandes sécheresses.
Les matières d'égoul sont aspirées par les pompes dans la citerne et
refoulées à deux kilomètres de Blankenberghe vers trente-deux hectares
de terres d'un même tenant, situées dans une direction telle que les vents
dominants de la contrée passant sur elles vont directement à la mer sans
passer ni sur Blankenberghe, ni sur le village de Wylkerque, ni sur aucune
agglomération bâtie. Ces terres, fortement chaulées et drainées, auront
pour émissaire principal du drainage un petit cours d'eau qui, en serpen-
tant ensuite au travers des pâtures, retournera Teau au canal. Les matières
d'égout, filtrées au travers de ce sol, laisseront leurs principes fertilisants
au sol, et l'eau claire et limpide, comme on en obtient aux drains de la
plaine de Gennevilliers, retournera au canal.
L'ensemble du système fait donc servir l'eau du canal à l'assainissement
— 16S —
de la ville et à la fertilisation des champs. Le montant du devis, y compris
les conduites d'eau, chftteau-d'eau, service des incendies et des irrigations
et 5118 mètres d'égouts, s'élève à 460000 francs, en nombre rond.
Le* téléi^rai^lM* aux Étal««lJ«to. D'après une note que nous
Irouvonsdans ['Engineering News^ tes États-Unis auraient 263 950 kiio-
mèlres de lignes télégraphiques, 14402 bureaux et auraient expédié.
Tannée dernière, 57942247 télégrammes. Ces chiffres donnent plus du
triple comme longueur, et presque le double comme nombre de bureaux
et de télégrammes, par rapport à ceux des autres pays qui viennent en léte.
Gomme longueur, ces derniers seraient la France avec 73 860 kilomètres,
rAllemagne avec 72560; l'Autriche avec 50100, et, dit le journal Amé-
ricain, l'Australie avec 35 150 [kilomètres. La Grande-Bretagne ne vien-
drait qu'après comme longueur de lignes, mais elle lient la tète pour le
nombre de télégrammes, 31 345880, co qui fait un peu plus de la moitié du
chiffre correspondant pour les États-Unis.
Pour le nombre des bureaux télégraphiques, l'Allemagne vient la pre-
mière avec 7 366, et la Bulgarie la dernière avec 37.
Le (oaai^c. Malgré les avantages importants qu'il présente pour la
traction des bateaux sur les voies navigables intérieures, le louage est
relativement peu employé. Ainsi il n'existe pas en Angleterre; aux Ëtals-
Cnis, on en a fait l'essai avec très peu de succès sur une faible partie du
canal de l'Érié. En Belgique, il y a 28 kilomètres de chaîne pour 2 000 kilo-
mètres de voies navigables, ce qui représente 1 1/2 pour 100; en France,
les diverses compagnies de louage de la Seine et celle de l'Yonne, ont
441 kilomètres de chaîne pour 13000 kilomètres de voies navigables, soit
3 1/2 pour 100. En Allemagne, il y a, pour 11 600 kilomètres de voies
navigables, 883 kilomètres de chaîne, soit 8 pour 100, et 120 kilo-
mètres de câble ou 1 pour 100, ensemble 1 003 kilomètres ou 9 pour 100.
L'Autriche a 180 kilomètres de touage à chaîne, sur le Danube entre
Presbourg et Pochiarn.
Le pétrole en Amérlqoe. Le production du pétrole brut aux États-
Unis s'est élevée en 1884 au chiffre formidable de 24089758 barils de
42 gallons» soit 160 litres; la presque totalité provient des puits de Pensyl-
vanie et de l'État de New-York, car les autres n'ont fourni que 467 000 ba-
rils. La valeur totale de la production, au prix moyen sur place de 4 fr. 25
le baril (un peu plus de 2 1/2' centimes le litre), représente une somme de
102 millions de francs.
L'année précédente, la production avait été inférieure de 689529 barils,
mais comme le prix moyen sur place était de 5 fr. 50, la valeur totale de
la production a été, en 1884, malgré l'accroissement notable de cette pro-
doctioD, inférieure de près de 27 millions de francs à celle de l'année
précédente.
— 166 —
Uq fait intéressant à noter est le développement de la production da
pétrole en Californie; cet État vient aujourd'hui comme importance à ce
point de vue, immédiatement après la Pensylvauie et TÉtat de New*York;
après la Californie, viennent la Virginie occidentale, TOhio et le Kentucky.
Le Colorado, le Wyoming et le Nouveau-Mexique ne donnent encore que
des traces de pétrole.
La Californie n*a produit en 1878 que 15227 barils de 42 galions; en
1879, 19858; en 1880, la production s'élevait à 42400; en 1881, à 50000;
en 1882, à 70000; Taugmoiiintion s'est accentuée encore en 1883, et on
pense que la production de 1884 aura atteint 100 000 barils. La totalité
de cette production est consommée dans TËtat même, plus une notable
quantité importée des États de l'Est.
La valeur du gaz naturel employé en 1884 aux États-Unis pour les
emplois industriels et domestiques est évaluée à 7 millions de francs, en
nombre rond, contre 2 1/2 millions en 1883; cette valeur est celle du com-
bustible solide que remplace le gaz naturel.
COMPTES RENDUS
SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
MAI 1885.
Rapport de M. Trssga sur le «irstèiiic de l#e*iii*UTe ten^MinJ,
de M. Mallet.
Nous devons nous borner à rappeler que ce rapport est le dernier fait
pour la Société d'Encouragement par notre très regretté Président hono-
raire et à exprimer à cette occasion nos sentiments de reconnaissance à
sa mémoire.
Rapport de M. Lavoll^e au sujet d'une proposition de M. Delaueibr,
relative à la rerimimm de Vmwiieie tO de la toi de tM4 ewp les
brevet* d'iBTenttea.
V
— 167 —
Cet article dispose, comme on sait, que la cession totale ou partielle
d'un brevet ne pourra être faite que par acte notarié et après le payement
de la totalité de la taxe.
Cette obligation est particulière à la France, et le rapporteur est d*avis
que, gènanle pour les inventeurs et rendant plus difficile la cession des
brevets, elle peut être supprimée, sans perle pour le Trésor, et avec profit
pour les brevetés.
Clapet de retenue p*iir «i^parelle à TApear. A la suite de
l'accident de Maroaval, l'administration a recommandé aux maîtres de
forges de faire usage d'un clapet d'arrêt de vapeur à installer sur chacun
des générateurs constituant un groupe desservi par une conduite commune.
Le clapet doit se fermer automatiquement en cas de rupture.
Une disposition construite dans les ateliers de M. Artige, à Grenelle,
est ici décrite.
C'est un clapet soutenu par un ressort et intercalé sur la conduite de
vapeur. A l'état normal, ce clapet reste suspendu et n'oppose pas d'obstacle
à l'écoulement de la vapeur; mais si, par suite d'une rupture, cet écoule-
ment prend une intensité anormale, il s'établit une différence de pression
entre le dessus et le dessous du clapet, lequel vient s'appliquer immédiate-
ment sur son siège.
Cet appareil a été expérimenté sur une conduite de 45 millimètres de
diamètre, on a reconnu qu'il remplissait les conditions suivantes :
En service normal, il ne crée aucune résistance nuisible sur le passage
delà vapeur;
En cas de rupture de la conduite ou de l'un des récipients qu'elle des-
sert, il se ferme immédiatement et sans choc et empêche la vapeur de sortir
de la chaudière sur laquelle il est fixé.
Enfin, dès que Tavarie est réparée, il s'ouvre de lui-même et se trouve
de nouveau prêt à fonctionner.
Notes sur lee deeeéehement* de la Tallée du Pé, par M. A.
HÉRisson.
^ l'IHdIam, «an état naturel, aa taaian, aan dépét par
vêle électrique et aea applleatlana dana lea arta. (Traduit du
journal Ofthe School of Mine$.)
— 168 —
ANNALES DES PONTS ET CHAUSSÉES
MAI 1885.
Étude sur la rémîmimmee des matérlAiix éan* le* mur» de
•oatènement, par M. Hetier, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
Le but de ce travail est, en profitant des résultats acquis, d'établir à
Faide des principes de la résistance des matériaux des formules et des
procédés pratiques pour construire des murs solides sans dimensions
exagérées. On y étudie les murs qui doivent soutenir de l'eau ou murs-
barrages et ceux qui doivent soutenir des remblais ou murs de soutènement.
L'auteur examine successivement la manière dont cèdent les murs de
soutènement, l'évaluation de la poussée dans les divers cas, les pressions
et les tensions dans les sections du mur et leurs variations, et arrive à
poser les équations différentielles du problème. Après ces généralités, les
murs-barrages avec ou sans contreforts et les murs de soutènement égale-
ment avec ou sans contreforts, et les murs en pierres sèches, les perrés, etc.,
sont étudiés en détail et des applications numériques sont faites dans
chaque cas.
Note sur rinetallatlen de l'éclalpege électrique à l'héiel de
▼nie, par M. Bartbt, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
- Cette note décrit l'installation exécutée et les résultats obtenus dans la
période du 20 octobre 1883 au 26 avril 1884.
On disposait, pour la force motrice, de vapeur à 6^,5 fournie par deux
chaudières de Naeyer; cette vapeur est ulilisée dans deux machines Com-
pound de 50 chevaux nominaux chacune, actionnant un même arbre de
transmission qui donne le mouvement aux machines dynamos. Celles-ci,
au nombre de deux, sont du système Edison, type R ancien modèle, et
pouvant alimenter chacune 250 lampes A de 16 candies; les machines sont
accouplées en batteries, elles ont une force électromotrice de 110 volts et
chacune peut fournir un courant de 190 ampères; la vitesse de rota*
tion est de 920 tours.
Les lampes du plus petit modèle sont seules installées deux à deux sur
le même circuit; la majeure partie des lampes est placée en dérivation,
c'est-à-dire que le courant ne les traverse pas successivement, mais se
ramifie en autant de courants dérivés qu'il y a de lampes. Cette disposition,
en offrant un grand nombre de débouchés au courant, diminue la résis-
tance du circuit extérieur. Il faut toutefois avoir la précaution d'installer
près des dynamos un régulateur agissant directement sur l'intensité du
~ 169 ^
coarant dérivé qui traverse les électro-aimants» pour faire varier Tioten-
site da courant général.
Il y a 447 lampes appartenant à trois modèles : les lampes A, de
32 candies; les lampes B, de 16, et les lampes G, de 8; les premières sont
an nombre de 429. Un cheval alimente 4,5 des premières, 7,S des secondes
et 15 des troisièmes; en moyenne, on obtient la lumière de 13 carcels de
9,5 candies par cheval.
La dépense totale d'exploitation pendant la période indiquée ci-dessus
a été établie comme suit :
Salaire des électriciens et mécaniciens fr. 5 039 80
Huile, bidons, chiffons, tresses en colon, elc . . . 1 568 20
Location du matériel d'éclairage et lampes .... 2 330 »
Dépenses diverses 3190 41
Total fr. 12128 41
Mais, comme les dépenses diverses constituent en réalité des dépenses
d'installation qui avaient dû être imputées au crédit d'entretien, il ne faut
prendre que 8 938 francs et y ajouter 5 868 fr. 24 pour 139 720 kilogrammes
de charbon brûlé; en comptant pour intérêts et amortissement 10 pour 100
des 100000 francs qu'a coûté l'établissement du matériel moteur et du
matériel électrique, on arrive à un total de 24806 fr. 24, qui donne
0 fr. 1386 par foyer heure. Il faut retrancher de ce chiffre la partie
correspondante à la location des appareils pour faire la comparaison avec
les antres systèmes d'éclairage ; il resterait donc seulement 0 fr. 126; la
dépense serait pour Téclairage à Thuile de 0 fr. 130, et pour le gaz de
0 fr. 058.
L'éclairage électrique par incandescence est donc, à intensité égale, plus
coûteux que le gaz, mais c'est un mode d'éclairage agréable et qui, avec
les soins d'une bonne exploitation en régie, peut arriver à la régularité
et à la fixité. Sous ce rapport l'expérience de l'hôtel de ville est con-
cluante.
Note sur un appareil emwe^mtrmnr pour la détermination simul-
tanée de la résistance de rupture et de la déformation des matériaux de
construction, par MM. H. Lb Ghàtklibh, ingénieur des mines, et L. Le Cha-
TBUBR, ingénieur des ponts et chaussées.
Note sur un appareil eareflatreiir de alTeaa, par M. Lb Gha-
TKLiBB, ingénieur des ponts et chaussées.
— 170 —
SOCrÊTÉ INDUSTRIELLE DE MULHOUSE
AVRIL, KAI, JUIN 1885.
Notes diverses de ehlaiic analytique» par M. Ch. db là Harpe.
Rapport général sur la marelie de r Aeeoelation alaaeienne des
l^raprlétairea d^apparella à Tapeur» à la fia de son dix-septième
exercice 1884, présenté à l'assemblée générale du 14 janvier 1885, par
M. Ernbst Zuber, président du conseil d'administration.
Rapport de M. Walther-Meunibr, ingénieur en chef de rAssociation
alsacienne des propriétaires d'appareils à vapeur sur lea traTaax exé-
entés sons aa direetlon en 1894.
Les chaudières inscrites sur les registres de l'Association, au nombre de
2133 à la fin de 1883, ont eu une augmentation de 247 et une diminution
de 99, ce qui porte le chiffre, au 31 décembre 1884, à 2281, dont 1 510 en
Alsace-Lorraine, 733 dans les départements français limitrophes et 38 dans
le Luxembourg.
Le rapport donne les résultats du service ordinaire, visites, consulta-
tions, etc., et du service extraordinaire, essais à la presse, essais de
machines et chaudières, etc. Parmi ces derniers figurent les essais d'une
locomobile de MM. Quiri et C«, de Schiltigheim et d*une machine Gorliss,
du Greusot; nous avons, dans une chronique précédente, donné les résul-
tats de cet essai. II y a également des expériences faites sur des foyers
fumivores Zacharias et Orvis, et des analyses chimiques exécutées sur des
matières désincrustantes.
Le rapport se termine par le chapitre des accidents, heureusement peu
nombreux, comprenant des fuites à un générateur par manque d'eau, la
rupture d'un assemblage dans une chaudière à petits tubes à eau, l'explo-
sion d'un bouilleur, celle d'un récipient d'eau chaude et enfin la rupture
d'une conduite d'alimentation en fonte.
Eaaai dn eomptenr à ean, ayatème ttehnaid (de Zurich), rapport
présenté au nom du comité de mécanique par M. W. Grossbtestb.
Nous avons indiqué le principe dQ cet appareil dans la Ghronique d'a-
vril 1885, page 582 ; il a été installé chez MM. Schlumberger fils et G*
sur l'alimentation de quatre générateurs de la filature.
Mis en place le 30 septembre 1883, il a fonctionné d'abord jusqu'au
17 octobre, placé entre le réchauffeur et les générateurs ] l'eau mesurée
marquait jusqu'à 158<» sans descendre au-dessous de 90®. Le 17 octobre, il
— 171 —
«
ftUat k démonter et il fut trouvé garni intérieurement d'incrustations dues
à la haute température de l'eau.
Réparé, il fut mis en place le 27 décembre 1883* entre la pompe d'ali-
mentation et le réchauffeur, mesurant ainsi de Teau à la température de 10^
à 15'; depuis ce jour, il a fonctionné d'une manière satisfaisante.
Le contrôle se faisait par l'emploi de deux réservoirs de 3 000 litres cha-
can, dont l'un se vidait pendant que l'autre se remplissait et où puisait la
pompe alimentaire; les chauffeurs notaient chaque jour le nombre de ca«-
pacités employées.
Dans une très longue période (du 28 mai au 13 décembre) où il a mesuré
14086695 litres, soit en moyenne 83 353 par jour, on a fait des observa-
lions très précises qui ont donné des différences de i|65'pour 100 en
moyennei l'écart maximum étant 1,80.
Il y aurait, paralt*il, déjà beaucoup de compteurs de ce système en ser-
vice. M. Schmid a envoyé une liste où 227 sont indiqués, répartis dans les
pays les plus divers.
Le rapport fait observer que l'exactitude de ces appareils dépend unique-
ment des soins apportés à la construction, et l'on peut dire que chacun
d'eux devrait être contrôlé avant l'emploi et même, pendant Tusage, être
essayé de temps à autre. Cette réserve faite, il n'en est pas moins établi
qu'il est possible d'avoir, par cet appareil bien construit, une mesure exacte
du volume de Teau d'alimentation des générateurs.
Aussi, considérant que l'appareil a subi d*une manière satisfaisante les
épreuves imposées, et qu'il a rempli les conditions formulées au programme
des prix, le rapport conclut à ce qu'il soit décerné à H. Schmid le prix
proposé.
Note sur quelques faits relatifs à Taeldc •xallfiiie et à ralmnlae»
par MM. Camille Kobchiir et L. Mathieu-Plesst.
Note sur la pr«4a«tf«n dvnoivd'aHlIUie, par M. Ch. Zubghbr.
Note sur un procédé pour PMnpIaeer la terre ém pipe dmmm
llnipreaalan anr tiaaa, par M. 0. Brener.
n s'agit de l'emploi d'amidon blanc délayé avec un peu d'eau et ajouté à
froid, soit aux couleurs toutes faites, soit à l'épaississement qui sert à les
couper. Le prix de l'amidon blanc étant plus élevé que celui de la terre de
pipe, ce procédé ne réalise pas d'économie, mais ce point est compensé par
les avantages obtenus.
Analyse d'une note sur la me«are du paiiTair Inlirlflavt dea
hnilc», par U. Woodburt, présentée par M. Poupardin.
Dans l'appareil employé, l'huile à essayer se trouve entre deux plateaux;
celui du bas reçoit un mouvement de rotation et tend à entraîner le plateau
supérieur; ce dernier a la forme d'un disque creux, terminé à sa partie in-
férieure par une surface bien plane. L'espace annulaire, laissé libre à son
intériear, permet de le faire traverser par un courant d'eau froide, afin
— 172 —
d'empêcher sa température de monter, par suite du frottement et de ia
maintenir à un point donné. Lorsqu'on veut au contraire étudier l'effet de
l'augmentation de température, on arrête cette eau ; un thermomètre plongé
dans un tube de cuivre qui trayerse le plateau jusqu'à sa partie inférieure
permet de relever exactement la quantité dont cette température s'élève.
Le plateau supérieur est chargé d'un certain poids et un dynamomètre,
ingénieusement disposé, indique l'effort qui tend à entraîner le disque supé-
rieur suivant le mouvement du disque inférieur.
L'auteur a étudié la variation de cet effort pour des températures variant
de 4 à 38 degrés et la pression de 0ks,07 à 2^,8Q par centimètre carré. La
force qui tend à entraîner le disque supérieur ne croît pas proportionnelle-
ment à la pression et cet accroissement n'est pas uniforme ; cela tient à ce
que l'huile qui est entre les surfaces provoque elle-même, par sa propre
cohésion, une résistance.
D'une manière générale, le coefficient de frottement diminue d'une part
avec la pression et de l'autre avec la fluidité de l'huile accusée par la tem-
pérature. La présence d'un lubréfiant fait que la constance du coefficient de
frottement pour les différentes pressions n'est pas rigoureusement exacte;
le problème dans ce cas se rapproche de celui de l'hydraulique conceruant
l'écoulement de liquides à travers de minces orifices.
On doit faire remarquer d'ailleurs que, bien que le coefficient de frotte-
ment diminue avec l'augmentation de la fluidité de l'huile, il ne faudrait
pas pousser à l'extrême remploi d'huile très fluide, sauf pour de très fai-
bles pressions, car la couche d'huile, pour être eflScace, doit toujours pou-
voir être assez épaisse pour empêcher tout contact des deux pièces métal-
liques considérées.
Réponse de M. Schedrbr-Eestner à M. F. Fischer, concernant les
muBÎjmem dem prodalto i^axcaz de 1a e^fliliasiion de lahoalllc.
Note sur Tlnipréi^BatleB des éekalae à la eréeaete« par
M. Ch. Zundkl.
M. Fiedier, directeur de rÉcole d'agriculture de Rouffach, a recom-
mandé depuis plusieurs années ce procédé pour donner aux échalas et
tuteurs une durée de vingt-cinq à trente ans. et permettre d'employer à cet
usage toutes les essences de bois, au lieu d'essences fort chères de chêne et
de châtaignier.
Ce procédé est aujourd'hui très employé dans le Palatinat et dans les
vignobles du Rhin et de la Moselle et réussit parfaitement; de plus, la
dépense est insignifiante.
Les échalas sont placés dans une chaudière verticale en tôle de 2*,7S de
hauteur sur 1",25 de diamètre chauffée par le bas par un foyer. Cette chau-
dière est remplie de créosote de houille; on chauffe pendant six à huit heures
et on laisse refroidir. La créosote bouillant au-dessus de i%5 degrés, chasse
l'eau du bois et la remplace dans l'intérieur. On compte que mille échalas
absorbent 100 kilogrammes de créosote valant 12 francs.
— 173 —
M. Fiedier a calculé que, pour rAlsace-Lorrainey réconomie serait d*au-
moins 1 250 000 francs par an, sans compter la main-d'œuvre que deman-
deot 14 000 000 d'échalas pour être appointés chaque année, et, si cette
opération se faisait sur tous les tuteurs» poteaux, perches à houblons, clô-
tures et autres qu'emploie la culture, cette économie serait doublée.
COMPTES RENDUS MENSUELS DES RÉUNIONS DE LA SOCIÉTÉ
DE L'INDUSTRIE MINÉRALE
Séance de Montchanin le 19 avril 1885.
Communication de M. Bonnottb sur le transport de la farce aia-
Mc€ an m^mjeu de la vai^eap dans les travaux du puits Saint-Léger,
n* 1, aux mines de Saint-Berain.
Il s'agit d'un treuil à vapeur alimenté par de la vapeur venant du jour.
La notice, devant figurer in extenso au Bulletin, n'est pas reproduite dans
les procès-verbaux.
Communication de M. Mathbt sur l'emplaide la djraaniMe gelée
et les moyens propres à conserver la dynamite plastique.
l'exsudation de la nitro-glycérine étant la cause des accidents qui se
produisent lorsqu'on fait dégeler la dynamite, on doit rejeter tous les
moyens qui tendent à produire cette exsudation en portant la substance
explosive à une température qui, comme on va le voir, ne doit pas attein-
dre 25 degrés, même en utilisant le bain-marie.
La note signale un certain nombre de faits d'explosions dus h cette
cause; de plus l'auteur a fait, avec le concours de M. Nivon, ingénieur aux
mines de Blanzy, une série d'expériences sur le dégel de la dynamite, dont
les résultats sont de nature à faire modifier les termes de la circulaire du
9 août 1880, en ce qui a trait particulièrement au mode de dégel de la
dynamite au bain-marie.
On peut en effet conclure de ces divers faits et expériences que :
1* L'opération du dégel de la dynamite est toujours dangereuse parle
fait de l'exsudation de la nitro'glycérine;
2^ Que cette exsudation se produit à une température qui ne dépasse pas
25 degrés;
3* Que l'usage du bain-marie pour dégeler des quantités notables de dy-
namite est tout à fait impraticable à cause du long temps qu'il exige.
L'application rigoureuse des termes de la circulaire du 9 août 1880, dans
— 174 —
son acception la plus étroite, serait donc la mise en demeure d'arrêter tout
emploi delà dynamite parles temps froids.
Il serait nécessaire de modifier les termes de la circulaire :
1« En tolérant le transport de dépôt à dépôt de la dynamite gelée;
2® En supprimant la recommandation de l'opération du dégel au bain-
marie;
3^ En autorisant la création de dépôts journaliers, à proximité ou dans
l'intérieur même des travaux, où s'opérera le dégel de la dynamite sans
aucune espèce de danger.
A la suite de cette communication, M. Walckenaer a appelé Tattention
sur la solution employée en Allemagne, qui consiste à établir des dépôts
souterrains où, par suite de leur disposition même, la température est telle
que la dynamite ne peut geler.
Ces dépôts sont soumis à des réglementations particulières et leur conte-
nance est limitée à 300 kilogrammes d'explosifs de toute nature. C'est pro-
bablement là la solution la plus satisfaisante pour la conservation, à l'état
de plasticité, de la dynamite employée aux travaux souterrains, et il est à
désirer que l'Administration des mines modifie dans ce sens ses dernières
circulaires.
SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS ALl.EMANDS
N^26. — 27yt«>il885.
Métier à tulle avec mécanisme Jacquard, par Ernest Muller (fin).
Mesure de la vitesse des projectiles, par H. Lehmann.
Appareil mélangeur de Schlickeyem.
Métallurgie. — L'or.
Groupe de Berlin^ — Application de Télectriciié au transport par terre et
par eau. — Écoulement de la vapeur.
Groupe de Bergues. — Inconvénients de la fumée des cheminées de
fabriques. — Appareil pour prévenir les incendies, de Wilmsmann.
Patentes.
Bibliographie. — L'éclairage électrique par le D' Emst Hagen. — Anvers
et TExposilion universelle de 1885. — Bibliothèque de voyage de Griebe.—
Ouvrages adressés à la Société.
Variétés. — Gaz à l'eau. — Production de pluie artificielle. — Assem-
blée générale de l'Association d'hygiène technique. — Coupole de l'obser-
vatoire de Nice.
— 175 —
No 27. — 4 Juillet 1885.
Principes de constraction des soupapes pour pompes et machines souf-
flantes, par A. Rieder.
PonU, — Construction des ponts métalliques.
Machmes-outiU. — Machines à fraiser. — Mécanisme de descente de porte-
outilS; de Fontanié.
Groupe de Cologne,
Groupe de la haute Silésie, — Programme de l'assemblée générale.
Groupe de Siegen,
Patentes.
Bibliographie, — Loi des résistances proportionnelles et ses applications,
de Fried. Kick. — Ouvrages adressés à la Société.
Variétés, — Lancements et essais de navires. — Vingt-cinquième réu-
nion annuelle de l'association allemande pour les questions de gaz et d'eau.
— Installation de l'éclairage électrique sur le navire-école d'artillerie le
Mars. — Navigation sur les voies navigables de Berlin. — Service des
patentes. — Résistance au feu des colonnes métalliques et des piliers en
maçonnerie. — Éclairage électrique de l'exposition des inventions à Londres.
N« 28. — 11 Juillet 1885.
Ordre du jour de la ving^sixième réunion générale de l'Association à
Stettin.
Principes de construction des soupapes pour pompes et machines souf-
flantes, de A. Rieder (fin).
Électrotechnie. — Nouvelle application de l'électricité pour la métallur-
gie du plomb.
Groupe du Palatinat et Saarbruck. — Fabrication du coke avec conden-
sation des sous-produits.
Vofiétés. — Assemblée générale de l'association allemande des maîtres
de forges à Dusseldorf. — Amélioration de la navigation de la Moselle entre
Metz et Coblentz. — Présence de l'ammoniaque dans les gaz des hauts
fourneaux au coke. — ■ Modèles pour l'enseignement.
Patentes.
Le Secrétaire-Rédacteur^
A. Mallbt.
Paiir. — Imp. C. Ca?iomoi<t et V. Rkkault, rue dei Poitems, 6.
• I.
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II
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ÎTRUCTi
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flSÉMOIRES
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COMPTE RENDU DES TRAVAUX
DE LA
SOCIÉTÉ DES INGÉNIEVBS CIVILS
AOUT ^885
NO H
Sommaire des séances du mois d'août :
1* Congrès métallurgique et géologique tenu à Budapest, les li, 15
et 16 septembre 1888 (séance du 7 août, page 179) ;
2* Fondation d'une Société nouvelle cTingénieurs et (Tindustriels
belges j lettre d'avis (séance du 7 août, page 480) ;
3* Chemin de fer métropolitain (Lettre de M. Haag relative à son)
(séance du 7 août, page 181) ;
4* Dynamomètres de traction et de rotation de M. Taurines (Lettre
de M. de Cossigny). (Séance du 7 août, page 183);
5* Observations de M. Mallet sur la lettre de M. de Cossigny (séance
du 7 août, page 185);
6* Compte rendu, par M. Edmond Roy, des résultats des Expé-
riences sur un bateau à hélice mobile de son système (séance du
7 août, pages 186 à 196);
? Observations de MM. Quéruel, Cariniantrand et Edmond Roy, sur
la communication précédente (séance du 7 août, ]>ages 196 à 200) ;
8* Communication de M. A. Bonnet sur un Appareil élévatoire de
30 mètres avec chariot transbordeur (séance du 7 août pages 200
à 207).
— 178 —
9^ Remarques de MM. Forest, Badois et Quéruel, sur la communi-
cation précédente (séance du 7 août, pages 207 et 208).
Pendant le mois d'août, la Société a reçu :
De M. Barré de Saint- Venant, membre de l'Académie des sciences,
un exemplaire de sa Notice sur le but théorique des principaux travaux
de Henri Tresca.
De M. Yauthier, membre de la Société, deux exemplaires de sa dépo-
sition devant la commission des Yoles navigables, sur Tendiguement et
les mouvements des fonds de Testuaire de la Seine.
De M. Auguste Moreau, membre de la Société, un exemplaire d'un
Rapport sur le chemin de fer métropolitain de Paris.
De M. Alexis Godillot, membre de la Société, un exemplaire d'une
Notice sur son appareil distribuant mécaniquement le combustible sur
la grille des générateurs.
De M. J.-A. Normand, membre de la Société, un exemplaire de son
Étude sur les torpilleurs.
De M. Tellier, membre de la Société, un exemplaire d'une note inti-
tulée : le véritable Métropolitain.
De M. Munster, éditeur, un exemplaire de l'ouvrage de M. G.-B. Bia-
dego, intitulé : Monographie technique (Texte et Atlas).
De M. Camus, éditeur, un exemplaire du Manuel des candidats aux
Écoles nationales d'Arts et Métiers, par M. Delacroix.
De M. Gallizio Pietro, un exemplaire de sa notice intulée : Di alcuni
casi di resistenza dei materiali e délia annualité per fimpianto e la
conservaùone in perpétua di una costruziofie.
Les membres nouvellement admis sont :
MM. Gassaud présenté par MM» Ëdoux» Marguerite Delachalonny et Ver-
gnoL
Verrier — Gottschalk, L* Martin et H« Tresca.
RÉSUMÉ
DU
PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE
DU MOIS D'AOUT ^885
Séance du 7 Août 18SS.
Présioencb de m. de Cohbeeoussk.
La séance est ouverte à huit heures et demie.
Le procès- verbal de la dernière séance est adopté.
M. LE Président a le plaisir d*annoncer à la Société» que notre confrère,
M. Appert, a été promu Officier de la Légion d'honneur, et que nos con-
frères, MH.E.Cacheux, Ernest Herscher et Morel, ont été nommés Cheva-
liers de la Légion d'honneur.
M. Vernes a reçu la Croix d'officier du Nicham.
M. LE Pr£sideiit regrette d'avoir à faire part du décès de MM. Grieumard
el Louis Parent.
La Société a reçu de Budapest, au nom des Miniers et Métallurgistes hon-
grois, réunis aux membres de la Société géologique hongroise, une invita-
tion au Congrès minier, métallurgique et géologique, qui se tiendra dans
cette capitale, à propos de l'Exposition nationale hongroise, les 14, 15 et
16 septembre 1885. A partir du 17 septembre, des excursions de trois ou
quatre jours auront lieu dans différentes directions, intéressantes pour les
géologues.
Le Congrès a pour but de permettre aux mineurs, aux métallurgistes et
aux géologues de faire connaissance, de nouer des relations entre eux,
d'échanger leurs vues et de se communiquer les résultats de leurs études
et de leurs travaux. Le Règlement dit qu'on se servira des langues hon-
groise, allemande et française.
Ce Règlement mentionne qu'il est désirable que chaque communication
— 180 —
ne dure pas plus d'une demi-heure. Les personnes désireuses de prendre
part à ce Congrès sont priées d'en informer, avant le 10 août» le Comité qui
siège à Budapest, afin d'obtenir les facilités de parcours, assurées déjà par
les Compagnies de chemins de fer.
Le Président est M. W. Zsigmondi; le Vice-Président, M. de Kespely.
M. lbPrésidemt laissera la lettre, adressée à la Société, avec les indica-
tions données en langue hongroise et allemande, à M. Husquin de Rhévillc,
afin que ceux de nos collègues qui auraient le désir d'aller à ce Congrès
puissent avoir tous les éléments d'information nécessaires.
M. LE Président ajoute qu'il a été donné avis à la Société des Ingénieurs
civils de la fondation d'une Société nouvelle : la Société belge des Ingé-
nieurs et des Industriels. Voici la lettre qui nous a été adressée dans les
termes les plus cordiaux :
Bruxelles (Palais de la Bourse, rue du Midi), le 28 juillet 1885.
« Monsieur le Président,
« Nous avons l'honneur de vous faire part de la constitution de la
Société belge des Ingénieurs et des Industriels^ dont le siège est établi à
Bruxelles, au Palais de la Bourse de cette ville, et de vous communiquer,
avec ses Statuts, une circulaire qui indique son but et son programme.
« Nous saisissons avec empressement cette occasion, Monsieur le Prési-
dent, pour adresser en son nom, à la Société des Ingénieurs civils de France,
que vous présidez, l'expression de ses sentiments de haute estime et l'hom-
mage de ses cordiales sympathies.
« Ainsi que le portent les articles 41 et 42 de ses Statuts, notre Société
donne accès dans ses locaux aux ingénieurs et aux industriels de l'étranger
présentés par un de ses membres.
« Nous vous prions. Monsieur le Président, de bien vouloir inviter, en
notre nom, Messieurs les membres de votre Société à nous faire l'honneur
d'user largement de cette prérogative pendant les séjours qu'ils seront
appelés à faire à Bruxelles, et de les assurer qu'ils seront reçus parmi nous
avec la plus franche cordialité.
'( Nous serions infiniment honorés aussi. Monsieur le Président, s'il nous
était donné de compter de vos Sociétaires parmi nos membres. Ils rencon-
treraient dans nos rangs l'accueil le plus empressé.
« A ce sujet, nous croyons utile de vous faire remarquer que, selon les
dispositions de nos Statuts, la cotisation annuelle est réduite à dix francs en
aveur de nos Sociétaires qui sont membres des Associations d'Ingénieurs
sortis des Ecoles techniques tant de l'étranger que de la Belgique.
« La Société des Ingénieurs civils compte un grand nombre d'Ingénieurs
qui sont dans les conditions voulues pour jouir de cette réduction.
« Permettez-nous, Monsieur le Président, de vous prier de vouloir bien
es instruire de cette disposition.
« Le but commun de nos Sociétés et la confiance qu'elles ont assurément
r
— 48i —
toutes deux, dans refiicacilé de l'union de tous les efforts, nous font espé-
rer, Monsieur le Président, que des relations actives et cordiales s'établiront
entre elles et ajouteront un lien de plus à ceux qui unissent si étroitement
déjà la France et la Belgique.
« C'est dans cette pensée, Monsieur le Président, que nous vous prions
d'agréer l'assurance de notre haute considération et de nos sentiments
dévoués.
» Pour la Commission administrative :
« Un Secrétaire^ « Un Vice-Président,
a Ch. LkGRAND. « C. DE BURLET. »
M. LB PaésiDENT croit au succès de la Société belge des Ingénieurs et des
Industriels et remercie ses fondateurs de leur cordial témoignage. Nul
doute que leur appel sympathique ne soit entendu de bon nombre de nos
collègues.
M. LE Président doit signaler encore, parmi les pièces de la correspon-
dance, une lettre de M. Haag^ relative à son projet de Métropolitain. Elle est
une suite nécessaire des importantes communications que M. Haag a bien
voulu nous faire, et elle est accompagnée d'un tableau synoptique qui sera
('gaiement inséré au procès-verbal.
Voici la lettre de H. Haag.
Paris, !•' août 1885.
a Monsieur le Président,
« C'est par une communication à la Société des Ingénieurs civils que
j'ai fait connaître pour la première fois mon projet de chemin de fer Métro-
politain dans Paris : depuis lors, j'ai tenu la Société exactement au cou-
rant du développement et du progrès de mes études , et le bienveillant
accueil que j'y ai constamment rencontré m'a été d'un puissant secours
dans la campagne difficile que j'ai entreprise.
« Permettez-moi donc. Monsieur le Président, de protester encore aujour-
d'hui, dans le sein de cette môme société, contre des allégations systémati-
quement reproduites à l'égard de mon projet, et qui ne tendraient à rien
moins qu'à le faire passer pour une conception absolument chimérique et
fantaisiste.
« On a répété dernièrement encore, devant la commission de classement
des chemins de fer, que le kilomètre de mon projet coûterait 100 et même
200 et 300 millions. La Société des Ingénieurs civils, qui connaît mes esti-
mations et les études laborieuses sur lesquelles elles reposent, sait à quoi
s'en tenir sur la valeur de ces critiques sans bases sérieuses. Elle sait,
d'après ma dernière communication (séance du 10 avril dernier), que l'en-
semble du réseau que je projette avec un développement de 21 1/2 kilo-
mètres, dont 5 1/2 à quadruple voie, nécessiterait une dépense totale
maximum de 360 millions; ce qui porte à 16 1/2 millions le prix kilomé-
trique. Hais il y a plus ; ce prix, en effet, est destiné à s'abaisser au fur et
— 182 —
à mesure que le réseau métropolitain se développera/ les nouvelles lignes
à construire devant être en général bien moins coûteuses que celles du
premier réseau, pour la création desquelles la grosse difficulté du perce-
ment central de Paris se trouve une fois pour toutes résolue.
Enfin, depuis le mois d'avril dernier, j'ai fait faire d'une part un relevé
exact des résultats des dernières expropriations faites dans le centre de
Paris, et d'autre part des démarches auprès des propriétaires d'un certain
nombre d'immeubles situés sur le tracé de mon artère centrale, en choisis-
sant plus particulièrement les maisons d'angle. Les prix auxquels j*ai été
conduit par ces derniers renseignements, et qui se trouvent consignés dans
le tableau résumé ci-joint, permettent d'espérer que le chiffre moyen
de 2 000 francs par mètre, auquel correspondent mes évaluations, laisse
encore une marge plus que suffisante pour parer à tout mécompte.
a Veuillez agréer» Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments
les plus distingués.
« Paul Haag. »
CHEMIN DE FER MÉTROPOLITAIN.
Projet
Tableau synoptique indiquant les résultats ob^
tenus ou les prévisions de la ville de Paris
pour quatre^vingt-'Onze imvueidf les similaires
à ceux atteints par le tracé du chemin de
fer métropolitain. Projet Haag.
RÉCAPITULATION
Prli noyan
p«r m. q.
11 immeubles pour ragrandlfsn-
ment de la gare Sainl-Laxare. . . 1 452^39
5 Immeubles pour l*agrandis8e-
meut de la BibUothèque naUo-
nale 2488 24
75 immeublee pour )*ou?erture de
. la rue Dussoubs et la création
d*UD opéra populaire au boule-
Tard lionne -NouTelle 1405 50
PRIX MOYEN GÉNÉRAL.
29 892 920f 00
' 19023",97
=^ 1 571^27.
Nota. ^^ L'estimaUon des immeubles à
exproprier pour Touverture de la rue Dus-
jiottbs et la création d'un opéra populaire au
bouloYard Bonne-NouveUe, a été confiée par
M. Allard, ingénieur en chef de la ville de
PariSy à M. GhevlroRt eommlssaire Toyer des
)• et 10* arrondlsiemenUf
Situation synoptique des pourparlers avec di-
vers propriétaires pour obtenir des cessions
amiables de diX'Sept immeubles sur le
tracé,
RÉCAPITULATION
Ml ■•!«■
par m. q.
Section de la gare Saint-Lazare
au carrelbnr brouot 1 618^81
Seetlon du carrefour Drouot à la
ree Saint-Martin 2347 35
Section de la rue Saint*Marlin à
lagaredeLyon 1389 51
PRIX MOYEN GENERAL.
Fonder 9 46400Q'00
auquel il y a lieu
d'ajouter 33 0/0
pour Indemnités
locaUves 3 154 666 66
Total.
• •
12 618666^66
= 1 840^31
6 856», 79
Nota. — 11 est Indispensable d: faire
observer que les pourparlers ont été engagés
pour 60 immeubles, tous, maisons d'angle ou
les plus belles du parcours , et que, dans un
temps relativement court, il pourra être
ajouté les demandes des propriétaires qui ont
un gérant intermédiaire.
— 183 —
H. LE Président fait remarquer que, d'après le tableau dressé par
M. Haag, tandis que la Ville atteint dans ses expropriations analogues le
chiffre moyen de 1 571 fr. 27 par mètre carré, M. Haag, en s'adressant aui
propriétaires, arrive au prix moyen de 1 840 fr. 31; d'où, une différence en
plus de 269 francs par mètre. Hais il faut ajouter immédiatement que
M. Haag a choisi, pour son évaluation, les maisons d'angle, les maisons
les plus luxeuses et les plus importantes distribuées sur le parcours de son
tracé. Si, avec ces maisons luxueuses, il parvient au prix de 1 840 francs
par mètre carré, le prix de 2 000 francs qu'il s'est fixé ne sera jamais dé-
passé, et il obtiendra certainement un prix inférieur.
Nous espérons que M. Haag, après la rentrée, fera connaître à la Société
les nouvelles études qu'il poursuit en ce moment.
M. LE PrIsident prévient enfin ses confrères qu'il aura à les prier de
transformer en Assemblée générale extraordinaire la secoude séance du
mois d'octobre. Dans cette séance, le Comité aura à proposer à la Société
l'acceptation du legs Fusco, sous bénéfice d'inventaire. Une fois la décision
de l'Assemblée acquise, les démarches nécessaires seront faites auprès de
M. le Ministre du commerce et auprès du Conseil d'État. Plus tard, le Tribu*
nal civil devra, sans doute, prononcer sur la marche à suivre par la Société
des Ingénieurs civils et par l'Association amicale des anciens élèves de
l'Ëcole centrale, après l'acceptation du legs et leur mise en possession.
Si Ton se plaignait que le Président eût un peu tardé à saisir l'Assem-
blée, il ne pourrait qu'accepter ce reproche qui s'adresserait à sa prudence,
et non à sa négligence. Les intérêts d'une société comme la nôtre ne doivent
pas être engagés à la légère, lorsqu'il s'agit d'une réalisation complexe et à
longue échéance.
M. LE Président, sur la demande de M. Quéruel, et avant de passer k
l'ordre du jour, fait donner lecture d'une lettre de M. de Cossigny, qui se
rapporte à la communication faite par M.Mallet, dans la séance du 10 avril
dernier, en rendant compte de l'ouvrage de M. Buchetti sur l'essai des ma-
chines à vapeur,
(c Courcelles-Clérey (Aube), 7 août 1885.
« Monsieur le Président,
« Dans l'intéressant compte rendu, fait par M. Mallet, de l'ouvrage de
M. Buchetti ; Guide pour Fessai des machines à vapeur, etc., je lis la phrase
suivante : « Le plus grand dynamomètre de traction qui ait jamais été exé-
<( cuté est probablement l'appareil construit en 1844, pour l'arsenal de
« Woolwicb, par notre vénéré collègue H. CoUadon, dans le but de me-
« surer le travail transmis aux roues des bateaux à vapeur. » Cette asser-
tion, qui eût été vraie peu de temps après 1844, est tout au moins douteuse
aujourd'hui, car il y a environ trente ans que la marine nationale française
possède aussiy non seulement des dynamomètres de traction, mais encore
— 184 —
des dynamomètres de rotation, aussi précis que puissants et susceptibles
d'être adaptés aux plus grands navires; instruments dont Tinvention aussi
bien que la construction sont absolument françaises.
« Les appareils que je viens rappeler ici sont dus à Taurines, un ancien
professeur à l'École d'artillerie de marine de Brest; qui, dès 1848, je crois,
entreprit à ses frais personnels et sur un canot de petites dimensions, une
série d*expériences dans le but de déterminer les proportions et les formes
les plus avantageuses pour les hélices propulsives des navires.
<c Taurines ne put aller loin dans ses recherches sans éprouver l'insuflî-
sance des moyens dont on disposait alors pour évaluer les quantités de
travail transmises par les divers organes des machines en mouvement; et
c'est ainsi que la création de dynamomètres spé<nalement applicables aux
navires à vapeur devint sa principale préoccupation. Plusieurs appareils,
d'une très grande puissance, ont notamment été fournis par lui à l'État
vers le commencement de 1856.
« Ainsi que je l'ai dit, les dynanomètres dont il s'agit sont de deux
sortes; le dynanomètre de rotation, qui donne la quantité de travail
transmise, pendant un temps donné, au propulseur par l'arbre de couche
qu'actionne la machine à vapeur; et le dynamomètre de poussée qui donne
la mesure de la force horizontale qui fait avancer le navire.
« Les énormes arbres de transmission des grands bâtiments à vapeur sont
généralement composés de deux et, plus souvent même, de trois pièces,
disposées presque bout à bout» suivant un môme axe rectiligne. Les bouts
contigus sont reliés entre eux, dans le service ordinaire, à l'aide de divers
dispositifs qu'il ne s'agit pas ici de décrire. Or, lorsqu'on se dispose à faire
une série d'essais, on supprime les pièces d'accouplement d'un quelconque
des joints de l'arbre, et on leur substitue le dynanomètre de rotation. Quant
au dynanomètre de poussée, il est disposé de manière à recevoir la pression
du bout de l'arbre porteur de l'hélice, préalablement disposé, par des
moyens assez simples, de manière à pouvoir se mouvoir longitudinalemcnt
de quelques centimètres dans ses coussinets. Chacun des dynatnomètres
proprement dits commande un appareil enregistreur qui permet de prendre,
de temps à autre, autant de diagrammes qu'on le désire; et qui fait mou-
voir, en même temps, un compteur-totalisateur, à cadran et à aiguilles,
fonctionnant d'une manière continue pendant un, temps en quelque sorte
indéfini. Le cadran du premier appareil donne, à un instant quelconque, le
nombre do kilogrammètres transmis par l'arbre moteur depuis le commen-
cement de la mise en marche. Le cadran de l'autre dynamomètre marque
le nombre qui, divisé par celui des tours de l'arbre, comptés également de-
puis la mise en marche, donne pour quotient l'effort moyeu, en kilo-
grammes, qui a déterminé la marche du navire. .
« Pour la construction de ses appareils, Taurines avait établi à Glicby un
petit atelier où il surveillait lui-même la confection et la trempe de ses
ressorts, où il les essayait'et les tarait à l'aide de procédés ingénieux. Quant
9UX enregistreurs, aux organes plus délicats, il en avait confié la construc-
— 188 —
tion à ringénieur Froment, constructeur d'instruments de précision à Paris;
j'ai eu, moi*méme, à en étudier certains détails et à en diriger l'exécution \
« Les instruments de Taurines et les belles expériences qui ont été
exécutées, avec leur aide, d'abord sous sa direction, et ensuite par plu-
sieurs ingénieurs de la marine, ont jeté un grand jour sur le rendement
réel des machines à vapeur marines, sur l'influence des diverses disposi-
tions des hélices propulsives, sur celle des différentes formes des coques
relativement à la marche. C'est en définitive à ces travaux que sont dus,
en grande partie, les immenses progrès réalisés dans la navigation à vapeur.
Aussi, en 1873, sur le rapport du général Morin, l'Académie des sciences
a-t-elle décerné à Tauteur un prix de 3 000 francs. Cette récompense bien
méritée avait d'autant plus d'à propos que Taurines est un des exemples de
ces hommes instruits, intelligents et laborieux qui, tout en rendant service
à leur pays et à l'humanité, n'ont pas su trouver pour eux-mêmes le chemin
de la fortune. La dernière fois que j'ai eu l'occasion de le rencontrer (il y a
déjà pas mal d'années de cela) il habitait un très modeste logement aux
Batignolles; l'éloignement me l'a fait depuis perdre de vue, mais il était
déjà âgé, et doit être mort depuis lors, vraisemblablement.
« Si vous croyez, Monsieur le Président, que cette notice puisse avoir
quelque intérêt pour les membres de la Société, veuillez, je vous prie, la
porter à leur connaissance, soit en en donnant lecture h une séance, soit
en la faisant insérer dans le Bulletin.
« Agréez, Monsieur le Président et honoré collègue, l'expression de mes
KDtiments les plus distingués et les plus dévoués.
« J. DE CottSIG.NY. »
H. Mallet ne fait aucune difficulté de rendre pleine justice aux travaux
de M. Taurines, qui lui sont bien connus, mais il avoue ne pas se rendre
bien compte des motifs de la réclamation de M. de Cossigny.
Dans son analyse de l'ouvrage de M. Buchelti, en exprimant le regret que
celui-ci n'ait pas cru devoir y comprendre les dynamomètres, il a cité en
passant les noms de quelques membres de la Société qui avaient attaché
leur nom à des appareils de ce genre, mais il n'a pas eu la prétention
d'efOeurer même la question. On ne saurait donc lui reprocher d'avoir
passé sous silence le nom de M. Taurines, pas plus que celui d'autres cons-
tructeurs de dynamomètres, quel que soit d'ailleurs leur mérite.
M. Hallbt a indiqué, il est vrai, que le dynamomètre de Wooiwich était
probablement le plus puissant dynamomètre de traction qui ait été cons-
truit. La lettre de H. de Cossigny, qui semble prendre cette assertion pour
1. Ged M puMtt en 1855, année d'nne exposition univerteTle. Froment désirant être
libre de se consacrer entièrement à Tétude de l'exposition et à ses fonctions de membre
do jorj, Je m'élais chargé profisoirement de la direction et de la BurTeiilanee de ses
•ieliers.
— 186 -^
point de départ ne Tinfirme en aucune manière» puisqu'elle ne lui oppose
que des appareils dont le mode d'action et la disposition sont différents.
M. Mallet se bornera à ces courtes observations, il serait heureux de
cet incident si M. CoUadon voulait bien en profiter et envoyer sur celte
question intéressante une de ses communications toujours si bien accueil-
lies par la Société.
M. LB PRÉSIDENT. L'ordre du jour appelle le compte rendu, par
M. Edmond Roy y des résultais des expériences sur un bateau à hélice mobile
de son système. M. Edmond Roy a la parole.
M. Edmond Rot» avant de décrire les dispositions du bateau dont il veut
entretenir la Société, demande la permission d'exposer l'état actuel des
voies de navigation et des moyens de traction qui y sont en usage. On
comprendra mieux ainsi pourquoi il s'est livré à la recherche de nouvelles
dispositions.
M. Edmond Rot donne communication de son mémoire sur les voies et
le matériel flottant de navigation intérieure. Depuis une dizaine d'années,
il a été apporté de notables améliorations aux voies de navigation : on a
unifié la longueur des écluses, relevé quelques biefs, et assuré, en temps
de sécheresse, Talimentation de quelques canaux. Ces travaux modestes,
faits avec une dépense relativement faible, rendent déjà et rendront un bien
plus grand service au pays que certains travaux et dépenses énormes faites
en vue d'un intérêt local.
Bien que ces voies de navigation soient encore loin d'avoir l'unité de
régime de profondeur nécessaire, pour en obtenir tous les résultats écono-
miques qu'elles pourraient donner, telles qu'elles sont actuellement dans le
Nord, l'Est et le Centre-Est, elles n'en constituent pas moins depuis l'unifi-
cation de la longueur des écluses, avec le bassin de la Seine, vers lequel
elles convergent toutes, un assez beau réseau de voies de navigation.
Mais le matériel flottant employé répond-il aux améliorations de la voie?
à la régularité et à la célérité de marche que les chemins de fer assurent
au commerce et à l'industrie?
Sur la basse Seine, on peut dire oui. Le touage, les remorqueurs
assurent une marche régulière; mais , sur tous les canaux et rivières cana-
lisées aflluentes, c'est toujours le vieux bateau, lourd, informe, remorqué
à bras d'hommes ou par des chevaux, d'il y a deux cents ans, mettant
autant de semaines que le chemin de fer met de jours, à parcourir la
distance d'un point à un autre.
H. Roy s'est occupé, il y a déjà plusieurs années, d'étudier les différents
modes de traction de la batellerie, pour se rendre compte de la raison
d'être et du prix de revient de chacun d'eux.
Régime des écluses* — Dans la partie inférieure des fleuves, là où le
— 187 —
régime des pentes est faible» les écluses sont assez éloignées les unes de^
autres, en moyenne dé 20 à 25 kilomètres; remploi d'un moteur spécial,
tooear ou remorqueur, traînant des convois de cinq à six bateaux, y donne
un bon effet utile, mais il ne présente un avantage sérieux que sur un par-
cours très faible, relativement à l'ensemble du réseau indiqué, et avec
la condition expresse d'avoir dépensé une somme de 60 millions sur
un faible parcours de 240 kilomètres, pour construire des écluses gigan-
tesques, pouvant contenir un train de six à sept bateaux avec son toueur
ou son remorqueur.
C'est là une solution qui ne saurait être appliquée à l'ensemble de nos
voies de navigation.
RemeignemenU officiels, — D*après les documents officiels publiés par
le ministère des travaux publics, le développement de nos voies navigables
ayant des écluses ne pouvant contenir qu'un seul bateau, est de plus de
8000 kilomètres.
La distance moyenne entre deux écluses, sur Iqs rivières canalisées, est
de 6 700 mètres.
Pour les canaux proprement dits, cette distance est de 2400 mètre$.
Le nombre d'écluses ne pouvant contenir qu'un seul bateau sur ces deu^
types de voies navigables, est de 2 450.
Les dimensions réglementaires de ces écluses sont aujourd'hui :
Largeur 5" ,20
Longueur utile 38",50
Le maintien de ce type d'écluse, pour l'ensemble denos voles de naviga-
tion intérieure, s'impose donc; il est du reste très suffisant, puisqu'il
permet d'avoir, avec une profondeur d'eau de 2 mètres, des bateaux de
formes convenables, portant 250 à 260 tonnes de marchandises; mais,
malheureusement, sur la plupart des rivières canalisées et canaux situés à
TEst de Paris, dans le Centre et dans le Midi, la profondeur normale ne
dépasse pas 4",60.
Unité de profondeur, défense nationale. — Si la profondeur de 2 mètres
est nécessaire sur les grandes lignes de navigation intérieure au point de
vue économique des transports, elle s'impose aujourd'hui au point de vue
de la défense nationale, ainsi que nous l'a prouvé le récent voyage du
Havre à Marseille du torpilleur n® 62 par l'intérieur de la France, mais
auquel il a fallu mettre une allège pour pouvoir passer par la haute Seine,
la Sadne et le Rhône. Quel puissant moyen de défense donnerait à ce
nouvel engin de guerre l'approfondissement à 2 mètres des canaux du Midi
et latéraux à la Garonne, lui permettant de passer sans coup férîr de
rOcéan à la Méditerranée, sans avoir recours à la solution utopique et
aatioationale d'an canal interocéanique à travers la France, poar permettre
aux navires de passer directement de la Méditerranée dans l'Océan, au
— 188 —
profit des puissances du Nord et au détriment du transit par les voies de
communication françaises.
Passage des faites, — La chute maximum des écluses ordinaires est de
3 mètres; souvent, en arrivant au faîte des canaux à point de partage, la
distance entre deux écluses consécutives ne dépasse pas 100 à 200 mètres;
quelquefois, dans des passages difficiles, quatre ou cinq écluses sonl
superposées Tune à Taulre; là, ce serait le cas d'appliquer le sas bydrau-
lique.
Dans ces conditions, le voyage des bateaux ne saurait s'effectuer par
groupe de plusieurs bateaux traînés par un toueur ou un remorqueur, par
suite des pertes de temps qui en résulteraient au passage des écluses.
Comme exemple de lignes de navigation en communication avec Paris,
M. Roy indiquera sommairement quel est le régime des pentes des deux
plus importantes.
Ligne du nord. — l*" La ligne de Paris aux bassins houillers du Nord et
du Pas-de-Calais et à Dunkerque, dont la longueur est de 478 kilomètres,
emprunte la Seine sur 72 kilomètres, avec trois écluses seulement;
l'Oise canalisée, sur 104 kilomètres, avec 7 écluses; puis les canaux du
Nord qui, sur un parcours de 305 kilomètres, présentent jusqu'à Dunkerque
soixante-cinq écluses à franchir, soit des distances respectives entre
écluses :
Sur la Seine de 24000 mètres.
Sur l'Oise canalisée de ... ^ 15 000 —
Sur les canaux de 4600 —
Le faite de cette ligne est situé sur le canal de Saint-Quentin, à l'altitude
de 83"',30, il est franchi par un grand souterrain de 5 670 mètres de lon-
gueur.
Ligne de Lyon. — 2' La ligne de Paris à Lyon qui suit la haute Seinesur
un parcours :
De 101 kilomètres. 12 écluses.
L'Yonne canalisée 81 — 17 —
Le canal de Bourgogne . . . . 242 — 191 —
La Saône canalisée 212 — 11 —
Total 636' kilomètres. 231 écluses.
Présentant une distance moyenne entre écluses :
Sur rivières canalisées de 10 kilomètres.
Sur le canal de 1 270 mètres.
« V
— 18» —
Le fktte de cette ligue, est à l'altitude de 378",80, il est franchi par un
soQterrain de 3 300 mètres de longueur, situé sur le canal de Bour*
gogoe.
Ce sont là deux types principaux de voies de navigation, — c'est donc
sur les moyens de les parcourir dans leur ensemble, dans les meilleures
conditions de vitesse et de dépense, que devrait être établi le matériel flot-
tant d*un service sérieux de transports à longues distances.
Longueur des biefs. — De l'examen du régime éclusier des deux grandes
lignes de navigation qu'on vient d'indiquer, il résulte que la longueur
moyenne des biefs est :
Sur les principales rivières canalisées 14 000 mètres.,
Sur les canaux 2 900 —
Vitesses de marche. — La vitesse de marche d'un loueur ou d'un remor-
qoeor, remorquant un train de 4 à 6 bateaux, est de 6 000 mètres &
l'heure en rivière.
De leur marche sur canaux, nous ne nous en occuperons pas, puisque
nous avons déjà expliqué jpourquoi leur emploi n'y était pas possible, sauf
quelques cas isolés, tels que passage de souterrains et très longs biefs.
La vitesse d'un bateau à vapeur porteur est en moyenne également :
En rivière canalisée de 6 000 mètres à l'heure.
En canal de . . . .*■ 4000 —
Celle d'un bateau halé par des chevaux
ne dépasse guère 3000 —
Temps pour franchir une écluse. — L'expérience démontre que, sur les
rivières canalisées, où se trouvent des écluses permettant au remorqueur
de se loger avec deux bateaux, comme sur l'Yonne, le temps néces-
saire pour franchir une écluse, pour le toueur ou le remorqueur avec
quatre bateaux, est au moins de 60 minutes ; pour un bateau à vapeur
voyageant seul 10 à 15 minutes.
Pour un bateau haie par chevaux. 25 minutes.
Vitesses effectives. — Si de ces données on déduit la vitesse effective de
chaque mode de traction, en tenant compte de la dimension des écluses
pour les trains remorqués par teneurs ou remorqueurs, on trouve pour
vitesse effective à l'heure :
~ 190 —
1
*
SUR BIVlfcBKS CAHALISilS AVEC LONOOlUa HOTIMNI
DB BIIFS 01
Gaaaiii
bief moyen
. de
2900 mètres
écluse
1 bsteao
24000 mètres
éolaie
pour tout train
basse Seine
UOOO» écluse pour
3 bateaai 1 bateau
6 700 mètres
écluse
IbatMtt
mètres.
mètres.
mètres.
mètres.
mètres.
Toueur pu remorqueur. . . .
5400
4200
3200
2050
»
Bateau à vapeur porteur. . .
5600
5400
5400
4900
2900
Bateau halé par ehoTaux. . .
2800
2750
2750
2500
2070
Inutilité des grandes écluses. — On voit par ces résultats que les écluses
gigantesques de la basse Seine n'ont rien fait gagner pour la célérité des
transports, comparativement au bateau à vapeur» qui ne demandait pas
tant de sacrifices superflus. Nous verrons plus loin caque vaut le touage,
comparé, au point de vue économique, avec le bateau à vapeur porteur.
En ce qui concerne les avantages du bateau à vapeur sur le halage par
chevaux, et sans tenir aucun compte des pertes de temps auxquelles
donne lieu le service de relayage, ils sont trop palpables et ne se discu-
tent pas.
Distances virtuelles. — De ces comparaisons de vitesses de marche,
réduites en raison de la diminution de la longueur des biefs, autrement dit
de la multiplicité des écluses, il résnlte un fait, sanctionné par la pratique,
sur lequel 11 faut appeler l'attention, c'est que le nombre des écluses que
l'on rencontre sur le parcours d'un canal, donne la mesure pratique des dis-
tances virtuelles^ chacune d*elles étant évaluée comme équivalente à un
parcours de 1 kilomètre.
. De la résistance à la traction. — En matière de transports par voie
d'eau, l'accélération de vitesse de marche est une chose qui coûte très cher,
bien plus cher que sur la voie ferrée, où la résistance de traction par
tonne change peu avec Taccroissement de vitesse; tandis que sur la voie
d^eau elle crott comme le carré des vitesses. Pratiquement, et pour des
bateaux à marchandises, auxquels on ne saurait donner des formes trèsfines,
afin d'utiliser le mieux possible la longueur et la largeur des écluses;
transporter la plus grande quantité de marchandises que comportent les
dimensions du bateau qui doit franchirces écluses; pratiquement, disons-
nous, il faut comptersurunerésistance par mètrecarré de section de mattre-^
couple immergé j de 10 kilogrammes en rivière et 30 kilogrammes en canal,
pour une vitesse de 1 mètre par seconde et ajouter encore 0^,*25 par mètre
carré de contour mouillé; c'est ce qui explique les faibles vitesses sur les-
— 191 —
quelles les comparaisons de marche ont été établies, suivant les différents
modes de traction, vitesses qui correspondent, néanmoins, à un parcours
jouroalierde 70 à TS- kilomètres sur rivières canalisées» et de 40 à 45 kilo-
mètres sur canaux, à charge complète, en eau moyenne, pour la traction à
vapeur en ne marchant que pendant 14 à 15 heures par jour.
Cette marche correspond à celle des marchandises en petite vitesse sur
les chemins de fer. Au point de vue de la célérité, la navigation à vapeur
peut donc rendre les mêmes services que le chemin de fer.
Condiltom économiques, — D'après tout ce qui précède, le bateau à
vapeur porteur se présentant comme la solution la plus rationnelle, au
point de vue de l'exploitation de l'ensemble des voies de navigation, il faut
qu'il réponde aussi bien aux conditions économiques qu'à celles de célérité
et de régularité de marche : il doit, comme tout autre véhicule de trans-
port^ pouvoir voyager à vide, en utilisant bien sa puissance motrice; son
poids mort doit être aussi réduit que possible, pouf bien utiliser la faible
profondeur des cours d'eau au profit de la charge utile.
Nécessité de Vimmersion constante de Vhélice, — Si en charge il peut
ayoir un enfoncement de l'^jSO, tandis qu'à vide il n'aura plus que 35 à 37
centimètres d'enfoncement moyen, l'hélice, qui ne peut être d'un trop petit
diamètre, ne sera donc noyée qu'à moitié. Il est donc impossible, dans ces
conditions, de faire voyager le bateau à vapeur ordinaire; il manque de
moyen d'action pour marcher aussi bien à vide que chargé.
M. Roy a cherché une solution pratique permettant d'immerger l'hélice,
quelle que fût la condition de chargement du bateau.
Description du mécanisme de thélice mobile. — C'est cette solution, et
les résultats économiques de son application qu'il a^ Vhonneur de commu-
niquer à la Société.
Ainsi que vous le voyez par le petit modèle que vous avez sous les yeux,
Thélice et le gouvernail sont mobiles dans le sens vertical, jusqu'à possi*
bililé de l'immersion complète de l'hélice, lorsque le bateau est vide.
k cet effet, la tête de l'arbre de l'hélice est terminée par une partie sphé*
rique, parle centre de laquelle passe un fort tourillon. Cette partie sphé*
rique s'emboîte exacteihent dans une demi-sphère creuse faisant partie de
Tarbre moteur, plus un segment de sphère creuse, relié avec l'arbre
moteur par des boulons, pour maintenir la sphère de l'arbre de Thélice
dans la coquille de l'arbre moteur, surtout pour la marche en arrière.
I)eux rainures, dans lesquelles s'engagent les deux extrémités du tourillon
de la sphère, jnunies de taquets rectîlignes, sont pratiquées dans la
coquille et dans le segment relié à l'arbre moteur, et servent à l'entraine-
ment rotatoire, quelle que soit la position de l'arbre de l'hélice.
li'étambot est en forme de fourchette à sa partie inférieure; dans cette
fourchette glisse un patin qui maintient l'arbre de l'hélice dans le sens
transversal.
L'extrémité de l'arbre de l'hélice repose dans un palier supporté par le
gooremail^ disposé à cet effet en forme de béquille*
— 192 —
La tige du gouvernail est filetée, passe dans la tète de Tétambot sur
lequel elle repose par un fort écrou» lequel sert à faire descendre ou
remonter le gouvernail et en même temps Thélice, de la quantité nécessaire
pour que celle-ci puisse être toujours noyée, quel que soit renfoncement
de la coque du bateau.
Par cette combinaison de solidarité de renfoncement de Tbélice et du
gouvernail, on assure la sécurité de pouvoir, dans tous les cas, bien gou-
verner le bateau, ce qui est un point important.
Le joint d'étanchéité est fait par un presse-étoupe ayant un large patio
en forme d'arc de cercle, dont le centre est le même que celui de la sphère;
ce presse-étoupe suit les mouvements verticaux de Tarbre de l'hélice, et
son patin ferme, dans tous les cas, l'orifice du fourreau en tôle, rivé sur
Tétambot, dans lequel passe l'arbre de Thélice.
Dimensions du Descartes» — Le bateau à vapeur le Descartes, de ce type,
queM. Roy a fait construire, a les dimensions ci-après: il fut construit avant
l'achèvement de l'allongement à SS'^jSO de toutes les écluses des canaux da
nord, et n'a pas^ par suite, toute la puissance de tonnage qu'on pourrait lui
donner aujourd'hui, sans avoir besoin d'augmenter la puissance de sa
machine :
Longueur d'étrave eu étambot. 3S",40
Largeur intérieure 4",92
Hauteur sous pont 2"',2S
Épaisseur des tôles de la coque 4, S et 7 mil.
Volume des chambres de chargement 280 m. cubes
Enfoncement, moyen à vide avec tous ses agrès et
10 tonnes de charbon dans les soutes 0,370
Chargement utile correspondant à chaque centi-
mètre d'enfoncement 1 500 kilog.
Chargement avec 1"',80 d'enfoncement 215 tonnes
Machine à vapeur sans condensation , du type Compoundy à pilon.
Puissance utile maximum 35 chevaux
Surface de chauffe de la chaudière 26 m. carrés
Timbre — 9 kil.
Diamètre de l'hélice 1»,300
Les péniches du nord, de 35 mètres de long, portent 250 tonnes.
Le rapport de tonnage utile de ce type de bateau k vapeur, par rapport
aux bateaux les plus informes et les plus lourds à traîner, portant le plus
215
de charge, est donc comme ^. \ soit 0,86.
Prix de remorque. — Le prix de remorque des bateaux ordinaires, soit
par chevaux, soit par le touage, sont les suivants :
— 193 —
Bateaux chargés remorqués par chevaux^ par kilomètre :
Sur l'Oise canalisée, en descente 0 fr. 70
Sur les canaux du Nord, en moyenne 1 »
Sur le canal de Bourgogne el l'Yonne 1 20
Bateaux vides sur rivières canalisées (moyenne) . . » 40
Sur canaux » 50
Remorque par le touage^ en remonte^ pow* bateaux chargés.
De Conflans à Paris à 0 fr. 008 par tonne et par kilomètre.
Soit pour un bateau de 250 tonnes 2 fr. » par kilom.
De Paris à Montereau, pour la coque du
bateau, vide ou chargé (100 kilom.)* ..90 » —
Plus par tonne » 01 —
Ce qui fait ressortir le prix de remorque,
par tonne et par kilomètre, pour un
bateau chargé de 150 tonnes, à 0 fr. 016,
soit 2 50 —
Sur l'Yonne, la remorque par le touagc en
remonte est de 0 fr. 01 par tonne et par
kilomètre, soit pour 150 tonnes 1 50 —
Pour la traversée du canal de Bourgogne,
les bateaux accélérés, marchant jour et
nuit pendant cinq jours, chargés de
140 à 150 tonnes, ont 7 hommes et
4 chevaux, ce qui fait ressortir le prix
de halage à 1 30 —
Sur la haute comme sur la basse Seine, les bateaux à vapeur remor-
queurs ont pour ainsi dire annihilé les services de touage; leur prix de
remorque est moindre de 25 à 30 pour 100 que celui du touage.
Expériences du Descartes. — Le bateau à vapeur le Desçartes^ pour
faire le voyage de Paris à Lyon, aller et retour avec 130 tonnes de charge
en allant, 30 tonnes seulement en retour a dépensé :
Charbon, 15 200 kilogrammes à 30 francs 456 francs.
Mécanicien et chauffeur 305 —
Huile, graisse, chiffons 70 —
Petit entretien de la machine 60 —
Pour intérêt et amortissement de la machine à 10 pour 100
l'an, pour le voyage 100 —
Total . . .• 991 francs.
BULL. !•)
— 194 —
Le parcours aller et retour étant de 1 276 kilomètres, le prix de remorque
par kilomètre est ressorti à 0 fr. 71.
Il a effectué le voyage à Taller en 13 jours.
Et au retour, en 12 jours.
Les bateaux accélérés de Paris à Lyon, remorqués par vapeur jusqu'à
Montereau, par le touage de Montereau à Laroche, par chevaux (canal de
Bourgogne), de Laroche à Saint-Jean-de-Losne et par vapeur sur la Saône
jusqu'à Lyon, meltent 14 à 16 jours. pour effectuer ce voyage.
Pendant les grandes crues de la «Seine du mois de décembre dernier,
alors que tous les vannages des barrages étaient abattus, le Descartes est
descendu de Paris à Rouen avec 227 tonnes de chargement en 27 heures;
il est remonté à Paris avec un chargement de 140 tonnes en 45 heures : sa
consommation de charbon a été, pour aller et retour, de 6 SOO kilogrammes,
sa dépense de traction comptée comme plus haut est revenue à 460 francs,
pour un parcours de 490 kilomètres.
Soit par kilomètre, 0 fr. 95.
Si on compare ces prix de traction kilométrique avec ceux du touage et
de remorque par chevaux, on voit qu'ils leur sont inférieurs de 50 pour 100,
qu'ils sont inférieurs à ceux du halage par chevaux, et donnent sur Tan-
cienne batellerie l'immense avantage de la régularité et de la célérité des
transports.
Prix de revient kilométrique de la tonne, — Si on veut se rendre compte
du prix total de revient des transports effectués dans ces deux voynges, qui
caractérisent pour ainsi dire les prix extrêmes, désavantageux et avanta-
geux, attendu que dans le voyage de Paris à Lyon, le Descartes est allé
avec une charge de 130 tonnes, et est revenu avec 30 tonnes seulement.
Les dépenses totales du voyage compris frais d'assurances, chargement
et déchargement des marchandises, toutes de première catégorie, sucres,
étoffes, papiers peints, fécules, etc.
Se sont élevées à 2316 francs.
Ce qui, pour 1 276 kilomètres et un chargement aller
et retour de 160 tonnes de marchandises, donne un prix
de revient kilométrique par tonne utile de 0 fr. 01135
Le voyage de Rouen peut être considéré comme un voyage à pleine
charge, avec des marchandises de peu de valeur, des pyrites de fer pour
descendre, des avoines pour remonter.
Le prix de revient total, non compris chargement et dé*
chargement s'est élevé à 697 fr. 40
Soit pour 227 -|" 130 tonnes et un parcours total de
484 kilomètres, par tonne et par kilomètre 0 fr. 0l>8
On voit par ces résultats que le bateau à vapeur porteur est bien le type
— 495 —
qu'il convient d'employer pour rendre aux transports par voie d'eau leur
ancienne vitalité, et que le commerce et l'industrie ont beaucoup à en
espérer.
Comparaison avec les chemins de fer. — En ce qui concerne la compa-
raison avec les chemins de fer, il convient de reconnaître, qu'en moyenne,
les distances à parcourir par voie d*eau, pour aller d'un point à un autre,
sont 50 pour 100 plus longues que celles de la voie ferrée : si donc aux
priiL kilométriques de la tonne transf)ortée par voie d'eau, qui précèdent,
on ajoute 50 pour 100, on arrive à 0 fr.017 et 0 fr. 012, en ne comptant
que la distance par chemin de fer.
Sur les chemins de fer, rien que le prix de revient kilométrique de trac-
lion de la tonne utile, est de Ofr. 009, ce prix ne représente que40/100 du
prix de revient total, comprenant tous les frais d'entretien, d'exploitation
et d'administration, soit 0 fr. 0225.
Donc, les voies de navigation peuvent, pour les marchandises en petite
vitesse, lutter très avantageusement avec les chemins de fer, à tous les
points de vue.
£n faisant cette communication h la Société, M. Roy a aussi songé
à répondre, en partie, au remarquable travail sur les principales voies
de navigation d'Europe, sur celles de la France en particulier, offert à
notre Société par notre éminent collègue, M. Nordling.
Ce travail, qu'à son grand regret il n'a pu suivre dans tous ses détails,
parce qu'il est imprimé en allemand, comporte des renseignements très
précis et pleins d'intérêt sur le régime des déclivités des principales voies
navigables; renseignements que Ion ne trouve dans aucune publication
française en vente dans le commerce.
Notre éminent collègue pense, que les voies de navigation, ne peuvent
rivaliser avec les chemins de fer pour le bon marché et la régularité des
transports.
H. Roy a fait de son mieux pour les réhabiliter, bien moins par l'exposé
de la question qu'il vient d'avoir l'honneur de faire, que par les résultats
d'expériences qu'il a présentés, concernant Tamélioration du matériel flot-
tant^ sans laquelle celle de la voie ne donnerait que des résultats secon-
daires.
M. Edmond Rot, après cet exposé, indique une autre nouveauté que com-
porte son bateau. Le mode de chargement adopté rend la chaudière par-
faitement fumivore. C'est ce qu'a constaté Tannée dernière une commission
prise dans le sein du Comité technique des chemins de fer. Après un voyage
de cette commission sur le bateau en question, le ministre des travaux pu-
blics a adressé le 7 juin 1884 la circulaire suivante aux administrateurs
des grandes compagnies de chemins de fer.
« Messieurs, mon administration a été saisie de l'examen d'un appareil
fumivore, pour foyer de machines locomotives, imaginé par M. Edmond
Roy.
— 196 —
« J'ai soumis cette iuvenlion au comité de l'exploitation technique des
chemins de fer.
« D'après le rapport qui lui a été présenté par un de ses membres et
dont le comité a adopté les conclusions « on est en droit d'espérer que
0 l'appareil de M. Roy, rationnel dans son principe et dans ses disposi-
« lions, réussira dans l'application ; une adaptation partielle, constatée d'ail-
« leurs par deux membres du comité, a déjà donné, sur un foyer de chau-
a dière de bateau, une fumivorité très satisfaisante... il serait désirable
« qu'un essai de cet appareil fût tenté, notamment sur les lignes qui ont
« intérêt, par leur situation, à se servir de combustibles menus ou tout
« venants. »
« En suite de cet avis, que j'ai approuvé, j'ai l'honneur de vous signaler
l'appareil de M. Edmond Roy, en vous invitant à examiner s'il n'y aurait
pas lieu de l'employer sur tout ou partie de votre réseau.
a Je vous serai obligé de me faire connaître, à bref délai, les intentions
de votre compagnie.
« Recevez, messieurs, l'assurance de ma considération très distinguée.
« Le ministre des travaux publics^
« Signé : D. Ratnal.
« Pour ampliation :
« Le conseiller d'État, directeur des chemins de fer,
« Signé : Cendres. »
Et j'ajouterai, dit M. Roy, que nos grandes compagnies se sont empres-
sées de n'en rien faire.
Dans l'appareil de M. Roy, le combustible n'est jamais jeté directement
sur la grille. Il est reçu dans une espèce de réservoir où il commence à
s'échauffer. Ce réservoir a pour fond une palette mobile qui, par la position
qu'on lui donne, permet de charger la grille à volonté, soit d'un seul coup,
soit dans la proportion voulue. Une ouverture permet de laisser passer la
quantité d'air nécessaire à la combustion des gaz. Ce dispositif très simple
n'entratne aucune modification importante dans la chaudière. [Applaudis-
sements,)
M. LE Président remercie M. Edmond Roy de sa très intéressante com-
munication.
M. Qu£ruel désire, à propos de la communication de M. Roy, dire queK
ques mots sur la question des écluses. On a parlé des écluses, en général,
et de leurs dimensions. On est d'accord sur leur manque de longueur.
L'administration s'est bornée à les allonger de 3 ou 4 mètres: c'est un ira-
— 197 —
vail insaffisant. Pendant qu'on remaniait les écluses, il fallait en doubler
encore la longueur; et le meilleur argument en faveur de cet allonge-
ment a été donné par M. Roy, lorsqu'il a dit que, actuellement, on fait des
bateaux de formes cubiques, lourds à la traction, qui occupent enlièrement
le cube libre de l'écluse. Pourquoi ces formes défectueuses? parce qu'il
y a insuffisance de longueur. Si on avait une plus grande longueur, on
façonnerait les extrémités des bateaux, et la dépense de traction serait
beaucoup moindre.
Quant an tonnage, M. Quéruel est d'accord avec M. Molinos. Il convien-
drait de faire des bateaux deSOO tonnes au moins, de manière à permettre
la réduction du prix du fret.
La Société devrait appuyer cet ordre dUdées, parce qu'il en résulterait
un grand avantage pour la navigation.
M. Quéruel veut dire encore un mot sur la machine sans condensation
qui a été employée par notre collègue. A son avis, lorsqu'on a de Teau en
abondance, ce n'est pas une bonne solution de ne pas profiter de tous les
avantages que procure la condensation. En la faisant par surface, on emploie
alors l'eau distillée, dans les chaudières, et ses inconvénients peuvent être
conjurés par un mélange d'eau naturelle. On arrive ainsi à avoir des chau*
dières qui se conservent parfaitement bien.
M.Carimantrand. En ce qui concerne les dimensions des écluses, elles
sont généralement limitées par la quantité d'eau disponible dans les
canaux. Dans cette saison-ci, la plupart des canaux manquent d'eau.
Au canal de Saint-Denis, on avait augmenté dans les projets la longueur
des écluses, et au moment de l'exécution on a été obligé de la diminuer;
cela pour économiser Teau. M. Carimantrand demandera à M. Roy s'il
a connaissance du système dans lequel il s'est rencontré avec M. Lacroix,
qui a eu la même idée que lui : savoir, faire varier la hauteur des hélices,
parce que les bateaux en effet ne ramènent rien, à la descente vers Paris,
et qu'alors les hélices ne sont plus suffisamment immergées et perdent leur
force propulsive effective. Seulement, M. Lacroix, au lieu de faire monter
son hélice avec une vis, la faisait monter avec une crémaillère. En 1862, il
a formé une Société dénommée, Compagnie générale de Navigation à va-
peur sur les canaux, à l'aide de Thélice mobile, système Lacroix. Cette
compagnie fit construire, chez M. Joly à Argenteuil, dix-huit bateaux de ce
système, qui ont fonctionné sur les canaux du Nord pendant sept ou
huit ans; ils ont disparu, sans qu'on sache pourquoi, et M.Carimantrand
a pensé que H. Roy pourrait le savoir. Ces bateaux avaient les mômes
dimensions qne ceux de H. Roy, c'est-à-dire celles des péniches.
M.EdmohdRot n'a pas eu connaissance de ce système. Il a fait construire
son bateau dans le Nord, et on ne lui a pas parlé de ce type de bateau.
Il répondra à M. Quéruel au sujet de l'allongement des écluses et des
bateaux de 600 tonnes. Si on les doublait de longueur, on arriverait à avoir
des bateaux ayant 4",90 de largeur au maximun, pour une longeur de
SO à 60 mètres. Mais alors, ce n'est plus un engin de navigation pratique.
— 198 —
Ensuite, pour la navigation intérieure, il ne partage pas du tout Topinion
de ceux qui veulent de grands chargements, parce que, 600 tonnes de
marchandises, cela occupe le bateau longtemps. Le bateau de 600 tonnes
peut avoir sa raison d'être sur la basse Seine, ou pour apporter les pierres
ou les marchandises très lourdes. Mais, pour le transport de marchandises
à détailler par colis, le bateau de 600 tonnes est très dispendieux, surtout
par suite des nombreux chargements et déchargements.
De plus, il y a 2500 écluses faites; on a fait une dépense qui a considéra-
blement amélioré la navigation, mais on aurait dû faire une dépense plus
grande encore. Ce qui serait à désirer, c'est que, sur les canaux où il y a un
trafic important, on fit des écluses doubles, c'est-à-dire permettant simulta-
nément à un bateau de monter tandis qu'un autre descend, pour doubler
la rapidité de l'opération. Mais, dans les canaux alimentés par des prises
d'eau secondaires, avec ce système, on accroît considérablement la dépense
d*eau, et on pourrait n'en avoir pas assez.
Pour la machine, M. Roy comprend qu'une machine de bateau soit h haute
pression. Son avis est celui-ci : c'est que la vapeur dont il se sert est à
9 kilogrammes; le rapport des cylindres est de 2 1/2, si l'on détend de 1/5,
on arrive à avoir huit ou neuf fois le volume primitif de la vapeur. M. Roy
pense que, lorsqu'on a utilisé la vapeur à huit ou neuf fois son volume pri-
mitif, c'est un bon résultat.
Puis, il y a à considérer la légèreté de l'engin. On a vu que le bateau
présenté ne cale à l'arrière, avec une provision de 10 tonnes de charbon,
que 65 centimètres; c'est parce que M. Roy a une machine très simple : c'est
la locomotive qu'il a appliquée au bateau ; cela s'appelle la locomotive Corn-
pound, si vous voulez, avec sa distribution et toutes ses dispositions, c'est
tout à fait la locomotive. Il fait travailler la vapeur à six ou huit fois son
volume. Il doit ajouter que cette machine développe au maximum 35 che-
vaux; elle a 25 mètres carrés de surface de chauffe. Quand elle fait
35 chevaux, elle fait 160 tours par minute. En marche normale, elle fait
100 tours à peu près. En marche normale, quand elle ferait 20 chevaux,
cela irait encore, mais ce serait un peu juste. Mais, quand on porte la vitesse
à 180 mètres, quand on remonte un courant, ou un pont, si l'on a une
machine à condensation, on ne peut pas profiter de l'échappement, on ne
fait pas varier la puissance de la chaudière suivant les besoins. C'est là uu
grave défaut, au point de vue des bateaux, parce qu'il faut avoir des
machines dont les dimensions correspondent complètement à l'effort maxi-
mum à exercer.
Il faut tenir compte aussi de la simplification du mécanisme. Dans les
bateaux, on a un mécanicien qu'on n'a pas sous les yeux; ce n'est pas
comme dans les chemins de fer, où il y a des chefs de dépôt et des chefs
mécaniciens qui exercent une active surveillance.
Dans les bateaux, on envoie le mécanicien en route, et il est abandonné
à lui-même. Il y a des mécaniciens maladroits; s'il survient quelque déran-
gement à la machine, ils ne savent pas le réparer et perdent la tête. M. Roy
— 199 —
a voulu réduire la machine simplement au piston et au tiroir. Du reste, il
avoue que c'est le reproche qu'on fait, à première vue, à cette machine; on
s'imagine, quand on voit ce petit joujou, qu'il ne peut pas remonter le cou-
rant. C'est pour cela que M. Roy lui a fait remonter la Seine, avec les plus
grandes crues, et il avait encore de la vapeur de reste, parce qu'il avait un
échappement qui activait le feu comme dans les chemins de fer. Pourquoi
les machines à grande vitesse ont elles relativement peu de surface de
cbaulTe? parce qu'elles ont un échappement très intense qui active le feu.
Voilà les motifs qui ont guidé M. Roy. D'abord, la possibilité de faire varier
la puissance de la machine suivant les besoins; et ensuite, la simplicité des
pièces mécaniques, parce qu'on confie ces engins aux mains d'un homme
qui n'est pas habile mécanicien.
M. Carimanthand. Les marins et les bateliers ne sont pas d*accord avec
M. Roy, car, pour la marine marchande, on fait de plus en plus de gros
navires. Sur la Seine, il y a quelques années, on ne voyait pas de bateaux de
plus de 300 tonnes, personne ne voulait de bateaux de 500 tonnes, on disait
qu'on ne pouvait pas les gouverner.
Aujourd'hui, depuis Tamélioralion apportée dans le régime du fleuve, il
il y a des bateaux, de SOO et de 600 tonnes; et quand les travaux de
la Seine seront terminés (on promet qu'ils le seront dans deux ans),
quand le canal de Tancarville sera fini, on pourra faire des bateaux de
1 000 tonnes, et avec cela, on abaissera de 40 pour 100 le prix de revient
des transports, parce que il y a des frais fixes constants, qui restent les
mêmes pour 1 000 tonnes que pour 300 et 600 tonnes.
Sur le Rhin, il y a déjà des bateaux de 1000 tonnes; ce tonnage sera
bientôt atteint sur la Seine. Il est vrai qu'on n'a pas toujours 1000 tonnes
de marchandises h mettre, mais les bateaux qui apportent le charbon et les
céréales peuvent en apporter 1 000 tonnes, et d'ailleurs le matériel flottant
ne marche pas toujours à pleine charge.
Les mines d*Anzin et toutes les mines du nord, savent parfaitement
qu'on arrivera à diminuer beaucoup los frais de transport en augmentant
le tonnage des bateaux : ils demandent qu'on fasse creuser un canal, qui
coûtera 100 millions, d'une profondeur de 3 mètres, dans l'espoir d'avoir
de grands bateaux. C'est une demande universelle dans les régions du
nord.
M. Roy répond qu'il s'est placé surtout au point de vue de la question
des transports, en général, pour le commerce et l'industrie, entre Paris et
Rouen. On a fait une canalisation. Il y a deux points extrêmes : Paris et
Rouen; on ne parle que du transport de la marchandise d'un de ces points
vers l'autre, et on laisse de côté le service des points intermédiaires. Dans la
prévision des bateaux de 800 tonnes, on ne songe qu'à prendre du charbon,
par exemple, ou toute autre marchandise à Rouen, pour l'apporter à Paris,
et vice versa; mais, pour l'industrie courante, ce n'est pas le cas, et ce n'est
pas le cas des voies de communication dont il a entretenu la Société. Dans
les canaux allant sur Test, Nancy, Charleville, ou vers Lyon, il faut consi-
^ 200 -
dérer les transports pour desservir les localités qu'on rencontre entre les
points extrêmes. Ge n'est pas avec des bateaux de 800 tonnes que, dans ces
conditions, on abaisserait le prix du transport; cela Taugmenterait, au
contraire, parce que Ton ne peut pas employer une masse comme celle-lh
pour faire des chargements et des déchargements sur tout le parcours. Ces
bateaux peuvent être utiles pour un service local ; mais, jusqu'à preuve du
contraire, il n'est pas très convaincu. En ce qui concerne la navigation flu-
viale, pour la Seine, il aurait mieux valu qu*on coupât les boucles que de
laisser les parcours aussi longs : le trajet est de 80 pour 100 plus long que
celui du chemin de fer. La dépense qui a été faite n'a pas apporté une
grande amélioration à la navigation.
M. Garimartrand. Les transports par eau ne sont pratiques que pour les
grandes quantités.
M. Rot. Dans ces conditions-là, ils peuvent à peine rêtre, parce que les
distances sont trop grandes.
M. Garucautrand. Si le trajet est plus long par eau que par chemin de
fer, la situation est la même pour les petits bateaux que pour les grands.
M. Rot répète qu'il y avait autre chose à faire que ce qui a été fait. Si
on avait raccourci le parcours de 45 kilomètres, avec les grands bateaux,
il aurait pu y avoir une lutte sérieuse avec le chemin de fer.
M. LE PRisiDERT. Est-cc quc M. Quéruel a quelque chose à dire?
M. Quéruel. Il est trop tard pour présenter des considérations étendues ,
mais il y aurait des raisons à opposer à l'argumentation de H. Roy.
M. LE Président. Au retour des vacances, la parole pourra être donnée à
M. Quéruel pour faire des observations à propos du procès-verbal ; il lui
sera ainsi possible de compléter ce qu'il a dit aujourd'hui.
L'ordre du jour appelle la communication de M. Bonnet sur un Appareil
élévatoire de 30 mètres avec chariot transbordeur.
M. Bonnet nous avait promis de prendre la parole devant la Société
beaucoup plus tôt; il avait l'intention de nous entretenir de questions im-
portantes sur l'organisation des services et la partie mécanique du nouvel
Hôtel des Postes, à Tinstallation duquel il a contribué dans une assez
grande proportion; mais il a remis cette communication à la rentrée des
vacances, parce que, alors, il pourra nous conduire visiter le nouvel Hôtel
des Postes, avant que le service ne soit mis en train. Pour nous dédom-
mager un peu, M. Bonnet a bien voulu nous entretenir de cet appareil
élévatoire, disposition très ingénieuse qu'il va exposer devant la Société.
Encore a-t-il attendu cette dernière séance, qui est un peu défavora-
ble, pour être sûr que l'appareil fonctionnait dans de bonnes condi-
tions; il a été jusqu'au bout, comme un bon ingénieur qui ne montre son
travail que lorsqu'il est sûr que l'appareil imaginé par lui est tout à fait
pratique.
M. Bonnet remercie M. le Président de la manière dont il vient de parler
— 201 —
desacommunication, et il compte sur la bienveillance de ses collègues
pour écouter sa monographie.
M. A. Bonnet commence par faire rtiislorique de la question.
Au mois de février 1881, il a été appelé, lors de la construction du gros
œavre de THôtel des Postes, à étudier un moyen permettant une pose
rapide des pièces formant Tossalure extérieure de la future construction.
Les assises devaient êlre amenées aune hauteur de 12 mètres, au-dessus
du niveau du trottoir des rues environnantes, sur un développement total
de 380 mètres, en une seule campagne.
Pour atteindre ce résultat, les moyens mécaniques ont été substitués aux
moyens en usage dans les chantiers de Paris.
L'appareil employé a été une grue à balancier^ dont la charpente entière
était en bois de sapin, et la hauteur de 13°^,500. Cette grue se déplaçait sur
une voie de 1",750 de largeur.
Les résultats ont été satisfaisants et le problème résolu.
Pour diverses raisons, un appareil plus puissant ne fut pas demandé et
l'achèvement de THôtel eutlieu avec les méthodes habituellement employées
parles poseurs de pierre.
An mois de juin 1882, il a été demandé, à M. Bonnet, un appareil sem-
blable à celui employé aux Postes, pour l'édification de la nef au chantier
de Montmartre.
Il s'agissait de construire cette nef sans employer une charpente consi-
dérable qui eût coûté plus de 500 000 francs.
Le premier appareil monté au chantier de Montmartre avait 15 mètres
de hauteur totale.
Les résultats ayant pleinement confirmé les prévisions, M. Bonnet a été
appelé à résoudre un problème plus complexe. C'est la solution de ce
problème qui fait l'objet de la communication.
Le programme imposé se résume de la manière suivante :
En hauteur l'appareil doit pouvoir opérer U pose des assises jusqu'aux
sommiers des voûtes, poser les sommiers et établir les voûtes; l'extrados
étant à 27 mètres du sol de la nef.
En déplacement, la grue doit desservir les deux côtés de la nef et tout
le pourtour du chœur.
La nef s'étend sur une longueur de 52",500 et le chœur a un rayon de
7*,280 dans œuvre.
Ses piliers ont 4",500 d'épaisseur.
La partie centrale de l'ensemble de l'édifice devait rester entièrement
libre.
La translation, dans la nef et au pourtour du chœur, étant nécessaire-
ment effectuée à la volonté d'un mécanicien, et suivant les besoins du ser-
vice, par des moyens mécaniques dont la puissance moirice serait
demandée à une machine à vapeur placée sur la plate-forme de l'appareil.
Un homme seul devant suffire à la manœuvre complète.
Dans la partie correspondant au chœur. Taxe du rail extérieur pouvait
— 202 —
avoir au maximum 6'",860 de rayon. Le passage dans cette partie ne pou-
vait être obtenu qu'en rendant mobile l'un des essieux ou en employant un
appareil auxiliaire.
Le poids total est de 25 tonnes ; la manœuvre d'un essieu mobile esi
dangereuse dans de telles conditions de charge, on a donc dû recourir à
un appareil auxiliaire spécialement disposé pour transborder Tappareil
élévatoire.
L'élude comprend donc trois parties distinctes :
1® l'appareil élévatoire;
2** le chariot transbordeur;
3* la voie.
APPAREIL ÉLÉVATOIRE.
La pose doit avoir lieu à 27 mètres au-dessus de la nef, comme hauteur
maximum.
Certaines obligations locales ont conduit à surélever le rail de 2 mètres
au-dessus du sol de la nef. Le plan supérieur de pose se trouve ramené à
25 mètres du niveau du rail.
Afin d'atteindre le porte à faux, assez considérable^ de 4°*,500, demandé
par l'épaisseur des piliers, l'axe du balancier a dû être établi à 25 mètres
au-dessus du rail.
Le balancier a 11 mètres, ce qui donne une hauteur de 30^,50 au-dessus
du rail pour l'axe de la poulie recevant la chaîne de charge.
Balancier, — Le balancier est formé par deux poutres en treillis montées
parallèlement sur un axe en fer qui les traverse toutes deux dans des tour-
teaux en fonte rivés sur des tôles qui forment l'âme des poutres au milieu
et aux extrémités.
Ces poutres sont entretoisées de distance en distance par des entre-
toises intérieures.
Aux deux extrémités du balancier sont placées deux poulies : Tune la
poulie recevant la chaîne de charge, l'autre la poulie servant au rappel du
balancier.
L'axe d'oscillation porte aussi une poulie qui sert à renvoyer la chaîne de
charge au treuil de manœuvre placé sur la plate-forme inférieure.
Les pierres employées à Montmartre sont toutes des pierres dures de
Château-Landon ; le levage est fait à la louve, les pierres arrivant toute
taillées.
Le balancier doit opérer la pose directement sans bardage supplémen-
taire; il doit donc pouvoir prendre toutes les positions, depuis la position
horizontale jusqu'au relèvement total limité par la chaîne de charge
ramenée contre les montants.
Pour que celte manœuvre soit régulière, le centre de gravité du balancier
a dû être fixé un peu en dessous de Taxe d'oscillation au moyen d'un contre-
poids spécial.
— 203 —
Pylône. Le pylône, portant le balancier à la partie supérieure et la
macbioerie à la partie inférieure, est formé de pièces de charpente en pitch-
pin.
H est composé de deux montants verticaux assemblés dans un des lon-
gerons du châssis inférieur et réunis entre eux, à diverses hauteurs, par
des entretoises. Dans le plan vertical des montants, deux contre-fiches laté-
rales viennent buter ces pièces. £n arrière des montants, deux autres con-
tre-fiches.
Pour la constitution de cet ensemble, le métal devait être rejeté :
l"* par suite du poids qui aurait remonté le centre de gravité total et
compromis la stabilité;
2* comme rendant très difficile l'assemblage au moment du montage sur
place ;
3« par raison d'économie de premier établissement.
Les pièces travaillent toutes à compressioA sauf les contre-fiches d'arrière
qai travaillent à traction, l'emploi du pitchpin est motivé dans cette appli-
cation.
Les voies d'accès de la butte Montmartre ont obligé à constituer les pièces
en deux parties, le passage ne pouvant s'effectuer au delà de 17 mètres de
longueur.
Les pièces sont assemblées à traits de Jupiter de 3 mètres de longueur.
Les deux longerons sur lesquels sont boulonnées et encastrées les pièces
du pylône^ sont formés de deux morceaux de chêne de fort équarrissage.
Ils sont réunis entre eux par deux traverses également en chêne et bou-
lonnées.
Les longerons et leurs traverses forment un châssis sur lequel est instal-
lée la machinerie.
Tout l'ensemble est porté par deux essieux en fer sur lesquels sont calées
des roues en acier de 0",60U de diamètre.
La machinerie est complexe, elle doit répondre aux besoins suivants :
!• élévation du fardeau ;
2* manœuvre du balancier;
3» translation de la grue;
4* translation du chariot transbordeur.
La puissance motrice est demandée à une machine à vapeur, mi-fixe,
verticale.
Cette machine commande, au moyen d'une courroie, un arbre de la trans-
mission, lequel arbre donne le mouvement :
!• au treuil de charge;
2"* au treuil de rappel du balancier;
3"* à la translation.
Treuils. Les treuils sont du système « Bernier » afin de ne pas former un
matériel hors série pour l'en! repreneur et de conserver les habitudes des
ouvriers du chantier. Les débrayages de ces treuils sont ramenés près de la
machine sous la main du mécanicien.
— 204 —
Le treuil de charge est entre les deux montants, le treuil de rappel du
balancier est fixé aux contre-fiches d'arrière.
Ces treuils sont à deux vilesses, mais ils fonctionnent toujours :
Le treuil de charge à la grande vitesse.
Le treuil de rappel à la petite vitesse. •
La descente des pierres ou des bennes à mortier s'effectue au frein.
Translation. La translation est obtenue par des engrenages commandant
l'essieu placé sous la machine et elle est mise en mouvement, à la main, par
un embrayage à doubles cônes de friction permettan t le renversement du
sens de la marche.
Le dernier engrenage, qui communique le mouvement à l'essieu moteur,
est monté fou sur cet essieu et il n'en devient solidaire que par le moyen d'un
embrayage à emboîtements qui est manœuvré du plancher même de la
machine.
Puissance de t appareil élévatoire. La puissance de l'appareil a été calcu-
lée pour résister aux efforts provenant d'une charge de 2800 kilogrammes,
ce qui correspond à un volume de 1"",200, la densité du Château-Landon
étant de 2 400 kilogrammes environ.
Dans ces conditions, le fer travaille à 6 kilogrammes par millimètre carré
pour le balancier (flexion et compression), à 6%50 pour les essieux; la fonte
à 2 kilogrammes par millimètre carré pour les dents d'engrenages; le bois
de pitchpin à 0^,061 par millimètre carré pour compression seule et à
0^,850 par millimètre carré lorsqu'il travaille à flexion et compression à la
fois.
L'appareil peut lever et poser 80 à 100 mètres cubes par jour suivant les
conditions d'alimentation du chantier et de hauteur de pose. La hauteur n'a
d'influence que dans les valeurs extrêmes, le montage se faisant pendant
que la translation s'effectue.
Stabilité. Une des questions les plus importantes est la stabilité.
Le moment résistant a été trouvé de
27 750
Le moment de renversement maximum est donné par la charge 2800, le
balancier étant horizontal; sa valeur est de
14280
Rapport du moment résistant au moment renversant
27750
14 280
= 1,943.
donnant une sécurité absolue dans le cas le plus défavorable.
L'influence du vent est considérable au point élevé où fonctionne l'appa-
reil.
En tenant compte des circonstances locales, la stabilité n'est compro-
mise que lorsque le vent a une intensité supérieure à celle qui correspond
à une pression de 162 kilogrammes par mètre carré, le balancier étant
— 208 —
droit, et de 222 kilogrammes par mèlre carré, le balancier étant hori-
zontal, et encore faut-il que la direction soit normale à Taxe de la voie et
à l'amère de l'appareil.
Sécurité des manœuvres. Depuis 1881, il a été constaté qu'il ne s'était pas
posé moins de jSOOO mètres cubes avec ces appareils, non seulement sans
danger ponr l'existence des hommes qui ont été employés, mais encore
sans qu'aucun d'eux ait été seulement blessé.
CHABIOT TRANSBORDEUR.
L'appareil auxiliaire devant transborder l'appareil élévatoire, doit se
déplacer sur une voie circulaire dont le rail extérieur ne peut avoir plus de
6»,860 de rayon, à Taxe.
Les essieux de la grue étant distants de 5 mètres, le chariot à 6'',500 de
longueur totale.
Conditions d^ établissement. Les conditions d'établissement du chariot
transbordeur sont les suivantes :
1* Permettre Taccès facile à Tappareil venant des voies latérales ou s'y
rendant.
2* Il doit être relié à la voie latérale jusqu'au moment où l'appareil devient
solidaire du chariot.
3* Le chariot et l'appareil doivent être rendus solidaires par un mouve-
ment automatique, et cette solidarité doit exister pendant toute la translation
aatour dû choeur^
k^ Le mouvement moteur doit être pris directement sur le mouvement de
translation de l'appareil.
5* Le chariot étant nécessairement relié & la voie latérale sur laquelle
l'appareil pose les pierres de la nef, pendant cette période, il y a enclenche-
ment des pièces mobiles du chariot afin que l'appareil ne puisse s'engager
sur ce chariot, sans que celui-ci ne soit prêt à le recevoir.
Chariot. Le chariot est formé par un châssis métallique composé de deux
longerons, de deux traverses et de plusieurs entretoises. La rigidité de
l'ensemble est assurée par des goussets et deux contreventements horizon-
taux. Les roues sont extérieures, avec supports spéciaux, disposition
donnant la hauteur minimum. Leur nombre est de cinq pour assurer la
stabilité du côté de la charge.
Liaison du chariot et des voies d'accès, — La liaison du chariot et des
voies latérales est obtenue par des verrous fixés sur les traverses et manœu-
vres au moment du départ, Tenclenchement se fait automatiquement. Dans
cette position, les voies du chariot sont rigoureusement dans le prolonge-
ment des voies d'accès. Les longerons reposent sur des patins en acier légè-
rement inclinés afin d'éviter le frottement au départ.
Solidarité de F appareil et du chariot. A chaque extrémité des rails du
chariot est disposé un verrou en fer forgé coulissant dans des guides en
fonte.
— 206 —
Ces verrous sonl manœuvres par des bielles mises en mouvement par un
levier à contrepoids. Les bielles sont en deux parties avec écrous de
réglage.
Le fonctionnement est automatique au moyen d'un taquet de butée fixé
sur le longeron de la grue. Le taquet entraîne le levier et les verrous vien-
nent buter sur les boudins des roues; dès que le mouvement de l'appareil
a son amplitude complète, les boudins découvrent les verrous qui> rendus
libres, achèvent leur fermeture sous l'action du contrepoids. L'ouverture
se fait à la main.
Mouvement moteur du chariot. Une des particularités du système adopté
consiste à demander le mouvement moteur du chariot à l'appareil éléva-
toire lui-même.
Ce mouvement est pris sur le dernier engrenage de la translation monté
fou sur Tessieu.
Un ensemble de deux harnais de roues coniques transmet le mouvement
au chariot au moyen d'une crémaillère scellée dans le sol du chœur.
Pour éviter les erreurs de mise en route, le sens de marche des roues du
chariot est le même que celui de la grue pour un même déplacement du
levier d'embrayage.
Enclenchement des pièces mobiles. Il y a lieu de se préoccuper de rendre
impossible un accident résultant de ce que les pièces mobiles du chariot,
manœuvrées pendant que la grue fonctionne sur les voies latérales, aient
pu amener l'ouverture de tous les verrous à la fois.
On a acquis toute sécurité en terminant l'arbre des bielles des verrous
par une série de loviers actionnant un étrier qui^ doué d'un mouvement en
sens inverse de celui du levier auquel il est relief vient entourer l'extrémité
du second levier et empêche le déplacement de celui-ci.
VOIES.
Les voies latérales sont formées de deux alignements droits raccordés
par une courbe de 106",75 de rayon.
Les voies de la nef ont S^^^SSO de largeur d'axe en axe.
Les rails sont en acier, type du chemin de fer du Nord, pesant 30 kilo-
grammes le mètre. Ils sont po>és sur longrines entretoisées. Il y a trois
entretoises par largeur de rail de 8 mètres*
Les rails du chariot sont établis à 0*^,595 en contre-bas de ceux des voies
latérales. La voie a 3">,100 de largeur, le rail extérieur étant cintré,
comme il a été dit, a 6'",860 de rayon»
Levage surplace* Le levage sur place s'est fait avec une grande facilité
en utilisant une charpente existante de 13 mètres de hauteur. Il a été fixé,
sur cette charpente, deux sapines inclinées Tune vers l'autre, reliées par des
traverses. La traverse supérieure portait la chape d'une poulie sur laquelle
s^enroulait le câble d'un treuil placé sur le sol de la nef. La poulie était à
36 mètres du soL
— 207 —
L'appareil élévatoire et le chariot transbordeur ont été exécutés d'une
manière remarquable dans les ateliers de MM. Rénaux fils et Bonpain, à
Rouen. H. Bonpain est un de nos collègues les plus sympathiques.
Le levage a été fait avec une précision parfaite.
M. BoNHBT ajoute qu'il aurait pu aborder plus tôt celle communication,
mais que, d'accord en cela avec notre cher et érainent président, il a voulu
attendre que l'expérience ait apporté une consécration à ses prévisions :
aujourd'hui l'expérience est complète, et, depuis la mise en service, les ap-
pareils n'ont pas cessé de donner une solution complète du problème qui
avait été posé. {Applaitdissements.)
M. LE Président. Quelqu'un a-t-il quelques observations à faire sur la
commanication de M. Bonnet ou des questions à lui poser.
M. FoREST demande à M. Bonnet de vouloir bien donner un aperçu du
prii de revient de l'appareil pour des installations de différentes hauteurs.
M. Bonnet. L'ensemble coûte à peu près 33 000 francs pour une hauteur
de 30 mètres. La charpente des bas-côtés a coûté 720000 francs; celle du
chœur aurait coûté 500000 francs au moins.
M. FoRBST. Est-ce que les voies sont comprises dans ce prix?
M. Bonnet. Il y en a pour 3 000 francs, les rails compris. Quant à la
charpente particulière de la crypte remplaçant le sol, c'est un cas spécial
dont il n*y a pas à tenir compte dans le prix de revient.
M. LE Président. Les observations qui viennent d'être faites prouvent
rimportance et l'intérêt de ces grands appareils élévatoires, puisque, pour
les grandes constructions, ils peuvent remplacer les charpentes énormes
qu'on est obligé d'établir. D'après les chiffres que vient de donner M. Bon-
net, s'il s'agissait d'une dépense de 500 000 francs, et que l'emploi de cet
appareil permit de n*en dépenser que 33 000, on réaliserait une économie
considérable.
M. Bonnet. Deux mois après que Tappareirest en marche, Tentrepreneur
l'a déjà payé, il y a une économie de main-d'œuvre énorme.
M. Badois. Comment se fait la pose des pierres? Est-ce par assises ou
n'importe comment?
M. Bonnet. M. Badois signale là un des grands avantages de l'appareil.
Oq prend la pierre et on la pose n'importe où, quand elle arrive, à condi-
tion, naturellement, que la pierre sous-jacente puisse la recevoir. Il y a
quelquefois trois ou quatre assises montées dans un coin« et rien dans
l'autre. On peut poser, dans une assise, toutes les pierres et laisser celle
du milieu; quand elle arrive^ elle se pose parfaitement^
M. Badois. Gomment l'entrepreneur règle^t-il son chantier avec cet
appareil?
M. Bonnet. — D'après la dimension des pierres qui arrivent; il fait tailler
quelquefois trois assises à l'avance, on n'a plus besoin de poser les pierres
par assises complètes, comme nous le disions tout à l'heure.
M; Badois. — Le mouvement du balancier se fait-il facilement?
--- 208 —
M. Bonnet. ^ Très facilement. On prend la pierre, et on va la porter
quelquefois à 15 mèlres à l'endroit où elle doit être posée. Pendant ce
temps, le mécanicien règle le balancier, monte la pierre, et donne du nez s'il
y a lieu; mais, il est presque toujourssûr d'arriver à l'endroit voulu; il n'y a
presque pas de fausses manœuvres. Le mécanicien sait où la pierre va, et
quand elle arrive, il la pose exactement à la place qu'elle doit occuper.
M. QuERUEL. — Avec ce système, il y a moins de danger d'écorner les
pierres?
M. Bonnet. — Et les hommes. Il y a pour eux comme pour les pierres,
une sécurité absolue.
M. FoRBST. — Comment procédera-l-on pour les voûtes?
M. Bonnet. — On battra en retraite.
M. LE Président. — Y a-t-il encore d'autres observations? Si personne
ne demande plus la parole, je remercierai M. Bonnet de son très intéressant
travail, et je le prierai de vouloir bien penser à nous fidèlement à la rentrée,
pour faire une visite à l'Hôtel des Postes, comme il a bien voulu nous le
promettre.
Le chariot transbordeur, sur lequel H. Bonnet aurait pu appuyer davan-
tage, est une œuvre remarquable au point de vue mécanique et au point de
vue de la précision.
Le mémoire de M. Bonnet sera publié in e&lenso dans le Bulletin.
MM. Gassaud et Verrier ont été reçus membres sociélaires.
La séance est levée à onze heures et quart.
APPAREIL ÉLÉVATOIRE
DE 30 MÈTRES DE HAUTEUR
AVEC CHARIOT TRANSBORDEUR
Par m. AvciuSTE BONIKET
Historique de la question. — Au mois de février 1881, lors de la
construction du gros œuvre de THôtel des Postes, à Paris, oous fûmes
appelé à étudier un moyen permettant une pose rapide des pierres
formant l'ossature extérieure de la future construction.
11 s'agissait d'amener les assises à environ 4 mètres au-dessus du
niveau du plancher haut du rez-de-chaussée, sur un développement
d'environ 380 mètres, en une seule campagne : celle qui commençait
deux mois plus tard, en avril 1881.
Pour atteindre sûrement le résultat demandé, il était de toute évi-
dence qu*il fallait substituer les moyens mécaniques aux moyens babi-
luellement en usage dans les chantiers de construction de Paris.
Après des études et des tâtonnements, nous avons été amené à l'éta-
blissement d'une grue à balancier dont la charpente entière était en
boisdesapin, balancier compris, et qui était mise en mouvement par
Qoe machine à vapeur du système mi-fixe.
Cette grue, de 13'°,500 de hauteur totale, était établie sur une voie
de l"",75flde largeur entre axes des rails.
L'étude détaillée et la construction, de l'appareil, n'ont permis sa
mise en service que vers le 1 5 mai.
Les résultats ont été satisfaisants et le problème résolu : du jour de
la livraison de la grue à la fin du mois de septembre de la même année,
BtILL. 14
- 210 —
les assises étaient amenées à un niveau de 12 mètres au-dessus des
trottoirs, sur tout le périmètre de rédifice.
Pour diverses raisons un appareil plus puissant ne fut pas demandé
et l'achèvement de THôtel eut lieu avec les moyens habituellement
employés par les poseurs de pierre.
Au mois de juin 1882, M. Riffaud, Thabile entrepreneur de Paris,
chargé de la construction de Téglise de Montmartre, fut frappé de la
rapidité et de la précision de manœuvre de la machine employée Tan-
née précédente à THôtel des Postes. Il avait remarqué aussi que les
charpentes, servant au bardage des pierres, étaient supprimées com-
plètement.
Ce dernier avantage était d'une importance de premier ordre pour
l'édification delà nef, au chantier de Montmartre. Après un bienveil-
lant examen, M. Rauline, architecte, remplaçant l'architecte en chef,
M. Âbadie, alors malade, nous a demandé l'établissement d'un appa-
reil semblable à celui employé à l'Hôtel des Postes avec de légères
modifications : l'appareil fut porté à 1 S mètres de hauteur totale.
C'est dans ces conditions que l'on est arrivé à la 23" assise; à Mont-
martre les assises sont réglées en hauteur à 0'",45.
La marche des travaux ayant été très régulière et l'économie résul-
tant de la suppression des échafaudages se 'chiffrant par plus de
200 000 francs, l'année dernière nous avons été appelé à résoudre un
problème beaucoup plus complexe.
C'est sa solution qui fait l'objet de cette communication.
- Données du problème. <— Le programme qui nous était imposé se
résumait de la manière suivante :
En hauteur, l'appareil devait pouvoir opérer la pose des assises, non
seulement jusqu'aux sommiers des voûtes, mais encore poser ces som-
miers et établir les voûtes, l'extrados de celles-ci étant à environ
27 mètres du sol de la nef.
En déplacement, la grue devait desservir les deux côtés de la nef et
tout le pourtour du chœur.
La nef s'étend sur une longueur de 52'°,500 et le chœur a un rayon
de 7°',280 dans œuvre, ainsi qu'on peut le constater sur le plan des
voies annexé à ce mémoire.
Les piliers ont 4™, 500 d'épaisseur.
La partie centrale de l'édifice devait rester entièrement libre pour
— 2il —
permettre de satisfaire aux besoins du culte pendant la construction.
La translation étant nécessairement effectuée, dans la nef et au
pourtour du chœur, à la volonté d'un mécanicien et suivant les besoins
du service, par des moyens mécaniques dont la puissance motrice
serait demandée à une machine à vapeur placée sur la plate -forme de
l'appareil.
Un honmie seul devant suffire à la manœuvre complète.
Tout en remplissant ce programme^ il ne fallait pas songer à opérer,
par l'appareil élévatoire seul, la translation dans une courbe intéres-
sant les deux tiers d'une circonférence, l'axe du rail extérieur devant
avoir un rayon de courbure de 6*", 860 au maximum.
Le passage, dans une courbe d'un aussi faible rayon, ne pouvait
être obtenu qu'en établissant l'un des essieux en deux tronçons très
courts, recevant chacun une roue, et se déplaçant afin que les trois
essieux soient dirigés suivant des rayons de la courbe.
Le poids total est d'environ 25 tonnes, soit 6 250 kilogrammes sur
chaque roue ; dans ces conditions de charge les essieux ne pouvaient
ètpe mobiles.
Un appareil auxiliaire, spécialement disposé pour transborder l'appa-
reil élévatoire, d'un alignement droit à un autre, devenait indispen*
sable.
Notre étude comprend donc trois parties distinctes :
i* L'appareil élévatoire:
2"* Le chariot transbordeur;
3* Les voies.
1. APPAREIL ELEVATOIRE
Conditions d'étabusseuent. — D*après le programme imposé nous
devions réaliser la pose des pierres et la manœuvre des services accès-*
.soires, tels que les bennes contenant le mortier, à environ 27 mètres
du sol de la nef.
Comme nous le constaterons dans l'étude de la voie, par suite de
certaines obligations locales, le rail a dû être surélevé de i "^yiOO par
rapport au sol de la nef, surélévation qui a été portée à 2 mètres pour
permettre l'établissement du chariot transbordeur.
— 212 —
Le plan supérieur de la pose se trouvait donc ramené à 23 mètres du
niveau du rail .
En choisissant le type adopté précédemment d'un balancier oscillant
établi au sommet d'un pylône en forme de pyramide, il devenait
nécessaire de prendre la hauteur de 25 mètres comme cote de
la distance de cet axe au rail, afin de permettre d'atteindre le porte
à faux assez considérable, de i^'^SOO, demandé par l'épaisseur des
piliers : le service extrême devant s'effectuer avec le balancier placé
horizontalement.
Nous avons arrêté la hauteur du pylône à 2S mètres et la longueur
du demi-balancier à 5°*,500, soit une hauteur totale de 30'",o00
au-dessus du rail pour Taxe de la poulie recevant la chaîne de
charge, le balancier étant redressé.
Les deux parties de ce balancier sont symétriques afin de n'aaiener
aucune modification dans la répartition des charges, et par conséquent
nous avons donné au balancier une longueur totale de 1 1 mètres entre
les axes des poulies extrêmes.
Les dimensions principales motivées, nous allons décrire le mode
de construction adopté et Tensemble des engins mécaniques assurant
le service complet.
Balancier. — Cette pièce importante ne pouvait plus être constituée,
comme dans les premiers appareils, par deux poutres en bois armées de
tirants en fer boulonnés dans des sabots en fonte recevant les axes des
poulies et l'axe d'oscillation.
La longueur de H mètres devait rendre difficile une égalité de résis-
tance nécessaire, et, de plus, le poids de l'ensemble devenait plus
considérable qu'avec deux poutres formées de treillis en fer : l'emploi
du métal s'imposait donc, les conditions de légèreté et de régularité de
résistance étant de premier ordre à une hauteur de 2S mètres et primant
toutes les autres, notamment celles de l'économie dans la dépense
d'établissement.
Le balancier a été formé par deux poutres en treillis de fer^ ayant
0™,410 de hauteur à l'axe et 0",230 à chaque extrémité. Ces poutres
sont montées parallèlement sur un axe en fer qui les traverse toutes
deux dans des tourteaux en fonte rivés sur des tôles qui forment Tâme
des poutres au milieu et aux extrémités.
Pour augmenter la résistance tout en réservant le poids, ces poutres
— 213 —
ODt été armées de tirants en fer à la partie supérieure ; de distance en
distance des entretoises évidées, placées à l'intérieur, maintiennent un
écarteraent invariable entre les deux flasques.
A chaque extrémité de ce balancier sont disposés des axes tournant
dans des coussinets en bronze montés dans les tourteaux en fonte ; ces
coussinets portent des graisseurs de la Coux contenant de l'huile pour
plusieurs mois, le nombre des remplacements du corps lubrifiant de-
vant être réduit autant que possible ; des poulies, calées sur ces axes,
reçoivent, Tune la chaîne de charge, l'autre la chaîne de retenue ou de
rappel du balancier.
L'accès de ces extrémités du balancier est rendu possible par des
échelons rivés sur le dessus des cornières supérieures du balancier,
les tirants formant une sorte de double rampe de sécurité.
La chaîne de charge, visible sur l'ensemble de la grue (pi. 102),
porte à la partie inférieure un crochet sur lequel sont frappés les
contrepoids nécessaires pour opérer la descente de la chaîne à vide.
Ces contrepoids pèsent ensemble ISO kilogrammes environ, formant
l'équilibre d'une partie de la chaîne et du frottement de la poulie su-
périeure.
Cette chaîne, après son enroulement sur la poulie supérieure, passe
entre les deux flasques du balancier et, s'enroulant de nouveau sur une
deuxième poulie montée folle sur le milieu de l'axe d'oscillation, est
renvoyée au treuil de charge placé sur la plate-forme inférieure, dont
nous parlerons plus en détail en étudiant la machinerie.
Les pierres employées à Montmartre sont toutes des pierres dures
provenant des carrières Civet et C'® à Ghâteau-Landon ; le levage est
fait à la louve, les pierres arrivant toutes taillées et moulurées.
Le balancier doit permettre la pose des pierres directement à leur
emplacement définitif sans aucun bardage supplémentaire ; il est donc
nécessaire qu'il puisse prendre toutes les positions depuis la position
horizontale jusqu'au relèvement total limité par la chaîne de charge
ramenée contre les montants.
En calculant la position du centre de gravité, on le trouve situé à
O"',210 au-dessus de Taxe d'oscillation; il résulte de celte situation que,
lorsque le balancier dépasse la position faisant un angle de SO degrés
avec rborizontale, il ne doit plus obéir à la chaîne de rappel et qu'il
doit s'appliquer brusquement sur la charpente du pylône.
Pour donner au balancier une manœuvre réguUère, il devient néces-
— 214 -
sâire de ramener son centre de gravité en coïncidence avec Taxe d'os-
cillation, de le placer même en dessous de cet axe.
Cette manœuvre régulière est réalisée par des contrepoids réunis à
la partie inférieure du balancier par des cornières et des tirants ; le
dessin montre parfaitement l'ensemble de ces dispositions.
Ghabpente. — Le pylône, portant le balancier à la partie supérieure
et la machinerie à la partie inférieure, est formé par un ensemble de
pièces de charpentes en bois, à Texclusion de toute partie métallique en
dehors des boulons d'assemblage.
II est composé de deux montants verticaux assemblés dans un des
longerons du châssis inférieur et réunis entre eux à diverses hauteurs,
par des entretoises ; extérieurement, et dans le plan vertical contenant
les axes des montants, deux contre-fiches viennent contrebuter ces
pièces avec lesquelles elles sont boulonnées et entretoisées.
En arrière de chacun des montants deux autres pièces inclinées,
(1 les contre-fiches d'arrière, » reliées aux autres pièces principales par
des boulons et des étriers, que les desseins montrent très clairement;
la liaison est complétée par des entretoises.
Pour la constitution de cet ensemble Temploi du métal n'était pas
indiqué pour diverses raisons :
1* Le poids qui eût remonté le centre de gravité total à une trop
grande hauteur au-dessus du sol et aurait compromis la stabilité ;
2"* La difficulté d'assemblage des pièces au moment du levage ;
3** L'économie du prix de premier établissement.
Les pièces travaillent toutes à la compression sauf les contre-fiches
d'arrière qui travaillent à traction ; l'emploi du bois de sapin est favo-
rable, il est plus léger que le chêne à égalité de volume et au moins
aussi résistant dans les conditions des efforts agissant sur les montants
et les contre-fiches.
Le bois de sapin se fend facilement, cet inconvénient présente une
certaine gravité dans l'application spéciale dont nous nous occupons,
aussi avons-nous cru devoir choisir un bois de même nature, mais plus
ferme ; la charpente est exécutée en pitchpin.
Ce bois se trouvant en très beaux échantillons dans les provenances
du Venezuela, il nous était possible de composer la charpente d'élé-
ments d'une seule pièce.
II fallait se préoccuper du transport et, malheureusement, si Ton
pouvait admettre les longueurs de 21 à 22 mètres jusqu'au pied de la
— 218 —
butte Montmartre» les voies d'accès à notre disposition pour parvenir
au sommet ne permettaient le passage que jusqu'à i7 mètres de lon-
gueur, encore en prenant des précautions spéciales et en s'arrètant au
niveau du sol de la crypte du monument.
Nous avons donc été conduit à l'emploi de pièces fractionnées : les
montants et les contre-fiches d'arrière sont formés de deux parties
assemblées à traits de Jupiter de 3 mètres de longueur dont les dessins
font voir les étriers à la partie supérieure pour les montants au tiers
inférieur pour les contre-fiches.
Les pièces formant le pylône sont assemblées avec deux longerons
à la partie inférieure. Elles sont reliées à ces longerons par de fortes
ferrures boulonnées et encastrées, et ceux-ci sont réunis entre eux
par deux traverses, ayant le même équarrissage, et des boulons ; leur
longueur est de 6 "",300.
Ces quatre pièces, longerons et traverses, forment le châssis rece-
vant un plancher sur lequel est installée la machinerie; elles sont
exécutées en chêne, les efforts qui agissent étant des efforts de flexion.
Tout cet ensemble balancier, charpente du pylône, châssis, est porté
sur deux essieux en fer de 0'°,4S0 de diamètre, distants de 5 mètres
et sur lesquels sont calées des roues en acier de 0'°,600 de diamètre
à la circonférence de roulement.
Machinerie. — La machinerie est complexe elle doit répondre aux
besoins suivants :
1® Elévation du fardeau ;
2^ Manœuvre du balancier ;
3*" Translation de la grue ;
4' Translation du chariot transbordeur.
La puissance motrice est demandée à une machine à vapeur du
système mi-fixe, qui a été choisie verticale afin de trouver plus facile-
ment son placement sur le plancher du châssis.
Cette machine est du type construit par MM. Boulet et C**", elle est
de la force de cinq chevaux de 75 kilogramme très, l'arbre moteur
tourne à 108 tours par minute.
Cette machine met en mouvement un arbre de transmission secon-
daire au moyen d'une courroie.
Cette transmission auxiliaire est établie sur une charpente spéciale
formant un entretoisement de toutes les pièces, elle est située à
^ 216 —
i^'jSOO au-dessus du plancher sur lequel est fixée la machine motrice
et elle donne le mouvement :
(a) Au treuil de charge ;
(0) Au treuil de rappel du balancier ;
(y) a la translation.
Treuils. — Il s'agit, pour les treuils, de choisir un type en usage
dans les chantiers de Paris, qui ne forme pas un matériel hors série
pour Tentrepreneur et dont les ouvriers ont la constante habitude.
Pour répondre à ces conditions nous avons cru devoir appliquer, à
l'appareil élévatoire, deux treuils a Bernier » disposés pour fonction-
nement à la vapeur et mettant en mouvement une chaîne de 0"',017
de diamètre aux maillons.
Pour les applications de l'appareil élévatoire où le système « Ber-
nier » ne s'impose pas par les considérations qui précèdent» il y a
avantage à manœuvrer les chaînes de charge et de rappel du balan-
cier, par les treuils du système Mégy, Écheverria et Bazan.
En effet, les treuils de ce dernier système donnent une sécurité
complète, dans la manœuvre, en limitant la charge à élever à une
valeur maximum qui sert à régler l'action du ressort transmettant le
mouvement moteur au tambour du treuil.
Les débrayages des courroies des deux treuils, quel que soit le
système employé, sont ramenés près de la mise en marche de la ma-
chine motrice afin d'être absolument sous la main du mécanicien sans
qu'il y ait, pour celui-ci, aucun déplacement.
Le treuil de charge est placé entre les deux montants verticaux, le
treuil de rappel est fixé entre les deux contre-fiches d'arrière. Les
dessins montrent très bien l'installation particulière de chacun de ces
appareils.
Ces treuils sont à deux vitesses, mais ils fonctionnent presque exclu-
sivement :
Le treuil de charge, à la grande vitesse ;
Le treuil de rappel, à la petite vitesse ;
La descente des pierres et des bennes à mortier s'effectue au moyen
du frein comme sur tous les chantiers de construction. 11 en est de
même pour l'abaissement du balancier.
Translation. — La translation s'effectue par transmission d'eogre-
— 217 —
nages à l'essieu placé sous la machine motrice el elle est commandée
à la main au moyen d'un engrenage à doubles cônes de friction ;
suivant celui des cônes qui est attaqué par le débrayage, le déplace-
meDi de la grue a lieju, sur la voie, dans un sens ou dans Tautre avec
une vitesse de O^jOOS à 0",100 par seconde.
Le dernier engrenage, qui communique le mouvement à l'essieu
moteur, est monté fou sur cet essieu et il n'en devient solidaire qu'au
moyen d'un embrayage à emboîtements, qui est mis en action par le
mécanicien agissant sur un grand levier vertical placé près des autres
manœuvres sur le plancher même de la machine.
Ce dispositif, est établi pour pouvoir réaliser le mouvement de trans-
lation de la grue, lorsqu'elle est placée sur le chariot transbordeur,
comme nous le verrons en étudiant celui-ci.
Puissance de la grue. Résistance. — La grue a été calculée pour
résister aux efforts provenant d'une charge de
2 800 kilogrammes.
La densité des pierres de Chateau-Landon variant de
2380 à 2430
le volume maximum qui peut être élevé, au chantier de Montmartre,
est de
l'"%200.
Dans ces conditions : le fer travaille à
6'',500 par millimètre carré
aussi bien à la flexion qu'à la compression pour les éléments consti-
tuant le balancier ; à
6 kilogrammes par millimètre carré
pour les essieux ; la fonte travaille à
2 kilogrammes par millimètre carré
pour les dents d*engrenages ; le bois à
0'',061 par millimètre carré
pour compression seule ; et à
0^,850 par millimètre carré
— 218 —
lorsqu'il est soumis à la fois à un effort de compression et à un effort
de flexion, comme cela a lieu pour la partie supérieure des montants
au-dessus de l'assemblage des contre-fiches.
L'appareil peut lever et poser 80 à 100 mètres cubes par jour suivant
les conditions d'alimentation du chantier et de hauteur de pose.
La hauteur, cependant, n'a d'influence sur la rapidité de la pose
que dans les valeurs extrêmes parce que le montage se fait en même
temps que la translation s'effectue.
C'est ici le moment de faire remarquer que les pierres peuvent être
mises en place, en n'importe quel point accessible à la grue, sans qu'il
soit besoin de régler la pose par assises horizontales ainsi que cela a
lieu avec lebardage ordinaire.
Certains points de la construction peuvent même être en avance de
plusieurs assises sur d'autres points ce qui permet à l'entrepreneur de
régler son chantier de taille non plus absolument sur l'état d'avance-
ment, mais bien sur les dimensions des pierres qui lui arrivent de la
carrière, diminuant ainsi les déchets et les fausses coupes et réalisant
une économie.
■
Stabilité. — Une des questions les plus importantes à résoudre
était d'assurer la stabilité de l'appareil.
Comme nous l'avons indiqué précédemment^ le poids total des pièces,
après exécution, est de 25 000 kilogrammes, c'est ce poids réparti con-
venablement qui doit assurer l'équilibre.
Le centre de gravité total, étant calculé par les méthodes habituelles,
s'est trouvé :
r A une hauteur de 7",740 au-dessus du rail extérieur;
2'' A une distance de 1°*, 100 de la verticale passant par Taxe de ce
rail;
3*" Et dans le plan vertical passant par les axes des montants et des
contre-fiches d'arrière.
Le moment résistant est donc de :
25000X1,100 = 27 500
Le moment de renversement maximum est donné par la charge
2 800 kilogrammes ,
le balancier étant horizontal ; dans cette position^ l'axe du rail, autour
— 219 —
duquel tend à se faire la rotation, est situé à S",! 00 de Taxe de la
chatne de charge. Ce moment de renversement est donc :
2 800 X5,1 = U280.
Le rapport du moment résistant au moment de renversement est
donc :
27 800
14 280
= 1 ,925
donnant ainsi une sécurité absolue.
Il convient d'ajouter que la manœuvre avec le balancier horizontal
n'est qu'un cas presque accidentel.
On peut se rendre compte de la valeur variable de la stabilité par le
tableau ci- après :
Rapport du moment
DUtance du crochet
Charge d'équilibre
ftn moment de renteneoient.
de cbargement
qui ne doit pat être dépassée.
Goefficieot de sécurité.
à l'axe du rail extérieur.
(Sans influence du vent.)
mètres.
kilogrammes.
1,925
5,100(bal.horizoDt.)
5420
2,195
4,500
6140 n
2,440
4,000
6875
2,820
3,500
7900
3,270
3,000
9166
3,950
2,500
11050
4,880
2,000
13758
9,760
1,000
27500
19,520
0,500
55000
Nota. — La charge que l'on ne dépasse pas est de :
2 800 kilogrammes.
L'influence du vent a une grande importance dans l'étude de la
stabilité d'un appareil de ce genre.
A l'altitude assez haute où se trouve la grue et à cause de l'isolement
complet de la butte Montmartre, les ouragans sont fréquents : deux
ont sévi pendant la belle saison, cette année.
Dans l'application particulière dont nous nous occupons il y a une
— 220 —
circonstance très favorable à la résistance à l'action du vent : la grue
est protégée dans la partie inférieure, sur une hauteur d'environ
12 mètres, par les charpentes et les parties construites de l'édifice que
l'on voit très bien sur la partie gauche du dessin.
11 reste cependant i 8 mètres entièrement exposés à l'action totale
des ouragans, ces 18 mètres étant dans la position la plus défavorable
à la résistance.
Nous avons cru devoir appliquer, à l'appareil élévatoire, le mode
de calcul qui servit à déterminer les conditions de stabilité lors de la
construction du phare d'Aar-Nem dans la baie des Trépassés (Finistère).
Cette méthode de calcul est déduite d*une série d'expériences faites
par l'administration des phares et tient compte de toutes les circons*
tances particulières aux constructions élevées et isolées.
Ces calculs nous ont conduit aux résultats suivants :
La direction du vent étant normale à la voie et agissant à l'arrière
de la grue, pour que la stabilité soit sur le point d'être compromise, il
faut que la pression par mètre carré soit de :
162 kilogrammes le balancier étant droit, et de
222 kilogrammes le balancier étant horizontal.
Ces chiffres supposent la grue non chargée ; seul cas à prévoir pour
ces actions extrêmes puisque bien avant qu'elles ne se réalisent, les
ouvriers doivent avoir cessé tout travail sur le chantier.
Sécurité dans les manoeuvres. — En terminant cette étude, nous
devons attirer l'attention sur un fait que nous avons constaté depuis
1881 et qui, pour nous Ingénieurs ayant la responsabilité de la vie des
hommes qui travaillent sous nos ordres, est d'un grand intérêt : la
pose de 15 000 mètres cubes de pierre, par ces appareils, s'est effec-
tuée non seulement sans danger pour l'existence des personnes qui
y ont été employées mais encore sans qu'aucune d'elles ait été blessée
sérieusement.
II CHARIOT TRANSBORDEUR
Conditions d'établissement. — L'appareil élévatoire, ainsi que nous
l'avons dit en commençant, doit permettre la construction des murs du
— 221 —
pourtour du chœur, le nu des soubassements de cette partie de l'édifice
appartenant à une portion de cylindre de 7'°,280. La voie qui dessert
cette partie du chantier ne peut avoir plus de 6°^,860 de rayon pour
l'aie du rail extérieur.
Les essieux de la grue étant distants de 5 mètres on a donné une
longueur de G'^ySOO au chariot transbordeur, longueur égale à celle
des longerons du châssis inférieur de l'appareil élévatoire.
Les conditions spéciales d'établissement du chariot, sont les sui-
vantes :
1*11 doit permettre un accès facile à l'appareil, soit en venant des
voies latérales soit en se rendant à ces voies ;
2* Le chariot est relié à la voie latérale, par laquelle arrive la grue,
jusqu'au moment où la grue devient solidaire du chariot ;
3' Le chariot et la grue sont rendus solidaires par un mouvement
automatique et cette solidarité doit exister pendant toute la translation
autour du chœur ;
4° Le mouvement moteur du chariot est pris directement sur le mou-
vement de translation de la grue ;
5° Le chariot est relié à la voie latérale, sur laquelle se trouve la grue,
lorsqu'elle opère la pose des pierres dans la nef ; pendant cette période
il y a enclenchement des pièces mobiles du chariot afin que la grue ne
puisse s'engager sur ledit chariot sans que celui-ci soit prêt à la
recevoir.
Description. Le chariot est formé par un châssis métallique, à âme
pleine, composé essentiellement de deux longerons entretoisés par
deux traverses extrêmes, deux traverses intermédiaires et deux con-
treventements horizontaux.
La rigidité de l'ensemble est encore augmentée par des goussets 6
(fîg. I, pi. 103) reliant les entretoises et les longerons.
Les longerons ont 6"',S00 de longueur. Les poutres formant les lon-
gerons elles traverses ont 0",370 de hauteur.
Le chariot est établi sur roues extérieures au châssis reposant sur
des supports spéciaux B (fig. I), disposition qui permet de donner à
Tensemble le minimum de hauteur.
Ces roues sont au nombre de 5, afin d'assurer la stabilité ; elles ont
0",600 de diamètre au roulement, et elles sont calées sur des essieux
dirigés suivant le rayon m n de courbure de la voie.
- 222 —
Liaison du chariot et des voies laiéralks. Accès. — Pour opérer la
liaison du chariot avec les voies latérales^ les deux traverses extrêmes
portent chacune un verrou que Ton voit très nettement en avant du des-
sin, (pi. 102.)
Le déclenchement du verrou se fait à la main au moment où la grue
quitte le chariot ; l'enclenchement est automatique et s'effectue d^s que
la traverse extrême du chariot arrive en contact avec la traverse de
butée de la voie latérale.
A ce moment les rails du chariot et les rails de la voie latérale sont
rigoureusement dans le prolongement les uns des autres.
Les longerons reposent, dans la position du contact de butée, sur
des patins en acier légèrement inclinés afin d'éviter le frottement au
départ.
Ces patins ont pour but d'empêcher le chariot transbordeur de bas-
culer quand la grue s'engage sur ses rails, le moment donné par le
poids du chariot par rapport à l'axe passant par le point de contact des
roues sur le chemin circulaire étant, à cet inslant, inférieur au moment
donné par le poids de la grue par rapport à ce même axe.
f Les rails du chariot sont montés sur les longerons par les moyens
habituellement employés pour fixer les rails, sur les plaques tournantes,
dans les chemins de fer : ils reposent sur des sellettes et sont bou-
lonnés par l'intermédiaire de crapauds en fonte.
SoLiDARiiÉ DE LA GRUE ET DU CHARIOT. — L'appareil élévatoire étant
arrivé sur le chariot, il est nécessaire que la solidarité de l'ensemble
soit rendue complète.
A chaque extrémité des rails il est disposé, à cet effet, un verrou en
fer forgé coulissant dans des guides en fonte établis dans des conditions
de soUdité exceptionnelles.
Ces verrous et leurs guidages se voient au premier plan de la
planche 102. Ils reçoivent la butée des boudins des roues de la grue.
Ces verrous sont manœuvres par des bielles actionnées par un levier
à contrepoids L (flg. II, pi. 103) semblable à ceux employés par les
compagnies de chemins de fer pour les changements de voies.
Les bielles sont en deux parties avec filetages en sens inverse et
écrous de réglage.
Le fonctionnement de ces leviers, et par suite des systèmes qu'ils
commandent i est automatique, il a lieu de la manière suivante :
— 223 —
Les verrous sont ouverts quand le levier a dépassé légèrement la
position verticale, quand il est en m n (âg. II, pi. i03).
Lorsque la grue est près d'être complètement engagée sur le chariot,
an taquet de i^utée, qui est fixé sur le longeron de la grue, entraine le
levier à contrepoids hors de la position verticale, jusqu'au moment où
les deux verrous qu'il commande viennent buter intérieurement sur
les boudins des roues.
Dans cette position, le taquet est dégagé du contact de Textrémité
da levier, les verrous sont prêts à se fermer et la grue peut achever son
mouvement.
Dès que ce mouvement a son amplitude complète , les boudins
découvrent les verrous qui, rendus libres, achèvent leur ferme-
ture sous l'action toujours croissante de la pesanteur du levier de
manœuvre.
Le taquet de butée se voit sur le longeron de droite du châssis de la
grue (pK 102). Le levier a terminé son mouvement et les verrous sont
fermés.
L'ouverture des verrous ne peut avoir lieu que sous l'action volon-
taire du mécanicien^ par une manœuvre à la main. La solidarité est donc
complète pendant toute la période de translation de l'ensemble autour
du chœur.
Mouvement uoteub du chariot. — Un des points intéressants du
système adopté consiste à demander le mouvement moteur du chariot,
autour du chœur, à l'appareil élévatoire lui-même.
Nous avons indiqué que le dernier engrenage placé sur l'essieu mo*
teur delà grue était monté fou sur cet essieu et qu'il en devenait soli-
daire au moyen d'un embrayage à emboîtements.
Dès que l'appareil élévatoire est placé sur le chariot et que les verrous
sont fermés, le mécanicien débraye le manchon au moyen du levier ver-
tical qu'il a sous la main.
Un aide vient, à son commandement^ faire glisser Tengrenage t
(fig. m, pi. i 03) placé sur l'arbre auxiliaire ÂB appartenant au cha*
riot. Cet engrenage I est relié à l'arbre AB^ au moyen d'une longue
clavette, et il est manœuvré par un levier d'embrayage LL' dont les
positions extrêmes sont assurées par une broche b s'engageant dans
an arc de cercle. Cette broche est reliée au châssis par une chatnetto;
Sur l'arbre auxiliaire AB se trouve calé un engrenage conique m^
— 224 —
qui donne le mouvement à une autre roue n, calée sur l'arbre J, dirigé
suivant un rayon de la circonférence de l'axe de la voie desservant le
chœur.
Sur cet arbre J est calée une roue légèrement conique 0, qui en-
grène avec une crémaillère scellée sur le sol du chœur entre les deux
files de rails et très visible dans la planche \ h2 .
Le sommet des surfaces coniques de la roue 0 est évidemment le
centre des voies de service du chariot.
Le fonctionnement devient alors fort simple ; le mécanicien, en agis-
sant sur le débrayage à cônes de friction, transmet le mouvement à
l'engrenage, 0, roulant sur la crémaillère en passant par l'essieu de la
grue qui est devenu un axe de rotation pour l'engrenage qu'il reçoit.
L'ensemble, chariot et appareil élévatoire, manœuvre comme nous
l'avons expliqué pour l'appareil élévatoire seul.
Afin d'éviter les erreurs dans la mise en route, le sens de marche des
rpues du chariot est le même que celui des roues de la grue pour un
même déplacement du levier d'embrayage.
Lorsque l'appareil élévatoire doit quitter le chariot, la manœuvre se
fait en sens inverse de celle que nous venons de décrire.
L'aide mécanicien fait glisser, en sens inverse de celui indiqué ci-
dessus, l'engrenage moteur du chariot I (fig. IIl, pi. 103), le mécani-
cien embraye le manchon à emboîtements de l'essieu de la grue. Le
levier L (fig. II) des verrous, du côté de la voie latérale, est relevé et
l'appareil élévatoire, devenu libre, fonctionne normalement laissant
le chariot solidaire de la traverse de butée et prêt pour recevoir
ultérieurement l'appareil élévatoire.
Comme nous venons de le voir, le levier a été relevé pour rendre
la voie libre, il y a donc à se préoccuper de la rencontre du taquet
automatique d'enclenchement des verrous, situé sur le longeron
du châssis de la grue, qui va attaquer l'extrémité du levier en sens
inverse du mouvement de bascule qu'il doit communiquer à celui-ci.
II faut supprimer son action, c'est ce qu'il a été facile de réaliser
en rendant ce taquet mobile autour de son axe, en le maintenant dans
sa position normale par un étrier servant de butoir et en le ramenant
au contact de ce butoir par un contrepoids fixé à l'extrémité d'un levier
d'équerre avec le taquet lui-même.
Lorsque l'extrémité du levier sera rencontrée par le taquet, au mo-
ment où la grue quittera le chariot, ce taquet oscillera autour de son
— 225 —
axe sans actionner le levier et il reviendra automatiquement à sa posi-
tion normale aussitôt que l'obstacle sera dépassé.
Ekclanchkhent des pièces mobiles du chariot. — Nous venons d'ex-
pliquer comment le chariot laissait toujours libre l'accès de la grue.
Il y avait lieu de se préoccuper de rendre impossible un accident
résultant de ce que les pièces mobiles du chariot, manœuvrées pendant
que l'appareil élévatoire fonctionne sur les voies latérales, aient pu
amener l'ouverture de tous les verrous à la fois. En effet les deux
leviers étant verticaux la voie est libre et la grue ne rencontrant aucun
arrêt dépasse l'extrémité du chariot.
On acquiert toute sécurité en terminant l'arbre de commande des
verrous, du côté opposé au levier, par une manivelle et une bielle
hf (fig. II, pi. 103) qui actionnent un étrier E, en lui donnant un
mouvement en sens inverse de celui du levier qui est relié avec lui.
Dans ce déplacement l'étrier E vient entourer l'extrémité du levier L
et empêche qu'il soit possible de relever celui-ci. Ce dispositif existant
de chaque côté du chariot, il en résulte qu'on ne peut relever un levier,
tel que L, sans avoir, préalablement, abaissé l'autre.
Les leviers, dans la position basse, correspondent à la fermeture
des verrous, par conséquent on ne peut rendre la voie libre, d'un
c6lé, qu'après l'avoir fermée du côté opposé. La grue ne peut s'en-
gager sur le chariot sans que, automatiquement, les verrous extrêmes
ne forment butée car, s'il en était autrement, ce seraient les verrous
du côté de la voie d'accès qui eussent été fermés et la voie n'eût pas
été libre.
La sécurité est donc complète.
III. — VOIES.
Pour terminer cette étude nous n'avons plus que quelques mots à
dire des voies sur lesquelles circulent les appareils que nous venons
de décrire.
La configuration générale du plan de ces voies (pi. i04) est formée
par deux alignements droits, continués par deux courbes de 1 06^^,750
— 226 -^
de rayon prolongées par deux nouveaux aliguements droits, ayant
une longueur de G'^yTOO, qui donnent la direction de Taxe du chariot
à chacune des butées.
Les voies de la nef ont 2"", 880 de largeur, les rails sont en acier et
ont été pris sur le type de 30 kilogrammes de la compagnie du Nord.
Ces rails sont fixés sur des longrines entretoisées par des madriers et
des boulons. Il y a trois entretoisements par longueur de rails de
8 mètres.
Les longrines sont posées sur un plancher général régnant sur toute
la crypte, les voûtes qui reçoivent les mosaïques du sol définitif n'étant
pas encore construites.
Les rails desservant le chœur sont établis à O^'jSQS en contrebas de
la voie de la nef afin de permettre Tinterposition du chariot entre ces
deux niveaux.
Le sol définitif étant préparé dans cette partie de Tédifice, les lon-
grines sont scellées dans la maçonnerie recouvrant l'extrados des
voûtes de la crypte.
La voie a une largeur différente de celle indiquée pour la nef puis-
qu'elle doit recevoir les roues du chariot qui sont situées en dehors
des longerons de celui-ci ; cette voie a 3",100 de largeur, Taxe du rail
extérieur étant cintré suivant une circonférence de 6",860 de rayon,
celui du rail intérieur n'étant que de 3",760.
La crémaillère placée entre ces deux files de rails a 4°°, 470 de rayon ;
sur ses faces latérales roulent quatre galets qui concourent avec les
boudins des roues à empêcher tout déraillement.
Le plan complet des voies comprend, tous les développements néces-
saires et donne tous les détails d'installation (pi. 104).
LEVAGE SUR PLACE
Le levage de l'appareil élévatoire s'est fait avec une grande facilité,
en utilisant une charpente de 12 mètres de hauteur que montrent les
dessins (pi. 1 02) et qui a servi à Tédification des bas-côtés du mo-
nument.
On a fixé sur cette charpente deux sapines légèrement inclinées Tune
— 227 —
vers l'autre, distantes de 4 mètres environ à la base et réunies entre
elles par des traverses formant échelons. La traverse supérieure, con-
stituée par des madriers moisés à la tête des sapines, a reçu la chape
d'une poulie sur laquelle s'enroulait la corde d'un treuil placé sur le
sol provisoire de la nef. Cette poulie était à 36 mètres du sol.
Les sapines étaient retenues par des haubans dont on réglait à ve-
louté la tension pendant le levage des pièces les plus pesantes.
L'ensemble de l'appareil élévatoire et du chariot transbordeur a été
exécuté d'une manière remarquable dans les ateliers de MM. Rénaux
fils et Bonpain, à Rouen. M. Bonpain est un de nos collègues les plus
sympathiques.
Le levage a été fait avec une précision irréprochable.
Nous aurions pu aborder plus tôt cette communication ; mais, d'ac-
cord en cela avec notre cher et éminent Président, nous avons voulu
attendre qu'une expérience de quelques mois puisse apporter une con-
sécration à nos prévisions ; aujourd'hui cette consécration est com-
plète, les appareils n'ont pas cessé de fonctionner régulièrement depuis
la mise en marche et de donner une solution du problème qui nous
avait été posé, avec tant de hardiesse, par l'architecte M Rauline.
1
.«
CHRONIQUE
Sommaire. — Locomotives employées aux travaux du tannel de l'Arlberg. — Les ateliers
de Baldwin. — Les Aciéries de Bilbao. — L'iodostrie minérale en Belgique. ~~
R. Fairlie. ^~ Observations sur le Tonctionnement des machines à deux cylindres.
LoeomotlTC» employée» aux travanx dn tannel de
TArlberg. Nous trouvons dans les abstracts of papers m foreign transac-
tions^ contenus dans les publications de X Institution of civil Engineers, le
résumé suivant d'une note parue dans le Zeitschrift fur Berg-Hûtten und
Salinen fK^s^n sur les locomotives employées auic travaux du tunnel de
l'Arlberg.
Le tunnel, de 10 270 mètres de longueur^ est en alignement droit, mais
avec des inclinaisons différentes; la rampe, en partant de l'entrée ouest,
est de 15 millièmessur 6 170 mètres, etest suivie d'une pente de 2 millièmes
sur les 4 100 mètres restant, ce qui place le point culminant à i 035 mètres
au delà du milieu. Ce fait, joint à celui que l'avancement a été plus rapide
sur Tallaque est que sur Tautre, puisque les deux galeries se sont rencon-
rées à 5 500 mètres de l'entrée est, a rendu nécessaire l'enlèvement des
déblais sur une rampe de 15 millimètres de plus de 1 500 mètres de lon-
gueur, ce qui a exigé l'emploi de moteurs mécaniques.
Le tunnel a été exécuté dans le système anglais, avec la galerie d'avance-
ment à la partie inférieure ; cette galerie, de 2", 50 de hauteur sur 2°,75 de
large, était reliée, à des distances de 65 mètres environ, par des ouvertures
de 3 à 4 mètres carrés de section avec une autre galerie placée à la partie
supérieure et percée à la main , tandis que la galerie inférieure était per-
cée mécaniquement. La galerie supérieure servait à l'élargissement qu'on
pratiquait de haut en bas sur 1 500 mètres environ de longueur, la cons-
truction du revêtement en maçonnerie suivant à mesure de l'élargisse-
ment. Comme le contrat stipulait que le tunnel devait être entièrement ter-
minée 180 jours après la rencontre des deux galeries d'avancement, la
question de l'enlèvement des déblais, qui devait être opéré par une voie
unique, dans la galerie inférieure, prenait une importance capitale.
Le cube, par mètre linéaire du tunnel à double voie, était de 80 mètres
d'une densité moyenne de 2, 8; de plus, le revêlement employait environ
29 mètres cubes d'une densité de 2, 6; en ajoutant les outils, les bois
rails, etc., on arrivait à une charge de 90 vers l'ouest et de 340 tonnes
vers l'est, par mètre courant, soit, avec un avancement de 5",50 par jour,
— 229 —
à une charge totale de 1 81S tonnes utiles représentant 3 025 tonnes brutes
par jour à enlever sur chaque extrémité du tunnel.
La voie était établie à récarlement de O'^jTOO; les wagons de 2"',57 de
longueur à l'intérieur, l"',!^ de largeur et 0'°,53 de hauteur, portaient
2,30 mètres cubes de déblais correspondant à l'^ySO d'excavation.
Les trains devaient se succéder d'après un horaire parfaitement réglé ,
de manière que les ouvriers pussent connaître le moment précis oà le char-
gement ou le déchargement des wagons devait être terminé. Il y avait
12 trains dans chaque sens à Test et 16 à l'ouest; sur ce dernier sens, le
retour s'effectuait par la gravité seule. Chaque train avait un conducteur
et chaque chantier de travail était désigné par un numéro. Le conducteur
recevait à chaque chantier, en passant, Tindication des matériaux ou wagons
vides nécessaires, et on constituait le Irain suivant de manière à satisfaire
à ces demandes; ce train se dirigeait vers une station centrale établie dans
le tunnel le plus près possible des chantiers[de travail, d'où on conduisait h
la main les wagons à chaque chantier. De même pour le retour.
Les locomotives, construites par Krauss et Gie, de Munich, étaient dispo-
sées de façon à fonctionner dans le tunnel d'après le principe de teau chaude,
Celaient des machines-tender ordinaires avec des chaudières très volumi-
neuses relativement et pouvant supporter des pressions de 15 atmosphères,
de manière qu'on pût, par le chauffage ordinaire, emmagasiner dans Teau
assez de chaleur pour fonctionner dans le tunnel sans combustion dans le
foyer, la cheminée étant hermétiquement fermée; on a appelé ce mode de
fonctionnement système à chauffage intermittent. Il y avait deux types de
machines dont les dimensions sont données dans le tabeau ci-dessous.
I n
1 Diamètre du cylindre d mètres. D,23 à 0,25
2 Course des pistons / — 0,30 0,30
3 Diamètre des roues motrices D. . . — 0,58 0,58
4 Écartement des deux essieux. ... — 1,40 1,40
3 Surface de chauffe mètres carrés. 18,01 27,59
6 Surface de grille — 0,30 0.425
7 Pression maxima p atmosp. effectives. 15 15
8 Volume de vapeur de la chaudière, décimètres cubes. 660 945
9 _ d'eau — — 2,340 3,500
10 Capacité des caisses à eau — 660 765
11 — soutes à combustible, — 235 495
12 Poids en service tonnes 10 14,5
13 Hauteur maxima de la machine. . . mètres. 3,50 3,50
14 Largeur - _ . . . - 2,10 2,10
15 Longueur — — ... - 4,35 4,95
<6 Effort de traction à 12atmos- / _ 0,6xl2(P/\ . . „^^ ^ 328
phères \ D J ^' ' ♦
17 Effort de traction en fraction /„ 0.6 d^l \ 4 ata ^ .1 qqq «
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— 230 —
Les dispositions sp(kiales de ces machines, en vue des parcours souter-
rains, comprenaient :
1^ Un r^ulateur établi pour fonctionner comme détendeur ;
2® Un double clapet placé dans le tuyau d*échappementpour permettre à
la vapeur sortant des cylindres de passer dans la cheminée ou dans un
tuyau spécial aboutissant à l'extérieur;
3^ Deux injecteurs aspirants de Kœrting;
4"* Des enveloppes non conductrices spéciales autour de la chaudière
pour protéger celle-ci contre le refroidissement ;
5^ Des dispositions pour fermer hermétiquement la cheminée et le cen-
drier, depuis la plate-forme;
6*" Un frein à action rapide et puissante, système Exter, et une sablière.
Ces deux appareils sont disposés sur la droite de la machine qui ne porte
qu'un seul homme; celui-ci est dans une cabine close, et le mécanisme est
entièrement entouré.
La note originale discute le travail développé eu égard à la pression, la
vitesse, etc., d'une manière trop détaillée pour qu'il soit possible de la
reproduire in extenso. La limite inférieure de pression à laquelle on ait
trouvé utile de marcher est de 6,7 atmosphères pour la plus grande ma-
chine, et 5, 4 pour la plus petite; mais, en service courant, on ne descen-
dait pas au-dessous de 7. La charge maxima, traînée par la petite machine,
était de 117 tonnes sur rampe de 2 millièmes, et par la grosse, de 50 tonnes
sur 15 millièmes.
Dans le premier cas, la machine pouvait parcourir 4 340 mètres sans
chauffage, et dans le second, 3 675 mètres. En pratique, ces distances ont
été trouvées un peu moindres. Si on suppose que la petite machine travaille
à niveau, elle pourra, en utilisant son adhérence entière, traîner 100 tonnes
sur une rampe de 1 »25 millièmes ou 148 tonnes sur une pente de même
valeur ; avec des wagons pesant 350 kilogrammes à vide et 850 en charge,
ces efforts de traction correspondraient à un train de 174 wagons chargés
ou 286 wagons vides remorqués sur une distance de 3 500 mètres. Mais on
n'a pas, en pratique, à rencontrer des cas semblables, ou bien on a de plus
longues distances à parcourir. Or, comme les charges à remorquer sont
beaucoup moindres, on peut employer de plus petites machines.
En somme, les résultats obtenus au point de vue de l'absence de famée
ont été très satisfaisants; quant à l'échappement de vapeur à l'extérieur,
il n'a occasionné aucune gêne. Pendant les derniers mois de l'achèvement
des travaux, il a été nécessaire de marcher avec combustion dans le foyer
sur à peu près 2 kilomètres, à partir de l'entrée, pour avoir assez de pres-
sion pour achever le parcours.
La vitesse de marche était de 2'",10 à 2°',30 par seconde, sur le côté est,
et de 1",50 à 1",80 sur la partie ouest.
L'auteur de la note pense que ce système est le meilleur pour la traction
mécanique souterraine. Le tableau page 231 résume les résultats des expé-
riences faites pour apprécier le fonctionnement de ces machines.
— 231 —
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— 232 —
Le» atelier» de Baldwio. Les ateliers de constructioD de locomo-
tives de Baldwin furent fondés par Malhias W. Baldwin, qui exerçait la
profession d'orfèvre. En 1825, il s'associa à un mécanicien pour fabriquer
des outils de relieurs et des cylindres pour l'impression du calicot. Il eut
occasion de construire, pour son propre usage, une petite machine à vapeur
dont le fonctionnement fut si satisfaisant qu'on lui demanda d'en «cons-
truire d'autres, de sorte qu'il se trouva conduit à s'occuper de la fabrica-
cation des machines à vapeur. En 1831, il fit un modèle réduit de locomo-
tive pour une exposition, et la parfaite exécution de ce modèle engagea une
compagnie de chemins de fer à commander à Baldwin une locomotive pour
une petite ligne dans un faubourg de Philadelphie. Les difficultés que
comportaient l'exécution de cette commande sont difficiles à apprécier ii
notre époque. On ne possédait pas alors de machines-outils : les cylindres
étaient alésés avec un burin emmanché dans un bloc de buis et tourné à la
main ; il fallait apprendre aux ouvriers tout ce qu'ils avaient à faire, et
Baldwin dut faire de ses propres mains une partie du travail. C'est dans
ces conditions que fut faite la première locomotive qui fut baptisée 0/tf
Ironsides et essayée sur la voie le 23 novembre 1834. RUe fit immédiate-
ment un service très actif et le continua pendant une vingtaine d'années.
C'était une machine à quatre roues, pesant un peu plus de cinq tonnes,
avec des roues motrices de 1",35 de diamètre et des cylindres de 0",24 de
diamètre et 0™,45 de course. Les roues avaient des moyeux en fonle
avec rayons et jantes en bois et des bandages en fer.
La chaudière avait 0",75 de diamètre et contenait 72 tubes en cuivre de
37 millimètres de diamètre et 2",13 de longueur. Le prix avait été fixé à
20000 francs, mais la compagnie du chemin de fer, par suite de diverses
circonstances, ne paya jamais que 17500 francs. La machine atteignit une
vitesse de 48 kilomètres à l'heure, et on dit qu'elle était supérieure aux
locomotives anglaises de l'époque, par son faible poids, ses dimensions
réduites et la simplicité de son mécanisme.
En février 1834, Baldwin termina une seconde locomotive pour un che-
min de fer de la Caroline du Sud. Cette machine avait un essieu coudé du
type bien connu depuis, dit Hal/crank, pour lequel Baldwin avait pris une
patente; cette disposition, plaçant les manivelles contre les roues, permet-
tait de faire le corps cylindrique de plus grand diamètre et d'en abaisser
l'axe.
Les roues motrices étaient fondues d'une seule pièce en bronze, les roues
en bois et fer n'ayant donné que de médiocres résultats. Baldwin avait
obtenu une patente pour le mode de construction des roues en bronze ; il
pensait qu'en variant la dureté du métal, on pourrait modifier l'adhérence
sur les rails. Ces roues s'usèrent très rapidement, et on dut y renoncer ;
mais, pour le reste, on conserva les dispositions de cette machine dans
toutes celles qui furent construites pendant plusieurs années. Le meuve*
ment des tiroirs était donné par un seul excentrique fixe pour chaque
cylindre.
— 233 —
Cinq locomotives furent construites en 1834 et inaugurèrent une fabrica-
tion courante; en 1835, on construisit des ateliers qui firent, jusqu'à
Tannée dernière, partie de l'établissement actuel sur Broad street, ces
bâtiments servant de magasins et d'ateliers de chaudronnerie et de fabri-
cation de roues. Le 4 août 1884, toute la façade sur [Broad street fut incen-
diée, avec quantité d'outils et de modèles. On a remplacé cette partie par
des bâtiments en briques.
Les machines construites en 1834 avaient diverses parties brevetées,
telles que l'essieu coudé, les joints dressés pour les tuyaux de vapeur, la
pompe alimentaire formant guide, un truc h quatre roues à Tavant de la
machine» et une seule paire de roues motrice à l'arrière du foyer. Les An-
glais faisaient les joints des tuyaux de vapeur avec de la toile et du minium,
ce qui ne supportait pas des pressions supérieures à 4 ou 5 kilogrammes,
tandis que les joints des machines de Baldwin permettaient des pressions
de 8 à 10 kilogrammes.
Dans les six années de 183S h 1840, les ateliers de Baldwin construisi-
rent 152 locomotives et, bien que les dispositions générales ne fussent pas
sensiblement modifiées, ces machines étaient de plus en plus puissantes.
On faisait alors (rois types : machines de 12 tonnes, à cylindres de 0°',32
8ur0",40; machines de 10,5 tonnes à cylindres de 0",30 sur 0",40 et
machines de 9 tonnes à cylindres de 0°',27 sur 0°',40.
En 1842, Baldwin prit une patente pour ce qui a été depuis considéré
comme un très important perfectionnement dans la construction des loco-
motives, la machine avec six roues accouplées et un truc à quatre roues à
l'avanL La première machine de ce type pesait 12 tonnes, et elle donna
des résultats tels que d'autres semblables furent immédiatement exécutées;
Tadoption de ce type conduisit à un rapide accroissement de poids, et,
dès 1844, on faisait des machines de 18 à 20 tonnes. En 1845, on adopta
le modèle actuel à 4 roues accouplées et un truc à quatre roues à l'avant,
avec les cylindres et le mécanisme extérieurs. En 1848, Baldwin s'engagea
à livrer au Yermont Central Railway, pour la somme de 50 000 francs, une
locomotive pouvant remorquer un train de voyageur à la vitesse de 96 kilo-
mètres à l'heure. Cette machine avait une seule paire de roues motrices de
1",985 de diamètre, placées à l'arrière du foyer, et des cylindres de0"*,44
de diamètre et 0°',50 de course; elle fut en service pendant plusieurs an-
nées, et il fut, à diverses reprises, constaté qu'elle pouvait démarrer et par-
courir un mille (1610 mètres) dans une durée de 43 secondes.
L'introduction de l'acier dans la construction des locomotives fut un
fait caractéristique de la période de 1861 à 1862. On mit pour la première
fois des bandages d'acier à des machines du chemin de fer de Don Pedro II
du Brésil. Son adoption générale aux États-Unis suivit de près. On n'en
fabriquait pas alors dans le pays, et, comme il fallait de 60 à 90 jours pour
les avoir d'Angleterre, on était exposé à voir, en cas de rupture d'un
bandage» une machine immobilisée longtemps. Pour répondre à cette
objection, la maison Baldwin fit venir 500 bandages, dont une partie fut
— 231 —
gardée en réserve pour rechanges. Les premiers bandages en acier, em-
ployés en 1862 sur les machines de Don Pedro II, avaient un épaulement k
la partie intérieure, épaulement qu'on rabattait sur la jante de la roue.
Tous les bandages actuellement employés dans les ateliers Baldwin sout
fabriqués aux États-Unis.
Les foyers en acier furent d'abord appliqués à des machines du Pensyl-
vania Raiiroad, en 1861. On se servit d'abord d*aciers anglais durs, et
les foyers se fendirent dès le montage; on dut les enlever et les remplacer
par des foyers en cuivre.
De Tacier fondu homogène américain fut employé sur les machines 231
et 232 du Pensylvania Raiiroad, en janvier 1862, et les résultats furent très
satisfaisants ; on mit des foyers de ce métal à la plupart des machines faites
depuis cette époque, et, en 1866, l'emploi de l'acier était devenu général
pour les foyers. Il est bon de dire que toutes les tôles qui entrent dans la
construction des chaudières sont recuites avant leur emploi et que celles
qui ont subi un travail de cintrage ou de rabattage sont recuites une seconde
fois.
Après la mort de Baldwin, survenue le 7 septembre 1866, l'affaire fut
réorganisée sous le nom de : ateliers de locomotives de Baldwin, Baird
et Cie. MH. George Burnham et Ch. T. Parry, qui étaient depuis long-
temps dans la maison, le premier pour la partie financière^ le second
pour la direction des ateliers, devinrent associés avec M. Baird. Trois ans
après, MM. Edward H. Williams, William P.^ Henszey et Edward Long-
streeth devinrent également associés. Le premier avait, depuis 1850, été
dans les chemins de fer, le second était ingénieur-mécanicien, et le troi-
sième de ces messieurs était depuis longtemps dans la maison Baldwin.
En 1873, M. Baird vendit sa part à ses associés, et une nouvelle société
fut formée sous la raison Burnham, Parry, Williams et Cie.
En juillet 1866, la machine Consolidation fut construite pour le Lehigh
Valley Raiiroad; elle était destinée au service du plan incliné de Mahanoy,
dont la pente est de 25 millimètres par mètre. La machine avait des cylin-
dres de 0",500 de diamètre et 0",610 de course, et quatre paires de roues
motrices de l'',22 avec un trucBisselà l'avant; le poids en service était de
41 000 kilogrammes, dont 36 000 sur les roues motrices. Cette machine
donna son nom à un type de locomotives très répandu depuis, non seule-
ment aux Étals-Unis, mais encore au Mexique , au Brésil, en Australie, etc.
Le type dit Mogul, qui a trois paires de roues motrices et un truc Bissel
à l'avant, a été construit, pour la première fois, en 1867. On en a fait de
diverses dimensions, principalement avec des cylindres de 0"',40 à 0"',48
de diamètre et 0,"44 à 0",61 de course, les roues ayant de 1",10 à 1",42
de diamètre. Ces machines utilisent la plus grande partie de leur poids
comme adhérence. Les essieux moteurs du milieu et d'arrière sont con-
jugués par des balanciers, de même que les roues motrices d'avant et celles
du Bissel ; la suppression des boudins aux roues motrices du milieu per-
met à ces machines de passer sans difficultés dans des courbes de faible
— 235 —
rayon^ aussi le type Mogul est-il généralement adopté pour l'exploitation'
économique des lignes ayant un fort trafic de marchandises.
(il suivre»)
Industrtal Review,
Les aciéries ële Biltoao. Le premier des deux hauts fourneaux con-
struits par la Soctedad de los Altos Homos y fabrica de hierro y acet^o de
BUbaOf a été mis en feu le 2 janvier de cette année. Ces appareils sont du,
type le plus récent et munis des derniers perfectionnements. Ils ont
24,40 de hauteur, 4, 8S de diamètre aux étalages, 2,90 aux tuyères, et une
capacité de 350 mètres cubes.
Il y a deux prises de gaz latérales avec une disposition pour le dépôt des
cendres. Le vent est chauffé dans deux appareils Cowper de 21'',30 de
hauteur et 7 mètres de diamètre pour chaque haut fourneau ; la surface de
chauffe est de 6 200 mètres carrés. Le vent est chauffé à 750 degrés centi-
grades, et les gaz de la combustion sortent à une température qui ne dé-
passe pas 50 degrés.
On traite des minerais du pays et on emploie du coke anglais; les matiè-
res premières sont ainsi obtenues à bon compte. Il y a deux machines
soufflantes verticales donnant, par minute, 390 mètres cubes d*air, à une
pression de 0^^,30 de mercure ; les volants de ces machines pèsent 25 ton-
nes chacun. La vapeur est fournie par 30 chaudières Galloway et des
écenomiseurs Green chauffent Teau d'alimentation avant son entrée aux
générateurs.
L'aciérie comporte deux convertisseurs et trois cubilots pour la fusion
du spiegel. La machine motrice des laminoirs peut développer 2 000 che-
vaux; les cylindres ont respectivement 0",813 et 1 ",524 de diamètre et
1*,524 de course. Un nouveau train à rails est en construction dans les
ateliers de la Teesside Iron and Engine Works Company, à Middies-
brough. Il est du modèle le plus récent, avec grues hydrauliques pour la
manœuvre des blooms, système hydraulique pour le serrage des cylin-
dres, etc. Il comporte un train dégrossisseur et un train blooming de
0",975 dont les cages pèsent 20 tonnes et les cylindres 14 et 15 ; le train finis-
seur de 0"^75 pourra laminer des rails du plus fort modèle sur des Ion*
gueurs de 54 mètres. Les mêmes constructeurs fournissent également une
cisaille pouvant couper des blooms de 0"*,30 sur 0^,30; cette cisaille
pèse, complète, 75 tonnes, et la plus grosse pièce qui entre dans sa con-
struction pèse 27 tonnes.
L'Iaénstrle minérale en Bclglqae. D'après les statistiques offi-
cielles publiées pour 1883, la production houillère de la Belgique s'est
élevée, dans cette année, à 18 177 154 tonnes, soit un accroissement de
1
— 236 —
480765 tonnes par rapport à l'année 1882« Cette production se répartit
comme suit :
Province de Hainaut 13 497113 tonnes.
— Namur.. . 485450 -
— Liège 4195191 —
Total. . . 18177 754 tonnes.
En 1883, il y a eu en feu 36 hauts fourneaux, qui ont employé 3 750 ou-
vriers. Ces hauts fourneaux ont traité 192 308 tonnes de minerais belges,
164115 tonnes de minerais étrangers et 270996 tonnes de laitiers.
La production de ces appareils se répartit, au point de vue de la nature
de la fonte, comme suit :
Fonte de forge 564417 tonnes.
Fonte de moulage 68 921 —
Fonte Spiegel 9572 —
Fonte pour Ressemer 127 313 —
Fonte pour procédé basique 12 690 —
Moulages en première fusion 540 —
Total. . . 783 453 tonnes.
_ •
En 1883, on comptait 82 forges employant 16 854 ouvriers; leur pro«
duction totale s*cst élevée à 487 226 lonnes de fer marchand.
Quatre aciéries ont été en marche avec cinq convertisseurs et un four à
sole, employant 2 839 ouvriers. La production totale d*acier Bessemer
et d'acier sur sole a été de 179489 tonnes de lingots et 156 301 tonnes de
produits manufacturés. Il a été employé, pour la production des lin-
gots, 144 577 lonnes de fonte belge, 58277 lonnes de fonte étrangère et
18929 tonnes de recoupages.
R. Fairllc. M. Robert Fairlie, ingénieur bien connu par le système de
locomotive qui porte son nom, est mort le 31 juillet dernier, à sa résidence
de Woodlands, à Clapham^ près Londres. Fils d'un ingénieur civil distin-
gué, il était né en Ecosse en 1831 ; après avoir fait son apprentissage tech-
nique h Crewe et à Swindon, il devint ingénieur et directeur du chemin
de fer de Londonderry et Coleraine, en Irlande, puis occupa des fonctions
importantes au chemin de fer de Rombay et Raroda.
Il prit, en 1864, une patente pour la locomotive à double bogie qui
porte son nom, et la première de ces machines fut construite en 1866, pour
leNealhandRrecon Railway, parMM. James Crosset Cie, de Saint-Helens.
Cette machine avait huit roues motrices de 1*^,372 de diamètre et quatre
cylindres de 0",380 sur 0",560; elle pesait 46 tonnes.
— 237 —
P^u après, des machines da même type furent faites pour le Venezuela.
Toates ces locomotives étaient à voie normale.
Si OD peut contester à M. Fairlie Toriginaiité de son type de machine et
rappeler l'analogie qu'il présente avec des spécimens exécutés dès Tori*
glne des chemins de fer, avec la machine Seramg, présentée au concours
daSemmering par la société John CockeriII,et avec les types Thouvenot et
Meyer, antérieurs comme date, on ne peut nier que l'ingénieur anglais n'ait
admirablement compris la portée de ce type de machine et l'influence qu'il
pouvait avoir sur la construction économique des chemins de fer. En
effet, si la plus grande adhérence et la facilité de passage dans les cour-
bes permettent^ en augmentant la puissance des machines, d'accroître
la capacité de transport d'un chemin de fer donné, il en résulte qu'on
peut opérer un transport d'une importance déterminée avec un chemin de
fer présentant des courbes et rampes plus prononcées et avec un moindre
écartement de voie, c'est-à-dire de constriiction plus économique.
H. Fairlie s'appliqua avec toute son énergie à la vulgarisation de ce fait,
el il en fil une remarquable démonstration sur la petite voie de 2 pieds d*écar-
tementdu Festiniog, dans le pays de Galles, en construisant, pour elle, la
célèbre machine Little Wonderk huit roues motrices de 0",71 avec quatre
cylindres de 0'",21 sur 0^^,33, pesant 19 500 kilogrammes.
Les idées de M. Fairlie ne furent pas acceptées sans discussion ; elles
soulevèrent des polémiques très vives et donnèrent naissance à des monta-
gnes de publications dont la plus connue est la célèbre brochure intitulée :
Aurons-nous des chemins de fer ou n'en aurons-nous pas? traduite en fran**
çais par notre collègue M. Jules Morandiere.
Quoi qu'il en soit, celte campagne contribua puissamment à l'adoption
de la voie d'un mètre pour l'Inde et pour d'autres pays, et M. Fairlie vit ses
efforts et sa persévérance récompensés par de nombreuses commandes
de machines. Son type est actuellement en usage sur une cinquantaine
de lignes de chemins de fer h voies diverses depuis 0",550, en Russie, à la
Nouvelle-Zélande, en Australie, en Suède, au Cap, à Montevideo, au
Brésil, au Pérou, dans l'Inde, etc. Les plus puissantes locomotives sont
celles du chemin de fer d'Iquique, au Pérou. Elles pèsent 85 tonnes envi-
ron, et ont 12 roues motrices en deux groupes et quatre cylindres de 0^,44
sur 0,56 ; il y a de plus, aux deux extrémités, des trucs Bissel à deux
roues, ce qui fait en tout 16 roues.
Les dernières machines Fairlie construites furent celles destinées au
chemin de fer mort-né de Sûakim à Berber; elles n'ont, du reste, pas quitté
TAnglelerre.
Dans un voyage au Venezuela, en 1873, M. Fairlie avait été frappé d'une
insolation compliquée de fièvre pernicieuse; on dut le ramener mourant en
Angleterre; il ne se remit jamais complètement de cette atteinte et, vers
la fin de sa vie, il avait dû cesser de s'occuper de la partie active de ses
affaires, dans laquelle il était d'ailleurs remplacé par ses fils qui continuent
son œuvre.
~ 238 —.
On peut regretter que M. Fairlie ait quelquefois étendu à outrance lo
principe très rationnel de ses machines, de manière à le détourner entière-
ment de son principe, et à arriver à des types dont il est impossible de
comprendre le but» tel que celui qui était exposé à Paris, en 1878; mais on
ne doit pas moins reconnaître que son activité et sa persévérance ont réussi
à àôre entrer dans la pratique des chemins de fer un modèle de machines
qui pourrt, avec des modifications et surtout des simplifications, jouer un
jour un rôle important dans l'exploitation des voies ferrées. Le nom de
M. Fairlie restera dooc honoré dans Thistoire des chemins de fer.
Otoscrvations snr te fc^ictlonneinent ëles machines à
ëlenx cylindres « Nous trouvons» dans une communication faite par
M. Rich à Ylmtitution of Civil Engineers^ sur les machines élévatoires, quel-
ques considérations sur le fonctionnement des machines à deux cylindres
qu'il nous paraît intéressant de résumer en présence des discussions qui
se sont produites, il y a peu de temps, au sujet de la présence de l'eau dans
les cylindres des machines à vapeur.
Dans la plupart des machines élévatoires uniques, on applique aujour-
d'hui la disposition de Woolf, avec le grand cylindre égal à trois et demi
ou quatre fois le petit. Il y a une vingtaine d'années, on ne dépassait pas la
pression de 4 kilogrammes, mais actuellement l'introduction des tôles d'a-
cier a permis, à égalité d'épaisseur, de porter la pression à 4, 5 ou 5 kilogr.
L'auteur ne voit pas qu'il y ait d'intérêt à détendre la vapeur à plus de
8 à 10 volumes dans le premier cas, et 10 à 12 dans le second, et il a pu
constater, dans plusieurs occasions, qu'il peut être avantageux de ré-
duire le diamètre du grand piston , pour diminuer le frottement et les
fuites de cet organe, lesquels compensent largement l'accroissement
de l'effet utile de la vapeur. C'est ce qui se produit notamment avec
les cylindres sans enveloppes où le refroidissement joue un rôle capital.
Dans ces machines , surtout lorsqu'elles fonctionnent lentement» il y a
toujours de l'eau dans le grand cylindre, et la température y est notable-
ment inférieure à celle de la vapeur qui s'échappe du petit cylindre. Il
en résulte une condensation abondante de cette vapeur et une chute de
température considérable entre les deux cylindres ; le travail est rédait au
grand cylindre dans des proportions telles qu'il devient quelquefois pres-
que insignifiant.
Dans des expériences faites en 1877 sur une machine de ce type, M. Rich
a constaté que, si on ne prend pas des précautions particulières pour pur*
ger les cylindres de Peau de condensation , le grand cylindre reste relati-
vement froid pendant des heures entières après la mise en marche» et,
même avec des purges répétées, ce cylindre ne s'échauffe que lentement.
Dans cette machine, une heure et demie après la mise en marche, l'eau,
dans la partie supérieure du grand cylindre, n'était qu'à la température
de 65 degrés centigrades pendant l'admission, au bout de 2 heures 15 mi-
nutes, la température était de 68, après 3 heures 5 minutes, 79, 4 heures
— . 239 —
55 minutes, 88 degrés. Une fois cette température atteinte, si on laissait les
purgeurs ouverts, réchauffeicitt aTopétait inimliiiii el la maidia de la
machine devesait plus libre et tendait à s'accélérer ^
Dans une autre expérieioce, le robinet purgeur du haut du grand cylindre
étant ouvert, la température de Teau étant de 85 degrés montait, 2 minu-
tes après, à 91, et, 3 minutes après, à 95 degrés 12 minutes plus tard, le
robinet purgeur étant fermé, la température de Teau s'était abaissée à
84 degrés; mais, en rouvrant le purgeur, on la faisait, en 2 minutes,
remonter à 93 degrés. On a relevé un diagramme sur la machine deuK
heures après la mise en marche, alors que la température de l'eau était de
Bo degrés, et un autre diagramme après 5 heures de marche, la tempéra-
ture étant à plus de 92 degrés. Dans le premier cas, la pression moyenne
effective sur le grand piston h^était que de 0^,314 par centimètre carré, et
ce piston ne faisait que 24 pour 100 du travail total de la machine, tandis
que, dans le second cas, la pression moyenne effective s'était élevée à
0^>,o90 par centimètre carré, et le grand cylindre faisait 41 pour 100 du
travail total.
Il est donc très important d'assurer l'évacuation de Teau de condensa^
tien de la partie supérieure des cylindres verticaux ; on peut^ à cet effet,
disposer une soupape dans le corps même du piston pour amener au bas
l'eau qui se trouve au-dessus.
Le mieux est de mettre des enveloppes de vapeur au grand cylindre ;
mais, lorsqu'on ne peut pas le faire, il est bon de réchauffer ce cylindre en
y envoyant de la vapeur de la chaudière avant la mise en marche et même
encore quelque temps après.
l. Voir au sujet de la poMibililé de raccumulation de l'eau dans les cylindres, Mémoireê
et comptée rendus des travaux de lu Société des Ingénieurs civils^ 1877, page 906.
— 240 —
COMPTES RENDUS
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 13 juillet 1885.
Sur le bnl Uiéorlqnc des principaux traTAnz de Henri Trbsca,
par M. DE Saint-Venant.
Bien que les œuvres de cet éininent et si regretté membre de notre section
de mécanique» à l'esprit si juste et si droite aient été bien caractérisées dans
les paroles du cœur prononcées sur sa tombe par notre confrère M. Mau-
rice Lévy, un courant d'opinion semble se former, qui, par cela seul que
Tresca a été un grand expérimentateur, ferait de lui un homme de pure
pratique^ c'est-à-dire du nombre de ceux qui se dirigent dans ce qu'ils font»
soit d'après des aualogies que leur instinct tire de ce qu'ils ont vu, soit
en appliquant, avec une certaine habileté, les formules théoriques ou
empiriques construites par d'autres qu'eux.
Il importe de montrer, dans l'intérêt de son mémoire, comme dans celui
de la vérité scientifique, que Tresca fut un esprit plus large, un homme
de vraie science et, par conséquent, de théorie dans la meilleure et la plus
saine acception de ce mot si souvent mal compris, si fréquemment accusé
par légèreté ou en haine systématique de la science, de n'exprimer que
des chimères.
Voyons. Nous avons parlé (T expériences. Or, quel est, au demeurant, le
but de celles qu'on fait? Est-ce seulement de déterminer, par une suite
d'essais ou de tâtonnements , les meilleurs moyens d'exécution pratique,
ou bien l'application des principes déjà connus et de formules déjà con-
struites en conséquence? Non; c'est bien plutôt, ce qui déjà est tout à fait
scientifique, de fournir, de mesurer les valeurs des constantes ou coefficients
numériques de ces formules, avant de pouvoir les appliquer. Mais c'est
aussi, chose encore plus théorique, de faire apercevoir, de démêler, de
déterminer, à l'occasion, les principes eux-mêmes, ou les lois spéciales,
les bases scientifiques de l'établissement des équations, généralement dif-
férentielles, qui en seront l'expression et que l'on n'aura plus qu'à inté-
grer, soit rigoureusement, soit par approximation, pour obtenir les solu-
tions que Ton désire.
— 241 —
Or, c'est ce qu*a fait M. Tresca; il a eu le mérite de cette double har-
diesse, et c'est ce dont il a exprimé le résultat principal dans la conclu-
sion de son capital mémoire sur le poinçonnage des métaux.
Remarquant très bien que la déformation de ces corps comprend trois
périodes, celle de Télasticilé parfaite, étudiée par Navier, Cauchy, etc., puis
celle de l'élasticité imparfaite ou de déformations partiellement perma-
nentes, enfin , celle de plasticité j comprenant le laminage , le forgeage,
l'emboutissage, etc., il aperçut, dans cette dernière période qu'expressi-
vement il appela aussi de fluidité^ où l'élasticité est comme vaincue, que
Tefforl à exercer normalement à travers toute face intérieure pour pro-
duire une petite extension ou compression normale d'une proportion déter-
minée, est de même intensité que l'effort de cisaillement à exercer tan-
gentiellement à cette petite face pour produire un glissement relatif de
même proportion ou mesure ; ce qui se traduit en disant qu'à travers les
facettes intérieures de même superficie, la résistance à la compression ou
extention permanente s'exprime avec un coefficient de même grandeur que
la résistance au glissement permanent ou au cisaillement.
Ce principe théorique nouveau de l'égalité des deux coefficients de défor-
mation plastique, normale et tangentielle, aperçu par M. Tresca, s'est
trouvé vérifié au moyen d'expériences comparatives nombreuses et variées,
en en substituant les résultats dans l'équation différentielle qui exprime
la conservation des volumes des deux ou trois parties en lesquelles il con-
cevait partagé chaque bloc soumis au poinçon.
Et ce même principe simple a été, le jour même du rapport approbatif,
l'objet d'une communication où nous en démontrions la parfaite ration-
nante théorique, basée sur l'évident théorème de l'équivalence de toute
déformation par glissement devant une face à une compression et à une
extension simultanées de proportions moitié moindres opérées dans des
directions inclinées d'un demi-droit sur cette face.
Ce principe de M. Tresca étant ainsi doublement vérifié, il n'y avait plus
qu'à exprimer analytiquement les relations qu'il fournit entre les forces
extérieures exercées et les forces intérieures dues aux déplacements relatifs,
pour construire les équations différentielles de la nouvelle branche de la
mécanique instaurée ainsi par lui et qui reçut le nom, paraissant adopté,
de plasticodynamiqtte.
C'est ce qui a été fait bientôt en commençant par le cas simple où la
déformation n'affecte que deux des trois dimensions du bloc ductile sup-
posé rectangulaire.
Peu après, et répondant habilement à un appel que nous faisions aux
lecteurs de cette note, M. Lévy a établi les équations différentielles ana«^
logues pour des déformations étendues aux trois dimensions et, surtout,
pour le cas le plus intéressant peut-être (c'est le cas des expériences de
M. Tresca), i savoir le cas, dit semi-polaire, de symétrie des déformations
autour d'un même axe fixe.
Enfin, des applications en ont été faites à divers cas plus particuliers, en
BULL. 16
— 242 —
s'aidanl, pour l'un d'eux, d'une hypothèse plausible, afin de suppléer à
une intégration impossible dans ce cas-là.
Quelle est la portée de cette nouvelle branche de la dynamique mathéma-
tique, régissant théoriquement un bon nombre d'opérations de l'induslrie
et quels services elle est appelée à rendre un jour? Nous ne saurions ici
le prévoir. Toujours est-il que son invention a comblé une vraie lacune
qui, probablement, serait restée bien longtemps ouverte, si M. Tresca,
au lieu de son profond sentiment théorique et de ses souvenirs de fortes
études mathématiques, n'avait eu que son ingéniosité d'exécution et sa
dévouée persévérance dans l'usage des procédés pratiques.
SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
JUIN 1885.
Rapport de M. Ed. Gollignon sur le sysièine ële manlTelle hjrdraa-
liqae de M. J. MuUer.
M. Huiler propose de remplacer les mécanismes de distribution en usage
actuellement sur les machines à vapeur, et notamment les locomotives,
par le déplacement d'un tourillon commandant la bielle du tiroir, ce tou-
rillon pouvant occuper les diverses positions qui correspondent aux intro-
ductions différentes pour les marches en avant et en arrière. Ce déplace-
ment est opéré d'une façon très ingénieuse, le tourillon étant porté par an
cylindre qui se meut sur un piston fixé à la contre-manivelle de l'essieu^
le cylindre est plein de liquide dans ses deux capacités, lesquelles sont,
par des tuyaux de faible diamètre, en communication avec un autre
cylindre servant d'appareil de changement de marche. Les tuyaux sont
repliés plusieurs fois sur eux-mêmes nour avoir assez de flexibilité pour
suivre le déplacement du tourillon, et il y a, de plus, un joint étancbe
permettant la rotation de l'appareil.
Ou conçoit que, si le machiniste déplace plus ou moins le piston de son
appareil de manœuvre, la transmission hydraulique donne un déplacement
correspondant au cylindre qui porte le tourillon actionnant la bielle du
tiroir.
L'auteur invoque comme avantages :
l"" La réduction au minimum du nombre des articulations du méca-
nisme;
2"" La réduction du poids de la machine.
3* La réduction possible du diamètre des roues motrices et de leur poids.
— 243 —
Cette dernière considération tient à ce que M. MuUer pense que son sys-
tème permettrait d'augmenter le nombre des coups de piston donnés par
la machine dans le même temps.
Rapport de H. Layolléb sur le livre intitulé rÊconomlste pratique,
de M. £. Gagheux.
Rapport de M. Schlemmer sur le Recncll éem éléments con-
stant» ëlea prix des travaux ordinaires de eonatrnetlon de
H. Â. Megrot, conducteur des ponts et chaussées.
Nous avons rendu compte de cet ouvrage dans le Bulletin de mars 1885,
page 478.
Notice sur Y. A. Jacquelain, ancien membre du Comité des arts chimi-
ques, par M. F. Le Blanc.
Nous rappellerons qu'un grand nombre de nos collègues ont connu Jac-
quelain à l'École centrale où il a été, pendant plus de quarante ans (1832
à 1873), préparateur des cours de chimie. Il avait publié de nombreux tra-
vaux intéressant la chimie générale, la chimie industrielle et la chimie
analytique. On lui doit une expérience, devenue classique, celle de la trans-
formation du diamant en graphite, entre les électrodes en charbon d'une
batterie voltalque, expérience qui démontre que le diamant ne saurait s'être
produit à des températures très élevées, ainsi qu'on était tenté de Tad-
meltre.
Qilmle Industrielle. li'Antlpyrli*^ [extrait de la Nature).
L'intérêt de cet article est principalement dans la discussion d'un point
de droit concernant les brevets d'invention. L'antipyrine, alcali organique
oxygéné, possédant des propriétés thérapeutiques très remarquables ne peut
être breveté comme remède, l'article 3 de la loi de 1844 disant formellement
que les remèdes ne sont pas susceptibles d'être brevetés. Mais les pharma-
ciens ont-ils le droit de la préparer, le procédé de préparation étant breveté?
Uy alà une distinction entre le produit et le procédé qui, le procédé de pré-
paration étant unique jusqu'ici, est très délicate à établir et aurait besoin
d'être tranchée juridiquement.
Rapport sur Textraetlon dn snere de sori^ho sneré anx titats-
Vals» en 18§4, par M. Henry Grojean , inspecteur de l'enseignement
agricole.
Sur diverses maladies eryptoi^amlqnes régnantes de la
▼Igae, par M. H. Marâs.
Traitement des bols pour traverses de ehemlns de fer.
Le snlfate de paratolnldlne, réactif de l'acide azotique. {Extrait
du Moniteur scienti figue.)
— 244 ~
ANNALES DES PONTS ET CHAUSSÉES.
lUJN 1885.
Paroles pifmontéem mnx tanérallles ële ■• Halesicwi,
inspecteur général des ponts et chaussées, par M. Martin, inspecteur géné-
ral des ponts et chaussées*
Paroles prononcés ans tanéralllea ële M. Collet-Hejrffrel,
inspecteur général des ponts et chaussées» par M. Martin, inspecteur
général des ponts et chaussées.
Sur quelques changements dans la ëliapooliion et les procédés
do tarai^c des Inoirnmcnto de Jani^eai^e et dans le mode de
calcul des débits, par H. Ch. Ritter , ingénieur en chef des ponts et
chaussées.
Ce mémoire, très considérable, étudie successivement les tubes jau-
geurs et les moulinets, décrit ces instruments et leur mode de tarage, puis
donne le calcul des observations moyennes et des débits, l'approximation
des jaugeages, les erreurs d'observations, etc. ; il termine par un grand
nombre d'exemples et de comparaisons numériques.
Les Ini^énicnro des ponts et chanssécs à Texpéditlon
d'Éi^pte, par M. Tarbê de Saint-Hardouin, inspecteur général des ponts
et chaussées en retraite.
C'est une note fort intéressante sur le rôle joué dans l'expédition d'Egypte
par les ingénieurs des ponts et chaussées, avec des renseignements biogra-
phiques sur les vingt-quatre membres de ce corps qui prirent part à
Texpédition.
Note sur la stabilité des voûtes , par M. Léon Durand-Clayb, ingé-
nieur en chef des ponts et chaussées.
Il s'agit d'une observation relative à un mémoire récent de M. Later*
RADE, ingénieur en chef des ponts et chaussées (voir comptes rendus
d'avril 1885, page 585) , par laquelle M. Durand-Claye indique qu'on peut
faire disparaître le caractère de tâtonnement des calculs donnés dans
ce mémoire, en profitant de la vieille remarque de La Hire, savoir: qu'une
portion de voûte est un coin en équilibre. Il suffit, pour donner un carac-
tère de générosité aux propositions de M. Laterrade, d'y substituer à la
notion de l'ouverture celle du rayon de l'intrados ou sommet.
— 245 —
COMPTES RENDUS MENSUELS DE LÀ SOCIÉTÉ
DE L'INDUSTRIE MINÉRALE
Séance du i juillet 1885.
Commanication de M. Chanssellb sûr le guiémge Biétalll^e éem
fmîiB, mfmièwae Briart.
M. Bhiart, ingénieur en chef des mines de Mariemont et Bascoup , a
simplifié le mode de construction des guidages métalliques par l'emploi
d'une seule traverse dans Taxe du puits, portant les quatre guides» deux
pour chaque cage ; ces traverses sont des poutrelles métalliques fixées hori-
zontalement h des distances égales de l^^^SO et sur lesquelles sont fixées,
avec des griffes, des entretoises et des boulons, quatre files, opposées deux
à deux, de rails-guides verticaux, dont les champignons sont saisis par des
mains-courantes fixées aux cages d'extraction.
A Bascoup, 348'',60 de profondeur, le prix total, main-d'œuvre et four-
niture, s'est élevé à 21 595 francs, soit 61 94 par mètre courant; aux mines
de Lens, pour 360 mètres, les chiffres correspondants ont été de 22 984 et
63fr.81.
Ces prix sont très comparables à ceux des guidages en bois et le gui-
dage métallique en rails doit durer bien plus longtemps.
Communication de M. Rouff sur la pipette Peter et RonlT.
C'est une pipette pour dosages à Taide d'une liqueur titrée portant à la
partie inférieure un robinet à trois voies la mettant en communication, à
volonté, avec le tube de remplissage ou avec le tube de vidange; de sorte
qu'on peut, sans difficulté, prendre très exactement, un volume déterminé
du liquide.
Communication de M. Devkrne sur les •ignanx éleetrlqnes Instal-
lés à la foaae Hnpont éèm minea de Itfoenx.
Ces signaux ont été installés en août 1883 et fonctionnent depuis cette
époque à la plus entière satisfaction des exploitants; ils ont été installés
par M. Mors, ingénieur électricien à Paris*
Le courant est produit par 20 éléments Leclanché, 10 pour les signaux
et 10 pour la sonnerie, qui est une trembleuse ordinaire. Ces 20 éléments
sont remplacés, au moyen d'un commutateur à fiches, le jour suivant, par
20 autres, pour éviter la production trop rapide des courants secondaires.
Les conducteurs se composent, au jour, de fils ordinaires enveloppés de
cotOD et, au fond, d'un gros câble coupé aux accrochages et d'autant de
petits câbles qu'il y a d'accrochages.
— 246 —
Le gros câble est formé de 7 torons de 7 fils de cuivre de 1/2 millimètre,
recouverts de gutta-percha et de coton goudronné. Le tout est recouvert
d'une enveloppe de plomb.
Les tableaux sont de trois modèles : un pour le mécanicien, un poar la
recette et un pour les tableaux du fond. Les signaux sont écrits en grosses
lettres sur de petits disques en papier coton fixés à des aiguilles aiman-
tées pouvant osciller autour d'un axe sous l'influence de petites bobines.
Les tableaux exigent peu d'entretien, et le fonctionnement est parfaite
la seule condition de maintenir les piles en bon état. Avec un peu de soin,
celles-ci peuvent facilement aller pendant un an.
L'installation a co&té 2 725 francs, comprenant 350 mètres de gros con-
ducteurs et 850 de petits, 2 tableaux pour le jour et 4 pour les accrochages
de 200 à 290 mètres.
Dimensions des principales pièees de maeliines à vapear.
M. LE Président indique à la réunion , d'après le journal le Crédit
minier, les formules adoptées par Tune des plus anciennes compagnies de
construction des États-Unis, la Pbœnix-Iron €% pour le calcul des ma-
chines à vapeur. Ces formules seront certainement remarquées au point de
vue de leur simplicité.
Nous regrettons d'ajouter que cette simplité est leur unique mérite.
Donner les dimensions des différentes pièces d'une machine à vapeur en
fonction du diamètre du cylindre n'est plus de notre époque; c'est ce
' que faisaient des anciens auteurs qui, admettant que toutes les machines à
vapeur de 1/2 à 500 chevaux sont faites rigoureusement sur le même type,
remplissaient des pages entières de tableaux donnant minutieusement
toutes les'dimensions des machines, croissant par cheval dans les limites
ci-dessus indiquées, travail de patience , qui n'a jamais eu la moindre
valeur pratique.
Les dimensions des pièces dépendent essentiellement de l'effort auquel
elles sont appelées à résister et les rapporter au diamètre du cylindre sup-
pose une égalité constante de pression par unité de surface.
Ces relations donnent^ comme l'indique la note, des dimensions très exa-
gérées; de plus quelques-unes sont inintelligibles. Nous nous demandons,
par exemple ce que signifie : l'épaisseur du cylindre égale à — -[- 0,15.
Quant au diamètre de l'arbre égal à la moitié du diamètre du cylindre, à
celui du bouton de manivelle égal à t et à la largeur des glissières (?) égale
à 5/6 D ou D, cela parait singulièrement exagéré. Nous croyons inutile de
reproduire ces relations; nous supposons que, données d'abord en mesures
anglaises, on n'indique pas dans quelle publication, elles ont été mal tra-
duites, au moins pour quelques-unes, en mesures françaises.
Communication de M. Ghanssbue sur les maehines Cerilss da
Crensot;
— 247 —
II 8'agit des essais faits par M. Walter Meunier sur une machine Gorliss
du Creuset, installée à Beaulieu, chez MM. Peugeot frères, et dont nous
avons rendu compte dans le bulletin de Mai 1885, page 709.
Communication de M. Simon sur les travaux de la eommieelon
praselenue du ffrleea.
C'est une traduction du journal Gluckaufy du 27 juin, d'où il résulte que
de nouvelles expériences semblent indiquer que la dynamite constitue un
explosif inoffensif en présence des poussières et des petites quantités de
grisou. Il n'y aurait donc lieu d'interdire que le tirage à la poudre noire
dans les mines à grisou et à poussières. Le côté économique de la ques«-
tion s'en trouverait considérablement éclairci et simplifié.
SOGIËTË DES INGÉNIEURS ALLEMANDS.
N«20. — 18ytii«etl885.
Compensation hydraulique ou pneumatique des tiges de pompes des
machines d'épuisement, par H.-L. Oeking.
Le ferro-manganèse et sa fabrication, par Fritz Lûrmann.
Nouvelles aciéries Bessemer, par R. M. Daelen.
Groupe d'Aix-la-Chapelle. — Extraction du sucre de mélasses de bette-
raves par la chaux et la strontiane.
Groupe de Francfort.
Groupe de Besse. — Construction et exploitation des grands marchés.
•— Limite nécessaire au développement des chemins de fer, par A. Har-
mann.
Patentes,
Variété. — Institution d'enseignement et d'expériences pour l'industrie
de la brasserie. — Chemin de fer à crémaillère du Pilate. — Nouvel outil
pour tracer. — Expériences sur l'éclairage par lampes artificielles.
N« 30. — 25 juillet 1885.
Signaux de chemins de fer avec appareil central de manœuvres, de
Schon.
Manœuvre hydraulique du pont tournant d'Anglesea, à Cork, par Ad.
Emst.
Nouveau procédé pour la détermination du moment d'inertie des figurés
planes, par J4 Kreuter.
Qualité du fer forgé d'après les observations au microscopOi
— 248 —
Transformation dans les procédés de meunerie, ses causes et ses effets,
par Félix Wyngaert.
Groupe de Bavière. — Extraction pneumatique.
Groupe de Hanovre. — Céramique et verrerie. — Tracé des dents de
cardes, par W. Frankel.
Groupe du Rhin moyen.
Patentes.
Bibliographie. — Ouvrages adressés à l'association.
Correspondance . — Machine à colonne d'eau de Mayer. — Accumula-
teurs électriques.
N.3I. «.lTapôH885.
Les petites installations Bessemer et leur intérêt en Allemagne, par W.
Stercken.
Transformation dans les procédés de meunerie, ses causes et ses effets,
par Félix Wingaert (fin).
Fours de fusion chauffés au gaz à Teau, par Fritz Lûrmann.
Machine à mandriner les tubes.]
Groupe d^AiX'-lor Chapelle. — Nouveau procédé de chauffage de Pr. Sie-
mens.
Groupe de Poméranie. —-Installation et emploi des appareils culinaires
qui fonctionnent sous une certaine pression.
Patentes.
Bibliographie. — Comparaison entre les coûts de transport par chemins
de fer et par voies navigables , en France , Allemagne et Autriche, par
W. von Nordling. — Ouvrages adressés à l'Association.
No 32. — 8 août 1885.
Les petites installations Bessemer et leur intérêt en Allemagne, par W.
Stercken {fin).
Ponts. — Répartition de la charge sur les poutres des ponts. — Viaduc
de Salterhebble. — Travail des assemblages sous des charges variables.
Groupe du Rhin inférieur. — Construction des cheminées. — - Chemins
de fer électriques souterrains. — Accidents de chaudières à vapeur. —
Régulateurs de. machines à vapeur.
Exposition du travail manuel et de la petite industrie à Kœnigsberg.
Patentes.
Bibliographie. -— Le gaz d'éclairage comme moyen de chauffage domes-
tique, de D. Coglievina.
Variétés. — Construction de navires dans les chantiers de la société de
Stettin, précédemment MoUer et Holberg, à Grabow.
— 249 —
N* 33, — 19 août 1885.
Résistance du plomb à la compression, par C. Bach.
Stracture microscopique du fer et de l'acier.
Moulage de précision pour briques et tuiles, de C. Schlickeysen.
Bateau de sauvetage, de Norton.
Cahiers des charges pour les adjudications de travaux publics.
Groupe de Bavière. — Accident à bord du vapeur Cari. — Construction
du port franc de Hambourg.
Bibliographie. — Règles pour le calcul graphique des constructions en
fer, de H. Schlosser.
Correspondance. — Lancements et essais de navires. -^ Conférence
internationale pour les télégraphes à Berlin.
BiBUOGBAPHIB.
■amcl dem eandldats aux écoles nationales des arts et
■éticrs, par M. Dblacroix, professeur retraité de TÉcole nationale d'arts
et métiers de Châlons-sur-Hame (librairie du progrès scientifique et indus-
triel de L. Camut, 15, quai Halaquais).
Cet ouvrage, contenant les matières exigées pour les examens d'admis-
sion aux écoles d'Arts et Métiers, nous a paru conçu avec une méthode et
ane clarté qu'on ne rencontre pas toujours dans les manuels de ce genre.
Il est au courant des nouveaux programmes qui ont relevé le niveau des
connaissances exigées des élèves à l'entrée, programme dont l'élaboration,
soit dit en passant, est due à MM. Tresca et de Comberousse, qui ont ainsi
mérité la reconnaissance de tous ceux qui s'intéressent à ces Écoles, d'où
sont sortis un nombre important de nos collègues.
L'ouvrage contient des renseignements généraux sur la préparation et les
examens, l'arithmétique, l'algèbre, les problèmes et exercices d'arithmé-
tique et d'algèbre, avec solutions raisonnées, les problèmes et exercices de
géométrie avec les solutions et les épreuves écrites complètes de chacune
des années de 1874 à 1884. Il est accompagné d'un atlas contenant les
planches de géométrie et les épures de dessin à demi-grandeur d'exécution
données en composition dans les onze dernières années.
Le Secritaire-Rédacteur^
A. Maubt.
Parii. — Imp. E. GàriOHOif T et V. Rcnàult, rue ëei PoiteTÎnt, 6.
. 10
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PI. 103.
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Echelle de Viso
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MÉMOIRES
KT
COMPTE RENDU DES TRAVAUX
DE LA
noaÉTÉ DS8 INGÉNIEURS CIVILS
SEPTEMBRE 1885
NO 9
Pendant le mois de septembre la Société a reçu :
De M. l'amiral Paris, membre honoraire de la Société : 1** trois
exemplaires de son Discours aux obsèques de M. Dupuij de Lôme;
2* trois planches appartenant à son ouvrage : les Souvenij's de marine
conservés.
De M. Paul Terrier, membre de la Société, un exemplaire du
tome II de l'ouvrage intitulé Leçons de statique graphique, par
A, Favaro, traduites de l'italien par M. P. Terrier, avec Notes et
Appendices du Traducteur.
De l'Université de Tokio, trois brochures : 'i"* Appendice of the
Memoir, n** 5; Measurement of the Force of Gravity and Magnetic
cofistantSf n° 11; 2^ et 3* System of Iron railroad Bridges for Japon
(Texte et Atlas).
De M. Gibon, membre de la Société, deux exemplaires de sa bro-
chure intitulée : Le Patrimoine de V Ouvrier.
De M. René Benoît, membre de la Société : 1° un exemplaire de
Touvrage sur la Construction d'étalons prototypes de Vohn légal, 2° un
exemplaire de l'ouvrage sur la Construction des étalom prototypes de
résistance électrique; 3® un extrait de la première partie du tome III
17
— 254 —
des Travaux et Mémoires du Bureau international des poids et mesures.
De M. Osraond, membre de la Société : 1° un exemplaire de ses
Essais sur le magnétisme permanent des aciers; 2® un exemplaire de sa
Méthode calorimétrifpie de dosage du immganèse.
De M. Paul Barbe, membro de la Société, un exemplaire de la
traduction française de la brochure allemande : la Question du Grisou,
par Trauze.
De M. Maurice Demouliu, ingénieur, un exemplaire de son Étude
sur les locomotives anglaises.
De M. Alfred Cottrau, membre de la Société, un exemplaire de sa
brochure intitulée : Ponts polgtétragonaux portatifs.
Du Ministère des Travaux publics du Mexique, les n"* 43 à 72 du
Bulletin du Ministère des Travaux publics.
Un exemplaire du Catalogue allemand de la Bibliothèque de l École
royale supérieure technique de Berlin.
De M. H. Keller, une brochure intitulée : Die Anlage der Fischicegue,
De M. Paul Dreyfus, un exemplaire de son journal YExportation
française, n® 6.
De M. Chevalier, architecte, une Note sur les Honoraires de l'Ar-
chitecte en matière d'expertise et en matière de travaux particuliers.
CALCUL DES POUTRES CONTINUES
MÉTHODE GÉNÉRALE ANALYTIQUE
ET MÉTHODE GRAPHIQUE
Par M. BERTRAND DE FONTVIOLANT.
Nous présentons ici deux méthodes de calcul des Poulres conti-
nues, Tune analytique, l'autre graphique. Elles dérivent toutes let*
deux de quelques principes très simples, qui n'ont pas encore,
crojons-nous, été appliqués. Au-delà de ce point de départ qui les
rattache l'une à Tautro, elles n'ont plus rien de commun.
Nous avons tenu à donner sous cette double forme k solution des
questions dont il s'agit, estimant que la statique graphique, c'est-
à-dire la géométrie appliquée à la mécanique statique, bien qu'infé-
rieure à l'analyse comme puissance de recherche et insuffisante en
face de certains problèmes, peut néanmoins, dans des cas nombreux,
et notamment en ce qui concerne les Poutres continues, conduire
au résultat cherché plus rapidement et non moins sûrement. Elle
offre d'autant moins de prise aux erreurs grossières qu'en général
chaque tracé comporte une vérification immédiate très simple.
Quant au degré d'approximation obtenu, qui d'ailleurs dépend des
échelle.s choisies pour les épures, il suffit amplement, car les formules
de la flexion plane ne sont elles-mêmes qu'approchées.
Nos démonstrations sont fondées sur des propriétés connues de
toutes les personnes qui s'occupent de la résistance des matériaux.
Nous avons cependant cru bon pour la méthode graphique de rap-
peler certains principes, qui en sont la base, et dont la connaissance
est due à MM. Muhr et Culmann.
On trouvera, résumée à la suite des théories que nous exposons,
une application do chacune des deux méthodes.
— 236 —
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE PREMIER
Méthode générale de calcul des poutres droites à
plusieurs travées, reposant librement ou encas-
trées sur leurs appuis.
Sommaire : Détermination des réactions des appuis et des moments aux points
d'encastrements : i^ cas général ; 2® cas usuel. — Influence de la compres-
sibilité des appuis. — Influence de la flexion des piles dans le cas d'un
assemblage indéformable de ces dernières avec la poutre. — Influence de la
dilatation dans le cas où la poutre est ancrée sur les piles. — Cas parti-
culier de ]d poutre à une seule travée encastrée à ses deux extrémités.
Détermination des réactions des appuis et des moments
aux points d'encastrements.
l\ CAS GÉNÉRAL
!• Introduction. — Nous nous proposons de traiter ici le
problème le plus général qui puisse se présenter dans la flexion
plane des solides prismatiques à grands rayons de courbure. Nous
en formulons Ténoncë comme suit :
Un solide prismatique de section variable repose sur des appuis
situés à des niveauj) différents; certains de ces appuis sont simples, et
les autres comportent des encastrements sou^ des angles donnés. On
demande de calculer les réactions des appuis et les moments aux points
d encastrements f développés sous Faction de charges distinctes P\ et de
charges AP' réparties suivant des lois déterminées.
Nous cherchons à calculer directement les réactions des appuis
et les moments d'encastrements (et non les moments fléchissants
sur les appuis, comme on le fait ordinairement), car en mettant ces
éléments en évidence dans nos équations, nous pourrons sans diffi-
culté tenir compte ultérieurement de la compressibilité des appuis et
de la flexion des piles.
— «57 —
2. Notations. — Nous supposerons que la poutre comporte
N travées que nous numéroterons de 1 à N, c'est-à-dire (N + 1)
appuis A, que nous numéroterons de 0 à N; de ces (N + 1) appuis,
P sont accompagnés d'encastrements et les (N — P -j- !)• autres
sont simples. Nous rapporterons leurs positions à deux axes coor-
donnés {fig. 4) : Taxe des x sera la droite joignant les points d'appuis
,^
pij.i
A^
W -■-•.■• 7
■T
r
c
..!<>■.
I
extrêmes A^^, Aj, ; l'axe des y la perpendiculaire élevée en A^ à A^A^.;
les X seront comptés positivement de A^ à A^, et les y descendants
seront pris avec le signe +. X et Y, affectés de l'indice conve-
nable (*), seront les coordonnées d'un point d'appui déterminé.
2| affecté de l'indice du point d'appui correspondant, désignera la
tangente de l'angle d'encastrement en ce point d'appui, angle qui
se mesurera avec la partie positive de l'axe des x.
P^ représentera une charge distincte quelconque définie de position
par les abscisses 1., T..
ÛP^, une charge répartie suivant une loi déterminée.
R^, la réaction d'un appui intermédiaire quelconque dont les
abscisses sont X^, X'^^.
Ces trois genres d'efforts P., ÙlPh, R,» sont estimés suivant la
direction A^; ce sont donc les composantes perpendiculaires à
\kj^ des efforts verticaux P'., AP'^, R'^.
(*) Pour un appui quelconque, l'indice, qui dans les applications aura une
valeur numérique variable d'un appui à l'autre, sera représenté d'une manière
générale dans nos démonstrations, par la lettre r.
L'indice q sera le symbole général d'un appui avec encastrement.
— â88 —
^em ^^^^ ^^ moment équivalent au fait do Tencastrem^nt en un
appui A^^p dont les abscisses sont X^^^, X'^.
L, la longueur totale de la poutre.
I, le*moment d'inertie variable tout le long de la poutre.
<f, le produit El du coefficient d'élasticité par le moment
d'inertie.
3. — Nous avons comme inconnues :
(N + 4) réactions des appuis R^^.
P moments d'encastrements \j,^^^.
Total : (N + P — 1) inconnues.
Les conditions d'équilibre statique entre les forces P^., AP^, R^
et les moments ul_, se réduisent à deux :
1° Une équation de projections : *
2<> Une équation de moments :
Les (N + P — 1) autres équations qui nous sont nécessaires vont
résulter de Tétude des déformations de la poutre.
41, — Nous établirons d'abord les trois lemmes suivants :
En chaque point de la ligne moyenne fléchie :
i^ Le moment fléchissant [h est la sojnme des moments fléchissants
jjLp , jjL^p provenant des charges P., AP^, et des moments fléchissants
V'iL y P-H provenant des moments d! encastrements \k et des réactions
r'em "n
des appuis R^, — tous c^s moments fléchissants étant supposés déve-
loppés par les efforts R., AP^, [jl^^, R,^ dans lu poutre A^^A^. doM^on
aurait suppimé les appuis intermédiaires et les encastrements (*).
2^ Vinclinaison a de la ligne moyenne fléchie est la somme algé-
brique des inclinaisons a^ , a^p , prises sous V action des charges
p., AP^ agissant seules sur la poutre A^A^ dont on aurait suj^rim
(*) Le mc^inc énoncé s'applique aussi aux efforts tranchants.
— 2S9 -
ks appuis inlennédiaires et les encastrements, et des inclinaisons
2^ , a développées dans cette mênie poutre ^ar Vapplication des
réactions R^ des appuis et des moments d'encastrements [x^^^^ agissant
seuls.
3^ La proposition qui vient d'être énoncée pour les inclinaisons^ s'ap-
plique également aux ordonnées de la ligne moyenne fléchie.
Ces trois énoncés se traduisent par les trois relations suivantes :
(2) oc = [2ap^ + ^c^ApJ + [2«B« + 2- J '
(3) y = [22/p. + Hj/^p J + [XyK + 2^/ J '
La première proposition est évidente par elle-même ; elle résulte
de la définition même des momenttt fléchissants.
Quant aux deux autres, elles sont des conséquences immédiates
du principe de la superposition des effets des forces. On peut
d'ailleurs les démontrer analytiquement en partant de Téquation (1)
qui donne pour chaque section de la poutre :
5=[2:'j+2^]+[2:^-+2:'-^]-
Multipliant les deux membres par dx et intégrant :
/ ^rfx = [ ^J'^-^dx + 2 J'^dxj + [ 2 j ^"rfx + 2 / ^ dxj
d'où :
* = [2*p, + 2«ApJ + [2««„ + 2*^ J •
De même qu'en partant de l'équation (4), nous venons d'établir
l'équation (2), nous arriverions à l'équation (3) en multipliant les deux
membres de (2) par dx et intégrant.
5, — Dans tout ce qui suit, les points d'appuis sans encastrements
doivent être regardés comme des points donnés de la fibre moyenne
— 260 —
auxquels on applique des efforts R^^ ayant des intensités telles que
ces points occupent après la flexion des positions définies par les
coordonnées X^., Y*. De même, les points d'appuis avec encas-
trements doivent être considérés comme des points de la ligne
moyenne auxquels on applique des efforts R^ (réactions) et \l^
(couples-réactions), tels que : l^'oes points occupent après la flexion
des positions définies par les coordonnées X , Y' ; 2° les tangentes
à la ligne moyenne, en ces points, fassent des angles donnés a'
avec Taxe des x.
Appliquons les équations (2) aux points de la ligne moyenne qui
correspondent aux encastrements, et les équations (3) à tous les
points d'appuis indistinctement :
a devient la tangente de l'angle d'encastrement au point consi-
déré, c'est-à-dire a^; Y devient l'ordonnée de l'appui considéré,
c'est-à-dire Y**. Nous obtenons dès lors :
Pour un point d'encastrement :
(*)
[24+2.1p.]+[5:.î.+2<J
Pour un point d'appui quelconque :
v'=[2rt,+2ySp.]+[E»;.+2:d
OU :
Il faut écrire l'équation (4) pour chacun des points d'encastre-
ments, et l'équation (5) pour chaque point d appui indistinctement,
qu'il comporte ou non un encastrement. Nous avons donc P équa-
tions (4) et (N — 1) équations (5).
Les seconds membres de ces relations sont faciles à calculer
(*) *p. doit se traduire par : Inclinaison produite par la charge F,- au point d'in-
diceq. — Traduction analogue pour les symboles: a^p , aj^ ••••!/p.»yAp ."M^tc.
— 261 —
numériquement: a' et Y*" sont des données; ITI^p'^S^ap 1
^^ y^p + 2^^P ^^^^ ^^^®^ ^ obtenir, puisque ce sont : les
«
inclinaisons que prendraient, — sous Taction des charges Pj et AP/k
agissant seules^ — les tangentes à la ligne moyenne aux points
situés à Taplomb des appuis avec encastrements, — et les ordonnées
que prendraient, sous ces mêmes charges, les points de la ligne
moyenne situés à Taplomb de tous les appuis intermédiaires, ces
appuis étant supprimés.
On rentre donc, pour le calcul des «p , a^p , i/p > !/!^p , dans le
cas de la poutre à une seule travée reposant librement sur ses
appuis A^. A^.
Quant aux premiers membres,
[i;<+i;''L]«t[2î'K.-2yL]'
ils peuvent être facilement évalués en fonction des moments dencas-
trements [l^ et des réactions R^, qui sont les inconnues, puisque ces
premiers membres représentent les inclinaisons et les ordonnées
prises par les points de la ligne moyenne situés à Taplomb des
appuis avec encastrements et des appuis simples, sous Tinfluence
de ces moments d'encastrements et de ces réactions agissant seuls
sur la poudre A^Aj^ privée de ses appuis intermédiaires.
6. — En résumé, ayant calculé les termes | S^p "^ S^Ap
pour les points d*encastrements, les termes ^y^^ -+- ^^ap P^^^
tous les points d* appuis intermédiaires indistinctement, et évalué,
— en fonction des ja^ et des R^, — les termes 2*^ + 5]*ï^ '
2^R "^ 2^11 ' P^^'^ ^^^ mêmes points, nous aurons :
P équations (4),
N — 1 équations (5),
dans lesquelles les P moments d'encastrements [x^^, et les N — i
réactions des appuis intermédiaires sont en évidence.
Il y a donc (N + P -^ 1) équations, et (N + P — 1) inconnues.
A ces. équations s'ajoutent les deux équations d'équilibre statique
entre les charges P., AP^,les moments îi.^„et les réactions R^, R^
R^ ^N -r ^N ^® *^^^ ^^^ appuis :
Ces deux dernières relations font connaître R^ et R^ ^rès que
les R^ et les [x^^ ont été détermines par les équations (4) et 5).
II est évident que Tapplication de la méthode est pénible dans le
cas où la section de la poutre est variable, le calcul des inclinaisons
et des ordonnées ne pouvant se faire autrement que par quadra-
tures, car il n'existe pas, en général, de relation algébrique entre
les abscisses des sections et leurs moments d'inertie.
Nous allons indiquer comment on peut rapidement conduire les
calculs dans le cas où la section de la poutre est constante.
Remarque. — Dans le cas où il n'y a aucun appui avec encastre-
ment, il n'y a pas lieu d'écrire les P équations (4) ; les (N — 1) équa-
tions (5) font connaître les (N — 1 ) réactions des appuis intermédiaires.
2«. CAS USUEL.
y. — La section de la poutre est constante, les appuis sont à
des niveaux différents ; les charges se composent de poids distincts
P^et de poids p^ uniformément répartis par mètre courant sur diffé-
rentes parties de la poutre.
A. — Calcul (en fonction des charges données P^., AP^.) des termes
y]*p. + y]\ p^. I pour chaque appui A avec encastrement y et
2^** "^ !S^^Pa P^^^ ^^^^^ ^PP^^^ intermédiaire A^.
Voyons qut.4les sont les expressions générales des termes qui
figurent sous les signes ^ :
— 203 —
1^ >p., t^p . — On sait qua les incliQaisons et l6S ordonnées de la
ligne moyenne d*une poutre (fig. 2) fléchie par une rtharge P^ sont
données par les formules suivantes :
KiJ^r^^.^
Kg. 2
Tronçon AoB, :
/. r L« — in
Ces formules appliquées aux points A et A^ donnent :
/ Si la charge est à droite du point A^ :
[M /'2 -,
Tronçon Aj^.B,. :
Au point A :
' Si la charge est à gauche du point A :
Au point A^ :
Si la charge est à droite du point A^ :
Si la charge est à gauclie du point A^ :
(I)
(111)
Cl)
«ry;=P.gfxv[-x'î+L'-i«]
(IV).
— 264 —
2®. al p » y^p . — ^P* représente ici une charge uniformément
répartie. Nous considérons deux cas :
(a). La charge p^ = AP^ s'étend sur todte la poutre A^^Aj,.
On appliquera dans ce cas les formules connues :
Au point A :
«^*APt==p4[f-l^î + ïlJ
(V)
Au point A, : <fy^p^ = P* ^ X, [y' - LXJ + ^*] (VI).
(b). La charge occupe une travée, ou une portion de travée,
n faut calculer les inclinaisons et les ordonnées de la ligne
moyenne dans les deux tronçons A^C, DAj^ (fig. 3). On sait qu'une
• • ■ • * • •»«« • • #te
^•^^•«
charge P produit, dans le tronçon de la poutre situé à gauche de
son point d'application, une inclinaison et une ordonnée dont les
valeurs générales soqt :
''^=^é:{-''+^^)=K[-^^+
L'f — f *
à
j
«f ÏP = P ^ œ (- x« + L* - r«) = |- [- a^f + (L'f - r») X]
Dans cette formule, faisons P = Pj^^^f > x, et y^ deviennent dz^f,^
et dy/^f^ :
^'^AP*=s;[-«=*fdr +
■]
Pk
^•dy^p^ = gn f- ^''<"' + (^^'f** - ^'<^) *]•
— 2Q5 —
Ett intégrant ces deux équations depuis I = (J^ — aA jusqu'à
'^ — (f^ + a^), on obtient les inclinaisons et les ordonnées, dans le
tronçon A^C, produites par la charge p^ agissant sur la longueur
\ ; on trouve :
Tronçon A^C ; < -
On obtient de même pour le tronçon DAj^ :
Tronçon DA^
«^yAP»=p*^^'[-^''+L'-P*-«î]
Les formules qu'il convient d'appliquer sont dès lors *
, Sî la charge est à droite de A^ :
Au point A : [
' Si la charge est à gauche de A :
aj
«^«lp»=p»Tr[+^?-|(^'-^*-«î)] ^^^^
Sija charge est à droite de  :
«*'*
*^»AP»=P*i:^'-[-^r + L'-a-«n (VIII)
Au point A^ :
' Si la chaire esl à gauche de A^ :
«A
Nous savons à présent calculer les termes «J , «^^ , j/J , y^ . Il
reste à former les sommes :
Les calculs peuvent être disposf^s comme le montre l'exemple
développé dans l'Annexe I.
— 266 —
8» — B. — Calcul (en fonction des inconnues R^^ et |i.^) des termes
V«J + Va' pour chaque appui A avec encastrement , et
Sî'iL. "^ ^y^ P^^ chaque appui intermédiaire A^.
Évaluons les éléments qui figurent sous les signes V :
4<*. aj , j/I^. — La flexion est ici produite par la réaction R^ appli-
quée en A^ (fig. 4).
K_
L'inclinaisoD en un point A dont les abscisses sont X et X'^ est
donnée par les formules connues :
Si A„ est à droite de Â. :
En A, :
*^»«„ - "» 2L L~ » "^ "~1 — ^J
(XI)
Si A est à gaucbe de A :
Y r it Yi"i
"» "2LL ' 3 J
(XIU).
L'ordonnée en un point A^ est donnée par :
Si A„ est à droite de A^ :
X
<^»;„=Rn6î:Xr[-xî+L'-x'y
(XII)
En A. :
Si A„ est à gauclie de A,. :
X
^yl = ï^«6t ^V [- X'* + L« ^ XJ] (XIV).
i
- Î67 —
Nous ne mettons pas en évidence le signe de R^^ parce qu'on ne le
connaît pas toujours a 'priori; il sera donné par la résolution même
des équations.
2*. a' ^ y^ . — L'efTort déterminant la déformation est un oou-
pie |jL^ agissant sur une section dont les abscisses sont X^, X'^
(h- S).
Fia. 5
Calculons les inclinaisons a , et les ordonnées ?/,. en tous les
points de la ligne moyenne fléchie ; soit x Tabscisso générale d*un
point quelconque. Les réactions Qq et Qj^ ont les directions et les
sens indiqués sur la figure. En prenant successivement les moments
autour de Â^ et autour de A^^, on a :
j.'- - Q,.L = 0 et jx^-QoL = 0 : d'où ÇU=% =
Les moments fléchissants ont pour expressions :
a
» f m
U.
Tronçon A^A^ : jx z=: + ii2? a?
Tronçon A^A^. : |x = + î^a:^ fx^,.
On en déduit par intégrations :
^mX»
Tronçon A^,: <ra. =H-^^ + C,
L 2
Tronçon A^A„i £^^ = + l^±.— ^^ xA-C
— 268 —
Tronçon A,A„ : iy^^ = + îip ^ -4- C,x + C.
Tronçon A„A^: €y^^^ = + '^^^-i.,^^ + Cx + C.
Les constantes C, C|, C, C, se déti^rminent en exprimant qu'il y a
raccordement tangentiel entre les dejx tronçons delaâbre moyenne
déformée au point A^, et qu'aux points Ao et A^. les valeurs de
t/„ sont nulles ; on trouve ainsi :
Portant ces valeurs dans les expressions de a et de y , il
vient :
Tronçon A^, : «fa^^^ = ^.J- [^^ - LX„. + j]
Tronçon A„A, : ,fa^^ = .u^[[^+l-_Lx+^']
Tronçon A,A„ : «fy^^ = ^,„ ^ [œ» + 3X;, - 6LX^ + 2L']
Tronçon A„ A, : £y^^ = h^^[|. [x« - 3Lx + 3X|;. + 2L«J - ^].
Appliquons ces formules aux points A et A^; nous obtenons
finalement :
Si A^ est à droite de A« :
Au point A
^*L = ^e. i [^^ - LX„ + ^] (XV)
Si A^ est à gauche de A :
P
(XVII)
Si A^ est à droite de A^ :
Au point A^ : (
Si A^ est à gauche de A^ :
^y'^^ = ^e. \w. i^r - 3LX, + âXil. + 2L«) - ^j
(XVIII).
— 269 —
Nous savons maintenant calculer les éléments des sommes
[2*1 + 2"LJ ^^ [2î^Rn + S^^l^emJ' ^ommcs qui représen-
tent les premiers membres des équations (4) et (5).
Les calculs numériques peuvent se disposer de la même manière
que pour les sommes [^a^p. + H^pJ ^* [H^p, "^ 2*1?*]'
Il n'y a pas lieu de nous arrêter à la résolution des équations (4)
et (5), qui forment un système de N + P — 1 équations du premier
degré à N + P — 1 inconnues.
Influence de la compressibilité des appuis.
9. — Nous nous plaçons dans le cas général défini au n° 1 en
faisant toutefois une restriction : la différence de niveau entre les
appuis extrêmes est nulle, ou assez faible pour que l'on puisse
regarder les réactions au contact de la poutre et des appuis comme
sensiblement verticales.
Considérons, par exemple, une poutre métallique reposant sur
des piles de maçonnerie ou de métal :
Sous Tinfluence des actions verticales exercées par la poutre, le
sol de la fondation, la fondation, et les piles elles-mêmes se compri-
ment, de sorte que les différences de niveau existant entre les appuis
se modifient.
Soient (fig. 6) Hq, H„ Hj H,^._,, H^, les hauteurs des piles
correspondant aux appuis A^, A^, A^ K-i^\> ®* ^^oj
AH,, AH, ^Hj^-i» ^Hj^> l^s variations que subissent ces hau-
teurs sous l'action des efforts transmis par la poutre ; soient AS^,
i8
'
— !270 —
AS|, AS2 ^^N—i' ^^N' ^^ quantités dont s'abaisse le sol de la
fondation pour ces mêmes appuis.
Nous rapporterons maintenant les ordonnées de la fibre mojeune.
fléchie, non plus à la droite A^A^ comme axe des or, mais bien à la
nouvelle position A'qA'jj de cette droite.
Aq, A4 A^. . . .Aj^^^, A^, sont les positions des appuis avant
flexion .
A'q, A'i A,.. . . • A'j^_^, A'j,, sont les positions des appuis après
flexion.
Donc :
A,A' = AH, + AS,.
Or AH^ et AS^, quantités dont se compriment la pile et le sol au
point A^, peuvent être regardées comme proportionnelles à la réaction
R en ce point d'appui ; on peut donc poser :
A,A',. =:= A>R^
où k^ est un coefficient qui dépend de la hauteur H^ de la pile, de sa
section et de la nature de la pile et du sol.
D'autre part la figure donne les. deux relations suivantes :
Y'^ = Y + AA; - a^a\, = Y + k^K^ - a^a\.
D'où :
L
C'est cette valeur de Y*" qu'il convient de faire entrer dans l'équa-
tion (5) qui prend la forme :
En groupant dans le premier membre les termes contenant les
inconnues, il vient :
(S bis). [24 + Ilî/'J + K (1 - ^') R. + fa, ^•- R, - ÀvRr
= V^ - {J^y;, + ^y 1p^)
Od voit que 1& formule (3) n'a, en défioitive, changé que par l'ad-
ditioD, dans son premier membre, de trois termes contenant la
réaction R^. au point d'appui A^ pour lequel on écrit l't^quation, et les
réactions E, et R^. aux appuis extrêmes A, et A^.
Il faut remarquer que les équations (4) et (5) ne contenaient pas
les inconnues R, et R„, ce qui permettait de les résoudre indépen-
damment des équations (6) et (7), tandis que le nouveau système
(4), (5 bis) renferme R,, et R,,, ce qui exige qu'on lui adjoigne, —
pour sa résolution même, — les équations (6) et (7).
Dans le cas du a" 5 on n'avait à résoudre qu'un système de
(N-fP — i) équations du premier degré; lans le cas actuel, le
système comprend (N + P + 1) équations.
Influence de la flexton des pUes dans le cas où celleB~ci sont
assemblées avec la poutre d'une manière indëtormable.
iO> — Plaçons-nous encore dans les conditions
numéro précédent, et r^renous les équations (4), qui tiennent compte
des encastrements :
x' est la tangente de l'an-
gle (*) d'encastrement à l'ap-
pui considéré A . Après que
la fluxion de la poutre s'est
produite, la pile ayant été
cRtrainée dans la flexion,
l'inclinaison o^ s'est modifiée
tt est devenue a'' -|- A«'
fij. 1). A cet instant, le fait
de l'assemblage indéformable
de la poutre avec la pile
équivaut: pour la poutre, à
l'application en A d'un cou-
(*) Angle qui semesui-e, comme il a déjà été dit, avec la partie positive de
la droite AgA^.
pie + \L ; et pour la pile, à rapplicationd'un couple égal et contraire
-^%
La formule (4) devient alors :
àofi s*évalue aisément en fonction de a : rapportons en effet la
flexion de la pile aux axes ox . oxj {ox est la tangente, en 0 , à
la ligne moyenne fléchie de la pile) ; nous supposerons que Taxe de
la pile était vertical avant la déformation; dans ces conditions, Aa'
est l'angle de la tangente en A à la lign«^ moyenne fléchie de la pile
avec Taxe ox .
Tout le long de la pile, le moment fléchissant est constant et égal
à — ix-o. On a dès lors :
où (f est le module d'élasticité constant ou variable de la pile de
rang q. «
Posons :
T ne dépend que des dimensions de la pile de rang 9. — ^0? s'écrit
maintenant sous la forme :
^*' = '<iW
(*) Dans le cas particulier où la section de la pile est constante
.)
— 273 —
Sobstituant dans Téquatioii {a) :
OU, en groupant dans le premier membre les termes contenant les
inconnues :
(* H. 2*1 + 2«L - V., = *' - [l^h + 2*k]
Cette équation ne diffère de l'équation (4) que par l'addition, dans
son premier membre, du terme correctif — '«(J^eo» ^^^ *^^^* compte
de la flexion de la pile. — Elle remplace (4) de même qu'au n** 9,
0 bis remplaçait 5.
Nota. — En ce qui concerne la pile elle-même, elle est soumise aux
deux efforts R et u..
Influence de la dilatation dans le cas où la poutre est ancrée
sur les piles.
11. — Supposons qu'à la température du montage^ les axes
des piles soient verticaux. Puis admettons que la température
varie, s'élève par exemple de T: la poutre se dilate; cette dilata-
tion étant gênée par les piles, il se développe dans la poutre
des compressions longitudinales C, que nous nous proposons d'é-
valuer.
Soient Cy_^, Cy, Cy , ^ les compressions développées dans les
travées 8^.^, 8^, 8^^^ fAfl^.-S;.
^▼•x
«c-
'*X
\t*\ .... ."ifc"^**
^
Les points Ay_^, A^, A^^^ ne sont plus, après déformation de
la poutre et des piles, à la même distance les uns des autres que
— 274 —
primitivement, car les pilea ont fléchi; les longueurs initiales
îy-i' ^v» ^\+\ ^^* ^^^^ changé; les nouvelles longueurs peuvent
s'évaluer de deux manières différentes :
1** La longueur $^. , par exemple, serait devenue, si les piles
n'avaient pas gêné la dilatation :
hy{\ + ff^t) fm r- coefficient de dilatation)
mais la résistance opposée par les piles en Ay_^ et en A^, a pro-
duit dans la travée A^^^A^ une compression C^ qui a réduit la
longueur 5^(1 + mt) à :
où Û„ est la section supposée variable de la poutre entre k^ et
Ay.
Posons :
êû;-pv
La valeur de la distance finale entre les points A^^^ et A^. devient :
a) 5y(l+wO-pYCv(*).
2*^ Cette distance finale peut encore se calculer comme suit :
La pile O'^Ay a été fléchie; soit/^y la flèche prise par le point A^;
nous compterons cette flèche positivement si elle s'est produite à
droite de Taxe de la pile, et négativement à gauche ; il en sera de
même pour toutes les autres piles. La distance finale cherchée a
pour valeur :
i^) Py ne dépend que des dimensions de la poutre entre Ay_^ et Ay, et se ré-
duit, dans le cas où la section ûy est constante, à :
Ôy(l + mt)
^v = — eu; —
— 278 —
La flèche /^ est produite, dans la pile O'^A^, en Ay, par un effort
(C^.— Cy , ^); elle a dès lors pour expression :
:' = H.
r2 T'
: I dXy i ■
f- , i,. , (C-c..O("v-»V)^.
rfx;. I — ^ — dx\.
où Xy est l'abscisse générale d'un point de la pile, et i'y le module
d'élasticité correspondant ; f^ peut s'écrire sous la forme :
eo posant :
I H,, — X..
= Ôv(*.)
1 1 Hy— Xy
Par analogie, on a :
f\^i = ôv-i(^v-« ■~^)
d'où:
^V+/V— /y-1=^V + ^-(Cv— Cy_^^)— ey_^(Cy_,— Cy)
= 5V + («V + ^-l)Cv - ^Cy +^ - Oy _^Cy^ , (6)
Egalant les deax résultats (a) et (6), il vient :
3,(1 + mO — PvCy - Sy + (8v + 8v-i)Gv -OvCy^, — 6v_<Cv_,
ou :
-«v_A_, +(9v + ev_, +Pv)Gv-9vCv+, =Sv»»^ W (**)
(*) Oy ne dépend que des dimensions de la pile, et se réduit, quand la section
de la pile est constante, à :
H'
0., = I. •
^ 3<ry
(^*) Dans le cas où la poutre et les piles sont de sections constantes, (8) prend
ia forme :
~3Zv7, * -» "*■ 1.3?; + r^J "^ Eu^. J ^v - 3,^;. "-v+i -
o^mt.
— 276 —
On écrira l'équation (8), de proche en proche, en allant d'une
extrémité à l'autre de la poutre, c'est-à-dire en faisant varier V
de 1 à N, ce qui donnera N équations entre les N compressions C.
Nota. — Ces compressions n'ont, en général, pas beaucoup d'in-
fluence sur les conditions de résistance de la poutre; mais il n'en
est pas de même en ce qui concerne les piles qui ont à résister à
un moment de flexion dont la valeur générale est, pour la pile de
rang v :
valeur qui atteint son maximum à la base de la pile (pour x\ = 0\ :
Cas particulier de la poutre à une seule travée, de section
constante, encastrée à ses deux extrémités.
12. — Soient a^ et a' les tangentes des angles d'encastrement
de la poutre en A^ et Aj (fig, 9).
Fia. 9
JL
Nous laisserons indéterminée la nature de la surcharge. Appli-
quons la formule (4) de la théorie générale aux. points d* appuis
avec encastrements, c'est-à-dire aux points A^ et A^ :
(«)
^»ti^ et 2*"n ^*^°* "Civils, puisqu'il n'y a pas ici d'appuis intermé-
diaires.
— 477 —
D'autre part :
Les valeurs des termes en a de ces deux dernières équations se
calculent par les formules (XV) et (XVII) du n° 8 ; on a dès lors :
en faisaot X, = 0 et X|=L, on troure, toutes réductions faites :
D'où
2*°^™.=z^[l'*'»~gî*'J'
et :
En substituant dans les équations (a) :
^e.- g <*- = E [•' - (2"U 2*ÂP»)]= M.
d'où l'on tire :
v.,, = m+ 4N,
Dans chaque cas particulier, on remplacera M et N par leurs va-
leurs qui dépendent de la nature de la charge.
— 278 —
CHAPITRE II.
Complément de méthode analytique ayant pour ob-
jet la détermination directe des moments fléchis*
sants dus aux réactions sur piles,
SoMMÀîRE. — Remarques préliminaires. — Poutre reposant librement sur ses
appuis : — l^' La section de la poutre est variable. — ^ Elle est constante.
— Poutre encastrée sur ses appuis: — i^ La section de la poutre est variable.
— ^ Elle est constante. — Cas particulier de la poutre à une seule travée,
— de section constante, — encastrée à ses deux extrémités. — Influence de
la flexion des piles dans le cas où celles-ci sont assemblées avec la poutre
d'une manière indéformable : — l** La section de la poutre est constante. —
S** Elle est variable.
Remarques préliminaires.
13* — Les données du problème sont toujours celles indiquées
au n"^ 1. Cependant, pour la facilité de la démonstration, nous scin-
dons notre étude en deux : — 4° la poutre repose librement sur ses
appuis. — 2® Elle est encastrée sur ses appuis.
Nous verrons par la suite qu'il est plus simple de faire entrer
dans les équations les Moments développés en chaque point (T appui par
les réactions que d'y introduire les Béactions mêmes des appuis. On
devra donc, pour la rapidité des calculs, rejeter la première méthode
indiquée aux n°* 5 et 6, toutes les fois que Ton n'aura pas de rai-
son spéciale pour déterminer immédiatement les réactions des ap-
puis. On devra y revenir dans le cas contraire, par exemple lorsque
Ton voudra tenir compte de la compressibilité des appuis.
Nous montrerons en effet que les équations entre les moments flé-
chissants sur appuis, dus aux réactions, ne contiennent chacune que
trois moments consécutifs, tandis que les équations entre les réac-
tions contiennent chacune toutes les réactions sur les appuis iuter-
médiaiies; ces dernières sont donc plus longues à former et à
résoudre.
14l« — Nous désignerons les moments dus aux réactions et aux
moments d'encastrements agissant seuls sur la poutre A^A^^, pri-
— 279 —
vée de ses appuis intermédiaires et de ses encastrement^*, par
Tex pression : Moments de réactions.
De méme^ nous appelerons Moment de charges en un point le mo-
ment qui serait développé en ce point, par Tapplication des charges
données» sur la poutre A^Â^ privée de ses appuis intermédiaires et
de ses encastrements.
Le premier lemme du n® 4 se traduit dès lors comme suit :
En chaque point de la ligne moyenne fléchie de la poutre continue^ le
moment fléchissant effectif est égal à la somme algébrique du moment
de charges i^p^p, ^t du moment de réactions [t,^ .
On sait déterminer en chaque point la valeur du moment de
charges; il suffit donc, pour connaître le moment fléchissant défi-
nitif, de calculer en chaque point le moment de réactions ; c'est le
but que nous allons poursuivre.
Nous adopterons également les expressions: Inclinaison décharges,
Inclinaison de réactions; Ordonnée de charges , Ordonnée de réactions;
ce qui transforme les énoncés 2 et 3 du n** 4 en deux énoncés sem-
blables à celui qui vient d'être donné pour les moments.
15. — Reprenons les équations (4) et (5) :
(4) 2«l+ 1^L= *' - {K.+ H^P.)
Les premiers membres représentent les inclinaisons de réactions,
et les ordonnées de réactions. Au lieu de les calculer en fonction
des R^ et des ji^^, — *comme nous l'avons fait jusqu'à présent, —
on peut les calculer en fonction des moments de réactions sur
appuis. Ce calcul mettra en évidence, dans les premiers membres
de (4) et (5), ces derniers moments de réactions qui sont les in-
connues.
Quant aux seconds membres, on sait les calculer par quadratures
en fonction des charges. Toute la question est donc d'évaluer les
premiers membres de (4) et (5) en fonction des j^^^ aux appuis.
Nous allons voir successivement comment on peut le faire dans
les deux cas indiqués au n** 43.
— 280 —
Poutre reposant librement sur ses appuis*
/^ La section de la poutre est variable.
lO* — Puisqu'il n'y a pas d'encastrements, les équations (4) et
(5) se réduisent à :
(4)
(8)
La ligne représentative des moments de réactions est un polygone
dont 1 es sommets se trouvent sur les perpendiculaires à A^ Aj, menées
aux points d'appuis (fig. 40), puisque les réactions sont des eflforts
distincts.
Ka. 10
A-o
SoieutjjLj, i4, \i\ jjlJ-', jij, .. .. ptJ-S ixg les moments de
réactions sur les appuis A^, A^, A^, A^-p A^» -^-4» -^n-
Appliquons les formules (4) et (6) au point A^ : les premiers mem-
bres représentent l'inclinaison de réactions «^ , et l'ordonnée de ré-
actions Y^ au point A^ ; d'où :
(6)
(7)
Evaluons maintenant l'inclinaison de réactions «^ et lordonnée de
— 281 —
réactions Y^ pour un point quelconque de la ligne moyenne défini par
son abscisse x :
«R=4 +
= x
Yk=
œ=o
^w
f^^dx •
a: = 0
En choisissant ce point dans la travée de rang r, on peut écrire :
(a)
«R=4 +
=x
r-i
=a;
! = «
El
X = ù
'r-1
Et de même :
Y.=
=.X
= X
Dans l'intervalle compris entre X,.__^ et a?, a^ variant suivant la
formule (a), on a ;
r— 1
=«k"'(^-x,_,)-}
Substituant dans Y. , il vient :
= j? /%x—m
dx
a?=X^_4tya?=X^_
(6)
YR=n~'+«r\«'-X,_,)+ / «te / ida;
= .i;
f*R
D autre part, d'après la figure 40, on peut écrire :
\
H
H
»•— « _L ^ ^ /_
H 5 (.x;
r
-x._,)
— 28i -
(a) devient dès lors :
(c) ^K=H ' + H-R I El
(b) donne de même :
«=-V-i
'kr = X />r — X
+
— §;: — / / — Ëï~
Posons (a? — X^_,) =^r» ^r ^^^^ l'abscisse d'un point quelconque
de la travée A^^^ A^ par rapport à Textrémité A^_^ de cette travée;
par suite de ce changement d^ variable, les équations (c) et (à) pren-
nent la forme :
(e)
*R""*R
f— 1 r-i
!*R
Î*R
r-\
0.
(/)
*R *R
''-i.-. I „r — 1
= «r' ^r+H-R
r r-^1
I^R — Î^R
t./^r^^
Si Ton applique ces équations au point A,. , c'est-à-dire si Ton y fait
a:^ = 8^ , oi^ et Y^ deviennent : a^^ , Y^ ; d'où :
(ff)
«R^^R
— 283 —
(A) y; _¥;-=«;;- 8,+!.
r — <
Les intégrales, qui figurent dans les seconds membres de ces deux
dernières éuuatioûs, ne dépendent que des moments d'inertie et de
la longueur de la travée de rang r ; elles sont donc indépendantes
des valeurs de ijlJ;""^, jjl^, a^""% aj[, Yr""^ ^rî posons :
El - '^■'■
{g) et (h) s'écrivent dès lors :
(8) «^— a^~'= ?rt*^~'+ MI^R — t*R~0
On peut poser les équations (8) et (9) pour chaque travée.
Éliminons les inclinaisons aJ-"S o^; à cet efifet, écrivons l'équation
(9) pour la travée de rang (r + 1) :
(9 bis) y;+ « - y; = 8,^,0; + K+,u^A + K+,^rA^K^' - ^^0-
Si de (9) et (9 bis) on tire a^*^ et «^ et si on substitue dans (8), on
trouve, tous calculs faits :
y'*+' y»" y*" v**^'
*R *R *R 'R
— 284 —
Cette équation ne contient plus comme inconnues que iji.^""^ \t-[^
\>^\ c'est-à-dire trois moments de réactions sur piles conséaUifs. Les
Y^ qui figurent dans le second membre, se calculeront, en fonctions
des charges, par la formule (7) que Ton appliquera à chaque point
d'appui.
On écrira cette équation des trois momsnts de réactions^ sur piks,
de proche en proche, depuis une extrémité de la poutre jusqu'à
l'autre, et Ton en tirera les mxymenis de réactions sur piles^ en
remarquant que |jl^ = jjt^ = 0.
2^ La section de la poutre est constante,
IT. — Si Ton calcule, dans cette hypothèse, les valeurs de
?r' ^1» Xr» ^r' — ^® ^^^ s'effectuo cu faisant sortir I du signe de l'in-
tégration,— on obtient:
8 0
© — j: y — _jl
"^~ El ''^""2E[
a a
^•^ 2EI '' 6EI
Ces valeurs portées dans, l'équation (10), avec les valeurs de même
forme de (p^_^,*^_^, Xr-r ^r^i^ donnent :
(10 bis)
18. — Une fois les moments de réactions sur piles connus, on
en tirera les moments définitifs sur piles, en les cumulant avec les
moments de charges sur piles, (Voir n^ 4i.) — On en tirera éga-
lement, si on le désire, les valeurs des réactions sur piles.
-288 —
Poatre encastrée avec ses appuis.
/® La sectûm de la poudre est variable.
i9m — ' Les éqaations (4) et (5), appliquées à Tappui A^, donnent:
Les premiers membres représentent les inclinaisons de réactions
sur piles, et les ordonnées de réactions sur piles. (En comprenant,
dans le terme RiactionSy aussi bien les moments d'encastrements u.^
que les réactions R.) Nous représenterons ces premiers membres par
*p 1 Y« ; d'où :
(il)
(12)
tt.«> IZ^ CL
'-(2\+I'i'.)
Sur chaque appui, le moment de réactions a deux valeurs : Tuue
correspondant à une section prise à gauche de Tappui, Tautre à une
section prise à droite. En effe^ on sait que le diagramme des
moments développés par les réactions R est un polygone convexe,
dont les sommets sont situés sur les perpendiculaires à A^Â^ menées
par les points d'appui. (Diagramme l,) — Quant au diagramme des
Fia 11
lhMjaTtsBnt& Jl
moments développés par un couple-réaction [jl^, il se compose de
deux droites parallèles issues de A^^ et de A^^, et se terminant sur
10
— 286 —
la perpendiculaire à A^ menée au point d'appui encastré considéré ;
(Voir n® 8.) ce diagramme présente donc un décrochement en A^.
(Diagramme IL)
Quand, pour avoir le diagramme final des moments de réactions,
on cumulera les ordonnées du diagramme I avec celles des dia-
grammes tels que II, obtenus pour chaque couple-réaction, ces
décrochements subsisteront aux points d'appuis. En chaque appui le
moment de réactions a donc deux valeurs.
Pour Tappui de rang r, nous représenterons ces deux valeurs par
V-'i . jjl'^ . La diflférence de ces deux quantités représente préci-
sèment la valeur du moment d'encastrement, c'est-à-dire du couple-
réaction à l'appui considéré.
En efifet, considérons l'appui A^ (fig, /ij; soit ^/^ le couplerréaction
de cet appui ; \x^ est le moment de
réaction immédiatement à droite de
Tappui ; \t!^ est le moment de réac-
- tiens immédiatement à gauche ; dans
riutervalle agit le couple réaction ^^
ainsi que la réaction R.; on a donc,
en prenant toujours les moments des forces agissant à droite de la
section considérée :
%12
PoflztPO
T 'I »
r T r
0" '^H.-^.=^
En résumé, le diagramme des moments de réactions entre trois
appuis consécutif^ présentera une disposition analogue à celle de la
figure 13,
Tij. 13 _
Les moments de réactions varient dans chaque travée suivant tes
— 287 —
ordonnées d'une droite; les calculs du n» 16 ayant précisénaent ce
fait comme point de départ, s* appliquent encore ici ; on peut donc
encore poser les équations (8) et (9)^ à la condition, toutefois, de
remplacer j^"*^ par ^i.'^''"^^ et i;.^ par i^J^^ :
D'autre part, les formules (H) et (i2) permettent de calculer
numériquement aj , *R~^ ^r » ^r~^ ®^ fonction des inclinaisons
/, x^"^ des encastrements, — des ordonnées Y^, Y*^""^ des appuis,
— et des charges P., AP^, — quantités qui sont toutes des données.
Posons : . • '
(*«) «Ru— «rÛ'= s.
r
f— 1
*«^-
%,
.
Y' _
-Vh!
s,
K
■
(16). ^V'e ^^e r "l*r _ "I^ ^t^. r-i j '
où S et T représentent des quantit<^s connues.
Les équations (43) et (d4) deviennent:
(17) {fr—K)i^%l + -h/H^=^^
(18) p^^-q</i-;;+K/^^=\ ■ ■
On voit donc que les moments aux deux extrémités d'une même
travée sont liés par un système de deux équations du premier degré,
d'où Ton tire :
(19) u ^*"^ = — ' -^^ ^ ^ /' (L« dénominateur de. ces
^t*e (?r tr) V "" (/-r Vj Tr f fractions peut s'écrire soup
/ I \ T A r > Q ( la forme plus simple :
Il suffit de faire varier l'indice r de 1 à N pour obtenir les
formules donnant les moments de réactions aux extrémités de chaque
travée.
— Î88 —
S^ La section ds la poutre est œtisîante.
élOm — Les valeurs de <p^, ^^^ Xr» ^r» î^''^ convient de substituer
dans les formules (19) et (20)» ont été déjà indiquées au n®17. On en
tire :
Ces valeurs, portées dans (i9) et (20), donnent, après réductions:
(19 bn, t^;,; =^[^r- k]
(ÎO bis) ^l, = ^ [^r - 3T.]
Cas particulier de la poutre à une seule travée, de seotioa
oonstante, encastrée à ses deux ertrémités.
21. — Los formules à employer sont: (13), (16), (196»s) et
(206is). Y^^ , Y^~\ qui représentent les ordonnées de réactions a
Taplomb des appuis, sont nulles, puisque ces Y concenient ici les
appuis extrêmes, la poutre n*ayant pas d'appuis intermédiaires;
(15) et (16) se réduisent à :
>S| — (Xp.. — a
Les formules de résolution {VJbis) et (20 6i^) deviennent alors, en
— 289 —
y remplaçant S^ et T^ par les valeurs de Sj et Tj calculées ci-dessus,
et 0^ par la portée L do la poutre :
r _ . 2E[
Eq se reportant à Téquation (11) et au n*» 12, où il a déjà été
El FT
traité de la poutre encastrée, on voit que -^/.. » et -r-al.. ne sont
autres que les quantités que nous avons représentées par M et N ;
de sorte, qu'en adoptant ces notations il vient :
jx;,^=:-(4M + 2N)
îx',[-+(4N + 2M)
Pour avoir les moments fléchissants effectifs aux extrémités de la
poutre, il faut ajouter aux moments de réactions jx* , |a' ,, , les
valeurs des moments de charges aux extrémités, moments qui sont
nuls ici : [i*^ et pit sont donc précisément les moments fléchissants
effectifs aux extrémités de la poutre encastrée.
Si Ton désigne, comme au n" 42, par ;i.^^, [a^^, les moments
d'encastrements» on a :
Ces résultats sont les mêmes que ceux du n^ 12.
Influence de la flexion des piles dans les cas où celles-ci sont
assemblées avec la poutre d'une manière indéformable.
/. La section de la poutre est variable.
22. — Reprenons Téquation (ibis) du u'' 10 :
— 290 —
dans laquelle :
7
Cette équation peut se traduire ainsi : Au sommet de chaque
pile, la diflfërence de Tinclinaison de réactions (2*h + 2*m^ )
dftns la poutre, et de Tinclinaison de réactions t {jl , dans la pile,
est égale à la différence de Tinclinaison initiale de Tencastrement
et de rinclinaison de charges dans la poutre.
En appliquant cet énoncé, avec les notations actuelles, au point
*R^
-s!-;=*'-(2«p>2*'ap*)
Or, nous avons vu au n° 19 que :
r
D'où :
Cette équation remplace ici Téquation (11) du n*^ 19. Quant aux
équations (12), (13) et (14) du même n^, elles ne changent pas.
Le système d'équations dont nous disposons est donc :
«
(il bu) 4,^^ T,(4, - !x-^^) = .- _ (2a;.+2;»lp,)
(12) n.= ^'■- (Hî'p +2;î'ap.)
En adjoignant aux équations (11 his) et (12), les équations de
même forme relatives à la travée de rang (r — 1), puis^ tirant des
quatre équations ainsi formées les valeurs de a^~\ x^^ , Y^jT*»
— 291 —
Yg , et enfin substituant dans (13) et (44), il vient, après réduc-
tions :
OÙ U^ et V^ ont pour valeurs :
u-*'-(2;«p>2«AP.)-'-+(2«Pr'+2;«;7;) .
^^= s
r
-.'-+(2"r+2«s.')
et ne contiennent que des quantités connues, ou que l'on sait dé-
terminer.
On peut remplacer les deux équations (a) et (6) par réquâtion
(a) et une équation obtenue en retranchant (a) et {b) membre à
membre :
(22) (?r— +r— '^r4-Cr)î^R,r/+ (+r— ^r— V^Î^Rii, + ^rî^Rpt^^ ^r—'^V-
^U^— -V^) a d'ailleurs pour valeur :
r
On écrira les équations (21) et (22) de proche en proche d'une
extrémité à F autre de la poutre, et on tirera du système ainsi
obtenu les valeurs des moments de réactions sur chaque pile, en
remarquant que, à gauche de la pile Aq et à droite de la pile A^^^
les moments de réactions sont nuls, c'est-à-dire que :
— â92 —
2. La section de la poutre est œnstante.
23« — Dans cette hypothèse, ç^, ^^, Xr» îr' prennent les valeurs
indiquées au n^ il, et les équations (21) et (22) deviennent dès
lors :
V^ et U,. — V^ conservent les valeurs indiquées au n® précédent.
— !293 —
DEUXIÈME PARTIE
CHAPITRE PREMIER
V
Détennination graphique des moments fléchissants
développés par l'application de charges quelcon-
ques, dans une poutre continue reposant sur des
appuis situés à des niveaux quelconques.
SoMMAïKE : Rappel de quelques propriétés des polygones funiculaires. —
Poutre continue de section constante reposant librement sur ses appuis.
— Poutre continue de section variable reposant librement sur ses appuis.
— Poutre continue, de section constante ou \ariablc, encastrée sur ses
appuis.
•
Rappel de ({uelques propriétés des polygones funiculaires.
t« — Les principes que nous allons rappeler brièvement sont
démontrés tout au long dans le traité de statique graphique de
notre savant professeur M. Maurice Lévy et dans le traité de con-
struction de ponts du D' Winckler.
Premier polygone funiculaire. — Étant donnée (fig. 44) une
poutre droite reposant librement sur ses deux appuis Â^, Â^, sou-
mise à l'action d'un certain nombre de charges Pq, Pj, P,, P3, P4
(auxquelles pourraient, d'ailleurs, s'adjoindre des charges réparties),
si Ton trace, — avec une distance polaire quelconque A, — un
polygone des forces et un polygone funiculaire correspondant à ces
charges; si, enfin, on mène la ligne qui joint les points d'inter-
section des côtés extrêmes du polygone funiculaire avec les verti-
cales des appuis Â^, A^ (ligne que Ton appelle ordinairement ligne
de fermeture) :
I. En un point M quelconque de la poutre (*), le moment fléchissant
est égal au produit de la distance polaire A (mesurée à l'échelle des
{*) Voir Statique graphique, par M. Lévy. — Voir aussi l'Annexe II.
forces), jxu' la portion de verticale QR (mesurée à Téchelle des
longueurs), niênée en œ points comprise entre le polygone funiculaire
et la ligne de fermeture..
C'est'à-dire que si ( j) est l'échelle de réduction des longueurs,
et si (/) kilogrammes est la force représenti^e sur Tépure par i mètre,
on a :
d*où il résulte que (QR) représente le moment [t^^^ au point M â
réchelle de ( t-ti) •
IL Si Ton mène, dans le polygone des forces, un rayon parallèle à /n
ligne de fermeture, cette parallèle et les rayons extrêmes du polygone
des forces interceptent, sur la ligne des charges Bq B^, deux segments
KBq, BjK, qui représentent (à l'échelle des forces) les réacliotis as
appuis A^, Aj^.
m. L*effort tranchant en un point quelconque est repfrésenté (à
rêchelle des forces) par la portion de la ligne des chargea comprise
entre le rayon du polygone des forces parallèle à la ligne de fermeture^
et le rayon du polygone des forces parallèle au côté du polygone funi-
culaire correspondant au point considéré.
Exemple : Au point M correspond le côté (I) ; Teffort tranchant
en M est représenté par B^K ; d'où l'on conclut que si Ton prend la
droite KK' pour axe des x^ le diagramme des efforts tranchants est
celui qu'indique la figure.
35« — LiGNË MOYENNE FLÉCHIE (*). — Imaginons que Ton consi-
dère, en chaque élément de longueur dx de la poutre» une charge
fictive ~= dx, (x étant le moment fléchissant correspondant à l'abscisse
de l'élément dx, et qu'avec une distance polaire B, on trace le poly-
gone des forces^ et la courbure funiculaire correspondant à ces
charges élémentaires -^ dx (flg. 45) ; M. Mohr a démontré que :
L En chaque points le produit de la portion de verticale compnse
entre la courbe funiculaire et la ligne de fermeture par la distance
polaire B, est égal à l'ordonnée de la ligne moyenne fléchie au point
considéré (la flexion étant produite par les charges qui donnent nais^
sance aux moments (a), à la condition toutefois de lire la portion de
(«) Voir, à la fin, FAnnexe III.
verticale à V échelle des longueurs ^ et la distance polaire à r échelle des
«
valeurs de ^dx.
Cet énoncé donne lieu aux remarques suivantes :
Remarque L — Soient :
1
j réchelle de réduction des longueurs ;
1
— id . id . moments fléchissants ;
m
4
e
1
i
id. id. coefficients d'élasticité;
id. id. moments d'inertie ;
B la distance polaire mesurée en mètres sur Tépure même ;
y la portion de verticale d'un point M quelconque, comprise
entre la courbe funiculaire et la ligne de fermeture, portion de
verticale lue en mètres sur Tépure même.
u. 1
L'échelle des -^ dx est dès lors : , , > et il résulte de renoncé
El /w/\
\ë%)
précédent que Tordonnée t/ au point M a pour valeur :
^ ^ e% ^ ex ^
y représente donc l'ordonnée y à l'échelle de
m
Remarque IL — Si, au lieu de construire la courbe funiculaire en
partant de charges élémentaires — dx, — c'est-à-dire en prenant
pour surface de chargement Taire limitée par la courbe représentant
les valeurs de t^ , — on construit la courbe funiculaire en partant
de charges jdx : les lignes qui, sur l'épure, représentaient les
charges -^^ dans le polygone des forces, sont multipliées par
(- ) ; d'où il suit que, sur l'épure également, les valeurs de y sont
multipliées par (— j ; on en conclut que y sera donné par :
i
y représente donc y à l'échelle de
fBCm\
\ E* ;
Remarque /II. — Au lieu de construire la courbe funiculaire avec
Taire de la courbe des j comme surface de chargement, on peut
construire cette courbe en partant de Taire de la courbe des -=— (où
A est une longueur arbitraire que nous fixerons cependant plus
tard) ; — celte nouvelle manière de procéder équivaut à diviser,
sur Tépure, les longueurs qui représentaient les charges ^cte par -?;
d'où l'on tire comme précédemment :
,^Bl^m .AB/m
y=yj-w=y'-w^'
i
y représente y à Téchelle de . — •
(""et)
Remarque IV. — Dans le cas où la section de la poutre est con-
stante, on peut prendre pour charges fictives ~fte, au lieu àe^ràx;
cette façon d'opérer équivaut à multiplier les longueurs qui repré-
sentaient, sur l'épure, les valeurs de -j^ rfa? par f-j; et les valeurs
de y sont également multipliées par ce facteur ; d'où :
riAB/nt .AB/m
y=^i-^=y-w'
1
réchelle des y est donc ici ..^j ^ •
^ /àBlm\
\Er)
— Î98 —
Ces remarques, un peu longues peut-être, étaient nécessaires,* eu
égard à Timportance des échelles dans les calculs graphiques.
IL En chaque point, k produit de J! inclinaison sur la ligne de fer-
meture de la tangente à la courbe funiculaire par la distan/:e polain
(cette distance étant toujours mesurée à l'échelle des ^ dx) e&i
égal à l'inclinaison sur t horizontale de la tangente à la ligne moyeim
fléchie.
11 faut entendre par inclinaison de la tangente, en M, par
exemple (fig. 45)^ sur la ligne de fermeture, le quotient ^, de For-
donnée y de la courbe funiculaire en M, par la distance horizontale
s de ce point M au point d*intersection de la tangente à la funicu-
laire en M, avec la ligne de fermeture, soit : ^ == « .
L'inclinaison a de la tangente à la ligne moyenne fléchie sur
rhorizontale est donnée par « = 7, où z est la distance horizontale
du point M au point d'intersection de la tangente à la ligne moyenne
avec Taxe horizontal de la poutre [avant déformation ; on a vu
que si Von prend la courbe des ^ comme surface de chargement ,
y =z y — :— ; or, i3 étant une longueur, s=izl;
,, , y y'Blm ,Blm
z z €1 Ci
1/ * « d
X =^^, représente donc a à l'échelle de -^77 — •
s ^ /Blm\
De même :
Si l'on prend la courbe des ^ comme surf de charge a = « -^ ;
1
a représente a à l'échelle de -^^, — •
^ /Blm\
KÊT)
Si l*on prend la courbe des ^cofnme surf, de charge, x^ *""p^'
— Î99 —
a représente a à Téchelle de .p. -
. ABm
Si ton prend la courbe des^ comme surf, de charg\ 9l = % -gj-;
1
« représente a à Téchelle de ,^ •
\w)
S6. — Deuxième polygone funiculaire. — Si, au lieu de tracer
le polygone des forces et la courbé funiculaire au moyen des
.charges élémentaires ^ c/x, on décompose d'abord la surface de
chargement en plusieurs segments par des verticales (fig, 46)^ et
2^ j^oV^
qu'à Taide de forces égales aux aires de ces segments, supposées
appliquées aux centres de gravité de ces mêmes segments, on trace
un polygone des forces et un polygone funiculaire (la figure 16
montre le tracé de ce polygone funiculaire que Ton appelle deuxième
polygone funiculaire^ pour le distinguer de celui du n^ 24) :
I. Les ordonnées des points de la ligne moyenne fléchie^ situés sur
les verticales qui divisent la surface de chargement, sont égales aux
produits des portions de ces verticales comprises entre le polygone funi-
culaire et sa ligne de fermeture (ces verticales étant mesurées à
TécheUe des longueurs) par la distance polaire choisie (cette distance
polaire étant toujours évaluée à l'échelle des ~r dx).
Exemple : L'ordonnée de la ligne moyenne fléchie au point M est
— 800 -
égale au produit de PQ mesuré à Téchelle des longueurs par la
distance polaire B mesurée à Téchelle des ^ dx.
II. Les inclinaisons avec Vhorizùntale des tangentes aux points de la
ligne moyenne fléchie situés sur les vei^ticales qui divisent la surface
de chargement, sont égales aux produits des inclinaisons, sur la ligne
de fermeture, des côtés du polygone funiculaire guipassent en ces points,
par la distance polaire. [Cette distance polaire étant mesurée comme
il a été dit précédemment, et l'inclinaison des côtés du polygone
funiculaire évaluée toujours par le rapport 'Â • )
III. Les deux principes précédents sont encore vrais si on divise les
segments définis plus haut en un nombre quelconque de parties par des
lignes quelconques, et si on applique aux centres de gravité de ces
parties des charges égales à leurs superficies respectives.
Par exemple : Si le diagramme des moments est un polygone à
côtés rectilignes (cas des charges distinctes), et si la section de la
poutre est constante, une décomposition que Ton peut adopter et que
nous retrouverons plus loin est la suivante : soient |jlj, 1x3, 113 les
moments correspondant aux sommets du polygone ; on prend comme
surface de chargement i'aire limitée par le diagramme des moments,
et on tire, — ainsi que l'indique la figure 17, — une des diagonales de
chacun des trapèzes du diagramme : la figure est ainsi décomposée eo
triangles aux centres de gravité desquels on applique des effortîs ver-
— 301 —
ticaux ^ > —^ > ^~ • • proportionnels à leurs aires respectives.
(^ est une longueur quelconque.) Le polygone funiculaire corres-
pondant donne les ordonnées de la ligne moyenne fléchie aux points
1
Al, Aj, A3 à réchelle de — rîTr-r» — ^t les inclinaisons en ces
\Ër)
i
mêmes points, àTéchelle de
/ABm\
V El /
Il faut remarquer que les verticales des centres de gravité des triangles
de décomposition divisent chaque intervalle AqAj, A^Aj, A2A3 en
trois parties égales; on leur donne le nom de vei*ticales trisec-
trices.
Nota. — Tout ce qui a été dit au n** 25, au sujet des échelles,
s*applique encore ici.
Poatre oontinae de section constante reposant librement
sur ses appuis.
2T» — Il convient de rappeler d'abord les trois principes sui-
vants. (Voir fiT 4 et U..)
En chaque point de la ligne moyenne fléchie de la poutre con-
tinue :
I. Le moment fléchissant effectif [l est égal à la somme algébrique
du moment de charges \t^ et du moment de réactions |i^ : [*= [Xp 4* pi'R.
II. L'inclinaison effective de la ligne moyenne est égale à la somme
algébrique de l'inclinaison de charges et de Vinclinaison de réactions :
in. L'ordonnée effective est égale à la somme algébrique de V ordonnée
de charges et de l'ordonnée de réactions : y = j/p + j/j^.
28. — Nous pouvons aisément déterminer, en chaque point, le
moment de charges \Lp, d'après la construction indiquée au n^ 24,
c'est-à-dire en formant un polygone funiculaire correspondant aux
charges données.
n reste donc, pour connaître le moment fléchissant effectif en
chaque point, à déterminer, également en chaque point, le moment de
réactions.
20
— SiH —
A cet effet, nous allons étudier les déformations de la poutre.
20« — Nous construirons d*abord, à Taide de la surface limitée
par la courbe des moments de charges comme surface de char-
gement, le deuxième polygone funiculaire défini au n^ 26, en prenant
pour verticales décomposant la surface du chargement, les yerti-
cales des appuis, et pour efforts, dans le polygone des forces, les
^ valeurs des quotients des aires de décomposition (*) par une longueur
A, que nous nous donnons arbitrairerâent. C'est-à-dire que nous
transformons les aires de décomposition en des rectangles de même
base A, et qu'au lieu de prendre les aires comme forces, nous
prenons les hauteurs des rectangles, qui leur sont proportion-
nelles.
Dans ces conditions, — d'après le n° 26 et le l? 25, rem. IV, —
les portions de verticales des appuis, comprises entre le deuxième
polygone fimiculmre et sa ligne de fermeture, représentent, à
1
réchelle de .p. — , les oi*données de charges aux appuis inter-
médiaires ; et les inclinaisons des côtés du polygone funiculaire sur
la ligne de fermeture représentent les inclinaisons de charges à
1
réchelle de -rrrr-z- Nous donnerons à ce polygone funiculaire le
\Ër)
nom de deuxième polygone funiculaire des charges.
30* — En résumé, nous venons de déterminer trois éléments :
4* Le moment de charges en chaque point ;
^ L'inclinaison de charges en tous les points d'appuis ;
3*^ L'ordonnée de charges en chaque appui intermédiaire.
D'autre part, nous connaissons, — comme étant une donnée du
problème, — Yordonnée définitive en chaque appui intermédiaire.
Or, on sait que l'ordonnée définitive en un point est égale à la
somme algébrique de l'ordonnée de charges et de l'ordonnée de
réactions. Il en résulte que nous avons facilement la valeur de l'or-
donnée de réactions, en chaque appui, conime différence entre
l'ordonnée définitive et l'ordonnée de charges (**).
(*) Les aires de décomposition peuvent elles-mêmes être décomposées d'une
manière quelconque en plusieurs parties (n^ 26).
i^) Dans le cas où les appuis sont de niveau, Tordonnée définitive est nulle :
— 303 —
Il est évident que, pour effectuer cette différence, il faut avoir
soin de prendre» pour échelle des ordonnées définitives^ celle à
laquelle, sur l'épure, sont déterminées les ordonnées de charges ; —
i
c'est-à«dire l'échelle de
AB/m'
El
31. — Le problème se pose maintenant ainsi :
Étant données les ordonnées prises par la ligne moyenne fléchie dune
poutre^ aux points d'application d'^un certain nombre de forces incon-
nues (réactions) j on demande de déterminer quelles sont les intensités
de ces forces , ou plutôt quels sont^ en tous les points de la poutre^ les
moments fléchissants engendrés par ces forces (moments de réactions).
On sait que le diagramme des moments de ces efforts, qui sont
des efforts distincts, est un polygone dont les sommets se trouvent
sur les verticales des points d'application A^, A, A^_ j, A^^^^ de
ces efforts ; il suffit donc, pour connaître le diagramme en entier,
dedéterminer les moments en ces points A^, Ag Aj^_ j, A^_^ , c'est-
a-direixj^, jx^ \i.^ , [x^ .
Sur une épure (fig. 48) indiquons au-dessus ou au-dessous de la
ligne A^A^, suivant leurs signes, les ordonnées de réactions dont
nous avons fait connaître précédemment la construction, ce qui donne
une série de points A'^, A'j, A'g .... A'^_^ de la ligne moyenne
fléchie.
Supposons, pour un instant, que les moments [jlJ^, |jl*, jx^ ;jl^"^
soient connus et que le diagramme dç ces moments ait été tracé.
D'après ce qui a été dit au n® 26-III, il suffit, pour déterminer les
ordonnées de réactions, aux points Aj, A, Ag A.^-^ d© tracer un
polygone funiculaire en partant de forces égales à -~r^ , -^ , -~^ ,
W- appliquées suivant les reriicafes trisectricesà%^ intervales AqA^,
A,A^, Aj A3 ; et les ordonnées cherchées sont, — à l'échelle de
ABim
El
1 ordonnée de réactions est dès lors égale et de signe contraire à Tordonnée de
charges.
— 304 -
— les segments interceptés sur les verticales des points Â,, A^,
Ag \^i P^ï* l^s côtés de rang impair du polygone funiculaire et
la ligne de fermeture de ce polygone (*).
Or, ce sont ces segments, ces ordonnées que nous connaissons:
Si doric^ en paî'tant de ces segments , nous pouvons reconstituer k
deuxième polygone funiculaire des réactions, le problème sera résolu,
car on remontera aisément de ce polygone au polygone des forces
correspondant, et ces forces ont précisément pour intensités -57-'
-3—, -^r^ , valeurs d'où Ton tirera aisément jjlJj» jx*» jjl^
Examinons de plus près le deuxième polygone funiculaire des
réactions : il jouit des deux propriétés suivantes :
i. — I. Contre-verticales sur piles. — Les côtés de rang pair
du deuxième polygone funtculaire des réactiom se coupent deux à deux
sur les contre-verticales sur piles.
Considérons les côtés 2 et 4, par exemple (âg. 18); prolongeons
les jusqu'à leur intersection B^. On sait que le point d'intersection
(*) Nous appellerons ce polygone funiculaire : deuxième polygone funiculaire de$
réactions; le diagramme des moments de réactions sera le premier polygone funi-
culaire des réactions. Ces expressions sont les mêmes que celles adoptées déjà
pour les charges.
— 303 —
de deux côtés d*un polygone funiculaire appartient à la résultante
des forces comprises entre ces côtés. — B, e^t donc un point de la
résultante '^ *^^ ^ ^ des forces 5-^ et 4^' Qui sont dirigées
L 2A J 2A 2A ^ ^
sniTant les verticales trisectrices g^2^ g^g^^ voisines de la pile A,.
En prenant les moments autour du point Â^, il vient :
2A 3"^ 2A 3— 2A ^^-
d'où :
^8 — ^1
P.- -3
C'est la verticale VgVj, d'abscisse pj relativement au point Aj, que
nous appellerons contre-verticale sur la jrile Ag. La position de cette
verticale est indépendante des valeurs de pijj, [jl^ Donc, quelque
soit le système de valeurs de [jl{^, [jl^, \>^ , qui ait servi à tracer le
deuxième polygone funiculaire des réactions, les côtés de rang pair de
ce polygone se coupent deux à deux sur les contre-verticales sur
piks.
33* — n. Points fixes. — Dans des polygones funiculaires différents,
— tracés en partant dune direction arbitraire du côté 0, — dont les côtés
de rang pair satisfont au théorème précédent, dont les côtés 0,4 , 3,5. ... .
sont assujettis à passer pardss points donnés A^, A'^, A^, A^ •^— <,
et dont le dernier côté nest pas astreint à passer par A^, les côtés de
rang pair correspondants passent par un point fixe.
Traçons un de ces polygones {fig. 49). A cet effet, menons d'abord
toutes les contre-verticales sur piles, et toutes les verticales trisec-
trices. Mettons également en place les points Ai, A2, A3 par où
doivent passer les côtés de rang impair 1, 3, 5
Cela posé, nous donnons par hypothèse une direction quelconque
au coté 0 qui passe par Aq ; le côté 0 rencontre la première verti-
cale trisectrice g^^ en un point (0, 4) appartenant au côté 4, qui dès
lors est déterminé par les points (0, 4) et AJ. Le côté 4 rencontre la
deuxième verticale trisectrice g\g en un point (4, 2) appartenant au
côté 2 ; — d'ailleurs, d'après le théorème précédent, les côtés 0 et 2
se coupent sur la contre-verticale V4V1 de la pile A^, en un point
Bj qui s'obtient en prolongeante jusqu'à V^Vj; — le côte 2 est donc
— 306 —
déterminé par (1, 2) et B^. Ce côté 2 coupe en (2, 3) la troisième
verticale trisectrice, ce qui fkit connidtre un point de 3; mais 3
doit passer par A2; il est donc défini de position par (2, 3) et Aj.
On continuera ainsi, de proche en proche, la construction des
côtés, en se basant toujours sur ce que les côtés de rang pair se
coupent sur Ie9 contre-verticales sur piles, et que les cotés de rang
impair sont assujettis à passer par les points Al, Ai, A3.... Le der-
nier côté du polygone ne passera pas par le point A^^, puisque le
premier côté 0 a été mené dans une direction arbitraire.
Revenons maintenant au commencement de ce tracé :
Considérons le triangle [(0, 1) (1,2) BJ : quelle que soit la direc-
tion donnée au côté (0, 1) B^, c'est-à-dire au côté 0 : 1** les trois
sommets (0,1), (1, 2), B^, sont astreints à se trouver sur trois droites
déterminées qui sont les deux premières verticales trisectrices et la
contre-verticale de la pile A| ; 2^ les côtés 0 et 1 sont assujettis à
passer par des points donnés Ao et Aj.
De la première de ces conditions il résulte que, si, partant de
Aq, on donne au côté 0 des directions différentes, les triangles tels
que [(0, 1), (1,2)BJ, correspondant à ces directions, sont perspec-
tifs (sommets con^espondanis situés sur trois droites concourantes; ici
le poini de conœurs est à r infini) \ donc, d'après un théorème
connu, les points d'intersection des côtés correspondants de ces
triangles sont en ligne droite.
Fig^. 19
■9^3 •?»
Or, d'après la deuxième condition, nous^W>nnaissons déjà deux
de ces points d'intersection qui sont A^ et AAcar les côtés 0 et 1
des différents triangles doivent passer tous p^ ces points.
— 307 -.
Donc, le troisième point d^ntersection L, s'obtient en tirant
AoAj et prolongeant jusqu'au côté (li 2) 6| ; et le point Lj est âxe
de position quand on fait varier la direction du côté 0.
Le même raisonnement s'applique au triangle [(2, 3), (3, 4) B^],
dont les côtés 2 et 3 passent constamment par les points L2 et Â'2 ;
le troisième côté passe donc constamment par un point fixe L3.
En résumé, les côtés de ratig pair passent par des points fixes Lj»
L3, L| etc., faciles à déterminer en traçant un polygone funiculaire
tessai, en partant de \.
On remarque maintenant que ce qui vient d'être dit, pour les
polygones funiculaires tracés en partant du point Âq, est vrai
pour les polygones fanicuiaires que Ton tracerait en partant . du
point A^. D'où Ton conclut à l'existence d'une deuxième série de
points fixes L^_,, LJ^.j , L'^, L'^ par lesquels doivent passer les
côtés de rang pair des polygones funiculaires ayant pour origine le
point Aj^.
Finalement on voit que :
1^ Les côtés de rang pair des polygones funiculaires, dont le
premier côté passe par Aq, passent par des points fixes Lj, L3, L4 ,
2^ Les côtés de rang pair des polygones funiculaires, dont le
premier côté passe par A^, passent par des points fixes L'^^ _^ ,L\,.
Donc :
Les côtés de rang pair du polygone funiculaire cherché (dont les
côtés extrêmes passent par A^ et A^) sont déterminés par les couples
depoints fixes {\, L^). (L3, L,) ,(L^._,, L'^^,).
Quant aux cotés extrême, ils sont déterminés par les couples de
points fixes (X^, L\) et (A^^, L^).
Nota. — Nous donnons toujours aux verticales trisectrices et aux
contre-verticales sur piles le n^ de la pile voisine; tandis que les
points fixes portent le n^ de la travée qui les renferme.
34* — Les propriétés que nous venons de démontrer suffisent
pour tracer le deuxième polygone funiculaire des réactions, La marche
à suivre sera en résumé la suivante :
1*^ Mettre en place sur l'épure les points A'^t A^, A^.:...^ Aj^_,,
r- 308 -
comme il a été dit au n^ 31 ; tracer les verticales trisectrices et les
contre- verticales sur piles.
2. Déterminer les couples de points fixes conjugués, définis au
n<> 33, en traçant un polygone funiculaire d'essai partant de Â^
avec une direction arbitraire pour son côté 0, et un polygone funi-
culaire d*es8ai partant de Â^ avec une direction arbitraire pour son
côté n.
3^ Joindre les points fixes conjugués» deux à deux, ce qui met en
place sur l'épure les côtés de rang pair et les côtés extrêmes (Véri-
fication : les prolongements de ces côtés doivent se couper sur les
contre-verticales sur piles.)
4^ Tracer chaque côté de rang impair en joignant les points d'in-
tersection des deux côtés de rang pair adjacents à ce côté avec les
verticales trisectrices qui comprennent ce même côté. (Vérifica-
tion : Les côtés de rang impair doivent passer par les points Aj, Ag,
Ai , -^N-i). Exemple : 3 est déterminé par les points d'intersec-
tion (2, 3), (3,4) des côtés de rang pair 2 et 4 avec les verticales
trisectrices g^i, g^g'^-
35. — Si maintenant, — conformément à ce qui a été dit au
n*^31, — nous remontons du deuxième polygone funiculaire des
réactions au polygone des forces correspondant, ces forces auront
précisément pour valeurs i^, i^, i^î^î, ^^î!».. .., ^'^"'^^""S !îîZ!i~.
A cet effet, il suffira de mener, par un pôle quelconque, des rayons
parallèles aux côtés du deuxième polygone funiculaire des réactions,
et de couper ces rayons par une verticale située à une distance du
pôle égale à la distance polaire B admise dans le tracé du deuxième
polygone funiculaire des charges : les segments interceptés sur
oiî ]Al u.^8 ijL*8
cette verticale par les rayons sont égaux à -^-l, "J, JLi, *J
^ ° 2A 2A 2A 2A
2Â ' 2A
On remarque que le tracé des côtés de rang impair du deuxième
polygone funiculaire des ré«ictions est inutile, puisqu'à Texamen de
ce deuxième polygone funiculaire et du polygone des forces correspon-
dant, on reconnaît que les rayons du polygone des forces, parallèles aux
côtés extrêmes et aux côtés de rang pair du deuxième polygone
— 309 -
funiculaire, interceptait, sur la verticale des forces, les qaan-
j _i_8 8 _L-j „ a _|_5
tités K-^^ Vi^ • t^r j^ • Oa peut donc se con-
tenter de mener les côtes de rang pair et les côtes extrêmes - du
deuxième polygone funiculaire des réactions^ et conserver la con-
struction des côtés de rang impair comme une yériâcation de
1 épure.
Des valeurs de l^i-^^ ^R-^Â"^"*'" ^h j^ > on tire, par
des quatrièmes proportionnelles, [xj^, [xj , \»^'^\ qui permettent
de tracer le diagramme des moments de réactions.
Nota, — Dans le cas où plusieurs travées seraient égales entre
elles, il sera avantageux de donner à A la valeur de la longueur S de
ces travées, car si Ton considère deux travées consécutives 8 , 8p . ^,
parmi ces travées égales, on aura : [x^-£-_J2±î = h-r-^t- = l4'
ZvJ Zâ
(ji^ se lira donc directement sur la verticale des forces, et il en
sera de même pour tous les moments de réaction sur les piles
adjacentes à deux travées égales à i.
Dans le cas où toutes les travées seraient inégales, on pourra
prendre pour A la yaieur de la moyenne arithmétique des lon-
gueurs de deux travées consécutives, ou de la moyenne arithmé-
tique des longueurs de toutes les travées, ou une quantité s'en
rapprochant.
Finalement, on cumulera les valeurs des moments de réactions
avec celles des moments de charges, et on aura les moments défi-
nitifs en chaque point.
36. — En résumé, la série des constructions à effectuer pour
déterminer les moments fléchissants, dans une poutre continue, est
la suivante :
1^ Tracer le premier polygone funiculaire des charges. (Moments de
charges. — Voir n** 28.)
2° En déduire le deuxième polygone funiculaire des charges, c^est-
à-dire les ordonnées de charges aux points A^ , A^ , A ^^ _ ^ . (N*» 29)
3^ Tirer de là, par différence entre les ordonnées définitives don-
nées, et les ordonnées de charges, les valeurs des ordonnées deréac*
tions en ces mêmes points. (N** 30.)
- 310 —
¥ Tracer» au moyen de ces ordonnées de réactions, le deuxitm
polygone funiculaire des réactions (n** 34), et remonter, de ce poly-
gone funiculaire, aux valeurs des moments de réactions sur piles.
(N«35).
5^ Cumuler, en tenant compte de leurs signes, les moments de
charges et les moments de réactions, ce qui donne les moments
définitifs. (N» 35.) '
37# — Remarques sur les points fixes et le tracé du deuxième
POLYGONE funiculaire DES RÉACTIONS.
Pour une même poutre^ lorsque la charge change d'intensité et de
position — cest'-àrdire lorsque les ordonnées de charges^ et par suite les
ordonnées de réactions A^A'^, A^A^, A^A^ , Aj^._^A'p,_^, varient*-—
les points fixes h^,L^, h ^ L^.; L^,^ ,V^_^,sedépUicentsurdes
verticales.
Pour le démontrer, il suffit de faire voir que Tabscisse du point
Lj est indépendante de Tordonnée de Aj ; que Tabscisse de L, est
indépendante de Tordonnée de A2 et de celle de L^, etc
A cet effet, reprenons la figure du n^ 33, et traçons, en partant
de Aq, un deuxième polygone funiculaire d'essai analogue à celai
déjà tracé.
Pour distinguer Tun de Tautre ces deux polygones funiculaires,
adoptons, pour Tun, des lettres majuscules et des chiffres arabes;
pour l'autre, des lettres minuscules et des chiffres romains. {PI. 105,
fig. 20.)
Gela posé, on a :
)' ,.].l .[ = a, constante indépendante de Tordonnée de Al ;
dI = ^> constante indépendante de l'ordonnée de Al ;
Multipliant membre à membre :
(1,-2) (Ml)
= ab.
Le rapport de ces deux lignes étant indépendant de l'ordonnée
de A't, l'abscisse de L, est elle-même indépendante de l'ordonnée de
Ai. Le lieu décrit par L,, quand Aj se meut verticalement, est donc
une verticale.
— 311 —
On. a de même :
(3, 4) (III, IV)
(iy 3) (II, III) ) OÙ a' et 6' restent constantes, quand L, et A, se
(2, 3) (II, III) ___ l déplacent verticalement.
Et en multipliant membre à membre
(3, 4) (III, IV)
B.&.
z=:ab\
Ce rapport est donc indépendant des ordonnées de L^ et de Âg.
rX'où Ton conclut, comme précédemment, que, lorsque L, et Â2 se
déplacent sur des verticales» L3 décrit aussi une verticale.
On démontrerait de même que les lieux décrits par tous les
autres points fixes sont des verticales, quand les points Al, Â2,. ...
-^N», décrivent eux-mêmes des verticales.
De ce qui vient d'être dit, il résulte que l'on peut, à priori^ avant
d'avoir construit les points A^, A^, A^ A^-i» déterminer les verti-
cales des points fixes : il suffit, en effet, de se donner arbitrairement
les points A'^, A^ > AJ^-.^1 ®t d'appliquer à ces points le tracé du
polygone funiculaire d'essai défini au n^ 33. En particulier, on peut
supposer que A^, A^ » A'x_^ coïncident avec A^, A^.... , Aj^,__,, et
la construction devient la suivante :
De \ mener une divergente quelconque A^m^n^ qui rencontre QiQ^
en m^ et V^Vi en n^ ; tirer m^A^ et prolonger jusqu'en p\ ; mener fiipi,
qui coupe A^A^ prolongé en /^; 2, appartient à la verticale du point
fixe L, ; car I2 est le point fixe autour duquel tourne le côté n^pi du
triangle minip\ lorsque les sommets de ce triangle décrivent les
verticales g^gi, ViVi, g\gi, et que les côtés wiitii, m^pi oscDlent res-
pectivement autour des points A^^ et A|, — de même que L, est
le point fixe autour duquel oscille le côté B^ (1,2) du triangle
(0,1) (1,2) B4, lorsque les sommets de ce triangle décrivent les ver-
ticales 5^9,, ViVi, g\gu et que les côtés (0, 1) B„ (0, 1) (1, 2) oscillent
respectivement autour des points Ao et Aj.
La verticale du point fixe L, est donc Z,/,*
La verticale du point fixe L^ se détermine en répétant, relati-
vement aux points I2 et A^, la construction qui vient d'être effectuée
pour les points Aq et A^, Cette construction se justifie comme
celle de la verticale de Lj, c'est-à-dire en remarquant l'analogie
- 312 —
des conditions dans lesquelles se trouvent les deux triangles m^n^p^et
(2,3)B2(3,4).
Nous venons de retomber ainsi sur la construction des verticales
des points fixes donnée pour la première fois par M. Mohr.
La construction des verticales de la deuxième série de points
fixes L^, Lj , ^N^\ s'effectuera de la même manière, mais en par-
tant de A^, au lieu de partir de A^. — Les deux séries de verticales
des points fixes sont construites sur la fig. 21 , (PL 405) pour une
poutre à cinq travées.
Une fois les verticales des points fixes construites, pour avoir les
points fixes L,, L^ » L^^ de la première série, il suffira (fig. W) de
mener AqAJ qu'on prolongera jusqu'à son intersection L^ avec Ij^',
Lg est un des points fixes; puis de tirer L2A2 qu'on prolongera
jusqu'à son intersection L3 avec ljl,^\ L3 est un des points fixes, etc.;
en un mot, pour déterminer un point fixe, connaissant le point fixe
précédent, on joindra ce dernier point fixe à l'extrémité de l'ordon-
née de réactions située à sa droite, et on prolongera la ligne ainsi
obtenue jusqu'à son intersection avec la verticale du point fixe
cherché.
Les points fixes de la deuxième série se détermineront de la même
manière, mais en cheminant dans le sens A^^A^.
Ces constructions ont été faites (^/*/. 405, Fig.24)fQ\xv une poutre
à cinq travées.
n suffit, à présent, de joindre les couples de points fixes, comme
il a été dit au n^ 34, pour obtenir les côtés de rang pair du deuxième
polygone funiculaire des réactions ; — c'est ce que nous avons fait
(fig. 24).
Ces côtés de rang pair doivent se couper sur les contre- verticales
sur pUes(N°32).
Nous n*avon8 pas tracé les côtés de rang impair qui sont inutiles
ainsi que nous l'avons fait observer au n"" 35.
Nota. — Il faut remarquer que la ligne A^Aj^, c'est-à-dire la droite
à laquelle on rapporte les ordonnées de réactions, n'a pas besoin,
dans l'épure, d'être tracée horizontalement; la condition d'hori-
zontalité de cette ligne n'est, en effet, entrée dans aucune de nos
démonstrations.
38» — Réactions des appuis. — Ayant déterminé le diagramme des
moments de réactions, ou premier polygone foniculaire des réactions,
on mènera, par un pôle quelconque, des rayons parallèles aux côtés
de ce diagramme, rayons que Ton coupera par une verticale distante
du pôle de A™^''®'(*) : les segments interceptés sur cette verticale,
par les rayons, représenteront les réactions sur les appuis intermé-
diairesy à l'échelle adoptée pour les forces dans les tracés précé-
dents.
Cette construction n'est que la construction réciproque de celle
indiquée au n® 24. 1; en effet, au lieu de déterminer, comme au n^ 24,
les moments, en partant des forces, nous déterminons ici les forces,
en partant des moments.
Poutre continue, de Béotien Tarlable, reposant librement
sur ses appuis.
39* — La marche à suivre reste celle qui a été résumée au n^ 36
pour la poutre de section constante. Les différences ne portent que
sur la manière de réaliser chacune des opérations indiquées. Nous
allons les examiner successivement.
40« — Tracer le premier polygone funiculaire des charges.
La construction reste la même que dans le cas précédent, puisque
la section de la poutre n'intervient pas. Ce tracé donne les moments
de charges (Ap en chaque point.
41. — Déduire du premier polygone funiculaire des charges y le
deuxième polygone funiculaire de ces mêmes charges, c'est-^L-dire les or-
données de charges des points A^, A^ ^s—r
Ici on prendra pour surface de chargement l'aire limitée par la
courbe des y-^, ainsi qu'il est indiqué au n^ 25,' Rem. III; ce qui
1
donnera les ordonnées de charges à l'échelle de ..^. ^ . Ou, ce
[-ët)
qui revient au même, on prendra pour surface de chargement l'aire
des y, et Ton réduira chaque aire de décomposition à la base A.
(*) A a ici la valeur qu'on lui a donnée pour tracer le premier polygone
faniculaire des charges.
— 314 —
Il faut remarquer qu'on peut se dispenser d'effectuer le quotient
l*p
Y en chaque point. Pour cela, il suffit de prendre Taire des |Xp
comme surface de chargement et de faire varier, dans la construc-
tion du deuxième polygone funiculaire, la distance polaire B, en lui
donnant constamment la longueur BI.
Ç\.
Fier. 23
Comparons en effet ces deux constructions (Jig. â2 et 23) : dans
Tun et Tautre cas, on divise la surface de chargement en éléments
de largeur (Aa?) assez faible pour que, dans Tintervalle (Ax), on
puisse considérer Tordonnée de la surface de chargement comme
constante. Donc, dans Tune et l'autre construction, les verticales des
- 315 -
centres de gravité de ces surfaces élémentaires occupent la même
position.
Dans la première construction (/î^. 22). les surfaces élémentaires
ont pour valeurs y {àx)\ dans la deuxième {fig, 2S), elles ont pour
valeurs (Ap(A2?); et les lignes qui servent à former Tun et Tautre
T ^^^ l*p(Ax)
polygone des forces, ont pour longueurs : — ^ — et — -r — •
Dans la première construction, la distance polaire B reste con-
stante; dans la deuxième, nous partons d*une première distance
polaire BI^ , — I^ étant le moment d'inertie supposé constant entre
les verticales qui limitent la petite surface de chargement 1, — et
[Xp(Aar)
nous dirigeons le premier rayon du polygone des forces — -r-^ pa-
|JLp(Aj?)
rallèlement au premier rayon du polygone des forces , . ; soit
Ojle pôle ainsi obtenu. Le deuxième rayon du polygone des forces
est la droite Oi(4', 2); ce rayon est parallèle au rayon 0(1,2) du
îXp(Aa?)
polygone des forces —r-r— , car les deux triangles [0 M (1,2)] et
[04M'(1', 2')] sont semblables, comme ayant les angles M et M'
égaux, et leurs bases et hauteurs homologues dans le rapport de
làl,.
Prenons maintenant, sur le rayon 0^ (!', 2'), un nouveau pôle Ogà
une distance polaire égale à BI,, et menons le rayon 02(2', 3) ; ce
rayon est parallèle au rayon 0 (2, 3), pour les mêmes raisons que
0,(li2') est parallèle à 0(1, €) En construisant, de proche en
|jip(Aa?)
proche, les rayons du polygone des forces — -r — , on verrait, comme
précédemment, que tous ces rayons sont parallèles aux rayons
correspondants du polygone des forces — y-r —
En résumé, les verticales des centres de gravité dés surfaces élé-
iJip(Aa:)
mentaires — = — et :ji.p(A,T) occupent les mêmes positions, et les
[iLp(Aa?) \>'p{àx)
rayons des polygones des forces —yt — ®* — x — ^^^^ respective-
- 316 —
ment parallèles ; donc les polygones funiculaires carrespondanls sent
superposables.
4kétm — Tirer, par différence entre les ordonnées définitives et les
ordonnées de charges aux appuis intermédiaires ^ les valeurs des ordon-
nées de réactions en ces mêmes points.
Cette différence se fera naturellement en évaluant les ordonnées
définitives, qui sont des données, à Téchelle des ordonnées de cha^
1
ges qu'on vient de construire, c'est-à-dire à Téchelle de p. .
(-et)
43* — Tracer, au moyen des ordonnées de réactions, le deuxième
polygone funiculaire des réactions, et remonter ^ de ce dernier ^ aux valeurs
des moments de réactions sur piles.
Supposons, pour un instant, comme nous Tavons fait pour la
poutre de section constante (n^ 31), que les moments de réactions
>•*-
sur piles soient connus. D'après le n^ 25, il faut, pour déterminer
les ordonnées de réactions aux points A^, A^ ^n-i (^9- ^^^'
H
considérer une surface de chargement limitée par la courbe des y*
(y^ et I étant le moment de réactions et le moment d'inertie en un
point quelconque de la poutre)^ et de construire le deuxième poly-
gone funiculaire correspondant.
— 317 —
Nous savons que, pour déterminer ces ordonnées, (n» 26) on peut
décomposer la surface de chargement en segments par les verti-
cales des points A^, A^, A^^ ^n-i' P^is considérer les aires de ces
segments comme condensées en leurs centres de gravité respectifs.
Nous savons de plus (n^ 36, III) que chacun de ces segments peut
lai-méme être décomposé, d'une façon quelconque, en autant de
parties que nous voulons. Considérons Tun quelconque d'entre eux,
— celui limité par les verticales des points Aj et Ag par exemple,
— et vojons quel mode de décomposition il convient de choisir.
En un point quelconque de Tintervalle AjAj, le moment [l^ a pour
valeur :
5.
S.
d où, pour le point considéré :
I^R
RÛC
1-8. 1+8. 1*
On peut donc regarder chaque ordonnée y de la surface de char-
gement comme formée de deux parties : -r- -y et — -i . Soit M le point
de séparation de ces deux parties. Le lieu des points M est une
courbe QA^. Cette courbe divise la surface de chargement A^C^CjA^
en deux régions AjC^A^, et Afifi^; ce sont ces deux aires que nous
prendrons comme aires de décomposition.
Evaluons-les, et cherchons-en les centres de gravité :
(I) AAA.=
= 8.
«' — 0
^X'=z0
(4)
'=8.
O/rrO
af — ^
«'=0
ir' — 0
ai
— 318 —
De même :
(IbU)
AjMCiC, = 1*^
l_ «./.r-o
(ibis)
ce- 0
La position des verticales des centres de gravité des surfaces de
chargement AC^MA^, AgMCjCj est donc indépendante des valeurs de
[1^ et de {ji*. Ces verticales sont analogues aux verticales trisectricts
dont nous nous sommes servis dans le cas de la poutre de section
constante ; aussi leur conservons-nous la même dénomination, bien
qu'elles ne divisent pas. la travée en trois parties égales.
Admettons que Ton ait mis en place, dans chaque intervalle A^A,.
A^Aj, AjAj A^_^A^_^, A^_^Aj^, les verticales trisectrices. (Nous
verrons plus loin comment on peut faire graphiquement cette opé-
ration.)
On doit considérer, comme agissant suivant ces verticales, des
charges fictives :
x-^O
X' r- 0
• . • i •
proportionnelles aux aires ÀoAiCj, A^CiMAj, \UCfi2 » ^^^ (*)•
Si les^moments |jlJ^, |jl* [iJ^"^ étaient connus, ces charges le
seraient également; et si Ton construisait le polygone funiculaire
correspondant à ces dernières (deuxième polygone funiculaire des
(*) A a ici la même valeur que dans le trac(^ du deuxième polygone funicii*
iaîre des chargeSé
— 319 — •
réactions), les côtés de rang impair de ce polygone funiculaire et sa
ligne de fermeture intercepteraient, sur les verticales des points
1
A^, Aj \_<» d^s segments représentant à l'échelle de
les ordonnées de réactions, que nous connaissons précisément.
Si, inversement, partant de ces ordonnées connues, nous pou-f
vous reconstituer le deuxième polygone funiculaire des réactions,
le problème sera résolu, car on remontera aisément du polygone
fomculaire au polygone des forces correspondant; et ces forces ont
pour valeurs :
=s.
•
af = ù , t/ic-o
, - , . j
• * • • •
, etc.
d'où Ton dégagera les inconnues |ji^, jjlJ ...... etc.
44. — On voit maintenant qu'il y a une analogie complète
entre le cas actuel et celui de la poutre de section constante. Les
divergences portent seulement sur les deux points de détail sui-
vants :
Dans la. poutre de section constante : 1° Les verticales trisectrices
partagent chaque travée en trois parties égales. — 2*» Les forces
servant à former le deuxième polygone funiculaire des réactionsont
pour valeurs :
'A\ 'Ah i^i
1 • • • . •
Dans la poutre de section variable : i^ Les verticales trisectrices
ne divisent plus les travées en trois parties égales. 2° Les forces
servant à former le deuxième polygone funiculaire des réactions ont
pour valeurs :
=5, n^-l^
-, — — ' "■ > — ' : > .....j ei^,»
— 3i0 —
On démontrerait de même qu'au n^ 32 que :
Les cotés de rang pair du deuxième polygone funiculaire des réactions
se coupent deux à deux sur des verti&iles, dont Imposition est indépm-
dante des j^.^ sur piles, et que nous appellerons encore contre-verticales
m
sur piles.
Au n® 32, la contre-verticale de la pile Ag, par exemple, est la
verticale du centre de gravité de Taire A^ [xj^ [jl* jjlJ ; ici la contre-
verticale de la même pile est la verticale du centre de gravité de
l'aire Afififi, {fig. ti),
La propriété du deuxième polygone funiculaire des réactions rela-
tive aux points fixes subsiste ici et se démontrerait comme au n^ 33.
En résumé, de tout ce qui précède il résulte qu'à part la mise en
place des verticales trisectrices, et des contre-verticales sur piles,
la marche indiquée au n" 34, pour la construction du deuxième
polygone funiculaire des réactions, dans le cas où la section de la
poutre est constante, s'applique encore au cas de la section variable.
\m — Construction des verticales trisectrices et des conti^e-verti
sur piles.
'.s
Considérons, par exemple, l'intervalle A^Ag. Les verticales trisec-
trices sont les verticales des centres de gravité des aires AjA^MCj,
de ces verticales eat iodépendaDte des valeurs
l'ont montré les formules (2) et (S bis) du
e chercher les centres de gravité des aires
es représeotatives des valeurs de =- et de y>
g. 25) en décomposant ces aires en éléments
réduira à la base commune S, et en traçant
i et le poljgone funiculaire correspondant à
' plus simplement (c'est-à-dire éviter de faire
chaque point], en se basant sur la construc-
n" 41 pour le tracé du polygone funiculaire
face de chargement limitée par la courbe des
) chacun des polygones funiculaires actuels
i« celle du polygone du n' 41, en remplaçant
_ 3âi _
\L par X ou x. Les prolongements des. cotés extrêmes de ces poly-
gones funiculaires donnent, par leurs intersections, des points situés
sur les verticales des centres de gravité cherchés, c'est-à-dire sur
les verticales trisectrices. (La figure n'indique la construction que
d'une des deux" verticales trisectrices de l'intervalle A^A^.)
On remarque que si Ton mène, par un pôle quelconque, des paral-
lèles aux rayons des polygones des forces . i ^ . ? et si on les
coupe par une verticale située à une distance du pôle égale à B, ou
reproduit précisément les polygones des forces j --r-^ y ^p \ l^s
portions de cette verticale comprises entre les rayons extrêmes de
ces derniers polygones des forces ont pour valeurs :
•yxr-o fV.r' — 0
Exemple. — Pour déterminer la dernière de ces quantités, on mè-
nera {fig. 26) par un pôle quelconque des parallèles aux rayons ex-
trêmes OjK, O9L, et on coupera ces parallèles par une verticale GH,
distante de B du pôle : GH représentera la quantité cherchée. —
Construction analogue pour la première intégrale.
Nous savons maintenant construire les verticales trisectrices et
/a? "~ fi, /^ jp' = 0,
jcbc^ -T I y cte' , pour la traTée
AjA^. Supposons que ces opérations aient été faites pour chaque
travée, et passons à la construction des contre- verticales sur piles :
D'après le n® 44, la contre-verticale de la pile Aj, par exemple,
est la verticale du centre dé gravité de Taire A^MCjCjCa (/î<?. î^}-
Or, nous connaissons les verticales des centres de gravité des aires
AgMCjCj, A2C2Cg, qui sont les verticales trisectrices, et nous savons
de plus que ces aires ont pour valeurs (n**43 ) :
A
A
— 923 —
Il suffit donc, pour obtenir la coDtre*verticale de la pile A,, de
chercher la résultante de deux forces verticales proportiouT
nelles à ces valeurs et supposées appliquées suivant les verticales
trisectrices voisines de la pile \, On sait faire cette recherche.
On peut prendre comme forces proportionnelles :
' = ô.
et
x=o
X'~Q
qai sont connues, puisque nous avons vu comment, dans chaque
travée, on construisait les quantités de la forme -r | -rdr, t 1 y ^^ •
46» — Le deuxième polygone funiculaire des réactions étant
tracé, voyons comment on peut remonter aux valeurs des moments
de réactions sur piles : .
Si Ton construit, avec une distance polaire B, le polygone des
forces correspondant à ce polygone funiculaire, on détermine ainsi
des forces ayant pour intensités (n® 43) :
4
,1
'< PI
etc.
Or, les valeurs des quantités :
a? = o
t-' X = 0
X--0
ont ete construites au n" 45 ; S^, Sg, ..... sont connus.
D'où il résulte que |jl*, [t\, etc., s'obtiendront par une série
de quatrièmes proportionnelles entre trois lignes connues qui sont
pour ^ par exemple :
u
"A
Enfin, pour avoir les moments fléchissdiits effectifs , on devra cumu-
-^ 324 —
ler, en tenant compte de. leurs signes, les moments de charges et
les moments de réactions.
Poutre oontinne, de section constante ou variable, encastrée
sur ses appuis sous des angles donnés.
V9. — Dans cette hypothèse, — que la section de la poutre
soit constante ou variable, — voici la marche à suivre qui est
beaucoup plus simple que celle indiquée pour les poutres reposant
librement sur leurs appuis :
On tracera le premier et le deuxième polygones funiculaires des
chargeSy comme il a été dit n**" 28, 29, 30, 40, 41, ce qui fera con-
naître :
1^ Le moment de charges en chaque point.
• 2^ L'inclinaison de charges en chaque point d'appui.
3^ L'ordonnée de charges en chaque appui intermédiaire.
On tirera de ces deux derniers éléments :
1^ L'inclinaison de réactions en chaque appui, par diflférence
entre Tinclinaison définitive donnée (inclinaison de Tencastremeiit
à Tappui considéré) et Tinclinaison de charges.
2"" L'ordonnée de réactions eu chaque appui intermédiaire, par
différence entre Tordonnée définitive donnée et Tordonnée de
charges.
Le tracé du deuxième polygone funiculaire des réactions est dès lors
facile :
Admettons que l'on ait mis en place les verticales trisectrices (*)
Marquons, sur Tépure, les ordonnées de réactions aux appuis inter-
médiaires : soient A'^, A'^, A'^ ^k-^\ ^^^ points ainsi obtenus.
Puis, par A^, A'^, Aj -^n-i» ^n» i^^i^ons des lignes ayant sur
A^Aj^ des inclinaisons respectivement égales aux inclinaisons de
réactions aux points A^^, A^, A^ \_4» \' Ces lignes représen-
(*) Ici la première et la dernière travée ont deux verticales trisectrices, el
non une seule, comme cela avait lieu dans le cas du repos libre sur les appois.
car les moments de réactions en A^ et en Aj^ ne sont pas nuls, et donnent lieu
à deux surfaces de chargement qui, dans le cas de la poutre de section con-
stante, sont proportionnelles à -—^ > -~ •
--325 —
tenï précisément les cotés du deuxième polygone funiculaire des
réactions qui passent par A^, A^, A^ -^n-i' ^n' c'est-à-dire
les côtés de rang impair.
Pour obtenir les côtés de rang pair, on limite les côtés de rang
impair à leurs points dlntersection avec les verticales trisectrices,
et on joint, deux à deux, ceux de ces points qui se trouvent sur les
deux verticales trisectrices appartenant à une même travée.
Le deuxième polygone funiculaire des réactions étant tracé, on
remonte au premier polygone funiculaire des réactions comme il a
été dit aux n"^ 35 et 46. Sur chaque appui intermédiaire on trouve
deax moments de réactions : Ton correspondanb à une section située
immédiatement à gauche. Vautre à une section située immédiate-
ment à droite de Tappui.
— 326 —
• I
CHAPITRE II
Complément de méthode graphique
Détermination directe des moments fléchissants sur piles.
L — Considérons une travée quelconque de la poutre : celle
de rang (m) par exemple ; soit DGE la portion du diagramme des
moments de charges comprise dans cette travée ; soit HK la droite
représentative des moments de réactions, dans cette même travée.
Nous superposons ces deux diagrammes pour faire plus facilement
la différence de leurs ordonnées.
Picr. 2 7
A
1IM
'M
'm
On sait qu*«n un point M quelconque on a ,
Jl = JAp + .x^.
Sur la figure, (+ [a^) est représenté par MP et ( — {x^) par MN.
D'où :
et :
uLz=MP — MN,
jx = (MP — ML) — (MN — ML) = LP — LX.
Nous appellerons la quantité (+LP) moment de charges réduit, et
la quantité ( — LN) moment de réactions réduit. Nous les représente-
rons respectivement par Mp et Mj^ ; d'où :
ji izz Mj. + M^.
Cette relation se traduit de la manière suivante :
I. — En cha(jue point de la ligne moyenne fléchie de la poutre continue ^
— 3«7 —
k moment fléchissant définitif jx est égal à la somme alyéhrique du mo^
ment de charges réduit Mp et du moment de réactions réduit M^,
Nous appellerons maintenant :
1* Inclinaison de charges réduite a'p, et ordonnée de charges réduite j/j,^
en un point, l'inclinaison et Tordozinée qui se produiraient, en ce
point, dans la poutre A^Â^, privée de ses appuis intermédiaires, re-
posant librement sur ses appuis extrêmes A^ et A^„ et fléchie par
des efforts tels que les moments fléchissants correspondant à ces
efforts soient précisément égaux aux moments de charges réduits.
— Cest-à-dire que «j, et j/'p sont données par :
yp= I <d^ =
2** Inclinaison de réactions réduite oj^, et ordonnée de réactions réduite y'^^
en un point, l'inclinaison et Tordonnée qui se produiraient, en ce
point, dans la poutre A^A,^,, privée de ses appuis intermédiaires,
reposant librement sur ses appuis extrêmes A^ et A^, et fléchie par
des efforts tels que les moments fléchissants correspondant à ces
efforts soient précisément égaux aux moments de réactions réduits.
— ■ C'est-à-dire que oj^ et y^ sont donnés par :
*R^ / Êr«^ y^^ ' «-^=
De ces définitions, et de la relation précédemment énoncée entre
les moments définitifs, les moments de charges réduits, et les mo^
ments de réactions réduits, on déduit, — de la même manière
qu'aux n^ 3 et 14 de la méthode analytique, — que :
En chaque point de la ligne moyenne fléchie de la poutre con-
tinue :
n. — L'inclinaison définitive est égale à la somme aigébrique de F in-
clinaison de charges réduite ^ et de T inclinaison de réactions réduite.
in. — V ordonnée définitive est égale à la somme algébrique de Vor-
donnée de charges réduite et de V ordonnée de réactions réduite.
D'autre part la figure même montre que, sur une pile quelcon-
— 328 —
que, le moment de charges réduit est nul, et par suite : k moment
fléchissant définitif sur pile est égal au moment de réactions réduit.
Donc, si nous pouvons déterminer les moments de réactions
réduits sur piles, nous aurons, par cela même, déterminé les mo-
ments définitifs sur piles.
Or, de ce qui a été dit précédemment (I, II, III), il résulte que,
— les moments de charges réduits, les moments de réactions ré-
duits jouissant; les uns relativement aux autres, et relativement
aux moments définitifs, des propriétés mêmes dont jouissent les
moments de charges et les moments de réactions, — les construc-
tions, indiquées pour déterminer les moments de réactions en
fonction des moments de charges, s'appliquent en tous points à la
détermination des moments de réactions réduits, en fonction des
moments de charges réduits.
Il reste à voir comment on peut construire les moments de
charges réduits.
Pour cela, il suffit de remarquer que le moment de charges
réduit n*est autre chose que le moment fléchissant qui serait
développé, par les charges données, dans la travée considérée
^m-i-^m^ ^^ cette travée n'était pas solidaire du reste de. la
m
poutre. En effet, le diagramme ODPEQ des moments de charges
développés dans la poutre -\A^ est le polygone funiculaire corres-
pondant aux charges agissant sur A^^A^ ; la portion DPE de ce dia-
gramme est donc le polygone funiculaire correspondant aux charges
agissant sur le tronçon considéré A^_^A^, et DE est la ligne de
fermeture correspondante. D'où il suit que (n** 24; I) les portions de
verticales comprises entre DPE et DE, — qui, par définition,
représentent les moments de charges réduits, — représentent
également les moments fléchissants qui seraient développés, dans
la travée A^ A^, si cette travée n'était pas solidaire du reste de
la poutre.
On construira donc, pour chaque travée, le diagramme des mo-
ments fléchissants, en supposant que les travées ne sont pas soli-
daires (n"" 24; I); puis on juxtaposera ces diagrammes les uns à la
suite des autres pour former le diagramme des momeiits de charges
réduits pour toute la poutre A^A^^.
Puis, ainsi qu'il a été dit précédemment, on se servira, pour dé-
— 329 —
terminer les moments de réactions réduits sur piles, (c'est-à-dire les
nwments fléchissaixts définitifs sur piles) des constructions indiquées
pour déterminer les moments de réactions sur piles.
^9. — Efforts tranchants. — Supposons que le diagramme des
moments définitifs soit tracé. D'après le n** 1, III, si Ton mène,
par un pôle quelconque, une parallèle au côté n du diagramme cor-
respondant à un point M (fig. 28) et une parallèle à la ligne de fer-
meture A^A^ du diagramme, et si l'on coupe ces parallèles par une
verticale distante du pôle de A mètres, le segment intercepté par
ces parallèles, sur cette verticale, représente l'effort tranchant en
M, à Féchelle adoptée pour représenter les charges dans le premier
polygone funiculaire des charges.
Tiq. 28
ibr
KH. m (EfTorl tnaehani
On sait donc construire l'effort tranchant en chaque point.
Si le diagramme était curviligne, la parallèle au côté du dia-
gramme, dont nous venons de parler, se transformerait en la paral-
lèle à la tangente au diagramme, au point où l'on veut déterminer
l'effort tranchant.
Dans le cas particulier où les charges sont uniformément répar-
ties dans chaque travée, l'effort tranchant varie, dans chaque tra-
vée, suivant les ordonnées d'une droite; il suffit donc de déterminer
les efforts tranchants sur piles. A cet effet, on peut, — ainsi que
l'indique le D^ Winkler, — prendre, sur la ligne A^A^ (fig. 29), à
— 330 —
droite de chacun des points d'appui A^_^,A^jdela travée considérée
et à une distance A, un pôle p ; puis, par les deux pôles ainsi obtenus,
mener des lignes respectivement parallèles aux tangentes pC^_^^
pC^ aux points extrêmes C^_,, C^; ces lignes coupent les verti-
cales des appuis A^_^ et A^ en des points t'^^^^t ^, tels que A^_^
*;..»
Tia.29
riF^^-
C-u ^* ^m 'm représentent les efforts tranchants en A^^, et A^^,,
à réchelle adoptée pour représenter les charges dans le premier
polygone funiculaire des charges; ^^_^^^est le diagramme des
efforts tranchants .
Nota. — Les tangentes à la parabole des moments fléchissants,
en C^_^ et C^ se déterminent en prenant sur Taxe vertical de la
travée une longueur irp = %nn et tirant pC^^^ ^^ P^m (Pï*opri^l^
des tangentes aux extrémités d'une corde C,,,_^C^ conjuguée à un
diamètre np).
I I « < i«a»
11.
— 381 ^
ANNEXE I
Application de la méthode analjrtique au calcul
d'une passerelle à trois travées.
Les deux poutres du tablier métallique {fig. 30) sont encastrées
chacune sur quatre pUes également métalliques.
F%. 30
0.
.•♦•.1^.95. j< ftv-.A93. jgWbyMu...»*«.--*3,^s i...ft„^->3c93-....^.*,-
I •
^«.-.«^^ -.,..,fe.^A*>.,i^ '. i»w.a7'9^- -X
^ JÇ^fX;.»^ --^--; x;,x^36,. ^..;
;^. .•. î^fïX^f3![^"6k,i. *i
\,^X^^'ZZZ'^:.J.l...^ i;?i4«-5ft?^> ~...^
i, 7.^..}^'.^.» '.9k J*- : i;rfM>6 ^
t
Les moments d'inertie de la section verticale de la poutre, et des
séetions horizontales des piles ont pour valeuri^ :
iVI = 14.209; 10«Io = 10«l3=: 22.020; Wl^ = Wl,z=:il,
L'aire de la section verticale de la poutre est égale à ;
û = 0°»%001480.
Calcul des moments de charges.
Soient j?,, J9„, p^^^y les charges par mètre courant agissant sur les
(ravees Jx^a.|) /\.fA.2) A^Pia»
Les moments de charges étant les moments fléchissants déve^
loppés par les charges, dans la poutre A0A3 privée de ses appuis
A, et Aj* et reposant librement sur A^ et A3, se calculent comme
suit :
— 382 —
En prenant les moments autour de A, {fig. 31), on trouve :
Qap=-
'AP
^AP
Fi<r. 31
'n
lU
;....u
j^
.1.'..^.'
«;
AP
.!>.
i:
I»
1 : -l-»^--'!
«Iw.
En effectuant :
Qap = - 2* '82p. - ^'*»P.. - 6:07p,„.
et, par suite de la symétrie de la poutre :
Q'ap = - 6'07Pi - *»<«Pn - ^* >82P.„-
Les moments de charges ont dès lors pour expressions et pour
valeurs :
l*AP ~ î^ÂP
0 =UL* =0.
S?
(1) I I^ÂP= Qap^i +Pi Î =- 219,80p. -HS,78i,„- 169,40 p„,.
8»
III
!-1p = O'apSm, + Pn. f = - *69,40/>. - il8,78 p„ - 219,80 p„,.
«
Calcul des moments de réactions.
Les formules (21 bis) et (22 bis) du n*" 23, appliquées en y faisant
successivement r = i, i, 3, en chassant le dénominateur ÉI, et
en remarquant, comme nous l'avons déjà fait au n^ 22, que
l^ii,= l4^,= 0' donnent:
EKUa-Vj)
- 883 —
(a) VcUeurs numériqites des coefficients des premiers membres.
Quand la pile est de section constante, — ce qui est le cas ici,
— le terme général t relatif à cette pile de rang {q) a pour ex-
pression (n** 10) :
OÙ I est le moment d'inertie de la section horizontale de la pile.
D'où:
El'
=-4)
m
6,85
i^xio*
EÎT,=
-"-,
N»«des
Trrées
1
s
S
3
S
6
— 1
22.020
EIto = -
- 4,42
8, :^27;9
5,
j ^9,30
8,
8.
3
-EIto= 13,72
6,85
21
Eltj = -
-4634,84
2
S„ - 8,3
F =2.77
8..
f = 1,38
8.
3
-EItj = 4644,14
6,85
21
EIt2=-
- 1634,84
3
8m =27,9
f = 9,30
^;" - 4,65
8„
3
- Ehi = 4637,61
6,85
22.0^
ElTg::--
- 4,42
8„
3
8,„
3
~EIt2= 4637,61
-Eha = 4644,14
f
8,„
3
-EIt3= 13,72
(b) Valeurs numéinques des coefficients ^« Pp p, , p , dans
les seconds membres.
Les expressions générales des seconds membres sont {n? 22) :
v,=+
K
L' —V = —
r-r-^ + (2yr '4-2:1/-:) - (lyp, +2'^^
i2
Elles se réduisent ici, puisque les angles d'encastremcats de la
poutre sont nuls, et que les appuis sont de niveau, et quVnfin il n'y
CALCUL DE 2«liP^
de Jt,
OinUBlH»
lie It,
npRissioBi n YAUUM sDa*>iui-u aa iiuiM "^^AP^
•
Pi
■^'l., -P. ^( X-;-^^(L'-/;-ai))-4- JU,23/., |
1
*
=^v.
— 333 —
I droite
<!<• A.
i\i
111
Clif|ct illiÉei
â gauche
de A,
Pi
CALCUL DE
2'Ap»
BXPaSSSlOHS ET VALIUIIS KUMBRlQUeS DBS TBRMSS
«^Vap.
^>A
Pm
P, ^' X',(-X'î + L='-/| -a; ) = + 88.a86,0Op,
Pu. ^' X, (- Xf + L« - n.. - a;„) = + 83.041.87p.„
n
' n - «îi ) = + 44.113,60p„ \ = cT^VaP,
Par suite de la symétrie de la poutre, on peut immédiatement
écrire :
'^«\p^^--3.7S4,<«p, ~m»,53;),. - 5.090,27 p„,
^ S'Ap "^ 83.04i87p, + iiAi^,^p^^ +88.256,00p
Les valeurs des sommes ci-dessus calculées, portées dans les
expressions de V^ et de U^ — V^ donnent :
EiV.
+ cr:= Lj= !!+^2,«AP, = l-926,97p,+ 538,40p„+ 787,72p
8,
■El{l,-V,)=-<f
EIV,
2ZC -|- t. * "
2î'APt-2'^AP*
- «f^a'^p^^i 2.94a,04p,+ i.076,79;.,, + l.b75,46p,„
«f^'ÀPt^ 84i,457>,-V 504,33p„+ 772,74p,„
[Ui:,-\^ = -£^ i_J= «i"2"AP»= "2.'*P,+ S04.33p„+ 842,4îip
11 Y.
^ ^:^^ïl i__±^ '^ + ^2*APt = l-'>A^6i'i + 1. 076,79 p„+2.949,04p,
^
X3^Y3) = ^^^ ^^\ -^-^'^«AP,^ 787,72p.+ 538,i0p„ + 1.926,97p
'^
— 336 —
Les équations entre les moments de réaction sont dès lors :
*>^f*R|i +4^U4fjL;,^— 4.634,8* |i'J,p,=^ :2.949,0ip, + 1.076,7i)p„ -f- 1.575,46/)
4.634,84 (i^p, +4.637,01 (i';jj,+ 1,38^,',^,= 842.ir>;),+ 504,a3|)„+ 77i,7ip
^38t*Ve+^-^^^^*I'R|^.""^-^'^*'^^^'ni*,== '^^2''^*/'i+ •^^^»33p„+ 8l2,4op
4.634,84 |x *,j,^ + 4.644,14 [l^^^ + 4,65 1* i,x, = ^ •5'75,4() p^ + i .076,79p„ + i.949,a4p,
V).'»rt|.,+ *3,72|xjjj,^:- 787,72;),+ 538,40p„ + 4. 926,97 p,
En résolvant ces équations, on trouve :
ni
m
iii
III
m
(2)
a" —
4G,30p,- 1,26 p„+ 3,S8î»,„
277,79 />, -r 117,79 ;)„ + 161,79p,„
277,76p, + 117,82;,,, + 161 ,78 p,„
161,78 p, + 117,82 ft, + 277,76 ft„
161,79p, + 117,79/.,, + 2^7,79 p,„
3,38 p.- 1,26 p„+ 46,30 p,„
Moments néohissants sur piles.
En cumulant les moments de charges et les moments do réactions
précédemment calculés (1, 2), on obtient les valeurs suivantes des
moments fléchissants sur piles :
/•- 46,30 p.- 1,26 p„+ 3,S8 p„,
(x« =87,99 p, + 2,01 p„-7,61 p,„
(.■' = 57,96 p, + 2,04 p„ - 7,62 p„,
(X» — 7,62ft + 2,04 p„ + 57,96 p,„
(i» = -7,61 p, + 2,01 p„ + 57,99 p,„
|xî= +3,38p,-l,26p„+46,30p,„
1^;
Moments d'encastrements sur piles.
D'après le n* 19, les moments d'encastrements ont pour expres-
sions :
l^R^- f^ RpL«= ^'^ Pi - <^'03 p„ + 0,0 J i>„, ixj = f.{,^- ix'},^ = 3,58/>, - 1 ,2(J;v r *«
Réactions sur piles.
Si Ton considère la poutre A^jAj comme soumise seulement à l'ac-
tion des réactions Rp Rg des appuis intermédiaires, et des moments
d'encastrements de tous les appuis, on sait que le diagramme des
moments fléchissants développés dans la poutre est alors celui des
moments de réactions représenté par la figure 32.
— 337 —
Soient, dans ces conditions de flexion, Q^ , Q',^ , les* réactions
sur les appuis extrêmes ; on a, dès lors :
i'V=rèf,+QV^'« '''"^^ Q'r..=''"'^ ^"^
"H.
K,67p,+4,26p„ + 8,29/),„.
III
et
^'^^-^i^+(^+Q'K^yn d'où: R = Jïy-ii' -Q',^ =8,30p.-4,26p„-22,%7p.,.
ria-. 3 2
«r
Et, en vertu du principe de la superposition des efiFets des
forces :
R. = Q AP + Q Rk^ = - 0' *«ft + 0,11 ft, - 13,33i),„.
Enfin, par suite de la symétrie de la poutre ;
R, := - 13,53 p, + 0,11 p„ - 0,40 p„, R. = - 22,27 p, - 4,26 p„ + 8,30 p„,.
Effet de la dilatation.
La formule, liant entre elles les compressions développées dans
trois travées consécutives, est (n® 11) :
JLC =8mr.
En faisant successivement v=l, 2, dans cette relation, et en
remarquant que C, = C, :
L3?;+3Z^;+ Eu. J^'~ 3Z7^^-*«""
h; , 85,(1 +mt)'
SiTnt.
Nous supposerons que la variation de température ne dépasse pas
25*; ce qui conduit à prendre inf = 0,0003; nous attribuerons au
— 338 —
coefficient d'élasticité la valeur E= 18 XiO^ Dans ces conditions
les formules deviennent :
283,813 C, — 283,438 C2 =8370 [ ( C,=2i.S61kg.
} d*où : 1
— r>66,876 Q + 560,907 Cg = 2i 15 ) ( Co ^ 21.564 kg .
Ces compressions développent, à la base des piles, des moments
fléchissants qui ont pour valeurs :
jio = pL3 = CiH = 168.243. îJLi = fi3 = (Q— C,)H = 21.
Nota, — Nous ne pousserons pas plus loin ces calculs numériques:
il nous suffisait, en e£fet, de montrer comment les moments fléchis-
sants, les moments d'encastrements , etc., pouvaient se calculer
en fonctions des charges j)^, p^^, p^^^. L'examen des diverses hypo-
thèses de surcharges se ferait d'ailleurs aisément au moyen des
formules à coefficients numériques ci-dessus établies.
Il faut remarquer qu'eu égard à la faible valeur des moments
d'inertie des deux piles centrales, nous aurions pu, sans commettre
une grande erreur, négliger la flexion de ces piles, c'est-à-dire
admettre que la poutre reposait librement sur elles, sans encastre-
ments; cette hypothèse nous eût conduit à faire dans les formules :
ANNEXE II
Note sur le premier polygone funiculaire.
La démonstration que Ton donne ordinairement du principe 1 du
n® 24 est purement géométrique ; le D^ Winkler en donne la démons-
tration mécanique suivante :
« Si, en une section quelconque de la poutre, nous coupons le poly-
« gone funiculaire en menant une verticale QR (fig. /4), et si du point
« R nous abaissons une perpendiculaire RV sur la ligne de ferme-
u ture CD, en désignant par H l'effort horizontal, par S l'effort funi-
< culaire dans la ligne de fermeture, ot par [a la somme- des moments
« de toutes les forces extérieures situées à gauche de QR, nous
« aurons, comme condition d'équilibre s*opposant à tout mouvement
« de rotation autour du point R : {a = S*(RV) = S»(QR) cos QRV,
— 339 —
« ou bien, puisque QRV = l'angle de S et de H, et que S. cos (S,H)
■ =H:
.a = (QR).H.
« H représente la distance polaire ; (puisque dans tout polygone
(' funiculaire, la projection horizontale des tensions dans les diverses
« barres est constante et égale à la distance polaire évaluée enK^V)
« par conséquent, le moment fléchissant, en tout point, est propor-
« iionnel à la hauteur verticale correspondante du polygone funiculaire.
« En prenant H égal à Tunité de forces, ce qui est certainement à
« recommander, on aura :
|x = (RQ),
« et Ton pourra poser le théorème suivant :
« Le marnant en une section quelconque de la poutre est représenté par
« la hauteur verticale correspondante du polygone funiculaire (*).»
Nota. — Dans la citation que nous venons de faire, (QR) n'a pas
la valeur qui lui a été attribuée au n** 24. (QR) est ici une longueur
mesurée en vraie grandeur, tandis qu'au n® 25 (QR) est la ligne qui
représente cette longueur sur l'épure, do sorte que si -r est l'échelle
des longueurs, la longueur (QR) du n° 1 est l fois plus petite qu'ici.
Donc, si l'on donne à (QR) la signification qu'il a au n® 1, on doit
écrire :
îiL=:(QK)/.H.
Mais H est la distance polaire en kilogrammes ; si celte distance
polaire est représentée sur l'épure par une longueur A, et si (/)
kilogrammes est la force représentée par l'unité de longueur, on a :
U=^f.\. D'où:
îiL=(QR)A./-./,
qui est bien la formule du n° i .
11 n'y a rien de pariiculicr à dire au sujet des principes II et III
du n° 1. Le principe II résulte du mode de décomposition counu des
forces parallèles en deux forces parallèles passant par deux points
donnés A„ et A.,.
(*) Exlrait du Trailé de construction de ponts du D*" Winklcr, professeur à
rÉcolo polytechnique de Vionne.
— 340 —
Quant au principe III, Texamen de la âgure suffit pour faire voir
que la ligne, que nous avons dit représenter l'efiTort tranchant en un
point, est bien la somme algébrique des lignes représentant les
charges et la réaction situées à droite du point considéré.
ANNEXE III
Sur la représentation graphique de la ligne
moyenne fléchie.
Voici comment s'exprime le D' Winkler au sujet du tracé de la
ligne moyenne ou ligne élastique fléchie :
« L'équation différentielle de la ligne élastique est, comme on
(( sait :
da^ — Kl'
« L'équation différentielle d'une courbe funiculaire, correspondant
oc à une charge q par unité de longueur horizontale et à une tension
« horizontale constante, est :
« Il en résulte que la ligne élastique nest antre chose quune courbe
« funiculaire, pour laquelle h charge (variable) rapportée à l'unité df
« longueur horizontale est représentée par le 'moment [jl, ou le quotient
« y, et où El, ou respectivement E, représentent la tension horizon*
« /afcH(**).
(*) Cette équation est établie dans tous les traités de mécanique au sujet des
courbes funiculaires et des ponts suspendus.
(**) Cette démonstration est insuffisante : on peut, en effet, se demander ce
que deviennent, dans le tracé de la courbe funiculaire, — autrement dit, dans
l'intégration graphique, — les constantes qui entrent dans Tintégration algé-
brique.
Pour répondre à cette objection, considérons une poutre A^Aj^ dans laquelle
nous supposons que les lois de variation de Ijj sont les suivantes : dans un
premier tronçon ly) = /■^(x); dans un deuxième tronçon (rj = ^2(^);— »^^^'^^^
— 341 —
€ Il faudra donc considérer la surface des moments comme une
« surface de chargement, et construire la courbe funiculaire corres-
a pondante.
< C'est ainsi que M. Mohr a, pour la première fois, effectué' la
(( représentation graphique de la ligne élastique.
ttSi, au lieu de supposerlatension horizontale égale à El ouàE, on la
1 1
( suppose égale à - El, ou - E, les ordonnées de la ligne élastique
1
« seront n fois plus grandes ; et si - représente sur Tépure Téchelle
« de réduction adoptée pour les longueurs, on obtiendra les ordon-
u nées de la ligne élastique en vraie grandeur.
«Si Ton divise la surface des moments en plusieurs parties par des
« lignes verticales, et si l'on suppose chacune de ces surfaces élémen-
f taires concentrée en son centre de gravité, celles-ci déterminent un
u polygone funiculaire dont les côtés sont des tangentes à la ligne
« élastique aux points situés verticalement au-dessous des lignes de
« séparation des surfaces élémentaires; d'où il résulte qu'on peut
« mener un nombre quelconque de tangentes à la ligne élastique. Il
< faudra naturellement, dans le polygone des forces, porter les sur-
it faces représentant les moments positifs, en sens inverse de celles
« qui représentent les moments négatifs.
« Si, au lieu de di-
îig^. 33
« viser la surface des
« moments par des
< lignes verticales ,
« on la divise par des
« droites obliques (^/îgf.
« 33), la direction des
« côtés extrêmes du
« polygone funiculaire
« sera la même que
« dans le cas d'une division par des lignes verticales, car la hauteur
équations différentielles de la ligne moyenne fléchie dans ces tronçons sont dès
lors respectivement § = | A (a?) ; §i = g^2 (a^) ; • etc . L'intégraUon de
ces équations différentielles introduit, pour chacune d'elles, deux constantes.
Ces constantes se déterminent par la condition du raccordement tangentlel des
divers tronçons entre eux, et par la condition de nullité des ordonnées de la
- 312 —
« verticale entre les rayons correspondants du polygone des forces
« correspond à la totalité de la charge. Donc, dans ce cas aussi, les
« côtés extrêmes du polygone funiculaire sont des tangentes à la
« ligne élastique aux points extrêmes de la portion considérée de
« cette ligne. »
ANNEXE IV
Application, de la méthode graphique à une poutre
de pont à cina travées.
(Voir Tépurc a la planche 106).
Portées des travées l ^ _ -^-
Poids mort par M. courant de poutre j3' = 1.150 k.
Surcharge id. id. p =2.000 k .
La poutre est supposée de section constante.
Ses six appuis sont de niveau.
F Moments fléchissants.
Nous appliquerons la méthode du n® 48 dans deux hypothèses de
surcharge :
1^ Travées 1, 2, 4, 5 surchargées.
2" Travées 2, 3, 5 id.
La détermination des moments fléchissants {u9* 48 et 36) comporte
les opérations suivantes :
ligne moyenne fléchie en A^ et en Aj^. — Les constantes n'interviennent donc,
dans le calcul algébrique, que pour exprimer ces deux dernières conditions, qui
sont précisément remplies dans le tracé de la courbe funiculaire :
1<» Celle du raccordement tangentiel, par le tracé lui-môme.
2® Celle de la nullité des ordonnées extrêmes, en A et A^^, par la position
que Ton donne à la ligne de fermeture. Donc on peut affirmer que la courbe
funiculaire a mAnc équation que la ligne moyenne fléchie.
— 343 —
/^ Tracer kpremierpolygo7ie funiculaire des chargesrédiiit, (Diagramme
des moments de charges réduits.) — Nous devons, à cet effet, sup-
poser que les travées ne sont pas solidaires, construire les dia-
gammes des moments fléchissants qui y seraient produits dans ces
conditions, et juxtaposer ces diagrammes les uns à la suite des
autres.
On peut faire cette opération graphiquement (n® 24, I).— Si nous
adoptons pour échelle des longueurs, 0°*,002 par mètre, c'est-à-dire
j = KnAc' ®''' ^^^^ échelle des forces 0",005 pour 10.000, c'est-à-
1 1
dire 7—0 a/ia /uva» —et si nous voulons que les moments soient
1 1
représentés à Téchelle de 0^,005 pour 100.000, ou ~" == ârnwnïïin'
nous devons (toujours d'après le n° 24), prendre pour distance polaire
A, la longueur donnée par :
A/7_ , m 20.000.000 _^^ ^^
Afi—m, ou ^-Ji — j:ôWMÔX^'~ '
Mais ici le tracé graphique n'est pas aussi rapide que le calcul,
car, les charges étant unif or- p- 04
mément réparties sur chaque
travée, on sait que les cour-
bes des moments de charges
réduits (fig. 3i) sont simple-
ment des paraboles dont les axes coïncident avec les axes
verticaux des travées, et dont les ordonnées M^p des sommets
sont données, d'une manière générale, par M^p = rr^S-.
Ces maximum sont, pour chaque travée, les seules quantités inté-
ressantes. Leurs valeurs sont, dans les deux hypothèses de sur-
charge ci-dessus définies :
r* hypolhcse 2« hypothèse
l«lravée. ... M^^p = . . . . ^ (p' +p')Ô; = 816.057 .... gp'ôj = 297.925
^ id M'p=....-J-(p'+/>'')8î = i.234.8()0....i(p' + p)Ô5 = 1.234.800
o o
3*^ id M^flP ^ • • • • g P'^l = 4^)0.000 .... g (;/ + p)Z] ^- i.23i.800
- 344 -
4° id M^p=. ..g {p' + p")3î = 1.231.800.... ||)'8Î .-^ 4S0.800
5^ id M^^p = . . . . I (p' +pyi = 816.0S7 .... g (p' +pyi = 816.œ)7
SP Déduire du fremier polygone funiculaire des charges réduit, le
deuxième polygone funiculaire des charges réduit, cest-à-dire les ordonnéea
de charges réduites aux points A^, A,, A3, A4. (Voir n®* 48 et 29). — Les
aires de décomposition de la surface de chargement sont ici (fig, 3i
des segments paraboliques, dont les surfaces ont pour expression
2
générale qM^p^? ^t dont les centres de gravité sont situés sur les
axes verticaux des travées.
Prenons A — 82 = 83 = 54, il vient, pour valeurs des efforts fictifs
servant à tracer le deuxième poljgone des forces, et le deuxième
polygone funiculaire des charges rc'^duit :
{r« hypolhèso s* hypoUièsc
l^travéc. ... ImI.» ^* ==.... 544.038 ^ ... . 198.617 ^ •
2* id ^Mj^p --.....823.200 . ..823.200.
3« id ^M?„p =....300.533 ....823.200-
4« id ?Mj,p =....823.200 ....300.523
5« id |m^p^ = .... 544.038^.... 544. 038|î.
3 '"'^02 Ô2 Sj
Nous donnons à la distance polaire la valeur B = 0",100.
Les efforts fictifs correspondant aux travées intermédiaires sont
(!!valués numériquement dans le tableau qui précède. Quant à ceux
correspondant aux travées extrêmes 1 et 5, ils sont les produits de
2 2 i
quantités connues qM)^p» nM^ppar iin rapport constant j-' Au lieu
d'effectuer ces produits, nous construisons géométriquement la ligne
8
B~, ainsi que l'indique l'épure; puis, sur une verticale a /'jsituéeà
B,
'22-
une distance B^dupôleO, nous portons les longueurs ^M* n'ô^Cr
correspondant aux travées extrêmes, ce qui revient au même que do
— 3fô —
2 3 2 - s
porter les longueurs qM^p^' Q^mp=^ ^^^ ^^ verticale aj^ distante
,0 0} O O2
-M' -M' - -M* -M' ^
de B du pôle, car ±-^ = ^-^ , et ^ = ^-55-^^ . Ainsi ,
B?^ B 3^ B
0 0
I I
pour la première hypothèse de surcharge, par exemple, on porte
2 . . ^^ B ,
rt'6' zrrJ^M* ' et Ton a, en tirant oa., 06' : -^r? = —tt 5 d'où
'■" B?
^ 2^.1 8
afi^==a\b\ ~ := n^mPT ; «,&, ^st donc bien la charge fictive.
Le polygone des charges fictives, ou deuxième polygone des
forces, correspondant à la première hypothèse de surcharge est
ctfi^c^d^ej^; celui qui correspond à la deuxième est 0'^pn^\i^^^^^J^x'
Les polygones funiculaires correspondants, ou deuxièmes polygones
funiculaires des charges réduits, sont respectivement a,S,ï,5,€jr^,7j,
^ii*iiXAi^u%^ir Leurs lignes de fermeture (xp^, a^^a,^ n'ont pas été
tracées comme étant inutiles.
3^ Tirer, far différence entre les ordomiées définitives données et les
ardonnées de charges réduites^ les ordonnées de réactions réduites aux
points d'appuis intermédiaires. — Ici, les appuis étant de niveau, les
ordonnées définitives sont nulles, et les ordonnées de réactions
réduites sont égales aux ordonnées de charges réduites et de signes
contraires. On peut donc dire, en renversant la convention relative
aux signes, que les ordonnées de réactions réduites sont représentées
par les portions de verticales des appuis comprises entre les deuxièmes
polygones funiculaires des charges réduits et leurs lignes de ferme-
ture.
Ces lignes de fermeture ne sont pas nécessairement horizontales ;
ce qui n'influe nullement sur les constructions ultérieures.
4* Tracei\ au moyen des ordonnées de réactions^ le deuxième polygone
funiculaire des réactions réduit, et remonter de ce polygone funiculaire
aux moments de réactions réduits sur piles, c'est-à-dire aux moments
- 346 -
fléchissants sur piles. — Le tracé du deuxième polygone funiculaire
des réactions réduit s'effectue comme il a été dit n« 37. Nous no
traçons que les côtés de rang pair qui seuls sont utiles.
Pour remonter aux valeurs des moments de réactions réduits sur
piles (ou aux moments fléchissants sur piles qui leur sont égaux), on
s'appuie sur ce que les parallèles aux côtés de rang pair du deuxième
polygone funiculaire des réaetioiis réduit, menées par un pôle quel-
conque, interceptent, sur une verticale sitiiée à une distance B de ce
pôle, les quantités :
^ 2A ^ 2A ^ 2A ^ 2A
ou, puisque A =82 = 53 = 54, et que 8, = §5 :
184 + 82 9 3 l8l~t~82
Au lieu de mener ces parallèles, nous traçons, à gauche, par
exemple, des contre-verticales des piles Aj et A3, des verticales
distantes de B de ces contre-verticales; les segments, interceptés sur
ces verticales parles côtés de rang pair qui se coupent sur les contre-
verticales considérées, représentent [x^ et [t? (à Téchelle de O'",00o
p. 100.000). — A gauche des contre-verticales des piles A^ et Aj, et
25
à une distance B r—|^, nous menons des verticales sur lesquelles
©1 + ^2 .
les côtés de rang pair, qui se coupent sur ces contre-verticales, inter-
ceptent les quantités \l\ [x* (à l'échelle de O^'.OOS p. 100.000).
25
La construction de la longueur B ^ ^\ est indiquée sur Tépure.
Nous donnons aux moments sur piles ainsi déterminés un indice
en chiffres romains, qui indique le numéro de l'hypothèse de sur-
charge à laquelle ils correspondent*
5° Cumuler, en tenant compté de lettre signes, les moments de- char(p
réduits, et les moments de réactions réduits, ce qui donne les moments
définitifs en chaque point, — ■ Nous traçons d'abord le diagramme des
moments de réactions réduits Ao(Ci)j(C2),(C3),(C4)^A5 pour la première
hypothèse et Ao(Ci)j,(C2)„(C3)^j(C4)jj A^ pour la deuxième. Cela fait, con-
sidérons la travée de rang 3, par exemple i CgCg y représente les
— 347 —
moments de réactions ri^duits, et la parabole AJcA^ les moments de
charges réduits (fig. 35). En cumulant les ordonnées de la parabole
AjfcAj et celles de la droite C2C3, on
obtient une parabole Ca^^C., passant en
un point (m), tel que mn = A/ = M^p-
(np étant Taxe de la travée.)
Les tangentes en C, et C3 à la
parabole se coupent en (p), tel que
Fier. 35
mP"
On peut, dès lors, construire cette
parabole comme enveloppe d*une droite
dont la projection horizontale est con-
stante et égale à -J^et dont les extrémités
s appuient sur Cjp et Cgp.
Cette manière d'engendrer la parabole donne immédiatement la
construction du moment maximum dans la travée. En effet, en ce
point (u) la tangente à la parabole est horizontale ; elle rencontre
C^ et C3P en (q) et (r) ; la projection horizontale de qr est égale à
^, d'après ce qui vient d'être dit; donc qr = ^. D'où la construction
3,
suivante : porter st^J et mener tq parallèlement à Cgp: l'horizon-
tale du point {q) est la tangente cherchée ; son ordonnée représente
le moment maximum dans la travée Â2A3.
n^ Efforts tranchantSâ
Nous leur appliquons la méthode du n® 49. D'après ce qui a été
dit plus haut, pour que j les efforts tranchants soient obtenus à
réchelle de 0*,005 p. lOiOOO, on doit prendre les pôles (p) à des dis-
tances A des appuis, égales à O^jOâO*
Nota. — » Le point où la droite représentant les efforts tranchants
dans une travée rencontre l'horizontale des appuis correspond au
maximum du moment fléchissant dans la travée; La verticale de de
point passe donc par le sommet de la parabole desmomentsj sommet
dont la tangente a été déterminée précédemment:
TABLE DES MATIÈRES
Pans
Préambule • t%
PREMIÈRE PARTIE
Chapitre premier. — Mélhode générale de calcul des poutres droites à
plusieurs travées, reposant librement ou encastrées sur leurs appuis. 236
Chapitre II. — Complément de méthode analytique ayant pour objet la
détermination directe des moments fléchissants dus aux réactions sur
piles 278
DEUXIÈME PARTIE
Chapitre premier. — Détermination graphique des moments fléchissants
développés par l'application de charges quelconques, dans une poutre
continue reposant sur des appuis situés a des niveaux quelconques . ^3
Chapitre IL — Complément de méthode graphique ayant pour objet la
détermination directe des moments fléchissants sur piles 3i6
' ANNEXES
Annexe I. — Application de la méthode analytique au calcul d'une pas-
serelle à trois travées ÎWI
Annexe II. — Note sur le premier polygone funiculaire 338
Annexe III. — Sur la représentation graphique de la ligne moyenne
fléchie 340
Annexe IV. — Application de la méthode graphique à une poutre de pont
à cinq travées 3ii
CHRONIQUE
SoniAiRE. — Le goz naturel oux États-Unis. ~~ Les ateliers de Baldwin (^tiito ti /!»)•—
Sons-produits de la fabrication du coke. — Le système métrique et ses adTersaires. —
Les chemins de fer au Japon.
Le ipaas naturel aux Etats-Unis* — L emploi du gaz natu-
rel comme combustible semble être entré tout à fait dans la pratique
industrielle dans certaines régions des États-Unis. Voici, à ce siget,
d'intéressants renseignements extraits d'une communication faite par
M. A. Carnegie à Xîron wnA Steel Inslitute,
On avait depuis longtemps remarqué que certains puits forés pour ob-
tenir du pétrole ne donnaient que du gaz au lieu de liquide, et on avait,
dans plusieurs endroits, utilisé ce gaz pour le chauffage des chaudières
des machines servant à pomper l'huile; mais ce n'est que plus tard qu'on
eut ridée de conduire ce gaz à distance pour l'employer dans les usines
métallurgiques de Pittsburg, la localité industrielle la plus voisine. Les
premières applications ne furent pas assez heureuses pour attirer l'atten-
tion ; on eut beaucoup de désagréments par suite du débit irrégulier des
puits, des fuites dans les conduites et de défauts dans les appareils brû-
leurs. .
Il j a environ sept ans, une compagnie forait un puits à Murrays*
ville, à 30 kilomètres environ de Pittsburg. On était parvenu à la pro-
fondeur de 400 mètres, lorsque la sonde fut brusquement refoulée et pro-
jetée en l'air à une grande hauteur, tandis que la chè\Te était brisée et
les fragments dispersés par un terrible échappement de gaz.
Le bruit causé par la colonne gazeuse s'entendait à 10 kilomètres. On
ajusta des tuyaux de 8 centimètres à la bouche du puits et on enflamma
le gaz, ce qui produisit une flamme énorme qui éclaira tout le pays.
Bien que le puits ne fût pas à une bien grande distance d'usines métal-
lurgiques, on laissa brûler en pure perte ce combustible naturel pondant
cinq ans. A cette époque, le charbon était moins cher qu 'aujourd'hui et
on ne voulait pas mettre une somme assez importante aux travaux de
conduite du gaz. On dépensait 3 fr. 75 de combustible par tonne de rails
23
— 3SU —
achevés, et cette dépense ne paraissait pas assez importaute pour justi-
fier rimmobilisation d*un capital de plusieurs millions de francs.
Il y a deux ans, une compagnie offrit de poser les conduites et d*ame-
ner le gaza ses frais dans les usines, moyennant le payement annuel d'une
somme égale à la somme dépensée pour le charbon jusqu'à concurreuce
du prix d'établissement des conduites, l'annuité étant, après, réduite à la
moitié de la somme qui aurait été dépensée pour le charbon. H a suffi de
dix-huit mois pour payer la conduite » et maintenant les forges réalisent
une économie de moitié sur leur dépense précédente de combustible.
Depuis, d'autres compagnies ont établi deslignes de conduites des puits
jusqu'à des distances de 25 à 30 kilomètres.
M. Carnegie, en visitant le district principal du gaz naturel, à Murrays-
ville, a constaté l'existence de neuf ^ puits, dont Tun est estimé débiter
800,000 mètres cubes de gaz par vingt-quatre heures. La partie où se trouve
le gaz a 800 mètres de large sur 6 à 8 kilomètres de longueur. Au delà,
ou trouve des sources d'eau salée qui empêchent le dégagement du gaz.
Il y a une dépression qui interrompt la couche, et ou n'en a pas encore
recherché la continuation, mais on la trouvera sans nul doute à quelque
distance» Il y a un autre district, celui de Washington, à 30 kilomètres
au sud-ouest de Pittsburg, où il y a quatre puits en fonctionnement et
plusieurs en forage. Plus à l'ouest, est un autre gisement qui alimente
quelques usines àRochester et Bever-Falls. Enfin, en continuant à tourner
autour de Pittsburg, on rencontre au nord-ouest le gisement de Butler,
et, près de la rivière Alleghany, celui de Terentum, qui fournit une partie
importante du gaz consommé dans le pays. 11 y a donc cinq gisements
de gaz autour de Pittsburg, à une distance de 25 à 30 kilomètres de cette
ville. Dans la ville même, on a foré quelques puits, mais la faiUe existe
probablement au centre du cercle, car, bien qu'on y ait trouvé du gaz,
l'irruption de l'eau salée a arrêté son dégagement.
A Murraysville, la sortie du gaz a lieu avec une vitesse telle, par des
tubes de O'",!^ de diamètre, que le gaz ne s'enâamme qu'à une distance
de près de 2 mètres de l'orifice. La flamme forme une colonne de feu.
sans donner la moindre apparence de fumée.
On estime le coût des conduites au prix, assurément très bas, de
23,000 francs le kilomètre, de sorte que la dépense pour amener le gaza
Pittsburg s'élève à 675,000 francs. Le forage coûte à peu près 2S,000 francs.
Voici comment on procède : on installe une chèvre et on commence par
descendre dans le terrain d'alluvion un tube en fer de 0",15de diamètre
jusqu'à une profondeur de 20 à 30 mètres. On emploi ensuite des trépans
pesant de 1,200 à 1,500 kilogrammes, avec une levée del"^,20 à l^fSOf
mus par la vapeur, laquelle est obtenue avec du gaz amené des puits
voisins par une petite canalisation provisoire. On fore ainsi un trou de
0"S20 jusqu'à une profondeur de iSO mètres, et on y met un tube do
0",14 pour empêcher Taccês de l'eau des couches supérieures : on conti*
nue le sondage sur 0"*,15 de diamètre jusqu'à ce qu'on trouve le ga«5 on
tube alors avec des tuyaux de 0",10 de diamètre. Le forage du puits et
— 351 —
le tabage durent de quarante jours à denx mois. La plus grande produc-
tion atteinte par un puits est de 800,000 mètres cubes par rîngt-quatre
heures, comme il est indiqué plus haut, mais la moitié de ce chiffre est
indiquée comme un bon rendement. La pression à la sortie du puits atteint
quelquefois 14 kilogrammes par centimètre carré et, sur les lieux de
consommation, c*es^àrdire à 15 ou SO kilomètres du puits, la pression est
encore de 5 kilogrammes. On fait souvent, aux environs des puits, agir
la pression des gaz sur de petites machines pour obtenir de la force
motrice.
lira actuellement onze lignes de conduites différentes pour desservir les
établissements industriels des environs de Pittsburg. Le diamètre maximum
atteint 0",305 ; le diamètre de 0",20 est très employé ; à l'origine, on
n avait posé que des tuyaux de O^^iS^ On perd encore actuellement la
plus grande partie du gaz eu attendant que son emploi soit devenu géné-^
rai dans les usines.
On estime que les forges et aciéries de la ville de Pittsburg consomment
environ 166,000 bushels (1) de charbon par jour, et, bien que le combus*
tible gazeux ne soit en usage que depuis deux ans, on en consomme déjà
l'équivalent de 40,000 bushels de charbon par jour, soit à peu près le
quart de la consommation totale. Des verreries, qui brûlaient journeller
ment 10,000 bushels de charbon, n'emploient plus que le gaz naturel.
En dehors de la ville même, la consommation de gaz est à peu près la
même. On estime que l'emploi général du gaz économiserait le travail
journalier de 5,000 ouvriers.
A côté de l'économie, il y a la question très importante de la pureté
du combustible, avantage capital pour la métallurgie, la verrerie et
autres applications industrielles.
En présence de la quantité indéfinie de gaz dont on peut disposer, on
n a pas jusqu'ici cherché à l'économiser et on n'a employé pour le brûler
que des dispositions primitives. Mais on s'occupe maintenant d'employer
ce gaz pour Féclairage, pour lequel il a une grande supériorité sur le
gaz de houille ; on dit même que, fût-il cher au lieu de l'être beaucoup
moins, il y aurait encore avantage à l'employer pour l'éclairage.
L'emploi du gaz naturel a amené un résultat très appréciable à pre-
mière vue. Une région primitivement aussi noire qu'aucun district métal-
lui-gique au monde, est en train de devenir aussi propre qu'un pays où
la houille serait inconnue. Des aciéries où on voyait trente chauffeurs
nus jusqu'à la ceinture, travaillant pendant huit heures (soit 90 chauffeurs
pour les 34 heures), au chauffage des chaudières dévorant 400 tonnes de
combustible par jour, n'exigent plus qu'un seul homme pour veiller à ra=
limentation de tous les générateurs. On ne sait plus ce que c'est que la
fumée. Les parois des anciennes soutes à charbon avoisinant les fOurs
à puddler sont aujourd'hui peintes en blanc.
Il ne faut pas se dissimuler qu'il y a certaines précautions à prendre
t) Le Imsh^l de FiUsbarg est de 76 livres, soit 34^5 kildgrommes.
— 382 —
avec remploi du gaz. Les canalisations sont à surveiller ; les fuites de
gaz ont quelquefois amené des explosions, surtout en hiver, lorsque la
teiTe est ge\àe et s'oppose à l'infiltration du gaz qui, alors, se répand
dans des espaces où il peut s*onflaninier. Dans les usines, on place autant
que possible les tuyaux hors du soi.
Le rapport suivant, rùdi«:é par une commission dty la Société améri-
caine des Ingénieurs Mécaniciens, peut donner une idée de la valeur du
nouveau combustible.
Le gaz naturel est, après l'hydrogène, le combustible gazeux le plus
puissant; il est en même temps très économique, parce qu*on peut utiliser
presque toute sa capacité calorifique. Comme il est très pur et notam-
ment exempt de soufre, il est bien supérieur à la houille pour les appli-
cations industrielles. Son emploi est très avantageux pour la production
de la vapeur; on peut régler l'arrivée de Tair d'une manière constante,
sans que Touverture des portes vienne amener des refroidissements; ou
n'a plus besoin d'hommes que pour surveiller l'alimentation d'eau, et
encore on peut s'en dispenser si on consent à s'en rapporter à des appa-
reils automatiques. La durée des chaudières est prolongoo, car on n'a
plus à craindre les efi'ets dangereux des dilatations et contractions amenées
par les courants d*air froid qui viennent frapper directement les parois
chaudes des surfaces de chauife.
On a fait des expériences au point de vue de la valeur du gaz naturel
pour la production de la vapeur au moyen d'une chaudière de 1 mètre do
diamètre et 3 mètres de longueur, munie de tubes de 0",10. On la chauffa
d'abord avec de la houille de Youghiogheny, cassée en morceaux d'en-
viron 0",iO de grosseur, et le chaufi'age fut conduit de manière à avoir
les résultats les plus avantageux, le tirage se faisant par une cheminée
ordinaire. La plus haute valeur de la vaporisation a été 9 kilogrammes de
vapeur par kilogramme de combustible ; celui-ci donnait ainsi 61 pour 100
en nombres ronds de sa capacité calorifique théorique.
On brûla ensuite du gaz sous la chaudière, mais en modifiant le foyer;
eu admettant le poids spécifique du gaz à raison de 0'',649 le mètre cube,
la* vaporisation a atteint 20,3 d'eau pour i de combustible, soit 83,4
pour 100 de la capacité calorifique théorique. La combustion se faisait
lentement avec de la vapeur à une pression très voisine de la pression
atmosphérique. La vaporisation se faisait presque entièrement par l'ou-
veloppe de la chaudière et presque pas par les tubes, dont on pouvait
boucher la plus grande partie, à l'exception de ce qui était nécessaire
pour le passage des gaz brûlés.
M. S.-A. Ford, des aciéries d'Kdgard Thomson, une des premières au-
torités du jour sur la question, a fait de nombreuses analyses du gaz natu-
rel; il constate tout d'abord que la composition du gaz est très variable
d'un puits à l'autre. Ainsi, par exemple, pour l'azote, la proportion vario
de 0 à 23 pour 100, pour l'oxygène, de 0,4 k 4 pour 100, etc.
Nous croyons devoir reproduire quelques-unes de ces compositions.
Les quatre premiers échantillons ont été pris sur le même puits, à de^
— 333 —
époques peu différentes ; les deux autres provieuuent d'autres puits. On
y a joint le pouvoir calorifique par mètre cube.
Date des essais
Acide caiiK>iiiqi]e. . .
Otyde de carbone..
Oxygène
Gaioléflaot
Etbjrléne
Gaz des marais ....
Hydrogène
Aïole
Pouvoir calorifique.
.No 1
28 octo-
bre 1884
0.80
1.00
I.ÏO
0.70
3.60
7i.l8
20.02
0
7.287
No 2
29 octo-
bre 18Si
0.60
0.80
0.80
0.80
5.50
62.25
26.16
0
6.988
No3
24 novem-
bre 1884
0
0.58
0.78
0.98
7.92
60.70
29.03
0
6.272
No 4
4 décem-
bre 1884
0.40
■ 0.40
0.80
0.60
12.30
49.58
35.92
0
7.468
No 5
18 octo-
bre 1884
0
1.00
2.10
0.80
5.20
57.85
9.64
23.41
5.923
No 6
25 octo-
bre 1884
0.30
0.60
1.20
0.60
4.80
75.16
14.45
2.89
7.456
Si on compare le pouvoir calorifique k volume égal avec celui du gaz
provenant des gazogènes Siemens, on constate une supériorité énorme en
faveur du gaz naturel, les pouvoirs calorifiques de 1 mètre cube de gaz
des gazogènes variant, selon les échantillons, de 3,300 à 8,800 calories.
Si on prend, pour le gaz naturel, la composition moyenne suivante :
Pour 100
Acide carbonique 0,60
Oxyde de carbone 0,60
Oxygène 0,80
Gaz oléfiant 1,00
Éthylène 5,00
Gaz des marais . . • 87,00
Hydrogène «2,00
Azote 3,00
100,00
Eu admettant un poids moyen de 0^,6486 par mètre cube et en prenant
les pouvoirs calorifiques de chaque élément combustible, on arrive à un
pouvoir calorifique total de 7,897 calories.
Par un calcul très simple que nous iie reproduirons pas, on trouverait
que 1 mètre cube de gaz naturel, pesant 0^,6486, a la même puissance
calorifique que 0^,913 de carbone ; par conséquent, une tonne de coke con-
tenant 900 kilogrammes de carbone, aura pour équivalent calorifique
986 mètres cubes de gaz naturel.
— 3S4 —
Si la tonne de coke coi\te 14 francs, le mètre cube de gaz vaudra
Ofr. 014 environ, eu égard à son pouvoir calorifique.
Disons, en passant, que le puits dont il a été question plus haut et
qui débite 800,000 mètres cubes par vingt-quatre heures, représenterait
une production de houille de 1,000 tonnes et une valeur de 11,200 francs
par jour, sur les bases ci*dessus.
Si on fait la même comparaison entre le gaz naturel et le charbon
bitumineux de Pensylvanie, on trouve qu*ane tonne de ce dernier a pour
équivalent 867 mètres cubes de gaz naturel et, si ce charbon coûte 7 francs
la tonne, le gaz naturel vaudrait 8/10 de centime par mètre cube.
Enfin, la comparaison avec Tanthracite donne un équivalent de 029 mè-
tres cubes par tonne, et, en comptant le prix de Tanthracite à 30 francs
la tonne, on trouverait 3 cent. 25 pour la valeur du mètre cube de gaz
naturel.
Il est difficile de formuler des prévisions sur la permanence de ces
énormes quantités de gaz; mais, lorsqu'on voit des territoires d*huile qui
donnent 70,000 barils de pétrole par jour et dont la production s accroît
d*année en année depuis vingt ans, on ne peut s'empêcher d'admettre
Topinion des personnes compétentes, qui pensent que la région gasifen'
suffira aux besoins de Pittsburg et de ses environs, au moins pendant la
génération actuelle.
Dans la discussion qui a suivi, M. J. Lowthian-Bell a fait observer
avec beaucoup de justesse que les énormes volumes de gaz débités par
les puits dout il a été question, feraient supposer, à moins d'admettre
une condensation sous des pressions dépassant tout ce qu'on peut admett^*
raisonnablement, l'existence de cavités souterraines d'une étendue non
moins difficile à admettre; comme, de plus, on constate que la pression
considérable sous laquelle le gaz se débite n'a pas varié sensiblement
depuis plusieurs années, on est conduit à conclure que le gaz se produit
constamment au fur et à mesure de sa consommation par une réaction
qui nous est encore inconnue.
Les ateliers de Baldivln (smte et fin). — La production des
ateliers, qui s'est largement développée avec l'accroissement du réseau
de chemins de fer des États-Unis, s'élevait en 1871 à 331 looomotiveg m
en 1872 à 422. .
Parmi les commandes importantes, on peut citer celle de 90 locomo«
tives faite en 1870-71 par le Northern Pacific Railroad, et celle de 124
du Pennsylvania Railroad en 1872-73.
Le chemin de fer russe de Veronef-Rostoff commanda, en 1872, dii
locomotives pour brûler de Tan tliracite, dont six types ifojti/, à cylin-
dres de 0,483 X 0,610, avec roues de 1«,372, et quatre à voyageurs,
modèle américain, à cylindres de 0",432X0"»610, et roues de l",677.Ii
a été également fourni, en 1872-73, neuf machines type américain. ^
cylindres de 0»,382x0'",610 et roues de 1»,525 pour le chemin de fer
de Hango-Hywingo* en Fiulandei
Les premières loeomotiveB américaines pour les Nouveiles-Galies du
Sud et le Queensland furent construites ohez Baldwin, en 1877» et furent
iuivies de nouvelles commandes en 1878 et 1879« Six machines, type
Comolidation^ pour voie de l'°9067, fnreut construites pour la Nouvelle-
Zélande et deux machines à marchandises à six roues couplées et avant-
traia mobile, pour le gouvernement de Victoria.
Quatre machines du même type, à dix roues, dont six accouplées et à
cylindres de 0",4(K{ X0™»610, ont été fournies aux chemins de fer nor-
wéglens.
I^s ateliers Balwin ont construit en 1878 quarante fortes locomotives
type Moguly à cylindres de 0",483X0'»,610 et roues de 1°»,872 de dia-
mètre pour deux lignes russes, le chemin de Koursk, Oharkof, Azof,
ot oelui'd'Orel Clriarzi. La commande fut faite le 16 décembre 1877, et,
comme les machines devaient être livrés en Russie au mois de mai sui-
vant, on dût organiser le travail en conséquence.
Le personnel fut porté en quinze jours de 1,100 à 3,300 ouvriers, et la
première machine fut achevée de monter et essayée sous pression le
3 janvier, trois semaines après la commande ; la dernière fut achevée le
13 février. Les quarante machines furent donc construites en huit se-
maines, pendant lesquelles on travailla également à vingtr-huit autres
machines qui furent en partie achevées et livrées pendant cette
période,
G*e8t en 1878 que fut. achevée, pour le New-Mexico and Southern
Pacific Railroad, la plus forte machine construite jusqu'alors par la
maison Baldwin. C'était une machine type Consolidation, à cylindres de
0", S08x.0*,662 et roues de 1»,066 de diamètre. Cette machine portant
Bes approvisionnements pesait 82,000 kilogrammes; elle était destinée
au service d'une ligne provisoire à forte rampe traversant les Montagnes-
Rocheuses.
La situation des ateliers, dans une des grandes villes manufacturières
deg États-Unis, est particulièrement favorable ; elle facilite les approvi-
sionnements en matières premières et combustibles par la proximité des
centres de production ; le recrutement des ouvriers spéciaux est aisé.
On fait dans les ateliers toutes les pièces entrant dans la construction
des locomotives et tenders, à l'exception des tôles, bandages, roues en
fonte trempées et tubes de chaudières. Le matériel est très complet et
comprend nombre de machine-outUs spéciales pour le travail des loco-
motives. On conserve les dessins et modèles complets de plus de cinq
cents types différents de locomotives pour tout écartement de voie et
toute espèce de service.
Les ateliers se sont agrandis successivement au fur et à mesure d^
l'extension de la production, et ils occupent actuellement près de 40,000
mètres de terrain; la façade est sur Broadstreet et s'étend dePennsyl-
vania Avenue à Spring Gardenstreet et de Broadstreet à la quinzième
rue; les établissements occupent, en outre, un îlot complet entre les
quinzième et seizième rue et Hamiltonstreet et Buttonwoodstreet, ainsi
— 3«6 —
que la plus gfrande partie de deux aiitres ilôts situés entre les dix-
septième et diX'huitiôme rues et Buttonwood-street et Pensylvania
Avenue. On a élevé récemment à l'angle de Broad-street et de Spring
Garden-street une grande construction en briques, dont le premier étage
est occupé par Tadministration et le second par le bureau de dessin.
A côté de ce bâtiment est le montage, au sud duquel sont la chaudron-
nerie, Tatelierdes roues et Tatelier d'ajustage, qui occupent tout Tespace
entre Broadstreet et la quinzième rue et Buttonwoodstreet et Hamilton-
street. Les constructions qui occupaient primitivement c^et espace et qui
avaient été élevées en 183S par M. Baldwin, ont été incendiées en 1884,
et on les a remplacées par un bâtiment à quatre étages, dont trois sont
occupés par des machines-outils et dont le quatrième sert de magasin.
Dans Tatelier des roues, on ne fait que les tourner, elles sont faites au
dehors. Dans la chaudronnerie, la plus grande partie du rîvetage est fait
à la presse hydraulique , qui a remplacé les riveuses à vapeur employées
précédemment. Le reste des bâtiments en façade sur Broad-street est oc-
cupé par Tatelier des modèles et de la forge. La fonderie, fer et cuivre,
occupe en entier l'îlot dont il a été question plus haut, et Tilot partiel,
dont il a été également parlé, renferme les ateliers des bois, des ressorts
et des tenders.
La plus forte locomotive construite jusqu'ici par les établissements
Baldwin a été terminée au mois de mars de cette année, c'est le Decapod
auquel nous avons consacré un article dans la chronique d'avril, page 579,
destiné au chemin de fer de Don Pedro II du Brésil.
Une particularité caractéristique du travail dans les ateliers de Baldwin
est remploi général des calibres et des gabarits, lesquels. sont confec-
tionjiés et conservés dans un atelier spécial contenant des outils appro-
priés et un pei'sonnel uniquement consacré à ce travail. Les calibres ori-
ginaux servent d'étalons et ne sortent jamais de cet atelier, c'est d'après
eux qu'on exécute les calibres de travail qui sont fréquemment vérifiés
d'après les types.
Tout est fait d'après les calibres ; les longerons sont rabotés, mortaises
et percés sur calibres, les cylindres alésés et dressés, les bandages tou^
nés intérieurement et extérieurement, les essieux, toutes les pièces du
mouvement sont travaillées de même; il n'est pas un trou qui ne soit
percé d'après un calibre, de manière que toutes les pièces semblables des
machines soient rigoureusement uniformes et puissent être remplacées
les unes par les autres. Ce système était déjà en usage avant la mort de
M. Baldwin.
Les ateliers en plein travail occupent 3,000 ouvriers et peuvent pro-
duire 600 locomotives par an.
VJndustrial Review, de laquelle nous avons résumé ce qui précède,
donne année par année la production de locomotives depuis 184S. Nous
nous contenterons de reproduire quelques-uns de ces chiffres.
— 387 -
Années. Locomotives. Années. Locomolires.
1842
14
1869
235
1843
12
1870
280
1844
22
1871
331
1845
27
1872
422
1846
42
1873
437
1852
49
1876
232
1853 .
60
1877
185
1854
62
1878
292
1855
47
1879
398
1861
40
1880
517
1862
75
1881
555
1863
96
1882
563
1864
130
1883
557
1865
115
1884
429
Le nombre total de locomotives construiteB depuis 1842 jusqu'au
1* janvier 1885 s'élève au chiffre énorme de 7,413.
8oii«<>pr(kliiito de la flftbrleatlon du coke. — Dans une
usine de la haute Silésie, où les fours à coke, au nombre de trente, ont
été modiûés pour permettre de recueillir les sous-produits de la fabrica-
tion du coke, le docteur W. Cohn a. constaté les résultats suivants :
iOO kilogrammes de charbon donnent 3 kilogrammes de goudron et 1 ki-
logramme de sulfate d'ammoniaque. On traite, dans les trente fours à
coke, 50 tonnes de charbon par jour, ce qui produit 1,500 kilogrammes
de goudron et 500 kilogrammes de sulfate d'ammoniaque. A raison de
3 fr. 60 les 100 kilogrammes pour le goudron et de 31 fr. 25 pour le sul-
fate d'ammoniaque, et en déduisant les frais de traitement des eaux
ammoniacales pour leur conversion en sulfate d'ammoniaque, on arrive àun
produit de. 184 fr. 30 par jour. Si on déduit l'intérêt, l'amortissement et
Tentretien des appareils, etc., il reste 135 francs nets par jour, lesquels,
appliqués à la production de 32,500 kilogrammes de coke , donnent une
économie de 3fr. 85 par tonne de coke, c'est-à-dire de moitié des frais de
production. La fonte brute produite dans cette usine exige 2 tonnes de
coke par .tonne de fonte ; donc l'utilisation des sous-produits de la fabri^
cation du coke permet de réduire de 7 fr. 70 le prix de revient de la
fpûte brute.
Le système métrique et ses adversaires* — Nous ayons
signalé, dans la Chronique de mai 1885, page 696, les progrès incontes-
tables que faisait le système métrique aux États-Unis. Il ne faudrait pas
60 conclure que ses adversaires se tiennent pour battus ; on en a une
preuve remarquable dans une communication faite récemment à YlnstitUr
tion of civtl Engineers, à Londres, sur la comparaison entre les mesures
métriques et les mesures anglaises au poiat de vue de Tart de Tiugéuieur
et surtout daus la discussion qui a suivi cette oommunicatiou.
Bien que la majorité des membres qui y ont pris part ait paru favo-
rable à remploi du système métrique, les autres ont invoqué contre lui
des raisons qui méritent d'être rapportées.
Nous donnons, d*aprôs VEngmeering NewSy un résumé des arguments
présentés par les partisans des vieilles mesures.
Sir Frédéric Bramwell, président de Tlnstitution, qui s*est distingué
dans la défense du système anglais, a cru devoir rappeler le pas^ge
suivant d'un discours prononcé jadis au Parlement :
« Comment faire comprendre au vulgaire la traduction des demies et
des quarts en langage décimal? Un 5 avec un point à gauche et SS éga-
lement avec un point en avant ! Les gens familiers avec Tarithmétique
comprennent et s'y habituent ; mais il est beaucoup plus difftcile de faire
admettre ces relations par ceux qui n*en comprennent pas le point
de départ. »
M. Barry repousse, pour sa part, la division décimale du pied; c'est
fort heureux que le pied soit divisé eu 12 parties. Quiconque a un peu de
pratique appi-écie les avantages de la divisibilité par 2, 3, 4 et 6. Avec
le système décimal, la plupart des divisions ne donnent pas de chiffre
exact, comme avec le système duodécimal; ce dernier est inflnimem
préférable pour Touvrier et également pour le calcul de tête.
M. Young appuie sur le point de la facilité du calcul : <c Si, dit-il, un
marchand cherche le prix de 17 yards à 5 pence 3/4 la yard, il ne
commence pas par réduire les pence en farthings pour les multiplier
après par 17 et revenir aux schellings et aux pence ; il considère sim-
plement que 17 six pence moins 17 farthiags font 8 shellings 6 peoce
moins 4 pence 1/4, soit 8 shellings 1 penny 3/4, ce qui est fait en un
instant.
« Avec le système décimal, il faudrait réduire en farthings et multiplier
par les yards, de sorte que, à chaque moment, le marchand devrait
recourir au crayon et au papier pour faire des calculs qu'il fait actuel-
lement de tète. De plus, avec le système décimal, il faudrait mettre
25 farthings aux six pence au lieu de 24, ce qui serait très gênant, parce
que 25 n'a qu'un diviseur, 5, tandis que 24 en a six : 12, 8, 6, 4, 3 et 2. »
Ce dernier argument amuse beaucoup les Américains, qui n'ont pas le
malheur d'avoir 25 farthings dans six pence, mais celui bieç plus grand
d'avoir un doUar divisé en 100 cents et qui ne s'aperçoivent pas du tout
de la gêne extraordinaire que cette division doit introduire dans leurs
transactions commerciales.
Les dollars et les cents sont en usage à Terre-Neuve, au Canada, au
Honduras et dans quelques parties des Indes occidentales, à Hong-Kong,
à Singapore, etc.; les roupies avec division centésimale sont employées
à Ceylan et à Maurice.
Enfin, les monnaies avec divisions décimales sont adoptées sur tout le
continent européen, au Mexique et dans rAraérique du Sud, eu Chine
et au Japon. Les millions d'hommes qui peuplent ces contrées ignorent
les avantages de la division duodéoimale si appréciée parles populations
de la Grande-Bretagne et de quelques colonies anglaises.
Le journal américain raille aussi agréablement M. Barrj au sujet de
la prétendue supériorité de la division duodécimale du pied, division
fort peu employée aujourd'hui aux États-Unis, ce qui n'empêche nulle-
ment d*7 faire des maohines, des navires, des chemins de fer, etc.
Un des arguments les plus extrao(rdinaireB invoqués dans la discussion
qui nous occupe en faveur des mesures anglaises est la difficulté qu'il y a
à en apprendre l'usage, ce qui est passablement en contradiction avec
quelques-unes des raisons mises en avant par d'autres partisans de ce
système.
On a avancé, dit M. Kodolphe de Salis, que le système métrique ou
décimal était plus facile à apprendre ; c'est exact, mais c'est loin d'être
un avantage ; on peut poser la proportion : le grec est au français comme
le système des mesures anglaises est au système métrique au point de
vue de l'éducation, et l'étude ardue des mesures anglaises doit dévelop-
per les facultés mathématiques des élèves comme l'étude du grec déve-
loppe les facultés littéraires.
L'Engineering Newê fait justement observer qu'on pourrait aller loin
dans cet ordre d'idées et pense qu'on pourrait peut-être apprendre à lire
aux enfants avec des lettres gothiques, comme l'ancien alphabet alle-
mand, ou à compter avec des chiifres romains, pour leur donner un peu
plus de peine et mieux développer leurs facultés.
Il est à remarquer toutefois, au milieu de cette discussion émaillée
d'arguments grotesques, qu'on s'étonne de voir invoquer dans une société
aussi éminente, que les adversaires sont tous d'accord au moins sur un
point, la facilité avec laquelle peut être appris le système métrique. C'est
ee qui ressort de plus net de la discussion.
Nous nous reprocherions toutefois de passer sous silence quelques-
uns des arguments par lesquels les défenseurs des mesures anglaises
invoquent en leur faveur l'avantage de la simplicité.
On dit qu'avec le système métrique il y a identité entre le litre d'eau
et le kilogramme, le mètre cube d'eau et la tonne, et que, par consé»
quent, on connaît immédiatement le poids d'un volume d'eau.
Sir Frédéric Bramwell fait remarquer que cette identité n'est qu'ex-
eeptionnelle, attendu qu'elle suppose de l'eau distillée à son maximum
de densité, cas qui ne se présente, pour ainsi dire, jamais en pratique.
D'ailleurs, il en est de même pour les mesures anglaises; une hauteur
d'eau de 1 pouce, couvrant un acre de terre, représente 100 tonnes, ou,
pour être tout à fait exact, 101 tonnes. Un tuyau de 1 pouce de dia-
mètre contient par 10 yards de longueur 1 gallon à bière. Le journal
américain fait remarquer que cet inappréciable avantage du système de
mesures anglaises est malheureusement d'une utilité très limitée en prar
tique, attendu que le gallon à bière est une vieille mesure qui a disparu
depuis longtemps et dont l'usage est aujourd'hui interdit sous peine
— 360 —
d'amende; il termine en émettant le vœu que les autres gallons, les
yards et toutes les baroques divisions de ce système suranné aillent le
plus tôt possible rejoindre le gallon à bière.
Les chemins de fer itu JFapon. — La longueur totale des che-
mins de fer en exploitation actuellement au Japon est de 386 kilo-
mètres ; la première ligne ouverte est celle de Tokio à Yokohama, de
32 kilomètres, mise en service en 1872. Cette ligne, qui a cinq stations
intermédiaires, a coÀté près de 15 millions de francs et a été faite par
des- ingénieurs anglais.
La ligne de Hiogo à Osaka a été ouverte en 1874; mais depuis elle a
été prolongée par les deux extrémités et relie actuellement Kobe et
Otsu sur une longueur totale de 100 kilomètres environ II y a seize sta-
tions intermédiaires, et la ligne traverse les parties les plus riches du
centre du Japon ; elle transporte de la soie, du thé, du coton, du riz, des
céréales, etc., et de plus elle amène à l'intérieur les marchandises arri-
vant à Kobe, de l'étranger ou même du pays par mer. Ce chemin s'arrête
à Otsu, sur les bords du lac Bima; mais un autre commence sur la rire
opposée de ce lac, à Nagahama et va de là au port de Tsuruga, sur la
mer du Japon ; la distance est de 44 kilomètres. Cette dernière ligne a
été ouverte en 1882, de sorte qu'on peut actuellement traverser le Japon
entier en chemin de fer, à l'exception du lac Bima sur lequel est établi,
entre les deux gares, un service de bateaux à vapeur.
Il a été établi une troisième ligne entre Magahama et Sekigahora
Ohogaki sur une longueur de 98 kilomètres. Le terminus de Ohogaki,
jusqu'où la ligne a été étendue tout récemment, est le chef-lieu de la
province de Mino et une des places les plus commerçantes du Japon. La
quatrième ligue n'a été commencée qu'eu juin 1882; mais, au mois de
juillet de l'année suivante, les trains allaient déjà jusqu'à Kumagai k
60 kilomètres de la capitale, et la ligne entière jusqu'à Takasaki a été
inaugurée ce printemps par l'empereur en personne, ce qui indique la
manière dont les chemins de fer sont considérés au Japon. Cette ligne
a près de 100 kilomètres ; elle transporte à Tokio de grandes quantités
de soie, de thé et de tabac provenant de diverses provinces.
Deux autres lignes sont en construction ; Tune va de Shinagawa, sta-
tion du chemin de fer de Tokio à Yokohama, à Kawagutchi et l'autre
de Takasaki à Mayebashi, un des centres de la production de la soie;
cette dernière, qui n'a que 11 kilomètres de longueur, sera ouverte cet
automne.
Cinq autres lignes vont être entreprises ; la première de Urawa, sta-
tion de la ligne de Tokio à Takasaki, à Aoraori, ville à l'extrémité
septentrionale de l'île de Niphon, longueur 720 kilomètres; la seconde,
de Takasaki à Ohogaki et Yokkaitchi, longueur 320 kilomètres ; la troi-
sième, de Oneyda, dans la province de Shinavo, à Niiguta, longueur
240 kilomètres ; la quatrième, de Osaka à Sakai, longueur 11 kilomètres,
et enfin la dernière, de Shizonoka à Shimidyn, dans la province deTesu-
- 361 -
ruga, longueur 10 kilomètres. Ces lignes réunies présenteront un déve-
loppement totial de 1,300 kilomètres. On doit, en outre, exécuter sans
délai une ligne de tramway entre Tokîo et Kofu .
COMPTES RENDUS
SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE.
Juillet 188S.
Rapport de M. Brull, sur le Guide pour Pessal des ma-
chines à, vapeur, par M. Buchetti.
Rapport de M. Dufresne de Saint-Léon sur les procédés démou-
lage à, Palde de la g^tta-perelia rendue solttble par
les corps ipras^ dus à M. Pellbgat.
La gutta-percha se ramollit à chaud dans Thuile de lin, et la matière
devient assez plastique pour donner un moulage parfait et elle durcit en
se refroidissant.
Rapport de M. Bàbdy sur lemplol d'un nouveau produit
dénommé caoutehoutlne^ présenté par M. Ch. Barbier, pour
lentretien, la régénération et l'imperméabilisation des cuirs ouvrés en
service.
Ce produit est un liquide qui sert à :
V* La régénération des cuirs indurés ;
2^ L'imperméabilité des cuirs neufs ;
3" L'entretien des cuirs en service.
Le rapporteur, après avoir passé en revue ces trois parties de la
question, conclut que si l'on se rend compte de la divei'sité et de l'uni-
versalité de l'emploi du cuir dans le monde entier (pour la France seule,
le chiffre dépasse annuellement 300 millions), on doit comprendre qu'un
procédé, permettant de prolonger la durée de service du cuir et s'oppo-
sant dans une certaine mesure à sa détérioration, doit avoir une grande
portée économique.
— 384-
La caoutchoutine semble résoudre heureusemeut les divers points dn
programme, et, si la pratique industrielle vient justifier les espérances
fondées de Tauteur et sanctionner les expériences faites par le rappor-
teur, ce liquide paraît appelé à rendre de réels services.
Ob9èque(» de M. Tresca*
Discours de M. Maumcb Lévy.
— de M. Haton ds la GocpittitRE.
— de M Ch. DE COMBKROUSSB.
— de M. Lausskdat.
— de M. Cauvkt.
— de M. NoBLOT.
— de M. Louis Passy.
Chimie agricole* Dosage deTacide phosphorique, par M. Aubin.
Notices industrielles* Les progrés de Félectricité eu Amérique.
Nous trouvons dans le procès-verbal de la séance du 26 juin 1885 le
résumé d'une communication faite par notre collègue, M. Ed. Simon, en
oflfrant à la Société d'Encouragement, au nom de son auteur, un ouvrage
intitulé : le Tonkin industriel et commercial, par M. Calixte Imbert, négo-
ciant àHaï-Phong; voici les points les plus importants de cette commu-
nication :
Le Tonkin a, sur la Cochiuchine, un premier avantage climatérique,
la saison hivernale. Le pays n'est pas affligé d'un été perpétuel, dont les
chaleurs consécutives abattent les Européens. De mai à septembre, les
fortes chaleurs coïncident avec la saison des pluies ; mais, de septembre
à avril (saison sèche), la température varie entre 15 et 7 degrés au-dessus
de zéro. Beaucoup d'Européens, fatigués par les grandes chaleurs
humides, se remettent très bien pendant la période hivernale.
Le Tonkin ne saurait être, d'après l'auteur, une colonie d'émigration
pour les travailleur européens; d'ailleurs, la main-d'œuvre ne fait pas
défaut dans le pays. Les qualités natives, les habitudes professionnelles
des indigènes assurent, suivant M. Imbert, Tavenir industriel et com-
mercial du Tonkin. Par contre, la sobriété et les goûts des Annamites et
des Chinois, qui se contentent des produits du pays et d'une nourriture
tout à fait insuffisante pour l'Européen ^ ne permettent pas de compter
avant longtemps sur l'exportation de produits français de grande consom-
mation.
Les colons doivent avoir pour objectif l'exploitation des richesse»
locales, le riz qui tient la première place et se prête à la création de
fabriques d'alcool et d'amidon, les arachides, la canne à sucre, le café,
les fibres textiles, coton, chanvre, ramée, soie, l'indigo, les bois, les mi-
nerais de plomb et de cuivre, extraits de longue date par des procédés
primitifs qui n'ont point épuisé les gisements.
- 368-
M. Imbert a recueilli et offert au gouvernement une collection soigneu-*
cernent classée de ces produits, laquelle se trouve exposée au ministère
du commerce. *
Des données qui précèdent résulte TopportuDÎté pour la France d'être
représentée par la qualité bien plus que par la quantité de ses colons. Là
souvre pour nos jeunes compatriotes sortis des écoles de commerce,
d'arts et manufactures, d'arts et métiers, d'agriculture « un champ nou-
veau et productif, à la condition de n^epas s'expatrier sans l'appui effectif
de maisons sérieuses et de ne point chercher la fortune dans un simple
voyage d'exploration.
ANNAXES DES PONTS ET CHAUSSEES
Juillet i88S
Note sur la détermination graphique des moments
fléehissants dans les pièces chargées de poids discontinus^ par
M. Ed. Collignon, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
Cette note indique une méthode géométrique permettant de résoudre,
d'une manière simple, rapide et rigoureuse, le problème des charges
discontinues agissant sur une travée unique. Elle pourrait même s'éten-
dre, à titre d'approximation, aux poutres droites à travées solidaires,
sauf à prendre arbitrairement ou à déterminer par avance les points
d'inflexion des diverses parties. Elle s'applique aussi, sans grande com-
plication, au problème des charges discontinues pour les pièces courbes.
Cette méthode a de plus l'avantage , dit Tauteur, de donner une traduc-
tion géométrique immédiate de ces quantités complexes que Ton nomme
ffuments des farces et qui jouent un rôle si important dans la mécanique
rationnelle.
Les maelilne^ mag^néto-ëleetrlques et Pare vol^
talqfne des phares» par M. F. Lucas, ingénieur en chef des ponts
et chaussées.
Cette note étudie la production de Tare voltaîque au moyen des diffé-
rentes machines magnéto-électriques en usage, la machine de FAUiance,
la plus ancienne, et la machine de Méritons la plus récente, en donnant
la théorie de ces machines ; elle examine ensuite la question des câbles
conducteurs, des crayons à lumière et de Tare voltaîque.
La conclusion est que, si les arcs voltaîque s sont des foyers lumineux
d'une grande puissance, ils sont malheureusement imparfaits, quanta la
— 884 —
stabilité de la lumière, et ils exigent une grande surveillance, de plus
réchauffement est très rapide. Un progrès considérable serait réalisé le
jour où les grands foyers d'incandescence pourraient être substitués aux
arcs voltaîques, et c'est dans cette voie qu'il faut chercher la future so-
lution du problème de l'éclairage électrique des phares.
McMlIflcattoii de la fformule d'Intégratton appro-
ebée de Slmfisony par M. dx PiEimoDUi, ii^génieur en chef des ponts
et chaussées.
Note sur le classement des routes départementales,
par M. P. Etienne, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
Note sur le Traité des ponts métalliques de M. J. Resal,
ingénieur des ponts et chaussées, par M. Flamant, iAgénieur en chef des
ponts et chaussées.
Les eaux de Londres et d'Amsterdam, par M. Couche,
ingénieur en chef des ponts et chaussées.
Ce travail est un rapport destiné à l'Administration municipale, et
ayant pour but d'examiner, si, dans le système absolument différent
du nôtre, qu'ont adopté nos voisins, on pouvait faire pour Paris des em-
prunts utiles.
La note examine rapidement l'alimentation d'eau de Londres, la pro-
venance et la composition des eaux, lesquelles offrent des conditions ana-
logues, quoique un peu inférieures, à celles de nos eaux de la Seine et de
la Marne; puis l'outillage, dont le caractère essentiel est le morcellemeut,
puisqu'il n'existe pas moins de huit compagnies indépendantes qui desser-
vent chacune un quartier déterminé; puis vient le mode d'exploitation et
l'emploi de l'eau. L'auteur examine ensuite en quoi l'exemple de Londres
peut nous éclairer.
Ses conclusions sont qu'il faut à Paris plus d'eau qu'à Londres^ parce
que le climat l'exige et surtout d'autres eaux qu'à Londres et distribuées
tout autremmt.
Il faut à Paris de l'eau de rivière pour les usages nombreux qui n'exi-
gent pas de l'eau de qualité supérieure, parce que l'eau de source est
nécessairement chère, et. qu'il serait d'une souveraine -imprudence de
faire trop exclusivement reposer l'alimentation de la capitale sur des dé-
rivations lointaines, impossibles à défondre en temps de guerre. Les eaux
de source doivent être réservées exclusivement à l'alimentation. C'est
dans cet ordre d'idées qu'on doit continuer les améliorations de la belle
création de M. Belgrand.
M. Couche décrit sommairement le service d'eaux d'Amsterdam qui a
pour particularités qu'il n'v a aux environs d'Amsterdam ni véritables
sources, ni rivières d'eau potable, et qu'il ne s'y rencontre pas une émi-
ncnçe sur laquelle on puisse établir un réservoir de distribution.
— 365 —
Veau pluviale est extraite des dunes d*Haarlem par un drainage très
étendu formé de canaux qui n'ont pas moins de 18 kilomètres de lon-
gueur; l'eau -est ensuite filtrée, puis refoulée par des maekines jusqu'à
Amsterdam. La distribution est continue, sur colonne et sans réservoir.
Le volume journalier est de 16 à 18,000 mètres cubes seulement pour
une population de 390,000 habitants, dont la propreté est proverbiale ; il
faut dire fue toute Teau de lavage se prend dans les canaux qui sillon-
nent la viUe.
Construction d'un tunnel sous PHudson. Extrait du
rapport de mission en Amérique de M. Cadard, ingénieur des ponts et
chaussées.
Documents annexés au rapport de mission en
Amérique de M. Cadabd, ingénieur des ponts et chaussées.
Note bibliographique de M. Ed. Collignon, ingénieur en chef des ponts
et chaussées, sur le cours de mécanique et machines, de
M. Bresse, inspecteur général des ponts et chaussées.
SOCIÉTÉ INDUSTRIELLE DE MULHOUSE
Juillet 1885
Note sur la protection de la propriété industriene, par
M. Ch. Grossbtsste -Thierry.
Cest un résumé comparatif des législations des grands Etats de
l'Europe, relativement aux brevets d*invention, avec quelques considéra-
tions sur la convention internationale de 1883.
Note sur un nouveau bleu pour impression, par M. Ed.
UUJtIGH.
Étude sur la composition^ la chaleur de combustion
et le rendement pratique d'une bouUle de la Rubr
(mine d*Altendorf), par M. Schbursr-Kestnbr.
Lf'analyse élémentaire de cette houille a donné une proportion de cen-
dres de 4.10 à 2.27 pour 100, la houille brute renfermant de 10 à 14. La
composition de la houille peut être établie comme suit en moyenne :
24
— 366 —
Houille pure. Houille brate.
Cendres 0, - 1,38
Carbone 89,98 88,50
Hydrogène 4,11 4,14
Azote 1,00 0,99
Oxygène 4,97 4,82
190,00 100,00
La chaleur de combustion a été déterminée dans Tappareil Favre et
Silbermann, et dans les conditions indiquées par MM. Scheurer-KestDcr
et Meunier Dollfus en 1879. On a trouvé 9,111 caloriespar kilogramme
pour moyenne de trois expériences. Le calcul par la formule de DuloDg
donnerait 8,477 calories.
L'auteur, ayant toujours trouvé que le pouvoir calorifique, mesuré au
calorimètre, est de 7 à 8 pour 100 supérieur au résultat que donne la for-
mule de Dulong, conclut que celle-ci ne peut pas être considérée comme
applicable aux houilles.
L'essai pratique a été fait avec les chaudières qui ont servi aux expé-
riences de l'auteur en 1869. Il a duré cinquante-trois heures pendant
lesquelles ont été vaporisés 57,920 litres d'eau à 26®,7, ce qui donne les
résultats suivants :
Rendement de la houille brute humide en eau à 0® 7,83
— — — sèche — 8,26
— — pure et sèche — 9,4!
Rapport sur une demande de concours des prix de MM. Dietscb frères,
présenté, au nom du comité de chimie, par MM. G. Schaeffer, Koechlin
et Noelting.
Note de M. le docteur Schoellhammer sur le travail de M. Mandel.
intitulé : la Phtisie antmak et la Transmission à l'homme.
Résumé météorologique de Tannée 1884, par M. G. Zweifel.
Notice nécrologique sur M. Zweifel, présentée par M. Aag. Dollfus.
SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS ALLEMANDS
NO 34. — 22 Août 1885.
Coup d'œil 8\)r la vingt-sixième réunion générale de l'Association, à
Stottin.
— 367 —
Exposition d'industrie et du travail manuel, à Gorlitz, en 1885, par
H. Maihak.
Métallurgie, — Appareil à chauffer Tair de Long. — Laminoir à blooms
des forges d'Ebbw Vale. — Arrêts de cages des mines de H. Ochwadt.
Groupe de Scuce. — Assimilation du système de la circulation du sang
chez les animaux à une canalisation de distribution d*eau.
Patentes.
Bibliographie, — Prix de revient des transports par chemins de fer et
par canaux^ de Sjmpher.
Correspondance, — Régulateurs pour pompes à vapeur. — Système de
chauffage de Frédéric Siemens.
N» 35. — 29 Août 1886.
Transmissions par câbles, de K. Keller.
Exposition d*industrie et de travail manuel, à Gorlitz, en 1885, par
H. Maihak (suite).
Construction des courbes de la forme pv^ = const,y par J. Taubeles.
Distribution d'eau d'Eupalinos (Grèce).
Machines-outils.
Groupe de Magdebourg.
Groupe de la HauteSilésie, — Inondation à Czentochau.
Groupe de Saxe. — Assimilation du système de la circulation du sang
chez les animaux à une canalisation de distribution d'eau (fin).
Appareil de graissage à pompe, de Rost.
Graisseur Mollerup.
Patentes.
Bibliographie, — Ouvrages adressés à l'Association.
Correspondance. — Système Clapp-Griffith.
Variétés. — Tramways à câbles. — Expériences sur la vaporisation.
Le Secrétaire-Rédacteur y
A. Mallet.
PARIS, MPRIHERIB CHAIX (S.-0.)« — 25963-5.
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MÉMOIRES
ET
COMPTE RENDU DES TRAVAUX
■
DE LA
SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS
OCTOBRE 1885
!«<> 10
Sommaires des séances du mois d'octobre :
!*• Lecture, par M. A. Mallet, d'mie lettre ou note de M. Daniel
Colladon sur ses grands Appareils Dynamamétriques applicables aux
Machines marines et sur ceux de M. Auguste Taurines (séance du
2 octobre, pages 374 à 391) ;
2» Lettre de M. W. Nordling, relative à la communication laite
par M. Edmond Roy à la séance du 7 août 1885 (séance du 2 octo-
bre, page 394) ;
3** Lettre de M. A. Léger sur le chemin de fer de Saint-Elienno
à Lyon et sur ses origines^ et remarque de M. de Comberousse (séance
du 2 octobre, pages 392 à 394) ;
4'' Lettre du Syndicat des entrepreneurs de travaux publics de
France, annonçant, pour le mois de décembre prochain, une Expo-
BC'JLL. i»
— 370 —
•
sitioii de l'Outillage des travaux publics (séance du 2 octobre,
page 394) ;
5^ Circulaire de M. le Ministre de l'Instruction publique, relative
au Congrès des Sociétés savantes en 1886 (séance du 2 octobre,
page 39S);
6^ Exposé par M. de Comberousse de la partie officielle du
voyage de la Société en Belgique^ du 8 août au 12 août 188o (séance
du 2 octobre, pages 395 à 406) ;
7^ Compte rendu par M. Briill des excursions organisées en
rhonneur de la Société par Y Association des Ingénieurs sortis de
CÉœk de Gand^ du 13 août au lo août 1885 (séance du â octobre,
pages 406 à 410) ;
8^ Compte rendu par M. Auguste Moreau, comme suppléant de
M. Périsse, des excursions organisées en Thonneur de la Société
par V Association des Ingénieurs sortis de VÉcole de Liège, du 13
août au 15 août 1885 (séance du 2 octobre, pages 411 à 421) ;
9^ Annonce par M. de Comberousse de la signature du Décret
autorisant la Société à entrer en possession du Le^s Giffard (séance
du 1 6 octobre, page 422) ;
10^ Note de M. Anthoni sur l'ouvrage de M. Emile Cacheux,
intitulé : Y Économiste pratique{sésince du 16 octobre.pages 423 à 428) ;
11^ Note de M. Edouard Simon sur la Convention intertiationale
pour la protection de la propriété industrielle (séance du 16 octobre,
pages 428 à 434);
12" Communication de M. Ch. Assi, en son nom et en celui Av
M. Louis Genès, sur la Convention internationale pour la, pivtection
de la propriété industrielle (séance du 16 octobre, pages 434 à 444) ;
13^ Observations présentées sur la note et la communicatiou
précédentes par MM. Casalonga, Albert Cahen, Edouard Simon,
Ch. Assi, L. Genès, Armengaud et Mardelet (séance du 16 octobre*
pages 444 à 450) ;
14" Rapport présenté par M. de Comberousse, au nom du Comité,
sur la donation faite à la Société par madame Fusco (séance du
16 octobre, pages 450 à 453) ;
15" Vote de l'Assemblée» constituée en Assemblée générale ex-
traordinaire, acceptant à l'unanimité, conformément à la proposi-
tion du Comité, le Legs Fusco sous bénéfice d'inventaire (séance du
16 octobre, page 453;.
— .371 —
Pendant le mois d'octobre, la Société a reçu :
l"" De M. D. Colladon, membre de la Société, un exemplaire d'un
rapport de MM. Poncelet, Piobert et Coriolis, sur un mémoire de
M. D. CoUadon, relatif à un nouveau modo de mesure du travail
des machines marines à vapeur et à un moyen d'évaluer la résis-
tance que les navires à vapeur éprouvent dans leur marche (extrait
des Comptes rendus des séances de l* Académie des Sciences), et un
exemplaire d*une note sur la balance djnamométrique établie à Tar-
senal royal de Marine à Woolwich, pour l'usage de l'Amirauté
anglaise, par M. D. Colladon (extrait des Comptes rendus).
2« De M. Berthot, membre de la Société, un mémoire sur les
Forces mutuelles et leurs applications aux phénomènes mécaniqueSj phy-^
siques et chimiques ;
3»» De M. Seyrîg, membre de la Société, un exemplaire de son
ouvrage intitulé : Eléments de Statique graphique applujuée aux com-
tructions (texte et atlas) ;
4* De M. Vuillemin, membre de la Société, un exemplaire des
tomes II et III de son ouvrage sur le Bassin houiller du Pas-dé^
Calais ;
5^ De M. Albert Urban, membre de la Société, deux exemplaires
d'une note sur les Carrières de porphyre de Quenast ;
6^ De M. Max de Nansouty, membre de la Société, un exemplaire
d** sa note sur la Télégraphie optique ;
7^ De M. Maisonneuve, membre de la Société, deux exemplaires
de sa note sur une Machine thermiffue ;
8** De M. Bougarel, membre de la Société, un exemplaire du
compte rendu de la Distribution des prix aux apprentis de l'Ecole
professionnelle fondée par M. Gérard^ mécanicien ;
9^ De M. Brehm, ingénieur, un exemplaire d'une notice sur les
Voilures à vapeur Rowan pour C exploitation de tramways et de cher
mins de fer secondaires ;
10* De la Société de Géographie italienne, * un exemplaire du
â* volume des Actes du 3^ Congrès international de Géographie, tenu
à Venise, du 15 au 22 septembre 1881 ;
11^ Un exemplaire des procès-verbaux des séances du Congrès
intemcUional de Navigation intérieure^ tenu à Bruxelles ^ du M mai
au 2 juiuy et un exemplaire des Mémoires publiés à l'occasion de
ce même congrès.
— 372 —
12** De M. Gabriel Thareau, membre de la Société, une note sur
TÂssociation parisienne des industriels, pour préserver les ouvriers
des accidents du travail ;
13^ De M. Carimantrand, membre de la Société, un exemplaire
â*un article sur la navigation de la Seine (Extrait du Petit eapita-
liste) ;
14'' De M. Corthell, membre de la Société, un exemplaire d une
brochure intitulée : The interoceanic Problem and its identifie sak-
tian ;
15*^ De M. Louis Parent, membre de la Société, de la part de
M. le docteur Paul Kedard, un exemplaire de son ouvrage sur le
transport par chemin de fer des blessés et malades militaires ;
16"* De M. Brochocki, membre de la Société, un exemplaire de sa
notice sur la charpente rigide à articulation démontable et exten-
sible, destinée à la construction des ponts-volants et d^abris de toute
nature.
Les Membres nouvellement admis sont :
Membres Sociétaires :
MM. BouRON, présenté par MM. Chauveau, Edoux et Supcrviellc.
Gaiffe, — Jousselio, Légat et Peignot.
Grunkr, — Hallopeau, Périsse et Seyrig.
GuASCO, — Baranger, Chassevent et L. Maichc.
Lelong, — Brûlé, Cerbelaud et Hauet.
Mlodecki, — Benoît-Duportail, A. Mallet et Regniiini.
MusNiER, — de Comberousse,Bourry et Périsse.
Saintigeo.n, — Brichaut, Leverbe et Taittinger.
De ScHULTHEP, — de Comberousse,E.Polonceau etPérisïîé
Membres Associés :
MM. RoGERSON, présenté par MM. Gottschalk, Lavailej et Moliuos.
Voisine, — Brichaut, Leverbe et Taittinger.
RESUME
DES
PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES
DU MOIS D'OCTOBRE 1885
fléance da M OetoUre 19^5
Présibkncb os m. bk Combkbousse
La séance est ouverte à huit heures et demie.
M. LE Président a le regret d'annoucer le décès de M. Bougère, ancien
élève de TEcole centrale, banquier à Angers, membre de la Société de-
puis 1848, et celui de M. Jean Fleury.
Plusieurs de nos collègues ont reçu des décorations étrangères.
M. Charles Bourdon a été nomme chevalier de Tordre de Léopold,
M. Adolphe Violet, officier de Tordre du Cambodge, et M. Letalle, com-
mandeur de Tordre impérial de TOsmanié.
Le procès-verbal de la dernière séance est adopté, en tenant compte
des développements ci-après.
M. LE PRisiDEMT rappelle que, dans la dernière séance, M. de Cossi-
gnj avait écrit une lettre fort intéressante à propos des inventions dy-
namométriques de M. Taurines : il comparait ses travaux k ceux de M.
CoUadon. M.Mallet a répondu quelques mots, à ce sqjet, et nous a fait
espérer que M. Colladon pourrait nous donner des détails précieux sur
ses propres travaux, et sur le dynamomètre employé en Angleterre, à
Tarsenal de Woolwich.
En effet» M. Mallet a rapporté de son voyage en Suisse une note très
instructive de M. Colladon, et il va nous la communiquer, comme se rap-
portant au procès-verbal de la dernière séance.
M. Mallet a la parole.
M. Mallet expose d'abord sommairement le but de M. Colladon. En
dehors des explications qu'il donne sur les expériences qui ont servi de
— 374 —
point de départ à rétablissement de l'appareil de Woolwich, qui a rendu
de grands services, M. Colladon s'est proposé de répondre à la lettre de
M. de Cossignj sur deux points. Dans Tétat actuel de la question, on
pourrait supposer qu'il y a un certain antagonisme entre M. Taurines et
M. Colladon. M. Mallet croit bon de dire, dés à présent, que ce sont
d'anciens amis et qu'ils ont toujours conservé entre eux d'excellentes
relations, comme on le verra dans la lettre qu'il va lire.
Il y a un second point sur lequel M. Colladon tient à fixer Tattention
de la Société; c'est que l'appareil de M. Taurines aurait été construit et
employé en France et serait un appareil français, tandis que celui de M.
Colladon aurait été construit et employé en Angleterre. Si Tappareil àe
M. Colladon a été construit en Angleterre, c'est parce qu'il n'a pas pu
le faire exécuter chez nous, car, M. Colladon a fait presque toute sa
carrière en France ; ses expériences ont été faites «ur la Seine et sur le
Rhône, et s'il n'a pas exécuté son appareil en France , c'est parce que la
marine française ne l'a pas accepté, tandis que, en Angleterre, son
appareil a été immédiatement accepté et exécuté.
M. Mallet donne, comme il suit, lecture de la lettre de M. Colladon.
« Monsieur le Président.
« Dans la lettre que M. Jules de Cossigny vous a adressée et dont il a
été fait lecture à la dernière séance de la Société, il fait allusion à mes
«anciens travaux sur la mesure du travail des machines k vapeur marines
et rappelle ceux plus récents de mon ami M. l'ancien professeur, Auguste
Taurines.
» Je crois convenable, pour éviter toute interprétation erronée, de
rédiger pour nos mémoires un résumé historique fort abrégé de mes
anciennes études théoriques, basées sur de très nombreuses expériences
bien antérieures à 1850, pour déterminer l'effet utile des machines
à vapeur destinées à la navigation, et de rappeler quelques travaux
originaux bien oubliés aujourd'hui, sur les avantages des roues de navi-
gation à palettes mobiles et sur une méthode de mon invention, destinée
a suppléer à TinsuMsance du frein de Prony pour mesurer la force en
chevaux des machines marines, réalisée sur l'arbre des roues à aubes,
par des moteurs à vapeur d'une puissance quelconque, fûtrelle même
égale à plusieurs milliers de chevaux.
» Le frein de Prony , appareil dynamométrique si précieux pour
déterminer les travaux mouvants ou résistants, inférieurs à 60 ou 100
chevaux, devient d'un emploi dangereux et même impossible, lorsque la
valeur du travail correspond à un nombre supérieur. Je crois utile de
rappeler que j'ai eu l'idée, dès l'année 1835, de remplacer pour les essais
sur la force en chevaux des machines à vapeur marines, quelle que soit
leur puissance, l'appareil du frein par une autre méthode de mon inven-
— 375 —
tion, dans laquelle je fais servir l'action rotative des roues à auhes dont
les palettes ont été convenablement déplacées, en combinant le chemin
décrit dans un temps donné par le centre d'impression d*une de ces
palettes, avec la tension d'un câble d'arrêt horizontal, qui retient le
uavire sans suspendre ou diminuer la vitesse normale des machines.
» Pour mesurer la tension de ce câble, j*ai démontré par de nom-
breuses expériences qu'on peut, dans tous ces essais, se servir d'une
balance à équerre capable de mesurer une force horizontale de plusieurs
milliers de kUogrammes en établissant Téquilibre par des séries de
poids suspendus au bras horizontal de la romaine en forme d'équerre
('t en leur ajoutant la résistance élastique d'un dynamomètre de force
médiocre , ayant une échelle d'extension suffisamment grande pour
enregistrer sur le cadran d'un totalisateur à horloge, les variations que
peut subir la tension du câble. J'expliquerai plus loin pourquoi l'emploi
de cette balance peut être quelquefois préféré à celui de puissants dy-
namomètres à ressorts,* quand on se propose d'obtenir des mesures
délicates et très précises; je décrirai en même temps la balance romaine
on équerre que j^ai fait établir à poste fixe en 1844 à l'arsenal maritime
de Woolwich, pour servir à l'essai des machines marines les plus puis-
santes des vaisseaux à vapeur du gouvernement Britannique.
» Les essais nombreux et variés que j'ai pu faire par l'emploi de
cette nouvelle méthode pendant trois années, (1838 à 1841) sur quel-
ques bateaux à vapeur de la Saône et du lac de Genève (1), m'ont
démontré :
» 1^ Que cette nouvelle méthode donne pour les machines à vapeur
marines des mesures dn travail effectif, autant ou même plus précises
que ceUes qu'aurait pu donner le frein de Prony, si son usage eût
été possible pour des moteurs d'une puissance supérieure à 100
chevaux.
» 2^ Que son emploi peut être continué sans interruption pendant plus
de 24 ou 48 heures, si on désire prolonger les essais.
>• 3® Que cette longue durée ne peut occasionner aucun danger quel-
conque pour les organes de la machine, lors même que leur force effec-
tive serait égale & plusieurs milliers de chevaux.
» 4° Que Ton peut utiliser cette méthode pour mesurer exactement la
résistance des carènes pendant leur marche en eau calme, à différents
degrés de vitesse.
*> 5* Enfin, qu'il serait souvent possible d'employer cette méthode
d'essai, pendant le stationnement d'un navire à vapeur à roues dans un
port, pour étudier l'influence utile ou nuisible que peuvent avoir cer-
taines modifications dans le mode d'emploi de la vapeur, ou dans la
disposition de leurs organes, pour la bonne marche du navire.
(1) En Dârliciilier sur les deux plm grandi beteaui h vapeur de ce lae, établis en
1839 et i^, Y Aigle, de la force âe qoatre- vingt-dix chevaux, et le Léman de soixante-
aix et demi.
— 376 —
» Pendant le second quart du dix-neuvième siècle ^ les autorités ma-
ritimes des divers pays étaient dans l'obligation d'accepter les puissantes
machines marines commandées pour leur usage, sans avoir aucun pro-
cédé quelconque pour mesurer ou estimer leur pouvoir régulrer effectif
sur l'arbre des roues motrices, que l'appareil connu sous le nom d'in-
dicateur de Watt.
)) Mais cet instrument ne peut déterminer que le travail potentiel de
la vapeur sur lo ou les pistons dans l'intérieur des cylindres, et il est
parfaitement reconnu que l'étude des diagrammes tracés par cet appareil
ne donne que des indicsftions probables mais nullement certaines, sur le
pouvoir final effectif disponible que l'on désire en définitive obtenir sur
l'arbre des roues motrices (1).
EXPÉRIENCES COMPARATIVES SUR LE TRAVAIL UTILE EFFECTUÉ PAB DtS ROIES
MOTRICES A PALETTES FIXES OU MOBILES (1827 à 1829).
j) Pendant le second semestre de 1827, j'avais rédigé un travail
assez considérable sur la résistance des corps flottants et sur l'effet
utile des roues motrices de bateaux à vapeur, basé sur des expérien-
ces très nombreuses faites à mes frais.
Ces études m'avaient amené à recommander Temploi d'un nouveau
système de roues à palettes mobiles, dont les aubes dirigées par un
mécanisme solide et d'un coût modéré relativement à l'économie qui
eu résulte par une meilleure utilisation de la force motrice, me pa-
raissait mériter l'approbation de l'Académie des sciences et quelques
essais faits en grand aux frais de l'amirauté française.
» Les roues à palettes fixes, quelle que soit leur construction, et les
roues à palettes mobiles, dites du système Morgan, qui restent cons-
tamment verticales pendant la marche du navire, occasionnent une dépense
considérable et inutile de la force motrice toutes les fois que le navire est
fortement chargé;ou que la lame est forte, ou que le vent latéral faisant peu-
cher le navire, une des roues à aubes est trop profondément immergée. S'il
[1) En voici un exemple frappant qui mérite d^ètre ooonu des inoéoieurs; —Un gnnd
atelier de Dijon, qui a construit de nombreux moteura à fapeur, estait engagé i Urrer
à de grands propriétaires fabricants de sucre de betteraves à Toumus, une machine à
vapeur à haute pression du poufoir effectif de seize cfaetaux pour brcjyer les ndnes.
— Ces fabricants comptant sur ce pouvoir avaient Csit leure achala en conséquence.
Lorsqu'on voulut fabriquer, le moteur ne put produire que le quart, et même moins
de la puissance promise. A la suite du procès intenté aui eonatrueteora, la Cour de
Dijon nomma trois experts, HM. Payen et Malinvant, inoénieura au corps royal des
raines, et moi, pour vérifier avec un frein de Prony, la rorca utile de la madiine. —
Pendant nos essais, nous pûmes constater que Tindicateur de Walt donnait pour Tactiop
de la vapeur dans le cylindre un travail supérieur i seize chevaux, mais que le tranil
utile sur l'arbre moteur ne put jamais surpasser quatre chevaux eH^ifs.
La machine avait un cylindre vertical avec son arbre rotatif en dessous, que met-
taient en mouvement deux bielles latérales commandées au moyen d'un T fixé a l'extré-
mité supérieure de la tige de piston; pour maintenir cette tige dans une direction Te^
ticale, 1 ingénieur avait eu la &tale idée de lui donner la forme d'un tube et de ii
faire glisser le long d'un arbre central fixé à son extrémité inférieure au centre du
fond du cylindre et à son tx>ut supérieur au plafond. —Les frottements qui lésoltsiest
de cette combinaison absorliaient plus des trois quarts du travail effectué par la x^-
peur sur le piston.
— 377 —
otait possible d'obligerles palettes,mêmepeiidantlcsplus fortes immersions,
h, entrer et sortir du liquide par leur tranchant et à ne devenir verticales
par rapport à la surface de niveau, que pendant le temps de leur recul
absolu» déduction faite de la marche en avant du navire auquel elles
participent, les inconvénients que nous venons d'énumérer disparaîtraient,
ou seraient beaucoup atténués, on obtiendrait plus de douceur et d'uni-
formité dans la marche et une bonne économie pour l'emploi de la force
motrice.
J*ai reconnu dès Tannée 1827, que ce résultat désirable peut être obtenu
par l'emploi de palettes mobiles pouvant tourner autour d*uu axe hori-
zontal correspondant avec le milieu de leur surface plane, dont les mou-
vements, relativement à la circonférence de la roue, sont réglés par un
puissant excentrique fixé au bateau, et entourant Tarbre.
Sur cet excentrique, on établit un collier d'une force suffisante, portant
à sa circonférence extérieure des appendices équidistants, dont le nom-
bre égale celui des palettes et chacun de ces appendices est muni d'une
bielle dont l'autre extrémité commande la position de chaque palette au
moyen de courtes manivelles fixées à l'extrémité de leur axe de rotation
la plus voisine des parois du navire.
Dès la fin de 1827, j'avais fait fabriquer un petit bateau en tôle, n'ayant
que deux mètres environ de longueur et quarante-cinq centimètres envi-
ron de largeur, pour faire des essais comparatifs sur le travail utile qu'on
peut obtenir de divers systèmes de roues à palettes fixes, comparati-
vement à celui que peuvent réaliser des roues à palettes mobiles, dont le
mouvement s'opère comme il est dit ci-dessus, lorsque le bateau et ses
roues à palettes sont plus ou moins profondément immergées.
« Désirant avoir pour ces essais comparatifs un petit moteur capable
d'un travail total limité, mais d'une valeur égale pour chaque essai, j'avais
fait construire par l'habile horloger, M. Wagner, de Paris, un barillet
grandiose, muni d'un ressort d'une dimension et d'une puissance tout à
fait exceptionnelles, et ce barillet fut fixé solidement sur le fond inté-
rieur du bateau. Le travail du ressort se transmettait par un engrenage
à l'arbre sur lequel étaient fixées les roues à palettes ayant 0",3S de
diamètre et 0",12 de largeur.
> Ces roues étaient disposées de manière qu'il fut possible et facile de
varier le nombre des palettes, leur forme et leur inclinaison. J'avais fait
aussi préparer deux autres roues de même dimension portant chacune
huit palettes mobiles autour d'un axe horizontal passant par leur centre
de figure et dont le mouvement était commandé par un mécanisme dis-
posé comme il est dit ci-dessus.
» Dans une longue série d'essais faits sur le canal de l'Ourcq, en octo-
bre et novembre 1827, toutes les fois que le temps était calme, essais
renouvelés' en septembre et en octobre 1828, en présence de quelques
assistants, membres de l'Académie ou ingénieurs constructeurs, il fut
constaté que le bateau prenait plus de \itesse et parcourait un chemin
— 378 —
plus cousidérable toutes les fois qu'il était mû par les roues à palettes
mobiles. L'avantage do ces dernières rouos sur celles à palettes fixes
était d'autant plus marqué que leur immersion était plus grande par suite
des charges supplémentaires placées dans le fond du bateau.
» Ces expériences avaient entraîné pour moi des dépenses au-dessus
de mes ressources personnelles et je me décidai à retarder la présenta-
tion à TAcadémie de l'ensemble de ce travail, pour le faire admettre au
concours du prix Montyon, qui devait être décerné au printemps del8î9.
» Les académiciens nommés pour juger le concours étaient MM. Navier.
(rirard, Arago et Molard, rapporteur.
» M. Arago, qui s'intéressait vivement aux progrès de la marine àva-
peur, était très favorable à mes conclusions ; mais M. Molard, alors
directeur du conservatoire des Arts et Métiers, déclara magistralement
qu'aucun système quelconque de roues avec des palettes mobiles ne poo^
rait résister à la violence des coups de mer, et la majorité de la commis-
sion, impressionnée par son affirmation , ne voulut m'accorder qu'une
mention honorable et la faculté d'insertion dans les Savants Étrangers.
» Moins de deux ans après le dépôt de mon Mémoire, j'avais la conso-
lation de voir deux bateaux à vapeur munis de machines à cylindres
oscillants, pour un service de marchandises sur la basse Seine, munis de
roues à palettes mobiles exécutées conformément à mes propositions ot
h mon petit modèle ^ Et peu après j'apprenais que ces mêmes roues à
palettes mobiles venaient d'être adoptées pour le service en mer, par
d'habiles constructeurs anglais, MM. Maudslay, et MM. Miller et Ra-
venhill.
» La solidité de ce système et ses avantages étaient même si bien con-
statés au bout de quinze années, que, lorsqu'on 1843. l'Amirauté britan-
nique chargea MM. Maudslay, Field et C**, d'établir des moteurs de
400 chevaux de force sur le navire Victoria et Albert, destiné au service
particulier de la Reine, ces habiles constructeurs n'hésitèrent pas à em-
ployer, pour ce beau navire, des roues à palettes mobiles commandées,
comme il est dit ci-dessus, c'est-à-dire d'après le système que j'avais
présenté, en 1828, au jugement de la Commission du prix Montyon.
» De 1830 à 1840, j'ai eu à diriger, comme entrepreneur à forfait, ou
1. M. Cave a été chargé en 1828 ou 1829 de remplaeer par des machines à eylindre.<
oscillants les lourds moteurs à YApeur de deux bateaux, construits à Charenton, poar ua
service sur la basse Seine. Ces bateaux avaient des roues à pafettes rotatives ; chaque
palette était formée de denx pelles fixées à l'extrémité de deox rayons de la roue paral-
ces machines et oue je connaissais, me demandèrent mon avis sur cette disposition. Je
leur exposai les aé&uts de cette combinaison et je leur dessinai sur place et expliqiui
remploi bien préférable de palettes mues par un collier excentrique A Taxe et forçant
les palettes, par des bielles, a entrer et à sortir du liquide tangentiellement A la oonrbc
hélicoïdale que décrit le centre de chaque palette quand le navire est en marebe.
MM. F. Mathias et Ch. Callon ont rappelé ma priorité de l'idée pour ce mécanisme,
dans leur traité swr la naviqatUm fiutttalô à vapeur, publié chez Auguste Mathias en
1846 (voir la page 194).
— 379 -
comme simple ingénieur, Texécution ou la restauration de plusieurs mo-
teurs à vapeur de navigation pour bateaux de force médiocre ou moyenne,
tels que fa Seine, r Yonne , faisant un service de voyageurs en amont de
Paris, la Ville tElbeuf allant de Rouen à Elbeuf *.
» J'ai fait construire aussi les machines du premier Papin et du Ché-
rubin à Lyon, de Y Écho sur le lac de Genève, etc.
» CONSTRUCTÎON ET ESSAI DES MACHUIES DU BATEAU le Papin '.
» Les avantages notables que j'avais obtenus pour l'économie du com-
bustible dans les bateaux naviguant sur la Seine, décidèrent en 1834 la
Compagnie lyonnaise dite : des commissicnnaires k me commander des
doubles machines de quarante chevaux de force totale minima, garanties
pour dépenser moins de quatre kilogrammes de houille par cheval et par
heure, avec la promesse de ma part de rester en dessous de trois kilo-
grammes. — La Compagnie exigeait que la construction se fit en Angle-
terre, je mis la condition que les chaudières seraient faites en France et
je me réservai le droit de faire aux machines des modifications que je
jugerais utiles. Il fut enfin convenu que, après la mise en marche, la force
effective sur les roues serait mesurée par des essais faits par deux freins
de Prony appliqués à Tarbre des roues.
» Ces essais avec deux freins ont été dirigés par les experts, MM. Taba-
raud professeur et Renaud. Il fut constaté par un procès-verbal que je
possède, que la force régulière indiquée par les freins, dépassait soixante
chevaux, les machines marchant à la pression de trois kilogrammes et
demi, avec détente, et que la consommation de combustible, en ayant
égard à ce pouvoir normal, ne représentait que deux kilogrammes et
demi par cheval et par heure *.
» Les vibrations continuelles des aiguilles des dynamomètres à ressort
des freins, me donnèrent alors l'idée d'entreprendre un autre système
d essai des machines marines, en faisant usage des roues à palettes
elles-mêmes pour disposer'd'une résistance uniforme mesurable avec une
balance des forces horizontales et servant à mesurer la puissance des
moteurs.
» Le Papin devant entrer immédiatement en service, je dus remettre à
une autre époque les expériences projetées et la vérification expérimen-
tale de l'efficacité de cette nouvelle méthode, dont j'entrevoyais déjà la
très facile application aux plus puissants steamers et devenant une base
iiar cheral et par heure et une forte augmentation de pouvoir.
i. J'ai été, je crois, le premier ingénieur qui a donné le nom de Papin à an bateau
à sapeur.
3. Cette fiiible consommation me ralot une pnme eiceptionnelle de 3,500 francs. Les
autres bateaux A vapeur existant à eette époque sur la Saône et le Rtiône étaient, sans
aucune exeeption, des bateaux de constructio i anglaise à basse pression et sans détente,
brûlant en nooyenne six à huit lvilogramme$ de houille par chevai et par heui'e.
pour la solution des questions ks plus eHsentielk» de In méeaiiii{iir
navale.
» V.a 183', un riche capitaliste nn^iaix, M. Haldimand, m'avait charge
de construire pour lui uu bateau à. vapeur de plaisance de 12 à 15 che-
vaux, pour la navigation sur le lac de (ienève. Il avait ctf^ convenu i|u«
ce bateau devrait être k ma disposition pendant les dernières semaines
d'avril pour une série d'exp<^rionces d'après ma méthode dynamoioii-
trique. Ces expiJriences étaient commencées, lorsqu'une très grave ei
longue indisposition me condamna k un repos absolu de quelques mois.
Plus tard, préoccupé de mes cours et d'autres très nombreuses occu-
pations, je n'ai pu recommencer qu'en IKiO, ces expériences djnainoiBé-
triques sur deux grands bateaux à vapeur du lac de fienève : mais j'i-ntre-
pris dès 1839 des expériences destinées k contrôler l'exactitude de mon
procédé. Pour cela, je fis installer sur une grande chaloupe mise km
disposition, un mécanisme figuré sur la figure annexée à cette lettre.
» 11 se compose de deux roues h palettes de deux mètres de diamè-
tre, portant chacune douze palettes légères, destinées à fonctionner sur
les flancs de la chaloupe et qui sont liées par un arbre transversal, muni
dans sa partie centrale d'un gros cylindre en boia ou tambour T. ^ un
demi-mètre de longueur destiné à recevoir une corde mince 33s et pou-
vant faire environ cent tours sur ce premier tambour.
t) La vue de la figure ci-dessous explique suffisamment le mécanisme
dynano métrique funiculaire, auquel j'ai eu recours pour transmettre à
ces roues à palettes le travail moteur de deux forts manœuvres agissanl
sur un second tambour S. Pour rendre ce travail uniforme «t d'une va-
leur bien connue, j'avais adopté la disposition représentée sur cetk
figure:
t La cordes dirigée successivement par trois poulies p, p' et p", a i^'
primitivement enroulée sur le tambour T, le travail des deux manœuvres
sur les manivelles m et m' enroule la corde s sur le tambourS et dérouli^
— 381 —
eu mcnie temps cette corde sur le tambour T eu lui trausmettaut un
mouvement de rotation, qui est communiqué aux palettes.
» Pendant cette expérience la tension de la corde s est rendue
constante et égale à 1/2 (P-J-ç), P étant la valeur en kilogrammes,
du poids suspendu à la poulie mobile p* et q, le poids de la poulie p'
et de son crochet.
» Les manœuvres règlent leur action de manière que la poulie p'
et son poids P restent à peu près à la même hauteur pendant la
rotation.
» Il est facile alors de mesurer la somme des travaux résistants
que Teau oppose aux palettes pendant une rotation entière des roues,
ou pendant un nombre quelconque n de rotations.
» Pour cela, au lieu de laisser avancer le bateau, on le retient
immobile par une corde de retenue horizontale R, dont on mesure la
tension avec une balance en équerre, ou un dynanomètre D.
» La chaloupe se trouve ainsi en équilibre entre des forces hori-
zontales opposées, Tuiie est l'impulsion, ou plutôt la moyenne des
impulsions horizontales des palettes pendant leur immersion et l'autre
la résistance de la corde R mesurée à la balance en équerre ou au
dynanomètre.
» Il semble que l'action des palettes variant par courtes périodes,
l'aiguille du dynanomètre devrait osciller fortement, et cependant
elle reste sensiblement stationnaire, cette stabilité est causée par
riuertie de la chaloupe et par celle de son chargement qui viennent
s'interposer entre l'action impulsive des palettes et la résistance do
la corde R.
» Les petites variations périodiques de la force impulsive des pa-
lettes se dépensent ainsi sur nue masse considérable et leur effet est
presque insensible sur la corde R.
» Une conséquence bien intéressante à prévoir, c'est que, si la
puissance du moteur et les variations périodiques de l'impulsion des
palettes augmentent, par contre lïnertie du navire et celle de son
chargement, s'accroissent dans une proportion progressive encore plus
rapide, en sorte que, même pour les très grands navires à vapeur, de
300 et 1,000 chevaux par exemple, l'index du dynanomètre, ou l'équi-
libre de la romaine, qui servent à mesurer la tension du cable, res-
tent stationnaires tant que le pouvoir moteur des machines sur leur
arbre ne varie pas.
n C'est ce résultat important, qui permet de remplacer l'action d'un
dynanomètre, par celle d'une puissante romaine en forme d'équerrc
et à couteaux. Cette stabilité permet aussi de placer sur le long bras
horizontal de cette romaine, un plateau chargé de poids et d'ajouter
seulement un dynanomètre de force ordinaire destiné à enregistrer
lej» faibles variations de tension qui peuvent se produire pendant la
marche, en lui ajoutant un enregistreur à horloge muni d'un cadran
— 382 —
eu papier, sur lequel uu crayon trace la série de ces vai'iatious. Ou
peut ainsi mesurer à un ou deux centièmes près le travail en chevaux
transmis à Tarbre des roues par les plus puissants moteurs qu'em-
ploie la marine.
» C'est un appareil de ce système que Tamirautè anglaise a adopiô
en 1843, pour être établi à poste fixe dans Tarsenal maritime de
Woolwich et pour lequel elle m'accorda uu prix de huit cents livres
sterling; la seule condition essentielle à remplir était la possibilité
de déterminer avec mon appareil la force en chevaux de tous le&
moteurs des navires à roues appartenant au gouvernement britauuique.
quelle que fut leur force, jusqu'à mille chevaux, pouvoir qu'aucun
navire du gouvernement anglais n'atteignait en 1843.
9 L'appareil dont j'ai dirigé toute la construction en 1844, sur le
bord du vaste bassin du roi William, à Woolwich, a ^té installé à
poste ûxe. dans un petit bâtiment spécial, et il a été adopté défini-
tivement à la suite des premiers essais faits en octobre 1844 sur la
frégate à vapeur de cinq cents chevaux, lé Télémaque, en préseuce
de plusieurs membres de la Société royale et de près de cent officiers
supérieurs ou autorités civiles de la marine anglaise.
» L'appareil établi à Woolwich est d'ailleurs construit dans toutes
ses parties avec une solidité suffisante pour pouvoir servir avec sécurité
à des épreuves de machines marines de 4,000 chevaux et plus.
» M. le général Morin a fait placer une élévation de cette balance
dynamométrique dans les salles du Conservatoire des arts et métiers,
et j'ai l'avantage d'offrir à la Société un dessin colorié de cette ma-
chine en élévation, avec ses fondations vues en coupe, que je joins à
ce mémoire *. La disposition que j'ai adoptée pour Woolwich per-
met de disposer instantanément la balance dynauomé trique des for-
ces horizontales dans la direction du navire dont on veut mesurer
la force normale des machines et en outre, quels que soient le poidî^ et
la direction du cable qui retient le navire, la balance indique la com-
posante horizontale de la traction produite sur le câble par la rota-
tion des aubes. C'est cette composante seule qui doit entrer dau^
l'expression du travail effectif.
» Voici maintenant le principe théorique de cette méthode (lui
permet de mesurer, avec un degré suffisant d'exactitude, le pouvoir
normal en chevaux transmis à l'arbre moteur des roues.
» On fait d'abord marcher librement le navire que Ton veut essayer,
dans une eau calme, et l'on détermine le nombre des coups de pistou,
1. Lors de mon traité avec ramirauté en 4843, la marine britannique ne po6séd«it
encore aucun navire de la force de 1,000 chevaux, mais elle avait commandé une ma-
chine de cette lorce pour un vaisseau de guerre en construction, la Pénélope^ à Tun (k
ses constructeurs habituels, M. Seaward, et je fus avcril par cet hnbile ingénieur qu^oii
ne tarderait pas, probablement , à en établir d'une puissance double ou triple, ce qui
me décida à donner à toutes les pièces de ma balance d^namométrique des dimansions
sufUsantes |)0ur pouvoir mesurer le pouvoir de machines marines de quatre mille cbe*
vaux et plus.
— 383 —
ou celui des tours de roues qui correspond à cette allure régulière
prolongée, on note en même temps la tension moyenne de la vapeur
et celle du vide dans le condenseur. Le navire étant ensuite rentre
dans le port, on diminue la hauteur h d'immersion maxima des palettes
et on les rapproche de Taxe des roues des trois cinquièmes de cette
hauteur /*. Après cette opération, on attache le navire à un quai par
uu câble d'une certaine longueur et on fait marcher les machines à
la même tension de la vapeur dans les chaudières et dans la chambre
du vide, que lorsque le navire cheminait librement en temps calme. —
II est évident que, dans ce cas, les machines faisant le môme nombre
d'oscillations des pistons développent sur Tarbre des roues un pouvoir
moteur rigoureusement le même que pendant la marche du navire en
liberté.
n Si le câble est fixé à la balance des forces horizontales, cet appa-
reil indiquera une résistance R qui, multipliée par la vitesse de rota-
tion Y du nouveau centre d'impression de la partie immergée (mainte-
oantfort étroite) des palettes, donnera un travail résistant R V égal
à un ou deux centièmes près, à celui développé par les machines sur
l'arbre des roues à aubes. — Si le câble R qui retient le navire à une
balance en équerre de mon système, ou à un dynanomètre dont l'échelle
des flexions doit avoir une étendue suffisante pour qu'il puisse indiquer
de faibles variations de tension de ce câble, on pourra faire dans le
port des essais éminemment avantageux pour déterminer la meilleure
disposition des organes des machines, ou la pression de vapeur qui
donne le maximum d'efiet utile, en dépensant un poids donne de vapeur
à diverses tensions, et par l'emploi de détentes variables ou d'autres
transformations possibles ^.
•• Les règles imposées aux Directeurs des ports et des arsenaux ma-
ritimes, en Angleterre, n'autorisant aucune communication, orale ou
écrite» sur les divers essais faits par ordre de l'Amirauté, je n'ai pu
connaître qu'imparfaitement les expériences exécutées après mon départ
de Londres, mais j'avais fait antérieurement, sur le lao de Genève, en
1840 et 1841, des expériences nombreuses sur deux grands bateaux à
vapeur, V Aigle, de 96 chevaux de force et le Léman, de 66 chevaux et
demi, dont les principaux résultats ont été communiqués à l'Académie
des scieuces de Paris à diverses époques, en 1841 et 1842.
» Ces mémoires renfermaient les données essentielles déduites tle
mes mesures pour déterminer : 1*^ les travaux réalisés sur l'arbre des
roues à aubes ; 2^ les vitesses obtenues en temps parfaitement calme
par Taction des roues à palettes de diverses formes et dimensions ; 3® la
résistance des carènes.
1. 0aas une eipërience seconda ire foiteà Wooiwich en 1844, j'oi montré qu'en variant
d'an ou deux degrés seulement Toiiverture d*un robinet d'introduction de l'eau froide
dans la ehambre du vide, la balance dynamométrique indiquait instantanément qu'un
^gef chaingement venait d'être opéré sur l'un des organes des moteurs.
— 38^4 —
» L'importauce des résultats obtenus sur le lac de Geucve par diou
nouveau système dynamométrique, en substituant au frein de Pronv
Taction des roues motrices avec leurs palettes convenablement rappro-
chées de l'axe de rotation, m'avait engagé à faire breveter ce procédé
nouveau et à entreprendre une tractation avec le département de la
marine pour rétablissement à ses frais dans un des port« de Tétat d'une
balance des forces horizontales destinée à des expériences sur le travail
utile transmis à Farbre de rotation des roues par les machines des grands
steamers et pour étudier des données d'une haute importance pour les
progrès de la navigation à vapeur française, telles que :
» 1^ La mesure exacte du combustible dépensé par cheval et par
heure avec les diverses machines achetées pour compte de TÉtat ;
» 2® Les augmentations d'effet utile qu'on peut obtenir par des modi-
fications dans le degré de la pression et dans le mode d'emploi de h
vapeur avec divers degrés de détente.
» 3' Des mesures précises sur la résistance des carènes pour des
vitesses déterminées.
» La note supplémentaire qui termine ce mémoire et qui est iiuc
copie textuelle du discours du député du département de l'Aîn, M. d'An-
gcville,, ancien officier de la marine de TÊtat (séance de la Chambre des
députés du 5 mai 1847, pages 1038 et 10S9), montrera la façon plus que
cavalière dont pouvaient être traités, à cette époque, les inventeurs
ayant des titres scientifiques reconnus, et fortement recommandés par
l'Académie des sciences, quand ces inventeurs n'appartenaient pas aux
corps de la marine ; ou remarqi:cra ce peu de considération du couscil
de l'amirauté pour les décisions et les recommandations de Tlnstitut.
dans un cas où elles contrariaient les convenances de famille d'un mem-
bre très influent de ce conseil et malgré le désir d'autres membres plus
scrupuleux. Cette note expliquera comment après des démarches prolon-
gées pour obtenir que le conseil de l'amirauté française voulut s'occuper
de mes procédés qui devaient lui fournir d'importantes données pour les
progrès de la marine à vapeur, je fus contraint de m'adresser au conseil
de l'amirauté anglaise qui s'empressa d'accueillir ma méthode, accordant
plus de crédit aux rapports et aux décisions de l'Institut de France,
qu'on n'eu avait montré à Paris dans le conseil de l'amirauté française.
M. Taurines, de son côté, n'a pas été, semble-t-il, récompensé par Je
département do la marine française, comme il aurait dû l'être à la suit^^
de ses très importantes études expérimentales faites à ses frais, au
moyen d'un canot mû par des hélices de formes diverses et au moyen do
dynamomètres à ressorts, défectueux d'abord, mais dont il est parvenu à
perfectionner la construction, de 1850 à 1851.
Celui qu'il avait envoyé à l'Exposition universelle de Londres en 1851
m'avait déjà paru à cette époque excessivement remarquable, et il «^
exécuté depuis des dynamomètres à ressort*?, de rotation et de poussée.
— 385 —
applicables aux plus puissants bateaux à vapeur à hélice et qui ont
rendu des services d'une incontestable utilité pour la marine à vapeur
du gouvernement français. Il est donc profondément regrettable que le
conseil de Tamirauté ne lui ait pas décerné une récompense exception-
nelle et suffisante pour des inventions d'une aussi grande valeur.
La: Société d'encouragement en France et TAcadémie des sciences,
ont réparé en quelque sorte cette souveraine iigustice, par des récom-
penses tardives votées en faveur de M. Taurines.
En 1868, la société d'encouragement lui a voté une médaille d'or et
rAcadémie des sciences lui a décerné une première fois en 1874 et uue
seconde fois en 1883, un prix de trois mille francs représentant la moitié
du prix de six mille francs qui porte le nom de prix Plumey.
Ces deux dernières récompenses ont été votées à Toccasion de deux
rapports éminemment favorables, le premierrédigéparM. l'amiral Paris,
et en 1883 conformément aux conclusions du regretté Dupuis de Lôme.
J'ai donc été le premier en ma qualité de membre du jury X à Texpo-
sition universelle de Londres de 1851, à demander et à obtenir en faveur
de M. le professeur Taurines, la plus haute récompense accordée aux expo-
sants, pour son invention du dynamomètre qui faisait partie de l'exposition
française.
Il n^a jamais existé entre M. Taurines et moi, ni à cette époque, ni
depuis, de rivalité ou de discussion quelconque sur nos expériences dy-
namométriques, et nous sommes restés liés depuis lors par une durable
estime et une sincère amitié.
» M. Taurines, dans les lettres qu'il m'a adressées et dernièrement encore
dans sou importante publication de 1884^, pour laquelle il a reçu de l'Aca-
démie des sciences, en 1883, la moitié du prix Plumey, dans le but d'en
faciliter l'impression, M. Taurines a tenu à rappeler mes anciennes expé-
riences antérieures aux siennes et l'intérêt que j'avais mis en ma qualité
de juré à l'exposition de 18S1 à lui faire obtenir la plus haute récompense
(council medal), quoiqu'il fut devenu en quelque sorte mon concurrent.
II m'est permis de reproduire en son entier le paragraphe de la page 4o
de sa dernière publication, car ce paragraphe fait, il me semble, plusd'hou-
neur à Télévation de son caractère, qu'il ne peut m'en faire'àmoi'-méme
pour mon impartialité en ma qualité de juré. Ce paragraphe montre bien
que chez M. Taurines la mémoire du cœur ne s'efface pas avec le noml;re
des années.
n Les difficultés que l'on rencontre, dans les expériences au point iixo
» avec les navires à hélice, avaient été levées en 1842, pour les bateaux à
0 roues, par M. Colladon de Genève, correspondant de l'Institut. Cet
>> illustre savant, non moins célèbre comme ingénieur, depuis le perce-
1 . KludeB sur le* maMnes à vapeur, par Auguste Taurines, — Gautbicr*ViIl(irs, Ubrail%<
imprimeur, quai des Augustin», &5, à Paris.
Bull. â6
— 386 —
» ment du mont SainirGothard, avait trouve qu'eu relevant les aubes, en
60
» les faisant reculer vers Taxe des— rrr- environ de leur partie plongée, la
'> machine ainsi allégée pouvait , toutes choses égales d'ailleurs pour la
» pression, Touverture des valves, etc., fonctionner avec la même vitesse
n de régime que celle correspondant au navire en marche. La position du
'> centre d action sur les aubes, autrement dit du point d'application delà
» résistance utile, devenait ainsi facile à déterminer dans d'étroites limites.
y> L*effortde traction sensiblement constant était mesuré, au point fixe, à
» l'aide d'une romaine particulière.
» Dans ces conditions il put mesurer la force en chevaux de TS kilo^
y> grammètres de plusieurs machines de bateaux à roues. Des essais satis-
') faisants furent faits sur le lac de Genève, ainsi qu'en Angleterre, devant
») les lords de l'Amirauté. Il existe, à ce sujet, un rapport de Coriolisà
» l'Institut, année 1843, 1®"^ trimestre, page 101. Ce sont les seules re-
») cherches qui ont été faites anciennement pour mesurer la force des
') machines marines.
« Chose bien rare et non moins intéressante que je dois ici mentionner:
)» à TExpositiou universelle de Londres de 1851, M. CoUadon était membre
>» du jury international, dans la classe des instruments de précision, où
» figurait mon nouveau dynamomètre de rotation. Dominé avant tout par
» l'amour de la science et du progrès, cet honorable savant examina
») sérieusement cet appareil, et, après divers essais concluants, en l'econnut
») la supériorité, sans la moindre hésitation. C'est sur sa proposition, et à
» la suite de ses actives démarches pour l'appuyer, que la grande m< -
»i daillo (council medal) me fut accordée. »
Kn résumé :
Les méthode8 et les appareils que M. Taurines et moi avons employés
dans des buts à peu près semblables présentent cependant des différences
sensibles et ont des mérites spéciaux.
Je me suis proposé dès 1835 de fournir à la navigation à vapeur un pro-
cédé de mesure de la force effective des plus puissants navires à vapeur
munis de roues à aubes. A cette époque, et jusqu'en 184o, il n'en existait
^as d*autres qUe l'indtcateur de Watt.
J'ai prouvé, par un grand nombre d^expériences faites en 1837, 1838
tet plus tard, que mon procédé qui est absolument sans danger pour le^»
machines, quelle que soit leur force effective, donne la mesure de la force
finale réalisée sur l'arbre des roues motrices et que l'efreui* commise no
dépasse pas deux centièmes en plus ou en moins.
Ceux qui liront le rapport présenté à TAcddémie des sdencés, dans la
séance du 16 janvier 1843 sur mon procédé, i^apport rédigé par MM. Pon-
celet, Piobert et Coriolis, pourront se convaincre que je n*ai exagéré en
— 387 —
aocuoe manière les mérites de mon invention pour résoudre les grands
problèmes de la navigation à vapeur, savoir:
i® La puissance réalisée sur l'ai^bre des moteurs à roues par lés machines
marines d'une puissance quelconque ;
i^ La résistance spécifique de leurs carènes à différents degrés d*im-
mersioo on de vitesse ;
3^ L'utilisation des propulseurs à palettes fixes ou mobiles.
Les commissaires reconnaissaient que Temploi de mon procédé devait
être préféré à celui du frein, même pour les navires d'un assez faible pou-
voir pour que les mesures au frein leur fussent applicables, et ils ter-
minaient ainsi leur rapport :
H Vos commissaires vous proposent de donner votre approbation au
*> travail de M. CoUadon, et de décider que son Mémoire sera inséré dans
» le Recueil des Savants étrangers.
0 Le procédé imaginé par Tauteur devant être très utile à la navigation
9 et à Tétude des effets des grandes machines placées sur les butimeuts à
» vapeur, ils vous proposeront aussi de communiquer ce rapport à M. le
'> Ministre de la marine, en lui exprimant, de la part de l'Académie, le vœu
9 *|u on donne à M. CoUadon le moyen de continuer ses utiles expériences.
> Les conclusions de ce rapport ont été adoptées. »
.lai expliqué que, par suite d'un intérêt de famille, mes propositions au
Conseil de l'amirauté française etlesrecommandations pressantes de F Aca-
démie avaient été laissées de côté par la majorité de ce Conseil , et que
je n avais eu à la suite de cette indifférence malveillante d'autre ressource
pour faire valoir les avantages de ma méthode que de m'adresser au Conseil
de l'amirauté anglaise, où mes ouvertures pour faire adopter ma méthode
et l'emploi de ma puissante balance dynamométrique, furent accueiUies
a.vec une extrême bienveillance par les lords de l'amirauté, par sirKdward
Pappy (le célèbre navigateur), superintendant à cette époque de la marine
fi vapeur du gouvernement britannique, et par MM, Lloyd et Murray,
directeurs de la construction des machines de navigation à l'arsenal de la
iuarine à vapeur du gouvernement, à Woolwich.
'h donne, en terminant cette notice, le rapport fait le S mai 4847 à la
Chambre par M. d'Angeville* député de l'Ain et ancien officier de la
marine de l'État, sur les divers incidents de ma correspondance, d'une
part avec le Conseil de l'amirauté en France, et d'autre part avec l'ami-
rauté anglaise»
Quelques plaintes que laisse échapper M. Taurines datis sou dernier
mémoire sur l'ignomnce où on l'a longtemps laissé en France sur les
résultats obtenus avec ses dynamomètres , semblent indiquer qu'il existe
encore Un peu de mauvais vouloir envers les inventeurs qui ont fait leurs
preuves, quand ils ne font pas partie du Corps même de la marine.
— 388 —
AN.NEXi: A LA LETTRE DE M. COLLADOK
MONITEUR OFFICIEL DE FRANCE
Séance de la Chambre des députés du 5 mai 1^47 ^ pages 1^058 et IfiSif.
M. le comte (I'Anoeville, député du départemeut de TAin :
Main tenant on a parlé du Conseil d'amirauté anglaise et du Conseil
d'amirauté en France.
Permettez-moi à cette occasion de vous citer un fait qui prouve de
quelle manière on fonctionne dans les deux pays, il est assez grave pour
exiger un peu d'attention de la Chambre.
L'année dernière dans la commission de la marine, nous étions fort
embarrassés pour savoir comment on pourrait expérimenter la force dua
bateau à vapeur. Plusieurs membres prétendaient qu'il n'y avait aucuu
moyen ; qu'on pourrait se tromper de 100 et de 130 chevaux sur un navire
de 450 chevaux.
J'ai pris des informations, je savais qu'en Angleterre on expérimentait
dans les arsenaux les bâtiments à vapeur, je demandais comment les fait«
qui se passent en Angleterre ne peuvent se passer en Franco.
En recherchant j'ai découvert qu'un ingénieur civil étranger, M. Colld-
don, de Genève, homme du plus haut mérite et de la plus grande modestie,
avait fait cette découverte; il l'a proposée et fait adopter en Angleterre,
mais après l'avoir proposée à la France. Vous allez voir comment les faitî^
se sont passés en France, et vous verrez après comment ils se sont passé;:?
en Angleterre. (Écoutez! écoutez I)
La première lettre qu'on a écrite au ministère de la marine, en France,
est du 14 octobre 1842. Ce fait n'est nullement relatif à M. le baron de
Mackau qui, je dois le dire, en matière d'expérimentation, est plus hardi
que les ministres précédents ne l'ont été. Il n'y a, sôus ce rapport, que
des éloges à lui donner.
* En 184!2, l'inventeur de la machine écrivait au ministre de la marine :
a Par acte du 1" avril, je suis breveté pour dix ans pour un nouveau
moyeu de vériûer la force des machines à vapeur navales.
» Par son application, je puis obtenir les mesures et les nombres sui-
vants qui ont un intérêt immense pour les progrès de la navigation :
» l*' Constater si une paire de machines fait en réalité et régulièrement,
autant, moins, ou plus de force en chevaux que le nombre stipulé ;
» 2*^ Établir, sans danger pour aucune des parties des bateaux ou des
machines, la consommation régulière du combustible pendant une cxpc-
riencc non interrompue de vingt-quatre heures au moins. »
Voilà la proposition que l'on faisait au ministre de la marine.
On a été trente-neuf jours à répondre, au bout desquels on a écrit:
« Le conseil des travaux do la marine, à l'examen duquel j'ai soumis co
— 389 —
raénioire, a reconnu l'intérêt qui s'attache & la solution du problème que
vous TOUS âtes proposé; mais il a pensé qu'avant d'arrêter aucun pro-
gramme des eTpériencesqu'itpourraity avoir lieu de faire ultérieurement
pour constater les avantages de l'application de votre système, il serait
couvenable d'avoir l'avis de TAcadémie des sciences sur sa valeur
liiHOrique. a
A. la suite de cette lettre, M. Colladon s'est adressé k l'Académ
!«ieace9 qui a examiné cette intéressante découverte.
L'Académie des sciences, snr le rapport de MM. Poncelet, Pioh
Ooriolis, a dit, après avoir complètement approuvé l'esssai:
> Le procédé imaginé par l'auteur, devant être utile à la navigatic
l'étude des effets des grandes machines placées sur les bâtiments & vf
ils TOUS proposeront aussi de communiquer ce rapport & M. te minisi
la marine, en lui exprimant, do la part de l'Académie, le vœu qu'on i
à M. Colladon les moyens de continuer ces utiles expériences. «
Telles ont été les conclusions de l'Académie des sciences. Elles :
la data du 16 janvier 1843.
Vous allez peut-être croire que l'affaire va marcher? Pas du toi
ministre répond, le 17 avril, ce qui suit à M, Colladon :
• Monsieur, le conseil des travaux de ia marine s'est occupé dt
veau de l'examen de votre mémoire sur l'évaluation du travail de
chinea à vapeur marines, au sujet duquel il avait ajourné son jug<
jusqu'à ce que l'Académie des sciences eût décidé sur la valeur thé(
du principe,
• Cette nouvelle discussion a donné lieu de reconnaître' que les
lions soulevées par votre mémoire ne sont pas entièrement nouvell
i|Uâ, depuis deux ans environ, MM. .Toffre * et Dupuy, ingénieurs
marine, ont fait à Toulon, au sujet de l'appréciation du travail de
chines, des expériences dont les résultats offrent beaucoup d'intérè
L'inventeur écrit de nouveau au ministre ; sa lettre est datée de ]
28 avril 1843.
n Monsieur le ministre,
0 J'ai reiju votre lettre du 1*7 courant, en réponse à celle que je
av.iis adressée au mois d'octobre 1842.
1 Vous me faites observer, monsieur le ministre, que les question
J'ai soulevées dans cette lettre et dans la note que j'ai remise & la m
il la même époque, ne sont pas nouvelles, et quo MM. Joffro et D
ingénieurs de la marine, avaient fait antérieurement sur le trava
machines à vapeur, à. Toulon, des expériences dont les résultats o
beaucoup d'intérêt.
" A l'époque où je me suis adressé k la marine, je no connaissai
— 390 -
les expôrîencs de MM. Joffre et Dupuy, qui n'étaient pas encore pabliées.
Leg principaux résultats de mes propres expériences ont été présentés à
l'Académie des sciences dans deux mémoires : le premier, déposé à TIdb-
titut, le !•' novembre 1841, a été Tobjet d'un rapport favorable de M. le
baron Charles Dupin, au mois de mars 184S ; le second mémoire, pré-
senté en octobre 1842, a donné lieu au rapport du 16 janvier dernier,
présenté par MM. Poncelet, Piobert et Coriolis, et approuve par TAca-
démio.
» La spécification de ma méthode et des moyens nouveaux que jai
employés pour mes recherches, a été déposée éula préfecture de laSeloe,
antérieurement à ces deux mémoires, àToceasion d'une demande de bre-
vet. Enfin, il mo sera facile d'établir que, dès 1838, je m'étais occupé de
ces recherches, et avais fait plusieurs des principales expériences doot
j'ai signalé les résultats dans mes deux derniers mémoires.
9 Des travaux aussi persévérants, des études théoriques accompagnées
de nombreuses expériences faites à mes frais, doivent attirer sur mes
rechei*ches l'attention bienveillante de la marine, quoique je ne sois pa&
attaché à ce corps, dans ce moment surtout où l'administration se pro-
pose de rédiger un programme d'expériences qui devront être suivies
dans les ports de TÉtat. »
Cette lettre est restée sans réponse .
Ainsi, première lettre, réponse au bout de trente-neuf jours; la deuxiô»
me lettre exige encore plus de temps, et la troisième est sans réponse,
Voilà comme on procède en France, alors qu'il s'agissait d'une décou-
verte qui intéressait au plus haut point notre marine militaire. Qu'avaii
alors à faire l'inventeur? Un mauvais vouloir aussi systématique ne lais-
sait aucune espérance d'utiliser le brevet en France. 11 s'est adressé »
l'Angleterre : on va voir comment les choses marchent dans ce pays, et
avec le conseil d'Amirauté, dont M. le ministre faisait hier la critique.
.Te lis la note telle qu'elle m'a été remise.
Hôtes sur ma correspondance avec V Amirauté anglaise^ relativement à vion
invention pour mesurer la force en chevaux des machines à vapeur ie*
bâtiments à roues.
1843. 8 mai. M. CoUadon écrit à sir John Barrow, secrétaire de l'Ami'
au té.
« 11 demande que son invention soit examinée par les ingénieuiii (lu
gouvernement, et d'être admis à donner des explications verbaleii, »
19 mai. Sir J. Barrow, à M. CoUadon :
« Veuillez vous rencontrer, le 24 courant, à l'office des bateaux à va-
peur de sir Ed. Parry, où seront M. Lloyd, directeur du port de Woohvicb,
et MM. Seaward, W. Fairbairu et Field. »
22 mai. Conférence avec MM. Ed. Parry, Lloyd, Field, Seaward, Fair-
bairu, qui doivent faire un rapport sur mon invention.
2ii maié P* Roney, secrétaire de sir Ed; Parry. a M; CoUadon.
- 391 -
(Questions relatives au prix demandé pour construire un appareil.)
ISytfin. P. Roney, de la part des lords de TAmirauté, à M. CoUadon :
n Les lords de TAmirauté me chargpent de vous demander si vous pour-
riez faire un appareil de votre invention capable de mesurer des machines
à vapeur jusqu'à mille chevaux. »
16 juin. Sir Ed. Parry, à M. Colladon :
« M, Colladon voudrait-il ne placer son appareil qu'on 1844, à Wool-
wich, parce qu'il y aurait des difficultés pour le placer cette année ? »
il juin. Sir Ed. Parry, à M. Colladon:
c Les lords de TAmirauté m'ordonnent de vous faire savoir qu'ils sont
disposés à traiter avec vous et à vous payer la somme stipulée par votre
lettre, après que vous aurez rempli votre engagement de poser un appa-
reil de votre invention capable de mesurer jusqu'à mille cite vaux, Tan^
née prochaine, à Woolwich. »
Voilà donc cinq lettres reçues et une conférence en trente-deux jours;
J'avais même ou deux autres conférences privées dans le même intervalle.
6n France, il a fallu un mois et demi et deux mois et demi pour une ré-
ponse*
Après racbèvement de mon appareil, en octobre 1844, et sa réception,
j'écrivis le 23 oc/û6re à sir J. Barrow pour mon paiement.
« Sa réponse est datée du 25 : il m'annonce que le contrôleur général
a déjà reçu l'ordre de me payer. »
« Le 31 octobre, j'ai reçu une autre lettre désir J. Barrow, en réponse
à une lettre du même jour. »
Voilà comment les affaires se mènent en Angleterre par le conseil
d'Amirauté, Il n'y a là que trois ou quatre commis oti nous en plaçons
vingt ou trente, et tout marche plus vite et mieux. Il n'y a surtout pas
d craindre de jalousie de corps savants et les embarras indirects qu'ils
apportent à tout ce qui ne sort pas de leur propre corps.
Savess-vous, messieurs, la conséquence des faits que je viens de signa-
ler? C'est que tous les inventeurs et hommes de génie qui sont dans notre
pays, sont obligés de faire passer par l'étranger les découvertes qu'ils
font, et nous sommes à la remorque des autres nations, alors que nous
devrions les précéder.
Je suis aise d'avoir pu en donner ici une preuve à la Chambre. (Très
bien! très bieni)
M. LB Président croit que nous devons remercier, et, pour sa part, il
i'emeroie M. de Cossigny d'avoir été cause de la communication do ce
travail de M. Colladon, notre vénéré et éminent collègue, qui, il ne faut
pas l'oublier^ a 83 ans sonnés aujourd'hui. M. Malleten passant à Genève,
et en examinant les listes électorales, a vu la date de sa naissance, et a
pu constater que ce vaillant travailleur, toujours jeune par le cœur, par
le génie mécanique et par la science, a bien cet âge. Nous devons nous
honorer des travaux de Mi Colladon ; il n'a pas voulu être membre hono-
— :j92 —
raipc do notro Société ; il dit, — et il a raison : — Je suis encore trop
jeune pour passer à Thonorariat.
Nous remercions M. Mallet d*avoir bien voulu nous présenter ce tra-
vail, qui sera imprimé m extenso dans le procès-verbal, ainsi que le
discours de M. le comte d'Angeville à la Chambre des députés, en liVi,
Ce discours fait toucher du doigt le danger de privilèges trop étendus
accordés aux grands corps fermés. Ces grands corps, qui sont pourtant
l'honneur de la France, laissent de temps en temps et comme malgré eux,
passer l'intérêt personnel avant Tintérét général. (Tré9 bien! tris bien!
— Applaudissements.)
M. LE Président a reçu d*autres lettres se rapportant aux séanee^
pi'écédentes. Il fait d*abord donner lecture de celle de notre éminent
collègue, M. W. Nordliug.
« Vienne, le 2 décembre 1883,
» Mon cher Président,
» Je reçois à l'instant le compte rendu de la séance de la Société du
7 août, et ne puis que remercier M. Edm. Roy des termes dans lesquels)
il a parle de mon livre sur les voies navigables, livre do circonstance,
écrit en langue allemande. Mais je crois devoir relever une erreur invo-
lontaire que notre collègue a commise en me faisant dire d'une maniérc
trop générale : c Que les voies de navigation ne peuvent rivaliser avoe
» les chemins de fer pour le bon marché et la régularité des transports.»
» Je ne suis arrivé à cette conclusion qu'autant qu'il s*agit d'un canal
nouveau à construire à côté d'un cliemia de fer eaoislant^ parce que, en
ce cas-là, la question se complique des intérêts du capital à dépenser
pour la voie navigable, intérêts qui viennent plus que compenser l'éco-
nomie à espérer dans les frais de transport proprement dits.
» La conclusion de mon livre — c'est ainsi que je me suis exprimé
dans la séance du 22 mai dernier — est : « Que la France fait très bien
» de conserver et de perfectionner les canaux qu'elle possède, mais qu'il
» n'y a aucune raison pour en commencer la construction dans un pajs
D aussi accidenté que rAutriche. »
» Voulez-vous, mon cher Président, porter cette lettre à la connais-
sance de la Société et agréer une nouvelle expression de mes sentiments,
les plus dévoués.
» W. NORDLING. »
Notre collègue de Lyon, M. A. Léger, l'habile ingénieur ot l'écrivain
si distingué, nous écrit dajis les termes suivants :
« Lyon, 10 août 1888.
» Monsieur et cher Président.
» Dans la dernière séance de la Société, vous avez voulu saluer les
noces d'or du rail et de la locomotive,le cinquantenaire de nos chemins de
— 393 —
fer français. En réalité, nous avons manqué l'anniversaire de la première
représentation, et nous cherchons â nousTabattre sur la reprise de 1835.
» Nous n'avons rien à gagner à sacrifier ainsi hénévolement nos droits
il l'ancienneté : nous arriverons dans l'histoire des chemins de fer bien
après l'Angleterre, en retard même sur la Belgique, tout en maltraitant
fort la vérité.
» Sans attendre le chemin de fer de Saint-Germain en 1835, nous
avions depuis qtiatreans, au fond de la province, mais en pleine France,
un chemin de fer de 57 kilomètres, a complètement. armé pour le trans-
it port des voyageurs comme pour celui des marchandises, » marchant
avec des locomotives, et transportant déjà, au moment où l'on décrétait
seulement la ligne de Saint-Germain, 430,000 tonnes de marchandises et
180,000 voyageurs par an. C'est notre ligne de Saint-Étienne à Lyon
dont j*ai pu reconstituer à grands traits l'intéressante genèse, en pui-
sant aux sources les plus sûres de nos diverses archives; j'ai publié cette
étude dans le Génie civil des 5 et 19 avril 1884, et dans les numéros du
Lyon scientifique et industriel que j'ai l'honneur de mettre sous vos yeux.
» £n prenant rang à cette date certaine de 1831, pour notre premier
chemin de tev complet ^ nous débutons dans cette admirable carrière assez
peu après l'Angleterre^ et nousne sommes plus devancés par la Belgique;
et l'on ne peut dire que cette première ligne de Saint-Etienne fut une
grossière ébauche : sa construction fut si bien entendue, avec une si juste
intuition des exigences de l'avenir, qu'à la reprise par le G-rand-Central,
en 1853, on fut stupéfait des insignifiantes réfections à faire pour mettre
ce tronçon à l'unisson du réseau français !...
» Nos ingénieurs lyonnais et stéphanois, plus abandonnés à eux-mêmes
que leurs contemporains de Paris, plus éloignés qu'eux des leçons de
l'expérience anglaise, n'eurent pas un mince mérite à résoudre un pro-
blème aussi. difficile et aussi nouveau, avec les faibles ressources techni-
ques et industrielles dont ils disposaient. En parcourant les archives de
cette remarquable entreprise, on est frappé à chaque instant des solu-
tions ingénieuses que l'on rencontre, deux fois admirables pour leur temps :
c est ainsi qu'ils construisirent, fort peu après 1835, pour l'exploitation
d'une section à fortes rampes de O'^Olo, des machines à quatre cylindres
pour utiliser l'adhérence du tender; cette première application qui rendit
les plus grands services, ne sera reprise que vingt ans plus tard par
notre regretté maître Pétiet.
» Paris a une part de gloire assez belle pour ne rien envier de ce qui
revient légitimement à la province ; et à la suite des grands noms que
vous avez évoqués parmi les fondateurs de notre génie civil, vous ferez,
monsieur le Président, acte de haute justice en sauvant de l'oubli nos
ouvriers de la première heure et en inscrivant les noms des Brot, des
— 394 —
Millet, des Henry, des Séguin, des Verpilleux et des Looard, qui furent
indiscutablement les premiers créateurs de nos chemins de fer français.
» Veuillez agréer, monsieur le Président, Texpression de ma considé-
ration la plus distinguée. » A. Léger. »
M. LE Président fait remarquer que la lettre de M. Léger se rapport^>
à la séance du 17 juillet. Dans cette séance, M. le Président avait
demandé la permission de fêter le cinquantenaire du chemin de fer de
Saint-Germain, qui avait été Tamorce véritable des chemins de fer fran-
çais. Il avait eu soin de citer les chemins de fer de Saint-Etienne oi
d'Andrézieux, où les premiers essais avaient été faits ; mais il croit que,
si le chemin de fer de Saint-Germain n'avait pas été construit, le chemin
de fer de Saint-Etienne serait resté un chemin de fer d*intérêt local. Le
chemin de fer de Saint-Germain nous a donné bientôt le chemin de fer do
rOuest, puis le chemin de fer du Nord, et enfin, successivement, tous les
autres réseaux, tandis que le chemin de fer de Saint-Etienne, chemin do
fer restreint, établi surtout au point de vue du transport de la bouille
dans la région qu'il traversait, n'aurait pas entraîné le gouvernement ni
les grandes entreprises à projeter et à construire les nombreux chemins
de fer qui, depuis, ont sillonné la France.
Cependant, comme il s'agit de gloires françaises, nous sommes heureux
de l'occasion que nous donne M. Léger, de les saluer et de leur reiidpt*
plus complète justice une fois de plus ; car nous n'avions eu garde d'ou-
blier le grand Séguin.
Le Syndicat des Entrepreneurs de travaux publics de France nous écrit
la lettre suivante :
a Monsieur le Président de la Société des Ingénieurs civils,
i) Le Syndicat des Entrepreneurs de travaux publics de France, n
Tbonneur de vous informer qu'il organise, pour le mois de décembre pro-
chain» une exposition de l'outillage des travaux publics, dont nous vous
y adressons ci-inclus le programme.
» En prenant cette initiative, le Syndicat a surtout pour but de mettrt*
80US les yeux des intéressés le plus grand nombre possible de dessins,
photographies, modèles en réduction, etc., des engins, machines, appa-
reils divers appliqués ou applicables aux travaux publics.
» Le Syndicat espère, monsieur le Président, que vous voudrez bien
donner connaissance aux membres de votre honorable Société, dn pro-
granmie de cette Exposition, et nous vous prions d'agréer, avec nos
remerciemeutsanticipés, l'expression de nos sentiments les plus distinguent.
» Le Président du Sjffidicat^
» À« Primorin. »
— 395 —
Le programme dont il est parlé, sera déposé sur le bureau de M. Hus*
quiii de Rhéville, pour que ceux que cette Exposition intéresse puissent
on prendre connaissance.
M. le ministre de Tinstruction publique nous a adressé une nouvelle
circulaire à propos du Congrès des Sociétés savantes, qui doit se tenir
en 1886. Nous lui donnerons, comme précédemment, toute notre publi-
cité ; et nous ferons insérer au Bulletin le programme de ce Congrès, en
mentionnant surtout les questions qui peuvent intéresser nos collègues.
M. LK Président. L*ordro du jour appelle maintenant, messieurs, lo
compte rendu succinct du voyage de la Société en Belgique, compte rendu
que je vous demanderai la permission de faire, pour les quatre premiers
jours de réception officielle ; je prierai ensuite M. Briill de prendre la
parole pour raconter Texcursion dans le pays de Gand et dans la contrée
de Charleroi. M. Périsse s'était chargé du compte rendu de Toxcursion
du côté de Liège et de Spa : il est souffrant ; il est à peine remis d'une
indisposition longue et pénible, et il vient de prier M. Moreau, qui a
suivi Texcursion comme M. Périsse, de vouloir bien le remplacer.
Messieurs, je commencerai par vous exprimer le regret que la Société
tout entière n'ait pas assisté à cette magnifique réception que les ingé-
nieurs belges ont bien voulu faire à la Société des Ingénieurs civils. Il est
certain que, si les deux mille membres de la Société s'étaient rendus en
Belgique, nos hôtes auraient été fort embarrassés pour nous recevoir,
mais je crois, tellement leur cordialité a été grande, je crois qu'ils se^
raient encore parvenus à nous fêter tous.
Vous savez comment la Société s'est trouvée engagée à faire ce voyage.
Il y a eu un tel empressement, de la part de nos collègues belges, qu'ils
ont voulu nous recevoir en partie double ; c'est-à-dire que les ingé«
nieurs sortis de l'Ëcole de Liège, d'une part, ont voulu nous accueillir,
ot que, d'autre part, les ingénieurs de Gand, réunis à ceux de Louvain
et de Bruxelles, ont voulu aussi nous avoir ; de sorte que, en réalité,
dans cette excursion, nous avons fait deux voyages. Des deux côtés,
nous avons contracté une dette de reconnaissance : je compte sur la
Société pour que cette dette soit payée, mais nous aurons beaucoup de
peine à faire mieux ou aussi bien (car nous ne devons pas rester eu
arrière) que nos collègues belges.
Le départ a eu lieu le samedi soir, 8 août. Ceux qui ont assisté à cette
expédition s'en souviennent. Je dis expéditioTif car il semblait vraiment
que nous eussions conquis pacifiquement la Belgique, tant était grand
Taffectueux empressement de nos amis. — Nous sonunes partis par un
ti*aiu spécial, grâce à Textréme courtoisie de la Société internationale des
wagons-lits, des wagons-restaurants, de cette grande Compagnie d'un
luxe si nécessaire qui a su transformer les plus pénibles parcours en vé-
ritables parties de plaisir. Elle agissait d'ailleurs au nom des ingénieui*s
der Liège. C'est M. Nagelmackors, directeur de la Compagnie des wa-
— 396 —
gons-lits; M. Lechat, secrétaire général; M. Taillard, administrateur,
nos très aimables collègues ; car, avec une délicatesse qui appelle toute
notre gratitude, MM. Nagelmackers et Lechat ont demandé immédiate-
ment à faire partie de la Société pour que, chez eux, nous fussions encon'
mieux chez nous ; ce sont ces messieurs qui ont organisé le train spécial,
qui nous était bien dû ; car je pense que si les chemins de fer sillonnent
aujourd'hui la France, la Société des Ingénieurs civils a un peu contribué
à. leur développement ; et il y a beaucoup de membres de la Société qui
peuvent peut-être revendiquer le même privilège que celui qu'on accorde
souvent aux sociétés orphéoniques. {Bravo! bravo! applaudissements!)
Le dîner était servi. La cordialité la plus franche u*a cessé de régner.
M. Nagelmackers, directeur de la Société, retenu au Congrès des che-
mins de fer, a quitté Anvers à 11 heures du soir et est venu nous atten-
dre àMalines, pour nous faire les honneurs du débarqué, à Anvers. Nous
arrivions 140 ou 150 ; on avait pris toutes les précautions, mais il était
une heure moins le quart du matin I... et nous avions peur que quelques-
uns de nos camarades fussent forcés de coucher à la belle étoile ou de
passer la nuit dans les wagons-lits, qui, d*ailleurs, sont destinés à cet
usage ; mais toutes les mesures étaient tellement bien prises, que tout
le monde a été parfaitement casé et a très bien dormi.
Le matin, nous nous sommes trouvés à PExposition, où les ingénieurs
sortis de TÉcole de Liège nous ont souhaité la bienvenue, dans la salle
des fêtes. Nous avions bien reposé, le temps s*était mis de la partie, le
ciel nous aidait, et toutes les circonstances accessoires qui rendent un
voyage plus ou moins agréable nous favorisaient. M. Trasenster nous a
reçus, entouré de ses collègues; il nous a tenu un discours fort éloquent,
nous rappelant combien il était chagrin de voir que M. Tresca, noti*e
président honoraire, manquât à Tappel ; il a exprimé tous ses regrets de
cette grande perte, et a donné à la mémoire de M. Tresca, très aimé à
Liège, le témoignage d'une profonde sympathie. Ces sentiments traduits
par M. Trasenster et soulignés par les ingénieurs qui l'entouraient, nous
ont été précieux, et son discours nous a vivement émus. Votre Président
y a répondu de son mieux, en disant qu'il eût bien préféré avoir à mar-
cher derrière M. Tresca, qui se faisait d* avance une joie de guider la
Société dans cette excursion ; mais qu'il était heureux d'entendre son
éloge de la bouche de M. Trasenster, et qu'il se ferait un devoir à(^
vous rapporter des paroles si élevées et qui font honneur à la fois à
M. Tresca et à la Société qui l'avait placé à sa tête.
Après cette bienvenue, il avait été réglé qu'on aurait sa liberté jus-
qu'à l'heure de la réception à l'Hôtel de Ville. Ceux que les beaux-arts
attiraient allèrent voir les tableaux, entre autres le tableau de Patria,
qui nous a fait le même effet, dans cette belle galerie française d'Anvers,
qu'à l'Exposition de 1878. Le plus grand nombre de nos collègues visitè-
rent le musée Plantin, sous la conduite de M. de Keyser, qui est h, la
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tctc de la section de TAssoeiatiou des ingénieurs sortis de l'École de Liège,
dont le siège est à Anvers. M. de Keyser a été un guide charmant; ii a
expliqué les merveilles du musée Plantin avec une érudition remarqua-
ble, et tous nos camarades ont emporté de cette visite une excellente
impression.
Vous savez que, à Anvers, il y a beaucoup de souvenirs de la France.
liOrsque j'ai été à Anvers, pour les opérations du Jurj, en traversant la
grande avenue de l'Exposition, j'avais éprouvé un sentiment assez pénible
en voyant annoncer en lettres gigantesques un panorama de Reischoffen ;
mais, cinq cents mètres plus loin, j'avais retrouvé le bombardement de
iacitadeUe d'Anvers parle maréchal Gérard, et je m'étais dit : Il y a
compensation.
Plantin, c'est un bon Français, du bon pays de Tours, exilé lors de la
Réforme. En visitant la maison de ce vieil imprimeur français, nos cama-
rades ont su grand gré aux Anversois d'avoir conservé si religieusement
*
la maison de Plantin et tout ce qui lui a appartenu. On y admire les por-
traits des membres de sa famille, depuis 1549, et on trouve là de belles
dames en costume de Catherine de Médicis et d'autres en costume de
Marie-Antoinette. Les générations se sont succédé pendant trois cents
ans, suivant les traces ^e ce brave imprimeur, qui, en trente-deux ans.
a donné le jour à 1,200 éditions précieuses.
Dans la cour carrée intérieure, se trouve une vigne, qui a pris des
dimensions extraordinaires. Il est probable que Christophe Plantin l'a
plantée lui-même, en souvenir de son bon vin de Touraine, car il ne devait
pas aimer la bière (rires).
Le soir, à cinq heures, nous devions être reçus par M. le bourgmestre
d'Anvers, pour boire le vin d'honneur. M. de Wael, retenu un moment à
Texposition coloniale française /pour recevoir M. Cambon, notre résident
à Tunis, nous a fait prier de l'attendre. M. Trasenster nous a présentés
à lui et il nous a accueillis par des paroles courtoises, disant qu'il était
beureux de recevoir des ingénieurs étrangers, qu'il se mettait à notre
disposition, que les portes de l'Hôtel de Ville nous étaient ouvertes et
«iue toutes facilités nous étaient accordées. — J'ai pris la parole, au nom
de la Société, et je lui ai répondu que les ingénieurs français étaient
excessivement heureux de visiter la ville d'Anvers et de voir les progrès
immenses accomplis sous son gouvernement municipal. En effet, Anvers
comptait 80,000 habitants, il y a vingt ans; aujourd'hui, il y a 210,000
âmes. Il s'est produit là une extension énorme qui fait grand honneur aux
efforts du gouvernement et aux efforts de la municipalité anversoise. J'ai
témoigné à M. de Wael les sentiments d'admiration de la Société. Je lui
ai dit modestement que nous n'aurions peut-être pas de si beaux travaux
(lue ceux dont il pouvait être fier à montrer en France ; mais j'ai ajouté
<iue nous nous efforcerions de marcher sur les traces de nos amis, et que
— 3m —
uous espérions regagner lo terrain perdu ot faire de grandes ehoses à
notre tour.
Lo soir, devait avoir lieu le banquet offert par TÂssociation des ingé-
nieurs sortis de l'École de Liège.
Il a été admirable de tous points, non seulement par la cordialité qui y
a régné, mais par la salle même où nous avons été reçus : c'est la graude
salle des fêtes du Cercle artistique ; et, quand nous aurons à bâtir Thôtel
définitif de la Société, ce sera un excellent modèle à suivre. Je regrette
que M. Lavezzari ne soit pas ici, nous le prierions d'aller visiter cette
salle; elle est magnifique. Au fond, on a ménagé une estrade, derrière
laquelle s'élèvent des gradins où Ton peut mettre des arbustes, des
plantes et cacher un orchestre. Il y a deux bas-côtés et une nef, soutenue
par des colonnes ; et cette disposition permet de faire le service avec une
grande facilité. Ce qu'il y a d'admirable, c'est que tous les membres du
Cercle i^ui sont artistes peintres, ont voulu orner cette salle dune œuvre
signée de leurnom ; ils ont voulu donner un témoignage à leurs collègues,
eu déployant le meilleur de leur talent. Cette salle des fêtes du Cercle
ressemble donc à une salle du Louvre. Je ne connais pas de salle pareille,
à Paris.
La Société des Ingénieurs civils ne peut pas avoir les peintures de i<e^
membres, dans sou hôtel ; mais nous pourrions, fe cas échéant, demander
à tous nos collègues et à tous les constructeurs d'exposer leurs invetttio]i?<
et leurs modèles, et je crois que uous remplacerions ainsi, le moins mal
possible, les peintures murales qui nous manqueront.
J'ai commencé par porter la saute du roi des Belges, et M. Trasenutor
m'a répondu en portant la santé du Président de la République. Ces deux
toasts ont été très bien accueillis. M. Traseuster uous a fait ensuite un
discours ti'ès éloquent, dont j'aurais bien voulu gai*der la trace, sur le l'oit?
de Tingénieur dans les temps modernes. Je prierai M. Trasenster de nou«
lo communiquer; je ne sais pas si les journaux belges l'ont reproduit, j»*
ne le crois pas; c'est un discours oXcellont. — J'ai répondu; je ne mc
souviens pas de mes paroles; mais, entraîné par le sujet choisi par
M. Trasenster, j'ai dit : — Je vais faire un souhait, c'est <iuc, dans Ioh
Assemblées délibérantes, cal* uous sommes maintenant sous un réglmi'
ôlcctif qut se répandra dans toute l'Europe, — il y ait Un peu moins di»
médecins, un peu moins d*avocats, et un pOu plus d'ingénieurs. (Rires,
•— Tris bien! — Vifs applaudissements.) On me dira : « Vous êtes orfèvre : »•
--^- mais je crois que l'idée que j'ai émise est juste et fera un peu sou
chemin. Je ne dis pas qu'il faille complètement supprimer les avocats et
les médecins; mais, je crois que Tingénieur ne nuirait pas, et que les
parties positives du budget s'en trouveraient bien.
M. Briill, ensuite, a porté un toast à l'Exposition universelle d'Anvers.
Cette Exposition est très belle, et M. Briill en a fait ressortir habilement
les parties les plus intéressantes; il a rendu pleine justice aux ingénieur>'|
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de France; la galerie des machines est le clou de TExpositiou générale,
et TExposition coloniale ft'ançaise est le deuxième clou, lequel nous
appartient. M. Briill a été très applaudi, et c'est M. Victor Lynen,
président de la commission executive de TExposition, qui lui a répondu
avec la plus grande aifabilité, en remerciant M. Briill de tout ce qu'il
avait dît et en déclarant que, sans la promesse formelle du concours de
la France, il n'aurait pas osé tenter TExposition universelle d'Anvers.
Il y eut ensuite une cérémonie touchante, M. Trasenster avait voulu
lions attendre et remettre un prix fort intéressant et fort important à la
fin de notre banquet.
Un généreux anonyme avait fondé un prix de 5,000 francs pour être
décerné àla mine à'grisou qui aurait eu le moins de victimes dans un temps
détermmé. L'État, approuvant Fidée du donateur, avait ajouté 5,000fraucs;
il s'agissait donc d'un prix de 10,000 francs. On a fait comparaître les
mines à grisou, et, finalement, le prix a été décerné à une mine dont je
ne me rappelle pas le nom et qui dans le temps prescrit, dix ans, je crois,
n'avait eu que deux victimes à enregistrer!
Et voyez ce que c'est que la chance : au moment où on jugeait le cou-
cours, un accident arrivait dans la mine même qui recevait le troisième
prix, et si l'accident avait eu lieu un mois plus tôt, elle n*aurait peut-
être pas été mentionnée.
Je me suis permis de féliciter les directeurs de la mine signalée qui
siégeaient au banquet au milieu de nous, et je leur ai dit que nous tàchiv
lions de fonder, en France, un prix analogue.
Le lendemain matin, le rendez-vous était à huit heures et demie sur la
plate-forme du grand escalier qui conduit à la galerie des machines. Nous
avons été reçus par M. Trasenster, et nous avons visité l'Exposition à sa
suite. Puis, un lunch a eu lieu dans les wagons-restauraiits placés dans
les jardins attenant au palais de l'Exposition. Après ce second déjeuner,
offert par les Liégeois, chacun était libre jusqu*au soir où nous devion^s
retrouver nos hôtes à la salle des fêtes du Cercle artistique, pour leur
faire nos adieux. Xà, nous avons remercié Mi Trasenster et ceux qui
l'avaient aidé à préparer cette magnifique réception, sans oublier aucun
de ses collègues; car tous ont contribué à rendre notre visite fructueuso
ot agi'éable. On me permettra pourtant de citer M. Habets, le sympatht-
'|tte secrétaire général de l'Association de Liège; M. de Keyser, le chef
delà section d'Anvers; M. Noblet, le fils et le successeur de l'éditeur
^>ien comiu* C*est un ancien sénateur, dont je regrette de ne pas retrou-
Ver le nom, qui est directeur du Cercle artistique, et il a été touché des
ùloges que nous ne lui avons pas ménagés.
Le leildemain, ce sont les îngénleui*s sortis de l'Ecole de Gand qui pre-
naient possession de nous j avec les ingénieurs deLouvain et de Bruxelles.
Nous avdns été reçus dans là Salle des Fêtes de l'Exposition universelle
iJar M. de Matthys; qui est actuellement président de la Société
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des lugcuieurs sciais de TÉcolc de Gaud, avec une effusion et nue cor-
dialité dont nous conserverons toujours le souvenir. On voit que M. de
Matthys aime la France comme sa seconde patrie, et nous avons été très
touchés de ses paroles de bienvenue. Il était accompagné de M. Cler-
mont, ancien président, de MM. de Beil et Lahaye, membres du Comité
central de la même Association, de M. Fabrj, président de TAssociatiou
des Ingénieurs de Louvain, et du vice-président de rAssociation des Ingé-
nieurs sortis de TÉcole de Bruxelles, «ociété beaucoup plus jeune et
moins importante que les deux autres, mais qui avait tenu à se réunira
ses aînées pour nous recevoir. Nous avons heureusement conservé le
discours de M. de Matthys, et nous aurons soin de le donner dans notre
compte rendu complet. C'est après avoir prononcé ce discours que, par
une attention délicate, il a remis à chacun de nous un exemplaire d*uue
notice très complète sur les travaux que nous allions visiter.
Nous avons copimencépar parcourir, avec nos hôtes, la salle cousacK^o
à Texposition du corps des ponts et chaussées de Belgique, qui travaille
beaucoup. Notre impression a été très vive, et nous avons admiré ce que
les Belges ont fait dans cette direction et au point de vue de la question
des ports et canaux. M. Hersent n'était pas avec nous : nous l'avons
regretté, car nous l'aurions félicité pour la magnifique installation mari-
time des quais d'Anvers. Il avait laissé ses instructions à son habile ingé-
nieur, M. Coiseau. Il était attendu à Lisbonne pour une grande affaire
qui l'a forcé de partir. Si nous avions pu couper le fil télégraphique qui
l'a appelé, nous l'aurions fait, quitte à lui avouer ensuite notre pardon-
nable trahison.
M. Coiseau, qui suppléait M. Hersent, a dirigé tous les travaux de
Teutreprise depuis 1877 îusqu'à 1884; par conséquent, il a été le bms
droit de l'entreprise Hersent et Couvreux. On a établi, dans le sous-^ol
de l'Exposition, la reproduction d'un caisson destiné à la construction
d'un tronçon de quai, et nous y sommes descendus comme si nous étions
dans TEscaut. 11 y avait dans cette espèce de cave un lunch très bieu
servi, qui nous a permis de prendre utilement des forces avant de con-
tinuer; car la journée a été une des plus rudes que nous ayons passées
en Belgique. Cette visite dans ce caisson souterrain nous a beaucoup
intéressés. Nous avons admiré réjecte.ur employé pour enlever le>
déblais : il ressemble à la pompe à sable employée en Amérique, et qui
est décrite dans le rapport de M. Malézieux ; seulement, ily a cette diflë-
rence que la pompe à sable agit par la pression de l'eau, tandis qu'avec
l'éjecteur, c'est l'air comprimé lui-même qui agit. On mélange les déblais
avec une certaine quantité d'eau venue de l'extérieur, et la pression de
Tair rejette le tout au dehors. Cet appareil rend de grand services et
pourra en rendre dans toutes les circonstances analogues.
Nous avons ensuite visité les quais ; nous avons passé par tous les;
quais nouveaux, et nous avons été frappés do leur immense développe-
-^ 401 —
ment. Nous avons été aussi frappés par Taspect de la flotte, au milieu
d*uDe viUe située à quinze lieues dansFintérieur des terres; rien de pitto-
resque comme ces mâts de navires qui se confondent avec les flèches et
les clochers de la cité. On nous a montré le bassin Napoléon. Napoléon
avait de grands projets sur Anvers ; il a donné le premier coup de pioche
èi ce bassin, et son nom lui est resté ; de sorte que, à Anvers, où il y a
23,000 Allemands, on trouve le Français à chaque pas; à Anvers le nom
des rues est en flamand et en fiançais : le flamand est au-dessus et le
9
français au-dessous ; à Bruxelles, c'est le contraire, et cela se conçoit :
plus on s'enfonce dans le pays, plus le flamand domine ; mais le français
est toigours là; il y a toujours assez de Français pour qu'il soit nécessaire
de conserver notre langue.
Après avoir vu le pont roulant et les écluses, nous avons atteint le
}x>rd de l'Escaut, où nous attendait M. de Naeyer, dont nous devions
visiter les usines. Il nous a traités royalement. 11 avait frété un steamer
pour nous recevoir; nous étions deux cent cinquante assis pour déjeuner
admirablement; c'est très difficile à organiser sur un bateau à vapeur^
Pour nous embarquer, nous avions traversé un steamer de la Red star Une
ou M. Von der Becke voulait nous recevoir et nous retenir, mais M. de
Naeyer nous pressait tant qu'il pouvait, tenant à ne pas voir déflorer sou
splendide lunch.
Une fois installés sur le steamer de M. de Naeyer, nous avons vu des
barques s'avancer, ornées de banderoUes, et d'où partaient dès coups de
l'evolvers, des pétards, des salves de mousqneterie, qui nous annonçaient
«lae nous étions en pays ami et que la fête comipençait. Un grain semblait
devoir nous atteindre au moment où nous quitterions l'Escaut pour arriver
à Tembouchure du Rupel : je ne sais pas si les salves de mousqueterie
ont dérangé les nuages, car nous avons été reçus comme des souverains;
mais, vers quatre heures, le temps est devenu magniflque ; et, quand
nous sommes arrivés à l'embouchure du Rupel, en approchant du petit
village de Boom, nous avons été frappés du mouvement de la population :
tout le monde nous attendait, tous les habitants avaient mis leurs habits
de fête; les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants étaient sur
pied; les coups de fusil ne cessaient pas. Les inscriptions surtout nous
ont été au cœur. On nous a fait passer sous un arc de triomphe élevé
aux Représentants du Génie français. Un peu plus loin : Vive la France!
Un peu plus loin encore : la Science ne connaît pas de fr&ntiéresl Et
quand nous avons atteint Willebroeck, où sont situées les usines de
M. de Naeyer, toute la population nous a salués de tout son cœur. Nous
avons été forcés de quitter le steamer, parce qu'il n'y avait plus assez de
tirant d'eau dans le canal de Willebroeck» et M. de Naeyer a eu cette
idée délicate (il n'en a pas eu d'autres, du reste, jusqu'au soir) de nous
conduire jusque chez lui sur un bateau français qui avait amené de la
houille du Pas-de-Calais. Il avait établi un plancher sur ce bateau et eu
B€LL. 37
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avait fait une espèce de radeau, et uu journal belge remarquait que ce
n'était pas le radeau de la Médwe, (Rire^.) — M. de Naeyer nous a dit
que ces bateaux amenaient le charbon du Pas-de-Calais à Willebroeck,
à meilleur marché que si on le prenait à Mons : il j a là une bien habile
combinaison de tarifs.
Nous avons débarqué au grand Willebroeck, et le même enthousiasme
de la population s'est manifesté. M. de Naeyer a dit : Il ne faut pa.s
s* amuser, il y a un train spécial pour vous ramener, mais il n y a pas de
temps à perdre. Je veux vous fairo voir mes usines sans vous faire griee
de rien. Il a pris ses bottes de sept lieues^ attachées à des jambes qui
ouvrent un compas proportionné à sa taille.
M. deNaeyer estungéantde six pieds. Ilm*appelaitetme disait sans cesse
aimablement : Monsieur le Président, venez donc avec moi ! J'avais beau^
coup de peine à le suivre: j'étais un nain, à côté de lui, et je faisais deux
pas quand il en faisait un. Il a commencé par nous montrer sa papeterie;
il nous a fait traverser les salles où Ton prépare les pâtes de bois ou de
paille, les débris de coton; il nous a fait voir leur trituration et les appa«
reils qui transforment ces pâtes en papier. Nous avon^ p8U*couru ensuite
ses ateliers de fabrication de chaudières, et admiré le joint conique qui
a rendu son nom célèbre. Il a l,âOO ouvriers, aigourd'hui.
Nous nous sommes arrêtés dans les écoles de jeunes filles et de gar-
çons fondées par lui et dirigées par M"*® de Naeyer. Frappée dans se?
affections les plus chères, elle a reporté son amour maternel sur les
enfants des ouvriers et sur leur famille. Elle est Fâme de la maison.
Après cette visite au pas de course, nous sommes entrés dans la salle
qui précédait celle du banquet. Là, il y avait des cylindres en mouve-
ment, dont Tuu déroulait du papier bleu, l'autre du papier blanc, Tautre
du papier rouge, de sorte que le drapeau tricolore semblait flotter devant
nous et nous saluer.
Au fond de la salle du banquet, se tenait un orchestre de 80 ouvriers
de Tusiue, instruits, je crois, par le chef de musique du régiment des
grenadiers de la garde, qui vient deux fois par semaine de Bruxelles
pour les diriger, et nous avons été très surpris de la manière dont ils
attaquaient les morceaux. Ils ont joué la MarseiUaiset bien entendu, et
la Brabançonne n'a pas tardé à être demandée, pour rendre la politesse.
Vous connaissez la musique de la Garde républicaine ; en feAaaiit les
yeux , on aurait pu s'y tromper.
Au dessert, les discours ont été chaleureux. M. de NaeJ^ei* a hii coN
dialement à la France; il a parlé en termes émus de notfe Société.
M. de Matthys a porté, avec son feu ordinaire et communidatif, la danté
de M. et M"»« de Naeyer. J'ai pris ensuite la parole pour tâcher' d'exprimer
ce que nos collègues sentaient en face de cette réception étdnncLnte, que
je n'ai retrouvée nulle part; Partout nous avons été bien <tedu«; mai^
vous savez que, daus les courbes, il y a, en général, un maximums oh
— Fa-
bien, ç*a été làr le maximum. Pourquoi donc? Je crois le deviner, c'est
que c^est le seul endroit où il j ait eu une dame pour nous recevoir et
pour nous présider. (Très bieni très bieni ApplawUêsemerUs prolongés.)
J'ai témoigné, autant que je Tai pu, toute notre reconnaissance à M*"® de
Naeyer et je l'ai remerciée respectueusement d'avoir bien voulu présider
cette fête avec une si touchante cordialité.
La fin de la soirée a été un conte des Mille et une Nuits. Sur le monti^
cule qui domine les bâtiments, on avait tracé en lettres de feu : Vive la
France ! — Il y avait des lanternes vénitiennes le long du canal repro-
duisant les couleurs françaises, des lanternes bleues, blanches et rouges«
qui se reflétaient dans Teau, de sorte qu'il semblaitque c'était le drapeau
Mcolore qui ondulait indéfiniment le long du fleuve. Tout le monde
paraissait heureux»
Quand le train spécial commandé et mis par M. de Naeyer â notre dis-
position est arrivé, il y a eu une fausse manœuvre ; M. de Naeyer ne se
possédait pas; il voulait que le train s'arrêtât juste devant nous, comme
s'il se fût agi d'y faire monter l'impératrice Catherine. Je le vois encore
criant : — Attendez, Messieurs, ne montez pas! Le train recula, et il
semblait que c'était la main de M. de Naeyer crispée contre les wagons
qui le repoussait. C'est un géant industriel I ( Bravo I Bravo I — Applau-
dissements I) Nous n'oublierons, ni Willebroeck, ni M. et M"*' de Naeyer.
Le lendemain» nous avons été reçus par M. Louis Meeûsà Wyneghem:
c'est la plus grande fabrique d'alcools de grains et de genièvres connue
en Europe. Là, c'était autre chose : c'était l'ordre flamand dans ce qu'il
a de plus remarquable. Nous n'avons pas été émus, mais nous avons
admiré de toutes nos forces, pendant les trois heures que nous avons
passées dans l^usine. Nous n'avons pas été émus, parce que cet alcool
est inquiétant) et quand on voit les flots qui sortent de cette usine, bien
que ce poison soit fait dans les conditions les plus scientifiques, ou
éprouve un sentiment désagréable. Mais, ce sentiment mis de côté, ou
est frappé d'admiration. Comme je Tai dit en remerciant M. Me.eûs :
^ Vous nous avez heureusement avertis que vous aviez soin d'enlever le
dessus du liquide et le fond dans vos appareils de distillation, n II parait
que la première couche renferme les substances les plus pez^des et que
c'est au fond que se déposent les poisons^ M* Meeûs appelle cela^ pitto-
resqucment, enlever la tête et la gueue^ et il ajoute avec bonhomie :
« Ohl quand on boit mon genièvre, dn lie s*en trouve pas mdl; les per-
sonnes qui en boivent sont écrmplétement inoffensives et né battent
jamais leurs femmes. » •— C!etté aiflrmation nous a un peu réddnciliés
avec ce geniôvrci qui, je croiâ> est excellent, malgré le danger qu'il
peut présenter A l^dn en abuse ; «-^ mais ce qu'il y a d'admirable dcLn^
cette usine» c^est la sdmmc eff'rayante de travail qup l'on fait, aveë un
très petit ndmbi'e d'ouvriers* Quand la campagne eftt ouverte, iln*y a pas
p\uÊ ûe (ient duvrif^w» dariJ* l*iisinc de Wyneghem, et les bâtiments cduvrent
— hi-
deux hectares.. M. Meeûs, qui est associé avec ses trois frères, et qui a
commencé en 1870, en produisant 71{(,000 litres, en a produit plus de
10 millions en 1884, et, de ce fait, il paie près de 36,000 francs par jour
à rÉtat belge.
Il a importé, je crois, en 1884, 46 millions de kilogrammes de graios,
pour sa fabrication, et il a exporté deux millions de litres d'alcool et de
genièvre. Vous voyez que c'est gigantesque. Mais, ce qui est surprenant,
je le répète, c'est l'ordre inouï, la propreté merveilleuse qui règne daji8
l'usine. Tout l'outillage est conçu dans l'esprit le plus scientiâque, de
sorte qu'en pleine campagne, je l'ai déjà dit, il ne faut pas plus de cent
ouvriers pour faire tout le travail.
Une exploitation agricole est jointe à l'usine. On y engraisse anuuel*
lement 3,600 têtes de bétail.
Grâce aux eaux sales de l'usine, on a converti les terrains do la Cam-
pine en belles prairies, où l'on fait quatre coupes par an ; on a, à Thec-
tare, 14,000 kilogrammes de foin. C'est un résultat magnifique.
La marque de la maison est connue ; c'est une clef, rappelant le pro*
verbe de Franklin : Clef non touchée^ clef rouillée. 11 y a là une espèce
de calembourg flamand : le mot Rustj qui veut dire repos, ressemble au
mot Hoestf qui veut dire rouille. La banderolle qui entoure la clef porte
ces deux mots : Rust Roest, que nous devons lire : Repos rotUlk. M.Meeûs
ne se repose pas.
Le lunch a eu lieu dans une des vastes salles de la Malterie, inoccupées
Tété. Nous étions trois cents, et nous étions perdus au milieu de cette
immense salle. Je vous demande pardon d'entrer dans tous ces détails,
e suis peut-être un peu long. (Non! non!)
J'ai oublié de vous dire qu'on avait fait aussi un train spécial pour nous
mener à Wyneghem, c'était un tramway à vapeur qu'on inaugurait. Il
devait commencer à marcher, huit jours après; le directeur, M. de Burlet,
a voulu nous faire cette bonne grâce d'avancer le jour de l'inauguration.
11 s'est pressé; il a fait, la veille de notre arrivée, un voyage d'essai, se
disant : « Si cela marche bien, j'emmènerai les ingénieurs français! » de
sorte que nous avons été les premiers à voyager sur ce tramway, qui va
d'Anvers à Hoogstraeten, en passant par Wyneghem, et toute la popu-
lation nous faisait fête. Un journal a eu l'amabilité de dire qu elle ne
savait pas que c'était l'élite du génie français qu'elle voyait passer
devant elle.
Nous sommes rentres rapidement à Anvers, et nous sommes partis
pour Bruxelles, où devait avoir lieu le banquet des ingénieurs réunis de?
Écoles de Gand, de Louvain et de Bruxelles. 11 a eu lieu au Grand-HôteL
où la salle, bien que très belle, est inférieure à la salle du Cercle artis-
tique d'Anvers. Mais la cordialité de nos hôtes remplaçait les magnifi-
cences de la salle du Cercle artistique.
M. de Matthys a porté la santé du roî, dans un toast chaleureux.
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Puis M. Fabry, président de l'Association de Louvain, a porté le toast
du Président de la République, que nous avons applaudi avec plaisir.
H. Périsse a porté un toast aux villes de Belgique, que nous avions par-
courues et à celles que nous allions parcourir.
J'ai pris ensuite la parole pour remercier nos hôtes de la veille et du
jour, et aussi pour inviter nos collègues à venir à Paris en 1889. Je leur
al promis^ au nom de la Société, que nous ferions les plus grands eflbrta
pour atteindre le degré de cordialité et d'amabilité qu'ils avaient montré
à notre égard; que nous les recevrions avec toute l'amabilité française
et que nous ferions tout pour leur montrer combien nous leur étions
reconnaissants de leur magnifique réception.
M. Bédé fils a porté un toast très applaudi à la presse scientifique. Son
père, M. Bède, a été pendant quatre ans le préparateur, à la Sorbonne,
de Victor Regnault, notre grand physicien. Je regrette de ne pas avoir
retenu les noms des journalistes qui ont répondu au toast de M. Bède.
Enfin, M. Wellens, l'inspecteur général des ponts et chaussées, qui a
dirigé les travaux du Palais de Justice de Bruxelles, nous a remerciés de
nos toasts.
Vous savez que c'est l'architecte Poelaert qui a fait les plans du
Palais de Justice, et que les travaux ont été exécutés conformément à
ses plans.
11 est peut-âtre trop grand pour Bruxelles ; msds, quand on entre sous
Ja première voûte avec ces statues magnifiques à la partie supérieure,
on est frappé de sa majesté puissante, et l'on doit éprouver une impres-
sion semblable lorsqu'on pénètre dans un temple égyptien, à Mempfais,
ou dans un temple de l'Inde. L*œuvre est évidemment hors ligne.
Poelaert est mort fou, cela arrive très souyent aux hommes de génie:
on dit qu'il n'y a qu'un fil entre la folie et le génie ; — espérons qu'il y a
on peu d'exagération.
Quoi qu'il en soit^ on peut mourir quand on laisse une pareille œuvre;
et M, Wellens s^est honoré en suivajit les plans artistiques de Poelaert
avec l'admiration qu'on doit à une grande conception qu'on est chargé
de réaliser.
Nous nous sommes donc séparés de nos coUègues, en leur donnant
rendez-vous pour 1889. Ils nous ont promis d'y être fidèles.
Je termine en disant à la Société que je la prie de se souvenir de
la réception qui nous a été faite.
Nous tâcherons de donner un compte rendu complet de notre voyage,
en y introduisant les travaux techniques qui s'y rapportent, et en
demandant à ces messieurs leurs discours, de manière à les donner aussi
complètement que possible, J*espère que ce compte rendu fera plaisir à
tout le monde.
Si l'Exposition de 1889 a lieu, — car voilà Liverpool qui en prépare
une pour 1886, et Berlin pour 1888, c'est-à-dire un an avant nous, —
— 406 —
8i la nôtre a lieu, elle sekra la plus belle de toutes; à ee moment-là,
nous aurons une dette de reoonnaissance à payer à nos eollègaeg
belges; il faudra que la Sooiété ne reste pas en arrière et fosse son
possible pour que le dernier mot nous reste. (Bravo ! bravo l — Vifi
applouéiésemefUsl)
' I^ park)le est à M. Brûli, qui a bien voulu se charger du compta
readu de l'excursion du côté de (}and.
M; Haust» ie demande la permission de dire deux mots, Monsieiir
le iPrésident,
M, LK Pbésidbnt. Si M. Brllll le veut bien, M. Hauet a la parole.
M. Hauit« Pans l'exposé très intéressant qui vient d'être fait par
Qotre Président» il y a une chose qu'il n'a pas dite, et qu'il ne pouvait
pas dire : c'est que l'accueil si chaud, si cordial qui nous a été fait en
Belgique, nous le lui devons en partie. Nos collègues belges connaifl-
salent notre Président comme ingénieur, comme mathématicien : ils
odt pu le juger comme orateur. Le tact exquis de ses discours, les
sages doctrines qu'il a exposées à Anvers sur l'instruction publique,
son patrlotiâtaie élevé lui ont conquis tous les cœurs belges, comme il
possédait déjà les nôtres. (Bravo ! bravo l — Vifs applaudissemenU.)
J'allais vous proposer de lui témoigner nos vif remerciements; vous
l'avez fait à l'âvanee. (Applaudissements praiongés.)
. M. LS Présidskt. Je remercie M. Hauet et je remercie mes colr
lègues : rien ne peut me faire un plus grand plaisir que leur témoin
gnage, (AppUmàkseimnU.)
M. Brûll a la parole.
M. Brull rend compte des excursions organisées par l'Association
des ingénieurs sortis de l'École de Gand. Elles ont eu lieu les jeudi 13 et
vendredi 14 août. Pour le jeudi, on avait arrangé toutes choses pour
montrer, dans la matinée, le Palais de Justice de Bruxelles, et, dans
l'après-midi, les grandes carrières de po^hyre de Quenast situées à
une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles.
Nous avons été reçus devant l'entrée principale du Palais de Justice
par M. Wellens, le constructeur de ce magnifique monument, inspec-
teur général' des ponts et chaussées et la plus haute autorité du coi^s
des ponts et chaussées en Belgique ; M. Wellens a eu la bonté de nous
conduire lui-même, assisté de ses deux principaux collaborateurs, dans
toutes lés parties de l'édifice.
M. Wellens * a consacré dix-sept années de travail à cette œu\Te
gigantesque dont M. le Président vient déjà de donner une idée. L'im-
pression en est saisissante. La situation de ce palais en est merveilleu-
sement choisie : il domine toute la ville, il domine même la province.
Sans doute les plans primitifs n'ont pas été changés dans leur ensemble,
mais il j a eu, dans cette' longue période de travaux, de très grandes
— 407 —
dittaùltéf» d'appropriation pour arriver à rexôcution. Le monument est
congtimlt fiur un mamelon irrégulier ; il est au niveau du sol à trois
étages différents ; il 7 a trois rez-de-ohaussée. L*édi&ce a une grande
hauteur, et la charge sur le sol est énorme. De là de grandes diffloultés
dô fondation. Il s'est présenté aussi des problèmes très délicats Ji.
résoudre , sur lesquels M. Wellens a bien voulu appeler notre attention,
Entre autres, la façade principale présente au-dessus du portique un^
laillie d'un porte-à-faux considérable, dont il s'agissait de soutenir la
maise très importante. La réussite de cette conception si bardie, obte-s
nue par des mo/ens très ingénieux, est un véritable tour de force.
Nous avons examiné les aménagements intérieurs de rédiflce, et pous
avons été frappés, entre autres, par la grande magni^oenoe de la salle
où giège la Cour de cassation, toutes chambres réunies. G^st une œuvre
imposante.
Après un échange d'allocutions cordiales, nous avons été priés dHns-*
erire nos noms et observations sur le registre des visiteurs qu'on inaur
jurait ee jour-là, et nous y avons consigné le témoignage de notice
admiration.
En sortant du Palais de Justice, sous la conduite obligeante de
M. Verstradten, nous avons visité quelques-uns des monuments intéres-
sants qui se trouvent dans le voisinage, et, en particulier, le Musée, où
il y a une remarquable collection d'histoire naturelle et de paléonto^
logfe.
L'apràs-midi, tin train spécial nous a conduits à la grande carrière de
porphyre de Quenast. Il est merveilleux de voir l'extension qu'a prise
cette exploitation ouverte autrefois dans les proportions les plus res-
treintes sur un gisement de roche porphyrique (diorite ou eurite) qui
s'est épanché à travers les schistes siluriens : à voir l'échantillon de
cette roche, on ne pourrait guère se douter de l'énorme développement
qu'a reçu l'exploitation de cette matière de si modeste apparence, des
débouchés qu'elle a trouvés dans des pays fort lointains : tous ces résul-
tats ont été atteints par la puissante Société qui exploite actuellement
ce gisement, sous Thabile direction de M. Adolphe Urban, et qui, depuis
vingt ans, a suivi de ferme propos le plan établi dès l'abord pour
l'aménagement de ces carrières. Elle occupe aujourd'hui 3,500 ouvriers,
et arrache le cube énorme de roche nécessaire pour fournir 100,000 pavés
par jour, en dehors du macadam, du ballast et du sable. Toute Texploi^
tation est aménagée avec un art merveilleux.
La carrière est exploitée par le système des gradins droits. Il y a* déjà
six gradins ayant environ 8 mètres de hauteur chacun. Ces gradins s'é-
tendront, lorsque le plan définitif aura pu être réalisé, sur une longueur
de près de 1,500 mètres. Actuellement, il y a encore trois carrières iso-
lées, et les gradins sont disposés de façon à se réunir plus tard ; deux
tunnels de jonction permettent de réaliser dès à présent en partie les
— 408 —
avantages que cette réunion pourra donner, L'ab^tage se fait à la poudre,
et les trous de mines, autrefois faits à la main, sont aujourd'hui pereés
par des machines perforatrices mues à Tair comprimés. Ces perforatrice
sont d'un modèle combiné dans rétablissement même et qui tient des
types bien connus de IngersoU et de Dunn.
Les trous sont forés à 6 ou 7 mètres de profondeur, soit un peu moins
que la hauteur du gradin : ils sont à 3 mètres environ du bord de la roche,
et on les place à une distance de 3 ou 4 mètres Tun de Tautre.
Le saùtage des mines se fait trois fols par jour & des heures détermi-
nées, mais M.Urban nous avait ménagé un spectacle dUrieux et impo-
sant. Un grand nombre de mines avaient été réservées, et, placés bien
à Tabri sur une sorte de belvédère, nous avons pu voir près de dix minutes
de suite, les puissants gradins du colossal amphithé&tre 8*effondrer en
cent places étagées, au milieu du bruit tantôt sourd, tantôt éclatant des
détonations successives.
Les plus gros blocs sont débités à Taide de pétards; pour débiter les
blocs de movennes dimensions, on pratique des stries, à leur surface, et,
avec de lourdes masses, en frappant à la même place plusieurs fois de
suite, on parvient à rompre ces blocs suivant les traces faites à rayance.
En les divisant successivement et sur place, on obtient un bloc capable
d'un type déterminé de pavé. On fait ensuite Tèpinçage qui donne au
pavé sa forme définitive.
Il y avait à se débarrasser d*une grande quantité de déchets qui for-
ment déjà une montagne de grande hauteur, il fallait conduire la partie
impropre à la production des pavés à une usine, où, à Taide de concas-
seurs puissants, on produit le macadam, puis porter tous les produits
jusqu'à une immense gare de chemin de fer, dont les nombreuses Yoies
sont bordées de quais d'emmagasinage et de chargement. Tous oes trans-
ports se font mécaniquement par un système de chemin de fer à chaîne
flottante, animé par un moteur de 120 chevaux qui sert aussi à d'autres
usages. La chaîne consomme à peu prés le tiers de cette force.
M. BrîIll présente à l'assemblée une vue d'ensemble, qui est une pho-
tographie d'un modèle en relief des carrières de Quenast exposé à Anvers
en ce moment.
M. Urban et son fils ont été pour nous tous de la plus charmante ama-
bilité, et la musique des ouvriers de l'établissement nous a joué la Marseil-
laise et des airs qui nous ont charmés.
M. Urban nous a offert des rafraîchissements dans l'hôtel où les ou-
vriers célibataires sont logés et nourris. Nous avons visité avec intérêt
cet établissement que la Société a installé dans les meilleures conditions.
Elle a aussi construit un grand nombre de maisons indépendantes pour
les ouvriers mariés.
Après cette intéressante visite, nous sommes rentrés à Bruxelles par
notre train spécial, non sans nous arrêter un instant à Tubize pour t par-
— 400 —
courir leg ateliers de construction de la Société métallurgique, oii Ton
fait des locomotives. Cette importante usine est dirigée par M. Senan,
ingénieur; On j construit une locomotive qui pèse 70,000 kilogrammes,
en ordre de marche, ainsi que de petites machines pour chemins de fer
sur routes. Nous avons vu les ateliers des forges, de la chaudronnerie,
de Tajustage, tous puissamment outillés.
Et comme, dans ces courses charmantes, que nous avons faites en
Belgique, le Champagne était toujours de la partie, nous avons trouvé le
temps dans cette rapide visite, de boire & la santé de M. Senan et à la
prospérité de l'usine de Tubize.
Le lendemain vendredi, nous sommes allés passer la journée à Gand,
Là nous avons été reçus à la gare par M. Mossau, le président de TAsso-
eiation des anciens élèves de Oand, pour la section de Gand, et par un
grand nombre de membres de la section» Nous avons visité, dans la ma-
tinée, un grand établissement horticole. Quoique l'horticulture soit en
dehors de nos préoccupations habituelles, nous avons tous été très inté-
ressés par cette visite. L^horticulture a pris, à Gand, une très grande
importance ; on produit par centaines de mille toutes sortes de fleurs,
en choisissant les plantes les plus rares ; l'établissement Linden et C'^
dont nous avons pu visiter les nombreuses serres, emploie jusqu'à neuf
personnes expertes, botanistes émérites, dont la mission consiste à voya-
ger à la suite des expéditions qui ouvrent à la civilisation des contrées
nouvelles, comme au Congo et au Tonkin ; ces introducteurs recueillent,
à travers bien des obstacles, des plantes, des graines, des morceaux de
tiges de variétés inconnus en Europe, expédient leur butin à Gand, à la
maison mère. Là, t^rès avoir reçu un petit bout de tige, desséché, qui
pourrait paraître insignifiant, on obtient en peu de temps, par d'ingénieux
procédés de culture forcée, une dizaine de jeunes plantes qu'on vend
1,000 et 2,000 francs la pièce à d*autres maisons d'horticulture qui ont la
spécialité de la reproduction des plantes nouvelles.
Nous avons vu la plante qui mange de la viande, la plante qui attrape
les mouches : et nous avons vu par milliers des plantes considérées comme
très rares. C'est surtout dans les pays du Nord que ces grands horticul-
teurs trouvent des débouchés.
Nous avons ensuite visité la grande filature de coton de MM. de Hemp-
tione. C*est un puissant établissement. Nous ne savons s'il y a là quelque
procédé nouveau qui mérite l'étude; il en serait autrement, sans doute,
si notre ami M. Simon, ou quelque spécialiste de nos collègues, avait fait
partie de notre excursion.
Après la visite de la filature, MM. les ingénieurs de Gand nous ont
fait la gracieuseté de nous recevoir à déjeuner. Je dois dire que nos
aimables hôtes étaient au nombre d'une trentaine et que nous ne for-
mions plus qu'un bien petit détachement, de sorte que nous avons dû
nous excuser sur notre petit nombre dont nous avons reporté la cause à
— 410 ~
la variété des plaisirs dont nous comblaient nos amis de Belgique, puis*
qu'il y avait le même jour trois excursions divergentes. Cette circona-
tanoe n'a pas empêché la plus franche cordialité «et l'échange des toasts
les plus amicaux.
M. Massau nous a fait faire alors la connaissance de M. Braun, l'ingé^
nieur de la ville de Gand, et ces messieurs nous ont fait faire une jolie
promenade sur TEscaut et nous ont montré les installations maritimes
qui viennent d'être construites ; on n'attend plus que le drainage duohe*
nal pour faire de Gand un port maritime pouvant recevoir les navires de
4 métrés de tirant d*eau. La ville de Gand est remarquable par ses fila-
tures et son industrie ; elle reçoit et exporte un tonnage important, et cette
facile communication avec la mer rendra un puissant service à la ville
et à toute la région. On a quelque peu toasté encore pendant ce char*
mant après-midi : sur la terre et sur Teau, on nous a versé partout les
vins de France. Le soir venu, nous sommes rentrés à Gand, et, de là, à
Bruxelles,
Le dimanche a eu lieu, à Bruxelles, un cortège pour lequel on avait
bien voulu nous réserver des places ; on fêtait le cinquantenaire de la
création des chemins de fer belges. Là, nous avons vu se succéder la
reproduction fidèle des moyens de transport employés en Belgique de-
puis le radeau des temps barbares, jusqu'aux locomotives les plus puis-
santes, jusqu'au tramway à vapeur, en passant par le carrosse, la ber-
lines, la diligence, et sans oublier le premier train du chemin de fer de
Bruxelles à Anvers.
M. Brûll a rapporté un petit album qui donnera une légère idée de ce
qu'était ce remarquable cortège si artistiquement disposé.
Enfin, dans la soirée, une fête était donnée, à la Bourse de Bruxelles,
par les négociants qui forment le Comité de la Bourse des métaux et
charbons. Le Palais de la Bourse de Bruxelles est fort beau, comme cha-
cun le sait; il avait été luxueusement décoré pour la circonstance par des
fontaines, des fleurs et des lumières électriques. C'est là qu'a eu lieu,
depuis huit heures jusqu'à minuit, une réception magnifique, avec concert
donné en partie par les musiciens de l'usine de Willebroeck.
Nous nous sommes approchés de M. Ernest RoUin, président de la
Bourse des Métaux de Bruxelles, et nous hii avons exprimé, avec nos
compliments, les remerciements de la Société pour avoir bien voulu en-
voyer à chacun-de nous une invitation. Ha répondu qu'il était bien naturel
aux négociants et industriels de Belgique de faire accueil aux ingénieurs
français, -qu'il y avait des liens étroits entre les industriels et les ingé-
nieurs, qu'on devait en grande partie à ceux-ci le brillant développement
qu'avait reçu l'industrie, et qu'il était heureux de voir que nous avions
répondu à son invitation. Nous étions une trentaine à cette fête, qui a
formé le digne couronnement de nos excursions. (Applaudissemtnta).
~ m —
M. le PftÉsiBBMT. Je remercie M. Brtll de son très intéressant et subs-
tantiel résumé, et je demanderai avec lui si quelqu'un de nos coliôguei^
préients est allé à Oharleroi ? Personne ne peut nous dire un mot de cette
«oarsion? — Alors, je vais donner la parole à M. Moreau, qui veut Wen'
remj^aoer M. Périsse* Gomme je vous le disais tout & Theure, notre col-
lègue a été souffrant, et il a prié M. Auguste Moreau de vouloir bien le
remplacer pour le compte rendu de Téxcursion du côté de Liège et de
Spa.
r
M. Auguste Moreau a la parole.
M. AuGU.'^TE Moreau avait préparé un compte rendu assez complet,
mais, l'heure étant très avancée, il va Tôcourter le plus possible,
PREMliBR KWBNta.
Jeudi 43 août.
Le jeudi 13 août, à 7 h. 2S du matin, la plus grande partie de nos
eollôgues, en tout environ 90 personnes, prenait un train spécial à la gare
du Nord, à BMxelles, et partaitpour Liège. — L'administration des che-
mins de fer belges avait d'ailleurs, comme la Compagnie du Nord en
France, mis gracieusement à notre disposition des billets à demi^^place
que l'on délivrait sur la présentation de cartes d'identité spéciales, dis-
tribuées par les soins de nos confrères belges,
A 9 heures et demie on arrivait à Liège où nous étions reçus à la gare
des Guillemins par une délégation d'ingénieurs liégeois, ayant à leur tête
leur Président, l'honorable M. Trasenster, M. Habets, le secrétaire de
leur association, et M. Canon, le secrétaire de la section spéciale de la
ville de Liège, Ces messieurs, inspirés par notre sympathique confrère
M. Taillard, dont le dévouement et l'activité ne se sont pas démentis un
seul instant, avait eu la délicate pensée d'amener & la gare une grande
voiture, dans laquelle s'empilèrent tous nos bagages sortant des fourgons
du chemin de fer, et qui alla déposer nos malles et nos valises aux diffé-
rents hôtels qui nous étaient désignés.
A 9 il. 45, nous repartions par un nouveau train spécial du tramway à
vapeur Idége^eraing, et à 10 h. 15 nous arrivions à Ougrée où nous
étions appelés à visiter les forges, aciéries et hauts fourneaux qui por-
tent ce nom.
Une étude détaillée de ces installations sera donnée dans le compte
rendu complet que nous préparons en ce moment. Nous nous bornerons
donc, pour aujourd'hui, h donner quelques renseignements sommaires sur
les usines visitées dans cette excursion.
La fabrique de fer d'Ougrée date de 1846. — En 1858 on y adjoignit
l'usine pour la fabrication des bandages par le procédé Petin et Gaudet
— M2 —
de Rive-d6*Gier. Cette adjonction lui a valu, pendant pluaieurs anoées,
le monopole de la fabrication des bandages en Belgique.
Depuis 18S8 on a beaucoup agrandi Tusine et renouvelé les installa-
tions ; la fabrication s'est adonnée surtout aux spécialités exigeant le
puddLage du fer à grain fin et Facier puddlé. Puis Tapparition de Tacier
Bessexner et du procédé Thomas est venue envahir toutes les spécialités
giii constituaient la puissance de la Société. Aussi celle-ci, menacée dans
ses œuvres vives, a^t-elle décidé, en 1880, l'installation du procédé Bes-
semer dont nous avons pu voir fonctionner les convertisseurs. Les pro-
duits fabriqués sont surtout les rails de grande longueur, les bandages,
les essieux, les lames de ressort, les barres marchandes et les tôles. La
Société possède d'ailleurs, à côté de Tusine, une mine de houille permet-
tant d'extraire 400 tonnes par jour. Le charbon donne un excellent coke.
Le Président du Conseil d'administration, M. Mockel, et le Directeur
des forges et aciéries, M. Aug. Raze, nous firent eux-mêmes, avec la
meilleure grâce du monde, les honneurs de cette vaste installation.
A 11 heures seulement on put se diriger vers les hauts fourneaux, qui
constituent une usine spéciale dirigée par M. Cheneux. En entrant, on
constate que le pavillon français flotte partout à côte du drapeau bel^e
au sommet des principales halles. Ces hauts fourneaux sont au nombre de
4, dont 3 ont été reoonsia^uits depuis 1878. Ils ont 17 mètres de hauteur
et 5*", 25 de diamètre. Ils présentent un volume intérieur de 246 mètres.
La production journalière par fourneau est de 60 à 70 tonnes. On j fabri-
que la fonte blanche^ la fonte Spiegel, la fonte Bessemer, la fonte Tho-
mas. La production obtenue avec deux hauts fourneaux pendant la cam-
pagne 1883^ a été de 44,000. tonnes.
Les gueulards sont à prises de gaz : ceux-ci suffisent au chauffage de
l'air et à la production de la vapeur nécessaire à la marche de la souf-
flerie, des monte-charges et des moteurs accessoires. L'air est chauffé à
600*» par des appareils à briques, système Whitwell, au nombre de quatre
par fourneau.
Les machines soufflantes sont au nombre de 3 ; 2 du système Evans à
balancier et une du type de Seraing.
La Société fabrique elle-même son coke au moyen de fours Appolt, —
La production en 1883-84, a été de 85,000 tonnes,
Les minerais viennent de Namur et du Luxembourg pour le fer; d'Al-
lemagne, de Grèce et d'Espagne pour Tacier.
Le charbonnage s'étend sous une surface de 378 hectares et à une pro-
fondeur de 300 mètres. L'extraction en 1883-84 a été de 87,000 tonnes.
Au jour, des installations fort intéressantes sont disposées pour la pré-
paration, le triage et le lavage du charbon, le transport par wagonnets,
etc.
Partout on remarque Tabsence presque complète de main-d'œuvre et
— 413 —
bon nombre de travaux mémo assez durs sont exéoatés par des femmes
qae Ton emploie le plus possible.
Enfin, le tout est complété par des cités ouvrières très intelligemment
disposées de manière à recevoir en abondance Fair et la lumière ; un fait
caractéristique, c'est la grande vasiété qui a été recherchée dans là; com-
position des façades à ce point qu'on y trouverait diffloUement deux fa^^
cades identiques.
Les maisons sont isolées ou groupées par deux, trois ou quatre au pluâ<
Le groupement de quatre maisons en carré a été rigoureusement écarté
comme s'opposant à une bonne ventilation et présentant le grave incon*
vénient du dépôt, au devant des habitations, des objets sales et encom-
brants qui, dans les groupes en long, trouvent place derrière les mai sons.
Chaque habitation est d'ailleurs entourée d*un jardin. Par huit habita-
tions, il y a un fournil et une borne fontaine.
Tout le monde futfrappéen visitant ces belles installations, de Tordre.
de l'activité et de Téconomie qui régnent partout. On a entre autres t
comme nous l'avons déjà signalé, poussé jusqu'aux dernières limites
Fart de supprimer la main*d'œuvre et de n'employer que les moyens
mécaniques.
A midi précis, ou passe dans les salons de Thabitation de M. Cheneux,
ou nous est servi un splendide déjeuner qualifié modestement par nos
hôtes du nom de lunch.
Dans un très remarquable toast porté au dessert et très chaleureuse^
ment applaudi, M. Cheneux expose les progrès importants qui ont été
réalisés en métallurgie dans les usines belges, rend justice à la science
des ingénieurs et à la modération des exigences de la main-d'œuvre
en Belgique et paye un juste tribut de reconnaissance k la métallurgie
française dans les termes suivants :
« Cette science^ c'est bien souvent à des sources françaises que nos ingé-
nieurs vont la puiser. Qui ne se rappelle, à l'Exposition de Paris en 1878,
les magnifiques travaux de la Société de Terre-Noire sur les alliages du
silicium, du tungstène, du chrome, sur les ferro-manganèses, sur la com-
position des fontes de moulage et celle des aciers, enfin, précisément^
sur la composition d'une fonte destinée à la production d'un fer donné 1
Qui ne se souvient aussi sur les mêmes objets de la belle exposition de
MM. Jacob-Hoker et C'« î
« Parmi les ouvrages techniques que nous avons journellement entre
les mains, le traité de M. Oriiner est une œuvre classique pleine de révé-
lations. Sans vouloir prétendre que la première idée du procédé Thomas
ait germé dans cette publication, on doit avouer que les considérations
nombreuses et précises qu'elle renferme sur ce s^et, traçaient la voie à
suivre pour arriver & cette brillante découverte. Un autre ouvrage qui
vient de paraître sur la fabticaiion de la fonte et qui renferme des aper*
— 144 —
eus tout à fait nouveaux, est dû encore à un des vôtres, i M. L.-D. Va-
thaire.
« Je m'arrête*
« J'en al dit assez pour motiver ta joie que j^oprouve à lever mou
verre ; à la science et à Tindustrie française, à leurs dignes représen-
tants, messieurs les membres de la Société des Ingénieurs civils et à leurs
dignes président et vice*président. »
Nos collègues ont été d'autant plus frappés et touchés de cet acte de
justice de M. Gheneuz, qu'ils savaient tons qu'en France, certaines per*
sonnes professent, jusque dans les grandes écoles officielles, une estime
fort modérée' pour la métallurgie française et une admiration aussi exa*
gérée qulojuste pour la métalltti^ie allemande.
Notre vice-président, M. Périsse, remercia les Sociétés d'Ougrée dr
leur accueil si cordial et reporta la plus grande partie du succès de cc$
usines modèles à leurs deux directeurs si distinguéd, MM« Rase et Che^
iieuZ) Ces éloges si mérités furent couverts d'applaudissements.
Quelques minutes après, tout le monde s'embarquait sur un bateau à
vapeur, le Michel-Orban, pavoisé aux couleurs belges et françaises et
arrivait à deux heures précises au pont de Seraing»
Sur la rive était le directeur général, M» Sadoinc, entouré d*un ctat-
tnajor d'lngénîeur8,chefs des différents services de l'usine Cockerill,parnii
lesquels on remarque M. Kraft, ingénieur chef de la constructiou de?
machines et M. Greiner, Ingénieur chef des aciéries*
Ces vastes établissements datent de 1817; à cette époque un Auglais.
John Cockerill, vint s'installer dans l'ancien château historique des princes'
évéques de Liège et y établit dans le parc les premiers éléments de son
usine. Régis jusqu'en 1860 par le fondateur, les établissements furent à
sa mort dirigés par son neveu et collaborateur G. Pastor jusqu'en 186S«
t)epuls cette époque, ils sont placés sous la direction d^un homme émineut
M. El Sadoine, ancien Ingénieur en chef de la marine ^*
Ces établissements sont Immenses et leur valeur actuelle est d*euvii^3u
38 millions de francs. Depuis Tarrivée de M. E. Sadoine, cette valeur s'esl
accrue du chiffre colossal de 30 millions ; c'est un établissement de pre-
mier ordre, le premier de la Belgique et l'un des plus importants du
monde entier. Il occupe H, 000 personnes, compte 384 moteurs fournis-
sant au minimum 14,S00 chevaux de force. Il estle premier en Belgique qui
ait mis en pratique l'idée de créer pour son compte une flottille composée
de 10 vapeurs pour les approvisionnements en minerais et les expédition"
par voie de mer de ses produits. Le chantier de construction navale loi
appartenant est à Hoboken près d'Anvers, sur l'Escaut; on y a construit
1. Rappelons que H. Sadoine vient d'être nommé récemment b^ron par S. M. le Hoi
des Belgfs.
— 445 —
depuis sa fondatiou plus de 300 aayires de tottte€| espèces d'un tonnage
total de 130,000 tonneaux.
Les appointements et salaires du personnel, non compris environ
300,000 francs distribués en secours et pensions, s'élèvent annuellement à
plus de 10 millions*
La visite de l'usine eut lieu sons la conduite de M. Sadoine lui-même,
r[ul avait tout réglé et fit tout exécuter militairement. Â Tentrée de
oheqûc atelier, M. Sadoine présentait à notre vice-présideat, M» Périsse,
le chef de service en le priant de fournir aux ingénieurs français tom les
rensHgnemerUs qu'ik pourrakni Itui demander^ On visite ainisi les forges,
fonderies, aciéries, hauts fourneaux, chaudronneries,. atçUers de con^
truction, les salles du génie, de photographie, le modelage.
Les visiteurs sont surtout frappés par les aciéries et la magnifique
iûstallation des convertisseurs avec les hauts fourneaux, leurs voisins.
Les lingots fondus no sont pas réchauffés, on les porte simplement dans
le» pits gjers ou fours en matériaux réfractaires et non chauffés. 'Mais la
chaleur centrale du lingot vient elle-même réchauffer la surface qui a
commencé à se figer, celle-ci ne pouvant plus se refx'oidir en face des
parois de ce four déjà chauffées par les lingots précédents.
On j fabrique depuis très longtemps déjà des rails à trois longueurs î
c'est d^ailleurs la première usine de Belgique pour les progrès réalisés
dans la fabrication de l'acier.
On remarque fort aussi un atelier de moulage de pièces mécaniques où
les moules sont confectionnés sans modèle, et rien que sur le dessin en
taillant le sable*.
Un tramway spécial à Tuslue emmène ensuite tout le monde au sommet
d'une véritable montagne artificielle créée par les dépôts de scories et de
laitici's accumulés depuis la fondation.
Puis on se rend à la houillèi'e CoUard. Ou avait déjà visité le puits
Marie avec Son grand ventilateur Guibal et ses perforateurs.
On remarque au passage râtelier de construction de roues système
ArbcL
Au siège GoUeutl, nous renconkcns les jeunes enfants de rorphelinat
de la Société. Cette institution élève cent vingt-sept orphelins.
Au puitB CoUard, Tattention. était attirée surtout par le tambour d'ex-
tractioB hélicoïdal avec câble rond en métal.
EûÛR le même tramway nous ramenait au point de départ émerveillés
de la tournée. Un verre de vin de Champagne gracieusement offert avant
de prendre congé, fournit à M. Périsse l'occasion de porter, avec succès,
un toast de remerciement à M. Sadoine, Thabile directeur de ces vastes
1. Les bètimenls de chaque genre de fabrication sont peints d'ane couleur ipéclale
renouvelée chaque année. JPartouk règne une propreté et une bonne tenue que nous
a'avons jamais vaes nulle part ailteurs.
- m —
usines, « qui, dit M. Périsse, a fondé une seconde fois les établissemeuU
Cockerill ».
Enfin, à 6 heures on reprenait le bateau pour Liège et aussitôt en mou-
vement, après avoir quitté le rivage, on acclama le personnel de Tusiiic
et spécialement M. Sadoine, par une triple salve de bravos.
Le soir à 9 heures , on se retrouvait au Trink-Hall de Liège pavoisé
de drapeaux français et Torchestre eu nous apercevant nous accueillit eo
jouant la Marseillaise. Notre confrère belge, M. Canon, y fit les honneurs
avec beaucoup de cordialité.
M. ÂuocsTft MoRKAt expose ensuite le programme réalisé pendant la
seconde journée.
DEUXIÈME JOURNÉE
Vendredi 44 août.
Nous étions encore environ 80 ingénieurs français les uns partant de
la gare de Liège-Longdoz à 8 heures 30 pour Chênée, les autres uoas
retrouvant à Tusine d'Angleur, dite de la Vieille- Montagm.
M. de Sinoay, directeur général de tous les établissements de la Vieille-
Montagne, vint lui-même à la gare nous attendre et nous conduire à
Tusine d'Anglcur.
M. de Sinçay, français d'origine, a repris depuis près de quai*ante aos
ces établissements classiques de la fabrication du zinc et les a complète-
ment transformés, de sorte qu'ils constituent aujourd'hui une des plus
importantes installations qui existent dans ce genre.
A notre entrée dans la cour de l'usine, Texcellente harmonie des éta-*
blissements joue la Marseillaise et est fort applaudie. Puis, nos collègues
sont divisés en plusieurs groupes conduits par Mlii. de Sinçay, père et
fils. M. Vappart, le directeur technique de l'usine d'Angleur, MM. De-
joler et Badoul, anciens élèves de TÉcole Centrale de Paris. Pendant deui
heures, on parcourt toutes les parties de cette vaste usine, se rendant
compte de toutes les phases de la fabrication et des importants progrès
réalisés dans ces dernières années, spécialement dans la disposition des
fours. On remarque surtout la fabrication des produits réiractairesqui est
faite avec un soin extrême ; les creusets sont confectionnés mécanique'
meut d'une façon fort ingénieuse. Partout règne Tordre le plus grand et
l'absence presque complète de main-d'œuvre : tout se fait mécaniquement
On admire fort les broyeurs de M. Yappart qui broient la calamine et le
charbon devant fournir le mélange passé au creuset; on est frappé de
l'absence complète de la plus légère poussière,
Mais ce qui a excité le plus l'admiration, c'est le travail du laminoir.
Il y a une équipe d'une habileté surprenante et qui fait en se jouant
— 417 —
un travail des plus difficiles et des plus délicats avec une producliou
journalière de beaucoup supérieure à ce qu'on obtient ordinairement.
L'outillage pour travailler le zinc est d'ailleurs très jjuissant; ou y
remarquait entre autres une énorme cisaille recevant son mouvement de
la partie inférieure.
Un excellent déjeuner réunissait ensuite tous les excursionnistes dans
la grande salle de rétablissement, et au dessert, M. de Sineaj porte un
toast de bienvenue et de remerciements aux ingénieurs français qui ont
bien voulu s'arrêter à la Vieille-Montagne. 11 prononce quelques paroles
d'à-propos sur la crise industrielle qui n'est qu'un excès de production de
la vieille Europe, crise qu'il espère voir cesser par l'ouverture de contrées
jusqu'ici inaccessibles comme le Congo et le Tonkin.
Ce toast est très chaleureusement applaudi.
M. Périsse remercie, aux applaudissements de tous, M. de Siucay de
Taccueil si cordial qu'il a fait aux ingénieurs français et boit à la saute
de M. de Sinçay et de M. Vappart.
M. Trasenster recommande aux ingénieurs de ne pas négliger les étu-
des commerciales qui leur font si souvent défaut. C'est ce qui a fait eu
grande partie le succès de la Vieille-Montagne qui a des usines dans
le monde entier. Il porte également la santé de M. de Sincaj,
Ce toast a été vivement applaudi.
A une heure on reprenait le chemin de fer et Ton partait pour leTrooz,
toujoure en train spécial. MM. Montefiore-Lévi , sénateur, et Buis, bourg-
mestre de Bruxelles, se joignent à nous, et tout ce monde descend à une
heure vingt à la gare de Trooz, où Ton est reçu par M. le Sénateur d'An-
drimont, administrateur gérant des Charbonnages du Hasard et par tous
les ingénieurs de la Société, parmi lesquels MM. Paul et Maurice d'Au-
drimonty âls de M. l' Administrateur-gérant. L'harmonie des Charbon*
nages joue la Marseillaise slwx grands applaudissements de tous, et, après
les présentations, le train, où nous remontons, est remorqué jusqu'à
la gare privée du Boy-Bonnet, L'harmonie du Hasard, installée sur une
plaie-forme, joue pendant tout ce temps les plus beaux morceaux de son
répertoire. Le paysage est splendide, et nous sommes ici fort loin des
plaines immenses et uniformément plates des Flandres. Le chemin de fer
Kc déroule au fond d'une étroite vallée encaissée dans des montagnes
escarpées et couvertes de forêts de pins. Le bâtiment de service de la
gare de Trooz est lui-même en harmonie avec le paysage et présente la
physionomie d'un petit pavillon moyen âge de l'effet le plus pittoresque.
Arrivés à Tinstallation du Boy-Bonnet, on a remarqué le transport par
chaîne flottante qui amène les charbons à fleur du niveau d'un puits ver-
tical situé à plus de 3 kilomètres, à Micheroux. Une autre chaîne flot-
tante, inclinée à 30^, remonte au sommet, parle flknc de la montagne, les
pierres qui entrent dans une assez forte proportion dans les houilles ex-
-BULL. 28
— 418 —
traites. Tout cela fouctionue avec uue régularité parfaite depuis lacréa-
tion, c'est-à-dire depuis 1871.
Le classement, le triage, le lavage des charbons et la fabrication mé-
éauique des briquettes agglomérées se font d*uue façon des plus perfec-
tionnées et pouvant passer pour des modèles.
Puis de là on s'est rendu partie en voiture, partie à pied, à 3 kilomètres
de distance, à Micheroux, au sommet de la montage, où se trouve la
bouche le moulinage du puits précité.
L'installation la plus intéressante de ce plateau est rhôtel Louise,
créé par M. d'Andrimont, et à ses frais, pour loger les mineurs céliba-
taires. Ceux qui sont mariés ont de charmants petits cottages uu pou
plus loin dans la campagne. Dans cet hôtel, moyennant 1 fr. 50 par jour,
les mineurs font quatre repa« î Ils trouvent, eu outre, à prix coûtant, uu
magasin d'étoffes pour habillements, des costumes tout prêts, de l'épice-
rie, des objets de consommation, etc. Dans tout cela, M. d'Andrimont
prend libéralement à sa charge la plus grande partie des frais généraux
et ne prélève aucun bénéfice.
Pendant ce temps, un certain nombre de nos collègues et la femme de
l'un d'eux, madame Chevalier, étaient descendus dans la mine et se fai-
saient photographier à la sortie ; la photographie a été envoyée depuis
au secrétariat.
La propreté est excessive partout ; les mineurs ont chacun deux cos-
tumes, et tous les jours ils en ont un de lavé qu'ils retrouvent propre le
lendemain. En outre, des salles de bains sont à leur dispositiou; ou
trouve dans l'hôtel jusqu'à une grande salle de concert, une sorte de
casino, où M. d'Andrimont nous oftcit un lunch pendant que l'har-
monie, logée dans les galeries supérieures, jouait de nouveau la Jfar-
seiUaUey qui était suivie de fort jolis morceaux de son répertoire.
Au dessert, M. d'Andrimont, dans uue improvisation pleine de cordia-
lité et de bonne humeur, boit à la sauté de Mme Chevalier, qui avait
courageusement accompagné son mari dans cette fatigante excursiou.
à la Société des Ingénieurs civils de France, dans la personne de
M. Périsse, qu'il se rappelle déjà avoir vu il y a douze ans, alors qu'il
était délégué de la Société, à l'occasion du vingt-cinquième anniver-
saire de la fondation de Técole de Liège ; à Tunion des Charbonnage^
du Nord de la France, dans la personne de leur président, M. Vuillemiii.
Ce toast est couvert de chaleureux applaudissements. M. VuiUemiu
remercie en termes pleins de cordialité.
M. Périsse, rappelant la phrase de Mme de Se vigne, porte un toa<t
au plus galant, au plus empressé, etc., des hommes que tout le monde
va nommer.
Tout le monde, en effet, nomme à la fois M. d*Andrimont, pour lequol
on pousse un formidable hourra!
A 6 hi 30 on repartait par train spécial à Liège, et le soir à 9 heuiv:*
— 419 —
OD se retrouvait en grand nombre à l'Institut électro-technique fondé
par M. Monteôore, qui ouvrit dans ce but un crédit de 100,000 francs,
promettant de faire plus si cela était insuffisant.
On apprécia beaucoup une conférence de M. Eric Gérard indiquant le
but et l'organisation de Tlnstitut, le système d'études suivi et les
épreuves à subir pour obtenir le diplôme d'ingénieur-électricien.
La soirée se termina par une promenade dans les laboratoires et par
l'étude sur place d'un gi*and nombre d'appareils des plus intéres-
sants.
M. Auguste Moreau termine par la troisième journée : celle qui a été
consacrée exclusivement à l'excursion dans la ville et les environs de
TROISIÈME JOURNÉE
Samedi 45 aaûl
Nous étions encore une cinquantaine d'ingénieurs français pour aller
à Spa. Comme on le Toit, c'est avec ténacité que Ton était resté jusqu'au
bout en nombre.
Arrivés à la gare de Spa vers H heures du matin, nous étions reçus
par le comité local des ingénieurs sortis de TEcole de Liège, composé
de MM. ÏNoblet, président ; Deck, ingénieur de la ville de Spa ; Bour-
geois et Dechoisneux, et d'une trentaine d'ingénieurs liégeois. Accom-
pagnés par ces messieurs, nous nous rendons au salon du Pouhon où
se trouve la source de Pierre-le-Grand, et où nous sommes reçus de
la façon la plus courtoise par M. Lezaak, bourgmestre de Spa, et
MM. Lousberg et Fontaine, échevius. M. Lezaak noua adresse quelques
paroles de bienvenue très goûtées.
En fait d'eau ferrugineuse, on nous offre d'excellent vin de Cham-
pagne, ce qui n'empêche pas quelques fanatiques de goûter quand même
l'eau de la source.
On visite ensuite la source du Pouhon, celle du prince de Condé,
l'établissement des Princes, le Casino, la galerie de tableaux, le théâ-
tre. Dans la grande salle de l'établissement, nous entendons une confé-
rence fort intéressante de M. Deck sur les eaux de Spa, leur compo-
sition, les principaux travaux pour la captatiou des sources et le chauf-
fage des eaux qui sont naturellement froides, etc.
De là on se dirige vers le parc, on parcourt la classique allée de Sept-
Heures. On étudie en passant le filon iVEuritejCher à tous les géologues^
et à une heure un splendide lunch réunit tous les excursionnistes belges
et français dans la galerie Léopold, magnifiquement décorée pour la
circonstance. Pendant ce temps, l'excellent orchestre du Casino, gracieu-
sement prêté par le concessionnaire des installations balnéaires. M* GU
rondeau, joue ses plus beaux morceaux sous la direction de l'éminent
artiste M. Lecocq. '
— 420 —
Au Inuch, assistait M. ]e gcuéral Dombronitzky, commissaire géuéral
de Texpositiou russe à Anvers , qui nous accompagna dans toutes dos
excursions de Taprès-midi. Ce déjeuner en plein air devant les grands
arbres du parc, avec la montagne verdoyante en face de soi, et la mu-
sique de la symphonie était vraiment une chose délicieuse et fut parti-
culièrement apprécié. — L*amabilité de nos hôtes fut d'ailleurs sans
limite et se traduisit dans tous les détails. Ainsi M. Noblet n'eut-il pa^
la pensée éminemment délicate d'offrir à chacun de nous un petit bouquet
de bruyère blanche, un produit des plus rares et des plus recherchés du
pays ?
Le toast porté par l'infatigable M. Trasenster au dessert fut particu-
lièrement aimable. « Les ingénieurs français ont pu croire, dit-il.
comme le bruit lui en est venu aux oreilles, que leurs collègues belgt'<
voulaient les exterminer jusqu'au dernier à coups de festins et de Cham-
pagne; ils peuvent aujourd'hui se convaincre qu'il n'en est rien, puis-
qu'on les a amenés dans la ville de Spa, qui est le véritable temple de
la santé. Il boit aux ingénieurs civils de France et au plaisir de les voir
revenir individuellement dans le pays de Liège. »
Le toast obtient un succès considérable, M. Périsse remercie l'Asso-
ciation des ingénieurs sortis de l'Ecoh? de Liège de leur réception
royale, car on ne ferait pas mieux pour une Majesté, comme Ta si bien
dit ailleurs notre président. M. do Comberousse. Eu présentant dos
adieux à nos excellents confrères et amis belges, il désire porter un toast
spécialement à M. Trasenster, à M. Habets, le dévoué secrétaire de l'As-
sociation liégeoise, et à MM. Noblet, Deck, ainsi qu'au comité local de
Spa.
Il porte ensuite un toast à M» Lezaak, bourgmestre, et à la municipalité
de Spa, ainsi qu'à M. Girondeau, le fermier des établissements bal-
néaires, qui a contribué pour une si large part à la cordiale réception
qui nous a été faite.
M. Lezaak répond eu exprimant sa reconnaissance pour la marque do
sympathie dont il est Tobjet et, à la demande de tous, la symphouie
joue la Marseillaise, puis la Brabançonne, au milieu de Tenthousiasmc
géuéral.
Après une promenade dans le. parc, nous montons dans une viugtain»'
do voitures de toutes sortes, mails, breaks, laudaux, paniers, etc., if
nous faisons la promenade classique du tour des fontaines accompajrn*
de M. de Siuçay, ancien directeur général de la Vieille-Montagne, qui
n'avait pu assister au lunch et était venu nous rejoindre. Nousjouissous
d'ailleurs d'un temps superbe qui permet d'autant mieux d'apprécier les
frais ombrages de la forêt et la limpidité des eaux des cascades de la
promenade de Meyerbecr. A chaque source nouvelle, le Barissard, la
Géronstère,laSauveuière, leTonnelet,etc., on descendait de voiture pour
— 424 —
prendre un verre offert par nos hôtes et qui contenait, il faut bien
l'avouer, tout autre chose que de Te au, fût-elle minérale.
Enfin, on rentre à Spa où Ton admire encore les nouvelles écoles com-
munales dont Tarchitecte M. Houzac fait les honneurs, et le soir on se
dit adieu dans le parc en entendant le grand concert de Talléo de Sept-
Heures.
La tournée dans le pays de Liège était terminée, mais non l'excursion
en Belgique. La plupart de nos collègues en effet se retrouvaient le
lt»ndemain dimanche à Bruxelles, pour assister à la grande cavalcade
historique des moyens de transport à l'occasion du cinquantenaire do la
epi'ation des chemins de fer belges et dont M. Briill a rendu compte il y
quelques instants. Des places réservées nous avaient été offertes par le
sympathique bourgmestre de Bruxelles, M. Bulls. Nous avons retrouvé
là ceux de nos collègues qui avaient suivi l'excursion de Gand et qui,
comme nous, revenaient enthousiasmés de l'accueil si 'cordial qui leur
avait été fait partout.
Après la soirée ou, comme on dit en Belgique, le raoût offert par la
Bourse des [métaux et charbons, un grand nombre de nos collègues se
sont décidés à revenir le soir même, en passant la nuit en chemin de fer.
Il y avait, en effet, impossibilité complète, si Ton n'y avait pensé à
l'avance, de trouver ce soir-là dans tout Bruxelles un simple cabinet
pour se coucher.
M. Auguste Moreau conclut enfin en disant que cette tournée a été
excellente sous tous les rapports : excellente au point do vue technique,
excellente sous le rapport de la confraternité professionnelle, et excel-
lente au point de vue plus élevé du rapprochement entre deux peuples
qui doivent être amis.
Nos hôtes ont été d'ailleurs partout admirables d'empressement et de
cordialité, et nous ne saurions terminer ce compte rendu rapide, et
d'ailleurs provisoire, sans vous proposer de vous joindre à nous pour
remercier nos confrères de l'Association des ingénieurs sortis de l'École
de Liège et particulièrement M. Trasenster, l'infatigable président.
M. Habets, le dévoué secrétaire, M. Canon, secrétaire du comité local
de Liège, et M. Noblet, président du comité local de la ville de Spa.
(Applaudissements.)
M. LE Président. Je remercie M. Auguste Moreau d'avoir si bien
et si consciencieusement remplacé M. Périsse.
MM. Bouron, Gaiffe, Gruner, Guasco, Lelong, Mlodecki, Musnier,
Saintignon et de Schulthep ont été reçus membres sociétaires.
MM. Rogerson et Voisine ont été reçus membres associés.
La séance est levée à onze heures et demie.
— 422 —
fSéttBee du !• octolire 19 AS
Présidence de M. de Comberousse
La séance est ouverte à huit heures et demie.
Le procès-verbal de la dernière séance est adopté,
M. LB Président. Nous avons le plaisir d'annoncer à la Société la
promotion au grade de commandeur, dans Tordre de la Légion d'hon-
neur, de notre collègue, M. Ronna, directeur de la Société autrichionno
dos chemins de fer de TEtat.
Dans la dernière séance, parmi les ouvrages offerts k la Société, M. le
Président a oublié de mentionner le Traité de Statique graphique appli-
quée aux constructions, de notre collègue M. Seyrig. Il s'est reproché,
après coup, d'avoir oublié de le mentionner en séance. C'est un ouvrage
complet, texte et atlas. M. Sejrig est trop connu de la Société pour quil
soit nécessaire de recommander son ouvrage.
Parmi les ouvrages offerts aujourd'hui à la Société, il faut signaler le
Catalogue de l'Exposition coloniale de la République française k Anvers,
dû à notre collègue, M. des Tournelles, qui était commissaire-adjoint à
cette exposition coloniale, et deux autres volumes imprimés à Vlmpri-
merle nationale, renfermant des documents fort intéressants sur l'Expo-
sition coloniale française d'Anvers. Tout ceux qui ont visité l'exposition
d'Anvers savent que cette exposition coloniale française a été une des
choses les plus remarquables de l'exposition. Ces notices coloniales sont
très importantes, et un de nos secrétaires, M. Auguste Moroau, poiura
nous en donner un résumé : Il y est question de la Cochinchine, du
Tonkin, de nos possessions dansl'Océanie et au Sénégal; enfin de toutes
nos colonies. L'honneur de Texécution de ces deux volumes doit être
surtout reporté à M. Grodet, qui, sous-directeur des colonies au minis-
tère de la marine et des colonies, se trouvait être le commissaire du
gouvernement français, pour cette exposition coloniale : M. Grodet a
fait là un travail très utile, comme vous le verrez par le résumé qui en
sera donné, et nous ne pouvons que le remercier de l'envoi qu'il veut
bien nous faire.
Nous avons reçu une lettre de notre collègue, M. Bancilhon, qui se
rapporte au canal de Panama ; elle est intéressante ; mais, comme elle
touche un peu la question fi^nancière, et que nous n'avons pas pour habi-
tude de traiter ces sujets en séance, nous déposerons la lettre de
— 423 ~
M. Bancilhon au secrétariat, k la bibliothèque, afin que ceux que la
question intéressée puissent la consulter.
Nous avons reçu au nom de M. Taillard une réclamation. DansTexposc
rapide de notre excursion en Belgique, M. le Président a dit que M. Tail-
lard était administrateur de la Société des wagons-lits. Il s'est ému de
cette qualification, parce que c'est notre collègue, M. Nagelnackers,
qui est directeur et administrateur de la Société. Nous donnons acte à
M. Taillard de cette rectification. Mais il a été si aimable avec nous^ il
nous a témoigné à tous tant de bienveillant .dévouement, que notre erreur
est bien compréhensible.
Enfin, M. le Président ne veut pas tarder à annoncer une excellente
nouvelle à la Société : c'est que le legs Giffard est enfin sorti des limbes
où il demeurait depuis trois ans et demi.
C'est grâce à M. Hervé-Mangon que nous sommes arrivés à ce résultat
tant attendu. 11 a bien voulu nous écrire aujourd'hui pour nous l'annoncer.
Les décrets ont été signés le 7, ils ont paru le 11 au Journal Officiel la
Société des Ingénieurs civils va entrer en complète possession de cette
généreuse donation. Le Comité pourra sans doute indiquer, avant la fin
de l'année, de quelle manière il conviendra d'honorer la mémoire d'Henri
(affard.
L'ordre du jour appelle la lecture de la Note de M. G. Anthoni, sur
l'ouvrage de M. Emile Cacheux, intitulé : YÉconomiste pratique.
M. G. Anthoni donne comme il suit communication de l'analyse
qu'il a faite de l'ouvrage de M. Emile Cacheux, intitulé : YÉconomiste
pi^atiqus.
L'amélioration du sort des classes laborieuses, tel est en quelques mots
le but de l'ouvrage consciencieux et contenant un si grand nombre do
documents intéressants, que M. Emile Cacheux a publié et dont il fait
hommage à notre Société.
Dans l'introduction, l'auteur rappelle que, d'après une statistique
récente de M. Bertillon,la misère fait périr tous les ans 90,000 Français,
et cette masse de victimes ira toujours en augmentant par suite de l'élé-
vation du prix des choses nécessaires à la vie, si on no cherche pas, pour
remédier au mal, des moyens plus efficaces que ceux qui étaient usités
jusqu'à ce jour.
« Personne, messieurs, disait en 1872 notre ancien Président, M. Muller,
n'est aussi bien placé que l'ingénieur pour être le trait d'union entre le
capital et le travail et pour détruire l'antagonisme qui existe entre les
diverses classes de la société. Il y a des années qu'une foule d'essais ont
été tentés; il faudrait en connaître les résultats. Nous devons tous nous
éclairer par le travail de chacun, sur toutes les matières de ce terrain
brûlant. »
C'est justement ce travail que M. Cacheux a entrepris ; il s'est proposé
de rénnir les documents épars qui se rapportent à cette question, qu'il
— 424 -
travaille depuis de longues années, d*en faire un recueil, et c^estreusem-
blc très complet de ces documents qui forme ï Économiste pratique, ouvrage
de plus de 800 pages, accompagné d*iui atlas de 7S planches.
L'ouvrage est divisé en quatre parties :
^ La première partie est consacrée à l'étude des 'habitations ouvrières.
Pour améliorer le sort du travailleur, il faut commencer par le loger con-
venablement. Grâce à M. MuUer, qui s'est longuement occupé de ces
questions, le problème qui consiste à rendre propriétaire, au bout diin
certain nombre d'années, le locataire qui s'acquitte régulièrement de son
loyer, est aujourd'hui résolu théoriquement.
Pour résoudre la question pratiquement, M. Cacheux a fait des essais
sur une centaine de maisons et sur 300,000 mètres de terrain bâtis et
vendus suivant le isystème de vente usité à Mulhouse et combiné à celui
qui est adopté par les « Buildings societies; » ce système consiste à
avancer aux acquéreurs de terrains la somme nécessaire pour construira
à leur guise en leur donnant la facilité de se libérer par annuités. M. Ca-
cheux a aussi contribué à la formation de la Société des Habitatious
ouvrières de Passy-Auteuil, présidée par M. Dietz-Monnin, en lui cédant,
à prix coiHant, le terrain des groupes de maisons sises impasse Boileau
et les dix premières maisons construites suivant un type très économique
créé par lui.
Dans cette première partie, l'auteur passe en revue les maisons à étages
et les maisons isolées et étudie les divers essais qui ont été faits à Mul-
houso, à Paris, en Angleterre et ailleurs, pour loger convenablement les
travailleurs et pour rendre l'ouvrier propriétaire.
Une première série de pièces annexes comprend un grand nombre de
documents relatifs à la formation de Sociétés d'habitations ouvrières et
des modèles d'actes concernant les opérations immobilières.
Une deuxième série comprend les statuts de Sociétés de bienfaisance
ayant pour but de loger à prix réduits les travailleurs.
Une troisième série comprend des documents concernant la législation
des logements insalubres.
L'atlas comprend un grand nombre de plans d'habitations ouvrières, de
maisons pour ouvriers célibataires, d'hôtels-restaurants pour ouvriers,
d'habitations économiques parisiennes et quelques détails concernant les
appareils de vidange et les égouts.
La deuxième partie de YÉconomiste pratique a pour titre : Études des
crèches, salles d'asile et établissements d'instruction. .
Comme c'est principalement sur l'enfance que sévissent les causes de
mortalité et de dégénérescence physique qui affligent les classes labo-
rieuses, l'auteur étudie d'abord cette question, d'une importance si capi-
tale, la population augmentant fort peu en France relativement à celle
d'autres pays voisins. Puis il étudie en détail les crèches, les salles d'asile
— 425 —
ou écoles maternelles, en se servant des documents mis k sa disposition
par MM. Marbeau et Turquet.
Dans la première série de pièces annexes, on trouve de nombreux docu-
ments relatifs aux crèches et dans la deuxième série, ceux concernant
riDstruction des enfants et des adultes ainsi que les règlements sur Tor-
ganisation de Tapprentissage.
L*atlas de la deuxième partie donne les plans d*un grand nombre de
crèches, de la nourricerie et du pouponnât créés par M.Godin à Guise et
d*écoles communales, avec des détails établis d*après les instructions
raioistérielles.
La troisième partie s'occupe du développement du bien-être matériel et
moral dans les classes laborieuses. On y passe successivement eu revue
lalimentation économique de Touvrier, les bains, les lavoirs, les sociétés
coopératives et les moyens pratiques à employer pour procurer aux tra-
vailleurs le plus possible dés avantages d'une société civilisée. L'auteur
rappelle d*abord les expériences faites sur la préparation des aliments,
sur l'évaluation de leur richesse ; il décrit les divers appareils de cuisson,
les fourneaux et leurs différents modes de chauffage, les appareils à air
libre ou à vases fermés, les cuisines économiques populaires et celles
pour Tarmée. Il insiste sur l'utilité des réchauffoirs, installés en Alsace, où
louvrier peut manger en famille les aliments apportés de chez lui ; une
grande salle garnie de tables, une plaque de fonte que l'on peut chauffer
avec quelques charbons, suffisent pour empêcher le travailleur d'aller
perdre au dehors son temps et son argent. Puis, après avoir passé en
revue les bains etlSs lavoirs. Fauteur étudie successivement les sociétés
coopératives d'alimentation, de crédit, d'achat, de production, de fabri-
cation; les sociétés de secours mutuels, les caisses d'épargne, les caisses
de retraite et enfin les sociétés s'occupant de l'instruction de l'adulte, les
musées et les cercles populaires.
Des pièces annexes complètent de même cette troisième partie, qui
constitue en quelque sorte le résumé des travaux faits jusqu'à ce jour,
notamment par M. le capitaine Corbin sur la comparaison des divers
appareils de cuisson ; par M. Egrot sur la cuisson à vapeur ; par M, £.
MuUer pour l'établissement des bains et lavoirs; par MM. Schulze-Delitsch
et Luzzati pour l'organisation des sociétés coopératives; par MM. de
Malarce, Fougerousse, Chaix, Robert, etc., pour développer le goût de
l'épargne et le système de la participation aux bénéfices ; par MM. Tour-
rasse, Groult, Jean Macé pour répandre l'inàtrnction dans les masses, et
par MM, Siegfried frères pour fonder les cercles populaires.
L'atlas de la troisième partie donne les plans de réchauffoirs, de res-
taurants économiques, de cuisines à vapeur, d'un fourneau pour maison
particulière, de bains publics, de lavoirs, d'appareils à lessiver, de séchoirs
et enfin de deux cercles pour ouvriers, le cercle Franklin au Havre et le
cercle populaire mulhonsien.
— 42(> --
L une des plu55 remarquables solutions du problème, qui consiste à
assurer au travailleur non seulement une vie à Tabri du besoin, mais aussi
des avantages qui, jusqu'ici, paraissaient réservés à la richesse, est duc
à M. Godin, grand industriel à Guise, qui loge ses ouvriers dans un vaste
bâtiment, parfaitement aménagé, dans lequel il s'est réserré pour lui-
même un appartement.
La quatrième et dernière partie de Touvrage considérable de M. Cacheux
traite des moyens pratiques de venir en aide aux personnes qui tombent
à la charge de la société. On y passe en revue les institutions protectrices
de Tenfance, les orphelinats, le placement des adultes, les sociétés de
bienfaisance et de secours aux indigents capables de travailler, les hôtels
pour loger la nuit les malheureux sans abri ; le traitement des malades à
domicile ; les hôpitaux et leurs divers services, les hospices spéciaux,
les caisses de secours, les Sociétés d'assistance, ete. On y trouve enfin
des pièces annexes comprenant des règlements d'orphelinats, d'hospices,
de hureaux de bienfaisance, etc.
L'atlas donne les plans de plusieurs établissements de bienfaisance,
d'hôpitaux, d'un asile de nuit pour deux cents personnes et d'unpostodo
secours pour les blessés.
Dès les premières pages de son travail, M. Cacheux expose Tavam-
projet d'une Société dont le but serait de rechercher et de mettre en
œuvre les moyens les plus efficaces pour améliorer le sort des classes
laborieuses.
A Paris, plus que dans d'autres villes, on trouve des Sociétés fondéi*s
pour venir en aide à l'infortune ; malheureusement le' public se contente
de donner son argent et s'inquiète fort peu de la manière dont il est em-
ployé ; or, il est incontestable que si l'argent était bien dépensé, les résul-
tats obtenus seraient beaucoup plus considérables.
Le programme de la Société projetée paraît très vaste à première vue;
mais comme il est déjà rempli en partie par beaucoup de Sociétés phi-
lanthropiques, il suffirait de les développer ou de les compléter; M. Ca-
cheux pense qu'ainsi ce programme serait facile à réaliser, vu le grand
nombre d'hommes ominents qui se dévouent aux questions de ce genre.
En s'occupant, comme le propose M. Cacheux, des sources de travail à
créer ou à développer, on rendrait service non seulement aux ouvriers,
mais aussi aux ingénieurs, car leur nombre augmente tons les ans, aiusi
que la difficulté de trouver des situations convenables; l'Association ami-
cale de l'Ecole centrale, de même que d'autres du même genre, cherchent
à procurer à un grand nombre de nos jeunes camarade* des positions en
rapport avec leurs capacités. Avec le concours des anciens, dont le de-
voir est de tendre la main aux jeunes, en leur signalant les positions à
occuper, on pourrait développer les sources de travail par les moyens
suivants:
1** En exploitant les richesses naturelles du sol et en développant les
— 427 —
Sociétés agricoles de façon i\ encourager Femploi des outils perfectionnés,
des engrais, des bonnes semences, des irrigations et en envoyant dans
les départements des professeurs d'agriculture pratique.
2** En développant les travaux publics par l'emploi d'une partie des
bénéflcesréalisés par des caisses d'épargne créées surlemodèle des caisses
d'épargne libres d'Italie. d'Allemagne et des pays du Nord en général.
3** En donnant aux jeunes ingénieurs la direction de Sociétés coopéra-
tives ou do prévoyance, qui tombent en général faute d'une bonne admi-
nistration, quand le nom))re des membres devient considérable. L'associa-
tion des ouvriers constitue une force puissante qui demande une direction
intelligente et éclairée. En Angleterre, les Sociétés coopératives dispo-
sent de très forts capitaux et sont dirigées par des hommes éminents qui
y trouvent des situations assez lucratives pour leur consacrer tout leur
temps et toute leur intelligence.
En France, les ouvriers commencent à reconnaître la valeur d'un bon
gérant; ainsi M. Godin, à Guise, a cédé son établissement à ses ouvriers,
qui admettent très bien qu'il lui soit attribué, pour sa direction, une
bonne part du bénéfice.
Les pièces annexes donnent tous les détails nécessaires pour permettre
à un ingénieur d'organiser une Société de prévoyance ou de bienfaisance,
et de construire, suivant les règlements et les ordonnances ministériellos,
les bâtiments qui en dépendent.
4^ En développant l'industrie en général, et notamment:
Les constructions à bon marché, la voirie économique, les logements
hygiéniques, l'utilisation des eaux ménagères et des vidanges, les cuisines
populaires, les bains et les lavoirs, le chauffage, les cercles populaires, etc.
Pour développer l'industrie, on pourrait aussi suivre l'exemple donno
par la Société pour l'encouragement au travail des habitants de l'Erzgc-
birge et du Riesengebirge. Cette Société envoie des professeurs d'indus-
trie et les entretient à ses frais dans les contrées où l'industrie n'a pas
encore pénétré, jusqu'à ce que le résultat désiré soit obtenu.
On viendrait efficacement en aide aux travailleurs en subventionnant
des industriels capables de créer une nouvelle industrie ou d'étendre une
branche de leur fabrication.
Enfin on développerait l'industrie par des Sociétés se chargeant d'é-
couler les produits fabriqués et qui donneraient du travail aux jeunes gens
sortant des écoles commerciales. Une Société de ce genre vient d'êtro
fondée, et a pour président M. Dietz-Monnin.
Le but de l'auteur, en publiant \ Économiste pratique, a été de répan-
dre, le plus possible, les documents concernant le bien-être des travail-
leurs, documents qui peuvent être de la plus grande utilité pour un grand
nombre d'ingénieurs; il termine en disant qu'il recevra avec reconnais-
sance tous les documents qui lui permettront de compléter ou de rectifier
son travail.
— 428 -
En répondant à Tappel de M. Emile Cacheux, soit par l'apport de docu-
ments nouveaux, soit en Taidant dans la mesure de nos moyens, nous
contribuerons à Tamélioration du sort des classes laborieuses» nous main-
tiendrons raccord indispensable entre le capital et le travail, et nous
contribuerons, par l'étude approfondie du vaste programme que je viens
de résumer, à la solution progressive des questions sociales. (Applaudà-
semenU.)
M. LE Président. Quelqu'un a-t-ildes observations à faire sur le résuma
que vient de nous présenter M. Anthoni? SUl n y a aucune observation,
je le remercierai de son résumé intéressant, qui n,e nous dispense pas do
lire à fond le livre de M. Cacheux; les questions qui y sont traitées sont
très importantes, et il faut féliciter ceux qui veulent bien donner des do-
cuments sérieux, de manière à permettre l'étude également sérieuse de ce$
questions. Peut-être, après avoir entendu l'exposé de ce vaste programmo,
pourrait-on dire que le titre de l'ouvrage de M. Cacheux, au lieu d'être:
VÉconomiste pratique, pourrait être, pendant un certain nombre d'années,
VÉcanomiste idéal. Voilà la seule chose à objecter. L'idéal ! nous ne
pouvons pas toujours l'atteindre, on en reste le plus souvent bien loin:
mais il faut toujours encourager ceux qui veulent donner un coup d'aile
de ce côté-là.
L'ordre du jour appelle la note de M. Edouard Simon sur /a Convention
internationale pour la protection de la propriété industrielle. Il semble que
nous soyons, aujourd'hui, à une séance de la Société d'économie politique;
mais vous me pardonnerez, si vous êtes de mon avis, à savoir que les
ingénieurs sont, par la force des choses, s'ils veulent embrasser leur car-
rière dans toute sa plénitude, obligés d'étudier ces questions ; et nous
avons réuni précisément la note de M. Anthoni sur l'ouvrage de M. Cacheux,
celle de M. Edouard Simon sur la Convention internationale pour la pro-
tection de la propriété industrielle, et la communication de MM. Ch. Assi
et L. Genès sur cette même convention internationale , pour que nous
restions pendant cette séance dans cet ordre d'idées.
M. Simon a la parole.
M. Edouard Simon. Dans la séance du l®'" juin 1883. notre confrère,
M. Emile Barrault, nous fit une intéressante communication sur les origines
et la teneur de la Convention internationale pour la protection de la pro-
priété industrielle^. Cette communication, reproduite in extenso dans le
Bulletin de la Société*, donne le texte ainsi que le commentaire des dix-
neuf articles de la convention. Il n'est donc pas utile de revenir sur l'histo-
rique de l'œuvre préparée, d'abord, à titre of&cieux, à l'Exposition uni-
;verseUe de Vienne en 1873, reprise lors de l'Exposition universelle de
Paris, en 1878, dans un congrès spécial dont les résolutions furent sou-
mises aux gouvernements étrangers par les soins du gouvernement français
1. BuUetin de la Société des Ingénieurs civils, année 1883. 1*' vol., p. 757.
'i. Bulletin de la Société des Ingénieurs Civils, année 1883, 2* vol., p. 197.
— 429 —
et devinrent Tobjet de deux coufé ronces diplomatiques, successivement
tenues au ministère des affaires étrangères en novembre 1880 et en mars
1883. Nous nous bornerons à rappeler qu'après de longues et minutieuses
délibérations, les délégués de la Belgique, du Brésil, de l'Espagne, de la
France, du Guatemala, de Tltalie, des Pays-Bas^ du Portugal, du Salvador,
de la Serbie et de la Suisse signèrent le texte de la convention.
Cet instrument, contresigné plus tard par les chargés de pouvoirs de
1 Angleterre, de la Tunisie, de TËquateur, de la République Dominicaine,
fut déposé au Sénat par le ministre des affaires étrangères, M. Challemcl-
Lacour, le 24 mai 1883, rapporté par M. de Parieu le 14 juin suivant,
et adopté sans débats le 30 du même mois.
Rapportée à. la Chambre des députés par M. Fourcand, le 12 novembre
1883, et également adoptée sans discussion le 19 janvier 1884, la conven-
tion fut prpmulguée le 25 janvier, et enfin ratifiée le 6 juin de la mémo
année; elle est ainsi devenue exécutoire dans notre pays à dater du
6 juillet 1884, en vertu de Tarticle 18.
Depuis, VUnion de la propriété ittdustrielle, dont le but est de « consti<
tuer une sorte d'assurance mutuelle contre le plagiat et la contrefaçon* »,
a été très vivement critiquée. Des chambres de commerce, des chambres
syndicales, des organes spéciaux, préoccupés des fâcheuses conséquences
économiques qui leur semblent devoir résulter de la mise en pratique de
certaines dispositions insérées dans la convention internationale ont déjà
présenté les réclamations de groupes importants de producteurs et demandé
la revision, voire même la résiliation du contrat. Les articles 14 et 18 do
la convention prévoient Tun et l'autre cas.
Aux termes de Tarticle 14, une première réunion des délégués des
Ktats contractants devait se tenir à Rome en 1885. D'autre part, les
organisateurs de VExposition des inventions brevetées, ouverte à Londres
au cours de la présente année, eussent souhaité que cette exhibition moti-
vât le choix de la capitale anglaise pour rendez-vous de la conférence.
Après avis des divers départements commerciaux et par suite de la pro-
mulgation récente de la convention, il fut décidé de remettre à Tannée 1886
la revision des articles dontrexpériencc aurait démontré les inconvénients.
La Société des Ingénieurs civils peut ainsi apporter, en temps utile,
l'onsemble des observations qu'elle est à môme de recueillir et le résultat
de ses investigations. L'utilité d'une pareille enquête nous a déterminé à
provoquer la discussion et à vous soumettre quelques remarques suggérées
par la lecture de la convention.
1. Parmi les États adhérents à l'Union figurent les Pays-Bas et la
Suisse qui, jusqu'à ce jour, n'accordent pas de brevets. Cette anomalie
ne peut se perpétuer équitablement si Ton se reporte au libellé de Tar-
ticte2 ainsi conçu :
1. Paroles prononcées par M. Tcisserenc de Bort, ministre du commerce, lors de l*ou-
veriare du congrès do ItnS, et rappelées par M. Barranlt.
— 430 —
« Les sujets ou cito^eus des États coutractauts jouirout daus tous
» les autres États de l'Uuiou, en ce qui œncenie les brevets d'tnvm-
» iion, les dessius ou modèles industriels, les marques do fabrique ou de
» commerce et le nom commercial, des avautages que les lois respectives
» accordent annuellement ou accorderont par la buite aux nationaux. Eu
>' conséquence, ils auront la même protection que ceux-ci et le même
)> recours légal coxitre toute atteinte portée à leurs droits, sous résenc
» de raccomplissemcut des formalités et des conditioiLS imposées aux
» nationaux par la législation intérieure de chaque Etat. »
Le principe de réciprocité, inscrit dans cet article, ne doit pas cd-
fraîner seulement à un engagement moral, mais à une sanction effective. La
délégation suisse Tarait si i)ien compris que, dans la deuxième séance de
la conférence de 1880, M. Kern lut, au nom du Conseil fédéral, la décla-
ration suivante : « Il n'est pas douteux qu*il ne se soit produit en Suisse,
» ces dernières années, dans Topinion publique, un mouvement important
» au sujet des brevets d'invention. Le Conseil national, nanti par Tiiii-
» tiative de Tun de ses membres d'une proposition relative à cette qucs-
» ti on, a voté à Yunanimité la prise en considération de cette proposition,
» en invitant le gouvernement fédéral à examiner s'il ne serait pas dans
» l'intérêt de la protection industrielle d'introduire en Suisse le système
» des brevets d'invention dans le domaine de l'industrie et du commerce,
» l'invitant en même temps, au cas où cette question recevrait une réponse
» affirmative, à présenter un projet de loi sur la matière. Le projet de
» loi est déjà élaboré par le département du Conseil fédéral au ressort
» duquel appartiennent les questions de cette nature. Ce projet de loi est
» imprimé et accompagné d'un exposé de motifs, dans lequel le départe-
» ment se prononce d'une manière très positive pour l'utilité et la néces-
» site d'une protection de cette partie de la propriété industrielle. Des
» sociétés d'industrie, se faisant l'organe des intérêts de l'industrie et dn
» commerce suisses, se sont prononcées itérativement et d'une mauière
» catégorique dans le même sens. » Le projet de loi, auquel le délégu<''
suisse faisait allusion, fut soumis, il est vrai, au vote populaire, en 1884.
mais rejeté en bloc avec d'autres propositions. D'après la constitution
fédérale, une nouvelle présentation pourrait avoir lieu en 1886.
Le délégué des Pays-Bas s'est borné à faire des réserves à l'égard des
brevets. La Hollande, comme la Suisse, se trouvant dans une situation
exceptionnelle, il oîit été vraisemblablement préférable de conclure, a
titre provisoire, des arrangements distincts avec ces États, qui consentent
à protéger certaines branches de la propriété industrielle à l'exclusion
des inventions.
Un contrat analogue interviendrait utilement avec les Etats-Unis, dont
la législation générale sauvegarde les droits de l'inventeur, mais laisse,
en matière de marques de fabrique ou de commerce, à chacun des Etats
^_ 431 _
de rUiaion américaiue, la faculté de légiférer daus uuc mesure déter-
minée ^
i, M. Borraalt avait eu soin de signaler Faddition de rarticie 3, résul-
tant des « difficultés soulevées sur la question de savoir si les disposi-
» tiens de la convention devaient être uniquement applicables aux res-
» sortissants des États contractants, ou bien étendues aux sujets des États
» qui ne font pas partie de TUnion * d.
Introduit sous forme d'amendement par le délégué de la Suède, dans
Timc des dernières séances de la conférence de 1880, le texte laborieu-
sement remanié de la proposition primitive est de venu ce qui suit : « Sont
» assimilés aux s^îjets ou citoyens des Etats contractants les sujets ou
>) citoyens des États ne faisant pas partie de TUnion qui sont domiciliés
» ou ont des établissements industriels ou commerciaux sur le territoire
^ de l'un des États de l'Union. »
Ce texte laisse supposer qu'il suffit à un étranger de posséder, dans
l'un des pays de l'Union, un dépôt de marchandises ou un office de cor-
respondance, pour jouir de tous les droits accordés aux citoyens dudît
pays. Si telle devait être Tinterprétatiou, l'article 3 ne serait pas de
nature à gagner de nombreux adhérents à la convention et se trouverait
en complet désaccord avec les observations de l'un des délégués français»
M. Jagerschmidt, s'exprimant en ces termes : « Une convention ne sti-
« pule jamais que pour les Etats contractants. . . Quant aux étrangers, on
» u a ni à leur accorder, ni à leur refuser le bénéfice de la convention ;
» on no s*en occupe pas : chaque État reste libre de leur appliquer sa
1» législation particulière, sans être obligé envers eux en quoi que ce soit
» par la convention * ».
3. L'article 4 ne soulève pas d'objections; il justifie le principe de l'I/nton,
basé sur la reconnaissance internationale de la propriété industrielle, ce
droit (proclamé parle congrès de 1878, au nom du monde civilisé) des
inventeurs et des auteurs industriels sur leurs œuvj;ics, des fabricants sur
leurs marques de fabrique, droit reconnu par la France, il y a près d'un
«iècle, et cloquemment soutenu par M. dcBoufflers dans un rapport sur
Icii brevets d'invention que l'Assemblée nationale approuva le 30 décem-
bre 1790.
U serait souhaitable, toutefois, que MM. les ingénieurs-conseils eu
matière d'inventions voulussent bien nous dire, d'après leur propre
expérience, s'ils estiment suffisants les délais de priorité accordés pour
le dépôt, dans les diverses contrées de TUnion, des brevets, dessins ou
modèles industriels, marques de fabrique ou de commerce.
1. Confér. internai, p<mr la ftrotection de la propriété indu9trielle. 1883, p. 51. Décla-
ralioo de M. J.-(J. Pulnam, délégué des Etats-Unis.
2. Bulletin fies Ingénieuis civtls. 1883. 2* vol., p. 201
Si Conférence inlemationate^ 1880, p. 129.
— 432 —
4. Le premier paragraphe de l'article 5 est eu coiitradictton avec la loi
fraucaiso de 1844 sur les brevets d'invention.
Il y est déclaré que « Tintroduetion par le breveté, dans le paj8 où le
» brevet a été délivré, d'objets fabriqués dans l'un ou Tautre des États
» de rUnion, n'entraînera pas la déchéance ».
Or, la loi du 5 juillet 1S44, qui n'a été abrogée, ni modifiée, conticut
dans l'article 32 un cas de déchéance ainsi libellé :
« Sera déchu de tous ses droits.
(( 3^ Le breveté qui aura introduit en France des objets fabriquée eu
» pays étranger et semblables à ceux qui sont garantis pai* son bi'evet.
» Sont exceptés des dispositions du précédent paragraphe les modèle;:
» de machines dont le ministre de Tagriculture et du commerce pourra
» autoriser l'introduction dans le cas prévu par l'article 29. «
Au point de vue juridique, Tinsertion dans la convention intematioualc
du premier paragraphe de l'article 5 annule-t-eUe le cas de déchéance
édicté par la loi de 1884 ? Telle n'était pas la pensée de M. Barrault, lors-
que notre confrère, tout en approuvant la mesure projetée, nous disait :
« Par une modification législative qui va être présentée aux Chambres.
» la suppression de cette interdiction sera efiectuée et la loi de 18ii.
» ainsi allégée, deviendra meilleure^ »
Cependant une circulaire ministérielle, émanée de la direction du
commerce intérieur, ne met pas en doute la validité de la disposition cou-
vcutionnelle : « L'article S — est-il écrit dans la circulaire — contieut
») une disposition sur laquelle il y a lieu d'insister en ce sens qu'elle cou-
» stitue une dérogation à la loi du 5 juillet 1844....
» Les titulaires de brevets français qui veulent introduire en Franco
» des objets semblables à ceux qui sont garantis par leurs brevets et
» fabriqués sur le territoire de l'un des États concordataires, n'ont plus,
» eu conséquence, de demande à adresser dans ce but au département du
» commerce, et ils peuvent intj'oduire ces objets librement. Mais ils res-
M tout, comme par le passé, soumis aux dispositions de l'article 38prê-
)> cité de la loi du 5 juillet 1844 en ce qui concerne les objets fabriqués
» hors territoire d'un des pays de l'Union * . »
Malgré la source officielle de cet avis, Tiniportation d'objets brevetés
en France et fabriqués à l'étranger, dans l'un des pays de TUnion, ne
paraît pas exempte de danger pour le titulaire du brevet ; car, en prO-
sence des termes formels de la loi, la décision des tribunaux ne serait
peut-être pas conforme à la circulaire administrative.
La question ne se borne pas à un point de droit, l'article 3 met en
cause le régime économique du i>ays. Les partisans de cet article affir-
1. BuUetin des Ingénieurs civils j 1883, t. Il, p. 205.
2. Minist. du Commeree, 20 août 1884. Circul. n* 123, p. 2.
— 433 —
ment que Timpossibilité, pour le breveté étranger, d'introduire des objets
fabriqués hors de France, place notre industrie en état d'infériorité vis-
à-vis des pays, voisins et la prive de moyens de production perfectionnés,
que le titulaire du brevet peut rarement s'imposer la charge d'un éta-
blissement en Fiance et ne rencontre pas toujours un industriel apte à le
représenter et à exploiter Tinvention avantageusement.
Les adversaires objectent qu'à la faveur do la convention, la produc-
tiou française ne sera pas seulement amoindrie de la majeure partie des
objets étrangers brevetés en France (la clause d'exploitation insérée
dans la loi de 1844 devenant fatalement illusoire en tant que fabrica-
tion), mais que nombre d'inventions françaises seront exclusivement
exploitées à Tétranger au détriment de nos manufactures et en raison de
riusufflsance des droits stipulés par les traités commerciaux.
Oes observations nous obligent à constater une fois de plus que le
régiaie inauguré en 1860 est la négation de Tindépendance nationale et
n'offre de la liberté que l'étiquette. Si la France était libre dans son
allure économique, si elle était maîtresse de ses tarifs douaniers, les pro-
duits étrangers pourraient payer des taxes proportionnelles aux charges
^lui pèsent sur l'industrie française et les objections tomberaient d'elles-
mêmes. Mais jusqu'en 189S, les traités de commerce nous contraignent à
la plus grande circonspection.
Cette difficulté ne semble pas insoluble. Si le dernier paragraphe de
l'article 32 de la loi de 1844 (cité plus haut) était largement interprété,
il deviendrait pos.sible d'introduire les objets brevetés en France et fabri-
qués hors de nos frontières, non pas d'une faeon illimitée mais dans une
mesure suffisante pour garantir à la fois les intérêts de l'industrie natio-
nale et ceux des inventeurs étrangers.
3. A l'exception de l'article 11, qui sauvegarde d'une façon permanente
les inventions brevetables, les dessins, modèles et marques des pro-
duits figurant aux expositions officiellement reconnues des pays contrac-
tants, les articles 6 et suivants sont surtout d'ordre administratif et ont
pour but de régler le fonctionnement de l'Union. Cette dernière partie de
la convention n'a point, croyons-nous, provoqué de critiques. Toutefois,
nous voudrions pour conclure, exprimer un regret et un vœu.
D'après l'article 12, chacune des hautes parties contractantes s'cngap:c
à établir un .service spécial do la propriété industrielle et un dépôt cen-
tral pour la communication au public des brevets d'invention, des dessin^>
ou modèles, des marques de fabrique ou de commerce. L'administration
française n'a pas encore donné satisfaction à ce desideratum. La création
du Bulletin officiel ^ où se trouvent juxtaposées les listes des brevets et les
marques de fabrique, ne compense pas la suppression du catalogue des
brevets, qui présentait le double avantage de ne point coûter cher et de
faciliter les recherches. I^e BuUetin officiel se termine annuellement par
une table incomplète; rinsuliisaucc du nouvel organe nécessitera tôt ou
Bull. 29
— 434 —
tard la réfection d'uu catalogue d'autaut plus onéreux à reconstituer que
la lacune aura été plus longue.
Nous souhaitons enfin que la Confédération suisse qui, en raison de
raccord sympathique de tous les pays contractants, est devenue le centre
de l'Union (art. 13) et qui, par Torgane do ses délégués, a promis à cette
œuvre un concours aussi dévoué qu'à VUnioii internalionale des Télégra-
phes et à l* Union universelle des Postes, fournisse, à bref délai, une nou-
velle preuve de son esprit d'équité en adoptant la loi projetée sur le?
brevets d'invention.
M. LE Président remercie M. Simon de son intéressante communica-
tion, et donne la parole à M. Charles Assi sui* le même sujet. M. Obarle»
Assi va parler en son nom et en celui de M. Louis Gênés.
M. Ch. Assi. Messieurs, comme vous le disait tout à TheureM. lePK-
sident, notre séance se trouve transformée aujourd'hui en une séance
semblable à celle d'une Société d'économie politique, on pourrait pres-
que dire en une séance de législation. Je regrette que le sujet soit peut-
être un peu aride, mais je tâcherai d'être court, et me référant, pour plus
de détails, à notre note écrite que vous pourrez lire au Bulletin, je m'abs-
tiendrai d'analyser la convention, qui vous est déjà connue parle résumé
de M. Simon et par la communication précédente de M. Barrault; je
rappellerai seulement en deux mots que, d'une faoon générale, la cou-
vention a eu pour but de faire disparaître certaines difficultés pratique^»
que Ton éprouvait souvent à garantir d'un pays à l'autre soit une inven-
tion, soit un nom commercial, soit une marque ou un dessin de fabrique.
Cette observation faite je me bornerai à présenter quelques remarques
sur certains articles, et spécialomeut sur ceux qui ont fait l'objet de cri-
tiques, fondées ou non.
Par la convention du 80 mars 1883, comme vous le savez, Messicui*s,
quinze Etats parmi lesquels se trouve la France, qui a été l'initiatrice du
mouvement, ont constitué entre eux une union pour la protection de?*
difi^érentes branches de la propriété industrielle, et les ressortissants do
chacun des pays contractants doivent jouir du traitement national dans
tous les autres Etats de l'Union. 11 en résulte — eu nous plaçant au point
do vue des intérêts français — que tout pays étranger concordataire qui,
par exemple, donnera des brevets à ses nationaux, sera tenu d'en donner
aussi aux inventeurs français; mais si, au contraire, ce pays étranger n*a
pas de loi sur les brevets et n'en fait pas une, le Français ne pourra pa?
y faire protéger son invention, bien que la France protège les inventions
émanant du pays eu question ; c'est ainsi que les citoyens de la Suisse,
de la Hollande et de la Roumanie obtiendront des brevets en France,
tandis que les Français ne pourront pas en obtenir dans ces pays, pas
plus que les nationaux»
L'admission dans riiiiou, de pays tels que ceux-là, qui actuellement
ne nous accordent pas la réciprocitô, en ce qui concerne spécialeiueui
— ioo -—
les brevets, a été un des motifs qui ont fait critiquer fortement la con-
vcution. On a dit : La France a fait un métier de dupe ; elle donne tout
et ne reroit rien. Il suffit d'un mot pour répondre à cette critique. La
convention n'a rien innové sur ce point ; déjà, sous le régime de la loi de
IH44, la France accordait des brevets aux étrangère sans condition de
lùciprocité. Ce n'est donc pas à la convention du 20 mars 1883 que la
responsabilité en revient. Il convient d'ajouter que tous les pavs qui ont
une loi sur les brevets protègent aujourd'hui les inventions étrangères
sans condition de réciprocité .
On a fait à la convention une autre objection, encore à propos des bre-
vets. On a dit : avec l'article 2, la France va accorder des brevets sans
examen préalable aux citoyens de certains pays étrangers adhérents à la
convention dans lesquels les Français ne peuvent obtenir des brevets
qu'après un examen préalable, qui est un moyen détourné de rejeter la
demande. — Nous répondons : D'abord il en était déjà ainsi avant la
convention ; ensuite l'examen préalable n'est pas une manière de refuser
les brevets, mais un moyen de leur donner une plus grande autorité ;
enfin, quoi qu'il en soit de la valeur de ce système, il suffitde répondre aux
pereonnes qui critiquent la convention à ce point de vue, que, si la France
juge avantageux d'établir l'examen préalable, rien ne lui sera plus facile,
attendu que la convention a réservé à chaque pays le droit de conserver
?^a législation particulière ou de la modifier comme il lui conviendra.
Ainsi nous voyons déjà que deux des reproches que Ton adresse à la
convention sont purement imaginaires.
Ses advereaires auraient pu, avec plus de raison, faire remarquer que,
pour protéger les marques des étrangers, la loi en vigueur en France
' ligeait la réciprocité, tandis que la convention ne l'exige plus, imitant
^n cela ce qui existait déjà pour les brevets. Nous nous livrons par con-
'^équent, pourrait-on dire, et l'on pourrait y voir un grand danger. Quoi-
que je me propose surtout de faire ici des observations et non pas
démettre des opinions, permettez-moi de vous dire que je vois un plus
grand danger à ne pas faire respecter toutes les marques ; on peut
admettre que les intérêts français soient favorisés par certains moyens,
H l'encontre des intérêts étrangers, mais je jie sais pas s'il était bien sage
d'autoriser eu France la copie d'une marque, alors que nos lois punissent,
"H général, tout ce qui ressemble à une manœuvre frauduleuse.
Remarquez que, à moins d'un hasard bien rare, on ne copie pas une
luarque sans le vouloir, et que le commerçant qui fait une semblable
imitation commet un véritable délit; je ne vois pas d'inconvénient à ce
qu'on fasse disparaître cette impunité accordée à un négociant français
qui spéculerait sur l'imitation de la marque d'un étranger.
A propos de cette suppression de la condition de réciprocité pour la
t'arautie des marques, permettez-moi de rappeler un précédent qui ten-
di-uit à prouver que ce n'est peut-être pas toujours le moyen le moins
— 43G —
pratique d'arriver à défendre ses propres intt»rèts, que d'être honnête
sans condition, au risque de paraître un peu naïf.
En i8S2, un décret a déclaré que la France protégerait les œuvres
littéraires provenant de tous les pays étrangers et qu'elle n'exigcaii
aucune réciprocité ; nous ne vous demandons pas d'en faire autant pour
nous, disait-on aux étrangers, mais, chez nous on ne copiera pas vo>
œuvres. Or, en ce temps-là, les œuvres littéraires n'étaient guère proté-
gées nulle part; aujourd'hui elles le sont à peu près partout, et, dans le
mois de septembre qui vient de s'écouler, on a pu travailler à la conclu-
sion d'une convention analogue à celle qui existe pour la propriété indus-
trielle. A eu juger par cet exemple, renoncer, nous Français, à copier
les marques des étrangers est peut^trc le meilleur moyen d'obtenir la
protection partout pour les nôtres. En fait, d'ailleurs, la plupart des pavs
ont une loi sur les marques, de laquelle nous profiterons. Pour les brevet*.
je le répète, la convention n'a rien innové au point de vue de la récipro-
cité. Par conséquent, je ne vois réellement pas que l'article 2 puisse être
dangereux, soit pour notre industrie, soit pour notre commerce.
Par contre, la convention renferme des articles très utiles, uotamment
l'article 4, qui est un des principaux de la convention, car s'il est vrai
que, avant sa conclusion, les étrangers jouissaient du traitement natio-
nal dans la plupart des pays, du moins pour les brevets, il restait à
surmonter des difficultés pratiques que l'on rencontrait pour garantir
une invention d'un pays à l'autre ; difficultés d'un ordre matériel, qui
résultaient soit d'incompatibilités entre différentes législations, soit de
la force des choses. Or, l'article 4 permet à l'inventeur, après qu'il a fait
un premier dépôt pour constater ses droits, dans un des pays de l'Union,
de profiter d'un délai de six mois pour former ses demandes de brevet.*
à l'étranger ; tout ce qui se passera pendant ces six mois ne nuira pas à
ses brevets • s'il éprouve le besoin de faire des expériences publiques,
de faire c(es publications, ou s'il a des difficultés budgétaires qui ne lui
permettent pas de faire toutes ses demandes à la fois, il n'a pas i'
craindre que ses brevets soient entachés de nullité parce qu'uu journal
quelconque aura inséré une note sur son invention.
Les adversaires de la convention afl^ectent de voir dans cet artici''
une disposition très peu utile, attendu que, disent-ils, il était toujours
facile de se faire breveter partout simultanément. Cette allégation déuoto
une expérience insuffisante du sujet, et je crois au contraire que, sur eo
point, la convention est d'une utilité très grande.
Il y a encore, dans la convention, tout un groupe d'articles auxquels
je ne vois pas d'inconvénients possibles. Du reste, même les adversaires'
de la convention ont été unanimes à reconnaître que ces articles ne pou-
vaient soulever aucune objection : ce sont ceux qui ont pour butdepn^-
tégcr d'une manière efficace soit les marques de fabrique, soit Je nom
commercial soit les noms de localités. Tel est, entre autres, l'article t».
— 437 —
Ou éprouvait beaucoup de difficultés à faire enregistrer sa niar(|ue dans
tous les pays, parce qu'ils n'avaient pas la même législation ; par exem-
ple, si une marque consistait en chiffres, en lettres ou en caractères
quelconques, certains pays ne voulaient pas Tadmcttre au dépôt. Ils
disaient : Nous voulons bien garantir votre marque, mais à condition
que vous la modifierez ; — et alors le commerçant n'avait qu'à renoncer
au dépôt, car, une fois modifiée^ la marque n'aurait plus été la sienne.
En dehors de l'article susmentionné qui permet à un commerçant de
déposer sa carte telle quelle, il y a un article, l'article 8, qui protège le
nom commercial d'une façon absolue ; cette fois, la réciprocité est
rigoureuse, car tous les pays signataires ont accepté que le nom com-
mercial serait protégé chez eux ; il devient une espèce de propriété de
droit commun. Il suffit de prouver qu'on est propriétaire de tel nom et
qu'on est commerçant pour pouvoir faire saisir à l'importation les mar-
chandises sur lesquelles ce nom aurait été apposé.
Pour les noms de localités, on a fait quelque chose d'analogue, par
l'article 10, et cela était désirable. La majorité des membres de la confé-
rence a pensé cependant qu'il n'est pas possible d'interdire d'une façon
absolue l'emploi d'un nom de localité, parce que certains noms de
cette classe sont devenus de simples noms génériques désignant la nature
du produit. Ainsi un fabricant envoie dans un autre pays une marchan-
dise avec une étiquette portant : Eau de Cologne ; bien que Cologne soit
le nom d'une localité, aujourd'hui cette dénomination ne fait pas penser
que le produit vient de Cologne ; c'est un nom générique, qui désigne
simplement le produit. C'est pourquoi on a exigé, pour qu'il y ait fraude
certaine, Tunion de deux conditions. L'emploi abusif d'un nom de loca-
lité ne tombe sous le coup de l'article 40 que si l'on y joint un nom per-
sonneliictif ou emprunté frauduleusement. J'adresse, par exemple, dans
un pays de l'Union, une marchandise portant le nom de Sedan ; si je mets
seulement sur l'étiquette : Sedan, je ne peux pas être saisi à l'importation
en vertu de l'article 10 ; mais, si je mets : Jacqties à Sedan, et quoique
Jacques n'existe pas à Sedan, comme cela donne à la marchandise l'ap-
parence de porter une marque d'origine, je tombe alors sous le coup do
cet article. Cette disposition a été acceptée par tous les pays. C'est en-
core une dérogation aux lois nationales. Sur ce point-là, comme sur
quelques autres, la convention constitue un véritable code international,
mais limité à quelques points et laissant les autres soumis aux lois de
chaque pays. Les articles dont il vient d'être question sont, en somme,
approuvés par tout le monde.
Un article, Tarticle 11, est une espèce de complément de celui qui
accorde un délai pour la protection des inventions; il concerne les mar-
chandises envoyées à une exposition officielle avant que l'inventeur
u ait eu le temps même de faire le premier dépôt qui doit lui assurer le
délai de six mois.
— 438 —
En France, depuis 4868, nous protégeons les inventions envoyées aux
expositions. La même disposition a été mise obligatoirement dans la
convention, avec cette réserve quejes pays qui n'auraient, par exemple,
pas de loi sur les brevets ne seraient pas tenus de donner une garantie
provisoire aux objets exposés, parce qu'ils ne pourraient pas faire succé-
der à cette protection provisoire une protection définitive ; mais les
autres pays sont obligés de donner la garantie provisoire, pendant ud
délai qui n'a pas été fixé. Sur cet article je me permettrai de faire une
réflexion, c'est que la convention aurait pu et même aurait dû aller plus
loin ; son titre de convention internationale Texigeait. Il peut déjà être
intéressant que les objets envoyés à une exposition jouissent d'uue
garantie dans le pays même, en attendant que Tinventeur ait pu
remplir les formalités nécessaires pour obtenir son brevet. En France,
quand nous avons fait, en 1868, une loi en ce sens, cela suffisait, car
nous no nous occupions alors que du pays lui-même, et notre loi n'avait
rien d'international; mais, dans une convention internationale, je crois
que larticle ainsi fait manque son but et est incomplet.
En efl'et, il s'applique au cas où les objets ont été envoyés à l'expo-
sition, sans que l'inventeur ait eu le temps de prendre un brevet; s'il
avait eu le temps d'en prendre un dans un seul pays de TUnion , il uau-
rait pas besoin de cette article H, étant protégé par l'article 4. Ou aurait
donc dû dire que Tadmission à l'exposition aurait les mêmes efi'etsquo le
dépôt prescrit à l'article 4. Au lieu de cela, d'après Tarticle H , l'inven-
teur ne sera protégé que danslepaysde rexposition;comme une exposition
attire beaucoup de visiteurs, les objets exposés éveilleront rattention,ou
les voudra connaître partout dans les autres Etats de TUnion, et l'invoD-
teur n'y jouissant d'aucun droit de priorité, son invention y tombera
dans le domaine public. Sur ce point, peut-être, serait- il intéressant do
reviser TarticlcEt je suis beureux de constater que la même idée avait
été présentée sous forme d'amendement, à la confèrence,parM. Indelli,
délégué del'Italie.Mais l'auteur de Tamendement l'a retiré àpropos d'unt'
question de fixation de délais, sans que l'attention eût été appelée sur
l'esprit général dans lequel il était rédigé.
Quoi qu'il en soit, cet article ne peut pas faire de mal ; il assure du
moins la protection dans le pays de Texposition, mais, si on veut être
garanti dans les autres pays, il importe qu'on soit prévenu qu'une de-
mande de brevet est nécessaire.
Je passe sans insister sur certains articles, dont l'utilité n'est contestêo
par personne et dont la lecture suffit pour faire voir quel est leur but, et
j'arrive à un article qui a fait l'objet ,de vives critiques et qui est, au
fond, la seule raison pour laquelle on attaque la convention du 20 mar^^
1883 ; c'est l'article S qui permet d'introduire en France des objets bre-
vetés dans ce pays. Aux termes de Tarticle 32 delà loi de 1844 (modifié eu
48S6), il y avait déchéance pour le breveté s'il introduisait en France un
- 439 —
i^eul exemplaire d'objets conformes à son brevet. La convention a sup-
primé cette prohibition ; on s'en est ému beaucoup : je crois que cela tient
h ce que la portée de cet article a été exagérée parce qu'il a été mal in-
terprété. Quant à moi, il me semble que Tarticle ne doit pas avoir pour
conséquence do causer des importations très considérables. Je m'expli-
que, Messieui*8. On prétend qu'un inventeur, dorénavant et en s'ap-
puyant sur l'article 5 do la convention^ pourra s'adresser à l'industrie
étrangère pour se procurer tous les produits faisant l'objet de son brevet
et qu'il vendra en France, tandis qu'autrefois c'était défendu. L'article 5
dit : « L'introduction, par le breveté, dans le pays où le brevet a été
« délivré, d'objets fabriqués dans l'un ou dans l'autre des États de l'U-
fl nion, n'entraînera pas la déchéance. »
C'est le premier paragraphe, mais je vous lirai le second tout à l'heure
et vous verrez quelle importante restriction il y apporte. Mais je vou-
drais vous dire auparavant qqe, le droit d'introduction ne fût-il pas li-
mité, il me semble qu'on n'accorderait encore à l'inventeur qu'un droit
qu'il est injuste de lui contester, quoiqu'on l'ait fait jusqu'ici en France.
Il est possible que l'importation de marchandises fabriquées à l'étranger
soit nuisible à l'industrie française, au travail national; mais, Messieurs,
la question n'est pas seulement de savoir si l'on peut regretter les impor-
tations d'objets brevetés, il faut se demander aussi si l'on a vaiment le
droit de les interdire au breveté. Je suppose que la loi s'exprime ainsi: —
Il est désirable de protéger le travail national, et,pour cela, il fautdemandor
à l'industrie étrangère le moins de produits possible. En conséquence, la
moitié des citoyens français aura le droit d'introduire des objets de
l'étranger en France et l'autre moitié ne l'aura pas; tous ceux dont les
noms commenceront par une lettre allant da A à G, par exemple, auront
le droit d'introduction, et ceux dont les noms iront de H à Z ne l'auront
point. Vous diriez immédiatement : Cette loi est absurde et inique,
parce que les uns jouiront d'une liberté complète, et que les autres n'en
jouiront pas; quand même le résultat à atteindre serait d'un intérêt
général, il faudrait l'obtenir par d'autres moyens, tout au moins tirer au
sort. Eh bien, de ce qu'une personne est inventeur, cç n'est pas une rai-
son pour qu'on lui interdise d'introduire des produits étrangers on
France, pas plus que parce qu'elle porterait un nom commençant par A
ou par Z. En effet, l'introduction d'une machine brevetée ne fait pas plus
de tort au travail national que l'introduction d'une machine qui n'est
pas brevetée; une machine qui entre en France, brevetée ou non, no pri-
vera toujours le travail national que de la construction d'une seule ma-
chine. Voici im encrier, je suppose qu'il à été importé de Belgique ;
c'est un encrier de moins que l'on a eu a faire en France, mais qu'il soit
breveté ou qu'il ne le soit pas, peu importe au point de vue qui nous
occupe. Il n'y a donc pas de raison de défendre d'introduire l'un plutôt
que l'autre, puisque le préjudice sera le même. Par conséquent, pour
— 441) -
justiiler cette différenoe de traitement entre l'inventeur breveté et ceux
qui ne sont pas inventeurs, il faudrait une autre raison; il faudrait que le
brevet plaçât l'inventeur dans une situation particulière, et que Ton
pût dire alors que si, en effet, on lui impose une certaine obligation, ce
n'est qu'à cause d'autres avantages qui lui sont faits. Mais, il n'eu e»t
rien. On essaye de donner un argument; ou dit : Pardon! tous ne pou-
vez pas être placé sur le même pied que nous, parce que, comme votiv
invention est brevetée, nous ne pouvons pas, nous les tiers, faire con-
currence à ces produits que vous faites fabriquera l'étranger, tandis que
nous pouvons faire concurrence à ceux qui ne sont pas brevetés.
Il y a là une en*eur. On pourra faire concurrence au breveté avec des
objets analogues. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre, je crains
beaucoup de ne pas être très clair; mais si je pouvais vous exposer bien
clairement la question dans cette communication forcément éeourtée,
vous reconnaîtriez. Messieurs, que rien absolument ne justifie l'aj^lica-
tion d'un traitement différent à Tindastriel qui est breveté et à celui
qui ne l'est pas, au point de vue de l'importation des produits de leur
commerce.
Je vais plus loin. Non seulement un marchand de machines à coudre,
par exemple, peut demander ses machines à Tétranger, bien qu'il soit bre-
veté, comme le fait son confrère non breveté, sans nuire plus que celui-ci
à l'industrie nationale au point de vue ,de la quantité de main-d'œuvre
qui lui est enlevée ; non seulement il est faux de dire que l'on ne peut
pas faire concurrence à une machine brevetée, car on le peut sinon avec
le même système, *du moins avec les systèmes analogues tombés dans le
domaine public et avec d'autres systèmes nouveaux et brevetés égale-
ment; mais, bien plus, la coQcurrence étrangère serait moins à redouter,
si on avait le droit d'introduire seulement des objets brevetés, et qu'où
n'eût pas le droit d'introduire ceux qui ne le sont pas. £n effet, quand un
objet est breveté, l'inventeur peut tenir ses prix, personne ne pouvant
lui faire concurrence avec le même objet ; or, s'il tient ses prix, on évite
le plus grand danger de la concurrence étrangle, qui n'est redoutable que
par le bas prix et non parce qu'elle donne d«s produits meiUeurs ; l'in-
venteur aura fait fabriqier à meilleur marché, il mettra plus d'argot
dans sa poche, voilà tout ; aucun constructeur étranger ne pouvantfaire
la même machine que lui, l'avilissement des prix n'est pas à craindre. En
réalité, on aurait donc plutôt des raisons pour interdire d'introduire les
objets qui ne sont pas brevetés que ceux qui sont brevetés. — Je ne m*ar>
rêterai pas plus longtemps à discuter, au point de vue du droit, cette
question, — purement hypothétique, — d'une faculté illimitée d'introduc-
tion laissée à l'inventeur, et, rentrant sur le terrain des faits, je vais
rechercher dans quelle mesure la convention du 20 mars lui permet Tin-
troductiou.
L'émoi qu'il y a eu dans les chambres de commerce vient de ce qu'on
— Ul —
a eru qu'elle supprimaitt pour Tinventeur, la nécessité de fabriquer en
France. Je crois que c*e8t tout à fait inexact, et je suis d'accord avec la
thèse soutenue dans un journal industriel par un avocat très compétent.
Il y a, a l'article 5, en effet, un second paragraphe ainsi conçu :
« Toutefois, le breveté restera soumis à Tobligation d'exploiter son
brevet conformément aux lois du pays où il introduit les objets brevetés. »
11 faut expliquer que la loi française contenait, entre autres, deux cau-
ses de déchéances : Tune était l'introduction ; l'autre était le défaut d'ex-
ploitation. A la conférence, on a agité la question de savoir s'il fallait
supprimer cette seconde cause de déchéance, comme la première, mais
on n*a pas pu se mettre d'accord sur ce point. On a donc ajouté le para-
gfraphe 2 pour établir que la question était réservée, et que chaque pays
conserverait, à cet égard, sa loi particulière. Il n'y a donc rien de changé
eo France, quant à l'obligation d'exploiter.
Or, la jurisprudence française a toujours été que, exploiter c'était cons*
truire et fabriquer en France même.
Donc, je crois que les tribunaux n'auront qu'à persévérer dans leur
jurisprudence pour obliger le breveté à fabriquer en France sous peine,
de déchéance. Si le breveté, s'emparant du paragraphe 1^' de l'article 5,
dit : Je peux introduire. — Oui, lui répondra le tribunal, mais cela ne
doit pas constituer le principal moyen de remplir vos magasins. Le second
paragraphe n'aurait pas de raison d'être s'il n*avait pas ce sens-là ; jo
crois, dès lors, qu'on a peut-être un peu trop peur, et je remarque que,
parmi ceux qui ont donné à l'article 5 cette interprétation d'après la-
quelle on n'aurait plus besoin de fabriquer en France, personne n'a parlé
du paragraphe second. S'il se trouve un adversaire de la convention qui
puisse expliquer pourquoi ce second paragraphe a été introduit, si ce
n'est dans ce sens-là, je serais heureux de Tentendre.
Remarquez, Messieurs, que les procè»*verbaux de la conférence mon-
trent bien qu'on n'a rien voulu changer à ce qui existait dans chaque
pays au point de vue de l'exploitation, et que, par conséquent, la juris-
prudence de nos tribunaux doit rester absolument ce qu'elle était. On
n aura plus besoin de demander la permission au ministre pour intro-
duire, mais rien ne sera changé à part cela. Il y aura une appréciation
de fait pour les tribunaux, qui diront : Voici un breveté qui a introduit
2 machines sur 100 qu'il a vendues, il n'a pas abusé du droit que lui con-
fère l'article â. Un autre, au contraire, sur 10,000 machines, en aura fait
venir 9,000 de l'étranger ; celui-ci n'aura exploité en France que pour
la forme, et on fera déchoir son brevet. Ce sont là des questions de fait,
elles tribunaux, tous les jours, sont obligés d'apprécier des questions de
ce genre.
Ah! sans doute, lorsque la loi disait qu'un seul cas d'introduction était
une cause de déchéance, c'était plus net et plus simple, mais il y avait
des inconvénients, et on en a souvent constaté. Je suppose qu'un de vous,
— U2 —
établi à Tétranger, prenne un brevet en France ; la loi Tobligeant à
exploiter, il y aurait quelque inconséquence à lui retirer les moyens de
le faire : on doit tenir compte qu'il n'est pas facile d'installer à des cen-
taines de lieues de distance une fabrication nouTclle. Or, avant la coii-
vention on n'avait le droit d'introduire un modèle que pour les machines,
et, lorsqu'on demandait un permis au ministre, pour autre chose qu'une
machine, on ne l'obtenait pas, même pour un seul modèle. L*article S, en
supprimant toutes ces entraves, semble devoir être le meilleur moyen do
répandre les inventions étrangères en France ; il faut seulement que cela
n'empêche pas de fabriquer chez nous l'objet de l'invention. Remarquez,
qu'un pays, très souvent, s'enrichit au moyen d'inventions provenant do
Tôtranger. Autrefois, on introduisait subrepticement quelques modèles,
pour tâter le terrain, et savoir quelle chance on avait de réussir ; posr
provoquer une commande, on mettait une machine en essai dans une
fabrique française. La chose se fera maintenant ouvertement. On a sou-
vent cité l'exemple de M. Siemens, qui a quitté son pays, l'Allemagne,
parce qu'il n'y trouvait pas une protection sérieuse (on disait aussi, en
Allemagne, alors qu'il fallait être très dur pour les inventeurs, afin d'as-
surer la liberté du travail national), et cet inventeur de grand talent,
qui désirait récolter ce qu'il aurait semé est allé en Angleterre, où il a
fabriqué, bien qu'en Angleterre on soit li])re d'exploiter son brevet sim-
plement en introduisant de l'étranger, si on le trouve meilleur.
J'insiste sur ceci, que si l'inventeur est en présence d'une loi qui dit
de fabriquer tout en France, et qu'il n'y trouve pas intérêt, il se résigne
à la déchéance et introduit sans permission : on fait déchoir son bi'evet
pour ce fait; maintenant, on ne le pourra plus. Mais l'Angleterre et tous
les pays, ù. l'exception d*un seul, n'ont pas cru avoir besoin de cette
arme. Y a-t-il chez nous une situation économique particulière qui ne
nous permette pas de faire ce que font les antres nations? Je ne l'exami-
nerai pas, mais je ne crois pas qu'il y ait grand danger à permettre l'in-
troduction, surtout si cette faculté est balancée par l'obligation d'exploi-
ter, car il y a la ressource de prononcer la déchéance, le jour où on
abuserait de la faculté d'introduire.
Je dois sgouter, pour être complet sur cet article, que ses adversaires
ont cru que, en le combinant avec l'article 3, qui assimile aux citoyens
d'un État les étrangers qui y demeurent ou y ont un établissement, il
permettrait d'introduire en France des objets brevetés fabriqués hors
de l'Union. Cette crainte est sans fondement, car l'article 3 donne à Té-
iranger le même droit qu'au national; or, le national ne peut introduiro
lui-même que des pays qui sont adhérents à la convention. Quand on a
dit que l'Allemagne et les États-Unis allaient introduire chez nous une
grande quantité de produits brevetés et nous en inonder, on s'est trompé;
ce ne sont pas des pays dont on puisse faire venir des marchandises, car
ils n'ont pas adhéré à la convention, jusqu'à présent.
On a prétendu que la convention était ruineuse pour la France, et
qu'aussi tous les États étrangers s'étaient empressés d'y adhérer. Cela
n'est pas exact, car la moitié seulement des États représentés à la con-
férence ont adhéré; les États-Unis et beaucoup d'autres nations se sont
abstenues.
En résumé, Messieurs, je crois que, dans cotte convention, on ne peut
considérer comme pouvant être dangereuse qu'une seule innovation,
c'est celle apportée parTarticle S, qui permet d'introduire; mais, d'après
notre jurisprudence, en France, je crois aussi que le mal aura peu
d'étendue et ne sera pas sans contre-partie. Je crains de n'avoir pas été
assez heureux pour me bien expliquer sur ce point, mais je persiste à
croire qu'on n'a aucune raison, ni de droit, ni do fait, pour empêcher
Tinventour d'introduire de l'étranger en Franco, en le soumettant seu-
lement à des droits protecteurs, comme les autres importateurs, si Ton
juge nécessaire d'en établir. Et si l'on m'objecte qu'on ne le peut pas
parce que nous ne sommes pas actuellement maîtres de nos tarifs, je
réponds : De quel droit ferait-on payer la rançon par une classe de
citoyens plutôt que par une autre ?
J'ai cru, Messieurs, que cette importante question de la convention
internationale sur la propriété industrielle devait être portée devant
vous.Il y a,en ce moment,une véritable campagne menée contre ceJle-ci,
campagne dont lej promoteur est un journal de droit qui a rallié à son
opinion plusieurs chambres de commerce. J'ai là par exemple, le rapport
adressé à la Chambre de commerce de Paris; on y déclare la convention
mauvaise, et on demande la dénonciation. Je crains que le mouvement
ne se continue dans le même sens. Si la Société des Ingénieurs civils
devait étudier la question à fond, je voudrais qu'elle pût lire ce rapport
présenté à la Chambre de commerce de Paris.
Il me paraît renfermer des erreurs très évidentes; on peut être parti-
san de tel ou tel système, sans doute, mais, ici, il y a des erreurs de
fait incontestables et on ne peut douter qu'elles n'aient eu une grande
influence sur le vote et sur le vœu qu'on a transmis au ministre.
Il importe de remarquer que la convention du 20 mars n'a pas été une
affaire bâclée f ce n'est pas simplement l'œuvre de quelques diplomates;
tout cela avait été travaillé depuis vingt ans, cela a fait l'objet de deux
congrès, où il y avait beaucoup de gens expérimentés ; tout le monde
avait donné son avis : la Société des ingénieurs allemands, la Société des
ingénieurs et architectes de Vienne, des sociétés d'ingénieurs anglais,
etc., s'étaient prononcées dans le sens de la convention. Ainsi, pendant
vingt ans, tous les hommes compétents réclament une certaine mesure,
après quatre ans d'efforts, le gouvernement français, qui a pris la cause
en main, décide quatorze autres États à s'entendre avec lui sur ce sujet;
et puis voilà qu'aussitôt après, des chambres de commerce demandent la
dénonciation de la convention et déclarent que ce travail, préparé pen-
— 444 —
dant vingt années de laborieuses études, u'a pas le sens commun! Il y
a certainement quelqu'un qui a raison : ou ceux qui demandent de dé-
noncer la convention, ou ceux qui, plus éclairés, Tont réclamée; il faut
choisir entre Topinion des uns et des autres, et si les premiers se trom-
pent il est urgent de le dire.
Si cette question ne vous intéressait pas, je n'aurais pas traité ici un
sujet aride, qui n'a rien d'attrayant par lui-même, mais cela touche pro-
fondément à l'industrie, et vous trouverez dans les mémoires envoyés
par les sociétés d'ingénieurs de l'étranger aux congrès rappelés ci-des-
sus, des propositions dans le sens de la convention. Or , si cette con-
vention doit être avantageuse, il ne faudrait pas que le ministre eût, on
quelque sorte, la main forcée par les objurgations des chambres de
commerce, car, après avoir déchiré lui-même l'œuvre de la France, il no
pourrait pas la refaire de sitôt.
En terminant, je remercie l'assistance de sa bienveillante attention; je
n'ai pas la prétention d'avoir bien plaidé ma cause, mais, quant à moi,
bien que je ne trouve pas la convention parfaite (j'ai eu moi-même oc-
casion d'écrire au Bureau international pour demander des explications
sur des articles insuffisamment clairs), je crois que le fond en est boa ;
il convient donc de se faire une opinion pour enrayer le mouvemcni
d'opposition, si réellement il provient d'un jugement mal éclairé.
M. le Président remercie M. Assi de sa communication ; la question
est un peu délicate, très intéressante et très importante. Quelque mem-
bre de la Société a-tril des observations à présenter?
M. Simon demande la parole à propos d'un passage de la communica-
tion de M. Assi sur les marques de fabrique. Il a dit, que, lorsque sur
les objets fabriqués le nom d'une ville figurait seul, on ne pouvait pas
poursuivre en contrefaçon. M. Assi n'a-t-il pas été un peu loin, et la loi
française n'autoriserait-elle pas la chambre de commerce de Sedan, par
exemple, à poursuivre les étrangers qui mettraient sur leur étoffe : Drap
de Sedan. M. Simon croit que cela suffirait pour qu'on pût saisir lu
marchandise comme marchandise contrefaite.
M. Assi. Cela a été jugé en sens contraire.
M. Albert Cahen. Il y a un arrêt de la Cour de cassation qui donne
appui à l'observation de M. Simon,
M. Simon. Il n'est pas possible de dire que Ton peut vendre une mar-
chandise portant un nom de ville dont cette marchandise n'est pas origi-
naire, et qu'il est interdit de poursuivre en contrefaçon.
M. Assi. Je parlais d'après la convention. D'après la tonventiou, quand
vous ne faites qu'employer le nom de la localité, on ne peut pas vous
saisir. Vous échappez à l'article 10.
M. Simon. Je crois qu'il est bon de ne pas soutenir cette opinioDt
parce qu'il y a là. un fait de contrefaçon, et on n'a pas pu rautoriser.
M. Assi. Le terme de la convention est formel. {Lisez-le !)
— 4« -
Je vais le lire.
« Art. 10. — Les dispositions de l'article précédent (saisie à l'impor-
» tation) seront applicables à tout produit portant faussement, comme
» indication de provenance, le nom d'une localité déterminée, lorsque
•> cette indication sera jointe à un nom commei»cial ftctif ou emprunté
» dans une intention frauduleuse.
9 fist réputée partie intéressée... etc. »
Du reste, "M. Barrault avait déjà signalé ce fait dans une communica-
tion précédente.
M. SfMON, Le fait a été jugé. Précisément les chambres de commerce
ont été, croyons-nous, autorisées à poursuivre en leur nom collectif, lors-
qu'il n j a pas un nom d'individu.
M. Albert Cahen. C'est jugé.
M. Armengaud. Tout récemment la chambre de commerce de Lyon,
d'accord avec la chambre syndicale des fabricants de soie, a décidé dé
faire apposer une marque générique sur tous les article^ de la fabrica-
tion lyonnaise : les armes de la ville de Lyon, par exemple ou un sym-
bole unique de façon à permettre aux fabricants lyonnais de se défendre
contre la concurrence étrangère.
M. GiNÈs. Ce n'est pas le mot Lyon. — (Mouvement et bruit).
M. LE Président. Messieurs, nous n'avons pas encore agité la soiniettc
cette année. (Rires.)
Cette question est très délicate, et les jurisconsultes ne sont pas d'ac-
cord sur les mêmes faits. Quand on étudie Dalloz, on voit qu'il y a dix
jugements contraires pour les mêmes faits. Pendant quatre ans, on juge
d'une certaine façon, et, les quatre années suivantes, il y a un avocat
distingué qui a changé l'opinion régnante, et on juge d'une autre ma-
nière, de sorte qu'il faut toujours avoir l'équité pour soi. Quand on
s'amuse à mettre le nom d'une ville étrangère sur sa marchandise, on
vole la ville tout entière au lieu de ne voler qu'un individu : le vol est
plus considérable, voilà tout.
M. Casalonga. Je demande la parole. Je commencerai par éliminer
tout ce qui est relatif aux marques de fabrique et de commerce, au nom
commercial, et au nom de localité ; ces matières sont ici encore plus
étrangères que celles relatives aux brevets d'invention, et d'ailleurs ce
n'est pas là que réside le point le plus important du débat ; je m'appe-
santirai seulement sur l'article S, qui est le grand cheval de bataille de
la discussion qui» a lieu ce soir ici et des autres discussions qui ont déjà
eu lieu ailleurs.
Tout à l'heure, en entendant M. Assi, il me semblait remarquer qu'il
faisait une certaine confusion au sujet de la faculté d'introduire en
France des objets brevetés et fabriqués à l'étranger.
— 440 —
Je crois qu'il ne remarquait pas suffisamment qu'il s'agissait ici de
brevets pris par des étrangers, et (jue le législateur de 1844 avait, à
tort ou à raison, cru devoir défendre l'industrie nationale contre la fabri-
cation étrangère. Voilà le point de départ; c'est pour cela qu'on n'avait
jamais admis Tintroduction d'objets fabriqués à l'étranger, et c'est pour-
quoi il y a eu un toile général qui a trouvé un écho dans les chambres
de commerce même.
Quant à savoir si l'on juge bien aujourd'hui ce point, c'est une autre
question ; je crois qu'il y a un peu d'exagération et que, autant que j'ai
pu le retenir, l'opinion de M. Simon s'en ressent ; il ne faut pas considé-
rer comme un mal très grave la permission accordée aux brevetés étran-
gers d'introduire leurs machines en France. Ce n'est pas qu'il faille
croire qu'il existe encore quelque chose de la barrière élevée par l'article
de la loi de 1844; et MM. Simon et Assi me paraissent avoir oublié que,
pendant plus de deux ans, les étrangers ont la faculté pleine et entière
d'introduire ; conséquemment s'il devait en résulter un dommage, ce
dommage pourrait être très grand : il ne faut pas se le dissimuler, pen-
dant les vingt-huit ou vingt neuf premiers mois, les étrangers peuvent
introduire très largement, sans aucune entrave . et sans que même la
rigueur des tribunaux puisse s'exercer. Ce n'est qu'après ce délai que
l'exploitation devient obligatoire en France, et que les tribunaux pour-
raient mettre un frein à l'abus de l'introduction des produits étrangers;
maïs qui sait ce qu'ils décideraient et comment ils distingueraient entre
l'exploitation à exiger de l'étranger et celle à exiger du régnicole
breveté ?
Ce doute est permis, alors qu'on pourrait presque se demander si vrai-
ment un magistrat français ne ferait pas de l'introduction un cas de
déchéance ; car la loi de 1844, malgré la convention, qui u*a fait que
passer sans discussion devant les Chambres, n'a été ni abrogée, ul
modifiée.
M. Assi. Pardon, la convention a été soumise aux Chambres et pro-
mulguée à VOfficieL
M, Casalonga. Eh bien, j'admets que, sur ce point, les tribunaux
pourront se montrer sévères ; mais la barrière n'en doit pas moins être
considérée résolument comme tout à fait abaissée pendant plus que les
deux premières années, et c'est suffisant pour causer du dommage à l'in-
dustrie française.
Seulement, je le répète, je ne crois pas que l'inconvénient soit aussi
grave qu'on paraît le redouter; car si d'une part il peut résulter de l'in-
troduction un certain dommage pour l'industrie nationale, d'autre part,
il y a, surtout pour les consommateurs, une compensation ; en effet,
quand on introduit une machine construite à l'étranger, cette machine,
qui travaille dans le pays, produit des résultats qui donnent une lai^e
compensation. Donc, il ne faut pas considérer comme un grand malheur
— 447 —
que les ctraugers amènent des machines qui, étant généralement perfec-
tionnées, nous donneront des produits meilleurs et à meilleur marché, et
nous apprendront à faire aussi hien, si ce n'est mieux.
Ce qui rend cette question délicate, c'est que Ton y trouve toujours en
opposition ces deux intérêts contraires, auxquels faisait allusion M. Simon,
en rappelant les traités de 1860 ; il s'agit de la lutte qui existe entre les
libres-échangistes et les protectionnistes ; les premiers sont consomma-
teurs, les seconds sont producteurs; on conçoit qu'ils ne puissent pas
être traités par une méthode unique.
Je crois cependant qu'on pourrait peut-être satisfaire les deux intérêts
opposés, en décidant que toutes les machines qui, étant brevetées en
Pi-ance, j viendraient de l'étranger, seraient frappées à l'entrée d'un
double droit; moyennant lequel l'introduction serait permise. Je pense
que ce serait une manière équitable de trancher la question en donnant
satisfaction à une minorité importante, qui a créé un courant d'opinion
très accentué et, en apportant cet amendement à l'article en question, je
ne m'effrayerais pas qu'il fût maintenu.
Je ne sais pas quelle est sur ce point l'opinion de M. Simon, mais je ne
serais pas d'avis qu'on se prévalût de l'article 5 considéré pour dénoncer
la convention. Si cela arrivait, les États étrangers prendraient probable-
ment la même mesure à notre égard et ne permettraient pas aux machines
françaises brevetées de pénétrer en Italie, s'il s'agit des Italiens, ou en
Kspagiic, s'il s'agit des Espagnols. Je crois que ce serait un mauvais
conseil à donner aux Chamî)res, au ministre, que do leur demander de
dénoncer la convention à cause de l'article 5.
En somme, cette convention, qui est susceptible de perfectionnement,
a pou changé, pour ce qui est des brevets d'invention, l'état de choses
existant, ses seuls points saillants sont : que l'introduction des objets
brevetés provenant des Etats contractants sera permise, et que six mois
de privilège seront accordés aux inventeurs de ces États, ("'est déjà
quelque chose, et c'est une base qui peut permettre de faire quelque
chose de mieux plus tard, si nous avons la bonne fortune d'amener nos
collègues à se passionner un peu pour ces questions, qui leur sont restées
j»isqu*ici un peu étrangères. (Très bien! — Applaudissements.)
M. Marbelet. m. Casalonga vient d'expliquer comment l'article o
n'a pas d'inconvénient, au point de vue de l'introduction des objets bre-
vetés. Notre collègue M. Simon paraît avoir visé spécialement les pays
qui n'ont pas adhéré à la convention internationale ou bien qui n'ont pas
de lois pour la protection de la propriété industrielle; il paraît s'attacher
surtout à l'Allemagne, à. l'Autriche, à la Suisse et à la Hollande, et inter-
prétant l'article 8, il dit : « Il suffira aux étrangers qui n'ont pas adhéré
à la convention d'avoir un petit établissement industriel, ou même une
iigence commerciale en Suisse, pays qui n'accorde pas de garantie pour
ies inventions, pour qu'ils puissent introduire en France, par la Suisse,
— VàS —
les produits allemands, de telle sorte que les fabricants fi*ançais qui
exploitent des industries analogues ne seront pas fondés à considérer le
brevet français comme déchu, et ne pourront pas, par consé<taeiit,
fabriquer dans notre pays ces produits brevetés, pendant que notre II)a^
ché coutinnera à être inondé de produits de provenance étrangère. Je
crois que M. Simon n'a pas bien compris le sens précis de TarticleS dont
le premier paragraphe est ainsi conçu : « L'introduction par le breveU'*,
» dans le pays où le brevet a été délivré, d'objets fabriqués dans l'un ou
» l'autre des États de l'Union n'entraînera pas la déchéance. »
Ou ne peut donc, d'après ëela, introduire eu France, que des produite
fabriqués dans un pays de l'Union ; on n'aurait pas le droit d'introduire
eu France des articles fabriqués en Allemagne, en les faisant passer le
canal d'un pays adhérent, de la Suisse par exemple ; la convention n'au-
torise donc pas absolument l'introduction des produits non fabriqués en
France. Je tenais à insister sur ce point.
11 y a un autre point important à signaler : c'est Tavautage que pri-
sente Tai^ticle 4 de la convention, en vertu duquel le breveté français a
un droit de priorité absolument établi dans tous les pays adhéreut"^.
pendant un certain délai : six mois, pour les bi*evets d'invention. Ancien-
nement, lorqu'un inventeur français avait payé à grand'peine les fraiî»
de son brevet, il était obligé, pour s'assurer de la propriété de son
invention dans les autres pays, de faire de grosses dépenses auxquelles
il ne pouvait pas toujours suffire ; tandis que maintenant, il a six moi$s
devant lui. L'introduction possible de produits et de machines des pavs
étrangers en France et le droit de priorité sont deux avantages impor-
tants de la convention internationale et qui ne peuvent qu'être apprécier
par les ingénieurs.
M. Simon. Un mot seulement. Je suis très heureux de toutes les obser-
vations qui m^ont été faites et qui prouvent la nécessité de cette discus-
sion. Pour répondre aux questions de M. Casalonga, j'ajoute que je suis
partisan de la convention, en principe, mais je crois qu'il convient de la
re viser ; la loi de 1844 coexiste avec cette convention et il y a un certain
danger à ne pas mettre la loi de 1844 d'accord avec la convention iutor-
nationale. Eu ce qui concerne Tintroduction, je pense que l'article 5 ne
limite pas suffisanmient cette introduction, qu'elle est nécessaire pour
l'industrie française mais non d'une façon illimitée, aussi longtemps que
nous aurons des traités de commerce. Kniln, il est un point que j'aui'ai^
voulu voir traiter par notre collègue. D'après la convention, les bi-eveté^^
français ont le droit de faire fabriquer à l'étranger et d'introduire eu
France ces produits fabriqués à l'étranger...
M. Mardelet. La convention dit : « dans un pays de l'Union. »
M, Simon. Vous voyez qu'il y a nécessité à limiter Farticle 5, car il
n'est pas possible que certains de nos nationaux échappent aux charges
qui pèsent sur les autres. Un industriel français, parco qu'il a une invou-
— 449 ~
tion brevetée, peut faire fabriquer à Tétranger, où la main-d'œuvre est à
meilleur marché et introduire en France des produits qui échappent à la
main-d'œuvre franeaii^e.
M. CiSALONGA. La question que soulève M. Simon mérite d'être consi-
dérée, et je crois qu*il ne faut pas la résoudre à la légère ; il s'agit, en
en effet, de savoir si la convention doit assimiler, en France, l'inventeur
national à l'inventeur étranger : il y faut beaucoup réfléchir. Nous som-
mes, du reste, sur un terrain sur lequel je ne pense pas que nous ayons
à nous placer ce soir. Tout à l'heure, on me faisait le reproche de n'avoir
pas discuté certains points ou répondu à certaines critiques. Il y aurait
beaucoup à dire, et le temps nous fait défaut ; il y a cependant une ques-
tion importante, à laquelle je regrette que l'on n'ait pu s'arrêter : c'est
celle de l'examen préalable. J'espère bien que, pour mon pays, jamais ou
n'adoptera ce système détestable; Je vous demande pardon de l'expres-
sion, mais elle rend bien ma pensée.
M. LS Président. Je demande la permission de clore la discussion ; car
nous avons encore une question importante à traiter.
«
M. Albert Cahen n'ajoutera qu'un mot àla discussion qui vient d'avoir
lieu, l'heure avancée ne permettant pas d'entrer dans les développements
que comporterait une question aussi grave.
L'article 32, paragraphe 3, dont la convention industrielle internatio-
nale a prononcé la révocation, était un véritable leurre, une disposition
purement théorique, inapplicable dans la pratique.
En effet, cet article dit :
« Sera déchu de tous ses droits, le bi*eveté qui aura introduit en Franco
» des objets fabriqués en pays étranger et semblables à ceux qui sont
» garantis par son brevet. »
La déchéance prévue par cet article n'était donc encourue que lors-
que le fait d'introduction était personnel au breveté lui-même, et quand
des tiers venaient invoquer cette déchéance devant les tribunaux, soit
par voie d'action principale, soit comme moyen d'exception dans une
action en contrefaçon, c'était à eux à faire la preuve de cette introduc-
tion personnelle, du fait du breveté, Or, il faut bien le reconnaître, cette
preuve est impossible à faire.
D'autre part, le breveté étranger qui voulait tourner cette disposition
illusoire de la loi, n'avait que l'embarras du choix parmi les moyens à
employer. Il livrait ses produits à un tiers, dans son pays; et c'était ce
tiers qui, en seconde main, introduisait, sensément à ses risques et
périls à lui, les objets en France. Et la farce était jouée !
Faut-il se plaindre que la convention ait fait disparaître de telles dis-
positions surannées et inapplicables dans la pratique, l'orateur ne le
pense pas, et cette seule raison de l'impossibilité d'appliquer un tel arti-
cle de la loi devrait suffire à justifier sa suppression.
Bill. 30
— m —
M. Assi. M. Casalouga disait tout à l'heure quou aura au moios deax
années pour introduii*e librement; mais il se passe toujours un certuÎD
temps avant que la fabrication ne commence ; donc, dans les deux pre-
mières années, on introduira peu.
M. LB PliÉsioSNT. Je crois que nous devons arrêter là la discussion,
mais elle n'est pas complète ; c'est une question très délicate qu'il faut
approfondir, et je ne doute pas que nous n* ayons une nouvelle séance
pour traiter un jour cette importante question.
M. Armengaud. U y a un projet de loi, pour réformer la loi de 1844,
qui a été déposé k l'ancienne Chambre, et tendant en particulier à pro-
longer la durée du brevet de quinze à vingt ans. Il faudra en profiter
pour mettre la nouvelle loi en harmonie avec la convention internatio-
nale et pour qu'on ne retire pas d'un côté ce qu'on ajoute de l'autre.
M. Assi. n y aurait intérêt à reprendre bientôt la discussion pour déci-
der si la convention doit être maintenue ou abandonnée, car en Allema-
gne, il se produit un grand mouvement en faveur de l'adhésion et les
chambres de commerce d'Allemagne la proposent. En Espagne, on s'est
ému des critiques que la convention a soulevées chez nous, et voilà un
certain nombre d'Espagnols qui demandent que leur pays se retire de
rUnioiK
M. UL PAÉSfl)£NT. Nous donnons rendez-vous^ à une séance ultérieure,
à tous les membres que la question intéresse, et nous fermons la discus-
sion.
M. LE Président. Messieurs, nous arrivons à la quatrième pai*tie d*'
l'ordre du jour. Je vous demande donc de vous transformer, par un vote
spontané, en Assemblée générale extraordinaire, si personne n'y fait
opposition.
Nous sommes donc constitués en Assemblée générale extraordiuai^^
et nous pouvons examiner la question qui vous est soumise.
Vous savez que nous avons reçu, au mois de janvier dernier, de la
part de madame Fusco, sœur de notre regretté colique, M. Geyler» une
munificence considérable* puisqu'elle nous instituait ses légataires uni-
versels,concurremment avec nos amis de l'Association amicale des anciens
Élèves de l'École centrale. Le premier testament de madame Fusco, qui
avait été fait sous l'inilucuce de sou frère et sous Tinfluence de Tanii
intime de celui-ci, M. Huet» ce premier testament nous était très
favorable ; il n'y avait pas de disposition qui pût nous embarrasser et
nous inquiéter un peu et la décision à prendre aurait été très simple. Malt)
il y a eu trois ou quatre testaments, il y a eu des codicilles qui sont venus
modifier les premières dispositions, de sorte que nous nous sommes trou<
vus dans une situation un peu délicate ; c'est pourquoi nous sommes airi*
vos du mois de janvier au mois d'octobre sans vous avoir encore con-
sultés.
— 151 —
Dès le premier moment, en voyant ces difficultés appai*aitre, uousavoui^
dû nous munir de conseils pour sauvegarder les intérêts de la Société.
Nous avons demandé au Président du Trifounalcivil de nommer un admi-
uistrateur judiciaire y et nous avons constitué notaire el; avoué. Le notaire
désigné a été celui de madame Fusco, et, pour avoué, ik>us avons choisi
un des plus estimés de Paris.
Nous avons dû d'abord nous préoccuper du paiement des droits. Nous
étions très embarrassés ; si nous avions dépassé les six mois axés par la
loi, rËtat serait venu et aurait dit: Tant pis pour vous, vous payerez les
doubles droits ; — et, comme ils sont considérables, nous aurions une
fort mauvaise affaire. Comme il y a des legs particuliers, — comme
madame Fusco a laissé notamment à sa cousine, madame Régnier, un
legs de 30,000 francs, — nous avons prié le Président du Tribunal de
vouloir bien examiner la question, et il a décidé que nous n'avions qu'à
pajer les droits pour la totalité, mais au nom de madame Régnier, hén-
tièrc du sang. C'est ce qui a été fait en temps voulu. Puisque nous ne
sommes pas parents de la testatrice, nous aurons à payer plus tard une
certaine différence ; mais tant que nous ne serons pas en possession du
legs universel, l'État n'a rien à nous demander ; nous ne pouvons pas
être poursuivis et forcés de payer double droit.
Mais, au cours de ces incidents et au cours des inventaires, qui sont
toijgours très longs, il est survenu certaines difficultés. Une des personnes
ayant obtenu un souvenir de madame Fusco, a demandé que les legs en
9a faveur qui se trouvaient répétés inégalement dans deux testaments
distincts vinssent se cumuler. De là, un premier procès. L'inventaire
n'ayant pas été, je ne sais pourquoi, accepté par le quatrième exécuteur
testamentaire, qui a refusé de le signer, nous n'avons pu donner à
madame Régnier le mobilier qui lui a été légué et nous avons été forcé
do laisser courir le bail de l'appartement occupé par madame Fusco ;
madame Régnier, voyant que nous ne pouvions pas lui livrer le mobilier,
nous a fait un second procès. Tout ceci vous explique pourquoi nous n'a*
vous pu vous rendre plus tôt compte de cette affaire.
Bnân, après mûre réflexion et un examen aussi attentif que possible, le
Bureau et le Comité se sont arrêtés à la décision que je viens vous sou-
mettre.
D'après nos conseils, l'Association amicale des anciens élèves de rÊ»
cole centrale et la Société des Ingénieurs civils, légataires universels
de madame Fusco, la première pour les deux tiers et la seconde pour le
tiers restant, ne courent absolument aucun risque à accepter, dès à pré-
lient, le testament, très généreux à notre égard, de madame Fusco, mais
seulement sous bénéflee d'inventaire ; cette acceptation nous permettra
de faire toutes les démarcbes indispensables auprès du Ministre du Com-
merce et dji Conseil d*État.
Kullu, lorsque nous aurons reou les autorisations nécessaire.^ pour puu«
— 452 —
voir être mis eu possessiou, la questiou est tcliemeut délicate^, àcertain^
points de vue, que nous serons certainement obligés de venir devant le
Président du Tribunal civil, pour le prier de nous guider et de nous dli'e
de quelle manière nous pourrons et nous devrons remplir les obligations
qui nous sont imposées par le testament de madame Fusco. Ces obliga^
tiens sont telles qu'on peut affirmer que la généreuse donatrice et son
frère ont plutôt pensé à nos fils qu'à nous-mêmes. Comme la Société est
établie sur des bases solides, cela n'a pas d'inconvénient. 11 faut que, sur
les capitaux qui nous reviendront, nous prélevions une somme de 100,000
francs, et que cette somme soit placée à intérêts composés, de manière
à produire une seconde somme de 100,000 francs. Quand cette seconde
somme aura vu le jour, nous aurons le droit de la verser dans notre cais-
se, et alors, nous devrons reprendre les premiers 100,000 francs et lea
replacer de nouveau.
Vous vous rappelez, d'après vos études d'algèbre, que si on place un
centime à intérêts composés, au début de l'ère chrétienne, cela fioit par
faire une somme qui ne peut pas se lire, tellement il y a de chiffres accu-
mulés. Il est clair que, dans cinq cents ans, nous aurons une fortune
considérable, mais nous n'en sommes pas encore là.
S'il est prouvé néanmoins que nous pouvons réaliser ces 100,000 francs
et les placer à intérêts composés, nous n'avons qu'à obéir aux condition?
du testament de madame Fusco. quand même nous serions gênés pen*
dant quelque temps pour supporter les charges momentanées que sa vo-
lonté nous a imposées.
J'ai dit qu'il a été décidé que nous accepterions sous bénéfice d'inven-
taire : c'est à cause de la nature des valeurs constituant la majeure par-
tie de la fortune de madame Fusco ; si cette fortune avait consisté en
immeubles dans Paris ou en rentes sur l'État, nous accepterions immédia-
tement, et d'une manière ferme ; mais, malheureusement pour nous, la
fortune de madame Fusco est en valeurs industrielles, et nos statuts nous
disent que nous n'avons pas le droit d'avoir dans les mains des valeurs
industrielles. Ce sont des questions à soumettre au Conseil d'État. Coninie
c'est un don fait d'une manière spéciale à la Société, il est possible que
le Conseil d'État nous accorde de conserver ces valeurs industrielles; il
est possible aussi qu'il nous dise : Il faut les transformer en valeurs fe^
mes : il peut avoir ses raisons pour cela. Vous savez qu'on ne peut jamais
répondre de valeurs industrielles ; il peut arriver qu'une entreprise croule.
($ans faute aucune, et les revenus sur lesquels nous comptons pour sati^
faire aux conditions imposées par madame Fusco, pourraient nous man-
quer. Elle impose la fondation d'un prix de 8,000 francs, elle impose une
bourse à créer et à entretenir à l'École centrale, il y a plusieurs dispo-
sitions qui nous obligent. Vous vous expliquerez facOement qu'en raison
des valeurs industrielles dont j'ai parlé, nous soyons forcés d'accepter
cet héritage sous bénéfice d'inventaire. Jusqu'à ce que k Conseil d'Etat
— 4S3 —
aittrauché la question au mieux des iniérêès de la Société, nous ne cou-
rons aucun danger.
M. Geyler a eu les intentions les plus généreuses pour la Société,
madame Fusco les a suivies ; M. Huet, notre collègue, y a participé do
son mieux. Un refus ne se comprendrait donc pas. Mais la prudence nous
est commandée, et personne ne peut nous la reprocher.
Je propose deux choses distinctes à l' Assemblée :
1^ D'abord de remercier très vivement M. Huet de ce qu'il a fait
auprès de madame Fusco, pour que la succession de son frère soit laissée
à la Société des Ingénieurs civils et à TAssociation amicale, comme il eu
avait manifesté l'intention, et ensuite de nous associer dans un profond
sentiment de reconnaissance envers madame Fusco, qui, en somme, se
trouve notre bienfaitrice directe.
i^ Je demande à l'Assemblée générale extraordinaire qui siège en ce
moment, d'approuver les démarches faites par le Comité et d'accepter la
donation faite à la Société par madame Fusco, sous bénéfice d'inventaire.
Les deux propositions ds M. le Président sont mises séparément et
SUCCESSIVEMENT AUX VOIX, ET l'AsSEMBLÉB LES ADOPTE A l'VNANIMITÉ.
M. le Président. La décision que vous venez de prendre sera transmise
à nos collègues de l'Association amicale, qui veulent marcher avec nous
la main dans la main, et qui nous aideront comme nous tâcherons de les
aider nous-mêmes, (^pproto/tonj.
La séance est levée à onze heures et quart.
IVOTE3
SUR UN PAVAGE EN GÉRAMITE
par M. A. GOUTY
Parmi les nombreux et intéressants produits qui figuraient à TBi-
position nationale hongroise de Budapest, Ton remarquait dans le
pavillon réservé aux matériaux de construction , une exposition
d'un caractère tout spécial appartenant à la « Société des houil-
lères et briqueteries » de Budapest; elle se composait principale-
ment d'échantillons de pavés artificiels de diverses grandeurs,
dits : pavés de « Céramite », de briques ordinaires, et d'un mo-
dèle à petite échelle d'une chaussée pavée avec les briques en
céramite. A la suite des discussions soulevées récemment au sein
de la Société des Ingénieurs Civils, sur les pavages en bois et en
asphalte, l'étude de ce pavage spécial peut présenter quelque
intérêt.
Résistance de la céramite, — Les pavés en céramite, fabriqués
par les établissements de la « Société des houillères et briquete-
ries » à Rakos, près de Budapest, nont pas été obtenus tout d'abord
avec la qualité actuelle; la fabrication courante a été précédée
d'essais continués pendant plusieurs années à partir de 1875,
époque à laquelle les usines étaient peu occupées et cherchaient
à utiliser les neuf grands fours Hoffmann, construits en vue d'une
plus forte production.
En 1878, grâce aux matières premières excellentes dont on
disposait, ces travaux furent couronnés de succès, et les essais
faits, aussi bien au laboratoire du Polytechnikum de Budapest qu'à
l'Académie royale des Arts et Métiers de Berlin, ont indiqué des
chiffres de résistance non rencontrés jusqu'ici pour la pierre arti-
ficielle :
Les essais de Budapest, conduits par le professeur J. Horvàth,
ont porté sur 10 cubes; les résultats à la compression ont été les
suivants :
ie l'essa
Kg3 par
\ c/m q.
1. .
. . 1896
2. .
. . 1902
3. . .
. . 1910
4. . .
. . 2013
5. . .
. 2166
Les cubes d'essai
ont été
désagrégés à la
limite indiquée
Kgspar
N* de Tessai c/m q.
6.
7.
8.
9.
10 .
Cubes désagrégés & lu
limite Indiquée.
Cubes restés intacts
sous \hwtMUm ma-
xima de la presse
hydraulique.
De ces essais faits concurremment avec d'autres essais sur 23
blocs de gi'anit provenant de trois carrières différentes des envi-
rons, il est résulté que les blocs de granit ont été brojés par une
charge minima de 866,20 kgs et par une charge maxima de
1631,62 kgs par centimètre carré, tandis que des dix cubes de
céramite^ huit n'ont cédé que sous les pressions indiquées, et deux
sont restés complètement intacts.
Les résultats obtenus à l'Académie de Berlin par le docteur
Bôhme , et s*appliquant à 23 cubes d'essai sont les suivants :
l
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
It
12
DIMENSIONS
DES CUBES
long' brg*^
haut*
Centimètres
6.2
5.8
5.7
5.6
5.9
5.8
5.6
5.9
6.0
5.7
5.7
5.7
6.8
5.7
5.7
5.6
5.5
5.3
5.4
5.6
5.7
5.5
5.5
5.7
5.4
5.5
5.4
5.4
5.2
5.1
5.3
5.6
5.5
5.2
5.2
5.1
SURVACB
LIMITS
N"
comprimée
de
àm
en
rétitlaBce
eeit. carrés
kfs.p.r.a.i|.
mm
13
35.96
2 292
32.96
2 350
14
32.49
2 283
15
31.36
2 H08
16
32.45
2 317
17
30.74
2 6i8
18
30.24
2 800
19
33.04
2 191
20
34.20
2 574
21
31.35
2 878
22
31.3»
2 487
23
32.49
2 314
DIMENSIONS
DBS CUBES
long' I larg' | haat*^
Centimètres
5.6
5.4
5.8
5.2
5.3
5.1
6.0
5.8
5.8
5.8
5.9
5.7
5.7
5.7
5.5
5.5
5.3
5.3
5.7
5.6
5.9
5.8
5.0
5.0
5.0
5.8
6.0
5.2
5.3
&.0
4.8
5.3
5.3
SURFACE
comprimée
en
cent, etrrés
30.24
30.16
27.03
34.80
33.64
33.63
32.49
30.25
28.09
31.92
34.21
LIMITE
de
réiisUBce
k|a.p.c.B.4.
3 315
2 800
3 400
3 041
3 437
3 213
2 931
3645
3 704
3 350
3 190
Il résulte de ce tableau que la résistance minima par centimètre carré
a été de 2,19* l^gs, la résistance maxima de 3,704 kgs ; la moyenne
65.448
donne — -- — = â,84S kgs. par centimètre carré.
zo
Application pratique de la cératnite. — A l'époque où ces essais
étaient faits, la commune de Budapest cherchait précisément à
1 Figure A)
~ 457 —
modifier les anciens pavages, ou à les ' remplacer par des maté-
riaux répondant mieux que le simple granit aux exigences d'une
capitale moderne.
Les essais à la compression ayant été répétés sur tous les pa-
vages employés jusque-là, les résultats obtenus ont mis hors de
doute les avantages de la « Géramite » au point de vue de la
résistance et de T usure.
Restaient à étudier les propriétés de ce nouveau pavé relative-
ment au roulement des voitures et aux sabots des chevaux; c'est
ce qui a été fait dès 1879.
On a choisi dans une rue des plus fréquentées de la ville de
Budapest, qui conduit & la gare des marchandises du chemin de
fer de l'État Hongrois, un espace de 4,070 mètres carrés, et ou
a procédé à la pose du pavage.
Ce pavage se compose de deux couches bien distinctes à savoir:
1° la couche inférieure, qui n'est autre qu'un muraillement com-
plet du sol naturel, au moyen de briques ordinaires bien cuites,
placées de champ, et 2^ la couche supérieure formant le pave
proprement dit, composée de pierres en céramite de 20/10 cen-
timètres et 8*^"* d'épaisseur, du petit modèle.
La figure (A) indique le système employé dans la rue de TUni-
versîté à Budapest» avec pavés grand modèle de 20/20/10^™.
Procédé de pavage, — Pour poser le pavage en céramite, le sol
naturel est d'abord dressé conformément au profil de la rue, et
soigneusement damé; sur le sol on place simplement de champ
des briques ordinaires bien cuites; ces briques ont des dimensions
de 30/11/9,5^ dans le cas d'emploi des pavés, petit modèle,
et on en consomme alors 40 pièces par mètre carré; avec les
pavés grand modèle (fig. A) elles ont 30/14/14^ et il en faut
20 pièces par mètre carré; dans les joints entre les briques, on
coule du mortier de ciment. Sur les briques vient alors une couche
d'environ 2 centimètres de sable ordinaire qui roçoit les pavés
de céramite placés en diagonale sur Taxe de la chaussée et à
sec; dans les joints de ces pavés est coulé un mélange de :
1 partie de goudron de houille chaufi'é,
4 parties de poix ordinaire,
15 à 20 parties de sable (suivant la grosseur du grain de ce sable).
— .ti« —
î
tié,r
2aa
T
V
Au lieu de briques pour le radier de la chaussée, on peut par-
faitement employer le béton comme cela se fait avec l'asphalte;
il est dans tous les cas nécessaire d'attendre alors la solidification
complète de ce béton avant de procéder à la pose des payés;
cependant le béton n'a pas été utilisé jusqu'à présent par la rai-
son que la maison qui a obtenu ces entreprises, produisant elle-
même les briques, celles-ci lui reviennent à 20 kreutzer (fr. 0,40'
par mètre carré meilleur marché que le béton.
L'épaisseur des joints entre les pavés est généralement de 10
centimètres; elle peut cependant varier suivant la grosseur du
grain du sable mélangé au goudron et à la poix de remplissage,
ce mélange devant s'introduire sans aacxme difficulté dans les joints.
Rues pavées en céramite à Budapest. — Le premier essai ayant
été jugé très satisfaisant, on a procédé en 1881 aux pavages de la
rue de l'Université, avec 1,127 mètres carrés, de la rue de THotel-
de-Ville, 584 mètres carrés et de la rue de Kecskemét, 2,036 mè-
tres carrés; en 1883 on a
Vue en Plan p^^^^ ^^ céramite la rue
des Serpents,soit 800 mè-
tres carrés, et enfin en
1886 le grand carrefour,à
l'extrémité de la me de
Kerepes, devant la gare
centrale du chemin de fer
de rÉtat Hongrois et com-
prenant 4,500 mètres car-
rés.
Nous ne mentionnerons
pas ici les applications
multiples des pavés et
plaques en céramite de
moindres dimensions pour
les cours et porches de
presque toutes les mai-
sons construites à Buda-
pest dans ces derniers
temps; cette seconde application présentant moins d'intérêt que 1<*
i.tà,M*
Elévalion
4:;o —
pavage de chaussées fatiguées par une forte circulation; la céra-
mite a été appliquée dans ce cas à environ 20,000 mètres carrés!..
Fùvmes^ poids et prix des pavés m céramite. — La forme donnéo
aux pavés pour chaussées, a été choisie de telle sorte que le poids
de chaque pièce soit aussi faible que possible et que cependant la
résistance en cas de porte-à-faux en soit suffisante. La figure ci-
contre donne le détail d'un pavé de grand modèle de 20/20/10®"\
Quant aux poids et aux prix des pavés en céramite rendus à
Budapest, ils sont indiqués dans le tableau suivant qui comprend
aussi les pavés pour cours, et les plaques ordinaires.
IIÊSIGNATION DES MODÈLES
des pavés ea céramite
Grand modèle 20/IO/lOV.
Pfttit modèle 20/10/8%
Ptaqaes poar troUoirs 20/20/47». l .
Plaques striées ,une seule teinte 17/17/2,6
— en deux couleurs 17/17/2,6
Plaques pour cuisines 17/1 7/2*^ /m . . .
POIDS
de la pièce
Kiiogs
10
4
4
1.7
1»7
1,5
PRIX
du mille
Florins
240
110
l.>5
140
160
120 à 180
DÉPENSE
par mètr. carré de pavag»
PIÈCES
i2%
46
23
34
34
34
FLOKINS
5,40
5,U6
3,56
4,76
5,44
4,08 à 6,12
Les prix des plaques pour cuisines varient suivant le nombre
des teintes.
Prix du pavage en céramite, — La dépense d'installation du
pavage céramique, 7 compris le radier en briques ordinaires, et la
mainHl'œavre, s^est élevé à Budapest pour pavés avec briques
petit modèle à florins 8,85(17 fr. 79)*, pour pavés avec briques
grand modèle à florins 9,55 (19 fr. 20) le mètre carré.
Ces dépenses peuvent se décomposer comme suit par mètre
carré :
1* Aplanir, dresser, damer le sous-sol Florins.
2* 40 briques ordinaires de 30/11/6,5 à 2 fr. pièce. . -
2* W« » — — 30/14/14 à 5 fr. —
3* Mortier de eiment pour le joint des briques. . .
4* Pose des briques et jointolement des brioues . .
5* Cooebe de sable de 2 c/m . , matière et main-d œuvre.
6* 50 payés de céramite de 20/10/8 à fr. 1 10 0/00 . -
G- 6it 25 — — 20/20/10 à fr. 240 0/00.. -
7* Goudron, poix et sable pour joints
S* Pose des pavés et main-d'œuvre du jointoiement .
Total Florins.
Grand modèle
Pelit modèl
0.10
0.10
V
0.80
1.00
;•
0.16
0.16
0.25
0.25
0.10
U.IO
>
5.50
6.00
>i
0.48
0.48
0.46
0.46
8.55
7.85
1. Go peut prendre pour la transformation de la valeur autrichienne en francs le
cours actuel de francs, 2,01 par florin.
— 460 —
A ajouter :
1* La auote pour la garantie d^entretien de la chaussée pen-
dant les cinq premières années Florins. 0.50 O.M)
^"^ La auote pour les travaux de réparation pouvant
devenir nécessaires dans la même période. . . — 0.50 O.ôO
D'où total par mètre carrô Florins. 9.55 88& '
En regard du prix du pavage en cëramite, il peut être inté-
ressant d'indiquer le prix des autres systèmes employés à Buda-
pest; ces prix par mètre carré sont les suivants :
1- Pavage en cé.-amite .comme ci^essus... \ ^*^^*"«- ^^ *^^* ^'^'»^^ \l'l
/et — 9,55 — 19.20
2* Granit [des carrières de Maûlhauseni — 10.76 — 21.63
3* Bols imprégné (système Riittger) — 9.50 — 19.10
4« Asphalte comprimé — 8.00 — 16.08
5* Asphalte double coulé ^ 7.15 — 14.37
La garantie de cinq années pour l'entretien est comprise dan^
ces prix; le chiffre demandé et accordé pour cet entretien e>i
le même pour la céramite, le granit et Tasphalto, à savoir franc
0,50 par mètre carré et par an; pour le bois il a été fixé par
contre à fr. 0,60.
Il résulte de ce qui précède qu'au point de vue de la dépense
de première installation, Tasphalte est la chaussée la plus avan-
tageuse; puis viennent la céramite et le bois, et en dernier lieu
le granit.
Quant à Tentretien, Tasphalte, la céramite et le granit sont
comparables ; avec le pavage en bois ces dépenses sont augmen-
tées de 4 /S.
Comparaison des divers systèmes de pavage à Budapest — Asphalte.
— Au point de vue de Tégalité de la chaussée, Ton sait déjà ce
que les récentes conférences faites au sein de la Société des In-
génieurs Civils ont fait ressortir à plusieurs reprises, à savoir que
c'est Tasphalte qui satisfait le mieux à cette condition; on a fait
ressortir aussi les inconvénients qui en résultaient à cause du
glissement des chevaux.
A Budapest Texpérience a démontré que la circulation des voi-
tures dans les rues asphaltées diminuait beaucoup, cette circala-
tion se reportant de préférence sur les voies parallèles; le bruit
des voitures dans les rues asphaltées est donc réduit au minimam
— 461 —
aussi bien à cause de la surface lisse qu'à cause de la réduction
de la circulation.
Les rues asphaltées de Budapest sont les rues de Hatvan et
de VàcZy les rues Dorothée, Palatine et Sébastien; puis la place
Gizella en partie, et la place Christophe.
Dans toutes ces chaussées la couche inférieure a été formée
de 20 centimètres de béton qui ne recevait la couche d'asphalte
qu'après un séchage de deux à trois jours.
Bois. — Le pavage en bois a été établi en certains points de
la ville, et notamment sur toute la longueur de 2 kilomètres du
boulevard Andrassy (autrefois rue Radiale), le plus fréquenté de
tous pendant TExposition. La superficie totale de ce boulevard
est de 38,000 mètres carrés dont 30,000 mètres carrés ont été
pavés en 1884 avec cubes en bois de sapin imprégnés d'après le
système Riittger.
Ce pavage présente au moment de la pose une surface aussi
belle que Tasphalte, si la pose a été effectuée avec soin et tant
que les cubes de bois n'ont pas encore été détériorés par les
actions mécaniques auxquelles ils sont soumis; le bois a en outre
l'avantage d'offrir la rugosité nécessaire au sabot des chevaux.
On a observé cependant que dès que les cubes commencent à
s'écorner^ les voitures éprouvent des secousses qui augmentent
successivement et rapidement jusqu'à atteindre un degré insup^
portable.
Céra$nite. — La céramite disposée avec soin, permettrait d'ob-
tenir une surface lisse analogue à celle des chaussées en asphalte
et en bois, mais plus dure que ces dernières ; cependant en vue
d'éviter le glissement on a mis des congés aux angles (voir
fig. C), ce qui donne il est vrai une prise aux sabots des chevaux,
mais occasionne par contre un certain bruic, bien moindre cepen-
dant que celui occasionné par les pavés en granit.
Granit. — En ce qui concerne le gi'anit, on connaît suffisam-
ment ses inconvénients; la surface rugueuse de ces pavés et leur
usure vers la périphérie, qui a pour effet de ne laisser subsister
que des calottes sphériques, augmente encore le bruit; les roues
des voitures ne roulent plus après un certain temps, mais elles
— 462 —
sautent d'une calotte sur Tautre, ce qui est évidemment aussi
désavantageux pour Touïe que pour les propriétaires tenus de
réparer leurs véhicules et pour les voyageurs.
Les pavages au point de tue hygiénique. — La municipalité de
Budapest a étudié aussi la question au point de vue hygiénique.
De ce côté, c'est Vasphalte qui fournit encore la chaussée la
plus recommandable, cette matière ne donnant lieu qu*à une usure
minima dont les produits ne sont pas considérés comme nuisibles,
et étant de plus hydrofuge.
Il en est de même de la céramite avec laquelle ou a constaté
une usure presque nulle ; les poussières produites ainsi en très
faibles quantités, ne présentent pas non plus d'inconvénients hygié-
niques. La propreté peut de plus être parfaite avec un arrosage
suffisant, sans que Teau s'introduise entre les pavés et sans que
le glissement soit augmenté comme c'est le cas pour Tasphalte.
Le granit présente déjà une usure plus forte, surtout en raison
de sa surface rugueuse, et les cristaux résultant de cette usure
paraissent être très nuisibles aux organes respiratoires; on sait
de plus que ces chaussées sont facilement traversées par les eaux
qui se rassemblant sous la couche de pavés, donnent lieu a des
miasmes dont on peut se rendre facilement compte lors d'une répa-
ration .
Si Ton considère enfin le pavage en bois, c'est celui qui s'use
le plus vite; laissant de côté la pourriture et les miasmes qui
peuvent s'y rassembler grâce à la porosité de cette matière, ce
qui ne peut être évité qu'en partie par l'imprégnation, il reste
toujours à tenir compte des produits de cette usure qui ne sont
autre chose que de fines parcelles de bois produisant un très mau-
vais effet sur les poumons.
En résumé, les essais faits à Budapest, tendent à établir les
avantages de l'asphalte et de la céramite sur tous les autres pro-
cédés employés jusqu'à présent.
L'asphalte coûte moins cher d'installation et d'entretien, et on
ne peut lui reprocher que le glissement.
— 463 ^
La céramite coûte un peu plus cher comme installation pre-
mière, les frais d'entretien sont les mêmes que pour l'asphalte, la
propreté ne laisse rien à désirer, le glissement est évité complè-
tement, et l'usure est presque nulle. Une reste donc que l'incon-
venieat du bruit produit par le roulement des Toitnrea, mais ce
brait peut être réduit à un minimum suivant la largeur donnA*^
au joints, et suivant l'amplitude des congés (voir la âgure, p.
Le pavage en céramite présente donc un intérêt parUci
qui le rend digne d'une étude plus approfondie en vue do pi
des grandes chaussées à forte circulation, sur lesquelles do
passer de lourdes charges que ne supporte pas toujours l'aspl
d'autant plus que par suite de l'élasticité de cette dernière
tière, un démarrage est plus difficile que sur une surface lis
(/tire, qui ne cède pas à la roue.
En tuus les cas une visite des rues de Budapest, indlquéi
dessus, permettrait de se rendre compte plus exactement e
de ce qui vient d'être dit, que cela n'est possible par cette s
nuticc.
Vienne, Août I8«fi.
ESSAIS
Sl'R UNE
MACHINE A VAPEUR'
SYSTÈME A. QLÊRUEL
Construite par M:* A. OHEJSFIIV
COMPTE RENDU
PAR M. A. QUÉnUEL
» III»
L'essai, que M. Grespin et moi avons annoncé dans le procès-
verbal de convocation du 6 mars dernier, a eu lieu à la date indi-
quée : le 15 de ce même mois.
Le programme de cet essai consistait :
1° Relevé de diagrammes au moyen de deux appareils ;
2° Pesée de l'eau d'alimentation ;
3'^ Jaugeage de l'eau à l'issu du condenseur ;
4® Températures de l'eau injectée et de l'eau de sortie ; Cahri
mètrie,
o"^ Application du frein.
DESCkIPTiON DE LA MACHINE
La machine est un bicylindre du type pilon à manivelles à 181) •
La plaque sur laquelle est constitué l'ensemble de la machioe e^t
du type tubulaire et porte, de mémo fonte, les trois paliers qui
reçoivent l'arbre.
Les cylindres chemii^s d'une même fonte, sont assemblés entre
eux par un boulonnage et portés par quatre piliers tubulaires légè-
rement arqués. Disposition, du reste, très connue qui nous dispense
d'entrer dans de plus amples détails.
i. La machine est installée dans les ateliers de M. Gollin, 39, rue Saint^Sébvsiien* ^
Poris.
_ 4G5 —
Les particularités qui distinguent cette macUine sont :
Les orifices de distribution à lar^ sections et en ligne di
soat anx extrëmitës des cylindres. Le petit cylindre porte qi
oiiflces dont deux pour l'admission et deux pour réduction. Le g
cvlindre n'a que deux orifices qui servent alternativement pour
mission on pour réduction.
En somme, los trois orifices d'un mémo bout de cylindres soi
prolongement d'une ligne droite ot l'on peut les traverser ei
par une tringle droite.
Les brides de raccordement des deux cylindres sont onduli
telle manière qu'ils réservent une capacité intermédiaire entre
C'est dans cette capacité que se meut le tiroir dit : de transvaser
Nons n'entreprendrons pas de décrire en détail cet organe : d
simplement que ce tiroir est compensé et équilibré de manii
assurer sa fonction dans les condilions les plus satisfaisi
d'étanchéité.
An côté opposé du petit cylindre se trouve la capacité dite ;
du tiroir initial.
Ce tiroir, ainsi que celui de transvasement, est partagé en
parties pour desservir les orifices des cylindres dont l'espace
';st un peu plus grand que la course des pistons.
Le tiroir initial est du type Farcot avec des modifications qui
mettent l'introduction jusqu'à 0. 70 de la course du piston et d
uiie fermeture aussi rapide et aussi nette que les systèmes à d
les plus en crédit. Les diagrammes de la machine en téraoignei
La détente est produite par un régulateur type Larrivière moi
La pompe de ce régulateur, actionnée par le prolongement de la
du tiroir initial, envoie la vapeur ainsi comprimée dans un
cylindre placé dans l'axe de butée des tuiles de détente. Ûai
cylindre, qui reçoit la vapeur comprimée par son milieu, sont ■
pistons qui s'écartent par la poussée de la vapeur et agissent
leurs tiges sur les tuiles de détente. Une disposition mécanique
et solidarise le mouvement des deux pistons, et les quotités i
mission sont indiquées à l'extérieur sur un cadran. Cette dispos
cinématique réalise ta correction des ÎDégalités proportionnetli
course engendrées par l'obliquité de la bielle.
Afin de compléter ce système ot donner une régularité parfa
la vitesse de rotation à la machine, un très petit régulateur cou
Bull. 31
— 466 —
règle réchappementde la vapeur comprimée dans l'appareil de détente.
Ainsi donc, la vapeur de la chaudière arrive dans Tenveloppe
du petit cylindre, pénètre par l'ouverture d'un registre ii tiroir dans
la boîte initiale, entre en distribution dans le petit cylindre, sort
après fonction par Torifice opposé, traverse en droite ligne le tiroir
de transvasement, travaille dans le grand cylindre, sort ensuite par
le même orifice et débouclie dans la capacité intermédiaire pour, de
là, se rendre au condenseur. Ce condenseur est formé de Tun des
piliers arqués qui soutiennent le grand cylindre.
La pompe à air est à fourreau ; elle reçoit son mouvement au
moyen d'une paire de balanciers attelés sur la crosse du grand piston.
Sa course est moitié de celle du piston.
La pompe alimentaire est placée sur Tun des côtés de la pompe û
air ; elle reçoit son mouvement de Tun des balanciers. Sa course
est le quart de celle du piston.
L'arbre de la machine est à deux coudes à 180 degrés l'un de Tautre ;
il porte deux excentriques, un pour l'initial, l'autre pour le trans-
vasement.
Tous les mouvements de cette machine sont verticaux et aucune
pièce, aucun organe n'est en pénétration dans le sol.
DISPOSITIF POUR L'EXPÉRIENCE
Chaque cylindre avait été muni de deux robinets pour la fixation
do deux appareils à relever les courbes de pression.
Le premier appareil était un « Thomson », le second, un « Ri-
chard ». On plaçait ces deux appareils de telle sorte que l'on pùl
prendre les courbes successives des deux cylindres, c'est-à-dire d'une
mémo vapeur dans sa double évolution. Ainsi la vapeur o du petit
cylindre ayant inscrit sa courbe de pression à l'appareil Thomson,
devenant A par le transvasement, inscrivait pendant cette i^'-
conde phase sa courbe négative au Thomson, pendant qu'ell'-
inscrivait sa courbe positive au Richard.
En sorte que cette concordance bien établie nous a permis de
recueillir des diagrammes qui relatent les effets successifs d'un
même volume de vapeur — conditions essentielles pour une ana-
lyse.
— 467 —
Bien que nous ayons eu à notre disposition un réservoir jau-
geable pour Teau d'alimentation^ nous avons établi un réservoir
spécial sur une balance bascule. De cette façon Teau d'alimenta-
tion a été pesée.
Dans rétude de la machine, la question du jaugeage de l'eau
de sortie du condenseur a été prévue.
Une gaine cylindrique en cuivre de 0" 25 de diamètre et de
1"20 de hauteur a été établie pour jauge permanente des eaux
du condenseur. L'écoulement se fait par le fond de ce cylindre ;
il est réglé par une rondelle tournée et amincie en sa paroi.
La vitesse d'écoulement et son coefficient de contraction ont été
vérifiés par deux épreuves; elles sont conformes à la formule
t; = y/ 2 j //
■
Le coefficient de contraction est 0,621.
La température de l'eau à injecter a été prise un grand nombre
de fois dans le réservoir et dans le courant remous causé par le
jet de la pompe de puits.
La température de l'eau de sortie était notée de 5 minutes en
S minutes sur l'observation de deux thermomètres.
Pour l'application du frein on a dû, par nécessité, ajouter une pou-
lie-volant de 3 tonnes. Ce deuxième volant était monté sur l'ex-
trémité de l'arbre en dehors de tout palier, par conséquent en
porte-à-faux; condition manifestement désavantageuse par ces deux
motifs : aggravation de la charge d'une part, et porte-à-faux de
Tautre. Un supplément de graissage a été nécessité par réchauffe-
ment accidentel du palier-porte-charge.
Enfin, la vitesse de la machine était contrôlée par un compteui*.
L'appareil générateur de vapeur se compose de deux chaudières :
la première semi-tubulaire à bouilleurs et à tubes de 35 à 40 m^ de
surface de chauffe. La deuxième est une chaudière à bouilleurs de
35m*. de surface de chauffe. Cette dernière était en réparation.
L'expérience et celles qui ont eu lieu ultérieurement et dont nous
parlerons plus loin, ont été faites uniquement avec la chaudière
semi-tubulaire. Cet appareil, en médiocre état, était peu propre pour
l'expérimentation; les fuites, maintes fois observées, s'élevaient à
35 millimètres d'eau perdue en 11 heures, soit 14 litres par heure.
— 468 —
Pour Texactitude des résultats il y a donc eu lieu de tenir compte
de ces pertes.
TABLEAU N- 1.
Dimensions nécessaires pour les calculs.
SIGNES
DÉSIGNATION
PETIT r.¥L!.\DBE
GR^n aUMlRE
e
Diomctres des uistuns
0-,3l5
0,050
0-S07793
0,07695
U-»,05587
U"',726
0,04833
O-,600
0,075
0->,»<274
0,!28U53
O.2028U
0-,723
0,3213
— des tiges
Surfaces des pistons, haut
— — roo>-enn&s ....
Cubes engendrés, moyens
Course des Distons
Espaces nuisibles proportionnels, iiK>\enà
ESSAI AU FliEIN DU lo MARS 1885
Les observations pendant Tessai ont été faites par six opérateurs:
Deux opérateurs aux appareils à relever les courbes de pression.
Un observateur enregistrant les pressions indiquées par un ma-
nomètre sur la boite à tiroir initial et les admissions dans le petit
cylindre indiquées au cadran de détente à chaque relevé de courbe;
Un observateur aux thermomètres de l'eau de condensation en
sortie enregistrant ces températures et les hauteurs de charge au-
dessus de Taxe de Toriflce d'écoulement;
Un observateur de niveau d'eau à la chaudière et à la pesée de
Feau d'alimentation;
Un observateur du frein aidé par trois hommes pour le serrage et
le mouillage du volant-poulie.
La durée de l'essai a été de trois heures et dix minutes.
Les diagrammmes tirés de o minutes en 5 minutes et les observa-
tions relevées aux mêmes instants.
— 469 —
TABLEAU N* 2.
Essai du 15 mars 1885. Résumé des notes d'observations.
DÉSIGNATION
TOTAUX
PAR HBURB
«
Durée de l'expépience : 3 h. 10 m.
Nombre de tours de la machine . . .
Eau d'alimentation pesée
Dont à déduire leâ fuites constatées de
la chaadière
10.758
1.442^
44'^
50345''^
13%30
30%137
16- ,837
2-,32
371''00
72k«
Rev.
3394,1
44U
15900»^
Eau d'alimentation nette par heure . .
Eau sortie du condenseur
Température de i'eau d'injection . . .
Température moyenne do Teande sortie.
Température ac^iso
Rayon du frein
Poids total du frein
Travail de la pompe de puits à ajouter
en kilogm
De ces observations et des calculs préliminaires qui annonçaient
nne dépense d'eau d'alimentation de 12 pour cent plus élevée qu'elle
n'était ily a 2 ans, il résultait que des désordres d'importance secon-
daire s'étaient produits et qu'il y avait lieu de vérifier les organes
internes de la machine.
On a reconnu, en effet, 1** que les ressorts qui pressent les tuiles
sur le dos du tiroir initial étaient trop adoucis par l'usage et qu'il
y avait lieu de leur donner un peu de bande. — 2** que le tiroir de
transvasement avait par les mêmes raisons été affaibli dans le res-
sort réactif entre les deux surfaces et qu'il y avait fuite au premier
moment de mise en communication. Désordre d'ordre inférieur qui,
tout en entamant l'économie du fonctionnement, n'avait encore pu
être remarqué par l'industriel qui faisait usage.
Toujours satisfait du fonctionnement économique de sa machine,
M. CoUin n'avait pas cru devoir la faire visiter et nous assurait de la
continuité de son bon état.
L'épreuve, devons-nous le faire remarquer, a eu lieu dans des
conditions défectueuses et, si les résultats n'ont pas été ceux qui
appartiennent réellement à la machine, ils n'en ont pas moins été
supérieurs et de beaucoup à ceux des machines les plus en
renom.
Nous aurions donc pu borner notre communication à l'énoncé des
résultats bruts de l'essai, mais nous avons considéré que le travail
— 470 —
serait incomplet et indigne d'être présenté devant une société
savante s'il n'était accompagné d'une analyse qui mette à jour les
différents phénomènes de l'épreuve; c'est un travail aride et fati-
gant, nous en convenons, mais qui ne sera pas sans utilité pour
l'avancement de la science de la machine à vapeur.
Nous ne donnerons donc, tout d'abord, que les résultats som-
maires du frein, nous réservant de ne produire les résultats analy-
tiques qu'avec trois autres observations destinées à corriger la
première.
Travail effectif :
Tm= 1^ = 6^^-03
-\- travail de la pompe de puits 0 9o
Total du travail effectif "tfÔ^^MMI
Dans laquelle,
r = 2«320, le^er du frein.
n = 56' 62i , révolutions à la minute.
p = 371'^ 000, poids effectif sur bras du levier.
Lo roiulomont de l'indiqué à Teffectif est :
Frein 69^^00
Rend' indiqué 75,83
= 0,9i
Le dénominateur 75,83 est pris dans le tableau du résumé dos
quatre essais. L'épreuve du i5 mars est sous la lettre B.
Cette première étape établit que la machine a un rendement
ordinaire de 91 0/0 malgré la disposition défavorable du frein sur
un volant en porte-à-faux.
Après avoir remédié au désordre des organes en donnant le
serrage convenable aux tiroirs, deux épreuves ont été faites sur la
machine en service courant. La première, le 29 avril, sous l'indi-
cation de la lettre C; la deuxième, le 2 mai, portant Tindication D.
Les essais comprennent :
1® Jauge de l'eau d'alimentation;
2'' Jauge de l'eau de condensation ;
3** Chaleur acquise par cette dernière ;
4'' Relevé de diagrammes doubles et concordants.
Pendant l'essai du 2 mai, une extraction partielle de l'eau con-
densée dans la botte initiale a été pratiquée. Cette extraction a
été 15",50.
A ce sujet de purges nous devons dire que, pour des ri
convenance de l'industriel, le système de purges des envel
lies bottes à vapeur a été modifia ci altéré. L'extraction pa
î mai avait pour but de corriger les mauvais effets caus
suppression partielle de ces purges.
Le tableau qui suit résume les quatre essais dont no
parlé.
La première ligne, sous l'indication de la lettre A, co
résumé de six diagrammes doubles pris dans une série r
23 janvier 1883.
La deuxième ligne, lettre B, donne la moyenne de 1â dia
doubles pris dans la série df Hâ diagrammes relevés penda
au frein du 15 mars 188").
La troisième ligne, lettre C, donne la moyenne de 10 dia:
doubles relevés le 29 avril ISfifi.
Enfin, la quatrième ligne, lettre D, donne la moyenne d(
grammes doubles relevés le 2 mai 188ri.
Dl«Br«iiimaa inoy«iiB tlrda pendant l'essai dn 15 mars i
OHAND CYLINDRE,
PETIT CVLI?iDIIR.
— 472 —
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— 473 —
Je ne reviendrai pas sur la méthode
méthode d'ailleurs exposée maintes fois
surplus âes travaux fort longs qui nécessii
chiffres, et, pour eo donner une idée, le)
donnent le résumé de calcul de 184 d
nécessité moins de âS.UOO nombres et Te
Lorsqu'il s'agit d'analyser un essai sur
cation de la courbe positive est l'opéra
L'écart entre la courbe recueillie et la (
l'état interne de la vapeur.
La colonne 6 du tableau donne la moyei
cet écart pour le petit cylindre. La colon
moins dans le grand cylindre.
Les nombres du la colonne 7 provie
tnoins entre les pressions initiales calcv
celles qui résultent de la reconstitution d
la pression finale de ce même cylindre,
cylindre reportées au petit cylindre soi
pliées par le rapport 4, afin de lui de
appartient.
Les nombres des colonnes 6 et 7 ajout<
pression moyenne indiquée, donnent le I
dû engendrer le poids de vapeur en fond
Le nombre de la colonne 17, ajouté à
pression moyenne indiquée sur le grand
théorique du grand cylindre.
En ajoutant ces deux travaux théoriq
sensible avec la formule :
Q = ^il^
Ce qui fait la preuve de la justesse d
nous allons le voir dans les tableaux num<
— 474 —
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— 4/i) —
TABLUU If* 5,
Résumé de la vérifloation de la oourbe théorique.
q exprime le poids de vapeur par cheval indiqué.
DÉSIGNATION
EXPiancNCES
A.
B
C
D
PAA LA FORMULE
STm
9, 4S344
9i 4,556
9, 4,469
9, 4,356
PAR L'ORDONNéE MOYENNE
DU DIA6R. PLUS LES
DIFFéRENC. ENTRE COURBES
THÉORIQUES BT GR A PBIQUES
93 4S342
9, 4, 550
q, 4,461
9a 4,451
DIFFÉRENCES
entre 9, et 9,
+ 0SO02
+ 0,006
4- 0,008
— 0,095
Afin que Ton paisse vérifier le mode de calcul, nous donnons un
exemplaire de chaque opération. Le tableau n^ 4 donne la double
opération de contrôle de la courbe théorique. Le tableau n^ 5 est
le résumé de quatre opérations semblables dont la concordance est
très satisfaisante pour l'analyse.
POIDS DE VAPEUR CONSOMMÉE
Le critérium principal du fonctionnement d'une machine est le
poids de vapeur consommée par cheval et par heure.
Or Tessai A du 23 janvier 1883 donne la valeur 4^,o60 de vapeur
pour cette consommation, tandis que les trois essais B. C. D.
considérés par leurs diagrammes, donnent une moyenne de 5*^,177;
c'est-à-dire 12 0/0 d'augmentation de ce chef,
Qaelle est la cause de cette perturbation constante et marquée ?
On ne peut l'attribuer au désordre passager qui a été constaté pen-
dant l'essai du 15 mars, puisque létaux du fonctionnement 5^^,192 est
sensiblement égal à 5^^,170, moyenne des expériences B et C qpii
ont été faites après ce redressement.
Il faut donc chercher ailleurs. Notre première pensée a été de véri-
fier le fonctionnement des purges des enveloppes; nous avons reconnu
que, à part la suppression de la purge permanente de la boite à
tiroir initial, suppression pour laquelle nous faisons des réserves,
les purges des enveloppes étaient efficaces et leur fonctionnement
normal.
— 476 —
Restait la qualité de la vapeur.
Quelle différence pouvait-il y avoir entre la vapeur du 23 janvier
1883 et celle de ces jours derniers?
On n'est pas encore bien fixé sur les causes de saturation d*eaa de
la vapeur; certaines chaudières donnent de la vapeur relativement
sèche; d*autreS| au contraire, dans des conditions qui semblent plus
favorables à la production de la vapeur sèche, donnent une vapeur
très chargée d'eau.
Quelques praticiens , chauffeurs attentifs et observateurs, m'ont
affirmé qu'ils se tenaient plus aisément en pression, pour un travail
donné, avec un niveau d'eau élevé aux chaudières qu'avec un niveau
d'eau bas. Ils prétendent employer moins d'eau à l'alimentation et
brûler moins de charbon. C'est un fait qui reste à vérifier et, quoi
qu'il en soit, je me souviens d'avoir assisté à la mise en marche d'une
machine demi-fixe de mon système, avec un niveau d'eau perdu au-
dessus du tube indicateur. Néanmoins, la machine a fonctionné sans
accident depuis 6*^,55 du matin jusqu'à 8^,55, c'est-à-dire pendant
deux heures pleines, sans aucune alimentation. Il a fallu ce laps de
temps pour descendre au niveau réglementaire fixé à la demi-hau-
teur du tube.
Cette machine, au service des Postes et Télégraphes, produisait
alors 46 chevaux indiqués; la consommation d'eau était 240 à 250 kil.
par heure, soit un demi-mètre cube environ, pour les deux heures.
Ce fait m'a frappé, car je n'ai rien remarqué d'anormal dans la
marche de la machine et, malgré ce surcroit d'eau qui obstruait la
chaudière et réduisait considérablement le plan d'évaporation, la
vapeur m'a semblé d'aussi bonne qualité que de coutume.
Je ne serais donc pas éloigné d'admettre, par suite de cette obser-
vation, que l'épaisseur de la couche d'eau au-dessus des surfaces
chauffées ne soit pas indifférente au degré de saturation d*eau de la
vapeur.
Mais cette digression, utile à certains égards, ne nous donne pas
l'explication que nous cherchons. Peut-être les conditions de four-
niture de vapeur nous donneront-elles plus de lumière.
Pendant le relevé des courbes du 23 janvier 4883, la vapeur était
fournie par les deux chaudières que nous avons décrites. Partagée
dans ces deux générateurs, Tébullition était nécessairement très
calme et la vapeur qui en sortait très peu chargée d'eau. De plus
— 477 —
la purge de la boite à vapeur initiale existait, Teau de cette boite
retournait directement à la chaudière, y portant des traces d'huile
qui favorisaient la production de la vapeur sèche. La tuyauterie, à
cette époque, était de section insuffisante, Tecoulement de la vapeur
des générateurs à la machine devenait en quelque sorte constant.
L'intermittence, on le sait, provoque Tébuliition tumultueuse dont la
conséquence est la saturation. Ces causes réunies, deux chaudières,
la purge de la boîte et une canalisation restreinte, ont livré une
vapeur faiblement saturée d*eau qui a fait que la consommation de
vapeur était à ce moment (Essai A du 23 janvier 1883) 4*^,560
par cheval indiqué. La vaporisation pendant les détentes dans les
deux cylindres accusait une augmentation de poids de vapeur de
0,048.
Dans l'essai B au frein, du 15 mars dernier, les conditions
de fourniture de vapeur n'étaient plus les mêmes ; au lieu de deux
générateurs il n'y avait plus qu'une seule chaudière, plus de purge
initiale et la canalisation rectifiée présentait une section suffisante
pour créer l'intermittence de l'évaporation.
Les trois séries de diagrammes B C D, qui ont été relevées
dans ces conditions, présentent toutes ce caractère, de faire appa-
raître pendant les détentes successives dans les deux cylindres,
une nouvelle vapeur dont le poids est de 13 0/0 supérieur à celui
attribué par l'appareil de détente, soit 0,082 supérieur à l'essai A.
De ces comparaisons on peut donc conclure que les expériences
récentes B C D sont empreintes d'un élément perturbateur,
c'est-à-dire faites avec une vapeur très saturée d'eau que l'analyse
fixe à 14 ou 15 0/0 du poids total.
L'explication du passage de 4^,560, poids de vapeur à celui de
0^177 reconnu ultérieurement, n'a pas d'autre cause.
Nous allons examiner maintenant le poids supplémentaire d*cau
d'alimentation constaté dans l'essai B du 15 mars.
Mais avant d'entrer dans cet examen particulier, nous devons
jotor un coup d'œil sur la partie similaire des essais postérieurs CD.
— 478-^
JUSTIFICATIO^■
DE LA POSSIBILITÉ d'aPPRÉGIER ET DE FIXER TRÈS APPROIUMATIVEUENT IXS
POIDS DE VAPEUR ET LES CALORIES QUI TRAVERSENT LES CYLINDRES DES
MOTEURS A VAPEUR.
Sur ce point très délicat, nous avons attaché tous nos soins
pour éliminer les causes de trouble et d'erreurs afin de détermi-
ner exactement les valeurs cherchées.
Pour arriver -à ce résultat, nous avons relevé sur les trois
séries les plus intéressantes, celles que nous étions en mesure
de contrôler par la calorimétrie, les poids de vapeur accusés par
les diagrammes.
Ces poids comparés avec ceux des pesées d*eau d'alimentation
nous ont fourni les valeurs inscrites dans le tableau n^ 4.
Nous remarquons à l'essai B que les 20 diagrammes non calcu-
lés en toutes leurs parties, le poids de la vapeur seul relevé, don-
nent un nombre 392*^,6.00 nombre est fort rapproché de celui
394^^,6 résultant des i2 diagrammes prisa peu près indistinctement
parmi les 32 composant la série B. Ce fait est très explicable : on
travaillait au frein, c'est-à-dire à puissance constante. Néanmoins
on peut reconnaître ce qu'il y a de sérieux et d'exact dans ce genre
d'analyse.
La moyenne de ces deux valeurs étant de I kil. au-dessous
seulement du chiffre précédemment trouvé, nous n'avons pas cru
utile de retoucher le travail pour une aussi mince différence.
394*^,6 reste donc la valeur de Q.
46^,4 le poids de vapeur et d'eau échappé, soit par fuites, soit par
eau entraînée, forme le complément des 441 kilogrammes d'eau
pesée introduite pour l'alimentation de la chaudière. Cette diffé-
rence sera spécifiée à l'article de la calorimétrie.
L'essai C présente en comparaison deux valeurs un peu plus dis*
tantes pour chaque demi-série de diagrammes : 12^,50 de différence.
La moyenne de ces deux nombres 392"^, 54 est très sensiblement la
même que celle de l'essai B (393'',6) ce qui implique une puissance
moyenne à peu près égale à celle développée avec le frpin, ainsi
— 479 —
qu'on le voit à la colonne 2U du tableau u^ 2. Mais cette puissance
n*a pu être constante et toujours en harmonie avec les 20 diagram-
mes à cause des intermittences de puissance employée. C'est ce qui
fait que le poids de vapeur semble être supérieur de 9 kilogrammes
à celui de Teau alimentaire.
Pour ce point, c'est à la calorimétrie que nous demanderons des
éclaircissements.
L'essai D du 2 mai, par suite des variations de puissance, présente
des valeurs un peu plus écartées. Entre les 10 diagrammes calculés
et les 24 diagrammes non calculés, il y a 35 kilogrammes de difie-
rence.
Cependant en faisant la moyenne de ces deux valeurs on arrive à
tt kilogrammes près de celle des deux précédents essais.
Cette dernière moyenne est sejisiblement l'égalité avec le poids
de l'eau d'alimentation, la différence en moins étant de 2^,15,
1
xî'est-à-dire -j- pour cent.
De cette étude, il ressort clairement que l'essai B au frein,
celui qui a été suivi par xm certain nombre de membres de la
Société, a été altéré par les désordres des organes internes de la
machine, et qu'il y a eu 46 à 47 kilogrammes d'eau d'alimen-
tation qui, tant en vapeur qu'en eau transportée, ont passé à travers
les organes sans produire de travail.
La quotité Q de vapeur inscrite dans les diagrammes du grand
cylindre est au contraire constante pour les trois essais.
B 75 ch^ 88 = :i93'^ 60
C lo 07 = 392 5i
1) 72 17 = 386 4o
TABLEAU >• 6.
Poids de vapeur sensible et eau pesée
veouit du tabl. i
Série non calcul.
Ban alimeotaire .
Moyenne ....
Différence -f — .
B. ESSAI DU i5 MARS
39i,6x0»5
382,6X0,5
TlPBtl
197.30
196,30
i7,<0
441.00
Bil
Ui,00
441.00
CESSAI DU 29 AVRIL
:J08,79xO,5
386,30X0,5
TIPEIR
19e,3d
L93,15
302,34
392,54
110
38;). 50
0.04
:I92,54
D. ESSAI DU 2 31 AI
:)61,6xi0
34
306.8tx24
34
TifUK
106,45
280,00
386,43
2.15
388,60
Ul
388,60
388,60
— 480 —
TABLEAU W 7.
Puissanoe théorique et puissanoe indiquée. Rendement.
KSSAIS
A
c
D
THiORlQll
1
T» INBIQOÉ
RENDUERf
3
RESBUKRT
moyeQ (4)
1
■
chevaux
80,77
86,74
89,41
81,24
chevaux
76,86
75,83
75.07
7î,17
0,875
0,840
0,889
0,952
0,868
l.ri noinbi'cs de la première
colonne sont formés de
la puissance indiquée T..
plus le complément entre
tes courbes graph. et théo-
riques.
2,604
3
Par le rapprochement de valeurs donné par ce tableau on re-
connaît la constance de consommation dans les trois essais B C D,
leurs rendements étant sensiblement les mêmes et en écart mojen
de 9 pour cent de celui de l'expérience A.
L'influence de la vapeur très saturée d'eau devient donc de plus
en plus manifeste et c'est à cette cause qu*est dû l'accroissement
de consommation de vapeur que nous avons constaté.
De 4*^,560 qu'elle était avec vapeur relativement sèche à 5 0, U
d'eau, la consommation s'est élevée à 5'',177 avec de la vapeur à
15 0/0 d'eau.
PRIX DE REVIENT DU CHEVAL EFFECTIF
Le travail industriel de la machine soumise aux essais peut
être évalué à 69 chevaux effectifs et constants.
Les personnes qui ont assisté à l'expérience ont dû remarquer la
qualité inférieure du charbon. Le prix de ces charbons est de
19 francs les 1,000 kilos rendus.
Or, 2,000 kilos de ce charbon, allumage compris, fournissent
33 heures de marche, soit 60'*,6 à l'heure.
Pour produire 69 cb* effectifs.
60,6
C'est de la force motrice qui revient à 1 centime et deu
par force de cheval effectif et par heure pour son combustib!
CALORIMETRIE
Lorsqu'il s'agit d'observations expérimentales sur des moi
vapeur, la calorimétrie est indispensable pour contrôler et c
ter l'analyse de ces observations.
M. Jules Armengaud l'a bien certainement compris ainsi, (
pour ce motif et en vue de l'avancement de la science, que mu
mable contradicteur m'a donné de bienveillants encourag<
pour continuer mes recherches dans cette question encore ol
Pour répondre également aux c^iiiques, très courtoises d'ai
de notre honorable collègue, M. Piarrou de Mondésir, qui
des doutes sur la rectitude de mes procéiiés d'analyse et de c
j'ai mis en un tableau ci-après les calculs en détail de:i trois
calorimétriques qui font l'objet de ce mémoire.
TABLEAU W 8.
— m —
Galoiixnétrie des trois essais B, G, D.
CHALEUR INITIALE DE LA
VAPEUP
.
ESSAI B
ESSAI
C
ESSAI D
■
00
es
aa
»
0
1
S
S
<
S
oa
S
CA
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S
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S
ce
na
m
m
0
rr.
M
B
H
PB
<
«r:
K
C
Ni
<
p
Pression initiale . .
7^256
7"'522
8^222
T
Température à P . .
165«i3
166»72
169»82
A
606,5 + 0,305 X T
s= calories. . . .
Eau d'alim. jaugée .
656«89
857«35
658«23
455^00
383'»^50
^03^^80
-f- manq. niv. 0*002
Eau d'aliment, total.
8 75
455^00
30a 25
403 80
'
— faites par chaud..
1 <»'00
4 65
A 61
— correcl.de dilatât.
4 lu
4 35
. <?•
— purgede boite init.
Eau d'aliment, net .
6 20
U1>>00
383^50
388^60
Q
Poids de vap.sensibl.
Différences 4- ou —
Calories.
394 60
392 54
386 45
.
46 40
9 04
2 45
U
Poids de vap. ou Q« .
394^60
2,59616
383^50
2,58377
388i'60
1.58930
A
Chaleur latente. . .
L'e.xcédent4srr.40
se répartit ainsi :
tô6«89
2,81750
259.220
637«3i
2.81780
232.100
658' 23
2,81838
5,40788
255.792
5,41366
5,40157
Suites Tapeur . . .
iOHi
1,^8316
A
Chaleur latente. . .
Kau chaude ....
056 89
2,81750
19,1»80
-
-
•
3.30066
1,20338
T
Température. . . .
465«J3
2.31809
2.640
3.42167
281.840
252.100
255. 79â
TABLEAU N* 8 6Û«
— 483 —
Galorimétrle des trois essais B. G. D.
CHALEUR RECUEILLIE
GOBE DE L'EAU
ESSAI
B
ESSAI C
ESSAI L)
DE
CONDENSATION
BT
TBlIPiBATURE
tfi
M
»
O
•Ji
M
^*
ta
<
•8
te
o
'Ji
M
as
ea
c
s
X
H
1-4
O
sa
as
3
2
V3
O
se
S
te
ee
-<
î
<
0
Orifice d'écoulement
0-0*5
0-0*5
0 0*5
H
Hauteur de charge .
i 020
1 036
1 0205
S
Section de Torifice .
15*290*3
15«290*3
l5«-90*2
Y
Vîtes, d'écoul.iar'.
A-'iTS
*"'o0X
* *00
k
Coefficient de const.
Ecoulem. par heure .
0 62i
i5--*oao
0 621
16- '027
0 621
15 080
T.
Temp'«de l'eau »oriie
30o|37
28"»2I
28 *Ô6
t
■» de l'eau d'enlr.
T — «
12*300
16*837
13-30
U«91
13 300
15 166
Calories.
■
Ecoulem. par heure.
I5-J900
*. 20151
19--H)27
4.20*8»
l5-»980
4.20353
0.
T— 1
-f4'eau de sortie pro-
TCQ. de vap. cond .
<6«8S7
«H^^OO
1,22625
267.787
5.805
U 010
SSS'^jO
1,173*8
239.000
5.100
15^1 66
1,18078
2*2.300
5-168
5,*277ti
5,37837
5.38*31
XI 3- 30
XIS^SO
XI 3-30
+ pertes de chaleur
2«AreyoQ*oontacd
■
i V* buée da cond''
3 V* au total.
-
Calories
273.032
X 0 O.J
8 208
2** 100
X 0 03
7.323
2*7. *0»
X 0 03
7.42*
Dif^eoces eo moins
■
677
' •
900
381 .8*0
252.100
255.792
•
— 48i —
Dans Fessai au frein du 15 mars, nous avons constate entre Feau
d'alimentation pesée et le poids de la vapeur sensible relevé sar les
diagrammes, ime différence de 46 kilom. 40. Ce n'est qu'au moyen
de la calorimétrie qu'on peut déterminer la nature de cette diffé-
rence .
La chaleur recueillie dans Teau de condensation augmentée des
pertes ordinaires, le contact de l'air et le rayonnement, donneut un
total de 281,840 calories*.
La moyenne des 12 diagrammes calculés indique 394*^6 de vapeur
sensible qui ont fourni au condenseur 259,220 calories, soit une
différence de 22,620 calories dont il importait de retrouver Téqui-
valent.
La calorimétrie répartit ainsi le poids complémentaire 46^40 :
Vapeur 30*^42
Eau chaude. . . 15 98
Total mm
Dans l'expérience G, le poids de vapeur Q calculé sur diagramme:^
dépasse de 9*^ 04 celui de la pesée d'eau d'alimentation Q^. Ce fait
n'a rien d'anormal. Dans cet essai en marche industrielle, il j a eu
des variations de puissance et toutes les phases n'ont pu être enre-
gistrées par les diagrammes. Il suffit de quelques courbes relevées
plus dans un sens que dans l'autre, pour altérer la moyenne et
présenter des différences assez notables. Par ces considérations nous
pouvons admettre qu'il y a eu égalité entre Qo et Q et que le vrai
poids de vapeur est bien 383^50. En établissant les calculs sur cette
base, on trouve, en effet, des produits très approchés, puisque le
nombre de calories en moins est de 677 ; équivalent sensible d'nn
kilogr. de vapeur, soit 1/4 0/0 sur la totalité.
L'expérience D présente une légère différence entre Qo et Q. C'est
le poids de vapeur qui est moindre de 2*^15 que celui de Talimentatian.
L'équation calorimétrique est établie sur le poids net de Feaa
d'alimentation Qo = 388*^60. Ce calcul donne un excès de 900 calo-
ries sur la chaleur versée au condenseur. Mais si le calcul eût été
établi sur le poids moyen de vapeur sensible Qo — 386'' 45, la diffé-
rence deviendrait en moins de 515 calories.
1. Par kilogr. de vapeur, la qnoiitè de Teau de condensation, se chargeant de ib'^
« été de 4U d 3.
— 488 —
On voit par l'extrêrae rapprochement de ces nombres que les opé-
rations présentent un caractère (inexactitude sur lequel nous nous
appuierons pour conclure sur ce sujet.
CONCLUSION
Le but de ces expériences consistait :
l"" A rechercher le minimum de consommation en eau alimentaire
et en vapeur sensible que pouvait réaliser le fonctionnement de la
machine à vapeur soumise à ces épreuves, soit en puissance brute
sur le piston, soit en puissance nette sur l'arbre ;
^ A établir le rapport entre ces deux puissances ;
3^ A déterminer le rapport entre le poids de Teau d'alimentation
et celui de la vapeur sensible ;
¥ A connaître l'écart entre le fonctionnement pratique et le fonc-
tionnement théorique et faire la preuve de la justesse de l'opéra-
tion;
5** Enfin, à établir la contre-épreuve calorimétrique tant au point
de vue de l'étanchéité des organes que de celui des quantités de
vapeur mises en fonction dans la machine et le sort do la chaleur de
cette vapeur.
Sur la première question: vapeur consommée, nous avons reconnu
que l'état incorrect de la machine, lors de l'essai B, du IS mars
dernier, a donné pour résultat de consommation :
Eau alimentaire pesée 6*^390
Vapeur sensible ti^ 707
Les deux essais C et D faits après resserrement des ressorts n'ont
guère modifié la dépense de vapeur puisque la moyenne de ces deux
essais est de 5^ 685, faisant observer que, dans ces trois épreuves,
la saturation de la vapeur était de H à 13 pour cent.
Mais l'essai A antérieur de deux années fait avec deux chaudières
fournissant de la vapeur à 5 pour cent de saturation, seulement, a
donné un cheval efTectif avec 5^011 de cette vapeur. Les essais C et
D eussent donné les mêmes résultats si la livraison de vapeur avait
été dans les mêmes conditions.
Ainsi donc, la qualité de vapeur saturée d'eau en excès, que nous
- i86 —
avons constatée dans les essais U C D, ne peut être mise au compte
d'un appareil qui y est totalement étranger» et Ton peut conclure
que la cote de la machine qui a été soumise à ces expériences, est
bien 5"^ 001 de vapeur, qualité courante, parcheval effectif et par heure.
Cependant, pour répondre aux plus exigeants en cette matière,
nous concédons que l'essai A du 23 janvier 1883 a été fait hors
contrôle; qu*il n'y a, pour cet essai, que des diagrammes détaches
ne présentant pas toutes indications pour une analyse comme les
essais B C D dont Teau d'alimentation a été pesée ou jaugée.
Mais si l'essai B présente une discordance entre la pesée de Teaa
alimentaire et le poids de vapeur accusé par les diagrammes, fait
accidentel dû à un désordre reconnu et corrigé, les essais C et D qui
ont eu lieu après correction, sont en concordance sensible pour ces
deux mesures. Et, en ne considérant que les indications données par
les diagrammes, on a pour la moyenne des essais B C D o"^ 692 de
dépense de vapeur, à 13 p. 0/0 d'eau, par cheval effectif et par
heure. Valeur qui, à la rigueur, pourrait être admise.
Enfin, si l'on tient absolument à l'essai B au frein, du lo mars, et
à l'eau pesée sans admettre le désordre accidentel qui a été constaté,
et, en considérant cet état exceptionnel comme l'état normal de la
machine, la consommation de cette dernière demeurera encore bien
au-dessous de celles réputées des meilleures et sortant de nos pre-
miers ateliers, avec lesquelles nous pouvons entrer en comparaison.
Tableau de comparaison du taux de consoinination de divers
systèmes de machines à vapeur.
m*
1878
1880
1881
188i
»
9
■P
»
1885
1883
I
BXPÉBIMEN-
TATEraS
Leioutre
Tallktr-Hwflîer
Schrôter
Ifriw Ckerhoarf
Ville de Paris
Delafond
larh» Chertearg
Qienial «t Il«ine
Queruel
Quernel
SYSTÈMES DE MACHINES
Mono cylindre à surchau(Te système Hirn
Corliss. Thtu (Alsace)
DeuK cylindres manivelles àoo*. . . .
— — à soiipap
Corliss
— élévation d'eau (St-Maur) ....
— — eau d"egoul(Clichy) . . ,
Corliss
Deux cylindres manivelles à uo« . . . .
— — àl80« Es8. B Frein
— — — C et D
GONSOIIITIOII PAR CHETALft PiR 1^1^"
BAUALIHBNT.VTRE
INDIQUi
6^624
7,000
7.21.3
7.750
6.100
5,193
0,170
4,560
tFFCCTir
î)S298
9,370
8.800
7,6i8
8. .596
8,250
8,7W
9,500
7.0i5
6,390
5,685
:>.oii
CHBVALKFFECTIF
RKNF««^
0,91.1
o.^e6
0.866
0,8»
0,815
0.^66
0,910
0.910
0,910
charm^
l,33i
\.m :■
— 187 —
Rt si l'on t>erre la comparaison de pins [
ntiSAv »• JO.
COMPARAISON
Atsc l'ttaai B ;
Système Corliss
— 3 eyl. manir. A 90*. .
Atsc l'essai A :
Syiième Corliss
— S cyllnrirea maaiT. i 90".
Sur ta deuxième question : le rendement de la pu
en puissance effective.
Le tablesn ci-dessns indique pour la machine Co
tée par M. Walther-Meunier, un rendement de 9i ,t
dis que la moyenne de pareille macliine construit
donn^ qne 81 ,S pour cent ; celles de M. Farcot, 81
force nominale. — Les deux derniers rapports s<
mais celui de la machine alsacienne est bien pins i
La différence entre le poids de l'eau d'alimentatî
vapeur sensible peut être considérée comme nullt
machines fonctionnant avec de la vapenr saturée :
entraînée. Mais au delà de 5 p. 0/0 il peut prend;
les machines à puissance vaporisatrice faible. Rei
dant que, jusqu'à 14 p. 0/0, la machine soumise
vaporisé.
En ce qui touche l'utilisation de la vapeur iuscri
ot l'utilisation théorique, la machine a donné aux
avec vapenr saturée à 13 p. 0/0 d'eau, une utilisât
X l'essai A à 5 p. 0/0 d'eau, l'utilisation a été 93,6 1
Les contre-calculs nous ont donné la preuve di
notre méthode par ta reconstitntion de la courbe
n est à remarquer que l'expérience A, qu'on pe
l'appellation « normale », est sensiblement la repr(
— 488 —
tionnement (économique de la premiàre machine de ce système dont
il a été rendu compte dans la séance du 18 juillet 1879» prési-
dence de M. J. Ffircot.
Enfin la calorimétrie, inséparable, je le répète, de toute analyse
sérieuse du fonctionnement de la machine à vapeur, nous a per-
mis, à la fois, de compléter notre travail et de continuer à con-
' sidérer que toute la chaleur passant dans l'intérieur des cylindres
et versée au condenseur se retrouve entière dans Feau de con-
densation, sauf les 2 à 3 p. 0/0 perdus parle rayonnement et le
contact de l'air.
NOTE
SUR LA
C0?JVENTION INTERNATIONALE DU 20 MARS 1883
POUR LA. PROTECTION DE LA PROPRIÉTÉ INDUSTRIELLE
ET EKAMEX DES CRITIQUES Qu'eLLE A SOULEyÉES
par UU. Ch. ASSI et L. OBNÈS
EXPOSÉ
A la date du 20 mars 1883, nae Conventiou a été signée entr» les
représentants de la France et d'un assez grand nombre de puis-
sances d'Europe et d'Amérique, en vue d'assurer une protection
plus efficace à la » propriété industrielle », désignation qui com-
prend les brevets, les dessins et modèles industriels, les marques
de fabrique ou de commerce et enÔn les noms commerciaux.
Les membres de la Société connaissent déjà ce fait par la com-
munication qui a été faite par M. Em. Barrault dans la séance du
3 août 1883, et ils peuvent même retrouver le texte de la conven-
tion au Bulletin, avec les commentaires dont M. Barrault l'a
accompagné.
Nous ne reviendrions donc pas sur ce sajet, si depuis lors l'exis-
tence de la Convention internationale, dont la promulgation ne
remonte cependant qu'an mois de juillet 1884. n'avait été mise en
péril par des critiques qui nous paraissent mériter peu d'attention,
mais qui ont été jugées autrement par un certain nombre de Cham-
bres de commerce, celle de Paris entre autres, car elles font par-
venir soccessivement leurs doléances aux ministres compétents et
ne demandent rien moins que la prompte dénonciation de cette
Convention.
Si cette campagne continuait, il deviendrait bien difficile au
gouvernement de résister à des objurgations aussi unanimes, jusqu'à
présent, qu'elles nous semblent peu éclairées, et c'est pourquoi
nous jugeons n^e de demander à la Société de soumettre la ques-
^ m —
tion à un examen plus sérieux avant que la France se résigne
à dénoncer elle-même, et si peu de temps après sa signature, une
Convention qui n'a été conclue que sur son initiative et à la suite
de quatre ou cinq années d'efiorts persévérants.
On doit hésiter d'autant plus devant cette dénonciation qu'avant
que le gouvernement ne prît en main cette question d'une union
internationale contre la fraude industrielle, elle faisait depuis plus
de vingt ans l'objet des études d'hommes appartenant à tous les
pays et à toutes les professions, et possédant toute la compétence
nécessaire pour résoudre cet important et délicat problème; deux
fois ils se sont réunis en congrès, d'abord à Vienne lors de l'Exposi-
tion de 1873, et ensuite à Paris pendant l'Exposition de 1878, et
leurs délibérations en commun ont abouti à des résolutions dont la
Convention du 20 mars s'est inspirée, autant qu'il était possible dans
cette première réalisation d'une entente internationale. Lie président
de la conférence officielle de 1880, dans laquelle a été préparé le
texte de la Convention, n'était autre d'ailleurs que M. le sénateur
Bozérian, qui avait présidé le congrès de 1878.
Comme on le voit, l'œuvre dont la Convention a été le premier
couronnement est une œuvre essentiellement privée; le monde
industriel, et notamment les sociétés d'ingénieurs à l'étranger
(Angleterre, Autriche, Allemagne, etc.) y a collaboré; c'est a jortbri
une garantie que la Convention répond à un besoin réel ; il ne faut
donc pas laisser compromettre, par «a dénonciation irréfléchie, le
résultat de tant d'efforts. C'est pourquoi, nous le répétons, nous
appelons sur ce document l'attention de la Société des Ingénieurs
civils qui, assurément, a autant d'autorité que les Chambres de
Commerce pour se prononcer sur ce qui peut être utile ou nuisible
aux intérêts immédiats de Tindustrie et à son avenir.
Pour l'intelligence des critiques adressées à la Convention inter-
nationale, ainsi que des réponses que l'on peut y faire, il est néces-
saire de rappeler les dispositions qu'elle renferme. Toutefois, le text^
de ce document ayant déjà été publié au Bulletin, nous nous
bornerons à un résumé dans lequel nous tiendrons compte des
éclaircissements apportés au texte des articles par les procès-ver-
baux des deux conférences où ils ont été élaborés,c'est-à*dire celle de
1880 tenue par des délégués spéciaux des Puissances, n'ayant reçu
qu'un mandat d'étude, et celle de 1883, à laquelle ont pris part les
— 491 —
plénipotentiaires qui devaient signer pour leurs gouvernements après
accord définitif.
Peut-être un court préambule ne sera-t-il pas inutile pour indiquer
tout d'abord à quoi la Convention tendait, à quels desiderata elle
devait donner satisfaction.
D'une façon générale on peut dire que ses rédacteurs, se plaçant
àun point de vue pratique, se sont proposé de faire disparaître
des difficultés — équivalant souvent à des impossibilités — que
Fauteur d'une invention ou le propriétaire d'un dessin ou d'une
marque de fabrique éprouvait, soit pour obtenir un brevet valable,
soit pour faire un dépôt efficace de sa marque ou de son dessin, ou
encore pour faire ensuite sanctionner ses droits par les tribunaux,
quand des contrefaçons se produisaient. Enfin, par cette conven-
tion du 30 mars, on a voulu combler une lacune qui existait dans
beaucoup de législations, soit en ce qui concerne la protection du
nom même du commerçant, soit en ce qui concerne la garantie
temporaire des choses nouvelles envoyées à une exposition officielle
avant que les intéressés aient pu accomplir les formalités conser-
vatoires.
Les parties contractantes ayant été d'accord pour bouleverser le
moins possible les législations particulières des États — précaution
qui n'était pas inutile, étant donné qu'on en était à faire le premier
pas dans la voie d'une législation commune et que les lois les plus
diverses se trouvaient en présence — on comprend donc que le pre-
mier principe dont on s'inspira, ce fut de réclamer simplement de
chaque pays le traitement national pour les citoyens ou sujets de
chacun des autres, et qu'aucune des parties contractantes n'essaya
d'imposer sa propre loi, ce qui eût amené infailliblement l'échec des
négociations. La Convention n'est donc point basée sur le principe
de la réciprocité stricte, et les parties ne se sont imposé des disposi-
tions uniformes que sur les points pour lesquels on a jugé que c'était
indispensable sous peine de ne pas obtenir une protection réciproque
effective.
Non seulement il fut permis à chaque État de garder sa loi par-
ticulière sans modification, sauf sur les points auxquels nous venons
de faire allusion, mais on admit même, dans l'union internationale,
des pays qui ne protègent pas toutes les branches de la propriété
— 498 —
industrielle : c*est ainsi, par exemple, que la Suisse, les Pays-Bas et
la Serbie ne délivrent pas de brevets.
Ce n^est pas, d'ailleurs,sans quelque hésitation que leur admission
fut décidée, mais en définitive on reconnut quMl y avait intérêt à
lier ces pays pour le jour où ils feraient une loi, et que cet avan-
tage n*était compensé par aucun inconvénient sérieux, les principes
posés par la Convention étant déjà, pour la plupart, appliqués au
traitement des étrangers, sans condition de réciprocité.
Nous répondrons, du reste, plus en détail tout à Theure aux ob-
jections faites à la Convention sur ce terrain, ainsi qu'aux autres
objections dont elle a été Tobjet au point de vue spécial des intérêts
français. Il faut d'abord que nous rappelions brièvement ses stipu-
lations.
Analyse sommaire de la convention inteknationale du 20 mars
i883. — L'article premier déclare qu'une union est formée entre les
États suivants, pour la protection de la propriété industrielle :
Belgique, Brésil, Espagne, France, Guatemala, Italie, Pays-Bas,
Portugal, Salvador, Serbie et Suisse.
 ces pays, il faut ajouter :
L'Angleterre, la Tunisie, l'Equateur et la Suède qui ont adhéré
depuis la signature.
L'Union ne comprend donc pas aujourd'hui moins de quinze États.
n est intéressant de remarquer que la Confédération Argentine,
TAutriche, les États-Unis d'Amérique, le Luxembourg, la Russie,
la Turquie, l'Uruguay et le Venezuela, qui avaient envoyé des
délégués à la Cgnférence^ n'ont pas jusqu'ici fait parvenir leur
adhésion.
Quant à l'Allemagne, elle n'a même pas pris part à la Confé-
rence.
La seule observation que nous ayons à faire sur ce premier
article, c'est qu'il ne s'explique pas au sujet des colonies; toute-
fois, en ce qui concerne l'Angleterre et la Hollande, il a été en-
tendu que l'adhésion de la métropole n'entraînait pas celle des
colonies. La question n'a pas été tranchée pour les autres pays ;
le Bureau international officiel, duquel nous avions sollicité un
éclaircissement à ce sujet, au mois de novembre dernier, n'a pu
nous le fournir.
v^
— 493 —
L'article 8 assure le traitement national, à tout moment de la
durée de la Cionvention, aux citoyens ou sujets des Etats con*
cordataires en ce qui concerne la protection des inventions bre-
yetableSy des dessins ou modèles industriels, des marques de
fabrique ou de commerce et des noms commerciaux.
Uarticle 3 assimile aux nationaux d'un pajs les personnes qui y
posséderont un établissement industriel ou commercial.
Nous avons été les premiers à dire que c'est peut-être aller
bien loin et que cette assimilation, votée seulement en seconde
lecture et assez précipitamment, est peu compatible avec le désir
que Ton avait témoigné jusque-là, dans la discussion, de limiter le
bénéfice de la Convention aux nationaux des pays qui y adhére-
raient et chez lesquels, par suite, les étrangers jouiraient de la
réciprocité.
Toutefois, en y regardant de près, on reconnaît que cette assi-
milation était presque forcée, étant donné Tusage de traiter de la
même façon tous les commerçants, régnicoles ou étrangers, établis
*
dans un pays; on reconnaît surtout qu'elle n'aura pas les inconvé-
nients redoutés, si par une interprétation inexacte on ne donne pas
à un autre article, Tart. 5, une portée qu'il n'a point.
Zr'ar/»c/e 4 dispose que quiconque aura fait régulièrement le dépôt
d'une demande de brevet ou celui d'un dessin ou d*une marque
aura un délai pour faire la même demande dans le reste de l'Union.
Ce délai est fixé à six mois pour les brevets et à trois mois pour
les marques et les dessins, avec un mois supplémentaire pour les
pays d'outre-mer ; tout ce qui pourra se passer dans cet inter-
valle sera sans influence sur la validité du titre obtenu ultérieu-
rement.
Il a été formellement entendu que, pour bénéficier de cet article,
l'auteur du premier dépôt ne doit pas seulement l'avoir effectué
dans un des pays de TUnion; il faut encore que lui-même appar-
tienne à un de ces pays, soit par sa nationalité, soit par son domi-
cile, soit enfin par le siège de ses établissements.
Il résulte, d'ailleurs, des termes généraux de l'article, que le
premier dépôt peut être fait indifféremment dans Tun quelconque
des États concordataires ; il n'est pas nécessaire que ce soit le
pays d^origine de Tinvention, du dessin ou de la marque.
— 494 —
Varticle S décide qu'il n*y aura plus une cause de déchéance
dans le fait d^introduire, dans le pays du brevet des objets fabri-
qués d*après ce brevet, mais à la condition toutefois que le lieu
de fabrication fasse partie d'un dès pays de l'Union.
Il est stipulé que cette faculté d*introduire ne préjudicie pas à
Tobligation d'exploiter le brevet conformément à la loi du pays où
il a été obtenu.
Nous reviendrons tout à l'heure sur cet article, car c'est sur lui
que les détracteurs de la Convention s'appuient pour en demaDder
la dénonciation; nous aurons donc à rechercher si, même en le
combinant avec l'article 3 qui assimile au national le propriétaire
d'un établissement commercial ou industriel, il peut avoir les
conséquences qu'on lui prête.
L'article 5 ci-dessus est le seul qui s'applique exclusivement
aux brevets; il ne modifie d'ailleurs la législation que d'un seul
pays, la' France; partout ailleurs l'introduction d'objets brevetés,
accomplie par le breveté lui-même, était déjà permise.
Les articles qui suivent, jusqu'au dixième inclusivement, portent
sur les marques de fabrique, les noms commerciaux et les noms de
lieu d'origine :
Varticle 6 renferme une dérogation aux lois particulières des
États,dans l'intérêt des fabricants et des commerçants : il oblige ces
États a protéger telle quelle une marque étrangère déjà admise an
dépôt dans le pays d'origine, alors même que les signes qui la com-
posent ne présenteraient pas les caractères exigés par leur législa-
tion. Exception a seulement été faite pour les armoiries publiques et
les décorations (art. 4, § 2 du protocole de clôture).
L^utilité de cet article saute aux yeux. Il est clair qu'une marque,
parfaitement licite dans un pays, peut ne pas l'être dans an autre,
par exemple parce qu'elle sera composée de lettres ; en pareil cas,
le propriétaire ne pouvait pas réussir à faire enregistrer sa marque
partout, à son grand préjudice. Cet inconvénient disparait grâce à
l'art 6, qui, à lui seul, répond donc déjà à ceux qui prétendent qoe
la Convention n'est même pas un premier pas fait dans la voie d'une
entente internationale et que la France n'a rien obtenu en échange
de ce qtfelle donnait.
Qu'est-ce qui sera regardé comme pays d'origine ? Cela a été fixé
dans la discfùssion : le pays d'origine sera celui où le déposant a son
— 495 —
principal établissement ou, à défaut par lui d*avoir un établissement
dans l'Union, ce sera son pays natal ; quant à son domicile, il ne
pourra pas en exciper ; ceci, d'ailleurs, n'est pas contraire à Tarti-
cle3, car l'article 3 n'accorde aux personnes domiciliées dans l'Union
que le traitement nationaly et la faveur accordée par l'article 6 est
quelque chose de plus.
Vartick 7 stipule que la nature du produit auquel la marque est
destinée à s'appliquer ne pourra pas être un obstacle à l'enregistre-
ment de celle-ci.
Le dépôt d'une marque ne pourra donc plus être refusé sous pré-
texte qu'elle est appelée à recouvrir des marchandises dont le débit
est prohibé. C'est une clause utile, car la prohibition peut être levée
plus tard, et il est bon qu'alors Tintéressé n'ait pas perdu ses droits
sur la marque. La Convention a distingué avec raison la question
de propriété de la marque de la question du droit de débit.
Comme on le voit, les artielos 6 et 7 créant une obligation
pour les États contractants.
Il eu est de même encore de l'article 8, qui exige que le nom com-
mercial soit protégé dans toute l'Union, sans obligation de dépôt,
en faveur des ressortissants des États concordataires ; et il faut
entendre par là ceux qui en sont natifs et ceux qui y ont leur domi-
cile ou un établissement; cela ressort de la lecture des procès-ver-
baux des séances de la Conférence.
Inutile d'insister sur l'intérêt de cet article.
L'article 9 est aussi une clause obligatoire. Il dit que les mar-
chandises portant une marque contrefaite ou un nom commercial
frauduleusement emprunté, pourront être saisies . à l'importation,
à la diligence soit du ministère public, soit de la partie lésée, sui-
vant la loi du pays. Ceci ne s'applique pas à Timportation en tran-
sit, mais seulement à l'importation en consommation, à moins,
bien entendu, que la loi nationale ne permette de saisir en transit.
II nous paraît évident que cet article, comme les articles 6 et 7,
n'est applicable, dès à présent, que là où il existe une loi sur les
marques de fabrique ; c'est d'ailleurs le cas général pour les États
de l'Union.
L'article 40 étend les dispositions du précédent aux produits
portant faussementi comme indication de provenance^ le nom d'une
— 496 —
localité déterminée, quand il y sera joint un nom commercial fictif
ou emprunté dans une intention frauduleuse.
L*application de cet article peut avoir lieu immédiatement par-
tout, puisqu'elle nVst pas subordonnée à Texistence d'une loi natio-
nale dans le pays où Ton aura à la faire.
Pourquoi exige-t-il deux conditions réunies? Parce que certains
. noms de localités sont devenus de véritables désignations génériques
(exemples : draps d*Elbeuf,de Sedan, de Louviers, velours d'Utrecht,
eau-de-vie de Cognac, eau de Cologne, etc.) et que l'on n'a pas cru,
dès lors, pouvoir considérer l'emploi de ces noms comme une
fraude. Le cas devient différent si un nom de personne accompa-
gne celui de la localité, même si le premier n'est qu'un nom sup-
posé.
Le § 2 de l'article reconnaît partie intéressée tout commerçant
ou fabricant engagé dans la fabrication ou le commerce des mêmes
produits et établi dans la localité indiquée comme lieu de prove-
nance. Tous ceux qui seront lésés sont donc certains de ne pas voir
leur plainte repoussée pour défaut de qualité.
Varticle 44 oblige les Etats contractants à accorder une protec-
tion temporaire aux inventions, dessins et marques de fabrique
figurant à une exposition officielle ou officiellement reconDue
organisée sur leur territoire. Toutefois, les États qui n'auraient pas
de loi sur les brevets, par exemple, ne sont pas tenus de donner
aux inventions une garantie provisoire, puisqu'ils ne pourraient pas
y faire succéder une protection définitive ; de même pour les
marques et les dessins.
Cette garantie des objets exposés, qui existe d'ailleurs en
France, comme on le sait, n'est certes pas sans intérêt ; mais il
nous semble que la Convention aurait dû aller plus loin.
Cela nous paraît, en effet, une véritable anomalie, que cette con-
ventiott faite en vue d'assurer une protection internationale n'accorde
à l'exposant qu'une garantie provisoire limitée au pays de l'exposi-
tion ; une pareille limitation ne se comprend que dans une loi faite
pour un seul pays en particulier^ telle par exemple que la loi fran-
çaise de 1878. L'inventeur français, par exemple, qui exposera son
invention à Anvers avant d'avoir pu la faire breveter nulle part
n'aura pas lieu d'être entièrement satisfait s'il en conserve la pro-
priété en Belgique, mais la perd en France, en Angleterre et dan-<
— 497 —
tous les autres pays de TUnion, en raison de la publicité résultant
de rfixposition. Il est vrai qu'il évitera ce danger s'il peut seule-
ment déposer une demande dans un pays de l'Union ; mais dans
cette hypothèse Tarticle 11 devient complètement inutile. Ainsi,
cet article, ou fait double emploi, ou bien n'a que des effets trop
limités pour être en harmonie avec le but général de la Convention.
Le délégué de l'Italie à la Conférence, M. Indelli, avait parfaite*
ment compris cela, et il avait déposé un amendement tendant à
donner à l'article 11 des effets internationaux; mais il dut retirer
cet amendement devant les objections soulevées au sujet d'un
détail (fixation de la durée de la garantie temporaire) et sans
que personne semble avoir remarqué que le sens général de
l'amendement était tout autre que celui de Tarticle en discus**
sien, qui fut voté.
Par l'article 4i^ les États contractants s'engagent à établir
chez eux un service spécial de la propriété industrielle et un
dépôt central pour la communication au public des brevets, des-
sins et marques de fabrique.
Excellente création, dont on sent tout de suite l'utilité. Espé-
rons que la France, qui a rédigé le projet de la Convention, ne
tardera pas à réaliser chez elle ce service spécial et ce dépôt
central unique qu'elle recommande aux autres nations; espérons-
le, car ce n'est depuis longtemps un secret pour personne que,
de tous les grands pays, la France est celui où ce service est le
plus défectueux, ce qui tient surtout à la loi elle-même et à la
manière dont les choses sont depuis longtemps organisées. D'au-
tres pays ont déjà obéi aux stipulations de l'article \% sans
parler de ceux qui avaient pris les devants.
L'article 5 du protocole de clôture dit que Torganisation du
service spécial susmentionné comprendra, autant que possible,
la publication d'une feuille officielle périodique. On devine faci-
lement quelles matières y trouveront place : liste des brevets
rlemandés, délivrés ou cédés et des dépôts de dessins ou de mar«>
ques ; avis de l'Administration; législation et jurisprudence spé-
ciales» etc.
L^ariicle 43 ordonne la création à Berne d'un bureau central, entre*
tenu par une contribution des États adhérents, placé sous l'autorité
Bull. 33
— 498 —
de la Saisse, et destiné à servir de centre, de siège social, pour
ainsi dire, à TUnion. Il doit aussi publier une feuille périodique
aux termes de l'article 6 du protocole de clôture, et en effet il
la publie depuis le commencement de cette année.
Les articles restants, jusqu'au dix-neuvième et dernier, ne
sont destinés qu'à pourvoir à l'existence de la Convention, sans
négliger son amendement progressif, à assurer l'accroissement de
ses forces, et enfin à la prémunir autant que possible contre la
mort. Ce n'est peut-être pas la partie la moins habile ni la moins
pratique de l'œuvre.
C'est ainsi que Varticle M prévoit des revisions périodiques dans
des conférences qui auront lieu successivement dans chacun des
États.
D'autre part, l^article /;> donne aux Puissances unies la faculté
de conclure entre elles des arrangements particuliers, pourvu que
ces arrangements ne contreviennent point à la Convention.
Ce moyen d'aplanir des difficultés résultant d'incompatibilités
entre les législations de deux pays avait déjà été quelquefois
employé, notamment par la France, au sujet du dépôt des des-
sins et marques de fabrique.
L'article 46, pour ouvrir toute grande la porte de l'Union, décide
que de nouveaux États pourront y adhérer par une simple notifi-
cation adressée à la Suisse. Comme on l'a vu plus haut, plusieur:»
pays ont déjà profité de cette faculté.
Larlicle /7 se borne à spécifier que la mise en vigueur de la
Convention est subordonnée, en tant que de besoin, à Taccomplis-
sement des formalités imposées par la Constitution de chaque pays.
^article 48 dispose qu'elle sera exécutoire un mois après sa
ratification et demeurera en vigueur jusqu'à l'expiration d*une
année à partir de la dénonciation, étant entendu que la dénoncia-
tion n'aura d'effet que pour le pays qui l'aura faite.
Enfin, l'article 49 stipule que les ratifications seront échangées
à Paris dans le délai d'un an au plus tard. En fait, elles n'ont pu
l'être que le 6 juin 1884 et le décret de promulgation est daté
du 6 juillet suivant.
— 499 —
DISCUSSION DES OBJECTIONS
Telle est, en résume, la Convention internationale qui a encouru
la désapprobation de plusieurs Chambres de Commerce^tel est le traité
duquel on demande à la France de se dégager en condamnant ainsi
elle-même une œuvre qui est devenue surtout la sienne, puisque
c'est elle qui est parvenue à faire l'entente réclamée depuis »i long-
temps par l'industrie et le commerce.
On soutient que son exécution serait ruineuse pour l'industrie
française, attendu qu'elle accorde aux étrangers toutes espèces
d'avantages sans aucune compensation.
Comment cela? D'abord, dit-on, parce que, en permettant de pren-
dre un brevet en France pour une découverte qui est déjà publiée
depuis plusieurs mois dans d'autres pays, ce que ne permettait pas
la loi de 1844, on favorise les étrangers aux dépens du public frau'
çais auquel on retire la jouissance d'inventions qui seraient tombées
dans son domaine.
Mais, cette facilité donnée aux inventeurs pour se faire breveter
est réciproquey et les Français en profiteront à l'étranger comme les
étrangers en France ; il y a donc égalité de traitement, et toute la
question est de savoir s'il vaut mieux que les inventeurs puissent
■
être pillés partout ou soient protégés partout. Les adversaires de
la Convention penchent visiblement vers la première solution; ils en
ont le droit quoique tous les hommes compétents la condamnent
aujourd'hui; mais, en tous cas, ils ne sont pas fondés à dire qu'une
inégalité a été créée au détriment de la France par l'article 4.
La France, disent^ils encore, a fait un marché de dupe en ce
qu'elle a admis dans l'Union des pays qui n'accordent pas de
brevets.
Mais, avant la Convention, la France donnait déjà des brevets
aux étrangers sans aucune condition de réciprocité ; la Convention
n'a donc rien î«iové sur ce point; au surplus, nous répétons que
c'est l'intérêt d'un pays d'attirer à lui les inventions étrangères, et
il ne peut y parvenir qu'en leur assurant une protection; ces deux
vérités ont si bien été reconnues aujourd'hui que la même règle est
suivie à peu près partout. Cependant quelques pays arriérés pen-
— 500 —
sent encore comme nos adversaires, et par exemple le délégaé
l'Uruguay a déclaré au sein de la Conférence que son gouvernement
préparait un projet de loi refusant le brevet aux inventions étran-
gères ; voilà ce que Ton aurait évité si Ton avait pu obtenir l'adhé-
sion de l'Uruguay à la Convention.
En revanche, nos adversaires auraient pu dire avec plus de raison
que jusqu'ici la France exigeait la récipriocité, sinon en matière
de brevets, du moins en matière de marques de fabrique, et que la
Convention ne lui permettra plus cette exigence vis-à-vis des États
qui viendront entrer dans l'Union et qui n'auraient pas de loi sur les
marques. Mais, les marques étant aujourd'hui protégées dans la plu-
part des pays, le danger, en réalité, est faible et, au surplus, ce ne
serait pas un grand malheur que d'empêcher en France les falsifia
cations de marques étrangères, même sans réciprocité ; la moralité
y gagnerait en même temps que le public ne serait plus trompé. Ce
n*est pas encore cela qui ruinera notre industrie et notre commerce;
nous aimons à penser qu'ils ont d'autres ressources.
Mais, nous objectera-t-on, si les étrangers sont protégés chez
nous sans réciprocité, ils ne nous protégeront jamais chez eux!
En est-on bien sûr? En 1852 un décret rendu par le gouvernement
français déclara que les œuvres littéraires et artistiques étrangères
seraient garanties en France sans aucune condition de réciprocité, A
cette époque la propriété littéraire n'était guère protégée nulle
part ; aujourd'hui elle l'est à peu près partout, et au mois de septem-
bre dernier une conférence s'est réunie pour conclure en cette
matière une Convention internationale analogue à celle que nous
défendons.
Voilà un exemple rassurant et qu'il est bon de méditer, car il
prouve que des vues larges ne sont pas nécessairement de la naï-
veté, ou, si Ton préfère, que certaines naïvetés sont profondément
habiles et que la spoliation n'est pas le seul ni le meilleur moyen de
s'enrichir.
On dit encore que la France accorde les brevet^ sans examen et
qu'on a accepté dans l'Union des États qui ne les délivrent qu'après
lui examen préalable, ce qui est un moyen déguisé de les refuser.
Tel n'est pas le but de l'examen, mais, en tout cas, si laFrance
jugeait bon d'appliquer aussi ce système, la Convention lui en lais-
— tm —
serait toute liberté, puisque chaque pays reste maître de sa
législation.
De plus, robjection est mal fondée en fait, car les deux seuls
pays à examen : l'Allemagne et les États-Unis, n*ont adhéré ni
l'un ni Tautre.
Nous ne relèverons pas dans lo rapport présenté à la Chambre de
Commerce de Paris, auquel nous empruntons ces objections, et qui
n'est d'ailleurs qu'une deuxième édition abrégée, mais ni revue ni
corrigée, des articles parus dans un journal qui mène toute la cam-
pagne depuis son début — nous n'y relèverons pas des puérilités
telles par exemple que le regret de voir réglementer par un même
document les brevets, les dessins et les marques « malgré les diffé«
rences de bases que présentent ces trois questions, » au lieu d'avoir
« plusieurs conventions sous des rubriques différentes » . Les objections
de cet ordre sont, en effet, les seules auxquelles on ne puisse rien
repondre, car c'est pure question de goût. L'Angleterre, les Etats-
Unis ont compris dans une même loi toutes les branches de la
propriété industrielle ; le rapporteur de la Chambre de Commerce
préfère la division : nous n'avons rien à y voir.
En négligeant quelques autres critiques de l'importance de celle-
ci, nous ne trouvons plus dans le rapport qu'une seule objection
contre la Convention du 20 mars, elle concerne la faculté donnée
à l'inventeur, par l'article S, d'introduire de l'étranger des objets
fabriqués d'après son brevet.
Si l'interprétation donnée à cet article par le rapporteur était
exacte, il y aurait là une question très sérieuse, les conséquences
prévues de son application sont même la cause principale, sinon la
cause unique, de l'opposition que la Convention a rencontrée de la
part des Chambres de Commerce.
Quelle que soit la portée que l'on attribue à cet article, il apporte
certainement une modification à l'état de choses antérieur. Il y
a donc lieu d'examiner si l'on n'en a pas exagéré beaucoup les con-
séquences, faute de l'avoir bien lu et bien interprété.
Réfutons tout d'abord une erreur consistant à croire que l'Al-
lemagne et les États-Unis, en particulier, vont pouvoir, grâce à
l'article 5, nous inonder de produits fabriqués sur leurs territoires.
On ne pourra rien introduire de ces deux pays, par la raison bien
— 502 —
simple qu'ils n'ont pas adhéré à la Convention et qu'ils ne pourront
donc pas en réclamer le bénéfice,
C'est pourtant là Tépouvantail dont on s'est sen-i pour souleTer
le monde commercial contre la Convention !
Remarquons, à ce propos, qu'ils sont nombreux les pays qui n*ont
pas adhéré, et que les adversaires de l'Union internationale ne sont
pas bien d'accord avec les faits quand ils la présentent comme tel-
ment défavorable à nos intérêts que toutes les puissances étrangères
se. sont empressées d'y entrer pour se partager nos dépouilles. En
Europe seulement, l'Allemagne, l'Autriche, la Russie, la Tur-
quie, la Grèce, la Norwège, le Danemark, sont restés en dehors;
il en est de même des États-Unis ; et cependant, la Convention est
signée depuis le 20 mars 1883 et ces pays ont donc eu le temps
de réfléchir.
Nous venons de faire remarquer que Ton ne pourra pas impor-
ter en France des objets brevetés dans ce pays et provenant
d'États étrangers à l'Union, et cela d'après les termes mêmes de
l'article 5. Est-ce que ce serait nous qui nous tromperions, est-ce
qu'il y aurait un autre article qui viendrait modifier celui-là sur le
point en question?
Autant que nous pouvons comprendre Targamentation de ceux
qui soutiennent l'opinion contraire à la notre, ce serait efi'ectivo-
ment le cas, et l'article 3 effacerait la restriction que l'article o
renferme ; toute personne, d'une nationalité quelconque, pourrait
introduire dans le pays du brevet des produits ^^enant cF Allema-
gne, des Etats-Unis, ou de tout autre pays étranger à rUnion, à la
seule condition d'avoir un établissement industriel ou coramercîil
dans une des parties de cette Union.
Ce serait là une interprétation absolument inexacte.
L'article 3 assimile aux citoyens d'un pays compris dans l'Union
tous les étrangers qui y posséderont un établissement commercial ;
par là, il leur accorde les mêmes droits, mais rien de plus assuré-
ment. Or, le national n'a le droit d'importer que « des objets
fabriqués dans l'un ou l'autre des États de l'Union ».
Donc, nous avions raison de dire que rien, dans la Convention,
ne permet d'introduire en France des objets brevetés venant iVM-
lemagne ou des États-Unis, tant que ces États n'auront pas adhér*-
à l'Union.
— 503 —
Nous nous empressons d'ajouter qu'ils peuvent le faire demain;
en tout cas, ce qui ne .sera pas vrai pour eux le sera pour d'autres.
Laissant de côté la question de savoir de quels pays on introduira,
il est donc très intéressant d'examiner quelles proportions Timporta-
tioa d'objets brevetés pourra prendre.
Les adversaires de la Convention n'hésitent pas A penser que les
étrangers possédant un brevet en France feront venir de chez eux
tous les objets dont ils auront la vente, au lieu de les faire fabriquer
en France comme la loi de i844 les y obligeait par son article 32
(Soit dit en passant, cet article est inexactement cité dans le rap-
port présenté à la Chambre de Commerce, ainsi que dans les publi-
cations qui l'ont inspiré; on néglige de tenir compte du change-
ment qu'une loi de 1856 a apporté à la loi des brevets de 1844 sur
ce seul article. Cela suffirait à montrer que nous ne sommes pas en
présence de spécialistes familiers avec les questions dont ils s'occu-
pent).
L'obligation de fabriquer en France est-elle réellement supprimée
par la Convention? /> contraire nous parait certain.
Ses adversaires ont sans doute négligé de remarquer le paragra-
phe 2 du même article 5, qui dit :
« Toutefois, le breveté restera soumis à l'obligation d'exploiter
» son brevet conformément aux lois du pays où il introduit les
» objets brevetés » .
Or, notre loi sur les brevets, en outre du paragraphe prononçant
la déchéance pour introduction — et qui vient d'être supprimé —
contient un autre paragraphe qui oblige le breveté, sous la même
peine, à exploiter son brevet à partir de la seconde année. Qu'est-ce
qu'exploiter? La jurisprudence a toujours été que c'était fabriquer en
France^ et elle n'aurait même pas pu être différente, du moment que
l'introduction était prohibée, car, dans ces conditions,le breveté ne
pouvait évidemment se procurer des produits qu'en les fabriquant.
n suffira donc à nos tribunaux de persévérer dans une jurispru-
dence constante pour que le danger que l'on redoute soit évité, et
ce sera même pour eux un devoir strict, car la loi nest en rien wo-
difiée à l'égard de l'exploitation.
Dans la Conférence, on avait agité cette question ; quelques-uns
avaient voulu supprimer l'obligation, d'autres la maintenir; faute
de pouvoir s'entendre, on décida que la Conférence laisserait de côté
— 504 —
cette question, de sorte que chaque Ëtat continuerait d'appliquer sa
loi particulière, et le paragraphe cité plus haut fut ajouté pour évi-
ter tout malentendu. Effectivement, si le paragraphe 2 n'avait pas
ce but, on ne s'expliquerait pas ce qu'il vient faire,
Toute hésitation nous parait doncimpossiblesurlesensderarticle5,
quand on le lit jusqu'au bout. Nous sommes heureux, d'ailleurs,
que notre opinion sur ce point soit corroborée par celle de M. Geor-
ges Plé, avocat, qui a soutenu exactement la même thèse dans un
journal industriel et qui a, sur ses contradicteurs, l'avantage d'être
plus versé dans la connaissance de la loi des brevets, à en juger par
la façon dont il en parle et par sa qualité de secrétaire d'un juris-
consulte faisant autorité en ces matières, M. Pouillet.
Ainsi donc, il paraît certain que la Convention n'a d'autres consé-
quences, relativement à l'introduction, que de dispenser le breveté,
quand il veut introduire une machine brevetée, d'en demander l'au-
torisation au préalable; de lui permettre, en outre, d'introduire des
échantillons de l'invention quand il s'agit de produits autres que def^
machines, cas dans lequel la loi de 1856 ne permettait pas au minis-
tre d'autoriser l'introduction; enfin, de ne plus limiter à un seul le
nombre des objets introduits.
Cette absence de limitation du nombre amènera-t-elle des abus, et
les inventeurs établis à Tétranger proflteront-ils de. ce que le fait
d'introduction en lui-même n'est plus délictueux pour satisfaire à
une partie de la demande au moyen de produits simplement im-
porti^s ?
Nous avouons que cela nous parait probable, mais en répétant
que les tribunaux sont parfaitement armés contre ces infractions.
Ils pourront d'autant plus sûrement les réprimer que lorsqu'ils ont à
à se prononcer sur la déchéance d'un brevet, c'est sur la demande
d'un tiers intéressé; or, quand on remarque combien les intéressés
savaient, sous le régime de la loi de 1844, découvrir et signaler un
unique fait d'introduction, pour les brevets qu'ils avaient intérêt à
faire tomber, on peut être tranquille : les tribunaux trouveront en
eux des auxiliaires vigilants pour leur signaler le chiffre des impor-
tations; à eux alors d'appliquer la déchéance s'ils reconnaissent que
l'esprit de la loi a été violé.
Cependant, n'y a-t-il pas à craindre qu'il ne se forme une nouvelle
jurisprudence d'aprè? laquelle, étant donné que l'introduction n'^^t
— 505 —
plus interdite, les tribunaux déclareraient la loi satisfaite du mo*
ment que le breveté aurait fabriqué en France, si peu que ce fût?
Cela ne nous parait pas à redouter, car ce serait une doctrine peu
sérieuse que celle qui obligerait le breveté, pour le cas d'une vente
décent machines par an, par exemple, à en fabriquer une en France,
en lui permettant de faire venir du dehors les quatre-vingt-dix-neuf
autres. En matière d*exploitation les tribunaux se préoccupent sur*
tout de ce qu'il a été possible à l'inventeur de faire; on trouve des
arrêts validant des brevets bien que l'exploitation n'en ait pas été
commencée dans les délais prescrits , parce que l'inventeur n'avait
pas pu faire mieux; mais, réciproquement, nous ne croyons pas que
le breveté qui ne ferait qu'une exploitation pro forma eût chance de
trouver grâce devant les tribunaux.
Quoiqu'il en soit, ceux qui font tant de bruit pour quelques pro-
duits brevetés qui pourront maintenant entrer en France seraient,
pensons-nous,bien embarrassés pour justifier leur prétention d'inter-
dire cela à l'inventeur. Non seulement on ne peut sans injustice lui
refuser ce droit, mais il aurait même celui d'importer la totalité des
marchandises dont il fait commerce.
Il faut favoriser le travail national ! dit-on. Fort bien, mais pour-
quoi un Français qui est breveté le favoriserait-il plus qu'un Français
qui n'est pas breveté ? Un commerçant, fût 41 nfâme étranger, a le
droit d'importer en France tous les produits qu'il voudra et en aussi
grand nombre qu'il voudra, quand ils appartiennent au domaine pu-
blic ; pourquoi don^ ne le pourrait-il pas également pour les produits
qu'il a fait breveter?
Est-ce qu'en privant le travail national de la fabrication des uns
on lui fait moins de tort qu'en lui retirant celle des autres? Évidem-
ment le résultat est le même dans les deux cas, et à ce point de vue
il importe peu que la cisaille ou la machine à coudre achetée en
Angleterre ou en Belgique soit brevetée ou ne soit pas brevetée en
France.
Voici par exemple deux marchands, dont l'un exploite une ma-
chine à coudre brevetée de son invention et l'autre une machine
à coudre d'un type banal.
— Vous ne devez pas acheter à l'étranger, dirait celui-ci au bre-
veté ; assez d'autres le font déjà, et moi tout le premier ; notre
iDdustrie souffre et comme il faut bien que quelqu'un se sacrifie
— 506 —
pour la gauver» ce sera vous, Henonoez donc aux avantages que
rimportation vous procurerait, La patrie avant tout !
— Mais, pourrait répliquer Tautre, si je comprends bien, voui
me propose; de sacrifier mes convenances et mes intérêts aux vôtres;
votre patriotisme se drape dans un manteau fait avec ma laine.
Explique?<^moi au moins pourquoi je dois être la victime pluiùt que
vous,
— Ah ! c'est que, comme votre machine est brevetée, nous ne
pourrions pas faire concurrence aux fabricants étrangers par qui
vous laferieK construire,
— Pardon, vous pouvez parfaitement leur faire concurrence, soit
avec des machines à coudre du domaine public, soit avec dp
nouveaux systèmes que vous ferez breveter également. Vous ne
pouvez pas fabriquer précisément mon système, cela est vrai, parce
qu'il y a là une question de propriété, mais elle est entièrement
distincte de la question du préjudice que fait subir à notre industrie
nationale la commande de machines aux constructeurs étrangers:
une machine, arrivant toute faite/aura beau être brevetée, elle ne
représentera toujours qu'une machine de moins à faire en France. Uy
aurait même un avantage évident pour le pays à permettre plutôt l'in-
troduction des produits brevetés que celle des autres, car, précisé-
ment à cause de son privilège, le breveté pourra tenir ses prix aussi
élevés, que s'il avait fait fabriquer en France moins économiquement;
s'il a payé bon marché il en profitera, mais sans que ses confrères
aient à souffrir de la baisse de prix qui résulterait d'une rivalité
entre les maisons étrangères.
En tout cas, pourrait ajouter le breveté, s'il est vrai que notre
industrie soit impuissante à lutter contre la concurrence étrangère,
qu'on établisse des droits protecteurs, je les paierai comme vous,
mais à cette condition je dois pouvoir introduire comme vous.
Objecterez- vous qu'à Tégard de certains pays la France n'est plus
maîtresse de ses tarifs ? Alors, subissons le mal, mais subissons-le
ensemble ; pourquoi paierais-je votre rançon ? Est-ce parce que.
en cherchant le progrès, j'ai rendu service à mon pays? Singulière
façon d'entendre l'adage : Tout service se paye! Ici, il serait pap'
par celui qyi le rend •
Je sais bien que l'on dit : le brevet est un privilège, et la loi peut
mettre à son octroi telles conditions qu'elle jugera convenables.
— 507 ^
Encore ffiut^il que ces conditions se Jastiâent par quelque chose.
Or, il s*agit ici d'an privilège qui ne confère aucun monopole et
dont rinventeur jouit sans entraver aucune exploitation similaire.
En réalité, une invention industrielle, comme toute œuvre de Tintel*
ligenoe, constitue une propriété que la loi ne orée pas, qu'elle n*a
qu*à constater en vue de la protéger. Quand un inventeur vient lui
demander de constater qu'il est propriétaire de telle idèe^ elle n'est
donc pas fondée à lui imposer des conditions iniques ou vexatoires,
Sans doute, matériellement^ elle le peut faire, et il faudra bien
que rinventeur s'y résigne, sous peine de tout perdre, mais elle
commet alors un véritable abus, comme un magistrat qui vendrait
la justice. La seule différence, c'est que ce magistrat serait passible
d*une peine, tandis que le législateur peut abuser impunément.
L'équité commande de n'inten^enir dans la réglementation de la
propriété des inventions que pour sauvegarder l'intérêt général, et
Ton ne peut regarder comme d'an intérêt général d'interdire à quel*
ques individus des actes, tels que l'introduction, qui sont permis à
tons les autres et qui ont les mêmes conséquences dans tous les cas
indistinctement, si même ils n'ont pas moins d'inconvénients de la
part des brevetés.
Pour admettre qu'une loi sur les brevets peut mettre à leur dé-
livrance des conditions arbitraires, il faudrait admettre que la dé-
livrance d'un brevet est une mesure purement gracieuse du Pouvoir,
ce qui est incompatible avec l'idée qu'une invention est une prO'
priété préexistante à la loi qui la réglemente. Or, telle est la con-
ception moderne du droit des inventeurs. Nous sommes loin du temps
où Mirabeau lui-même disait qu'une invention cesse d'appartenir à
?on auteur dès qu'elle quitte son cerveau; ce qui esta peu près
comme si l'on disait que l'oîi n'est plus propriétaire de sa bourse si on
ne l'enferme pas soigneusement dans sa poche.
— Ainsi pourrait parler l'inventeur et nous ne voyons pas ce
qu'on lui objecteraic. Nous pensons même que, pour plusieurs rai-
sons, il devrait être libre de ne pas exploiter du tout, sans encourir
pour cela la déchéance ; mais nous n'avons pas à examiner
cette question ici.
Concluons, sur l'article 5, qu'en principe il permet d'introduire
en France des produits brevetés fabriqués dans un autre pays de
l'Union, mais qu'il no dispense pas pour cela d'exploiter les brevets
— 508 —
par une fabrication ayant lieu en France ; de sorte que leç craintes
des adversaires de la convention nous paraissent mal fondées.
Nous ne voyons pas, dans le rapport présenté à la Chambre de
commerce, d'autres objections à laquelle nous ayons à répondre.
En revanche, le rapporteur reconnaît que la Convention u accorde
un droit nouveau aux inventeurs français », celui de ne faire leurs
dépôts à l'étranger qu'un certain temps après le dépôt en France,
sans avoir à redouter les conséquences de la publicit»' qui se produi-
rait dans rintervalle.
Mais « l'avantage est mince », dit-il, car il était facile de déposer
partout simultanément. De plus, cela <( retire aux inventeurs la fa<
culte d'user des anciens délais qui se trouvaient auparavant beau-
coup plus longs dans les autres pays de l'Union » . Nous voudrions
bien connaître ces anciens délais ! En tout cas, s'il en existait, les
inventeurs pourraient encore en user, puisqu'ils profitent de la loi
du pays et que le délai de six mois n'est qu'un minimum assuré.
Le rapporteur reconnaît aussi qu'en ce qui concerne les marques
de fabrique, les articles 9 et 10 a donnent satisfaction à un des
vœux les plus chers de la Chambre de commerce de Paris »; que
« l'adhésion des Puissances contractantes à ces deux articles consti-
tue un progrés réel dans la voie de la protection internationale des
marques de fabrique »;il regrette seulement que l'on n'ait pas inter-
dit l'indication d'un faux lieu de provenance, même quand il ne s y
joindra pas l'indication d'un nom personnel, ne se rendant peut-être
pas bien compte du motif de cette double condition (nous ravons
indiqué plus haut).
Cette approbation partielle n'a pas empêché le rapporteur de con-
clure que la « Convention a compromis la liberté de l'industrie
française, en la privant d'une partie de son travail national, sans
compensation apparente »; que les commissaires français qui Vont
négociée ont commis de « lourdes fautes, si toutefois elles ne sont
pas intentionnelles », et qu'en définitive nous n'avons qu'à nous
retirer au plus vite d'une union que nous avons provoquée. Le rap-
port ne laisse même pas le choix entre la dénonciation et le choix
entre la revision.
C'est ce rapport qui a été voté à l'unanimité par la Commis-
sion de législation de la Chambre de Commerce de Paris, et qui
a été imprimé pour être distribué aux Chambres des départe-
— 609 —
ments. Il faut s'attendre à ce que plusieurs de celles-ci , prenant
comme exactes toutes les affirmations de ce document, suivent
l'exemple qui leur vient de si haut, la mode étant d'ailleurs au-
jourd'hui de trembler au seul mot de concurrence étrangère , ce
qai enlève le calme nécessaire pour contrôler des appréciations
trop pessimistes et, par exemple, pour constater combien il est
peu exact que tous les pays étrangers se soient empressés d'adhé-
rer à la Convention. On a vu plus haut que, en réalité, près de
la moitié des États représentés à la Conférence, entre autres beau-
coup de Puissances européennes, n'ont pas voulu adhérer : il n'y
a donc de ce côté aucune présomption que la Convention favo-
rise les pays étrangers au détriment de la France.
Il n'en est pas moins devenu nécessaire, en présence de l'op-
position qu'elle rencontre inopinément chez nous^ que tous ceux
que la question intéresse se fassent une opinion à la suite d'un
examen sérieux. Nous n'avons, pour notre part, aucun parti pris;
nous croyons que la Convention marque un progrès réel; les ar-
guments invoqués contre elle ne nous touchent pas, parce qu'ils
nous paraissent porter à faux ; mais une cause peut être mal
défendue et pourtant être juste, au moins en partie; une discus-
sion plus éclairée sera donc très utile.
Elle le sera d'autant plus que l'influence de la Convention in-
ternationale peut chaque jour s'accroître par l'accession de nou-
veaux États. Depuis quelque temps, l'Allemagne, en particulier,
se demande si elle n'a pas eu tort de se tenir à l'écart ; les
Chambres de Commerce sont co'nsultées et, en général, elles re-
commandent l'entrée dans l'Union; la Société des Ingénieurs alle-
mands — société importante comptant 5,000 membres et qui
depuis bien longtemps donne toute son attention aux questions
de propriété industrielle, — travaille dans le même sens, et il
n'est pas impossible que le nom de TÂllemagne ne s'ajoute bien-
tôt à la liste des Puissances adhérentes.
Cela ne prouverait certainement pas que la Convention est
mauvaise pour nous, car, en principe, lorsque deux parties font
volontairement une entente, c'est qu'elle est jugée profitable pour
Tune et pour l'autre.
L'Union pour la protection de la propriété industrielle peut
être bonne pour tout le monde, comme l'Union postale, l'Union
— 510 —
télégraphique, TUnion monétaire, rUnion dos poids et mesures,
que l'on a déjà conclues; comme Tunion pour la protection delà
propriété littéraire, qui est en train de se faire.
Mais enfin, il est bon que le monde industriel français se fasse
une opinion et puisse faire entendre un ayis éclairé, venant cor-
roborer ou combattre celui d^un certain nombre de Chambres de
Commerce, qui ne nous paratt pas» jusqu'à preuve du contraire,
mériter la même épithètc.
Dans ce dernier cas, on pourrait enrayer un mouvement qui
risque d'amener, sans motif plausible, la dénonciation d'une Con-
vention que la France ne serait sans doute pas près de refaire
après l'avoir condamnée elle-même une première fois . Cette dé-
nonciation si rapide d'une œuvre qui est la sienne serait d'ailleurs
peu dénature à augmenter son prestige, et c'est une nouvelle rai*
son, même au point de vue de nos intérêts industriels et comme^
ciaux, pour ne laisser qu'à bon escient dénoncer la Convention do
20 mar^ 4883, à peine entrée en vigueur depuis le milieu de rannëc
dernière .
CW dans ces vues que nous avons pris la liberté de porter la
question devant la Société.
k
CHRONIQUE
SoMUAiBB. — Machioes de laminoirs. — Dock flottant de Rotterdam. -— Utilisation
des \ieux rails d'acier. — Déplacement d'une cheminée. — Résistance de la glace.
MaeKlneci de laminoirs. — MM. Kitsou et C>", de Lecds, ont
fourni récemment aux forges de Dowlais des machines de très grande
puissance pour commande de laminoirs. Ces machines ont deux cylindres
horizontaux de l^jSîîS de diamètre et l™,o25 de course, agissant sur le
laéme arbre, Tun sur un coude venu de forge avec Tarbre, Tautre sur un
plateau manivelle calé à Textrémité; ce plateau fretté en acier porte un
contrepoids venu de fonte et destiné à équilibrer le mécanisme ; le con-
trepoids formant le balancement de la seconde machine est disposé dans
le plateau de jonctionnement de Tarbre moteur avec Tarbre de tran^
mission.
Les bâtis des machines se composent de quatre poutres creuses bou--
lounées ensemble à l'une de» extrémités, et assemblées par l*autre extré-
mité, élargie à cet effet, avec une poutre transversale qui porte les
plateaux d'avant des cylindres. Les cylindres se trouvent ainsi en portc-
à-faux par rapport aux bâtis principaux et sont supportés par un petit
hâti additionnel placé au-dessous de leur extrémité arriére, lequel bàtl
supporte également les glissières de guidage des contre->tiges.
L'arbre moteur est supporté par trois portées dont la premier a 0"SSêW
do diamètre et les autres O^'jSSO.la longueur étant pour toutes de 0»* J3oî
les coussinets sont en quatre pièces et ajustables; ils sont en broiiie
phosphoreux, les chapeaux des paliers sont en acier fondu* L'arbre est
eu fer de riblons forgé avec tout le soin possible»
Les tiges de piston ont 0*",âi5 de diamètre; elles sont également en tW
do ribloDs; les pistons portent des contre-tiges qui sortent par le plateau
arrière des cylindres et portent un coulisseau guidé par une gltssièrei
Les glissières avant sont Venues de fonte avec les bàtls et sont gai*nle8l
de règles en fer cémenté et trempé.
Les tiroirs sont placés en-dessus des cylindres ; ils sont en forme de
pistons et leur diamètre est de 0",68S; l'évacuation de l'eau condensée
est, à cause de cette disposition des tiroirs, assurée par des soupapes de
purge à fonctionnement automatique placées au-dessous des cylindres.
Les tiroirs sont commandés par un arbre auxiliaire parallèle à l'arbre
moteur et situé au-dessus dans le plan horizontal pa.<^sant par les axes
des tiges de tiroir. Cet arbre est commandé par un jeu de roues d'engre-
nages en acier fondu avec dents à doubles chevrons ; il porte les excen-
— 512 —
triques à ses deux extrémités. Cette disposition présente certaines faci-
lités d'accès et de plus elle permet l'emploi d'excentriques de faible
diamètre relatif, tandis que, s'il fallait mettre ces organes sur l'arbre
moteur, on arriverait, avec le diamètre considérable qu'a celui-ci, à des
dimensions fabuleuses pour les excentriques, ce qui entraînerait des
pertes importantes de travail par frottement et surtout des échauffemeDl?
difficiles à combattre.
En eflret,il n'aurait guère été possible de mettre sur l'arbre de0'",83dc
diamètre des excentriques de moins de 1",200 de diamètre, lesquels, à la
marche de 120 tours par minute de l'appareil; auraient eu une vitesse à la
circonférence de 7",540 par seconde. Cette considération est assex
sérieuse pour faire accepter dans certains cas la complication de la
transmission par engrenage à l'arbre de distribution.
La machine étant du système réversible, le changement de marche
s'effectue par une coulisse droite, type Allan,manœuvréepar un cylindre
hydraulique.
Ces puissantes machines, de dimensions qui leur permettent de déve*
lopper plusieurs milliers de chevaux, viennent seulement d'être mises ea
service, mais des machines semblables sortant des mêmes ateliers et
ayant des cylîndresde l'",220 de diamètre et 1",370 de course fonctiouneut
avec plein succès-dans les mêmes forges depuis 1881.
Les dessins des machines que nous avons décrites plus haut ont et»;
donnés dans VEnginering»
ItoelL IlottMit dj^ R^tt^rdam. — La ville de Rotterdam exploite
depuis 1883 un dock flottant en fer et en deux parties qu'elle a fait cous-
truire et placé dans un bassin creusé à cet effet, sur la rive gauche de la
Meuse, près du petit port de Charlois. A la cote de 5" ,1)6 sous l'étiagc
de Rotterdam (désigné par R. P. abréviation des mots hollandais RoUer-
damsche Peil), ce bassin a 350 mètres de longueur moyenne et ISO de
large. La profondeur générale eSt de S^jÔÔ, mais, à l'endroit où doit
pouvoir plonger le dock tout entier, ïï y a 9"S66 et, sur le mouillage spé-
cialement affecté à la plus petite des deux parties, 8*^,66 sous R. P.
Chacune des deux parties forme à elle seule un dock distinct et toutes
deux présentent le même système de construction. L'une a 90 mètres,
l'autre 48 de longueur. Réunies, elles forment un dock de 138 mètres. A
l'ordinaire toutefois, les deux parties, que nous nommerons simplement
le grand et le petit dock, sont mouillées isolément Tune eu arrière de
l'autre et, pour en faciliter l'emploi séparé, l'axe du petit dock est place
latéralement à celui du grand. Les largeurs communes aux deux docb
sont les suivantes : à l'extérieur hors œuvre 27",40 ; à l'intérieur entre
les parois des caissons latéraux 20", 40 sur le plafond et 21",iO a«
sommet.
Le corps se compose d'un caisson de fond et deux caissons latéraux.
— 513 —
La hauteur du caisson de foud est au milieu de 3 mètres et sur les cotés
de 2">,70. De cette moindre hauteur part l'élévation des caissons latéraux
hauts de T^jSO et larges, au niveau du plafond, de S^^SO, et au sommet de
3 mètres seulement.
Le caisson de fond du grand dock est divisé en douze, celui du petit
en huit compartiments. Cette division est obtenue au moyen de cloisons
étanches longitudinales et transversales dont voici la disposition. Au
milieu de chaque caisson, il y a d'abord une grande cloison longitudi-
nale qui en occupe toute la longueur. De chaque côté se trouvent quatre
cloisons transversales dans le grand dock et deux dans le petit. Ces
cloisous atteignent toute la hauteur des caissons latéraux. Il y a ensuite
deux autres cloisons longitudinales, mais qui ne règu ^ut qu'au milieu de
la longueur, entre une paire de cloisons transversales de chacun des
deux docks.
Les caissons latéraux sont couverts d*un plancher en tôlo quadrillée
sur lequel sont placés les cabestans ainsi que les treuils pour la manœu-
vre des espars de serrage et des tins de fleur. Sur chaque caisson latéral
il y a une logette avec les dépendances nécessaires. .
Les appareils d'épuisement consistent sur chacun des docks en deux
machines actionnant directement des pompes centrifuges, fournies par
la maison J. et H. Gwynne, de Londres. Ces machines reposent avec
leurs fondations eçit maçonnerie sur un plancher en fer établi à l'inté-
rieur du compartiment milieu des caissons latéraux, à 2 mètres au-des-
sus du plafond.
Les pompes du grand dock ont 0™,S00 et celles du petit 0"S37o de
diamètre. Les tuyaux de la conduite qui introduit ou enlève l'eau dans
les divers compartiments ont le même diamètre que la pompe à laquelle
ils s'attachent. Ceux dépendant de l'une des machines de chaque dock
communiquent à volonté avec la machine du côté opposé, de façon qu'en,
cas d'accident elles puissent se suppléer Tune l'autre. La prise d'eau
consiste en une large ouverture, fermant par une vanne et située aussi
^>as que possible dans la paroi extérieure de chaque caisson latéral.
L'entrée et la sortie de l'eau sont réglées par de gros robinets qu'on
manœuvre de la chambre des machines où des flotteurs permettent de
lire le niveau de l'eau dans chaque compartiment.
Les pompes vident chaque dock en deux heures de temps* Les chau-
dières des machines sont tubulaires à haute pression et éprouvées con-
formément à la loi du pays à 5 1/2 atmosphères.
Dans les parois des caissons latéraux sont percés 123 hublots.
Pour mettre en communication les voies de passage au sommet des
deux caissons latéraux, le grand dock est muni à chacune de ses extré-
mités d'une passerelle à grue et d'une passerelle à bascule en doux
parties chacune. Le petit dock n'a que des passerelles à grues.
Toute la. construction est calculée pour levage de navires pesant 44
BcLL. 34
^
— ol4 —
tonnes par mètre courant. Outre son poids, le grand dock peut soulever
4,000 tonnes et le petit environ 2,000.
Bien que leurs longueurs respectives ne soient, comme on l'a déjà ^m,
que de 90 et 48 mètres, le grand dock a pu recevoir un navire de 108
mètres et le petit un navire de 70. Pour des bâtiments plus longs, on en-
chaîne les deux docks l'un derrière l'autre, de manière à en former un
seul tout.
L'amarrage des docks sur leur emplacement présentait assez de diffi-
cultés, tant à raison des grands efforts qu'ils déterminent que par suite
de certaines circonstances.
Ainsi, sur un dock de 90 mètres, flottant à toute élévation et portant
un grand navire sous gréement complet, l'effort du vent est toujours ex-
trêmement considérable. Dans un bassin comme celui de Rotterdam,
fréquemment exposé, sur une rive plate et ouverte, à toute la violence
des vents d'ouest, il y avait encore plus à se prémunir contre ce péril.
Les grosses chaînes nécessaires à Tamarrage des docks ne pouvaient
être ffxées ni à des pieux sur la rive, ni sur ancres perdues.
Elles auraient trop entravé la circulation dans le bassin. D'un autre
côté, quelque solide qu'elle fût, aucune palée d'amarre ordinaire ne
pouvait offrir par dix mètres de fond l'énorme résistance indispensable.
M. Witrop Koning, ingénieur charge de la conduite des travaux, a fait
adopter une disposition spéciale. Le corps de chaqne appareil d'aIna^
rage consiste en un pieu de cime, fixé dans un massif de maçonnerie et
de béton de 5 mètres de côté et de 4 mètres de hauteur. Ce massif repose
sur 63 pilots disposés en carré régulier et répartis en 9 groupes de T pilots
chacun. Les groupes extérieurs présentent une paroi verticale du côté
du dock et des autres côtés une paroi en devers.
Après avoir battu tous les pilots en place , on suspendait parnlessus,
au moyen de grosses vis et de fortes traverses, un caisson de charpente
destiné à servir de base à la maçonnerie. Les traverses étaient fixée:?
sur la tête des pilots de centre de chaque groupe, tenus à cet effet de
1"*,50 plus longs que les pilots environnants. Dans le fond du caisson
étaient réservées les ouvertures nécessaires pour laisser passer la tête
des neuf groupes de pilots.
On chargeait alors le caisson de béton et on le faisait descendre régu-
lièrement de manière que son plan restât parfaitement horizontal. Lo
béton était déposé au fur et à mesure en tas pyramidal et, quand la ligne
de joint de ce tas avec la paroi du caisson était arrivée à atteindre une
hauteur un peu supérieure à la ligne de niveau d*eau basse, on profitait
du jusant pour maçonner un mur tout à Tentour. On comblait enfin tout
l'espace encore vide au moyen d'une dernière cduléc de béton. Les som-
mets du groupe des pilots, liés par des colliers en fer, sont ainsi encastr ^
dans le béton. Sur le bout plus élevé du pilot central est posé et solide-
ment arrêté le pieu de Cime en fonte creuse j l'empli de béton/ nojé loi-
— 515 —
même de l'",20 dans le lit de béton et dépassant d'un mètre le plan supé-
rieur du bloc de maçonnerie réchampi en ciment. C'est sur ce pieu de
cime que sont frappées les grosses chaînes du dock. Les massifs d'amar-
rage sont au nombre de huit.
Il est nécessaire de pouvoir nettoyer et au besoin réparer à Textérieur
le dessous du dock. Dans ce but on a construit un appareil en bois res-
semblant lui-même à un dock très court, avec caisson de fond ouvert au
sommet. On le noie d'abord à la profondeur nécessaire et on le conduit
à l'une des extrémités du dock, sous lequel on l'engage de façon que son
caisson de fond, dont les dimensions intérieures correspondent aux dimen-
sions extérieures du dock, porte en travers de celui-ci. On vide ensuite à
la pompe l'eau qui remplit l'appareil. Il s'élève avec une force suffisante
pour que ses bords supérieurs munis d'une garniture en cuir s'appliquent
à joint étanche contre le fond du dock. Les ouvriers pénètrent par les
caissons latéraux qui émergent le long des côtés du dock et le travail se
fait avec facilité partout où il est besoin.
Pour permettre l'emploi de cet appareil, les massifs d*amarrage
devaient être tenus à une certaine distance des parois du dock. Il
était cependant indispensable d'assurer à celui-ci la stabilité la plusi
parfaite, dans la partie de 90 mètres surtout, qui donne plus de prise à la
violence du vent. Dans ce but on emploie de forts caissons flottants^
noyés jusqu'à ml-hauteur entre les parois du dock et les massifs et qui
peuvent recevoir un mouvement vertical régularisé par des guides en fer.
L^emploi du dock flottant est réglementé par un arrêté municipal du
^i juillet 1883, dont nous reproduirons les principales prescriptions.
Le capitaine désirant faire usage du dock s'adresse par écrit au directeur
qui tient registre des demandes. Pour les bâtiments à vapeur, rinacrip>
tion peut avoir lieu dès avant leur entrée en rivière. Le capitaine verse
entre le^ mains du directeur une somme de S65 fr. 50 c. {iiH florins)
comme garantie de sa soumission aux conditions du règlement. Cette
somme est portée en déduction des frais de location du dock. Le droit pour
l'emploi du dock et de ses accessoires est payé d'après le tarif suivant :
dVTÊGORlES DE NAVIRES
De 250 mètres cubes et au^lessous
à 400 mètres eubés t . . . .
De 401 à 450 méVrea cubes
De 451 à 600 -^
De 501 à 750 —
De 701 à l.OOO —
De 1.001 à ^«OCO —
De 2.001 à 3.00Ù —
De 3.0t>l à 4.500 —
Aa-des8U8 dç 4 . 500 —
ENTRÉE ET SORTIE
PAR MitRE CUBE
Of'19
0 18
0 17
0 16
0 15
0 14
0 13
0 12
0 11
LOCATION DU DOCK
PAE JOUR
Pour les cinq pre-
miers jours :
0 fr. 06 par mètre
cube et par Jour.
Pour les jours sui-
vants :
0 ir. 04 par mèu^
cube et par jour.
— 516 —
Ce tarif est augmenté de 28 0/0 pour les navires qui emploient les deux
docks à la fois et de 80 0/0 pour ceux d'une construction particulière-
ment lourde, comme les navires cuirassés.
Le tarif s'applique sur la jauge brute eu mètres cubes, constatée con-
formément à la loi du 3 juin 1878 et à Tordonuance royale du 21 août sui-
vant et d'après la teneur d'une ordonnance ministérielle du 12 novembre
de la même année. Une table jointe à cette instruction sert à convertir
en mètres cubes le tonnage des bâtiments non mesurés suivant le procédé
Moorsom.
Lorsqu'à son enti*ée dans le dock un navire se trouve sous charge l)a^
tielle ou entière, le droit est perçu, non seulement sur la capacité brute
du navire, mais encore sur le volume du chargement évalué sur le pied
de 2'"°,83 pour 1,000 kilogrammes de poids.
Les réparations et autres travaux nécessaires aux navires qui se servent
du dock ne sont pas faits par le personnel de la Ville, mais laissés à rio-
dustrie privée. Deux compagnies ont loué à cet eifet des terrains atte-
nant au bassin du dock et y ont établi des ateliers.
Il y a encore à Rotterdam un dock flottant on bois de construction an-
cienne et de faibles dimensions et une cale de halage, sans compter un
certain nombre de cales de construction et de réparation.
Les renseignements qui précèdent sont extraits d'une note sur le Port
de Rotterdam, ses établissements, son exploitation et son mouvement
commercial, par M. J.-IÏ. Neiszcn , ingénieur, directeur adjoint des tra-
vaux de la Ville.
tJtllIsailoii des vieux rails il'a#teit. -- On a fait récemment,
à Colombus (Géorgie), des essais intéressants pour tirer parti des vieux
rails d'acier, en les transformant en objets divers en acier coulé, tels
que sabots de freins, roues de wagonnets, etc.
M. Masters qui s'occupe de cette question avait opéré d'abord sur de
l'acier provenant principalement d'outils agricoles ; il en a traité plus àc
30,000 kilogrammes, dans un simple cubilot avec 1 partie de coke pour
6 3/4 d'acier; la fusion de l'aoier demande plus de temps que celle de la
fonte, mais, lorsque la température nécessaire est atteinte, l'acuT
devient très liquide ; il se refroidit plus vite que la fonte et devient assoz
Vite pâteux, néanmoins on a le temps [de couler d'assez grandes quan-
tités de métal. Le métal obtenu a des soufflures, mais, si ou a soin d«î
fondre l'acier avec un sixième de fonte, on obtient un métal très sain et
à grain fin, lequel, d'après M. Masters, a plus de résistance que la
fonte et môme que le fer et est préférable pour les objets de faibl»^
dimension.
Ces essais présentent un grand intérêt (3t peuvent donner naissant' ^
une industrie d'aveuiri
- 517 -
Dëfilacement d'une eliemliiiSe. — Le déplacement de mai*
sons ou autres constructions est une opération connue et celui du phare
de Sunderland est un des plus remarquables exemples, mais nous n avions
pas encore entendu parler de déplacement de cheminées d'usine.
C'est pourtant ce qui a été, d'après V American Architecte réalisé tout
récemment à Salem, Massachusetts.
Cette cheminée a 27 mètres do hauteur et seulement 2 mètres de dia-
mètre; elle est en briques, et presque cylindrique, de sorte qu'il a fallu
de très grandes précautions pour ne pas la renverser. On a commencé
par entourer la cheminée d'un échafaudage en charpente qui la mainte-
nait complètement, puis on a pratiqué dans la base des trous où on a
passé des traverses qui, soulevées par 34 vérins, ont permis de passer
sous la cheminée une plate forme en bois avec laquelle on Ta conduite
sur des rouleaux à sa nouvelle place située à une trentaine de mètres de
l'emplacement primitif. On a employé six hommes et deux chevaux pour
toute l'opération; le poids à déplacer était de 130 tonnes environ.
Ce fait n'était d'ailleurs pas sans précédent, car nous avons appris
qu'en 1878, à une usine de Brunswick appelée Cabot Mills, également
aux Etats-Unis, une cheminée en briques de 2'",40 de côté à la base et
1™,70 au sommet, contenant environ 40,000 briques et pesant plus do
100 tonnes, fut déplacée de 6 mètres pour permettre l'agrandissement
d'un atelier; on opéra en faisant glisser sur un plancher en bois bien
graissé une plate-forme portant la base de la cheminée ; l'opération
demanda huit jours et demi entre le moment où on commença à toucher
à la cheminée et celui où la fumée des fourneaux y passa de nouveau ;
on employa deux vérins pour tout matériel.
]&é«l8taiiee é» la ylace. ^ Il a été fait par M. A. Fruhling
d'intéressantes expériences sur la résistance de la glace, expériences dont
il a été rendu compte dans le Bulletin de f Association des Ingénieurs
allemands.
Les essais à la traction ont été faits avec une machine à essayer les
ciments ; ils ont donné des résistances variant de 10 à. 15,S kilogrammes
par centimètre carré.
Les essais à l'écrasement ont indiqué les particularités suivantes. A
des pressions variant de 9 à 15 kilog. par centimètre carré, il se produit
dans les blocs de glace des fissures partant du centre et s'étendant rapi-
dement dans tout le bloc à mesure que la pression augmente, puis les
blocs commencent à diminuer de hauteur et finissent par s'aplatir com-
plètement sans jamais se détruire; la réduction de hauteur commence à
des pressions variant de 17 à 27 kilog. par centimètre carré.
On a fait des essais à la flexion à diverses températures; on a constaté
qn'nne pièce de 100 millimètres de large sur 43 de hauteur débitée à la
scie pouvait, portée sur deux appuis distants de 800 millimètres, sup-
— S18 —
I
porter au milioti une charge d« 30 kilogmmmes, elle trarfelllaît daas co
cas à 12 kilog. par centimètre carré. Une autre pièce de 52 millimètpes
de large sur 38 d'épaisseur supportant 23,5 kilog. avec 600 millimètpes
de portée a travaillé à 28 kilog.
On a constaté que la résistance augmentait avec l'abaissement de là
température. Les résultats sont d'ailleurs tr^^s variables d'un échantillon
il l'autre, d'après la nature de la glace.
COMPTES RENDUS
SOCIÉTÉ D'ENCOURACtEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
AOUT 1885
Rapport de M. Brull sur l'ouvrage de M. G. Richard, intltalé
Hotears à €r»s.
Rapport de M. Lavollée sur rAiiflociailon parlalennr 4tM
IndJaslrlclfl pour préserver des accidents du travail les ouvriers de tou-
tes spécialités.
On sait que la première association de ce genre a été formée en 1867,
à Mulhouse, sous la direction de M. Engel DoUfus, entre les principaux
industriels d'Alsace. Des associations analogues ont été organisées à
Rouen et à Lille. L'Association parisienne, constituée en 1883, compte
déjà près de 400 membres, et tout permet d'espérer une cxt<*nsion rapide
et un succès d'autant plus honorable qu'il sera entièrement dû aux efforts
de l'initiative privée.
Discours prononcé par M. Bardy, à l'occasion de l'érection delà statue
de Nicéphore Niepce, à Ghalon, le 22 juin dernier.
Note sur le monument à élever à la mémoire de Nicolas Leblanc, par
M. Eugène Peligot (Extrait des comptes rendus de l'Académie des Sciences).
Industrie de la Hairii^flley par M. Sgrlgesing.
Da 9«B natarel ei de «es appUeaitons IndostrleilM
(Extrait de VEngineering),
- SI9 —
^•ailare mt rëparail^n des Taaes Ae plailite an lalio-
ratalre^ par M. J. W. Pratt (Extrait du Chemical Neivs).
L'Buteur emploie pour boucher les trous qui se produisent dans les
vases de platine, au lieu de fils d'or, du perchlorure d'or qui parla cha-
leur abandonne son chlore et laisse de For métallique. Si les trous sont
plus grands, on mélange de l'éponge de platine avec le perchlorure d*or.
On peut également, employer des cristaux de perchlorure d'or pour sou-
der des feuilles de platine au chalumeau.
Sur une naavelle mëthoile d^aiial7fle valamëtrlqoe appli-
cable aux essais des bioxjdes de manganèse, par M. P. Charpei^tier
(Comptes rendus de r Académie des Sciences).
Etude ealorlm^irlqae des effets de la trempe et de
r^craiilssase sur Taeler fendu, par M. Osmond. (Comptes rendus
çfe l'Académie des Sciences),
ANNALES DES PONTS ET CHAUSSÉES
AOUT 188S
Paroles prononcées sur la tombe de M. Bellot, Inspecteur général
des Ponts et Chaussées, par MM. Demolb, ministre des Travaux Publics ;
Martin, Inspecteur général des Ponts et Chaussées, et P. Mailet, Pré-
sident de la Chambre de commerce du Havre.
Note sur la Statl^ve ffraphique^ par M. Guillaume, Sous-Ingé-
nieur des Ponts et Chaussées. .
La première partie de cette étude est consacrée aux principes géné-
raux et aux applications aux poutres droites, da^ns les différents cas qui
peuvent se présenter pour celles-ci, poutres posées sur deux appuis, pou-
tres encastrées, poutres continues reposant sur plusieurs appuis.
La deuxième partie comprend les applications aux ponts métalliques
à arc, dans les divers cas suivants : arcs avec rotules aux naissances et
charnière à la clé ; arcs reposant en un seul point sur chacun des appuis
et sans charnière à la clé.
Le premier cas, dit l'auteur, n'a pas été réalisé, sans doute à cause
des diîftcultés d'exécution de la charnière à la clé, mais il permet d'ex-
— 520 —
poser très rapidement la méthode dans son ensemble ; le second aa con-
traire est entré dans la pratique des constructions.
L^ilnclenne Kcole des Ponts etCliaussëes, par M. Tahbé
DE Saïnt-Hardouin, ancien directeur de l'Ecole des Ponts et Chaussées.
L'origine de TEcole des Ponts et Chaussées se trouve dans le bureau
des dessinateurs, placé le 14 fé\Tier 1747, sous la direction de Perronet
et qui, d'après les termes de Tarrêt, devait remplir le double objet d'exé-
cuter les plans des fjrrandes routes et former des sujets capables pour les
meplois d'ingénieurs des Ponts et Chaussées.
»
Le titre d'Ecole des Ponts et Chaussées apparaît officiellement en
1777; mais l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées fut instituée par
la loi du 19 janvier 1791, laquelle supprimait les Écoles des Ponts et
Chaussées établies par les Etats de Bretagne et de Languedoc. Il est inté-
ressant de faire remarquer que cette loi supprimait également la dénomi-
nation de sous-ingénieur en lui substituant celle d'ingénieur,et l'instruc-
tion du 7 avril suivant indiquait qu'il conviendrait do désigner le premier
grade parle titre d'Ingénieur ordinaire, ladénomination d'Ingénieur étant
générique.
Le programme d'enseignement date do l'an YII (17il9 ; il comportait
quatre cours ; mécanique appliquée et théorie des voûtes ; stéréotomie
et charpente; architecture et travaux publics; minéralogie ot chimie ap-
pliquée. En 1810, la stéréotomie fut réunie à l'architecture proprement
dite, et un cours spécial de construction fut institué;ce cours fut en 1831
divisé en un certain nombre de cours correspondant aux diverses bran-
ches de l'art de l'Ingénieur : Routes. — Ponts. — Navigation intérieure.
— Ports de mer. — Service hydraulique. — Chemins do fer.
C'est également en 1831 qu'a été institué le cours de Droit adminis-
tratif, qui occupe aujourd'hui une place considérable dans Tenseignc-
naent.
Etude sur le mode de nairliiAtloii à appll^acr entre M^r^n
et Hamellle, par M. Jacquet, Inspe^cur général des Ponts et Chau?-
BéCS.
L'auteur a fait sur le Rhône des expériences ayant pour objet de re-
connaître la possibilité d'y appliquer le touage , et a été conduit à for-
muler un programme de matériel de transporta employer entre Marseille
et Lyon.
L'instrument type de transport est la péniche flamande, portant envi-
ron 300 tonnes à charge complète, en vue de laquelle sont ou\Tagés les
canaux. Ce bateau qui exige un tirant d'eau de 2 mètres ne peut navi-
guer sur le Rhône ; on devra employer pour le porter, entre Lyon et
Arles, des chalands, écluses de rivière remorqués par touage sur chaîne
— 521 —
noyée et, entre la Toup-Saint-Louis et Marseille, des bateaux-écluses de
mer.
Au point de vue du mode de traction, le mémoire examine les objec-
tions faites au touage sur chaîne noyée qu'il recommande ; les objections
sont :
1*^ L'enfouissement de la chaîne dans les graviers;
2^ Le danger résultant de la rupture de la chaîne ;
3® Les dangers de collision;
iP L'usure de la chaîne par les graviers ;
5° Le déplacement de la chaîne .
L'auteur répond à ces diverses objections et propose certaines dispo-
sitions mécaniques du toueur, permettant de faire agir le moteur à la
fois sur la chaîne et sur un propulseur, roues ou hélices, mais de telle
sorte que le propulseur ne batte Teau qu'avec une vitesse à peu près égale
à celle du courant. Toute la puissance se porte alors sur la chaîne; mais
si celle-ci vient à casser, la puissance n'étant plus équilibrée se portera
tout entière sur le propulseur, et le toueur sera instantanément et d'une
manière entièrement automatique transformé en remorqueur ordinaire.
L'abandon à volonté de la chaîne nécessite l'emploi d*une pAulie à em-
preintes placée latéralement.
Les expériences qui ont été faites avec un matériel de cette nature
ont montré en effet que les objections ci-dessus n'avaient pas la gravité
qu'on leur attribuait. On a constaté notamment que la chaîne pouvait
rester longtemps sans être soulevée et que l'effort du bateau était tou-
jours suffisant pour la ramener à la surface. On a pu le faire au bout
d'un an de repos dans un endroit où les graviers sont en mouvement et
les craintes d'enfouissement ne se sont pas réalisées.
Le résultat de ces expériences permet à l'auteur de considérer comme
résolue au point de vue technique la question de l'application du touage
sur chaîne noyée à la navigation du Rhône. On pourrait avec ce matériel
faire normalement en cinq jours la remonte d'Arles à Lyon comprenant
un parcours de 283 kilomètres, ce qui suppose une marche moyenne de
60 kilomètres par jour et une vitesse absolue de 1",40 par seconde, cor-
respondant avec des courants de2",60, à une vitesse relative de 4 mètres.
Un train composé d'un toueur et de deux bateaux-écluses exigera un
travail de US chevaux pour le courant et de 13 environ pour la gravité,
total 128, ce qui conduira à donner au toueur une force de 130 à 200 che-
vaux pour lui permettre de franchir certains passages où la vitesse du
courant est supérieure à ce qui a été compté plus haut.
La chaîne serait en fer de 25 millimètres pesant 14 kilog. par mètre
courant. On pourrait par ce système arriver à faire les transports entre
Lyon et Marseille sur 37S kilomètres au prix de 7 francs la tonne, soit
moins de 2 centimes par tonne et par kilomètre.
— S22 -
L'autour discuto aommaircmont un projet de touagc par relais au
moyen de cables en acier de 10 kilomètres environ amarrés à une eitré<
mité à un point fixe et s'enroulaat sur un treuil porté sur le teneur. Ce
système, outre les incertitudes qu'il présenterait, et les chances de faible
durée du câble, nécessiterait la construction immédiate d'un matériel
considérable, probablement 30 teneurs de 200 chevaux chacun. L'exploi^
tation se ferait donc par ce système dans des conditions défavorables
tant que Ton n'aurait pas un très grand trafic, parce que le travail de la
traction d'un train serait divisé suecessivement entre plusieurs appareils
à vapeur dont chacun ne serait en sorvice utile que pendant peu de
temps,
Nous pouvons ajouter que le programme formulé par M. Jacquet a
soulevé de vives objections ; il paraît en effet bien difûeile d'arriver à
des résultats économiques avec l'énorme exagération du poids ^port à
laquelle conduit remploi des bateaus-épluses,
]lap<« des é^lummM^m et ntarelie des liateiiwx muw U
eanal de Bearsesne* par M. Bazin, Ingénieur en chef des Poots
et Chaussées,
Cotte note forme le complément d'un mémoire sur l'allongement dei
écluses du canal de Bourgogne inséré dans les Annales de mars 188o
(voir comptes rendus de mai 1885, page 701).
On admet généralement pour les éclusages des chiffres exa^'rés. Les
bateaux à vapeur portant 100 à lâO tonnes de marchandises éclusent
généralement en 8 minutes et quelquefois en 6, et cette durée peut être
encore réduite pour des bateaux plus petits; ainsi le yacht le Manmn a
écluse en moins de 6 minutes en moyenne au mois d'avril dernier. Il a
franchi le canal de Bourgogne en 49 heures dont 31 h. 1/2 de marche et
17 1/2 d'éclusages soit en moyenne S à 6 minutes par écluse.
Avec le torpilleur n® 68, eu faisant agir simultanément Téquipagc et
les agents du canal, on a pu opérer certains éclusages en 3 et 4 minutes.
Cette rapidité tient principalement à l'adjonction aux écluses des van*
nages latéraux qui permettent de remplir et de vider le sas en 2 mi-
nutes.
La Compagnie de navigation qui est actuellement en possession de la
majeure partie du trafic, emploie des bateaux de 38 mètres de longueur
portant 210 tonnes au plus avec le tirant d'eau de 1",3S que la profon-
deur de TYonne ne permet pas de dépasser ; le chargement desceDd
généralement plus bas et peut être considéré comme compris en moyenoe
entre 130 et 180 tonnes. La durée totale du trajet de Paris à Lyon est
de 11 à 12 jours, arrêts compris, et la traversée du canal de Bourgogne
se fait en 6 à 7 jours, quelquefois même en â. La traction de ces bateaux
a lieu, sur la Seine et l'Yonne par le touagc, sur le canal par des che-
vaux, et sur la Saône par des remorqueurs.
- 523 -
La conoluBlon de cette note est que la recherche pour un bateau du
maximum de tonnage possible basée uniquement sur les dimensions des
éoluses n'est pas toujours un bon calcul. Uu bateau, comme ceux qui font
actuellement le service entre Paris et Lyon, & raison de 35 Ulomètres
pap jour, rend plus de services que si on portait son chargement à 87S
tonnes en réduisant la vitesse à 20 kilomètres ; l'amortissement du ma*
tériel et les frais généraux se répartissent ainsi sur un plus grand nombre
de voyages et, somme totale, sur un plus fort tonnage transporté. Les
petiti bateaux, dits berrichons,- do 23 mètres de longueur et de 2",SÛ de
largeur, qui ont transporté les matériaux destinés à rallongement des
écluses entre Laroche et Ravières ont, par suite de la facilité et de la rapi-
dite de leur manœuvre, en ne portant que 78 tonnes, effectué plus de trans-
ports que les bateaux ordinaires du canal, plus lourds et moins maniables.
Il ne faut pas forcer outre mesure les conditions dans lesquelles fonc-
tionne la voie navigable, et le maximum de l'effet utile ne correspond
certainement pas au maximum de chargement des bateaux uniquement
calculé sur la capacité des sas d*écluses.
•
Note sur iin rëpartllear d^eaa et sur son application à la police
des irrigations, par M. Pelletreau. Ingénieur des Ponts et Chaussées.
Cet appareil a pour but de diviser le débit variable d'un canal en par-
ties proportionnelles à des nombres donnés. Il se compose de vannes en
tôle disposées de manière qu*une fois réglées, elles sont maintenues
dans leur position par une fermeture compliquée pour laquelle il faut
l'usage de plusieurs clefs ; des échelles graduées permettent de donner
aux vannes, d*aprés la position du niveau dans le bief d'amont, la levée
correspondante au débit proportionnel voulu,
IPmnt miilaiit de l'ërluse de SAliti-Masalre, par M. R.
Kerviueb, ingénieur en chef des ponts et chaussées.
Ce pont roulant a été exécuté par la maison Cail sur un projet présenté
par elle et choisi au concours ; mais le pont roulant, ayant été reconnu
comme ne satisfaisant pas entièrement aux conditions exigibles, a été
terminé par MM. Bon et Lustremant, 11 fonctionne d'une manière par-
faitement satisfaisante depuis le 1®^ mai dernier.
La grande écluse que dessert ce pont a 2S mètres de largeur ; le pont
a 43 mètres de longueur, dont 28 pour la volée et 17 pour la culasse ; il
pèse 300 tonnesMont 80 de contrepoids en fonte à l'extrémité de la culasse.
Il a 8 mètres de largeur en dehors des poutres de rive ; celles-ci ont 3" 60
de hauteur et sont réunies à la partie inférieure par des pièces de pont
de 0" 6o de hauteur.
Pour manoeuvrer le pont, on le soulève d'abord verticalement de toute
Ja hauteur des pièces de pont sous rails, soit 0",95, au moyen d'un piston
— S24 —
vertical de presse hydraulique deO"^,90 de diamètre, portant une traverse
avec quatre galets de 0"^,60 de diamètre sur lesquels roule le peut.
La traction se fait par une chaiue de Galle, engrenant avec ub pignoa
actionné par un treuil hydraulique Brotherhood.
La manœuvre s'exécute en quatre minutes et consomme 1,5(X) litres
d*oau à 80 atmosphères.
VLémÈmtmwkee des matërlaax. — Expériences surjes colonnes cd
fonte, en fer et les piliers en maronnerie (Voir Chronique de juin 1885,
page 805).
ANNALES DES MINES
2«»* livraison de 1885.
Mémoire sur la Gë«l«9le ffinérmïe et sur les Mlnf s de
dlamani d^ VAirlt^um lia Sud, par M. A. Moulle, Ingénieur civil
des Mines.
Ce mémoire comprend deux parties, Tune consacrée à lotude générale
de rAfrique méridionale au point de vue géologique, Fautre comprenant
Tétude spéciale des mines de diamants.
La seconde partie, qui est la plus intéressante, donne d*abord l'histo-
rique des mines de diamant et leur importance actuelle.
La découverte du diamant dans l'Afrique du Sud remonte à 1867; mais
l'exploitation n'a commencé sérieusement qu'en 1870; en 1814, à Kim-
berley, certaines concessions ou daims de 31 pieds sur 31 pieds, attW-
gnaient déjà une valeur commerciale de 3,000 à 100,000 francs, justi!i*v
par ce fait que, certains travailleurs avaient fait fortune en moins d'ui
mois ; on en cite un qui trouva en 15 jours pour plus de 250,000 francs <i^'
diamants.
De 1871 à 1875, la production des mines de diamant au Cap a dû mon-
ter à environ 31 millions de carats, correspondant à une valeur da»
moins 900 millions de francs ; ce poids représente plus de 6 tonnes de
diamants bruts.
Il y a cinq gisements principaux exploités sérieusement; celui deKini-
herley seul compte sept Compagnies importantes, sans parler d'autn^«
plus petites.
Certains gisements sont assez riches pour fournir 2 1/î et 3 carats par
mètre cube de terrain diamantifère ; on a même constaté la teneur de S
carats. Or, le carat vaut 30 à 38 francs.
L'exploitation s'est d*abord faite à ciel ouvert, mais elle tend de plus
en plus, à mesure de l'approfondissement, à devenir souterraine.
La grave question est celle de Feau nécessaire pour le lavage des
terres; on a dû faire des travaux considérables; ainsi, les quatre grandes
mines du Griqualand-West ne comptent pas moins de 376 machines à
vapeur, représentant plus de 4,000 chevaux, dont 119 machines pour le
lavage. La consommation de combustible de ces machines s*est élevée,
pour 1882, à 15 millions de francs. Ce combustible était d'aljord du bois,
lequel étant hors de prix, est actuellement remplacé par du charbon anglais
qui ne revient pas à moins de 280 francs la tonne rendu à Kimberley.
Aussi Teau a-t-elle valu jusqu'à 14 francs le mètre cube ; elle se délivre
aujourd'hui, au prix de 3 fr. 70 le mètre cube.
Il est certain que rétablissement du chemin de fer, notamment entre
Kimberley et la rivière Orange, aura une immense importance.
La main-d'œuvre est également très chère ; les nègres se payent de
31 fr. 28 à 37 fr. 80 par semaine pour 5 3/4 journées de travail, et les
ouvriers bladcs de 180 à 200 francs par semaine.
>
Exposé des Résaltnt* de Tenquéte concernant rage et la durée
du service des mineurs, par M. O'KelLer, Ingénieur eu chef des Mines.
Rëslsfaitee da •«! semiiie aux eitértm de eempremi^n
et eensëqaeitees au peint de vue de l'expleltatleii du
•cl en roehes, par M. Tournaire^ Inspecteur général des Mines.
Des essais faits sur des cubes ont donné une résistance moyenne à
l'écrasement de 393 kilogrammes ; on voit que sous ce rapport le sel
gemme est comparable aux très bonnes pierres calcaires.
Ces échantillons avaient été pris dans la masse exploitée, ils prove-
naient des mines de Meurthe-et-Moselle,, Saint-Nicolas et Varaugeville ;
les parties près du mur avaient moius de résistance.
On peut conclure que la charge des piliers ne doit pas dépasser
200 kilog. par centimètre carré; or, si la pesanteur spécifique des
terrains recouvrant le gîte est estimée à 2. 2. et si les pleins occupent
le quart de la surface, cette pression se manifesterait à 225 mètres de
profondeur.
Il faut de plus remarquer que l'emploi systématique de l'eau en grande
quantité, lancée en jets vigoureux pour creuser les entailles prélimi-
naires de l'abatage, est incompatible avec la conservation des cavages
souterrains, comme Ta démontré reJÉfondrement de la mine de Saint-
Nicolas survenu en 1873.
î)20 —
5"« livraison de 188S.
Cilsemeuts de pii^Mpiiate de ehaux du eenire de U
Frauee, par M. de Grossouvre, Ingénieur des Mines.
Les conclusions pratiques à tirer de cette étude sont d'après rauteur:
1® Les gisements phosphatés sont très abondants dans la série des
terrains rudimentaires; si leur recherche était poursuivie avec méthode.
on arriverait, sans aucun doute, à en trouver qui seraient susceptibles
d'exploitation dans beaucoup de régions où on ne soupçonne même pas
leur existence.
S^ U existe une connexion, sinon absolue, du moins très générale,
entre les gisements phosphatés et les horizons feiTugineux ou fossilifères:
les recherches doivent donc être dirigées de préférence sur les couches
qui offrent Tun et Tautre de ces caractères.
ttmie mur l'ëtai aetuel de la lëslalatlan des ■âlacH aa
llrëell^ par M. A. de Bodbt, ancien élève de FÉcole nationale supérieure
des Mines.
lll«eaar« prononeë aux fauërallle« de 1E« liaa^ Inspec-
teur général des Mines, directeur de TEcole nationale supérieure de«
Mines, par MM. ToDrnairs, vice-président du conseil général des mines;
BS Ceakgdurtois, Inspecteur général des Mines, Cartel, inspecteur
général des mines, président de la Société de l'Industrie minérale,
LévY) Dargy, et général Colonibu.
SuLplaiilaii d'une ehaudière vertleale bmêx ferges
d^Earlrlile, — Le rapport de la sous- commission, composée de MM.
Luuyt, Farcot, Haton de la Goupillière, Hîrsch et Julien, constate que
la chaudière verticale n® 4 qui a fait explosion le 10 novembre 1884, en
faisant 56 victimes, (22 morts et 33 blessés), n'avait cessé de donner lieu
depuis son installation à des fuites, des ruptures locales et des répara-
tions, symptômes qui dénotent un état instable et sont toujours des
présages menaçants.
La cause est Teffet destructif des flammes des fours venant déboucher
sur la virole du coup de feu, non protégée, et recevant presque nor-
malement l'attaque des flammes.
A la suite des explosions do Marnaval et d'Eurville, survenues dans
des conditions identiques, on doit rappeler que les parties des chaudières
situées en face du rampant doivent être protégées par rétablissement
d'un rampant en maçonnerie, éloigné de 8 à 10 centimètres de la surface
des tôles ; que les matériaux de la ehaudière, pour les parties les plu5
— 527 —
exposées aux flammes, doivent être de premier choix ; qu'il est bon
d'employer pour les parties sujettes à de brusques variations de dila-
tation et de contraction des clouures à deux rangs de rivets. Il faut
ajouter à ces précautions une alimentation autant que possible continue
et radjonclion sur la chaudière de clapets de retenue automatiques pour
isoler les corps de chaudières les uns des autres.
Ces diverses conditions n'étaient pas remplies dans la chaudière qui a
fait explosion à Eurville.
tÉégkmi9Mou des ntlnes au «Inii^ii; par M. Aguillon» Ingénieur
on chef des Mines.
Note sur le i^illase 4e te blende, par M. Mahlbr, Ingénieur
civil des MineSé
Cette note donne la description des fours silésiens d'Oberhausen et
d*Ammeberg, des fours Hasenclever et des fours à râblage rotatif, égale-
ment employés à Tusine d'Oberhausen qui appartient à la Société de la
Vieille-Montagne .
Théorie des Ap|Mirell« empleyëe an lavase des MÊuMèrets
WÊkÈméjtwdemj par M. Badoureau, Ingénieur des Mines.
L'auteur expose que les cuves de lavage, les appareils à courant
ascendant, les airs de lavage, les tables à secousses, les tables do
Rittinger, les cribles à piston, le laveur hydraulique Bazin, etc., repo-
sent tous sur le principe suivant : une grenaille placée dans de Teau en
repos ou en mouvement , soit au milieu du liquide, soit sur un fond
solide, décrit un mouvement différent, selon sa grosseur et sa densité.
On arrive donc à séparer les grenailles d'après leur densité, à la con-
dition de ne traiter simultanément que des grenailles à peu près d'égale
grosseur.
Le mémoire examine successivement les questions suivantes ! chute
dans de l'eau en repos ; chute dans de Teau animée d'une vitesse horizon-
tale ; chute d'uuB grenaille placée eu repos à une petite hauteur au-dessus
d'une table horizontale dans un faible courant d'eau; mouvement com^
muniqué sur une table par un courant d^eau ; mouvement communique
dans l'eau sur une table par une secousse ; mouvement communiqué par de
Tëau coulant sur une table inclinée, avec ou sans secousse ; strsltiflcatiou
des grenaiUessurun tamis par les impulsioiis de l*eau et, enfin, mouvement
dans un vase sphérlque plein d'eau et toufnant autour d'un axô verticaL
*!Oo
SOCIÉTÉ DES LNGÉMEURS ALLEMNDS
A'« 36. — 5 sefieinhre 1885,
Assemblée générale de TAssociatiou à Siettin, le 16 août 188S.
FoDçage de puits dans les terrains mouvants par le procédé Haase,
par G. Kôhler.
Modification du tube de Pitot, par le D*" E. Gicseler.
Action du blanchiment sur la résistance des tissus dé lin , par Evnd
Millier.
Groupe de Saxe, — Appareils de chauffage. — Procédés de mouture
des grains.
Palenies,
BibliograiJhie. — Valeur comparative des fers à double T du type nor-
mal allemand eu fer et eu acier, par L. ïetmajer.
JV» 37. — 13 septembre 188o.
Vingt-sixième réunion générale de TAssociation à Stettiu.
Développement de l'industrie des ciments en Allemagne et méthodes
dressais des ciments, par le D"" Delbrùck.
Progrès de la construction des navires eu for et en acier eu Allemagne
et particulièrement à Stettin, par R. Haack.
Le paquebot de la Compagnie Hambourgeoise- Américaine Rugiat cons-
truit par la Société de construction « Vulcan ».
Réduction des dépenses de combustible des locomotives.
Courbures prises par les ressorts, par M. Westphal.
Patentes.
Bibliographie. — Calcul graphique et statique graphique, par v. Ott —
Ouvrages adressés à l'Association.
JV» 38. — 19 septembre 188b.
Vingt-sixième réunion générale de l'Association à Stettin (fin).
Exposition d'industrie et de travail manuel à GOrlitz, en 1885, par
H. Maihak (suite).
— 529 —
Appareils de levage à rExposition internatioDale des inveûtions à
Londres, par Ad. Ernst.
Groupe tfe Breslau. — Procédé Becker pour la cuisson des aliments
au bain-marie. — Système Stellwerck pour Tépuration préalable des
eaux d*alimentation des chaudières. — Moteur Lilieuthal.
Patentes.
Variétés. — Papier de cellulose.
N* 39. — 26 Septembre 1888.
Expériences sur une machine Corliss au Creusot, par S. Nimax.
Exposition d'industrie et du travail manuel à Goerlitz, par H. Maihak,
[suite).
Chauffage et ventilation. — Chauffage et ventilation de TÉcole Monge
à Paris. — Hôpital de Langensalza. — Rafraîchissement des locaux
fermés.
Groupe de Bavière. — Fabrication de la pâte de bois.
Groupe de Saxe. — Emploi de l'électricité pour le contrôle de la mar-
che des trains, des températures et des phénomènes à retour périodique.
— Manchons à embrayage. — Travail d'aspiration des pompes à air des
machines à condensation.
Patentes.
Correspondance. — Expériences de vaporisation. — Poutres en fer et
en acier.
Bibliographie. — Géométrie descriptive et projections, de Peschka.
N« 40. — 3 Octobre 1883.
Influence de la position de l'indicateur sur le cylindre d'une machine,
sur les diagrammes obtenus, par F. Frcse.
Machines à travailler le bois.
Congrès de la navigation intérieure à Bruxelles.
Groupe de la Ruhr. — Acier coulé.
Patentes.
Bibliographie. — Emploi de la méthode des moindres carrés -en géomé-
trie, par C. Koppe. — Emploi du gaz, pour le chauffage, la cuisine et les
usages industriels, de J. G. Wobbe.
BOLL. 35
— 530 —
Variétés. — Emploi des tuyaux en foûte asphaltés pour cenduitcs
d'eau.
^^U.— 10 Octobre 1883.
Exposition industrielle de Gorlitz en 1885, par H. Maihak, (suite).
Établissements d'instruction dits « Realgymnasien », par le D' G.
Holzmiiller.
Réduction d'épaisseur des tubes de chaudières par l'emploi de Tacier.
Groupe de la Ruhr, — Filature et tissage de coton de 0. Boninger, à
Duisburg. — Portes d'écluses du bassin de Duisburg.
Groupe de Saxe-Anhalt, — Usine métallurgique de Thaïe.
Patentes.
Correspondance. — Expériences sur une machines Corliss du Creusot.
Bibliographie, — Recueil de problèmes de mécanique analytique, par
F. Kraft. — Formules, tables et croquis pour l'étude des projets de ma-
chines, parO. Grove. — Ouvrages adressés à la Rédaction.
N*» 42. — 17 Octobre 1885.
Exposition d'Anvers, par Herm, Fischer.
Exposition industrielle de Gorlitz, en 1885, par H. Maihak {finj.
Contrôle de la vitesse des trains de chemins de fer, par C. Finck.
Chemin'i de fer. — Barrières de passages à niveau.
Métallurgie, — Expériences avec un haut fourneau presque cvlin-
drique.
Électro-technique, — La première station centrale pour réclairage
électrique de Berlin.
Groupe de Francfort. — Fabrique de glace de Francfort.
Groupe de la Ruhr. — Qualités des matériaux réfractaires et leur
emploi dans la métallurgie.
Patentes.
Bibliographie, — Travaux préliminaires pour la distribution d'eau de
Mannheim, par 0. Smrekcr.
N" 43. — 24 Oclolre iSSS.
Exposition d'Aoveps, par Herm. Fischer (suite).
Expériences sur la ctiaudiére à soude de HoDl^mana, par P. Outer-
mu th.
Groupe de Hanovre. — Procédé Bower Barff pour la préservation du
fer.
Groupe de la Rahr. — Propriétés des matériaux réfractaires et leur
emploi dans la métallurgie, (fin).
Patentes.
Bibliographie. — Notes sur les chemius de fer des Ètats-Uais, par
J. Brosius, — Ouvrages adressés à la Rédactiou.
Variéiis. — Comparaison du coût de l'éclairage électrique par incan-
desccDce et de l'éclairage au gaz.
Le Secrétaire-Bédacleur .
A. Mallrt.
MÉMOIRES
ET
COMPTE RENDU DES TRAVAUX
DE LÀ
SOCIÉTÉ DBS INOÉNXEVAS GITILS
NOVEMBRE 1885
l«o 11
Sommaire des séances du mois de novembre :
i^ Observations de M. Assi sur le procès-verbal de la séance
du 16 octobre (séance du 6 novembre, page 537);
2*" Lettre de M. Jules Garnier sur son projet de métropolitain
(séance du 7 novembre, pages 538 à 540);
3** Lettre de M. J. de Cossigny, au sujet de la communication
faite par M. Mallet au nom de M. CoUadon, dans la séance du
2 octobre (séance du 6 novembre, pages 540) ;
4'' Lettre de M. Ch. Cotard accompagnant l'hommage à la
société de l'ouvrage de M. Laroche, ingénieur en chef des ponts
et chaussées, sur les Ports de comineixe (séance du 6 novembre,
page 54i) ;
S'* Présentation de M. H. de Matthys, comme membre honoraire
(séance du 6 novembre, page 541) ;
— 834 —
6^ Hommage à la Société, par M. Louis Trasenster, de Vou-
vrage de son fils, M. Paul Trasenster, intitulé : Aux États-Unis,
notes de voyage d'un ingénieur (séance du 6 novembre, pages 541
et 542) ;
7^ CommuaioM^ion de M. Berthot sur les forces matmlkê et leurs
applications aux phénomènes mécaniques ^physiques et chimiques (séance
du 6 novembre, pages 542 à 547);
8® Communication de M. Hauet, sur l' Assainissetnent de Toukn.
— Avant-projet de M. Tingénieur en chef Dyrion. — (Séance du
6 novembre, pages 547 et 548);
9^ Communication de M. Jules Gaudry sur les Machines marines
à r exposition universelle d'Anvers (séance du 6 novembre, pages
548 à 550);
10^ Note de M. Durupt sur la catastrophe de Chancelade (séance
du 6 novembre, pages 550 à 553);
ii^ Observation de MM. de Comberoûsse, Badois et Gruner,
sur la note de M. Durupt (séance du 6 novembre, pages 553 à
555);
12° Lettre de M. Casalonga, relative aux observations présen-
tées par M.Âssi dans la séance précédente (séance du 20 novembre,
page 556) ;
13® Communication de M. Guadet sur le Nouvel Hôtel des Postes
de Paris : partie esthétique et construction proprement dite (séance
du 20 novembre, pages 557 à 562) ;
14® Seconde note de M. Durupt sur la catastrophe de Chancelade
(séance du 20 novembre, pages 563 et 564);
15® Communication de M. Ch. Cotard sur les Ports de Commerce
en France et à l'Étranger. Analyse de l'ouvrage de M. Laroche,
ingénieur en chef des ponts et chaussées (séance supplémentaire
du 27 novembre, pages 565 à 571) ;
16° Observations techniques de M. Piarron de Mondésir, à pro-
pos du mémoire de «M. Louis Boudenoot sur la distribution de la
force motrice à domicile, au moyen de Vair raréfié (séance supplé-
mentaire du 27 novembre, pages 571 à 575);
17^ Lettre de M. Mékarski sur le même sujet (séance supplé-
mentaire du 27 novembre, pages 575 à 578);
18® Communication de M. Cerbelaud sur CEmploi de la dynxmU
— S35 —
pour le satUage des grosses Mines (séance supplémentiùrd db 27
noyembre, pages S78 à 580);
49^ Observations présentées par MM. Chalon, Georges Blanchi,
de Cordemoy, Cotard et Cerbelaud, sur la communication précé-
dente (séance supplémentaire du 27 novembre, pages 580 à 585).
Pendant le mois de novembre, la Société a regu :
1^ De M. L. Traseuster, membre honoraire de la Société, un
exemplaire de l'ouvrage de M. Paul Trasenster, intitulé : Aiujo
États- Unis y noies de voyage d'un ingénieur;
^ De M. Albert Gendebien, ingénieur, un exemplaire de sa
note sur la houille^ le grisou^ les dégagements instantanés ;
3^ De M. A. Hauety membre de la Société , ime Note sur t as-
sainissement de Toulon (avant-projet de M. Tingénieur en chef
Dy rion) ;
4** De M. Albert Cahen, membre de la Société, deux exem-
plaires de sa brochure sur la convention internationale pour la
protection de la propriété industrielle conclue à Paris' entre divers
États, le 20 mars 1883;
5"* De M. Max Lyon, membre de la Société, un exemplaire d'une
Note swr les chemins de fer du Brésil ;
Qo De M. Cotard, membre de la Société, de la part de M. La-
roche, ingénieur en chef des ponts et chaussées, un exemplaire
de son Étude sur les principaux ports de commerce européens de la
Méditerranée ;
7^ De M. de Swarte, ingénieur, un exemplaire de son Mémoire
sur la soupape Barbe et l'appareil de sécurité Delsart contre les
easplosions des ckaïudières ;
S^ De M. Cerbelaud, membre de la Société, une note sur ï Em-
ploi de In dynamite pour le sautage des grosses mines ;
9^ De M. Cottrau , membre de la Société, un exemplaire de
chacune des brochures suivantes : i^ Le Diretissime Boma-NapoU
e la Bitriangolare ; 2° Sulla Importazione temporanea ;
10^ De M. Hallopeau, membre de la Société, deux exemplaires
de sa note, sur le Montage des rotondes de 90 mètres (Si machines)
de la Compagnie ParisrLyon-Méditerranée ;
1
-536-
il^ De M. Charpentier^ membre de la Société, un exemplaire
de sa Note sur une Nouvelle méthode (Tanalyse voltmiétrique appli-
cable aux essais des bioxydes de manganèse ;
42^ De M. Gustave Hanarte, membre de la Société, un exem-
plaire de sa Notice sur son système de pompe à tuyères parahoUques^
convergentes et divergentes.
Les Membres nouvellement admis sont :
Membre honoraire ;
M. H. DB Matthys, présenté par MM. Briiil, de Comberousse et Périsse.
Membres sociétaires :
MM. Béuard, présenté
ClAMPINI, —
COISEAU, —
DB CORDEMOY, —
DE GLOMESIVIL; —
Dejey, —
Desrosiers, —
Fragneau, —
P. Jacquemart; —
JOURDAN t —
Leghat, —
Lafitte, —
MONNIER. —
Nagsuiackers —
Portier , —
Rambadd, —
Membres associés :
par MM. Béliard, Bougault et Sévérac.
Duval, Lecœuvre et Pihet.
de Comberousse, Flachat et Hersent.
Le Brun, Rey et H, Vallot.
Carimantrand, Delin etMallet.
Cerbelaud, B. de Fontvielant et A. Mo-
reau.
Bonnaud, Gassagnes et Vivarès.
Degousée, Marseau et G. Petit
Bruil, de Gomberousse et Péligot.
Carimantraud, Mallet et Marché.
deComberousse, Taillard et Traseuster.
de Comberousse, Jambille et Mulat.
Albert Cahen, H. Fontaine et Personne.
de Comberousse, TaiUard et Trasenster.
Ermel, Jordan et Wurgler.
de Gomberousse, Love et Auguî?K
Moreau.
MM. DuMONT, présenté par MM. A. Godillot, Ë. Muller et Perret.
Maugin, — Damoizeau, Darnaj et Plichon.
RESUME
DES
PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES
DU MOIS DE NOVEMBRE 1885
Seaace d« • noveaUire ISSft
Présidence de M. de Combbrousse
La séance est ouverte à huit heures et demie.
M. LC Président demande s'il n'y a pas d'observationg sur le ppocèsh
verbal de la séance du 16 octobre.
M. Assi désire dire un mot à ce sujet.
M. LB Présidbnt. m. Assi a la parole.
M. Assi. Dans la réponse de M. Casalonga, consignée au procès-verbal,
il est dit que je n'ai peut-être pas suffisamment remarqué que l'article de
la Convention relatif à Tintroduction des objets brevetés et fabriqués à
l'étranger, vise surtout les étrangers. Ce n'est pas tout à fait exact. Il
faut indiquer, au procès-verbal, qu'il n'y a aucune distinction établie en-
tre les inventeurs français et les inventeurs étrangers ; ce n'est pas une
faveur faite aux inventeurs étrangers plutôt qu'aux inventeurs français.
M. Casalonga pensait qu'il serait difficile aux tribunaux de se pronon-
cer : ces difftcultés n'existent pas, puisque l'article de la Convention ne
fait aucune distinction entre les inventeurs français et les inventeurs
étrangers. Le texte que l'on a donné de la loi française dans la commu-
nication de M. Simon n'a pas été donné tout à fait exactement. Cet arti-
cle de la loi de 1844 a été modifié en 18S6, et la loi de 1886 ne distingue
pas entre Français et étrangers; on était obligé de demander la permis-
sion au ministre, qui ne l'accordait que difficilement, tandis qu'aujour-
d'hui OQ ne la demande plus, mais les Français sont également sur le
même pied que les étrangers.
M. LK PaIsident. Ces observations de M. Assi seront consignées dans
— 538 —
le prochain procès-verbal. Sauf ces observations, le procès-verbal est
adopté,
— Nous avons le chagrin d'avoir à annoncer à la Société le décès d'un
trop grand nombre de nos collègues.
Nous avons perdu, comme vous le savez, M. Victor Forquenot, ingt-
ùieur &a éhe£ du tpatériel et de la tt*action du chemin de' fer d'Orléans.
Ce n*est pas ici qu'on peut avoir à faire Téloge de M. Forquenot.
qui a été plusieurs fois vice-président de la Société, et qui aurait été
président s'il avait bien voulu accepter los suffrages de ses collègaes.
Il a fait ensuite, pendant longtemps, partie de notre comité. On connait
ses travaux remarquables sur les locomotives et sur tout ce qui touche
à l'organisation des chemins de fer. Il sera regretté de tous les collègues
qui ont eu des rapports avec cet émînent ingénieur.
Nous avons perdu aussi M. Mesmer, directeur de l'usine de Graffen^^-
taden; M. Courirèrîe, ancien élève de l'Ecole centrale, promotion de
1837, fabricant de papier à Prouzel (Somme) ; M. Parlier, ancien élève
de l'Ecole centrale, promotion de 1857; M. Schaller, ingénieur de la
marine impériale et royale d'Autriche ; enfin, M. Hermann Lachapelle,
membre associé, dont le type de machine à vapeur est bien connu et a
rendu de grands services.
Notre collègue, M. Doat, a été nommé chevalier de l'ordre de Léopold.
M. LE Président signale, dans la correspondance, des lettres intéres-
santes de nos collègues.
D'abord, une lettre de M. de Cossigny au sujet de la communicatioD
faite dernièrement par M. Mallet au nom de M. CoUadon, et indiquant
qu'il n'a voulu en quoi que ce soit toucher aux travaux de M. Golladon.
qu'il admire et pour lequel il a beaucoup d'affection et de vénération.
Ensuite, une lettre de M. Jules Garnier à propos de son projet de
Métropolitain.
La Société se rappelle que M. J. Garnier a développé ici avec grand
talent son projet de Métropolitain à travers Paris ; il a étudié la question
sur de nouvelles bases et a cherché à diminuer les inconvénients que
pouvait présenter l'exécution de son projet. La bienveillance que la So-
ciété lui a montrée, lui a fait un devoir de nous écrire et d'indiquer U
nouvelle voie dans laquelle il a pensé qu'il fallait entrer.
M. LE Présidbiit fait donner lecture de la lettre de M. de CoBsignv et
de celle de M. Jules Garnier.
Lettre de M. Jules Garnier.
« Mousiour le Président et cher Collèg«ie,
» Les discussions de mon projet de chemin de fer métropolitain devant
la Société des Ingénieurs civils ont établi, je crois, que si l'on peut repro-
cher à cette solution d'augmenter le bruit dans les rues où il passerait et
de nuire à V aspect général des voies qui seraient suivies, elle présent*, par
ailleurs, des avantages indiscutables, par exemple : Exécution raf^"
— 539 —
Connaissance exacte de la dépense pour rinsiallation. — Frais de construc-
tion assez réduits pour qu'il n'y ait pas besoin, au moins dans une mesure
importante, de recourir aux garanties de VEtat,
» Toutefois, préoccupé des critiques ci-dessus et voulant eu tenir
compte, j'ai entrepris Tétude d'un nouveau projet qui n'a certainement
pas la même simplicité que le premier, bien qu'il puisse remplir sur dif-
férents points, les desiderata du public. Les éléments dont il faut tenir
compte dans ce projet sont nombreux, son étude complète exigera beau-
coup de temps, aussi n'est-ce que le principe sur lequel il repose que je
vais avoir l'honneur d'exposer :
» On peut considérer la ville de Paris comme composée d'une série
d'ilôts dont la plupart sont limités sur leurs pourtours par des rangées de
maisons en façade sur les rues, pendant que l'intérieur de l'îlot com-
prend des bâtiments d'une importance secondaire, des cours et des jar-
dins. Il résulte de cette disposition générale qu'on peut emprunter à un
îlot quelconque, une bande étroite de terrain dont la valeur ne serait éle-
vée qu'à l'entrée et à la sortie de l'îlot. — Se basant sur ce fait, on voit
la possibilité, par une patiente étude, faite sur une carte très détaillée
de Paris, d'arriver à tracer des voies, parfois un peu sinueuses, qui n'en-
traîneront qu'une série d'expropriations relativement peu coûteuses. —
En somme, les voies à tracer seraient commandées par l'économie dans
les frais d'expropriation, l'assainissement de certains quartiers, et non
point absolument par l'idée de se rendre d'un terminus à un autre par le
plus court chemin possible. — Ces voies, tout en se tenant à proximité
des artères principales, assainiront, animeront et embelliront les quar^^
tiers négligés .
» Tels sont les principes suivant lesquels je me propose de faire les
tracés du réseau métropolitain dans Paris.
» Reste maintenant le système de viaduc à employer et voici celui que
je compte adopter.
« Considérons d'abord que les difficultés de tracé et les frais d'expro-
priation diminueront dans une proportion considérable à mesure que l'on
pourra réduire davantage la laideur de la bande de terrain exigée pour
le passage du viaduc ; il est donc d'importance majeure, au point de vue
économique, que le viaduc soit aussi étroit que possible : dans ce but, je
me propose d'employer deux plates-formes superposées, portant géné-
ralement deux voies à la partie supérieure et deux voies à la partie in-
férieure. Ces plates -formes auront 8 mètres environ de largeur et seront
en maçonnerie partout où ce sera nécessaire.
» Ce viaduc se présentera de trois façons principales, suivant les trois
cas suivants : 1® traversée des rues ou des places publiques; 2® traver-
sée de maisons de façade des différents îlots limités par les rues ; 3° tra-
versée des cours et jardins situés à l'intérieur des îlots de maisons.
Examinons ces trois cas ;
1*^ A la traversée des rues et des places publiquesy on sera en présence
— 540 —
d'un viaduc à deux platefihformes superposées, bien ajoutées et dont l'aN
chitecture sera en harmonie avec celle qui caractérise le quartier lui*
même.
» i^ A la traversée des façades des ilôts de tnaisonsj les plates-formes
conservant leur même section, seront bordées latéralement par des murs
qui se trouveront mitoyens avec les immeubles adjacents, disposés pour la
circonstance; de la sorte, la voie inférieure sera en tunnel, pendant que
la voie supérieure sera, soit à ciel ouvert, soit même en tunnel, suivant
que les côtés des voies, par rapport à la hauteur de Timmeuble tra-
versé, permettront l'un ou l'autre ; enfin, l'espace vide compris entre
deux piles inférieures successives, communiquera avec les immeubles
en bordure et sera utilisé, suivant le cas, comme magasin, cave, etc.
3*» A to traversée des cours et jardins de l'intérieur des tlots de maisons,
les deux plates-formes superposées s'élèveront à l'air et à la lumière et
les espaces libres au-dessous de la plate-forme inférieure seront utili-
sés comme remises, écuries, logements à bon marché, ateliers, etc.
» Ce viaduc ne sera qu'une succession de tunnels aériens de faible
longueur, alternant avec des parties ajourées, d'une architecture simple
dans l'enceinte des îlots de maisons et plus recherchée à la traversée
des rues, des places, et des carrefours.
» Tel est, en substance, Monsieur le Président, le projet que j'ai
commencé à étudier dans ses détails et qui me semble réunir des éU-
ments sérieux de succès. La bienveillance avec laquelle la Société a
accueilli mes premiers travaux sur le même sujet, me faisait un devoir
de lui adresser et de soumettre à sa haute appréciation, cette autre
manière de comprendre le chemin de fer métropolitain de Paris.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de mes sentiments
les plus distingués.
Jules Gabnier.
Lettre de M. J. de Cossligny.
« Monsieur le Président,
» M. Mallet, rendant compte d'un livre, a soulevé la question d'une
catégorie d'appareils dont Tauteur avait omis de parler. Cela ma remis
tout naturellement en mémoire les travaux intéressants de M. Taurine^i
et je suis parti de là pour les rappeler. Mais il faut que ma plume ait
bien mal rendu ma pensée intime pour qu'on ait pu voir, dans la tour-
nure de phrase dont je me suis servi pour entrer en matière, l'intention
d'une critique à 1 égard de qui que ce soit.
» Toute idée de comparaison peu obligeante était d'autant plus loin
de moi, que M. Mallet, bien que je n'aie pas l'honneur de le connaître
personnellement, s'est acquis toutes mes sympathies pai* ses comrounica-
tiuns, que je lis eu général nvec un intérêt tout particulier. Et quant ?»
M. Colladon, personne ne peut avoir plus que moi, de vénération pour
— 541 —
80D caractère et sa personne, et d^admiration pour ses nombreux travaux.
))Veuillezbien m'excuser, Monsieur le Président, sijevousimportun«eu
revenant sur un incident de peu dlmportanee, et agréer l'assurance de
ma considération distinguée et dévouée.
» J. DE COSSIGNY.
»NoTA. — Si ma lettre est tardive c'est que le compte rendu de la pré-
cédente séance ne m'est parvenu qu'après que la suivante avait eu lieu.»
M, LE Président fait part à la Société de la lettre suivante de notre
collègue, M. Cotard.
« Monsieur et cher Président,
» M. Laroche, ingénieur en chef des ponts et chaussées, a bien voulu
me charger d'offrir à notre Société un exemplaire de sou Etude sur les
ports de commerce qui vient d'être publiée, par ordre du ministère des
Travaux publics, à llmprimerie nationale.
» Je vous adresse cet intéressant ouvrage en vous exprimant le désir
d'en présenter moi-même un compte rendu à une de nos prochaines
séances.
» Veuillez agréer, Monsieur et cher Président, l'assurance de mes sen-
timents les plus dévoués.
» Ch. Cotabo. »
M. LE Président. Nous sommes très heureux de la promesse que nous
fait M. Cotard de nous présenter un compte rendu de l'ouvrage do
M. Laroche.
M. Durupt, notre collègue, présent à la séance, nous écrit également
qu'il s'est trouvé à même de visiter, samedi dernier, les carrières de Chan-
celade après la catastrophe qui vient d'avoir lieu, qu'il a recueilli sur
place des notes intéressantes, et qu'il se met à notre disposition pour
nous les communiquer.
Si nous avons quelques instants à la fin de la séance, nous donnerons
volontiers la parole à M. Durupt que nous devons remercier de la hâte
qu'il a mise à nous apporter ces renseignements.
M. LE Président demande la permission de présenter à la Société,
au nom du comité, comme membre honoraire, M. H. de Matthys prési-
dent actuel de TAssociation des Ingénieurs sortis des Ecoles spéciales
de Gand.
M. H. de Matthys, ingénieur-directeur des ponts et chaussées de Bel-
gique, auteur des projets d'installation maritime d'Anvers, dont il a
suivi l'exécution dans tous ses détails, nous à témoigné,lors du dernier
YOjage de la Société, la plus cordiale effusion. Il semble que la France
.soit sa seconde patrie. Nous ne pouvons mieux exprimer notre reconnais-
sance à cet éminent ingénieur qu*en lui conférant la plus haute distinc-
— 542 —
tion doot puisse disposer la Société. Sod élection aura lieu dans notre
seconde séance après celle-ci,c'est-àr-dire le 27 novembre prochain.
M. LE Présidknt signale enfin, parmi les ouvrages reçus parlaSooiété,
un volume qui nous est envoyé par M. Louis Trasenster, membre hono-
raire de la Société et Président de TÂssociation des Ingénieurs sortis
des Ecoles spéciales de Liège, qui nous a si bien accueillis en Belgique.
Ce volume, intitulé : Aux États-Unis^ notes de voyage d*un ingénieur,
a pour auteur son fils, M. Paul Trasenster. Je Tai parcouru avec un vif
plaisir. Celui qui Ta écrit est certainement un esprit primesautier, qui
voit vite et bien, et a encore cette charmante bonne foi de la jeunesse
qui met la vérité au-dessus de tout. Ces pages rapides, tracées le soir
avant l'heure du repos ou, le plus souvent presque au moment même de
l'impression éprouvée, sont pleines de renseignements utiles et intéres-
sants, donnés avec une pointe d'humour qui ne gâte rien. Tous les mem-
bres de la Société y trouveront à glaner.
On verra plus loin Tindicatiou des autres dons faits à la Société.
L'ordre du jour appelle la communication de M. Berthot sur les força
mutuelles et leurs applications aux phénomènes mécaniques^ physiques et
chimiques, La parole est à M. Berthot.
M. Berthot ne présentera à la Société qu'un résumé de son mémoire
qui doit être publié au Bulletin. '
On connaît Thypothèse généralement admise de la porosité des corps
c'est-à-dire de forces attractives et de forces répulsives agissant à dis-
tance. En partant de cette hypothèse, nous avons pu déterminer une
fonction représentée par une courbe fort simple, dans laquelle nous avons
retrouvé la plupart des lois de la Physique générale.
Si nous supposons deux masses m et m' liées entre elles dans la di-
rection de l'axe des x par une force qui tende à les amener au contact,
et si nous interposons entre ces deux masses une autre force agissant en
sens contraire et empêchant ce même contact, il s'établira un état d'équi-
libre pour une distance d que nous appellerons distance moléculaire.
On peut matérialiser ce système en réunissant deux billes d'ivoire avec
un ressort pouvant les amener au contact l'une de l'autre et en interpo-
sant entre elles un autre ressort empêchant ce contact.
Si nous représentons par F (x) la résultante inconnue de ces ressorts
pour une distance quelconque x des masses m et m\ cette fonction devra :
1® Être proportionnelle au produit des masses m et m', afin de tenir
compte de leur action réciproque ;
2** S'annuler pour a?=:rf, c'est-à-dire avoir pour racine algébrique rf— x:
pous pourrons donc écrire :
\ F (x) = mm' (d — a?) <p {x)
Si maintenant nous supposons que Taction de la résultante au lien
d'être, tranmisc aux masses par des ressorts, le soit dans l'espace au
moyen\l'în*ermédiaires tout égaux et parfaitement élastiques, ces organes
\
\
— 543 —
de transmissiou se répartiront également entre eux et par couches concen*
triques le travail réel ou virtuel des masses m et m'. En conséquence, ces
masses s'actionneront mutuellement en raison inverse du nombre d*inter-
médi aires contenus dans une sphère ayant la distance œ pour rayon;
nous sommes donc autorisés à écrire :
.i^)=P^
d'où
F (x) = mm' 2 4' (^)-
Nous ne pouvons plus maintenant que faire des hypothèses succes-
sives sur ^ {x)y et rechercher celle de ces hypothèses qui donnera
des résultats conformes aux lois de la physique.
Commençons par la plus simple, c'est-à-dire par ^ (x) = Constante^
nous aurons la formule empirique :
(1) F (a;) = K mm' 1^.
Dans deux notes qui ont eu les honneurs de Timpression dans les
comptes rendus de rAcadcmie des Sciences, nous avons fait Tétude
analytique de cette fonction et en avons déduit mathématiquement les
huit conséquences suivantes dont les calculs sont reproduits dans les
notes jointes à notre mémoire. Voici les énoncés de ces huit consé-
quences :
I. La fonction représente la différence d'une hyperbole du 4* degré
et d'une hyperbole du 3®. Si on construit la courbe (âg. 1) en bornant
Texamen aux valeurs des x positifs, on obtient un tracé dans lequel
les valeurs positives de y donnent la force répulsive et les valeurs
négatives la force attractive. La courbe part de y = -j- <» pour x = o,
3
coupe l'axe des œ poura?=:(i, présente un minimum quand x= -^d et
Tu
un point d'inflexion pour x = 2 d ; puis les valeurs de y continuent à
être négatives, la force restant attractive, et l'on b, y = o pour
05 = 00.
II. La somme des travaux de la force répulsive depuis x = - jusqu'à
x = d est égale à la somme des travaux de la force attractive depuis
x = d jusqu'à x = oo .
III. Si on considère trois molécules égales m, m' et m" placées
originairement sur une même droite, à une distance et Tune de l'autre,
la molécule m'', sollicitée par l'action attractive de m, ne pourra rester
~ 544 —
eu équilibre et se rapprochera de w! ; mais Taetion répulsive de w!
sur m" se développera, et m" atteindra une position d'équilibre en un
point C tel que C'K=C'L. Remarquons qu'il se sera produit dans
ce chemiaement un travail négatif représenté par la surface C'CK et
un travail positif beaucoup plus considérable représenté par la surface
C'CLN. Par conséquent, pour ramener la molécule dans sa position
primitive d'équilibre, il faudra lui fournir un travail représenté par la
surface CLN, la ligne courbe CL étant symétrique de la ligne CK.
IV. La sommation des forces attractives agissant sur m", en sup-
posant une file indéfinie de molécules placées à gauche de cette même
molécule m", donne une quantité finie, correspondant à une valeur
BC = 0,73173... d (maximum de contraction possible).
V. Si on prend successivement un nombre de molécules
1. 2. 3. iO. 20. 40. oc
On trouve pour la contraction :
1. 0.90 0,80 0,77 0,7S 0,74 0,73
qui correspond à une somme de forces attractives.
0. 0,137 0,391 0,304 0,592 0,631 0,688
Il suffit donc de considérer, au point de vue graphique, un petit
nombre de molécules pour pouvoir déterminer les lois résultant de
l'action d'un nombre infini de molécules placées en ligne droite et, en
vertu de la conséquence VU, celle d'un corps solide.
VL Si on considère une file de molécules s'étendant indéfiniment
à gauche d'une molécule m", il existe à droite de cette molécule et sur
la même ligne droite un maximum d'attraction situé à une distance
0.4699... d. Cette proposition étant étendue aux corps solides, par la
conséquence VII, on doit considérer les corps solides comme entourés
d'une auréole attractive.
VII. L'action d'un corps quelconque formé de files de molécules pa-
rallèles à trois plans données sur une molécule extérieure M, peut être
— 346 —
remplacée par celle d'une Aie de molécules passant par M et perjpeu^
dieulaire à Tun des plans. Elle donne, en outre, deux composantes
dirigées suivant des perpendiculaires aux autres plans. Ces composantes
8 annulent dans le cas où les trois plans sont perpendiculaires entre
eux, et, si, en même temps, m=:m\
YIII. d (distance d'équilibre moléculaire) est une Constante de la
Nature, c^est-à-dire a la même yaleur pour tous les corps.
Ces préliminaires étant établis, M. Berthot passe à la discussion de la
formule, en distinguant d*abord deux cas : 1® celui où m et m' n'ont
pas de vitesse initiale ; et 2^ celui où ces masses ont des vitesses
initiales.
l^*" cas : si d est négligeable par rapport à x, on peut écrire :
(--•y K ■
F ix) — Kmm -^ — ■ — ^= — »
^ ^ X* X*
formule qui donne la Un de Newton avec toutes ses conséquences, et
parmi celles-ci les lois de la pesanteur.
Si d n'est pas négligeable, on peut faire deux hypothèses :
1<» On ne tient pas compte des valeurs relatives de m et de m' ;
2* On tient compte de leur valeur relative.
1<* Après avoir établi que les changements d'états correspondent aux
changements de coordonnées indiqués sur la figure, M. Berthot trpuve
aussi un grand nombre de lois relatives aux corps solides, liquides et ga-
zeux; parmi celles-ci, nous citerons les chaleurs latentes des solides
représentées par la surface C L N, celle des gaz par la surface B P Q, l'élas-
ticité des solides par la courbe KT, celle des liquides par la ligne brisée
NIT, et enfin celle des gaz ^proportionnelle aux efforts) qui donne dans
le cas des pressions la loi de Mariotte, et dans le cas des extensions, la
constance de % coefficient de dilatation;
2® Remarquant qu'on ne peut faire m ou m' égale zéro sans annuler la
fonction, il s'ensuit que celle-ci définit les corps par le produit de deux
masses et par la représentation des forces attractives et répulsives qui
s'exercent entre elles. D'autre part, la valeur de d étant constante, on
en déduit la loi d'Ampère et d'Avogrado, c'est-à-dire que tous les gaz
simples, sous les mêmes températures et les mêmes pressions, renferment
le même nombre d'atomes et que ceux-ci doivent être représentes par
deux volumes.
d -1 ' X d ' X
Prenant ensuite deux corps KM' et Km* 7- et appelant F
x' a?'
l'action de M sur m augmentée ou diminuée des forces ettérieures, il
peut arriver que F soit en même temps plus petite que la somme des
forces attractives des molécules M et plus petite ue celle des molécules
— S46 —
m. Dans ce cas, on |i des actions de contact, et, comme en vertu de la
'conséquence V, on peut, sans erreur sensible, considérer la somme des
forces attractives comme indépendante de Tépaisseur des corps, on re-
trouve toutes les lois de la capillarité calculées par Laplace.
Si F est plus petite que la somme des forces attractives des molécales
M et plus grande que celle des forces attractives de m, les liaisons des
molécules de ce corps seront détruites, et tout se passera comme s'il
était devenn à l'état liquide. M. Berthot se sert de cette remarque pour
déterminer les principales lois des phénomènes de dissolution et de cris-
tallisation.
Enûn, si F est plus grande que la somme des forces attractives de M et
de m, les liaisons de ces deux corps sont rompues et il se forme deux mo-
lécules d'un corps défini par une nouvelle formule KMm . C'est ua
oc*
phénomène chimique, et la discussion donne les lois des proportions mul-
tiples, des volumes, de la thermochimie, etc.
Passant ensuite à l'examen des chaleurs spécifiques, l'auteur, par un
calcul que l'on trouvera reproduit in extenso dans son mémoire, établit la
loi de Dulong et Petit, et fait remarquer que le résultat indique que le
produit des poids atomiques des corps simples, solides et liquides, par
leur chaleur spécifique est à peu près constant, et que celui du poids
atomique des gaz par leur chaleur spécifique doit être un peu plus grand
que la moitié de celui des solides et des liquides. 11 appelle l'attention sur
ce fait, conforme à l'expérience dont, suivant lui, aucune théorie n'avait
donné l'explication jusqu'à ce jour.
2® cas. — met m' ont des vitesses initiales.
Ramenant ce cas à celui où la masse m' seule serait animée d'une
vitesse relative, par rapport à la masse m considérée comme fixe, M. Ber-
thot suppose successivement que cette vitesse est d'abord dirigée dans
le sens de la droite m m\ puis obliquement à cette direction^ Il se pro-
pose de faire ultérieurement l'examen complet de la première hypothèse j
se contentant de donner l'équation du temps employé pour le parcours
d'un espace x et l'expression générale de la vitesse. Comme application,
il en déduit la vitesse du sou dans l'air pour laquelle il trouve, avec
une approximation en moins, provenant d'un terme négligé, 326*,26 àO'
au lieu de 331°^,13, résultant des expériences des Membres du bureau
des longitudes.
Dans le cas où la vitesse est oblique à la direction mm', on trouve pour
équation polaire de la trajectoire p (l -|~ ^ cos y c (o) = ^ dans laquelle
\c=k/1 -\ — ==7j-, K' étant l'aire décrite dans Tunité de temps.
Si on néglige g?, cette équation représente une section conique du se*
cond degré et on retrouve les lois de Kepler.
— 547 —
Si d a une petite valeur, la courbe présente un phénomène analogue
à celui de la précession.
Enfin si d a une valeur importante, on se trouve dans le cas de vibra*
lions interparticulaires qui correspondent aux vibrations lumineuses^ et
calorifiques.
Se basant sur les expériences de M. Janssen, M. Berthot considère l'œil
comme un appareil analyseur, insensible aux vibrations longitudinales.
11 retrouve ainsi toutes les formules de la théorie de la lumière con-
formément à la théorie des ondulations, puis il revient aux idées de Cau-
chy sur la propagation de la chaleur par les vibrations longitudinales.
11 démontre qu'avec le mode de vibrations provenant de sa formule, la
chaleur peut se polariser et éprouver la double réfraction. On sait que
c'étaient ces deux derniers faits qui avaient fait repousser la théorie de
Cauchy.
L'auteur conclut en disant que sa formule, n'étant que Texpression
d une force, ne peut jamais être en désaccord avec les lois de la mé-
canique générale, et que, puisqu'un grand nombre de faits (le nombre
des lois indiquées dans le mémoire est de quatre-vingts) se passent
conmie si elle était exacte, on peut la considérer comme une loi syn-
thétique donnant des valeurs plus approchées que les lois qui Tout
précédée.
11 termine en demandant la permission de payer un tribut de recon-
naissance à son illustre et vénéré maître, H. Tresca, qui Ta soutenu
et encouragé dans son travail ; il tient aussi à remercier MM. de Saint-
Venant et Maurice Lévy dont les bienveillantes critiques Font aidé à
perfectionner son œuvre, ainsi que son ami M. Raoul Costeau, ingé-
nieur civil des mines, ancien élève de l'École polytechnique dont le
concours lui a été très précieux. (Applavdissetnents l'épétés.)
M. LE Présidknt. Nous remercions beaucoup M. Berthot d'avoir
apporté à la Société son travail, certainement extrêmement intéressant,
et qui nous semble fort important au point de vue de la philosophie
naturelle comme à celui des applications.
M. Tresca, en effet, s'était vivement intéressé au travail de M* Berthot;
il en avait conféré avec ses collègues de l'Académie, M. Maurice Lévy et
M. de Saint-Venant on particulier; par conséquent, nous pouvons être
certains que, sous le rapport analytique, le travail de M. Berthot est un
travail extrêmement sérieux. Je ne le mets pas en discussion aujour-
d'hui ; il faut avoir lu avec beaucoup de soin le travail de M. Berthot
pour lui demander des explications et le discuter. Ce travail sera
publié en entier dans le Bulletin de la Société, qu'il enrichira. (Âpplaur-
dissêmenU.)
L'ordre du jour appelle la note de M. Hauet sur Y assainissement de
louhn. (Avant-projet de M, l'ingénieur en chef Dyrion.) M. Hauet a la
parole.
M. Haukt dit que c'est à la suite du choléra de 1884 que M. Tlu-
• — 548 —
génieur en chef Dyrion fut chargé de dresser ud projet d'a^sainiss^c-
ment de Toulon.
M. Hauet, après avoir donné quelques détails géographiques et
historiques sur Toulon, fait connaître, d'après le rapport de M. Dy-
rion, les coefficients de mortalité de Toulon et les causes d'insalubrité
de cette ville.
Il dit que le projet de M. Djrion peat se résumer ainsi : réunir à
Taide d'une canalisation de faible diamètre toutes les eaux vannes et
matières alvines sur un même point de la ville ; installer sur ce point
des pompes actionnées par des machines à vapeur puissantes et refou-
ler le liquide jusqu'à la mer, au delà de l'isthme des Sablettes à la
pointe de Fabrigas, en utilisant sur le parcours tout ou partie du
li([uide, dans lequel sont dilués 50 mètres cubes de matières alvines
dans 10 000 mètres cubes d'eau, pour l'irrigation des terres.
M. Hauet fait remarquer une certaine analogie du projet de M. Dy-
rion en ce qui touche la canalisation, l'exclusion des eaux pluviales
et les chasses, avec le système du colonel Georges Waring, expéri-
menté en 1883 à Paris par M. E. Pontzen, membre de la Société.
M. Hauet termine en formuhuit l'espoir que l'assainissemeut àv.
Toulon, qui est d'intérêt national, n'attendra plus longtemps sa décla-
ration d'utilité publique. (Applaudissements.)
(Le mémoire de M. Hauet sera inséré in extenso dans le Bulletin,
avec les croquis nécessaires.)
M. LE Président. Je remercie beaucoup M. Hauet d'avoir bien voulu
nous faire un résumé si net et si clair de l'avaut-projet de M. Tin-
génieur en chef Dyrion, et j'espère, comme lui, que l'assainissemeni
de l^oulon n'attendra pas longtemps, de la nouvelle Chambre qui va
se réunir, le vote du crédit nécessaire. C'est une chose indispensable
pour le commerce français et nos expéditions lointaines. Nous remei'-
cions encore une fois M. Hauet.
L'ordre du jour appelle la communication de M. Jules Gaudry sur
les machines marines à texpositUyii universelle d'Anvers. M. Julo.'^
Gaudry a la parole.
M. Jules Gaudry. Avant de faire le compte rendu dont m'a chargé
M. le Président, j'avais à remplir une mission qui m'a été donnée
comme un des doyens d'âge : c'était de provoquer un vote de
reconnaissance et de félicitations pour M. de Combcrousse, notre
président, qui a représenté notre Société des Ingénieurs et la
France, avec tant de dignité et un rare bonheur d'expression. A la
dernière séance, un autre de nos .collègues a déjà provoqué ces reme^
cléments, mais il me sera permis de ne pas me considérer comme
dégagé de ma mission et de me faire de nouveau l'interprète de ceux
qui ont fait avec nous le voyage de Belgique.
J'ai également des remerciements à demander pour nos secrétaire!»
— S49 —
et commissaires, pour 'M. Husquin de Rhé ville, pour tous ceux, en
un mot^ qui ont eu la laborieuse tâche d'organiser nos excursions si
bien réussies.
(Le compte rendu de M. Gaudry devant être inséré in extenso au
Bulletin, il n'en est ici donné que le résumé.)
M. Gaudry appelle d'abord Tattention sur la difficulté d'études qui
nait toujours dans une exposition^ du défaut de concentration des
spécimens d'une même industrie et de leur éparpillement, au con-
traire, dans les diverses sections du palais et de la multitude de ses
annexes.
Si digne d'admiration que soit l'Exposition universelle d'Anvers^
elle n'a pas plus que les précédentes, échappé à cette observation,
et il faut faire des vœux pour que la commission de la future Expo-
sition de Paris trouve un mode de classement plus favorable à l'é-
tade ; en particulier pour la marine qui a toujours été sacrifiée à
cet égard.
A l'Exposition d'Anvers, la galerie des machines contient trois
machines marines : deux belges et une de notre collègue Glaparède ;
plus, également dans la section française, des appareils de machine-
rie secondaire tels que les treuils de Gaillard, du Havre, les gouver-
nails à servo-moteùr de Stapfer, de Marseille, etc. et on pouvait
croire d'abord que c'était là toute l'exposition maritime.
Non sans laborieuses recherches, avec le concours de MM. Mallet, Que*
ruel, de Quillacq et autres collègues, de très intéressants objets d'étude
ont pu enfin être trouvés, tout au moins sous forme de plans et
modèles dans les sections française, anglaise, allemande, italienne et
hollandaise.
M. Gaudry passe en revue les diverses sections internationales, et
d abord la grande machine belge, de Seraîng, Gompound à trois cylin-
dres sur la même ligne, pour le cuirassé russe le Tchesmay d'un travail
très soigné, et très bien disposée pour la visite et les soins à donner en
marche.
En rappelant la réception si courtoise qui a été faite aux ingénieurs
français à Seraing, M. Gaudry insiste sur la tenue merveilleuse des
ateliers et sur les institutions moralisatrices et bienfaisantes qui abondent
pour le personnel.
Passant à l'Exposition française, dont les produits ont été rarement
aussi choisis et aussi libéralement exhibés pour l'instruction publique,
M. Gaudry décrit d'abord la grande machine de notre collègue Glaparède
pour aviso-éclaireur et torpilleur de première classe.
On Ta appelée l'un des clous de l'Exposition parce qu'elle se montre
avec un grand intérêt tout entière dans toutes ses dépendances, telle
qu'elle doit être à bord du navire et parce qu'elle est présentée comme
type classique de la marine actuelle en France.
Parmi le^ nombreux modèles et dessins qui composaient en outre l'expo-
Buu. 37
— 550 —
sition Claparède ayaut reçu un diplôme d'houueur, M. (raudry signale les
canonnières françaises au Tonkin avec leurs formes étranges et leur tirant
d'eau réduit à 50 centimètres : ensuite le torpilleur de haute mer, le Gagrjjt
pour la Russie, lequel a fait, par de très mauvais temps, son voyage de Paris
à Scbastopol, et se comportait en ban mârmdit le rapport du commandaut.
Parmi les autres torpilleurs de M. Claparède, il faut remarquer le
numéro qui a servi de modèle dès i873, les n*^* 50 et 52 qui ont donoé
30 nœuds passés et le n^ 39 qui a atteint près de 21 nœuds, soit la
plus grande vitesse réalisée encore en mer.
L'exposition française contient d'autre part les trois modèles de la
Société des chantiers de la Loire, savoir : un aviso rapide de la mariue
militaire, un paquebot de la Compagnie des chargeurs, et un de ces
puissants yachts de plaisance qui, même en France, constituent aujour-
d'hui une classe importante de navires.
La Compagnie transatlantique expose aussi le mag;niûque modèle des
nouveaux paquebots, longs de 155 mètres et puissants de 8,000 chevaux,
qui vont venir dans sa flotte de 70 navires en addition de la Normandie
que la Société connaît, mais qui, depuis les retouches faites à Saint-
Nazaire devient, de plus en plus, Tun des meilleurs paquebots existants
pour la vitesse dans de satisfaisantes conditions de houille consommée.
M. Gaudry passe de même en revue les expositions maritimes de
l'Angleterre, de la Hollande et de l'Italie ; celles! se caractérisant par
des constructions géantes.
Arrivant enfin à l'exposition allemande, M. Gaudry décrit les modèles
de ses deux cuirassés, l'un à artillerie concentrée au milieu du navire au-
dessus des machines et des chaudières avec leur quatre cheminées; l'autre
au contraire où une nombreuse artillerie est divisée dans tout le bàtimeut.
Mais les modèles particulièrement intéressants par leur actualité sont ceux
des cuirassés construits en Allemagne pour les Chinois, à grande vitesse
et à tirant d'eau de 6 mètres, que nos flottes ont eu récemment k corn*
battre.
En terminant, M. Gaudry recommande de ne pas se laisser impressionner
par les qualités si remarquables qu'elles puissent être de la marine aUe-
maude ou chinoise et de ne pas oublier qu'à Anvers même sont exposôj*
des machines marines et des modèles de navires français qui sont aussi
l'expression des derniers progrès de la science navale. {ApplaudissemenU.
M. LE Président. Je remercie M. Gaudry de tout ce qu'il a bien
voulu nous dire. Il nous a fait faire un voyage autour du monde, tout
eu restant à l'Exposition d'Anvers. S'il nous a donné des nouvelles «»
peu inquiétantes de nos voisins, il a heureusement terminé par des élogo>
et des encouragements à l'adresse de nos constructeurs.
Je demande la permission de remercier aussi M. Gaudry des aimabiost
paroles qu'il a prononcées au commencement de sa communication, et qui
s'adrosscut aussi bien au Président de la Société qu*aux Vice-Présidents,
— 551 —
aux Secrétaires, et aux Sociétaires, qui nous ont aidés à être digues
de la réception que nos hôtes belges ont bien voulu nous faire. Les paroles
sympathiques de M. Gandrj s'appliquent à tous ceux qui ont fait le voyage,
et on peut les adresser très justement à lui-même, qui est Tun des plus
auciens membres de la Société, et qui représente si bien parmi nous Tétude
des machines à vapeur et des constructions navales. (Applau<tissements.)
M. LE Président. Comme il nous reste encore un peu de temps, je puis
donner la parole à M. Durupt. Comme je Tai annoncé au commencement
de la séance, notre collègue veut bien nous entretenir de la catastrophe
de Chancelade et des causes qui ont pu Tamener. M. Durupt a la parole.
M. Durupt. Je ne répéterai pas tout ce qui a été écrit sur la catastrophe
de Chancelade; des récits détaillés en ont été faits par les journaux de
tout le pays; vous connaissez le grand intérêt porté aux victimes, ainsi
qu'aux ouvriers que Ton considère comme existant encore dans les
carrières. Je veux seulement décrire Tétat des lieux et vous faire con-
naître le rôle joué par Tadministration des mines dans le sauvetage de
ces malheureux.
Les carrières bordent la ligne du chemin de fer de Périgueux à Paris,
qui les traverse en tranchée.
11 y avait deux carrières : Tune, dite la carrière de Chaigneau vers
Périgueux, Tautre, dite la carrière dlmbert vers le nord. Les carrières
étaient exploitées depuis Tannée 1847 ; c'est à cette époque que Ton a
tiré de Chancelade les premières pierres pour la construction du pont de
Centras, et depuis, la compagnie d'Orléans a été son meilleur client
pour ses ponts et ses gares du réseau central. Les carrières étaient sou-
tenues par des piliers de place en place, qui devaient être assez forts,
puisqu'ils ont résisté pendant un certain nombre d'années; ces piliers
formaient une espèce de damier et soutenaient le reste de la montagne
qui s'élevait de 30 ou 70 mètres au-dessus. Les galeries libres servaient
au passage des ouvriers et à celui des wagonnets, pour aller à la carrière
en exploitation. Presque toutes les galeries de la carrière Chaigneau
étaient transformées en champignonnières.
Vous savez que l'accident s'est produit, il y aura dimanche prochain
quinze jours.
Certains piliers trop faibles auront cédé et se seront écrasés ; puis
une grande partie du poids de la montagne s'est reportée de proche en
proche sur ceux plus solides qui avaient résisté jusqu'alors ; il s'est pro-
duit un affaissement général de la partie qui est en avant vers le chemin
de fer et les masses sont venues s'écraser à l'intérieur sur le sol des car-
rières et en ont fermé toutes les issues, de sorte que, dans lapartie nou-
vellement exploitée, cinq ouvriers qui travaillaient n'ont pas été at-
teints, on le suppose du moins, mais n'ont pu s'échapper. Aussitôt la pa-
nique passée, on chercha le moyen de sauver les victimes, d'abord cel-
les de l'extérieur à l'entrée des carrières, et celles sur la montagne où
— 652 —
les villages et les maisons u'étaieut plus qu'un amas de décombres; puis,
ou songea aux malheureux prisonniers.
Les propriétaires qui exploitent ces carrières et dont ce désastre ruiue
aussi les intérêts, n'étaient peut-être pas très au courant de ce qu'il y
avait à faire pour opérer le sauvetage ; ils n'avaient pas d'ailleurs la li-
berté d'agir, puisque les carrières sont sous la sui*veillance immédiate
et le contrôle du service des mines ; ils n'ont donc pu rien faire par eux-
mêmes. D'autre part, les ingénieurs des ponts et chaussées et de la Com-
pagnie d'Orléans se sont mis aussitôt au travail du sauvetage des malheu-
reux ensevelis sous les décombres. On est descendu dans les failles, dau8
les crevasses qui s'étaient produites. L'une d'elles, vers le nord, a la
forme d'un triangle de 36 mètres de profondeur, 3 mètres de base au ni-
veau du sol et plus de 50 mètres de longueur en ligne droite ; elle est en-
tièrement dans le rocher. Là, il s'est produit au fond une espèce il<*
grotte dans laquelle un ingénieur des ponts et chaussées très hardi a
pénétré; c'est non loin de là qu'on a vu sortir de la fumée. On ne sait
pas si ce sont les carriers qui ont fait du feu, car ils avaient des matière.^
combustibles et des vivres, ou si c'est un choc qui aurait fait jaillir des
étincelles et enflammé des bidons de pétrole qui se trouvaient emmaga-
sinés pour les besoins de l'exploitation. Une autre faille a produit un
affaissement de 4 mètres sur une largeur de plus de 15 mètres. Les deux
bords sont à pic et laissent voir la terre végétale. Enfin partout le sol
bouleversé est traversé de sillons plus ou moins sinueux où la terre s'é-
boule et près desquels on ne s'aventure qu'avec prudence. — Il y avait
ici (comme on peut le voir sur le plan) de petites maisons et plus loiu un
village qui ont été complètement démolis et dont les habitants sout rui-
nés. On est resté pendant cinq ou six jours à discuter pour savoir com-
ment on sauverait les malheureux ensevelis. On a d'abord fait veuir l'in-
génieur en chef des mines de Paris, qui était préposé au contrôle de>
carrières. Puis le préfet a demandé un inspecteur général des miues,
qui a pris à son arrivée la tête du mouvement d'exploration. Ce n'est
donc que samedi dernier que Ton a déterminé le point approximatif où,
en forant un trou, on avait des chances d'aboutir à la galerie libre que
les carriers doivent occuper.
On a commencé le travail de forage qui est exécuté par rinitiatiu'
privée. Ce sont des entrepreneurs du pays qui s'en occupent; ils sont
arrivés à 20 mètres de profondeur, et ils ont 60 mètres à traverser. L'ad-
ministration a d'abord fait déblayer les ouvertures de la carrière fermécî'
par d'énormes blocs éboulés, et elle a bien voulu tolérer que les eutn-
preneurs privés fissent le trou dont je viens de parler, car elle avait eu
vue un autre procédé . Voici ce qui s'est passé ; Un certain nombre de
piliers sont restés intacts, dans la partie située vers Périgueux au plus
près des voies du chemin de fer, mais par suite de Téboulement, les vides
existant entre les piliers se sout comblés. L'adniinistr;«tion a trouvr le
•- 353 —
moyen suivant pour aller à la recherche des carriers, qui se trouvent h
peu près à 300 mètres de Tentrée de la carrière.
Elle a dit : Nous allons faire un trou à travers ces piliers. (Rires.)C'esi
la vérité absolue; et voici que Ton pratique des ouvertures de 1">60 de
large sur 2 mètres de haut dans ces piliers rectangulaires et que Ton
diminue par conséquent leur section ; or, quand on fut arrivé à 480 mè-
tres, tout s'effondrait, et de nouvelles victimes, parmi lesquelles do
haflts personnages, auraient pu être faites. C'était facile à prévoir.
Maintenant on fait avec énergie le déblaiement des orifices et on
compte un peu plus sur le trou de sondage ; ce dernier est fait avec des
trépans appartenant aux carrières du pays, lesquels ont été réparés par
la Compagnie d'Orléans qui en a construit un double. On amis des tuyaux
pour tuber, il y en avait dont le diamètre ne concordait pas, soit avec
celui du trépan, soit avec celui du trou déjà fait. Or, si ce travail avait
été conduit par des entrepreneurs spéciaux (et vous savez, Messieurs,
qu'il n'en manque pas à Paris), on saurait aujourd'hui à quoi s'en tenir.
Voilà à peu près l'état de la question : on est arrivé à 26 mètres de
profondeur et on doit aller à 60 mètres au moins.
Il paraît qu'on a entendu hier, en appliquant l'oreille sur les rochers,
les carriers frapper; on a la certitude que ces hommes sont vivants ; il
n'y a rien d'étonnant à cela, ils ont de l'air, de l'eau, et pour se nourrir
des champignons de couche. Ils devaient avoir avec eux quelques vi-
vres; il y a donc lieu de croire qu'ils existent encore, et s'ils ne sont pas
sauvés, il sera peut-être permis de se demander si certaines responsa-
bilités ne seront pas pénibles à envisager.
On peut conclure, de la manière dont les travaux de sauvetage ont été
dirigés et conduits par le corps administratif, spécialement préposé à la
surveillance de ces carrières, que ce n'est que poussé par la force de
l'opinion publique, par la pression du sentiment populaire, que les recher-
ches ont été d'abord autorisées, puis ensuite poussées avec une activité
louable, mais dont les moyens n'étaient pas tous assez homogènes, ni
bien coordonnés.
L'impulsion unique, la direction éclairée et pratique a manqué. —
Les outils n'étaient pas parfaits. — Les ouvriers ne connaissaient pas le
travail spécial qui leur étaient demandé alors que, dés le jour de la ca-
tastrophe, il était facile d'appeler des spécialistes de Paris, qui avec
leur engins puissants, leurs hommes habiles auraient pu, à raison de o
ou 6 mètres par jour, forer un trou et arriver ainsi en 10 ou 12 jours au
plus à atteindre les galeries restées intactes où les malheureux ouvriers,
hier encore, révélaient leur présence par des coups dont la provenance
ne fait aucun doute pour les nombreux témoins qui les ont entendus. —
Le trou une fois percé et la possibilité de passer des aliments aux
ouvriers engloutis étant obtenue, le reste n'était plus qu'une question
de temps. Le déblaiement des galeries pouvant toujours s'opérer, dût-on
— 554 —
employer pour cela des boisages ou toat autre procédé d*étançonnement,
auquel du reste on n'a pas eu recours, ce qui explique Timpossibilité
de poursuivre les travaux d'avancement dans les galeries abandonnées
atgourd'hui, par suite de nouveaux éboulements provoqués sans doute
par Tattaque des piliers qui restaient seuls pour soutenir encore FéDonne
masse.
Mais si Timprévoyance administrative ne peut être mise hors de dente
(les carrières avaient été visitées, paraît- il, officiellement il y a un mois
à peine), si Tinsuffisance et le manque d*unité des moyens employés pour
le sauvetage ont été constatés par tous les visiteurs, si les retards in-
concevables mis à décider et à employer ces procédés constituent une
faute, il est une chose digne d'être notée, et je n'étonnerai personne en
le faisant ; c'est l'élan généreux des cœurs français, toujours prête à se-
courir les grandes infortunes, les victimes du travail et du devoir, — car
ce sont bien des victimes du devoir que ces pauvres ouvriers qui, eux,
risquent leur vie tous les jours et à toute heure du jour.
Une grande souscription s'est ouverte spontanément, elle a recueilli
les dons généreux et en même temps Tobole du pauvre, le sou de Tou-
vrier, le frère en devoir de ceux pour qui on travaille aujourd'hui àChan-
celade, et je voudrais, Messieurs et chers collègues, qui n'avez encore
rien envoyé, vous engager à souscrire séance tenante pour les familles
des victimes, n'ayant pas besoin pour cela de vous rappeler que nous
sommes tous des travailleurs et que, dans ces catastrophes, conséquence?
malheureuses de l'activité industrielle, trop souvent imprévoyante, il n'y
a pas que des ouvriers qui peuvent être atteints, mais aussi ceux qui les
commandent et les dirigent.
En répondant à mon appel, vous aurez. Messieurs, fait une bonne
œuvre, car il y a aussi 100 ouvriers sans travail, dont plus de 70 sont
pères de famille. (Applaudissements,)
M. LÉ Président. Je remercie M. Durupt d'avoir bien voulu nous appor-
ter ces renseignements. Je ne m'associe pas pour le moment à ses cri-
tiques contre l'administration, .parce que, quand des catastrophes arri-
vent, il est bien difficile de faire remonter les responsabilités tout a fait
à qui de droit. Ce qui me le prouve dans le cas dont il s'agit, c'est qu'une
visite officielle avait été faite un mois avant la catastrophe, et qu'on
avait trouvé la carrière en bon état. Vous savez que les maçonneries
n'indiquent pas le moment ou elles vont se rompre, et que la période de
rupture y est pour ainsi dire très courte. Les pierres s'écrasent sous une
forte charge, sans que des charges moindres aient amené aucune défo^
mation bien sensible. Ce n'est pas comme pour l'extension, où Ton voit
les phénomènes d'allongement s'accumuler en faisant prévoir le moment
où la rupture va se produire. Mais, avec la maçonnerie, on est surpris :
on va arriver à l'écrasement, et rien ne l'indique ; de sorte que l'ingé-
— 555 —
Dieur qui avait visité la carrière un mois avant la catastrophe, n'avait pu
prévoir ce qui allait se passer.
Il faut considérer aussi que le terrible accident a eu lieu près de Pé-
rigueux, à la campagne; et notre centralisation est telle que, quand on
n'est pas proche d'une grande ville très bien outillée, on a beaucoup de
peine à faire le nécessaire pour opérer un sauvetage. Il y a là un certain
point de vue à considérer.
Dans tous les cas, nous n'avons qu'à nous associer à ce qu'a demandé
M. Durupt, et si nos collègues sont de cet avis, M. Durupt voudra bien
prendre un chapeau, puisque nous n'avons pas d'aumonière, et nous y
mettrons chacun le don qui nous paraîtra convenable.
Un MBMBiue. Je crois que nous ne sommes pas assez nombreux. Peut-
être vaudrait-il mieux prendre des mesures pour que la somme donnée
par la Société ne fût pas aussi faible qu'eUe pourrait l'être ce soir, mal-
gré notre bonne volonté.
M. LE Président. Dans ces conditions, ce sera une question à sou-
mettre au comité, qui sera saisi de Tappel fait à la Société par M. Du-
rupt.
M. Badois. Je voudrais demander si Ton s'est bien rendu compte des
causes de l'éboulement. M. Durupt nous dit que cela pourrait provenir
de ce que les piliers se sont écrasés. Il y a bien d'autres suppositions qui
pourraient être faites; et pour ma part, je crois qu'il y a peut-être là un
phénomène plus général que l'écrasement des piliers. M. Durupt a dit
qu'il y avait de l'eau dans le fond de la carrière. A-t-on examiné le
passage de l'eau souterrainement ?
M. Durupt. Parfaitement; il y a des endroits où l'on est obligé d'aller
en bateau.
M. Badois. Aux environs de Périgueux, il y de curieux phéncnnènes.
Il existe dans les terrains calcaires des espèces de cours d'eau intérieurs ;
j'ai eu occasion de le remarquer; des affaisëements se produisent comme
si la roche et l'argile avaient été emportés, et cela forme de grands trous
au fond desquels on entend l'eau souterraine ; il y là des rivières qui se
perdent. Qui dit qu'il n'y a pas eu à Chancelade un phénomène semblable?
Cela déchargerait beaucoup l'administration ; car, je suis de l'avis de M.
le Président, il peut y avoir à la catastrophe une cause échappant à la pre-
mière impression, d'autant plus qu'à Périgueux, comme il est facile
de le constater sur la carte de l' état-major, il y a eu des affaissements
dus à l'eau souterraine, dans divers endroits.
M. Durupt. Des personnes que je considère comme sérieuses, ont
constaté que certains piliers avaient présenté un commencement d'ef-
fritement à la surface ; beaucoup de colonnes de maçonnerie s'effri-
taient; et, ces personnes, en sortant des carrières, étaient bien aises
de revoir la lumière du jour. On rencontre chez les gens qui ont été
se promener là comme curieux, ce sentiment : c'est que l'administra-
— 556 —
tion n'a pas été prévoyante. Les carriers qui font cette exploitation
ne sont pas des hommes techniques : ce sont des ouvriers qui exploi-
tent ces carrières par des procédés assez simples: ils ne se rendent
pas un compte suffisant des risques qu'ils courent. Ils faisaient ce
qu'on leur disait de faire. L'opinion publique, dans les environs de
Périgueux, est qu'on ne les a pas suffisamment prévenus.
M. Regnàrd. Quelles sont à peu près les dimensions des piliers et
leurs distances ? Car je suppose qu'ils n'ont pas tout à fait la régula-
rité d'un damier? Cela pourrait être intéressant pour se rendre compte
S'ils étaient suffisants ou non pour justifier l'hypothèse de récrase-
ment.
M. DuRUPT. Si j'avais eu le temps, j'aurais fait le plan au tableau ;
mais je puis montrer le plan de la carrière,
M. Li Président. Je ne puis qu'approuver les observations de
M. Badois, et prier M. Durupt de rechercher si ces rivières souter-
raines auraient pu occasionner l'accident aussi bien ou mieux que la
faiblesse ou l'usure des piliers.
M. BuRUPT. Il y a un ruisseau qui passe à côté de la carrière.
M. Grunbr. On peut citer un fait analogue à celui dont nous nou^i
occupons : c'est le grand accident de Bellegrade, où il s'est produit,
il y a quelques années, un éboulement qui a entraîné un tunnel.
L'accident a eu lieu à la suite d'infiltrations d'eau prolongées. Ici
aussi, c'est à la suite de grandes pluies ; or, cette eau souterraine
dont M. Durupt a parlé, en répondant à la question qui lui était faite,
indique aussi l'existence de couches argileuses le long desquelles a
dû se produire l'affaissement; car enfin, si les piliers avaient été
trop faibles, l'administration l'aurait remarqué.
M. LE Président. Je remercie M. Graner de ses observations qui
peuvent éclairer un peu sur ce qui s'est passé. Enfin, je remercie
encore M. Durupt et je le prie de nous donner de nouveaux rensei-
gnements, si cela lui est possible, afin de pouvoir mieux juger ce
triste événement.
MM. Béliard, de Cordemoy, de Clomesnil, Desrosiers, P. Jacque-
mart, Lechat, Lafitte, Nagelmackers, Portier, Rambaud, ont été reçus
membres sociétaires.
MM. Dumont et Maugin ont été reçus membres associés.
La séance est levée à onze heures et quart.
— 557 —
{«éamm da 90 IVoveailire ISSS
Présidengb dk m. db Combbrousss
La séance est ouverte à huit heures et demie.
M. LE Président annonce à la Société la nomination de M. Richou
comme officier de Tinstruction publique, celle de MM. Edmond Michaud,
Guigon Bey, comme officiers d'Académie, et celle de M. Decauville,
comme chevalier de Tordre de Charles III d'Espagne .
Le procès-verbal de la dernière séance est adopté, après lecture de
la lettre suivante de M. Casalonga.
« Monsieur le Président
» Ne pouvant me trouver ce soir à l'ouverture de la séance, je viens
vous demander la permission de présenter quelques observations à pro-
pos du procès-verbal de la séance du 6.
» M. Assi m'y fait dire « qu'il n'avait peut-être pas suffisamment re-
•> marqué que l'article de la convention relatif à l'introduction des objets
» brevetés et fabriqués à l'étranger vise surtout les étrangers.
» Il j a là une erreur.
» Répondant à certaines considérations exposées par notre collègue,
par exemple à celle-ci (page 463 du procès-verbal), de quel droit ferait-on
payer la rançon par une classe de citoyens plutôt que par une autre,
j'ai entendu parler (page 466), de la loi de 1844, et non de la con-
vention.
» L'interprétation relative à l'article 5 de la convention a été de
ma part, à la suite d'une question posée par M. Ed. Simon, page 469,
lobjet de réserves, sur le fait de savoir si, pour l'exploitation comme
pour l'introduction, le breveté national devait être assimilé au breveté
étranger. Il me paraissait difficile, si les tribunaux devaient se mon-
trer sévères au sujet de l'exploitation par les étrangers, que la même
rigueur fût appliqué aux régnicoles. Par ce coté, l'article 3 serait
donc pour eux une aggn^avation de la loi de 1844.
» M. Assi dit encore que l'article 32 de la loi de 1844, modifié par
la loi du 20 mai 1856, ne distingue pas entre Français et étrangers.
» Il est au moins permis d'avoir quelques doutes à ce sujet.
» La loi du 20 mai 1856 a bien étendu les attributions du ministre,
mais n'a pas modifié l'esprit de l'article 32. Il eût été singulier que
— 5S8 —
ron eût admis que Tinventeur français, résidant en France, pouvait
avoir besoin de faire introduire un modèle en France même.
» Veuillez agréer, monsieur le Président , l'assurance de mes sen-
timents dévoués,
» D. P. Casàlongà. »
M. LE Pkésidrnt. L'ordre du jour appelle la communication de MM.
Guadet et A. Bonnet sur le nouvel Hôtel des Postes. M. Gruadet a
bien voulu se charger de nous exposer aujourd'hui la partie estliéti-
que, et c'est notre collègue, M. Bonnet, qui nous décrira, dans um*
séance ultérieure, les services et la partie mécanique.
Nous sommes reconnaissants de cette communication à M. Guadet,
l'éminont architecte, qui est bien connu aujourd'hui, non seolement
des membres de la Société des Ingénieurs Civils, mais de tout le monde,
par la construction si réussie de l'Hôtel des Postes. J'ai pourtant,
d'après le règlement, le devoir de vous le présenter. M. Guadet a été
envoyé à la villa Médicis; il a été grand prix de Rome, et sa car-
rière s'est développée comme se développe la carrière de ceux qui
ont été ainsi distingués, dans leurs premières années de virilité, et
qui ont été envoyés à cette villa Médicis, où s'achèvent et se perfec-
tionnent la plus grande partie des talents que nous applaudissons plus
tard. M. Guadet, aujourd'hui professeur à l'Ecole des Beaux-Ajrts, a
fait comme ses collègues... Il a lutté et attendu. Il arrive mainte
nant au grand jour avec un monument, ou il a déployé tout son sens
de l'art et employé toute la fertilité de son talent. Il avait de gran-
des difficultés à vaincre : il va nous les exposer, et je ne doute pas
que, lorsque sa communication sera terminée, vos applaudissements
ne le remercient comme je le remercie moi-même d'avance, sachant
le plaisir que vous aurez à l'entendre.
M. Guadet à la parole.
M. GuADKT rend tout d'abord hommage au dévouement et à la coo-
pération de plusieurs des membres de la Société qui, soit par le fait
d'une adjudication, soit par voie de soumission, sont devenus les col-
laborateurs de son œuvre; puis il expose l'historique de la recons-
truction de l'Hôtel des Postes avec ses phases diverses, et les diffi-
cultés de toute nature dont seule devait triompher la volonté pers<'-
vérante de M. Cochery. (Applaudissements.)
L'emplacement actuel était indiqué par sa situation au centre de
Paris, mais le terrain est restreint, et il a fallu multiplier les surfaces
par la superposition. Il n'y a pas eu d'ailleurs, de programme propre-
ment dit, mais l'architecte a dû étudier en détail le fonctionnement
et les besoins de la Poste : il a également étudié les principaux
hôtels des Postes à l'étranger, et en a rapporté la confiance que ks
établissements rivaux n'étaient pas pour inquiéter sur le compte de
celui que la France allait créer. {Applaudissements.)
— 559 —
Un Hôtel des Postes est en réalité destiné à un travail comparable
à celui d'une usine, et doit avant tout se prêter à des modifications
profondes des installations. Il faut donc avant tout de vastes salles
libres) et le moins possible de murs intérieurs et de points d*appui.
Cependant M. Guadet n'a pu songer à un édifice de plain-pied dans
toutes ses parties, ce qui eût demandé un terrain et partant une dé-
pense énormes. * Mais pour installer la Poste avec des superpositions
d'étages, il fallait toutes les ressources de la science moderne appli-
quée aux constructions métalliques et h la machinerie. La multiplica-
tion des surfaces a été réalisée en faisant évoluer les voitures sous
les salles mêmes de travail, installées sur des planchers à très grandes
portées, et tout un système de machinerie agsure les communications
verticales entre les divers services.
M. GuÀBET avant d'entrer dans le détail, explique le travail de la
Poste ; il expose les manipulations successives qu'y subit la lettre qu'on
envoie, pxiis la lettre qu'on reçoit, et montre comment à Paris le
système de la Poste est la centralisation complète, tandis qu'à Londres
le service est décentralisé.
Il ressort de ce qui précède que l'Hôtel des Postes de Paris se
compose tout d'abord d'un grand bureau analogue sauf dimensions à
ceux de quartier, et d'une partie plus considérable, interdite au public,
et qui comprend les services de manipulation et de transit.
La partie publique est en façade sur la rue du Louvre, et comprend
le péristyle avec boîtes aux lettres et aux imprimés, bureaux de vente
des timbres, etc. ; la salle du public avec tous les services d'affran-
chissement, mandats, chargements, télégraphe, etc.; la salle de la
Poste restante et des abonnés ; puis parallèlement' à la salle du public,
mais de l'autre côté du local réservé aux employés, la réception des
périodiques, c'est-à-dire des imprimés, journaux, revues, prospectus,
etc., qui arrivent par ballots, dans des voitures particulières qui en-
treront par la rue Etienne-Marcel pour sortir par la rue Gutenberg.
A cette partie publique se rattachent indirectement dans les étages
les services administratifs de la direction, de la recette principale, des
rebuts et réclamations, tous en façade sur la rue du Louvre.
Après la cour des périodiques commence la partie interdite au pu-
blic, comprenant au rez-de-chaussée, le transbordement entre les cours
d'arrivée et de départ. Le transbordement a pour fonction de recevoir
les sacs de dépêches, les reconnaître, les diriger sur les services qui
doivent les ouvrir, et réciproquement de recevoir de ces services les
sacs à expédier, et d'en assurer la direction sur les diverses gares.
Cesfc donc le point de réunion des voitures, à l'arrivée d'un côté, au
départ de l'autre. Tout est disposé pour que les voitures évoluent
toujours dans le même sens, sans croisements ni retours.
Le premier étage est affecté au service de la distribiition, c'est-à-
— 560 —
dire k la préparation des distributions de lettres et imprimés dans
Paris; le deuxième étage est réservé Slu service dit du départ^ c'est-
à-dire à la direction des correspondances de toute nature, sauf celles
à destination de Paris, sur les bureaux ambulants des chemins de fer.
Les étages supérieurs sont donc alimentés par le transbordement et
aussi par les périodiques, de là un mouvement ascensionnel énorme ; à
leur tour, ils livrent au transbordement, et le mouvement de descente
qui en résulte est colossal aussi, et de plus il est bien peu simultané;
c'est donc le moment d'expliquer comment ont été conçues ces com-
munications verticales, véritable clef de toute l'organisation .
De bas en haut, il y aura des monte-charges, mais Tascenseur o^
dinaire, quelle que fosse sa puissance et sa rapidité , n'aurait jamais
sufâ; seul le principe de la noria, avec ses passages continuels de
récipients disponibles pouvait donner satisfaction, et c'est en effet ce
système qui a été adopté, mais avec tout un ensemble de conditions
spéciales très difficiles dont M. Bonnet exposera les solutions. Les
monte-charges ainsi établis pourront élever 120.000 kilogrammes par
heure .
Pour la descente , ces monte-charges eux-mêmes ne seraient pas
assez rapides. M. Guadet a donc dû chercher une solution qui soit
une véritable chute presque instantanée des sacs de dépêches, avec
une disposition qui modérât suffisamment cette chute pour éviter l'é-
crasement des correspondances. Il a combiné dans ce but des des-
centes en hélice, contournées deux par deux, et dont il expose un
modèle réduit.
De tout ce qui précède, il résulte que l'utilisation du terrain a 'été
poussée aussi loin que possible.
M. Guadet produit quelques chiffres à cet égard.
La surface construite étant de 7.780 mètres carrés environ, le total
des surfaces utiles atteint 28.046"*» ,45, soit 3"'i ,62 par mèlre carré
de construction.
Le tonnage total des constructions métalliques est de 4.461.100 ki-
logrammes, soit un poids moyen de 578 kilogrammes par mètre carré.
Les calorifères chauffent un cube d'air de H 6.706 mètres cubes, équi-
valant à une hauteur de 18",46 sur la totalité du terrain.
Il y a, à ce jour :
8.420 mètres de tuyauterie d'eau;
17.400 mètres de canalisation de gaz;
42.912 mètres de fils électriques pour «onneries, etc.
Abordant l'examen de l'Hôtel des Postes au point de vue de h
construction, M. Guadet expose qu'il a fait en réalité une construc-
tion métallique, solidaire par elle-même, et que les façades ne sont
en réalité que de simples clôtures.
— 561 —
Ce parti pris offre l'avantage d'uue plus grande unité dans Tossa-
ture métallique, et permettait de ne pas recourir à Temploi de la
pierre dure pour les piles de façades.
Après divers détails sur la maçonnerie, la couverture, etc., M. Gua-
(let coustate donc que la charpente métallique a été la plus impor-
tante de la construction, en raison surtout des très grandes portées
des planchers.
Les fers ont été calculés pour un travail de 6 kilogrammes par
millimètre carré ; le poids moyen par mètre de plancher et de comble
ressort comme suit :
Planchers à poutres décoratives à treillis :
Travées de 12,80 X «,08 le m. q. 128'^<f,500
— 16,80 X «,08 iii^«,mo
— 15,24 X 5,13 153*^^300
Plancher à poutres droites à âme pleine et solivage en poutrelles,
sous le troisième étage, très chargé :
Travées de 12,80 X 5,08 le m. q. 134''8
— 15,24 X 5,15 ISC'^SOO
Combles, compris fermes et pannes :
Travées de 12,80 X 5,08 le m. q. 62'^^640
— 16,80 X 5,08 91»'«,520
— 13,24 X 5,13 62'^S600
Comble de la salle des Périodiques, compris plafond vitré, HO*'», 700.
L'hygiène a été une des grandes préoccupations de M. Guadet ;
Teau sera abondante à tous les étages, et les cabinets d'aisances et
urinoirs ont été traités avec un luxe de précautions de propreté. Les
sièges sont en marbre, et toutes les déjections tombent toujours dans
de Teau renouvelée par des chasses automatiques puissantes. M. Gua-
det décrit en détail cett.e installation et les garanties minutieuses qu'il
a voulu avoir contre toutes émanations. La ventilation sera d'ailleurs
assurée été et hiver par des appels combinés avec l'action du chauf-
fage. Celui-ci est assuré par la vapeur, qui seule était assez ductile
pour pouvoir transmettre la chaleur dans un édifice où il n'y a pour
ainsi dire pas de points d*appuis. Les calculs ont été faits en vue du
renouvellement intégral de l'air des salles dans l'espace d'une heure.
L'éclairage se fera par le gaz ; les solutions qui pourraient être
demandées à l'électricité sont, quant à présent, réservées.
M. GuÀDKT indique brièvement l'emploi de divers ^objets spéciaux à
la Poste, notamment les casiers de tri, tout en fer et verre, et les
cadrans indicateurs des heures de distribution^ éclairés en transpa-
rence, qui remplaceront les petits indicateurs émaillés si difficiles à
lire. Il fait voir des spécimens de ceux de ces divers objets qui
— 5G2 —
étaient assez portatifs pour pouvoir être mis sous les yeux de l'assis-
tance.
Cette étude serait incomplète si l'architecte ne disait quelques mots
de l'architecture du nouvel Hôtel des Postes. 11 a cherché avant tout
à rester dans la mesure et dans la proportion que comportait sou
sujet, à ne pas se laisser entraîner aux tentations séduisantes qui
circonviennent l'artiste, à renoncer à toute originalité qui ne serait
pas celle même du programme, usine et monument à la fois. Il s'est
astreint à une fidélité invariable aux exigences des besoins à satis-
faire et aux nécessités de la construction ; et c'est au nom de l'art
supérieur qu'il affirme cette sincérité absolue de l'artiste dans sou
œuvre. {Applaudissements répétés.)
C'est dans le même esprit qu'il a étudié ses façades, dont le carac-
tère ressort uniquement des proportions de pleins et de vides, des
saillies et des divisions de travées que commandait la disposiiiou
nécessaire de l'édifice. Il estime d'ailleurs que cette vérité, dont il
s'est fait une loi, a logiquement assuré les effets architecturaux que
comportait un emplacement qui ne permet de voir le monument que
sous des perspectives obliques et ramassées. Il a suivi ces principes
sans déviations, voilà tout ce qu'il peut affirmer; mais en art, il faut
aussi et surtout le bonheur : l'a-t^il rencontré? Il n'a pas à le dire,
il ne peut être juge et partie. (Applaudissements,)
Demandant d'ailleurs à élever la question, M. Guadet cherche à
dégager le caractère et les tendances de l'architecture contemporaine,
héritière comme tous nos arts de plusieurs siècles d'imitations, mais
appelée, elle aussi, à bénéficier du grand souffie de liberté qui nous a
valu Tafiranchissemeut de la pensée et laffrançhissemeot de la
science. Mais la liberté oblige, et M. Guadet rappelle cette belle
parole de M. Guillaume, président de l'Académie des Beauï-Art5,
proclamant que la marque de l'art moderne doit être la conscience.
C'est dans cette voie, dans la sincérité absolue de Tartiste, dans son
identification sans réserves avec Fessence intime du sujet, que l'ar-
chitecte doit chercher et trouver la valeur morale et la valeur artis-
tique de son œuvre. (Applaudissements,)
M. Guadet, en terminant, rappelle que sa communication n'est que
la préface d'une conférence d'un caractère plus scientifique qui sera
prochainement faite par M. Bonnet sur la machinerie de THôtel des
Postes, et fait connaître son intention de demander à M. le Ministre
l'autorisation d'inviter MM. les membres de la Société à lui faire
l'honneur de visiter le monument dont il vient de les entretenir.
(Bravo I Bravo! Vifs applaudissements,)
M. LE PRÉsmENT. Mcssicurs, vous me permettrez de remercier en
votre nom, comme je l'avais fait d'avance et comme vos applaudisse-
ments viennent de le faire, M. Guadet, de ce qu'il a bien voulu dire
— 563 ~
aujourd'hui. Le savaut professeur de l'École des Beaux- Arts, Tarchi-
tecte éminent, nous a donné, en même temps qu'une exposition
pleine de charme de ses travaux, une grande leçon morale dont les
ingénieurs peuvent tirer parti. Oui, il nous a montré que le talent,
aiyourd'hui, devait surtout avoir pour soutien la conscience, et que
c'était la conscience du sujet, la volonté de lui donner tout ce qui
était nécessaire, sans aucune superfétation prétentieuse et personnelle,
qui soutenait le talent et donnait à Tart toute sa grandeur. Les ingé-
nieurs, eux aussi, dans leurs travaux, daife leurs constructions de
machines, peuvent mettre de côté leur vanité et faire ce qu'on leur
demande avec le plus de précision, de solidité possibles, sans oublier
toutefois que la grâce et l'élégance simples ne sont pas défendues :
M. Guadet nous en a donné la preuve.
Il vient de dire : a J'ai fait ce que j'ai pu, à vous de dire si j'ai réussi.»
Je crois que la population parisienne, qui a^vu le nouvel Hôtel des Pos-
tes, lui a déjà aussi bien répondu que le suffrage de ses collègues les
plus autorisés. Je suis convaincu que le serrement de main de M. Guil-
laume, quand il est venu visiter le nouvel Hôtel, a été une affirmation
bien complète et a fait comprendre à la modestie de M. Guadet qu'il
avait réussi.
Nous serons heureux que M. le Ministre des Postes et des Télégraphes
donne à la Société des Ingénieurs Civils l'autorisation de visiter l'Hôtel
des Postes sous la conduite de M. Guadet et de notre collègue M. Bonnet.
M. Guadet a dit une parole qui m'a causé une grande joie, c'est lors-
qu'il nous a entretenus de la mission qui lui avait été confiée pour visi-
ter, dans les pays étrangers, les hôtels des postes les mieux entendus.
M. Guadet nous a dit : « Nous n'avons rien à craindre des autres ; nous
pouvons faire aussi bien que les autres, et il ne nous est pas difficile do
faire mieux. »
Je le remercie de ce sentiment patriotique. Nous doutons trop de nous-
mêmes ai^}ourd'hui; nous avons devant les yeux un crêpe qui nous ca-
che le ciel; nous croyons que les étrangers ont fait des pas prodigieux
dans la voie du progrès et que nous sommes restés immobiles. Je crois
que c'est un sentiment contre lequel il faut réagir, ingénieurs et archi-
tectes, aussi bien que marins et soldats, en un mot, toute la France.
Permettez-moi d'ajouter que, pour faire cette grande œuvre, l'écono-
mie n'a pas été négligée : ce monument n'a pas coûté dix millions. Je
ne sais pas si, dans un autre pays on serait arrivé à faire à ce prix ce
que M. Guadet a fait. Mais, pour cela, il faut chercher les hommes et
les trouver. Il faut que le Ministre trouve dans les hommes qu'il choisit
la volonté de bien faire ; il faut surtout qu'il rencontre des hommes de
conscience. La moitié du succès de M. Guadet a été l'idéal qu'il avait
devant les yeux et qu'il a si bien rempli. {Bravo I — Applaudissements,)
Si quelque membre avait des observations ou des demandes à adres-
— 864 —
ser à M. Cruadet, je lui donnerais la parole. M. Guadet sera d'ailleore
présent à la séance prochaine. Dlci là, on aura lu son résumé. M. Bon-
net nous fera son exposé, le 4 décembre. M. Guadet y assistera; et si
quelque membre veut prendre la parole, il pourra s*adresser à la fois à
M. Guadet et à M. Bonnet.
Je n'ai pas besoin de rappeler que le travail de M. Guadet sera publié
in extenso dans le Bulletin, où nous derons heureux de le conserver.
Il nous reste encore quelques minutes. M. Durupt nous a demandé
la parole à propos de l'accident de Chancelade. A la dernière séance, il
avait pensé qu*il pourrait nous apporter des documents complémentaires
et des renseignements plus précis sur cette catastrophe. Je prie M. Du-
rupt d'être surtout technique, et de laisser de côté, autant que possible,
le point de vue très délicat des responsabilités.
M. Durupt a la parole :
« Messieurs,
» A la suite de ma communication rapide sur la catastrophe de Chan-
celade, M. le Président a bien voulu me demander de nouveaux rensei-
gnements. Je viens vous les apporter, non sans un profond sentiment de
tristesse à la pensée des souffrances que ces malheureux ensevelis ont
dû éprouver jusqu'au jour où, privés de nourriture et n'ayant plus l'es-
poir d'être sauvés, ils se sont sans doute vus mourir au fond de l'espace
noir qui leur sert provisoirement de cercueil. Si j'ai cru que Téboule-
ment les avait épargnés, si j'ai pensé qu'ils pourraient vivre quinze
jours et trois semaines — au prix de quelles souffrances? — je n'ose
pas croire aujourd'hui qu'ils soient encore vivants après vingt-six jours
de douleurs morales^et physiques inimaginables.
» Cependant on continue le sauvetage avec plus d'activité que jamais,
après une période de découragement qui suivit la rupture de la corde
d'amarrage du trépan resté au fond du trou de sonde ayant déjà 32 mè-
tres de profondeur, et abandonné là sans que de judicieux efforts pour
le ramener aient été tentés. — » L'emploi de Tacide pour ronger la pierre
et d'une louve à griffes d'acier, devait pourtant venir à l'esprit des per-
sonnes dirigeant le travail; ces moyens ont été, du reste, conseillés.
» Aujourd'hui la maison Lipmann, connue de nous tous, a entrepris le
forage d'un second trou à côté du premier; elle espère obtenir 6 à 7 mè-
tres d'avancement par jour; il y a ce soir 15 mètres de percés.
» On a proposé de même le creusement d'un puits carré de 1",40 de
côté pour permettre le sauvetage des ouvriers, auprès du trou de sonde
par où on devait leur passer des aliments ; — ce puits boisé aurait pu
être terminé quelques jours après le trou, et il est même permis d'admetr
tre que, si l'on eût commencé dès le lendemain de la catastrophe, on se-
rait arrivé à ce jour jusqu'au plafond de la galerie non effondrée.
» Quant aux causes de l'accident, vous savez, Messieurs, que trois ex-
perts out été uonimés par le juge d'instructioit, pour les reobercl
>> MM. Nivois, ingénieur eu chef des mines, professeur à l'éci
[lonts et chaussées ;
» Mnller, architecte-expert;
» D<mon, ingénieur, directeur des miues de Deca^feville, snciet
de l'Ecole centrale, membre de la Société.
II est donc probable que l'enquête poursuivie par ces trois iugé
ùclairés nous apprendra les causes de cette catastrophe et tous cor
drez, Messieurs, que je ne puis insister personnellement sur ce
extrêmement délicat dans lequel des responsabilités considérable
veut être mises eu jeu.
Tout ce que je puis dire, et pour répondre aux intéresHantes
vations faites par H. Badois, c'est que l'existeDce du courant i
r&in n'est rien moins que démontrée et que si l'eau a pu joi
rôie'fuueste, ce n'est certainement pas dans ce sens qu'il faut
sïger, mais plutôt dans celui des ioflltrations traversant la
rocheuse de haut en bas et pouvant déterminer des plans de
mcnts sur les lames d'argile que l'humidité rend savonneuse.
■ Quant au r61e joué par l'administration des Mines pendant
riode de sauvetage, cette question rentre complètement dans le do
public et chacun est libre eu récapitulant tes hésitations de 1
mière heure, les déclarations faites aux entrepreneurs dont l'iui
courageuse était à ta hauteur du dévouement le plus désintéresi
Autorisations de travailler arrachées plutôt qu'obtenues avec ci
aement, chacun est libre, dis-je, de ne point se montrer sat
d'accord en cela avec l'opiuiou publique en Périgord qui a déjà
featé son sentiment sur cette manière de procéder.
" Ce qui n'est pas en notre pouvoir, puisqu'une enquête est i
née, c'est de rechercher si la surveillance de ces carrières étaii
lement effective, si le garde-mine qui dressait tous les mois u
d'avancement des galeries allait lui-même sur place vérifier
piliers ménagés étaient en nombre suffisant, s'ils n'étaient pas en
vaise pierre remplie de poches d'argile, les carriers préférant ci
la bonne pierre et laisser la montagne s'appu^ersur des matières
résistance douteuse, enfin si dans la répartition de ce damier de
on a bien tenu compte de l'accroissement du poids au fur et :
sure que l'on s'avançait dans les flancs de ta roche; car il ne fa
oublier que, si au-dessus des anciennes carrières, vers l'eitérie
bord du chemin, qui est en bas des pentes, il y a de IK à SO i
de liautour, vers le fond, avant d'arriver au masaif qui était ex
il y a a 60 mètres de charge.
« On a dit aussi que depuis plusieurs années certains piliers ]
ijaivut s'enfoncer, et je répète que les visiteurs de ces ti
— 566 —
remontaient des galeries avec une mauvaise impression^ et bien heu-
reux de sentir leur» épaules débarrassées de rénorme masse qui sem-
blaient les menacer.
« Je n'insiste pas davantage, Messieurs, et je veux en terminant
remercier notre honorable président qui peut allier à une science
profonde servie par une éloquence que vous appréciez, les plus hauts
sentiments de confraternité et d'humanité, je veux le remercier de
Taccueil bienveillant qu*il a fait à ma communication et de l'intérêt
qu*il a témoigné en faveur des victimes de cette triste catastrophe.
(Applaudùiemmls. )
M. LB PaÉsiDBNT, Mcssicurs, la. question n'est pas encore absolument
tranchée; il y a une enquête qui se poursuit; la Société n'a donc qu'à
s'incliner et à attendre le résultat auquel elle aboutira. Je remercie
Durupt de nous avoir donné de nouveaux détails, nous devons en res-
ter là. La lumière se fera» sans doute, et satisfaction sera donnée à
Topiniou publique.
MM. Coiseau, Ciampini, Dejej^, Jourdan, Mounier,ontété reçus mem-
bres sociétaires.
La séance est levée à onze heures moins un quart*
séance sappléHieBtalrA du tt aovfiimra 1S86.
Présidence de M. de Oombbrodssb
La séance est ouverte à huit heures et demie.
M. LE Président fait remarquer que le procès-verbal de la deniièrf
séance n'est pas encore imprimé, puisqu'il s'agit aujourd'hui d'une
séance intercalaire; par conséquent, il ny a pas lieu de le mettra
aux voix.
M. le Président a le regret d'annoncer à la Société le décèe de
M. Audenet, ancien ingénieur de la marine.
M. LB Président annonce à la Société qu'elle a reçu le deuxième
volume de l'ouvrage si intéressant publié par notre collègue, M. Pao^
Terrier. Il s'agît des leçons de Statique graphique d'Antonio Fataw.
professeur à l'université royale de Padoue. Le travail de M. Terrier est
plus et mieux qu'une traduction. Le premier volume était consacré à la
géométrie de position. Le deuxième volume traite du calcul graphi^"^-
— 867 —
Le troisième nous donnera la statique §H^pkique proprement 'dite. Dans
lé deuxième volume qui Tient de paraître, M. Terrier a réuni avec un
grand talent tout ce qui a rapport au calcul graphique, et il a ajouté
au texte italien un grand nombre d'appendices et de notes personnels
que tous les ingénieurs, qui ont à se servir des procédé» graphiques
pour abréger ou vérifier leurs calculs, liront avec fruit.
L'ordre du jour appelle la communication de M. Ch. Gotard sur les
ports de commerce en France et à Vétranger, M. Cotard a la parole.
M. Ch. Cotard. M. Laroche, ingénieur en chef des ponts et chaus-
sées, ancien ingénieur de la compagnie du canal de Suée, à PortrSaid,
a bien voulu me charger de présenter et d'offrir à notre Société un
exemplaire de son « Étude sur les principaux ports de commerce de
la Méditerranée s», qui vient d'être publiée à l'Imprimerie nationale,
par ordre du ministre des travaux publics.
C'est un fort bel ouvrage, orné de planches, qui contient l'étude
comparative et détaillée des ports de Barcelone, de Gênes, de Venise,
de Trieste et de Fiume, tant au point de vue technique de l'art des
constructions maritimes qu'au point de vue de l'exploitation propre-
ment dite, de l'organisation commerciale, de Toutillage et de la régle-
mentation.
Cette étude continue et complète un ensemble de recherches du
même auteur, entreprises, d'abord, en collaboration avec M. l'inspec-
teur général Plocq sur les principaux ports de l'Europe septentrio-
nale. L'autorité et la compétence incontestées de ces deux ingénieurs,
leur grande expérience des travaux maritimes, qui les avaient natu-
rellement désignés pour accomplir les missions successivement ordon-
nées par le ministre des travaux publics, donnent à de telles recherches
un intérêt de premier ordre et en font un document des plus précieux
pour tous ceux qui ont, à un titre quelconque, à s'occuper de l'amé-
lioration et du développement de notre outillage maritime.
Nous avons, en effet, dans cette matière, à faire souvent notre
profit de ce qui se pratique à l'étranger; nos divers ports, grands et
petits, s'abritent trop volontiers sous la tutelle administrative et parle-
mentaire et se laissent distancer par ceux qui n'ont à compter que
sur leurs propres ressources et leur seule initiative.
Cest ce que signale l'auteur de cette nouvelle étude en notant « les
marques d'étonnement critique recueillies, notamment en AngleteiTe,
sur la façon dont on conçoit, en France, certaines questions relatives
aux ports de commerce » et en ajoutant que « jamais il n'a entendu
exprimer par nos voisins le désir que leurs ports ressemblent aux
nôtres 9.
Il fait ressortir ce fait caractéristique et vraiment capital que les
ports les plus prospères de l'étranger sont exploités d'une manière
excliiBivement industrielle et comme de grandes gares de. transbordement ;
— 868 —
tout y est subordonné aux convenances et aux exigences du eom-
mercé; ou n*y a pas en vue, comme cela arrive trop souvent chez
nous, de faire des ouvragés de grande apparence, généralement trop
coûteux, mais, plutôt, des installations aussi simples que possible et
conçues uniquement dans le but de satisfaire aux besoins du trafic.
Là, rien n'est négligé de tout ce qui peut faciliter et abréger les
opérations. Les quais ont une grande largeur et sont desservis par
des appareils perfectionnés et par de nombreuses voies ferrées où les
locomotives circulent aisément sans plaques tournantes empêchant de
conduire des trains entiers au bord des quais. On y trouve de vastes
hangars où la marchandise se débarque, se reconnaît et se manuten-
tionne à Taise et en sécurité, ainsi que de grands magasins pour les
dépôts de quelque durée, dans lesquels la valeur des marchandises se
mobilise au moyen des warrants.
L'usage des quais et des bassins est pratiquement réglementé sans
formalités inutiles aussi bien que sans faiblesse ; les navires ne doivent
rester à quai que le temps strictement nécessaire pour leur opérations
rendues aussi promptes que possible par des grues hydrauliques mo-
biles. Le tout est exploité commercialement et par des gens qui sont
eux-mêmes des commerçants. Ce libre exercice des intérêts privés
donne de si excellents résultats que, partout, les parties des ports les
plus recherchées du commerce, celles où les aménagements et ToutUlage
sont le plus pratiquement organisés, et où la réglementation est le
mieux entendue, sont celles qu'exploitent des compagnies ou des asso-
ciations privées. Là est le secret des résultats vraiment frappants qui
sont obtenus dans beaucoup de ports dont nous admirons ractivité
croissante.
Il convient de reconnaître que ce qui fait, en somme, la supériorité
de ces vastes cités maritimes, c'est que Torganisation économique de
leurs pays leur laisse la libre disposition de leurs ressources et qu'elles
agissent comme de vastes associations commerciales, avec la plénitude
de leurs moyens d'action, ne faisant que c% qui est nécessaire, mais
le faisant au moment opportun, avec une puissance de conception et
une rapidité que n'entravent aucunes formalités administratives ni gou-
verne mentales.
Dans ces pays, ou a mis en pratique ce principe fécond de lauto-
uomie des divers groupements de Tactivité sociale, qui assigne aux
attributions conférées à TÉtat des limites aussi étroites que possible.
Cest ce qu'a si remarquablement exprimé le grand économiste an-
glais Stuart Mill dans ses Principes d^économie politique, en disant ce
qui suit :
« Il n'est pas moins important, sous un gouvernement démocratique
que sous tout autre, de surveiller avec une inquiétude vigilante toute
tendance, de la part des dépositaires de l'autorité publique, à étendra
— vo-
leur intervention et à prendre un pouvoir quelconque, autre que le pou-
voir indispensable.
» Toute attribution nouvelle conférée au gouvernement est une nouvelle
occupation imposée à des personnes déjà surchargées de fonctions. La
conséquence naturelle est que les fonctions sont mal remplies ou ne le
sont pas du tout, parce que le gouvernement ne sait agir qu'avec une
lenteur fatale â toute affaire.
> Dans les sociétés les plus civilisées, les choses sont plus mal faites
par Tintervention du gouvernement que parles individus intéressés. L'in-
fériorité du gouvernement, dans la plupart des opérations de Tindustrie,
est attestée par ce fait que le gouvernement ne peut guère soutenir la
concurrence des particuliers. Alors même qu'un gouvernement serait su-
périeur en intelligence et en science à tout indiviflu pris isolément, il
doit être inférieur à l'ensemble des particuliers composant la nation. Le
gouvernement, en excluant ou en remplaçant Taction des particuliers,
substitue sa manière de faire les choses à l'infinie variété des méthodes
qui seraient essayées par un certain nombre de personnes tendant au
même but, ce qui est une concurrence infiniment plus favorable au pro-
grès que tout système uniforme.
« En un mot, le laisser faire doit être la règle générale. Toutes les
fois qu'on s'en écarte, à moins que cela ne soit absolument nécessaire
pour réaliser quelque chose de grand et de bon, on fait mal, très cer*
tainement. »
11 n'est pas inutile de rappeler ces paroles remarquables pour appré-
cier le chemin que nous avons à faire, dans notre pays, pour arriver à la
mise en pratique de ces saines doctrines de liberté économique.
Chez nous, en effet, avec notre système de centralisation excessive,
nous remettons, au contraire, toutes nos ressources entre les mains de
TEtat et nous nous en fions à sa sollicitude pour qu'il en soit fait le meil-
leur usage possible. Le pays ne se compose, de plus en plus, que de
contribuables entretenant une armée de fonctionnaires qui, au nom de
TËtat, disjposent de l'épargne commune.
Un tel système ne peut manquer de porter ses fruits. En ce qui con-
cerne seulement les travaux publics et, plus spécialement les travaux
maritimes, puisque c'est de cette question qu'il s'agit, nous voyons une
quantité de ports atteints dans leur développement par le manque d'amé-
liorations indispensables; on en voit, e^ des plus grands, dans l'impuis-
sance où les met la tutelle de l'État, attendre, depuis des années, des
travaux urgents et assister ainsi à leur propre déchéance.
11 y a loin, assurément, de cette servitude où vivent nos plus grandes
cités maritimes, à la fière indépendance qui caractérise cette réponse
faite par l'administration du port de Rotterdam à un fonctionnaire étran-
ger qui présentait ses lettres d'introduction adressées au gouvernement :
« Il n'y a pas, ici, de gouvernement hollandais, lui dit-on, il n'y a que
la municipalité de Rotterdam, t
— 870 —
L'interveDiioD malencontreuse de l'Ëtat dans l'ainénagement et l'oi^-
nisation de nos ports de commerce ne conduit pas seulement à des re-
tards regrettables dans l'élaboration des projets et leur mise en œuvre.
à Texécution, généralement onéreuse, d'ouvrages insuffisants ou répon-
dant imparfaitement aux besoins, à des réglementations d'une pratique
incommode ; eUe a cette autre conséquence, plus grave encore, d'éteindre
toute initiative locale et de priver complètement les ports qui n'ont tem-
porairement aucun secours à attendre de l'Etat, de toute possibilité
d'amélioration.
Tel est le résultat d'un système qui consiste à exécuter, à titre de
dotation gratuite et au compte du trésor public , des travaux qui
devraient être laissés à la charge de ceux qui s'en servent. Et, en effet,
comment tel port, oublié, sans doute, dans la distribution des faveurs
administratives ou parlementaires, pourrait-il songer à entreprendre,
dans de telles conditions, le travail le plus urgent et le plus indispen-
sable ? N'a-t-il pas déjà aliéné en faveur de l'Etat la meilleure part de
ses ressources ? Il n'a pas même la possibilité de recourir à l'établis-
sement de taxes qui lui permettraient d'assurer la rémunération des
capitaux à engager ; car il se mettrait, par cela même, en état d'infério-
rité vis-à-vis de tel autre port voisin qui, plus heureux que lui, aura
obtenu ces mêmes travaux sans bourse délier et, par conséquent, sans
qu'il ait besoin d'imposer aucune charge à son trafic. Force lui sera
donc d'assister, impuissant, à la mauvaise marche de ses affaires et de
se réduire, faute de mieux, au rôle médiocre de solliciteur pour tâcher
d'obtenir aussi quelques miettes du festin budgétaire. Malheureusement,
dans cette concurrence assez malsaine, il n'est pas donné à tout le
monde de gagner la course.
Est-ce à dire qu'il faille désespérer de voir s'acclimater chez nous
les principes d'indépendance économique des pays du nord de l'Europe
qui ont une habitude séculaire et non interrompue de la vie conmitt-
nale? Il semble que non. Dunkerque et Calais sont, sous ce rapport,
presque aussi fiamands qu'Anvers, et Boulogne n'est pas sans subir
l'infiuerice des mœura commerciales de l'Angleterre. Un pareil change-
ment sera peut-être plus difficile dans le Midi où les populations sont
façonnées depuis l'époque romaine, à la tutelle administrative. L'exem-
ple de Barcelone est là, cependant, pour montrer ce que peuvent pro-
duire les initiatives locales. Mais il n'y a pas à se faire illusion, il
faudra, sans doute, bien du temps pour que nos moeurs économiques
et administratives se modifient et tout ce que l'on peut faire, c'est
d'habituer peu à peu les esprits à cet ordre d'idées nouvelles.
Un pouvoir central autocratique a pu être nécessaire, à l'origine
des sociétés, pour former les nations, en fondant, en un tout homo-
gène, des populations qui, bien que naturellement portées à se grou-
per, manquaient encore de cohésion; maintenant que cette œuvre d*ujii-
— 571 —
flcatioQ est accomplie, il appartient à notre civilisation plus avancée
de rendre aux parties de ce tout, dans une évolution inverse, la part
d'indépendance et d'autonomie qu'elles peuvent légitimement revendis
quer et, qui, par l'émulation d'efforts locaux et individuels s'exerçant
alors spontanément, au profit de la collectivité, en une sorte d'anarcAte
harmonique^ ne saurait manquer de concourir efficacement à la pros-
périté et à la grandeur de la patrie.
J'avais, Messieurs, à vous rendre compte d'un ouvrage spécial sur
les ports de commerce et je me suis laissé entraîner à des considé-
rations générales qui, sans m'éloigner de mon sujet, ne rentraient
peut-être pas absolument dans le cadre où j'aurais dû me renfermer.
Je me hâte donc de revenir à l'objet principal de cette communica-
tion qui était de vous donner, tout au moins, un résumé des diverses
questions traitées dans l'étude dont il s'agit.
M. l'ingénieur Laroche fait d*abord ressortir la différence fondamen-
tale qui distingue les ports de la Méditerranée, dépendant tous, sauf
celui de Barcelone, de leurs États respectifs, d'avec ceux de l'Europe
septentrionale, dont les principaux appartiennent à des villes, à des
associations ou à dés compagnies qui les construisent, les exploitent,
les administrent et les réglementent.
A Barcelone, l'Etat, depuis plus de treize ,ans, ne contribue en rien
aux dépenses des travaux et l'administration du port est confiée à un
comité local appelé « Junta »• La Junta est presque tout, l'État près*
. que rien, et le résulfat de cette administration locale a été des plus
satisfaisants. On lira avec le plus grand intérêt l'histoire instructive de
cette Junta du port de Bfircelone; on verra « dans quelles circonstances,
calamiteuses pour l'Espagne, elle a dû se créer et fonder son crédit,
aujourd'hui de premier ordre, » puisqu'il lui a permis d'exécuter, sans
rien demander à l'État, pour près de vingt millions de francs de tra*
vaux; on verra « comment elle a su grouper et faire concourir au suc-
cès de l'entreprise les représentants les plus intelligents et les plus
expérimentés des intérêts du port; avec quelle netteté on y a compris
les conditions à observer sous le rapport économique et technique
dans l'exécution de pareils travaux et dans leur exploitation. »
M. Laroche examine, pour chacun des ports que comprend son
étude :
VAdmmûÈrationj qui, lorsqu'elle manque d'unité, amène des riva-
lités qui causent des pertes de temps préjudiciables à l'intérêt général;
Les Taœes^ perçues par l'État, sauf à Barcelone où elles sont en-
caissées par la Junta, avec une tendance peut-être excessive à en réduire
le nombre;
Les DauaneSj qui donnent lieu à des plaintes générales contre la
gêne qu'elles imposent au commerce par la trop courte durée du temps
~ 572 ~
pendant lequel lefi agents de cette administration sont à la disposition
du public ;
Les Finances^ c'est-à-dire les divers modes d'exécution des travaui
^ar les Etats, par leurs moyens ordinaires de trésorerie, soit par Tio*
dustrie privée comme à Barcelone, où la Junta s'est procuré les fonds
dont elle avait besoin au moyen d'emprunts garantis par une taxe
spéciale sur le mouvement des marchandises;
Vaménageimnt des parts, concernant les conditions que Fou doit
chercher à remplir et qui sont les suivantes :
1® Porter la largeur des quais h 100 mètres au moins;
2^ Etablir des hangars ou abris sur les quais;
3® Munir les quais d'engins de manutention ;
A Barcelone, tous les quais sont munis d'un système très complet de
grues hydrauliques;
4^ Réglementer l'usage des quais ainsi outillés de façon à leur faire
rendre la plus grande somme d'utilité possible;
Sur ce point encore, la supériorité d'organisation appartient au port
de Barcelone où la Junta, maîtresse de l'administration, a édicté un
règlement détaillé ;
5® Favoriser la fréquentation du port par les navires.
Ce but est obtenu à Barcelone où les navires ne payent pas d'après
leur tonnage, mais, seulement, pour le chargement et le décharge-
ment des marchandises, ce qui est très avantageux pour les vapeurs
faisant un service d'escales ;
6* Favoriser le service de transit, en amenant jusque dans le port
et sur les quais les grandes voies de communication extérieure et en
créant des magasins et des entrepôts à tarifs fixes ;
7^ Voies ferrées des quais; en évitant autant que possible la disposi-
tion des môles perpendiculaires aux rives, qui force de recourir à
l'emploi continuel des plaques tournantes ;
8® Gares maritimes ; utilité de donner à ces gares tout le dévelop-
pement de rails nécessaire ;
9^ Magasins et entrepôts; nécessité de créer des magasins à warrants.
A Barcelone, l'exploitation de ces magasins est déjà mise en vigueur
par la Junta.
iO^ Offrir à la navigation des moyens de radoub en nombre suffi-
sant et suffisamment puissants.
Telles sont les questions que l'auteur traite en détail pour les poris
indiqués plus haut, en fournissant, pour chacun d'eux, de nombreuses
données statistiques qui viennent utilement corroborer les conclusions
de cette étude comparative.
En me voyant ainsi réduit à ne pouvoir faire qu'une énumération
sommaire de ces divers chapitres qui auraient tous mérité d'être
mieux développés, je me prends à craindre de m'être assez mal
— 573 —
acquitté de ma tâche. Mais j'cspére que l'insufâsaiice même
exposé douDera le désir de mieux connaître l'ouvrage, et c'e
but le plua utile que je pouTais me proposer.
Quelles que soient, aussi, les opinions que l'on professe
grave question, que j'ai cru devoir aborder à cette occasion,
terreotion de l'État dans le domaine de l'industrie maritime
«aurait contester qu'il y a énormément à faire pour mettre n<
marchands au niveau des ports les plus profères de nos vo
rivaux. Une étude comparative des différents ports de l'Euroi
donc, h ces divers points de vue, de» plus opportunes et d
instructives, et il convient de féliciter hautement le ministre
ordonnée aussi bien que l'éminent ingénieur qui l'a poursuiv
tant de consciencieuse et impartiale exactitude et un aussi rema
talent (Applaudissements.)
M. Ls Pbésidint remercie vivement M. Cotard de. son compte
C'âst une digne préface du bel ouvrage de M. Laroche, et l'asi
remerciera doublement M. Coterd, lorsqu'elle saura qu'il est aj
Bretagne ai^ourd'hui pour nous faire cette communication.
L'ordre du jour appelle les observations techniques de M. '.
de Mondésir à propos du Mémoire de M. [Louis Boudenoot
distribvtioD de la force motrice & domicile, au moyen de l'air
La parole est k M. PiarroD de Mondésir.
M. PiAUON Di Mtmnfts». Rien de plus simple et de plus y
que le système de M. l'ingénieur Boudenoot.
Un ouvrier parisien, qui travaille dans sa chambre, a besoî:
force motaice, en général peu considérable, un dixième de chi
même moins, pour réaliser les merveilles de l'indusb^e parisieE
n'ont pas encore d'égales, malgré las efforts de la conci
étrangère.
M. Boudeooot prend cette force motrice dans l'atmosphèi
même de la chambre de l'ouvrier. Elle ne saurait être pin
portée.
La pression de l'atmosphère s'exerce sur la face amont d'un
glissant dans un cylindre horizontal. Mais, pour que ce piston
progresser dans le cylindre, il est évident que la pression •
doit être moindre que ia pression en amont, c'est-à-dire infér
une atmosphère.
Cette pression aval est entretenue, aussi uniformément que p<
à un quart d'atmosphère, au moyen d'une pompe d'extraction,
dans une usine centrale, laqueUe produit le vide relatif dai
!«emblo d'une canalisation dont les derniers rameaux remontent
dans les chambres des ouvriers et viennent se souder aux cy
des manhinet réceptrices (C'est le nom que M. Boudenoot don
petits appareils mécaniques qu'il installe dans la chambre de l'oi
— 574 —
Celui-ci possède alors une force motrice, de trois quarts d'atmosphère,
qu'il utilise suivant les besoins de son industrie.
Outre sa simplicité, ce système comporte sur tous les autres w
grand avantage : c'est qu'il est hygiénique, puisqu'il renouvelle Tair
de la chambre de travail. Il tend même à le refroidir par suite du
jeu de la détente de la machine réceptrice, comme nous le verrons
tout à l'heure. Ce sera peut-être un petit inconvénient pendant l'hiver
auquel il sera facile de remédier par le* chauffage ; mais ce sera, à
coup sûr, un grand avantage pendant l'été, puisque l'on aura ainsi
une chambre de travail ventilée et rafraîchie, ce qui n'existe guère
aujourd'hui dans l'industrie parisienne.
Quant à moi, qui me suis beaucoup occupé d'air comprimé, au point
de vue théorique et même au point de vue de ses diverses applica-
tions, si l'on m'eût fait l'honneur de me consulter sur la question
d'une distribution de force motrice dans les chambres des ouvriers
parisiens, j'aurais certainement conclu en faveur d'une distribution
d'air comprimé. Mais je me plais à reconnaître ici que l'air comprimé,
distribué à domicile, ne peut être avantageux que dans le cas où l'on
a besoin d'une force motrice assez considérable, et que pour les petites
forces motrices nécessaires à l'industrie en chambre, il est préférable
d'avoir recours à l'air raréfié, comme le fait M. Fingénieur Boudenoot.
Après les considérations générales, j'aborde dans mon Mémoire la
question technique que M. Boudenoot a traitée lui-même.
Je demande à mes auditeurs la permission de ne pas les fatiguer
par la lecture de calculs- abstraits, qu'il convient de lire à tête
reposée, et de me borner aujourd'hui à un simple résumé.
I** Maghinks réceptrices. Pour calculer le plus simplement possible.
Tutilisation de la force motrice dans le cylindre de la machine récep-
trice, je supposerai que la longueur de ce cylindre est X, et que la
section droite est d'un mètre carré.
Il s'agit alors de déterminer la longueur X, correspondante au maxi-
mum de travail mécanique d'un mètre cube d'air atmosphérique.
Cet air sera d'abord introduit à pleine pressûon dans le cylindre sur
la longueur 1 ; puis il se détendra sur la longueur X — 1.
M. Boudenoot base son calcul de détente sur la loi de Mariotte, en
faisant abstraction complète du froid de la détente.
Il arrive ainsi, en désignant par T le travail produit par un mètre
eube d'air à la pression atmosphérique, à la formule,
(1) T = l+/.X-^,
dans laquelle il faut prendre pour unité de travail la pression atmosphé-
rique exprimée en kOogrammètres.
En différentiant l'équation (1), on reconnaît de suite que le maximum
— 'i) ik) —
de T correspondrait à une loûgoenr, À == 4, si les ohoses se passaient
conformément à la loi de Mariette. Mais comme les choses ne se passent
pas ainsi, M. Boudenoot, après avoir interrogé l'expéri^ioe, a adopté
pour X la longueur ^ au lieu de 4.
J*ai repris le calcul, en me fondant sur la loi nouvelle , que j'ai donnée
dans mes Dialogues sur la mécanique et dans une communication à la
Société en octol)re 1881, et je suis arrivé à la formule,
(2) T = 2-1-1
Elle donne X = 2, pour le maximum de T.
Dans cet appareil, où l'air serait introduit à pleine pression sur la lon-
gueur d'un mètre, pour se détendre ensuite sur une longuenr égale,
l'abaissement de température, produit par la détente, serait de 135
degrés, et la contre-pression à l'arrivée du piston au fond du cylindre
serait nulle.
8
Pour la longuenr X = •^, adopté par M, Boudenoot, le froid de la
7
détente sera de 168<>7S, et la contre-pression serait de —, supérieure à
o4
1
jTT d'atmosphère.
EùÛn, pour la longueur X = 4, le froid de la détente atteindrait 203^ 80,
3
avec une contre-pression de 73. Il est probable que, dans ce cas extrême,
lo
le piston n'arriverait pas à fond de course.
Telles sont les indications données par l'application de la nouvelle
théorie.
La longueur, X r= 2, serait donc la plus favorable à l'expansion du
travail mécanique, si l'appareil pouvait être constitué de manière ^ con-
server à Tair moteur le froid intégral de la détente.
On voit en résumé que la différence essentielle entre l'appareilprati -
que de M. Boudenoot et l'appareil que je déduis de la théorie nouvelle,
peut se définir le plus simplement possible de la manière suivante :
M. Boudenoot prend un cylindre d'une longueur quelconque ; il trace
sur la génératrice Ëuit divisions égales ; il introduit l'air ateosphérique
du moteur à pleine pression sur les trois premières divisions ; puis il le
laisse se détendre sur les cinq dernières. C'est la détente aux S/8.
L'appareil théorique comporte le même nombre de divisions que celui
de M. Boudenoot. Mais aii lieti d'introduire à pleine pression. sur trois
divisions seulement, on introduit sur les quatre premières, et on laisse
détendre-sur les quatre antres. C'est une détente aux i/^-
— 576 —
2^ Machine d'extraction. Le problème à résoudre ici consiste à entre-
tenir dans la canalisation une pression d*un quart d'atmosphère, aussi
constante que possible, c'est-ènlire à rejeter en dehors, par un appareil
extracteur, installé à Tusine centrale, la quantité d'air en excès refoulée
par les machines réceptrices dans la canalisation, au fur et à mesure
que cet excédent se produit.
Pour cela, M. Boudenoot emploie une pompe qui refoule Tair de la
' canalisation, le comprime et lui communique la pression nécessaire pour
le rejeter dans l'atmosphère en forçant une soupape.
L'air ainsi comprimé et échauffé est refroidi au fur et à mesure par
des injections d'eau froide.
C'est la compression dans un calorimètre qui enlèverait une notable
portion de la chaleur de compression.
Alors M. Boudenoot se trouve autorisé , jusqu'à un certain poiot, à
appliquer ici la loi de Mariotte.
Supposons que l'appareil d'extraction comporte un cylindre de 4 mètres
de longueur, avec section droite d'un mètre carré, rempli d'air à i/4
d'atmosphère. Le calcul de M. Boudenot, basé sur la loi de Mariotte.
donne, pour le travail mécanique nécessaire, pour expulser dans l'atmos-
phère 4 mètres cubes d'air raréfié à 1/4 d'atmosphère :
(3) T = /. 4 X c5 = 1.386 X 10 368 = i4 370 kilogrammètres.
Il est à remarquer que ce travail est identique à celui que donne la
formule (1), quand on y fait X = 4.
Dans l'appareil pratique de M. Boudenoot, la chaleur de compression
qui tend à augmenter la pression de l'air comprimé et par suite à facili-
ter sa sortie dans l'atmosphère par la soupape, n'est pas utilisée. Au
contraire on cherche à la détruire par des injections d'eau froide, pour
ménager les garnitures.
Je donne dans mon mémoire, la description d'un appareil purement
théorique qui me permet de calculer le minimum mécanique nécessaire
pour refouler dans l'atmosphère 4 mètres cubes d'air raréfié à 1/4 d'at-
mosphère.
Ce travail est égal à 10 368 kilogrammètres.
Il est à remarquer que ce travail minimum est précisément égal à
celui que donne la formule (2), quand on y fait X = 2.
Ici se terminent mes observations tecliniques.
Je considère en principe l'application de l'air raréfié comme très
avantageuse pour la petite industrie parisienne. Je désire la voir se
développer sur une grande échelle. Je suis persuadé que les promo-
teurs de ce nouveau système, en étudiant la question de plus près,
parviendront à réaliser des améliorations. (Applaudisêemenii*)
M. LK Président remercie *M. Piarron de Mondésir dé ses obser-
~ 577 —
Tatioos* Son mémoire sera publié tu extenso au Bulletin, où Ton
pourra suivre ses calculs.
M. Boudenoot aurait bien voulu assister à cette séance; mais ses
devoirs comme conseiller général du PasHie-Calais Tout forcé de par-
tir ce matin même. Il m'a chargé d'exprimer tous ses regrets à l'As-
semblée et à M. Piarron de Mondésir dont il s'empressera de lire les
observations et les réflexions encourageantes, d'abord au procès-
verbal et ensuite dans le Bulletin, et qu'il remerciera peraonnellement.
M. LB Président annonce que M. Mékarski lui a envoyé, il y a
quelque temps, une lettre relative aussi au méiaoire de M. Boude-
noot, et où il défend la solution de la même question au moyen de
l'air comprimé. La lettre de M. Mékarski sera publiée in extenso au
procès-verbal, et M. Boudenoot pourra lui répondre s'il le joge con-
veDable.
Lettre de M. Mékarski ;
<c Dottlon» le 13 octobre 1888.
« Monsieur le Président»
» La communication de M. Boudenoot sur la distribution de la force
motrice à domicile, au moyen de l'air raréfié, devant prochainement
venir en discussion devant notre Société, je crois devoir présenter à
ce sujet quelques observations dont je vous serais reconnaissant de
vouloir bien faire donner lecture dans la séance où la question sera
discutée,
n Le but que poursuit M. Petit, avec l'intelligente collaboration de
M. Boadenoot, suffit assurément à mériter à leurs travaux les sym«>
pathies générales. Quelque opinion que l'on puisse avoir sur la valeur
de leur procédé, on doit s'incliner devant l'idée qui les inspire et leur
a fait, en somme, accomplir une œuvre éminemment utile, puisque
un grand nombre de petits ateliers parisiens trouvent dès à présent
avantageux de se servir de la force motrice mise ainsi à leur dispo-
sition.
» Ce succès industriel ne saurait toutefois empêcher les ingénieurs
d'examiner si les moyens mis en pratique pour l'obtenir sont réelle-
monts rationnels et si l'on ne fût pas arrivé au même résultat, avec
moins de frais, en restant dans une voie ouverte depuis longtemps.
» Dans la comparaison qu'il fait des divers systèmes de transmission
des forces motrices, M. Boudenoot attribue à l'air raréfié, par rap*
port à l'air comprimé, divers avantages qu'il m'est vraiment impossi-
ble de lui reconnaître.
» A son avis, les machines à faire le vide seraient moins compli-
quées que les compresseurs d'air; la perte de charge dans la canali-
sation serait moindre avec Tair raréfié qu'avec l'air comprimé ; enfin.
— o7« —
le premier pouirait plus fi^ilement que le second travailler avec dé-
tente.
» Ce» suppositions sont-eUe« fondées?
» M. Boudenoot paraît perdre de vue que le même poids d*air, sous
n'importe quelle pression, travaillant ou non avec détente, fournit le
même travail mécanique, dans les mêmes conditioûs d'expansion,
lorsque le rapport de la contres-pression à la pression active reste
constant.
» Ainsi, un kilogramme d'air à la pression atmosphérique, agissant
sur un piston derrière lequel on entretient un vide de 3/4 d atmos*
phère ou une contre-pression de 1/4 d'atmosphère, ne fournit ni plus
ni moins de travail qu'un kilogramime d'air à 4 atmosphères agissant
sur un piston soumis de l'autre côté à la pression atmosphérique.
)> Inversement, le même poids d'air, pris dans une canalisation d'air
raréfié à 1/4 d'atmosphère et refoulé dans l'air extérieur, absorbe pour
cette opération autant de travail moteur que la compression de un
kilogramme d'air atmosphérique, refoulé dans une canalisatioD à 4
atmosphères.
» Le rapport des pressions étant seul à considérer, tout système de
transmission par l'air raréfié a exactement son équivalent dans un sys-
tème fonctionnant par l'air comprimé.
» Bien que ce petit rappel aux principes ne me paraisse pas pouvoir
rencontrer de contradiction, je ferai observer à ceux dont les idées
ne seraient pas fixées sur ce point que le travail fourni par une masse
d'air occupant le volume Y, sous la pression po, à la température ^,
et agissant sur un piston soumis extérieurement à une contre-pression
Pi, s'exprime, dans chaque cas particulier, par les formules suirantes :
» 1* Lorsque le fluide agit à pleine pression
n représentant le poids d'air employé ;
» 2** lorsque l'on détend complètement, c'est-à-dire de po àp, et dans
l'hypothèse où la température ne varierait pas (loi de Mariette)
T, m = Vpo log. nép, ^ = 29,88 ir (878 + ^o) log. uép, ^ (i)
Pi P»
» 3*^ Dans les mêmes conditions, mais en admettant que la température
s'abaisse suivant les loia de la thermodynamique*
T,m = A Tt c (fo — ^) = 102,69 1: (273 + Q [l — (^\ "'"] (3)
» On voit que, dans toutes les hypothèses, le travail fourni est propor-
tionnel au poids et ne dépend que de ^. Il est donc constant pour une
P<>
même valeur de ce rapport.
— 579 —
» Cela étant, la substitation de Tair raréfié à Tair comprimé ne peut
avoir d*aatre résultat que d'amener à forcer les dimensions des moteurs,
de la canalisation et du compresseur.
» En quoi, d'ailleurs, sauf ses dimensions , ce dernier appareil peut-il
différer dans les deux systèmes? Il comporte, évidemment, dans Fun et
Tautre, une ou plusieurs soupapes d'aspiration, une soupape de refoule-
ment, un piston dont la garniture doit présenter les mêmes garanties
d^étanchéité, car celle-ci ne dépend également que du rapport et non de
la différence arithmétique des pressions s'exeroant sur ses deux faces.
» A l'égard de la canalisation, si Von veut que la perte de charge soit la
même dans les deux èas, l'air raréfièài/4d'atmo8phère occupant un volume
seize fois plus grand que son équivalent en air comprimé à i atmosphères,
mais sa densité étant seize fois moins grande, il faudra que le diamètre de
5
la conduite soit, pour le premier y 16 = 1>74 du diamètre convenable
pour le second.
» Enfin, en ce qui concerne le refroidissement qu'éprouve l'air com-
primé pendant la détente, comme il est donné par la relation
273 -f- ' /«A /«A 0.»
to \po/ \t;,/
273 -f
» On voit qu'il doit éti*e absolument le même pour Tair raréfié, à valeurs
égales de — ou de — .
» Il n'y a donc aucune raison sérieuse pour que le rendement soit plus
élevé dans un système que dans l'autre. On sait, d'aUleurs, que celui del'air
comprimé peut être doublé, dans certains cas, par un réchauffage préa-
lable, par voie de mélange avec une certaine proportion de vapeur.
0 La conclusion de ce qui précède n'est-elle pas que, pour trouver les con-
cours nécessaires à leur réalisation, les idées ont besoin de se présenter
sous une forme nouvelle, avec un certain attrait de jeunesse, sans lequel
elles ne rencontrent le plus souvent que l'indifférence .
» Combien de fois des savants distingués n'ont^ils pas mis en avant des
projets en somme identiques à celui que MM. Petit et Boudenoot ont heu-
reusement mené à exécution, avec une variante à laquelle ils n'attacheront
saus doute pas toujours autant de valeur ? Les avantages que les premiers
attendaient de la réalisation de leurs projets étaient bien ceux que rappU-*
cation faite par MM. Petit et Boudenoot ont mis en pleine lumière, mais,
pour que des capitalistes y devinssent sensibles, il a fallu changer le nom^
sans profttpour la chose.
» Veuillez bien agréer, Monsieur le Président, l'hommage de mes sen-
timents respectueux.
» L. MéKARSKIi »
— 580 —
«
M. LE Président. L'ordre du jour appelle la communicatiou de M. Cerk-
laud sur ï Emploi de la dynamite pour le sautage des cosses mines. M. Cer-
belaud a la parole.
M. Cerbelaud dit qu'on a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, des
gigantesques travaux sous-marins entrepris dans la rade de New-York.
pour faire sauter les récifs de Hell-Gate (porte de l'Enfer), qui rendent la
navigation difficile en cet endroit.
Sans parler de mines exceptionnelles comme celle de New-York, M. Cer-
belaud constate que ce grand événement technique a appelé de nouveau
l'attention sur les services que peuvent rendre les explosifs, employés en
grandes masses, dans les travaux publics, pour le sautage des mines à
forte charge ou « grosses mines ».
Illui a paru, par suite, intéressant de dire quelques mots de divers
types de mines qui, — pour être de proportions plus modestes, — se ren-
contrent plus souvent dans la pratique ordinaire des travaux.
Les exemples choisis par M. Cerbelaud se rapportent à des grosses
mines pratiquées en Italie, sur Tinitiative des sociétés de dynamite Nobel
dans le but de déplacer d'un seul coup, de grandes masses de terrain, et
de se procurer, en même temps, des matériaux de construction.
Avant de rendre compte de ces opérations, il justifie le choix de
Texplosif employé, qui est la dynamite n^ 3 de Nobel, dont M. Bnlll a
donné précédemment la composition :
Nitrate de soude 70
Charbon 10
Nitroglycérine 20
ÏÔÔ
C'est un explosif à base active et à faible teneur eu nitroglycérine.
Cette dynamite produira un effet utile plus considérable que la dyna-
mite n® 1 à 75 0/0 de nitroglycérine, laquelle serait trop brisante et
triturerait davantage la roche dans le voisinage immédiat de la charge,
sans étendre au loin son action de rupture. Ladynamiten^S, au contraire,
sans triturer autant que la précédente, amènera la disjonction du rocher,
sa rupture en gros blocs dans un rayon plus étendu, et cela sans produire
d'effets de projection,
A ce sijget, M. Cerbelaud dit quelques mots de l'ingénieuse théorie de
Malher qui classe les dynamites, au point de vue de leur action, en dyna-
mites fortes ou brisantes et en dynamites faibles ou poussantes, La dyna-
mite n® 3 est dans cette dernière catégorie.
M. Cerbelaud arrive ensuite à la description des grosses mines doot
il est question plus haut. Il s'occupera successivement de lamine deVado
pour les travaux du port de Savone, de celle de Gènes également poor
les travaux du port de cette ville, et des mines du Bruciato et du Le-
— 681 —
drino pour la coustructiou de forts exécutés en Ligurie par le génie
militaire italien.
Il donne seulement la df»scription détaillée de la première de ces mines
et les résultats obtenus par le sautage des autres. Ces dernières sont,
du reste, décrites en détail dans le mémoire.
A Vado, la chambre de mine fut établie dans une galerie en zigsag
de 2i mètres de développement, et à 36 mètres au-dessous du sommet de
2
la carrière. La charge, calculée au moyen de la formule P = — c »i*(l)
3
fut fixée à 3,000 kilogrammes de dynamite n® 3. L'amorce était formée
par du fulmicoton, placé au centre de la charge et mis en communication
avec des capsules reliées, à leur tour, à des fils électriques et à une
mèche en gutta-percha. Le bourrage fut constitué par une maçonnerie
solide, d'abord en mortier de ciment, puis à pierre sèche, consolidée par
des angles en charpente, et remplissant une grande partie de la galerie
d'accès. L'explosion eut lieu le 8 juillet 1883. Elle réussit parfaitement
et produisit 20,000 mètres cubes de déblais, sans aucun effet de projec-
tion. La fabrique de dynamite d'Avigliana, près Turin, avait fourni l'ex-
plosif nécessaire et exécuté le sautage pour la somme à forfait de 4,000
francs.
Lamine de Gênes fut encore plus importante. On y employa 5,000 ki-
logrammes de dynamite n® 3, et, en raison des excavations que présen-
tait déjà le front de la carrière, on obtint le cube énorme de 120,000
mètres de déblais. Cette mine fut exécutée dans les mêmes conditions
que la précédente, pour la somme de 8,000 francs.
Au Bruciato et au Lodrino, les mêmes procédés furent suivis avec le
même succès.
Au Bruciato, la mine fut chargée de 1,500 kilogrammes de dynamite.
Au Lodrino, on pratiqua trois fourneaux qui reçurent respectivement
i,o00 kilogrammes, 1 ,300 kilogrammes et 1,600 kilogrammes d'explosif,
soit au total 4,400 kilogrammes. L'explosion de ces trois fourneaux eut
lieu simultanément, les effets de projection furent nuls.
M. Cerbelaud ajoute qu'il n'a pas été possible de déduire des exemples
qui précèdent un détail des prix de revient de chaque opération; mais
on peut affirmer, par l'expérience acquise dans les travaux de sautage
auxquels ceux qui précédent ont servi de types, que le prix de revient
des matériaux extraits au moyen de grosses mines varie entre 0 fr. 15 et
0 fr. 20 le mètre cube de déblais produit sur le carreau de la carrière,
lesquels peuvent renfermer jusqu'à 80 pour 100 de matières utilisables.
Quant au rendement, il peut atteindre, pour les mines bien faites, 15 à
20 mètres cubes par kilogramme de dynamite employée.
1. Dans celle formule, P représente le poids de la charge en kilogrammes ; c est
un coefficient, déterminé par Texpérience, et variant suivant la nature du terrain
Cl celle de Tezplosif employé; m est la ligne de moindre résistance en mètres.
Bull. 39
— 582 —
M. GiERBELAUD couclut eii recommandant remploi des grosses mines
comme étant de nature à faire réaliser de sérieuses économies dans
l'exécution des grands travaux publics.
Puis, il dit un dernier mot de l'explosion de Hell-Gate, et justifie le
procédé suivi par le général Newton, qui n'a pas pratiqué, pour ce sau-
tage, des grosses mines comme celles décrites ci-dessus, parce que,
dans ce cas^ il fallait triturer le plus possible la roche pour débarrasser
la rade des récifs qui l'obstruent, et non se procurer des blocs utilisables.
Le général Newton a dû, pour cela, créer de nombreux centres d'explo-
sion ou de trituration, — selon l'expression de Malher, — c'est ce qui
explique le prodigieux travail de perforation qu'il a dû effectuer préala-
blement pour loger ses 45,000 cartouches.
De là aussi une autre grosse difficulté relative au mode de sautage et
Tadoption de ce moyen, exact au moins en théorie, de l'explosion far
influence.
M. CsRBBLAUD termine en rendant hommage à notre éminent coUègue,
M. Alfred Nobel, qui, le premier, a doté le génie civil de la dynamite,
ainsi qu'aux ingénieurs, — et parmi eux se trouvent plusieurs de
nos collègues, — qui en ont vulgarisé l'emploi. (Applaudisêements.)
(Le mémoire de M. Cerbelaud sera inséré in extenso dans le Bulletin,
avec les croquis nécessaires.)
M» LE Président. Je remercie M. Cerbelaud de son intéressante
communication qui complète... qui continue, pour mieux dire, les com-
munications faites à la Société, depuis plusieurs années, sur ce même
sujet des explosifs et, en particulier, des dynamites.
Quelqu'un demande-t-il la parole?
M. Chalon veut faire une observation. A Hell-Gate, ce n'est pas de
la dynamite qu'on a employée, c'est du rackarok.
M. Cerbelaud. Parfaitement; aussi, en parlant de Hell-Gate, je n'ai
pas dit dynamite, je me suis servi à dessein du mot explosif. Et, ?î
vous voulez bien vous le rappeler, j'ai ajouté : les explosifs moderne?
sont seuls capables de rendre ces immenses services ; j'ai voulu dire
parla les nouveaux explosifs, comme la dynamite et celui que les Amé-
ricains ont appelé rackarock. Je crois que ce dernier doit renfermer
de la nitro-benzine.
M. Chalon. C'est un mélange de nitro-benzol et de chlorate de po-
tasse.
Je voulais dire aussi, pour répondre à une remarque de M. Cerbe-
laud relative au sautage par petites mines, que ce procédé n'a pas été
employé particulièrement dans le but de broyer les roches, mais surtout
afin d'éviter les efi'ets d*une commotion trop violente, effets qui eussent
été dangereux pour la ville de New- York.
Quant au broyage des roches, je crois que les grandes mines par char-
ges compactes eussent donné un meilleur résultat. Les dernières dou-
— 583 —
velles de New- York nous apprennent, en effet, qu'à la suite du sautage
du P'iood-Rock, on a trouvé d'énormes blocs, dont un de SO tonnes envi-
ron, qu'il sera impossible d'enlever à la drague.
Ce n'était donc pas précisément pour faciliter le dragage qu'on a em-
ployé les petites mines, mais pour éviter, comme je viens de le dire, une
commotion qui aurait été terrible pour New-York.
Quant à la troisième observation de M. Cerbelaud, relative à l'explo-
sion par influence, je dois dire que l'explosion par influence n'est plus
une question théorique, mais un fait pratique parfaitement acquis. Toutes
les explosions ont été faites par influence ; on avait disposé une grande
quantité de mines, et c'est par influence qu'ojn a fait sauter ces mines.
M. Cerbelaud regrette que notre vice-président, M. Briill, ne soit pas
ici, car il lui disait encore aujourd'hui qu'il regardait comme une idée
un peu américaine cette influence pour le sautage des mines, et surtout
la disposition adoptée par le général Newton consistant à remplir com-
plètement d'explosif le trou de mine et même à faire émerger l'explosif
au dehors. Généralement, quand on fait un trou de mine, on le fait d'une
profondeur déterminée par des raisons théoriques, et on place l'explosif
au fond du trou : on ne songera jamais à le mettre à l'entrée, attendu
que l'explosif placé ainsi ne remplira pas le but; quant à celui qui sortira
du trou, je ne sais pas ce qu'il pourra produire.
M. Chalon. On a fait sauter toutes ces mines par influence. Ce n'est
pas de la théorie, c'est de la pratique.
M. Cerbelaud ajoute que sa communication n'avait pas pour but de
parler du beau sautage de Hell-Gate ; cependant, puisque nous sommes
sur ce sujet, il lui semble que la quantité énorme d'explosif employée
par le général Newton n'a pas servi tout entière au sautage ; et il croit
se souvenir que, dans les récits qu'il a lus de cette opération, tout le
monde est d'accord pour dire qu'après que le premier nuage de vapeur
d'eau, d'eau pulvérisée plutôt, se fut dissipé, il s'éleva dans l'air une
colonne de vapeurs nitreuses. Ne serait-elle autre chose que le résultat
de la combustion subséquente d'une partie de l'explosif qui n'aurait pas
produit son effet ?
M. Chalon. Tous ces phénomènes sont subséquents dans les explosions
sous-marines ; c'est une règle générale.
M. Cebbelaud. Cela n'enlève rien à ma conviction que peut-être tontes
les cartouches n'ont pas atteint le but proposé.
Vous m'avez fait une autre objection : si vous voulez bien me la rap-
peler ?
M. Chalon. J'ai dit que la multiplicité des mines avait eu surtout pour
but d'éviter la commotion.
M. Cerbelaud, sur ce point» n'est pas tout à fait de Tavis de son col-
lègue ; car, dans les mines dont il a parlé et qui sont redoutables, quoique
plus modestes, entre autres celle de Gènes, où il y avait 3,000 kilo»
•\
»
«
/
— 584 —
grammes d'explosif, on peut voir sur les photographies exposées sur ie
bureau qu'il existait des constructions dans le voisinage. La Société de
dynamite avait pris tout à sa charge, et les constructions voisines n'ont
pas été affectées par l'explosion.
L'usage d'une dynamite faible pour charger de grosses mines évite
toute espèce de projection. Il est douteux que, si on employait des
charges comme celles de New- York, on eût un résultat aussi peu violent
qu'avec 8,000 kilos de dynamite ; mais enfin, avec l'emploi de la dyna-
mite n® 3, il n'y a jamais de projection. Il est probable qu'à New-York,
cela se serait produit comme sous toute autre latitude.
M. Chalon. On ne pouvait pas, et on ne devait pas, exposer une
ville aussi considérable que New-York, aux effets d'une violente com-
motion. Le général Abbot, chef du service des torpilles aux États-Unis,
et le général New-ton, ont acquis, depuis quinze ans, une très grande ex-
périence en matière d'explosions; et c'est la pratique seule, non la
théorie, qui les a conduits à employer, de préférence à tout autre, le
système des sautages par petites mines simultanées.
M. Cerbelaud. Il n'y a pas de comparaison possible à établir entre
les travaux exécutés par le général Newton et les travaux industriels
dont j*ai essayé de vous rendre compte, parce qu'à New- York, il fal-
lait à tout prix débarrasser la rade des récifs qui l'obstruaient. Or, la
question d'argent était secondaire ; les Américains n'ont pas regardé à
la dépense ; quand les travaux de dragage seront faits, dix millions au-
ront été dépensés.
J'ai parlé tout à l'heure du génie militaire, au sujet du prix de re-
vient ; il s'agit là encore de travaux exécutés par le génie, et la dé-
pense n'est pas entrée en ligne de compte ; cela a été une question
secondaire. D'après les renseignements donnés par les organes tech-
niques, les crédits votés primitivement ont été largement dépassés ; il a
fallu procéder par crédits successifs, et on n'est pas au bout. Ce ne sont
pas là évidemment des travaux industriels pour lesquels il faut établir
un prix de revient.
M. Georges Bianchi veut faire une observation relative à Texplosiou
des mines pour obtenir des pierres pour la construction. Dans le Brésil,
il a eu occasion d'exécuter un pont dont les fondations étaient faites avec
des pierres provenant d'explosions produites avec de la dynamite n' 3.
Au bout de quelque temps, des affaissements se sont produits dans les
fondations du pont, et on s'est aperçu que les matériaux avaient éi^
attaqués par la dynamite. Il pense que la poudre comprimée est de beau-
coup préférable.
M. Cerbelaud n'a pas voulu ouvrir une discussion, qui pourrait être
très longue, sur les avantages comparés de la dynamite et de la
poudre. La dynamite n^ 3 est un explosif lent, la poudre est un explo-
sif encore plus lent. Il y a des cas où la poudre, qui est un explosif
— 585 —
lent, est à recommander de préférence. Ce fait se produit, par exemple,
dans les carrières que les ingénieurs civils ont eu l'occasion de visiter en
Belgique, lors de leur dernière excursion, et dont M. Brûll a parlé : les
carrières de porphyre de Quenast, où Ton fabrique spécialement des
pavés. A Quenast, après avoir essayé tous les systèmes d'explosifs, on
est revenu à l'emploi de la poudre, parce que, avec les autres explosifs.
Use produit, dans les déblais, des fissures qui ne seraient pas gênantes
pour des matériaux d'enrochement, mais qui se révèlent sous le cboc du
marteau; lorsqu'on fabrique des pavés, par exemple, il se détache un
angle, qui correspond à un clivage opéré par l'effet de l'explosion.
Dans les fondations du pont dont parle M. Bianchi, il est prol«;ible
qu'on avait employé des charges trop fortes ou un explosif trop brisant.
M. Georges Bianchi. Quand on a commencé à frapper la pierre avec le
marteau, la désorganisation s'est produite.Cela se produit principalement
sur le granit porphyrique.
M. CKRBKLAUD.Cela n'a pas de rapport avec les mines dont j'ai parlé et
qui étaient destinées à produire des matériaux d'enrochement qui devaient
être ensuite coulés dans la mer pour construire les môles, les jetées des
ports de Savone et de Gênes.
M. DE CoRDEMOY Voudrait prier M. Cerbelaud de bien insister sur la
différence entre les mines qu'il a citées et celles de Flood-Rock. Il croit,
contrairement à l'opinion de notre collègue, que le général Newton, \}'\v
son dispositif, a voulu non seulement éviter la trépidation des terrains
avoisinants, ce qui est surtout une affaire de direction des couches
géologiques, mais surtout préparer les déblais pour le dragage ultérieur.
Si vous voulez avoir des matériaux qui puissent servir à la construction,
employez la dynamite n** 3 et les fortes mines; mais si vous voulez dra-
guer après, ne recourez qu'à la dynamite n'* i, ou mieux encore à la J v-
namite-gomme, et enflammez en môme temps de nombreuses mines r.i])-
prochées, ce qui en augmentera le rendement de 20 et même de 30 p.O 0.
La théorie de Malher est en effet exacte. La dynamite n** 3 dor.i.e
moins de trituration et plus de rupture.^ Or, c'est le contraire que Ton
cherche dans les dragages, car draguer des blocs même d'un demi-mètre
cube, c'est une grosse affaire, surtout s'ils se touchent. Il faut donc les
briser comme je viens de le dire, et je ne saurais trop insister sur les
mines simultanées, le plus grand nombre d'ailleurs partant par tn/îi/e/hr,
car la dynamite détone par influence ; il est facile de s'en convaincri* :
en plaçant à la file des cartouches espacées de 30 centimètres, et en aîi li-
mant la première, toutes partiront en même temps. Il faut insister s.ir
ce fait, important ù. savoir à cause de l'emplacement des dépôts de
dynamite.
J'ai encore une autre observation à présenter. On a employé, dites -
vous, comme amorce, de la dynamite-gomme; c'est une faute; heureuse-
ment, on y a ajouté beaucoup defulmi-coton; c'est lui qui a été ramorce.
— 586 —
La djnamite-gomme, on effet, justement parce qu'elle est un produit très
stable, ne détone qu'avec difficulté; et pour la faire partir, on est obligé
de mélanger à ses cartouches des cartouches de djnamite n** 1, en outre
des amorces. C'est même ce qui fait qu'en définitive, la gomme n'est pas
employée avec plus d'avantage que la dynamite ordinaire sous l'eau,
comme durée de conservation, puisqu'on est obligé de se servir de celle-
ci simultanément.
M. Cerbelaud. Dans les faits qui nous occupent, il ne s'agit pas de
mines sous l'eau.
M. DE CoRDEMOY. Non. Mais, dans tous les cas, il ne faut pas se senir
de gomme comme amorce, à moins de lui ajouter beaucoup de fulmi-
coton . Ce que j'ai tenu surtout à établir, c'est qu'il ne faudrait pas etro
exclusif, car la dynamite n** 3, qui est bonne dans certains cas, ne le serait
pas pour des mines sous-marines.
M. Cerbelaud. Notre collègue abonde dans mon sens, et, pour lui
donner satisfaction, je n'ai qu'à relire un des derniers paragraphes de ma
communication.
« Le général Newton n'a pas pratiqué pour ce sautage des grosses
» mines en chambres et en galeries, parce que, dans ce cas, il fallait tri-
» turer le plus possible la roche pour débarrasser la rado des récifs qui
» l'obstruent et non se procurer des blocs utilisables. »
Ce n'est pas autre chose que ce que vous venez de développer.
M. Cerbelaud. « Le général Newton a dû pour cela créer de nombreux
» centres d'explosion, — bu de trituration, suivant l'expression de Mallier,
» — c'est ce qui explique le prodigieux travail de perforation qu'il a dû
» effectuer préalablement pour arriver à loger ses 45,000 cartouches, »
Cela est donc parfaitement dans le sens de votre observation.
Quant à la dynamite-gomme, employée comme amorce, je ne suis pas
aussi exclusif que vous Têtes ; il suffit, pour faire partir les cartouches
de gomme, d'employer des capsules appropriées.
Avec des capsules extra-fortes, on obtient parfaitement l'explosion
des cartouches de dynamite-gocime. M. Aug. Moreau, notre collègue,
peut répéter ce qu'il a dit ici à ce sujet. Quand on emploie la dynamite-
gomme, à l'exclusion d'autres dynamites, c'est la dynamite-gomme elle-
même qui sert d'amorce; il n'est pas nécessaire d'employer des amorces
spéciales.
Dans les chantiers, il arrive parfois que les ouvriers coupent une car-
touche en deux pour faire une amorce.
M. de Cordemoy. La compagnie Nobel elle-même, dans ses prospectus,
recommande d'ajouter des cartouches do dynamite n® 1 à celles do
gomme. Pour mon compte, je n'ai jamais pu réussir autrement ; et Ton
s'exposerait, en employant la gomme seule, à de nombreux ratés.
M. CoTARD. A cette occasion, je voudrais rappeler un fait qui confirme
l'utilité des explosions nombreuses, qui s'est passé à ma conuaissaiice,et
— 587 —
auquel j*aî participé de mes maiua au moment de rinauguration du canal
de Suez; quelques semaines auparavant, lorsque les souverains étaient
déjà en marche pour venir inaugurer le canal, il s*çst trouvé,, entre deux
«ondageg, une roche très dure qui affleurait à quatre mètreô du niveau
de l'eau. Il fallait avoir un tirant d'eau de sept mètres pour permettre
le passage des navires. Nous avons été pris de très court ; nous n'avions
pas à cette époque de dynamite à notre disposition, et nous avons été
obligés d'employer la poudre. Nous en remplissions de grands bidons de
100 à 150 litres que Ton descendait sur la surface de la roche. A ces
bidons étaient soudés des tubes assez longs pour que leur extrémité dé-
passât le niveau de Teau.Dans ces tubes descendait la mèche qui mettait
quelques minutes à bnMer pendant lesquelles on avait le temps de s'éloi-
gner. Nous étions arrivés à faire ainsi plusieurs explosions par heure et
en travaillant ainsi jour, et nuit, nous sommes parvenus, au moyen de
ces coups de pilons répétés et rapprochés les uns des autres, à pulvériser
et & abaisser peu à peu ce rocher de gypse sur trois mètres d'épaisseur.
Je me permets de rappeler ce fait, parce qu'il montre que, même lors-
qu'on ne peut agir qu'à la surface d'une roche, les explosifs peuvent avoir
d'excellents effets. J'ajouterai que les explosions qui avaient le moins
d'effet étaient celles qui produisaient les plus forts soulèvements d'eau.
En voyant les dessins figurant l'explosion d'Amérique, j'ai été étonné de
voir le soulèvement d'eau qu'elle a produit; car, les coups dont je parle,
qui ont été les plus efficaces, occasionnaient seulement un frémissement
sur l'eau^ mais sans aucune projection.
M, Cerbelaud est heureux de ce que vient de dire M. Cotard, parce
que cela confirme une observation à laquelle il a répondu tout à l'heure,
lorsqu'il a rappelé que le travail du général Newton n'était que la conti-
nuation des travaux primitifs entrepris eu 1888 par un de nos compa-
triotes, M. Maillefert; et précisément, il a lu, ces jours-ci, que le moyeu
employé par M. Maillefert pour commencer le dérochement de Hell-Gate,
était justement le procédé indiqué par M. Cotard. Il perforait le rocher
peu à peu à la surface, et descendait des cylindres de poudre qu'il faisait
sauter; et, petit à petit, il a commencé ainsi le dérochement de la passe ;
et peut-être qu'en continuant de cette façon-là, on serait arrivé, surtout
par l'usage des nouveaux explosifs, à avoir aujourd'hui le même résultat,
avec une dépense beaucoup moins considérable. (Applaudissementf.)
M. LB Président. Messieurs, je crois que la discussion peut être fermée ;
elle a été très intéressante et a bien accompagné la communication de
M. Cerbelaud.
M. LE Président rappelle que la Société a à voter sur l'admission do
M. H. de Matthys comme membre honoraire.
Le scrutin est dépouillé et M. le Président proclame M. H. de Mutthys
membre honoraire.
M. Fragneau a été reçu membre sociétaire.
La séance est levée à onze heures et quart.
DES FORCES MUTUELLES
et de leurs applications
aux phénomènes mécaniques, physiques et chimiques,
Par M. P. BERTHOT
Tantum elementa quetiiU permutato ordine tolo.
At rer?«m quce iunt Primordia, plura adhViere
Pofsunt, und§ queant variœ rts qutBqu^ creari,
T. Lucrelii Cari. I, vers. 827 et s.
Dl KBBDM NATURA.
C'est en pensant à la formule de Newton, qui ne trouve pas son
application à des distances moléculaires, c'est en pensant à la po-
rosité des corps, que nous avons été amené à poser la formule
suivante :
F{x) =K7nm'
x^
formtde, dans laquelle F (a?) représente l'action mutuelle de la masse
m sur la masse m' et qui, disons-le de suite, devient la formule de
Newton, quand d (distancé moléculaire) est négligeable par rapport
à X, distance d'ailleurs quelconque de m et de m'.
Cette formule peut s'établir par les considérations suivantes :
Si nous supposons deux masses m et rn liées entre elles dans la
direction de l'axe des x par une force qui tende à les amener au
contact, et, si nous interposons entre ces deux masses une autre
force agissant en sens contraire et empêchant ce contact, il s'éta-
blira un état d'équilibre pour une distance d, que nous appellerons
distance moléculaire.
On peut matérialiser ce système en réunissant deux billes d'ivoire
avec un ressort pouvant les amener au contact l'une de l'autre, et
en interposant entre elles un autre ressort empêchant ce contact.
Si nous représentons par F {x) la résultante inconnue de ces res-
sorts pour une distance quelconque, x des masses m et m', cette fonc-
tion devra :
i" Etre proportionneUe au produit des masse!
tenir compte de leurs actions réciproques ;
f° S'annuler pour x= d, c'est-à-dire avoir
brique {d — x).
Nous pourrons donc écrire ;
F{x) = mm' (d~cc)f{x).
Si maintenant nous supposons que l'action ai
lieu d'être transmise aux masses par des ress
l'espace, aa moyen d'intermédiaires tous égai:
élastiques, ces organes de transmission se rép;
entre eux et par couches concentriques le traï
correspondant aux forces vives des masses m et n;
ces masses s'actionneront mutuellement en raisoi
bre d'intermédiaires contenus dans une sphère a
pour rayon ; nous sommes donc autorisés à écrii
4 ,
d'ûii :
F {x) = mm' 7 {x).
Nous ne pouvons plus maintenant que faire é
cessives sur x (*) ^t rechercher celle de ses h;
nera des résultats conformes aux lois de la ph;
Commençons par la plus simple, c'est-à-dire :
nous aurons la formule empirique :
Dans deux notes, qui ont eu les honneurs d(
les Comptes rendus de l'Académie des Sciences
et du 20 avril d885, nous avons fait l'étude j
fonction et nous allons résumer ici les conclu:
^ 590 —
s'en déduisent mathématiquement et qui sont utiles pour l'étude
des applications que nous allons présenter. Les calculs justificatifs
complets, extraits des Comptes rendus, sont reproduits dans les ijote3
placées à la fin du mémoire.
I. La fonction (l) représente la différence d'une hyperbole du V
degré et d'une hyperbole du 3** degré. Si on construit la courbe, en
bornant Texamen à celui des w positif^ (les valeurs négatives ne
donnant que des solutions algébriques), on obtient le tracé de la
Fig.l(PK 107), dans lequel les valeurs positives de i/ donnent la force
répulsive, et les valeurs négatives la force attractive (voir Note I),
d
IL La somme des travaux de la force répulsive depuis a: =5 ç jus-
qu'à xz=: dest égale à la somme attractive depuis x ;=^ d jusqu'à
a? = 00 (voir Note II).
III. — Si on considère trois molécules égales, m, m', m" (flg.2) pla»
cées originairement sur une même droite à une distance d Tune
de l'autre, la molécule m" sollicitée par Faction attractive de m,
ne pourra rester en équilibre et se rapprochera de m' ; mais l'action
répulsive de m' sur m" se développera et m" atteindra une posi-
tion d'équilibre en un point C tel que C K :=C' L. Remarquons
qu'il se sera produit dans ce cheminement un travail négatif re-
présenté par la surface C CK et un travail positif beaucoup plus
considérable représenté par la surface C C L N. Par conséquent,
pour ramener la molécule dans sa position primitive d'équilibre,
il faudra lui fournir un travail représenté par la surface CL^\
la ligne courbe C L étant symétrique de la ligne C AT.
IV. — La sommation des valeurs de C'A', en supposant un
nombre infini de molécules placées en ligne droite, donne une
quantité finie, correpondant à une valeur de a? =0,731,735 rf,
(maximum de contraction possible) (voir Note III).
V. Si on prend successivement un nombre de molécules
1. 2. 6. 40. 20. 40. oc
On trouve pour les contractions :
1. 0,90 0,80 0,77 0,75 0,74 0.73
qui correspondent à une somme de forces attractives.
0. 0,137 0,391 0,504 0,592 0,631 O.ftSS
— .191 —
Il suffit donc de considérer au point de vue graphit
bre de molécules pour pouvoir déterminer le» lo
l'action d'un nombre infini de molécules placées en 1
en vertu de la proposition VII, celles d'un corps ;
VI. — Si on considère une file de moléculess'étendai
gauche d'une molécule m, il existe à droite de cette me
même droite un maximum d'attraction situé à une disi
et le minimum delà courbeost placé à une distance 1 ,47
tance ^ obtenue quand on ne considère que deux
Note IV).
Cette proposition étant étendue aux corps solide
sitiOQ VII, on doit considérer les oorps solides c
d'une auréole attractive.
VII. — L'action d'un corps quelconque formé d
lécules parallèles à trois plans donnés, sur une mol<
M, est ta même que celle d'une aie de molécul
M et perpendiculaire à l'un des plans. Elle donw
composantes dirigées suivant des perpendiculaires i
Ces composantes s'annulent dans le cas où les plac
perpendiculaires entre eux et si, en même temps,
Note V).
VIII. d (distance moléculaire) est une Constante de
à-dire a la même valeur pour tous les corps (voir N
Ces préliminaires étant établis, nous allons passeï
de ta formule en distinguant d'abord deux cas :
1" Celui ou m et m' n'ont pas de vitesse initiale ;
2° Celui ou m et m ont une vitesse initiale.
— S92 -
PREMIÈRE PARTIE
m ET m' N'ONT PAS DE VITESSE INITIALE
Pour simplifier la discussion, nous diviserons cette première partie
en deux chapitres :
Chapitre I : d est négligeable par rapport à x.
Chapitre II : d n'est pas négligeable par rapport à x,
CHAPITRE PREMIER
d est négligeable par rapport à x
Dans ce cas, nous remarquons que nous pouvons mettre la for-
mule sous la forme suivante :
,, mm' rd
„ , , ^^ mm fd .1
Si - est négligeable par rapport à T unité, on a :
//xv « y 1 ^, m M
(2) F,(x)=-K-^.
Cette expression donne :
1° La loi de Newton avec toutes ses conséquences et parmi
celles-ci, ainsi qu'on le sait;
2<^ Les lois de la pesanteur (voir Note VII).
L'erreur commise est égale à —, et Terreur relative n'affecte que
X
la troisième décimale si on prend a? = i,000 d, quantité jusqu'à pré-
sent inaccessible à nos mesures. Il faut remarquer toutefois que
si on néglige t/, on doit considérer les corps comme non poreux et
m et m sont égales aux masses totales des corps considérés.
CHAPITRE II
d n'est pas négligeable par rapport à x
Les phénomènes résultant de cette hypothèse étant très nom-
breux, nous établirons les deux subdivisions suivantes :
§ 4, on ne tient pas compte des valeurs relatives de m et de m;
§ 2, on tient compte des valeurs relatives de m et de m'.
ON N£ TIENT PA.S COMPTE DES VALEURS BELATIVES DE m ET D
Propriétés générales de la matière. — Changements d'éti
Nous avons vu que l'action des molécules d'un corps les u
les autres, mesurée suivant une direction donnée, peut être r
à celle d'une file de molécules équidistantes (proposition VI]
aroDs vu également qu'en l'absence de force ou de travai
rieurs suffisants, ces molécules se rapprochent jusqu'à une d
X =: 0,73â73 d, et dégagent chacune séparément un travi
à la surface CLN. (III et IV).
Ce cas correspond évidemment à celui des corps solide:
absolu et se traduit géométriquement par un déplacement p
de l'axe des x de 0 en 0', puisque c'est en ce dernier po
l'équilibre a lieu entre les forces attractives et répulsives (flg
CORPS SOLIDES
3° Si donc on fait agir, à un moment quelconque, une
également quelconque, sur un corps solide, c'est-à-dire sur
de molécules qui le représente, il se produira un déplacera*
qui engendrera un travail déterminé E. Réciproquement, il
toujours dépenser le même travail E pour produire le
déplacement i x, ce qui permettra d'établir l'équivalence dei
nalurelles.
4° Des portions successives de la courbe pouvant s'assimih
lignes droites d'inclinaison peu variable, jusqu'aux environs d
T (fig. â), il en résulte que le rapport de l'allongement de la
molécules à un effort extérieur de traction est à peu près]
tionnel à cet effort. Toutefois, ce rapport va constamment ei
sant. Au point T, l'allongement devient infini pour une trèi
variation de l'effort, ce qui caractérise fa rupture. On r<
amsi très exactement :
Les lois de Célasticité de rupture représentée par la formu
Fli
nue I ^ „ dans laquelle I représente l'allongement total, F
— 594 —
de traction, S la section, L la longueur et i l'allongement de Tunité
de longueur sous l'unité de charge.
On peut du reste remarquer la parfaite similitude de la courbe
K T avec les courbes expérimentales de la résistance des matériaux.
5° L'auréole attractive qui existe en dehors des corps (VI) dimi-
nue la cohésion des molécules superficielles ; par conséquent, une
force suffisante, mais inférieure à celle qui produirait la rupture
des molécules intérieures, fera glisser et prendre un nouvel état
d'équilibre aux molécules extérieures. Dans ces circonstances, les
corps sont déformés et, par suite, ils possèdent : une limite d'élasti-
cité permanente.
6** Si cette action est prolongée, toutes les molécules pourront
successivement subir ce déplacement et nous serons en présence du
phénomène étudié par notre Illustre et Vénéré Maître M. Tresca,
sous le nom d'écoulement des solides.
1^ Si on soumet un corps solide à un effort de compression
croissant, on voit qu'il sera promptement désagrégé, car la force
répulsive croit rapidement jusqu'à l'infini et la force attractive qui
réunit ses molécules a une valeur finie.
8° Chaque molécule ne recevant d'action répulsive que de ses
voisines immédiates, si, par un artifice quelconque, on enlève une
molécule à la surface d'un corps solide, le travail latent de solidifi-
cation sera mis en liberté ; comme il ne peut s'anéantir, il se tra-
duira par un dégagement de chaleur ou d'électricité produisant ou
capable de produire un travail équivalent.
Les intensités relatives de ces deux phénomènes (dégagement de
chaleur et d'électricité) paraissent être liées entre^ëlles par la diffé-
rence de conductibilité des molécules intérieures et dos molécules
extérieures moins condensées. Dans tous les cas, l'ensemble des faits
est connu sous le nom de : Loi de Joule.
9^y 10° Il est clair que si des forces extérieures exerçaient leurs
actions sur les molécules avant l'application d'une nouvelle force, il
serait facile de tenir compte de ces actions en déplaçant l'origino
0' d'une quantité représentant la valeur de ces forces. Ainsi se
trouve démontrée V influence de la température sur les coefficients dé-
lasticité et sur le dégagement du tnavail qui a lieu d'après la loi de
Joule,
CORPS LtOUlDES
Fournissons maintenant à chacune des molécules m
(%. 2} le travail supplémentaire C L N indiqué dans la
III ; nous avons un nouvel état d'équilibre correspondai
liquide, et le travail C L N représentera la chaleur latent*
Géoraétriqueraent, l'axe des x est transporté parallèle]
même à une distance A 0" ^ C N. Remarquons en
toute contraction a disparu, c'estrà-dire que les molécu
d'être à une distance 0,73... d, sont à une distance égal
Un examen de la figure ainsi obtenue donne immédii
visu, les lois suivantes :
W" La œhésion des liquides est beaucoup plus faible <,
solides puisqu'elle est représentée par l'ordonnée Q 1
plus petite que l'ordonnée K L qui convient aux solides
12" Par suite , rauréok attractive des liquides est égi
faible que celle des solides;
13" Leur compressibilité, quonfue un peu plus grande ^
solides, leur est comparable ;
14" le point de fusion est fixe pour chaque substmux, car
par une valeur déterminée CN de l'ordonnée de la co
13" La fusion comntencie, la température des corps ne
car le point N (Bg. S) ne saurait être dépassé sans
d'état (v. pag. 6H). A partir de ce moment, tout travai
ne peut plus servir qu'à rendre l'équilibre stable et pa
séquent à l'état de calorique latent ou potentiel de fu:
ltt° Les tangentes en allant du point A'au point/(fij
signe contraire à celui des tangentes de / à 7" ; il s'ensuit
négatif de ces dernières convenant aux dilatations^ le <■
des premières indiquera une contraction; par conaéq
première addition de chaleur, à partir du point de fo
liquides, produit une contraction, souvent très apprécie
dana le cas de l'eau {maximum de densité de l'eau) et
des métaux qui flottent sur leur bain métallique (platine, fc
il° Ainsi que nous l'avons remarqué ci-dessus (9°
peut se rendre compte, par un simple déplacement de
de l'action des forces extérieures. On en dédoit Vin,
compression sur la liquéfaction et la solidification. La <
— 596 —
en effet, augmente la valeur de l'ordonnée Qlty et, par suite, il
faut une plus grande force calorifique pour amener les molécules
au point A^.
CORPS GAZEUX
\S^ Fournissons aux molécules ?n, m', m", un travail égal à la
surface BPQ ; toute force attractive sera détruite et les molécules
deviendront libres les unes par rapport aux autres. Ce phénomène
répond à T'état gazeux, et, la surface BPQ représente la chaleur
latente de vaporisation ^ surface beaucoup plus considérable que la
surface CLN représentative de la chaleur latente de fusion.
19^ Dans le cas qui nous occupe, l'origine des coordonnées est tranv
portée au point O*' (fig. 2). Au moment de la formation du gaz, la dis-
3
tance moléculaire devient 3 d ainsi que l'indique la figure; plus exac-
tement 1 ,4699 d (VI), on pourra donc obtenir des gaz d'un volume pfu
différent de celui des liquides qui leur ont donné naissance.
Puisqu'il n'y a plus aucune force attractive réunissant les molé-
cules, Taction des forces extérieures, quand l'équilibre est établi,
devient proportionnelle aux masses, par conséquent le coefficient
d'extension ou de compression est le même pour tous les gaz et on a
AF
— = a, ce qui donne ;
20^ Si on considère des pressions, la loi.de Mariotte.
21® Et si on considère les forces d'extension telles que la force
calorifique, l'équation suivante :
a, coefficient de dilatation^=constante,
22^ Quand les molécules d'un liquide sont parvenues au point Q,
elles ont une tendance extrême à passer à Tétat gazeux puisqueo
deçà et au delà de ce point la force attractive diminue. La vapeur
se formera donc en empruntant au liquide ou aux corps environnants
la chaleur latente nécessaire pour rendre son équilibre stable. Il n'est
même pas nécessaire que le corps soit à l'état liquide pour qu'il
puisse se volatiliser. Il suffit que ses molécules superficielles soient
très voisines du point Q et que l'extérieur fournisse un travail suf-
fisant. Ce phénomène se produira donc pour les corps très cassante
et exigeant peu de chaleur latente (arsenic, etc.).
— 597 —
23° La production de vapeur aura lieu superflciella
suite lentement si la force résultant du travail caloriâqu
pable que de vaincre successivement la cohésion des molé<
flcielles (évaporation); elle aura au contraire lieu tumul
(éfntlUlion) si cette même force est égale ou supérieureà cel
les molécules intérieures. On peut remarquer l'analogie d(
mènes avec ceux résultant de l'élasticité permanente et d<
de rupture.
24" Dans un espace clos, quand l'équilibre de tem[
établi, la quantité de vapeur formée (tension de la vap
mesure le travail calorifique assimilable . Cette tension es
pendante des pressions existant anti^rieurement dans
conséquence, si plusieurs liquides émettent des vapeurs d;
enceinte de température constante, ces vapeurs atteindr
sion limite qui s'ajouteront. (Loi de Dalton sur tes vapeu
25° Dans la liquéfaction 'des gaz, il faudra d'abord annul
répulsives extérieures; par conséquent il faudra d'auta
pression que la température des corps à liquéfier sera ph
26" Si le travail calorifique incessamment fourni pai
est égal à la chaleur latente dégagée, le gaz ne pourra
quelle que soit la pression extérieure (voir n° 19) c'est le\
du gaz.
27° Puisque l'on peut remplacer les corps par à<
molécules (Vif), on pourra représenter les volumes i
par la formule fcd (1 -|- i x) dans laquelle on fera suce
t = 0,73, et 4a; =0 pour les solides auO absolu, c'e
Tabsence de toute force ou de tout travail extérieur ;
k^i ,00 et iœ = 0 pour les liquides au moment de leu
fc^l,47 pour le gaz et 4a; quelconque, puisque d
(i -\- iix) est inversement proportionnel aux forces ext^
II suit de cette remarque que, quel que soit le corp
dana un volume représenté par 1000, il y aura :
1" -i. - — molécule, d'un corps solide au 0 absolu;
2" -■«Aqjt moléculesd'un liquide au moment de la liqui
o **>W ,, , ^
lArto ™ol™ules des gaz au moment de leur forn
— 698 —
Pour ces derniers et quels qu'ils soient, ^x pouvant être quelconque,
le nombre des molécules sera toujours le même dans des volumes
égaux, soumis à la même température et à la même pression; c'est
la loi d'Ampère et d'Avogrado étendue, avec certaines restrictions,
aux solides et aux liquides.
^i,
ON TIENT COMPTE DE LA VALEUR RELATIVE DE m ET DE m
GENERALITES
f
On voit que dans la formule générale
,d — X
F (x) = Kmm'
x^
on ne peut faire tw ou m' égale a o sans annuler F (x), ce qui
veut dire qu'une masse unique dans un espace indéfini ne pré-
sente aucime des propriétés principales de la matière ; elle ne pos-
sède en effet ni poids ni porosité, etc.
Il résulte de cette remarque que la formule définit les corps
(ainsi que nous l'avons déjà dit dans la note V) par le produit de
deux masses et par la représentation des forces attractives et ré-
pulsives qui s'exercent entre ces masses.
Pour distinguer ces masses élémentaires des atomes, tels qu'on
les comprend en chimie, nous les appellerons mia^ômes^ de telle
sorte qu'un atome d'un corps quelconque sera composé de deux
micrômes. Il devient ainsi insécable par définition, puisque chaque
micrôme pris isolément ne possède pas les propriétés de la ma-
tière telle que nous la connaissons.
Prenons deux corps différents, Tun formé de micrômes égaux
il/, l'autre de micrômes plus petits m, remplaçons ces corps pai*
des files de molécules (VII) placées à une distance d les unes des
autres et mettons ces deux files bout à bout en ligne droite, éga-
lement à une distance d l'une et l'autre;
Appelons Yj^a la somme négative des forces attractives du corps
• M considéré sous l'un des trois états ;
Yffjï celle des forces attractives de m dans les mêmes
conditions.
Yif,„ l'action de M sur m.
\
\
— 599 —
ta
9 la résultante des forces extérieures sur M.
o la résultante des forces extérieures sur m (voir note VIII).
Il n'y aura de possible que les trois combinaisons de signes sui-
vants :
(A) — Yjfn,< — Yip + Y et < — Ym2 + <p'
(B) — Yjf;n< — YjP + ? et > — Ym^ + (p'
(C) _Yjf«> — Yjp + 9 et > — Y^.4.<p'
(A.) Les liaisons des micrômes M et celles des micrômes m ne
sont pas rompues, les deux corps restent donc définis par leurs
formules ; tout se borne à des actions superficielles d'attraction,
ce sont des actions de contact.
(B) Dans cette hypothèse, la limite d'élasticité des micrômes m
est dépassée ; tout se passe donc comme si le corps m* était de-
venu liquide, et nous sommes en présence d'un phénomène dedisso-
lution.
(C) Sollicités par une force supérieure, les micrômes il/ et m ne
peuvent rester unis à leurs homologues; il se forme, en vertu
de la prépondérance de l'attraction dumicrôme M snv le jnicrôme
m, un atome représentant un corps complètement différent des deux
premiers,
ha effet, il sera défini par une nouvelle formule
F, (x) = KMm — —
d ~~^ X
différente de celles des deux premiers corps F^ (j?) = KM* — - —
d ~~" oc
et F, (a?) = Km* —. C'est le fait connu sous le nom de combi-
ûC
naison chimique.
Nous allons examiner successivement plus en détail ces trois cas
particuliers*
(a) actions de contact.
28** Si on mélange deux liquides de même densité, ne se dissol-
vant pas et ne se combinant pas entre eux, les atomes du liquide
qui possède la plus grande force attractive, se réuniront ensemble
et tendront à prendre incessamment une forme symétri que par rap-
port à un atome central, c'est-à-dire la forme sphériquo. Nous
j
! — 600 —
I
disons : tendront incessamment, car Téquilibre de molécules équidis-
tantes en nombre quelconque sous la forme sphérique est une
limite qui ne saurait être atteinte, puisqu'on ne peut placer plus
de vingt molécules équidistantes à la surface d'une sphère; l'ico-
saèdre régulier circonscrit à cette surface est, en effet, le polyèdre
régulier qui présente le plus grand nombre de points de contact
avec elle.
Cette forme sera modifiée aussitôt que Ton mettra en contact
avec cette sphère un corps solide quelconque, (tel qu'une carcasse
en fil de laiton), et cela en vertu de Tauréole attractive, relati-
vement considérable, de ces corps. (VI). Ce sont les résultats tro^t-
vés par M, Plateau.
29** Supposons le corps m* à Tétat liquide, et le corps itf* à l'état
solide, on aura nécessairement à choisir entre les deux relations:
qui, d'après la démonstration géométrique de Clairaut indiquent si
le liquide mouille ou ne mouille pas le corps M^.
30® La variation de la valeur de 9 suffit pour changer le sens
primitif de l'inégalité ci-dessus, ce qui montre Tm/Zuence de la pres-
sion et de la température sur les phénomènes capillaires.
31^ Comme corollaire de ce que nous venons de dire, si on
chauffe un liquide dans un vase, on pourra toujours donner à 5
une valeur suffisante pour que le liquide ne mouille pas le vase et
obéisse à l'action de ses propres molécules. C'est l'état sphcrdidùl
des corps. Dans ce cas, la surface du liquide prend des formes
remarquables et absolument semblables à celles qu'indique le calcul
quand on considère la force mutuelle, comme une force centrale,
agissant sur une molécule extérieure douée d'une vitesse initiale.
C'est ce que nous verrons dans la deuxième partie.
32® La proposition V montre que l'action attractive]est à peu près la
même pour des files de molécules dont le nombre de molécules pla-
■
cées à une distance d varie de 40 à 00 . Tout se passe donc comme
si la force capillaire était indépendante de l'épaisseur des corps.
33^ Si on plonge un tube capillaire dans un liquide, il résulte de
la loi (32") que la hauteur h de dénivellation est indépendante de
l'épaisseur du tube et par suite on pourra écrire immédiatement
l'équation d'équilibre existant entre la force capillaire du tube, pro-
— 601 —
portionneUe à sa circonférence, et le poids de la colonne de
ayant h pour hauteur.
Es appelant D le diamètre de ce tuba et 3 la densité du I
on aura :
i(-Y,.+Tl
DS
S'il s'agissait de deux lames de longueur l placées à une d
D, on aurait de même :
ii{ — YMm + '!j = ma h
d'o,'.: t = iiz:l£L±i)
On a retrouvé ainsi toutes les autres lois de la cap
déterminées par Laplace, car — Yjfm -|- 9 n'est autre chose c
intégrale 17, représentant la force capillaire « qui décroît av
» extrême rapidité et devient insensible quand la différence (/)*<
■ sensible », intégrale qui, comme on le sait, sert de base
ses calculs.
34' Si au lieu de prendre un nombre infini de micrômes,
prend un nombre assez petit pour que la somme des ord
— Yn.1 -\- f devienne plus petite que — Yj,^, on rentrera dans le
c'est-à-dire que l'action de masse du corps M' produira la diss
du corps m'.
35" Si on construit les courbes, on voit qu'il y a un dégaj
de travail analogue à celui développé par la compression
traduit ainsi que nous l'avons vu dans la loi de Joule (8") '
dégagement de chaleur et d'électricité. Le premier de ces
mènes a été observé par Pouillet.
B, DISSOLUTIONS, niLDTIONS
36° Si le corps est à l'état solide, tout se passant, ainsi qu
l'avons vu, comme s'il devenait liquide, il devra emprunter
lui-même, soit aux corps environnants, la chaleur latente née
pour rendre son équilibre stable. Il y aura ainsi une première
(1) la dllTércnce f représente l'épaisaoïir de la couche eitéricute du ci
Udc qui ^t sut le li(piid«. (V. Laplace. Capillaritâ.)
I
— 602 —
d'abaissement de température à laquelle s'ajoutera, ainsi que nous
allons le voir, celle de la dilution du nouveau liquide dans l'ancieD.
Dans ce cas, les actions du liquide M^ sur le liquide m* sont iden-
tiques à celles qui se produisent pendant les dilatations de ces mêmes
liquides; il y a donc encore absorption de chaleur.
38° Le calcul donne pour le phénomène de saturatiouy en appelant j
N' le nombre de micrômes capables de dissoudre A^ micrômes m : *
En effet la force dissolvante de N' micrômes M, résultant pour cha-
cun d'eux, pris isolément, de l'action ( — Yj/^) diminuée de l'attrac-
tion ( — Yjf2 -|- 9), a pour valeur :
Dans le cas de saturation, cette quantité doit faire équilibre aux
attractions de N micrômes m, on trouve donc finalement Téquation
N' (- Y^^ +Y^ - <p)= N (- Y^, + f )
de laquelle on tire
Y^= — ?
39® Si Y^j a une valeur relative assez grande, c'est-à-dire si le
corps m est solide^ on voit que la solubilité augmente avec les valeurs
de <p et de <p' qui peuvent être représentées par l'élévation de tempéra-
ture. Ce phénomène se produit tant que le numérateur reste positif
ou en d'autres termes tant qu'il n'y a pas de combinaison chimique.
Il suffit, pour s'en convaincre, de remarquer que les relations rela-
tives aux actions de contact et de dissolution (A et B) donnent
Yj,f„»— Y,p+?>0
tandis que 'Y Mm — Yj/i -f- ? < 0 convient aux actions chimiques;
par conséquent, pour que N soit > 0, il faut que Ynm — Yjp -}- 9
soit positif, car Y^i — ?' est toujours positif tant qu'il s'agit de
corps solides ou liquides.
W Si Y,„s est très petit, Y^a — ?' restant positif (corps liquides),
N devient très grand, par conséquent les liquides se diluent en
grande proportion les uns dans les autres.
41^ Dans le cas des gaz la formule doit être transformée, car le
dénominateur devient négatif et il faut par snîte c
de ?'.
En effet, dans ce cas Yn,> ^ 0, on a donc
et N est négatif. Pour rendre sa valeur positive, il
la force répulsive 9' par une force attractive, ce qu:
mettre le gaz à une pression extérieure ( — <f',).
D'après les considérations des n"' 20" et 21" on a, en
pace parcouru sous l'inâuence de la force ?' ,
(2)-
■ -(-tJ
mais X représente aussi le volume d'une molécule
par suite, en appelant «o le nombre constant (27") de
gaz quelconque contenu dans l'unité de volume à la
sous la pression f] et n, le nombre contenu à la temj
la même pression, on a les deux équations (3) n
(i) i = n„x; éliminant f], Ho et œ entre les équati(
on trouve fînaJement :
>- ,„ y Mm — Yjp 4- ç
^^^ .(i+.,r "•
Par conséquent, les gaz sont insolubles dans le vit
ce cas Ho = 0.
42° Le nombre de molécules de gaz dissoutes est ]
nombre de molécules de gaz contenues dans l'unil
sous la pression 7 (première loi de Ûalton) et dimin
pérature.
43" Quand Yjfn, — Yj(i -|- ? devient très petit, c'i
le liquide est voisin de son point A'ébullition, la so
également très petite.
44" La formule étant indépendante de Y„ï, il s
gaz qui n'exerceront pas d'action chimique les uns :
dissoudront indépendamment les unes des autres (^
45" Dans le cas de dissolution de plusieurs corps si
dans un même liquide, il faudra au contraire (Y „] i
— Re-
tenir compte des attractions de ces corps eiiti*e eux. Les équations
deviennent alors très compliquées, mais il suffit de remarquer que
la solubilité du corps m*, par exemple, set'a généraletnent modifiée
en plus ou en moins, par lu présence des autres corps dans la dism-
lution.
On sait le rôle très important que joae ce phénomène dans les
analyses chimiques.
46° Si le liquide, saturé à chaud, se refroidit, les molécules deve-
nues insolubles se déposeront de préférence sur les corps solides.,
en vertu de Tauréole attractive que ceux-ci possèdent.
47® Nous avons vu, dans la proposition VII, que tout corps solide
pouvait être considéré comme donnant trois composantes attractives
(généralement différentes), suivant trois axes déterminés . Eu con-
séquence, les molécules qui ne peuvent rester dissoutes par suitede
la concentration du liquide se grouperont proportionnellement à
l'intensité de ces composantes comme la limaille de fer autour des
pôles d*un aimant. Ces molécules prendront donc des formes géomé-
triques ou cristallines que Ton pourra rapporter à trois axes. Ces
axes seront déterminés parles valeurs relatives de 3/, m, m..,
c'est-à-dire parla composition chimique des corps (VII).
48° Il est clair que si les composantes de deux corps dissous m
et m sont proportionnelles entre elles, ces corps pourront se substituer
ou se remplacer pendant l'accroissement du cristal, à la condition,
toutefois, que leurs molécules n'exerceront ni action chimique ni
action dissolvante les unes sur les autres. Dans cette dernière
hypothèse, les corps cristalliseraient chacun séparément. En d'autres
termes, pour que la substitution puisse avoir lieu, il faut qu'il n'existe
entre m et m que des actions de contact.
Si, maintenant, dans un composé chimique représenté par la formule
d ^— ce
KMm , M est relativement grand par rapport à m, on voit
Su
que si l'on substitue à m des valeurs m', m"... de même ordre, les
composantes varieront peu et par suite les différents corps Mm,
Mm', Mm", etc., offrant la même composition, cristalliseront dans le
même système (isoînorphisnié).
(Nous verrons dans les applications de la formule à la chimie com-
ment a lieu le polymœphisme).
49* Toute modification apportée aux composantes les affectant
également dans le sens positif et dans le sens néga
(le forces mutuelles, on en déduit immédiatement
des cristauo!.
50" On voit que toutes ces considérations et to
D'infirment en rien les explications des phénomène!
par Liebig. Elles les confirment, aa contraire, en <
mathiquement les coDsidérations sur lesquelles il ]
En effet, Liebig explique les efifets de l'osmose
f les membranes absorbent par cohésion des quant:
liquide. » Cette cohésion n'est autre que l'auréole
théorie, en in di quant les modifications que la f
combinaisons chimiques apportent à cette auréole
faits que l'explication de Liebig était impuissante .
51° n est à remarquer que l'action de masse pei
combinaisons chimiques, il suffit pour cela que
crèmes M soit suffisamment petit pour que la som
attractives Yjfi aoit > que Yjfm -!- ?■
C. — ACTIONS CHIMIQUES .
52° Nous avons vu que si on prenait deux aton
définis par les formules KM' et Km* el
des forces extérieures, on avait les relations :
(a) — Y«™>-Yjn + i>
et
(b) -Y^„>- Y™> + i>'.
il se formait deux atomes d'un nouveau corps défi
KMm — . Nous disons d'un nouveait corps, car 1
étant difiiérente des deux premières donnera des ci
ticité, des chaleurs latentes, des densités et par
également difi'érents.
53" On voit à priori, et sans qu'il soit nécessai
les courbes, que l'équilibre existera quand l'ordonr
représentant la force répulsive existant entre la mi
M et sa voisine immédiate m sera égale à Y.,-j- "Y
— 606 —
diminués des forces extérieures <j> et <p'. Le travail produit T sera
donné par Téquation :
(4) ^^Mm- 6Y^, - 6 Y„, + C (^ + ç') + T = 0.
54^ Si les valeurs algébriques de 9 et de <p' varient, elles
pourront changer le sens des inégalités (a) et (b). Dans ce cas,
la combinaison sera détruite, il 7 aura dissociation. Dans les
espaces clos, s'il se dégage des gaz, leurs pressions s'ajouteront
aux valeurs de <p et de ^' et quand la somme atteindra une valeur
convenable pour changer le sens des inégalités (a) et (b), le phé-
nomène s'arrêtera; c'est la tension de dissociation de MM. Sainte-
Claire-Deville et H. Debray.
55^ En additionnant les deux inégalités (a) et (b)^ on voit qu'il
faut, pour qu'il j ait dissociatiofi ou décomposition chimique^ que la
somme algébrique — SF^m — ? — ?' soit plus petite ou au moins
égale à — Yj^ — Y„»„ et que l'extérieur fournisse ou reçoive un
travail égal à celui produit pendant la combinaison. Il suit de cette
remarque que dans Vélectrolyse^ le nombre de volts disponibles,
(représenté par l'ordonnée 9 -j- <f) indique si la décomposition est
possible, et que le nombre de volt-ampères dégagés, ou travail,
détermine le poids de la matière décomposée,
86* Pour examiner les combinaisons de plusieurs corps simples, il
d ^"^ ce
suffira défaire dans F(x)=KMm — 5 — , Mm= u* et d'opérer comme
ci-dessus avec une nouvelle molécule m. Il faut seulement remarquer
que le travail ^Y'Mm = — ÇY^„ayantunevaleur finie (voirNote 111),
on nepeut obtenirindéflniment des combinaisons d'une masse M avec
des masses m, m', m'.... Le maximum est donné par la valeur entière
de N dans la relation :
57® En considérant les places que M et m peuvent occuper à droite
ou à gauche l'une de l'autre (flg. 3), suivant la valeur des forces
extérieures 9 et 9', on remarque que ces deux masses peuvent donner
lieu à 2 valeurs de T, car la valeur de l'espace parcouru A x est
différente. Par conséquent le même corps composé de deux micrômes
difi'érents M et tn peut avoir deux chaleurs latentes de combinaison
différentes et, par suite des composantes suivant trois axes également
— 607 —
différentes (VII). Ils sont donc susceptibles de prendre deux formes
cristallines. En étendant cette observation à plusieurs micrômes (56®)
on trouve le polymorphisme des substances .
58° Le travail T étant indépendant du temps,on voit que la combus-
tion vive et la combustion lente produisent la même quantité de cha-
leur.
59*", 60®, 61° Dans le cas des gaz 6 Yj^j et © Y^j deviennent égaux à 0
puisque Y^, et Y„„ sont eux-mêmes égaux à 0. On sait, d'autre part,
que les molécules étant très éloignées les unes des autres^ Yj^^ ^^^
négligeable. En conséquence, pour que Téquation du travail puisse
être satisfaite, il faudra, comme dans la dissolution des gaz, changer
le signe de la somme 9 et 9, c'est-à-dire ramener les molécules
gazeuses à une distance suffisante pour que 6 Yj^m prenne une valeur
convenable.
Cet effet s'obtiendra :
1® Par une pression extérieure;
S*» Par le choe produit par une force répulsive extérieure, telle que
celle résultant du travail dégagé par un corps en ignition;
3** Par Vauréole atii*active d'un corps solide condensant suffisam-
ment les gaz à sa surface.
On comprend, d'après les explications antérieures, -que ce phéno-
mène se produira d'autant plus efficacement que le corps sera plus
dense et plus divisé ou plus poreux (force catalytique).
62** L'équation du travail appliquée aux combinaisons de plusieurs
micrômes montre, ainsi que l'a formulé M. Berthelot, qu'il se
développera toujours le travail ma>ximum possible dans les conditions
de l'expérience. Cette loi, comme on le sait, comprend celles de Ber-
thoUet, convenablement modifiées. Il est toutefois à remarquer que
l'un des deux corps formés peut absorber un travail plus grand
que le travail T à la condition que le second fournisse la différence.
Le phénomène inverse se produira évidemment lors de la dissocia-
tion.
63® La valeur de d étant une constante de la nature, et les corps
étant définis par l'action de deux micrômes, on peut dire que ceux-là
sont tous composés d'un nombre pair de micrômes.
Si on prend pour unité de volume, celui d'un micrôme (loi d'Am-
père et d'Avogrado 27^), on peut également dire, que tous corps
— 608 —
simples sont représentés par deux volumes, et les corps composés par
un nombre pair de volumes.
Par conséquent :
un volume se combinant avec un volume, donnera d^uo; volumes; un
volume avec deux volumes donnera encore deux volumes, etc.
C'est la bi des volumes et par suite celle des équivalents et des pro-
portions multiples.
En résumé, la formule générale proposée, en donnant d'une part,
pour la force répulsive exercée entre une molécule et sa voisine
immédiate une valeur variant de o à oo , et en donnant d'autre part
des valeurs finies pour la somme des forces attractives d'un nombre
infini de molécules, ainsi que des valeurs également finies pour la
somme des travaux de ces mêmes forces, cette formule, disons-
nous, nous a permis d'établir avec les plus grandes facilités un grand
nombre des lois de la physique et de la chimie.
Nous allons terminer cette première partie par l'étude des chaleurs
spécifiques.
CHALEURS SPÉCIFIQUES
Remarquons que : dire que la température d'un corps a été élevée
de 1®, c'est dire que les molécules composant l'unité de volume de
ce corps ont reçu, par l'intermédiaire de la chaleur, un travail
équivalent à celui nécessaire pour augmenter d'une quantité cons-
tante (x), l'unité de volume d'un gaz simple quelconque à la pres-
sion constante Pq.
Cette définition n'est en réalité que celle du thermomètre à gaz,
le seul appareil qui mesure exactement les températures par suite
delà constance de la valeur de x {H^),
On a donc, en appelant r cette quantité et E l'équivalent méca-
nique de la chaleur :
yE = aPo d'où Y == constante.
Si p est le poids atomique d'un corps, V son volume apparent et
kd (1 + A x) son volume moléculaire (27'*), on aura, en appelant ^ k
poids de l'unité de volume apparent :
^^.*d(l + Aa:)
— 609 —
En divisant y par ce poids, le quotient d'
leur nécess^re pour élever l'unité dô poids
cifique C, on a donc :
c = -TTir-nr-. ^'o" pc =
pkd (1 -f Aj) '^
Remarquons maintenant, qu'à l'état de 1
molécules sont à ana distance d, et appels
respondant, (1g même pour tons les corps s
mesurée entre les changements d'état, S
dilatation ou de contraction à partir de 1'
on pourra écrire :
ce qui donne :
(I)
kd (1 + Aa;)
ou en réunissant les constantes :
' k ' i + Aûs
Si dans cette formule on fait t x^= o,
la loi Bulong et Petit ^nsi modifiée et éten<
64° Le produit des poids atomiques de:
chaleur spécifique est un nombre constat
corps.
Ce nombre est inversement proportionne:
1 ,00 et 1 ,47 suivant qu'il s'agit de l'état so
liquide parfait, ou de l'état gazeux (voir 2'
Si on prend la moyenne de k pour le!
(0,865), ce qui correspond à peu près au
ces corps, et si on les compare à celle
que ce dernier nombre doit être un peu ]
du premier.
L'expérience a donné d'après Wurtz 6,
mettrons d'insister sur ce résultat qu'auci
pUqaé jusqu'à ce jour.
— 610 —
6S^, 66<^ La formule (2) indique encore la relation qui existe entre
les chaleurs spécifiques et la température ou Vélasticité.
1 + Ad6
67° Si le volume du gaz est constant, la fraction-r— ; — : — sera cons-
tante, par conséquent la chaleur spécifique des gaz à vohitne constanl
est constante.
68° Pour passer des corps simples aux corps composés, il suffira
de faire dans la formule (i) P = Poids atomique du corps considéré
et Vi = son volume apparent.
On aura ainsi en posant A' = -^-7—
d'où :
'^^- k • l + Ax-
Cette formule, appliquée aux gaz, démontre les deux lois de
Duleng sur les capacités des gaz composés, lois ainsi énoncées par
lui.
69^ « 1^ Les gaz composés de gaz simples, qui dans leur réunion
» ne sont pas condensés, ont une même chaleur spécifique rapportée
» au volume que les gaz simples ;
70® « 2*> Les gaz composés dans la formation desquels il y a une
)) même condensation des gaz constituants ont des chaleurs spé-
» cifiques égales, quoique très différentes de celles des gaz
» simples. »
71° S'il n*y a pas eu condensation, on a d'une manière générale,
en appelant n^ n', n'^^ le nombre d*atomes combinés et p, p', p' leur
poids atomique.
P =:np-\- ny -f" ^"p" + • • • ®^ ^'i = ^^\ + '^'^'i + . . . = Ny,,
tnais PC = -5^ . -j^^- = — j^ç^ or. .N =n + n'+« +...
1 +/ Sj9
Éliminant N > et l'cmarquaut que ^ ^ , ^ — = JBC == pc" = ■ ;
— 611
On a Haalciueiit, k la variation de i
PC
_ (nA + n' A + .
C'est la loi de M. de Wœestyn et de
Ett résumé, nous retrouTons tou
ques et leurs anomalies apparentes.
De ce qni précède , il résulte q
corps solides étaient foritaés de gr(
(ou atomes) placés au 0 absolu à i
Le premier effet de la chaleur,
Heures, est d'augmenter la distanct
jusqu'à ce que les atomes viennent 1
autres. Arrivés k ce point, l'action d
micrôme considéré s'oppose à un 1
extérieur, s'il continue à affluer, et
passant à l'état latent, phénomène
par un changement d'origine des c
Les mêmes remarques sont ident
des corps de l'état liquide à l'état g
tangent au point minimum des coui
II» PAI
En imprimant au système mm' u
celle de la masse m, nous n'aurons ;
tive V de la masse m'. Cette vitesse
g 1. Dana le sens de la droite qui
g 2. Obliquement à cette droite.
§1
Ce premier cas, dont l'expositioi
choc, le travail élastique et les dif
des limites que nous nous sommes i
nous contenterons de donner l'équi
— 642 —
pour le parcours d'un espace x et Téquation de la vitesse v avec
une application.
Il suffit, pour avoir la valeur du temps T, de remarquer que
F (x) = Kmm' -^ = ^' ^
Intégrant 2 fois et faisant partir les origines de 5 pour éliminer
les deux constantes, on a immédiatement :
«
T est donc représenté par les ordonnées d'une parabole divergente
(flg. 4), qui se confond avec une seconde parabole cubique T» = as^,
quand d devient négligeable par rapport à x. En effet, on trouve
pour X = iOOd, a = 2,03 et pour a? = oo , a = 2.
On peut donc dire qu'à partir de 100 distances moléculaires, les
carrés des temps sont proportionnels aux cubes des distances, (ana-
logie avec la 3® loi de Kepler).
Nous venons de voir que la valeur du temps était donnée par la
1 1
relation T* = ^ ^ (a? -f- d)' (2 ^ — rf). En différentiant cette équation
^ ce
on obtient la valeur de -=. c'est-à-dire la vitesse moléculaire en fonc-
tion de K,de m et de a?. Toutefois, il est plus simple de prendre la formule
du travail compté à partir de 5 (voir Note II) et de l'égaler à la demi-
force vive de la molécule m ; on a ainsi :
d'où :
Kwm —^ — -— = ~ m v*
2x« 2
(3j V- = Km ^^LlL^.
on voit que la vitesse relative est indépendante de la masse en mou-
vement relatif et ne dépend que de celle qui est en repos relatif
(Chute des corps). C'est la traduction algébrique du principe de l'in-
dépendance d«s petits mouvements.
Divisant (3) par F == Km m -
v^ {ix — d) X
!■' m' {d — x)
Telle est la formule générale
fonctioQ de la force élastique.
72° Comme application, cherci
ébranlement moléculaire, tel qui
Pi et à la température t .
F, représentant de la force éh
contraire à P, on peut donc écrii
dénominateur par x :
— I
ou, en négligeant la valeur de -
du gaz), ce qui donnera la vitesse
mais m' représente la masse d'ui
(/; à l'état gazeux, ce micrômc m
ment 1,47 d (27") et, sous la près
appelant m" la masse gaze.ise ce
D'autre part, en appelant Do
atmosphérique Pu et à la tempér.
mais Po= 0'°76XA,i étant la d(
on a finalement :
— 614 —
qaantite très rapprochée en niains de 330'>70 donnés par les expé-
riences de Kegnault.
La formule de Newton ne donnait que la quantité contenue sous
le radical, soit 279»33.
73^ Si on voulait chercher la vitesse du son dans les liquides et
F Cix-d)
les solides il suffirait, dans la formule «' =— ; -^ — - x. de substituer
m d-x
P P
à ni sa valeur — et de remarquer que - = p poids de l'unité de
.7 ^
longueur, ce qui donne :
f — E 2ar — d
^ p ' d — X
D'autre pai% si on appelle t rallongement par unité de poids de
Tunité de longueur et / celui de Tunité de longueur sous Taction du
poids f, on aura :
L'allongement dû à la force élastique F par unité de longueur
est évidemment égal à , ce qui donne la relation
„ . d — X
F t =
Substituant dans Téquation ci-dessus on a :
c* = y' (2 ), mais dans les solides et les liquides - est à peu
g
près égal à 1 , on retrouve donc la formule de Laplace t* = -t.
En effectuant les calculs, on trouve que la trajectoire exprimée en
coordonnées polaires est donnée par Téquation :
s (l 4" * ces yc co) = ^
dans laquelle p est le rayon vecteur^
X et ^ des coefficients constants et
rc^Y
^ K'« •
— 615 -
Dans cette deniière équation, K, M et (/ ce
ordinaires et K' représente l'aire di^crite par
dant l'unité de temps (voir Note IX).
74° Si nous négligeons la valeur deJ, i/,,- j^
retrouvons, ainsi qu'on devait s'y attendre, la
75" Si \U=.i -\- £., î étant très petit , d
courbe de second degré, dont le rayon vectei
en produisantun mouvement de précession (flg
l'analogie delà force — avec les forces pertu
troisième degré, qui agissent sur les mouvem
7(3" Si \/c = H, H étant un nombre queU
plusieurs unités, la trajectoire est représenté
dique autour d'un cercle ayant po pour rayon
valeurs de p sur p» varient comme les rayor
conique dont l'équation serait f (1 -j- a cos «>')
!■)' := nt'i.
Tout se passera donc dans l'espace, con
mouvait sur des surfaces de second degré
rances à la surface d'une sphère qui tourn
d'un dp ses diamètres, pris comme axe
Le mouvement des liquides à. l'état xphér
idée de ce phénomène.
Toute force i-xtérieure de direction c^
sphère et ses protubérances ; mais, comme
celles-ci tant que n conservera sa valeur,
annuler en même temps leurs projections si
culairos.
Si » est très grand, c'est-à-dire si c/ a i
iative par rapport à l'unité, nous nous tro
vibrations interparticulaircs qui correspon<J
mineuses et caloriâques.
D'après les expériences de M. Jaussen, 1
j-orbent les vibrations calorifiques; d'autre
nique ne peut se produire que dans la <
c'est-â-dire du rayon vecteur; ceci revient
quf- la chaleur est due aux vibrations longî
— 616 —
tout à l'heure comment notre système vibratoire permet d'expliquer
la polarisation et la double réfraction avec la propagation dans le
sens du rayon.
Ces remarques nous autorisent à considérer l'œil comme un
appareil analyseur ^ percevant les vibrations transversales entre cer-
taines limites et dans lequel les protubérances s'aplatissent per-
pendiculairement au rayon lumineux.
77^ Tout se passe donc comme si la lumière se propageait par
des vibrations perpendiculaires à la direction du rayon, et la MU-
rence entre les longueurs d'ondes tiendrait à la projection, avec la
même vitesse, sur la rétine, des protubérances d'une vibration
complète.
78° Il est évident qu'en ne considérant que la projection d une
seule protubérance, on retrouvera toutes les formules de Fresnel
relatives à la théorie des ondulations.
79^ Les objections que Ton avait faites jusqu'à ce jour aux idées
de Cauchy sur la propagation de la chaleur par des vibrations
longitudinales, consistaient en ce que la chaleur se polarise et
éprouve la double réfraction; mais, dans le cas du mouvement
vibratoire exposé ci-dessus, n étant plus grand que l'unité, on ne
peut annuler la vibration suivant deux axes sans les supprimer sur
ïe troisième : il en résulte que la polarisation peut déterminer des
phénomènes identiques pour la lumière et pour la chaleur.
80° Il en est de même pour la double réfraction. Les résis-
tances dues aux auréoles moléculaires et aux composantes des
cristaux à un ou deux axes déterminant la décomposition des
ondes lumineuses en deux systèmes ondulatoires, existent aussi
pour le troisième axe dirigé suivant le rayon. Par suite, on doit
considérer la double réfraction de la lumière aussi bien que celle
de la chaleur; les nouvelles composantes transversales et longi-
tudinales pouvant être ramenées par une rotation convenable du
cristal dans doux places perpendiculaires, on obtiendra deux rayofis
de lumière et de chaleur polarisés.
NOTES JUSTIFICATIVES
Note I
Soit la forimile : y = .
L'ordonnée y représente la force attractive ou répulsive, suivant
que X est plus grand ou plus petit que d. En différentiant deux
fois, nous aurons trois relations :
On voit ainsi , en ne considérant que les valeurs positives de x (les seu-
les qui nous importent), que la courbe part de j/ == -|- oo pour a? = 0
(ftg. 1), coupe l'axe des x pour ar = cf, présente un minimum quand
X = ^ rf et un point d'inflexion pour a? = 2 d ; puis les valeurs de y
^»
continuent à être négatives, la force restant attractive, et Ton a
if = 0 pour .T = x> .
(Extrait des Comptes Rendus, 30 juin IHS4.)
La différentielle seconde montre que depuis a? =0 jusqu'à a? =2d.
la courbe tourne sa convexité vers Taxe des x, et, que depuis xzzzid
jusqu'à a? = 00 , elle tourne sa concavité vers ce même axe.
L'équation de la tangente en un point x' //', est donnée par l'équa-
^ix' — M
iion y — y = — ^^ (.r — x).
Quand on fait x=() et qu'on remplace y' par sa valeur, on trouve:
id — 3x
quantité qui s*annule pour x' = ± oo , d'où Tga = 0.
Par conséquent, la courbe est assymptotique à l'axe des x.
ment ^n fi
. 3a
(juantité qui s'annule pour x' := 0, d
Par conséquent, la courbe est é
Note :
Si nous faisons maintenant la quac
/î,Oa: = l(l-^)+C,ceqmn(
./ ï''^^*'- J *'''* = â7
lieftquelles on tire / ytx-\- f y\
KOmme des travaux de la force répuis
est égale à la somme des travaux de
jusqu'à jî = -j-3c .
(Extrait des Com
Note 1
Effectuons le calcul pour une fllt
en ligne droite.à la gauche de la moli
unes des autres. Soit e la quantité do
prochées sous l'action de leurs attra<
sera la seule qui exercera sur m une
sera donnée par la substitution de t
donc, en allant de gauche à droite.
Force répulsive pour cc^ (d — e
Force attractive pour.r ^h (d —
— 620 ^
Remarquant que la valeur de la force répulsive doit faire équilibre
à la somme des forces attractives depuis 2 d jusqu'à nd^ nous aurons:
(d — e)« ""i^2 H'(rf — e.)» ' ^ ^^^ ^, n'(d — e)» ~ '
mais,
^ ^ Zji „3 (d ^ e)» ~ (d — 6)«^< 71' (d ~ e)«^ « n«
D'après les formules connues de Tintégration des puissances inver-
ses, nous avons:
2"* i = 1 ,202058. . . et V " i = 1 ,6449340. . .
ce qui donne (d — e) = 0,731735 d.
Cette valeur correspond à une force répulsive égale à 0,68793 ot
à un travail négatif égal à 0,0684793.. ^.
Pour avoir la somme des travaux positifs, il suffira de faire la
quadrature û de la courbe pour a? = 2d, 3d^ ..., nd, et d'en retran-
cher la somme des valeurs pour j? = 2d — e, 3d — e, ..., fid — f.
4 1
On a, pour l'expression générale de Û, en faisant d= 1 : û = — —,
1 1
(voir note II) et, pour celle do û' û' z= •^, ;
le travail positif depuis 2 jusqu'à n sera donc
âL -^8 (n — e)* ^-^2 n*J Z^^n^^^n — è
Il est très facile d'obtenir par la formule de la sommation des
puissances inverses, la valeur de la quantité comprise entre paren-
thèses. Il n'en est pas de même pour les séries harmoniqut'S
- et V . Pour les transformer, nous remarquerons que
lie t
= —. :, quantité que nous remplacerons par — -
avec une erreur que Ton pourra rendre aussi petite que l'on voudra
en calculant directement un certain nombre de valeurs de n (l'en'eur
est en effet plus petite que -^V
En calculant directement les neuf premiers termes do
Zu ^ nous avons eu pour valeur du travail total positif
avec six décimales exactes 0,n5i!;)6, quantité environ
grande que le travail négatif correspondant.
Il faudra donc fournir un tra™l égal à 0,175396 —
0,lO6SO3 pour faire passer les molécules de l'état de
complet (solide au 0 absolu) à l'état d'équilibre (liquidt
fait).
(Extrait des Comptes Rendus, 30
Appelons » la somme des forces attractives, on aur
formule (1) de la note précédente :
d'où :
_ i hy'^ 3d yM-|
((/ — cf l. ^i «' (d — e)^, n'J
égalant à 0 la quantité placée entre parenthèse, on i
valeur du maximum :
<5
Note V
Soit une file de molécules m équidistantesetplacées!
parallèle à OY, à une distance x de cet axe. Cherch
toutes ces molécules, suivant la direction OX, sur ui
placée à l'origine des coordonnées. Une molécule qut
file, placée à une distance r de M, aurait pour actio
formule précitée, /", = KMm — j ;; mais r =
/", = KMm 1— eoB' x -^ cos-^ al. Noire but étant i
-622-
des files de molécules qui en contiennent le même nombre par uniti^
de longueur, quelle que soit la valeur de œ^ nous aurons pour Tex*
pression At/i, comptée sur la tangente d*une circonférence ayant
Tunité pour rayon, et en appelant ^y la distance réelle des mole-
Xy
cules : Aj/, = — '. Ce sera cette valeur qui devra servir à calculer
la variation de * et à intégrer les termes en cos* ^ et ces* i. x est
constant pour la file considérée, et, en passant à la limite, on aura
://!=- =a??. = D. Tga = __, d'où:
.r .T cos* a
j cos*a3^j = j cos'a^a = ^ et I cos^a^y, = 1 cosa3ï = l^
Nous aurons pour Taction totale de la file de molécules sur
la molécule M, suivant la direction OX :
Fx= KMwl^T- — -|= r-| 1 *l-
Si maintenant nous considérons, dans l'espace, un plan parallèle
au plan ZOY, sur lequel serait placée une série de flles équidistantes,
parallèles à OZ, files composées de molécules également équidistantes
et si nous cherchons la projection sur OX de Faction des molécules
contenues dans ce plan sur une molécule M placée à l'origine des
coordonnées, nous pourrons, d'après la formule ci-dessus, remplacer
toutes ces flles de molécules par des molécules équidistantes, appar-
tenant à la trace du plan considéré sur le plan XOY. Il est évident
qu'pn appliquant un calcul identique au calcul précédent, on obtien-
dra pour l'action totale du plan dans la direction OX,
On pourra donc remplacer Taction totale d'une série de plans
parallèles au premier (soit celle d'un solide) par celle d'une file OX
de molécules également équidistantes.
Pour effectuer le calcul dans le cas de files composées de masses
inégales, il suffit de remarquer qu'on ne peut annuler ni m^ ni w'
^ /^
dans là formule générale Kmm' — ; — sans annuler la fonction elle-
même. Celle-ci définit donc les corps par le produit de deux mass«»s.
et par la représentation des forces i
cnnt entre elles; par. conséquent,
ayant des dimensions déterminées
ces masses élémentaires ; si ces de
commence par une masse m, elle
une masse m'. On calculera l'actioi
placée à Torigine des coordonnée-^
sur le milieu de la file) en faisar
files, l'une composée de masses m,
lie masses m" ^m' — m, placées
remarquer également que les m
symétriquement par rapport à l'ai
sur:+;OZ, étant successivement
sur — OZ. (g-l-l- ■■•) A»/, et
qui pourra être exprimée par la f<
Hjant une valeur déterminée. Ce r
parallèles à OY, et par une simp
files obliques, nous pouvons déduii
suivante : L'action d'un corps que
parallélefi à Iniis plans donnén xur
même que celle d'une pie de moléntlt
à l'un des plans. Elle donne, en <
tuivant îles perpendiculaires aux a
Ces composantes peuvent s'ann
ces actions peuvent être représ
KM (m) ^^=j^.
(Extrait des Con
Not.
Ko effet, l'attraction de l'unité de
de distance est une constante ; oi
inule F (x) = Kmm' — ; — , m =
Constante =
A'oii d =
— 624 ~
Note VII
La formule (2) permet de calculer la valeur numérique de K.
On a, en effet, en appelant P le poids d*un corps de masse m\ M la
masse de la terre et R son rayon :
F = m 7 = =7-7- a ou — K. = -77-
Note VIII
Nous ne connaissons pas les corps au 0 absolu, ils ne se pré-
sentent à nous que sous Tinfluence d'un travail calorifique plus ou
moins considérable.
Pour tenir compte de ce travail, il faut retrancher (fig. 2), dutra-
vail total de solidification, une surface égale à celle du travail calori*
fique , en le considérant d'abord comme, un travail de dilatation,
puis de changement d'état, s'il y a lieu. On en déduira d'après l'é-
quivalence des forces naturelles (3*^) la valeur d'une force quel-
conque produisant le même effet sur un corps solide, liquide ou
gazeux. En faisant le calcul pour M et pour m et en ajoutant à
chacune de ces valeurs la somme algébrique des forces extérieures,
on aura les valeurs de 9 et de ©'.
Note IX.
En appliquant l'équation du travail élémentaire exprimé en coor-
données polaires, on a d'une part :
(!) KMm — — ^ Dp = mrOr.
D'autre part, la force étant une force centrale, la loi des aires
donne :
(2) p*D(o = K'or ]
et l'expression générale de i^ en fonction de la vitesse angulaire
donne également :
0f* + P'3co«
(3) v^ — .
Eliminant 0/ entre (2) et (3) et prenant la différentielle, on trouve:
2,0. = K-ol(o i)-l,+i]
— 62ft —
TABLE DES MATIERES
PAGlû»
■
Préliminaires 088
Propositions fondamentales o90
PREMIÈRE PARTIE
m et m n*ont pas de vitesse initiale
Chapitre I". — d est négligeable par rapport à a; oSi
Chapitre II. — d n'est pas négligeable par rapport à ce. . . . 39Î
SI. — On ne tient pas compte des valeurs relatives de m et de m' o9H
Corps solides. 393
Corps liquides ***... 505
Corps gazeux * o9(>
S IL — On tient compte de la valeur relative do m et de m* . .
Actions de contact ...»
dissolutions, dilutions 601
Actions chimiques . * 605
Chaleurs spécifiques • « , . . . . 608
DEUXIÈME PARTIE
m et m' ont une vitesse initiale
;^ 1 — La vitesse relative de m' est dirigée suivant la droite qui
joint m et m' ' 6li
S 11 — La vitesse relative de m' est dirigée obliquement à la
droite qui joint m et m' ^^^^
Conclusion 61 '
Notes jrsxiFiCATivKs 6IS
LA MARINE
L'EXPOSITION UNIVERSELLE D'AD
M. JDLES GATIDRY
Les iodustries marilimes à l'Exposition d'Anvers, do
mission de présenter le compte rendu, offrent un gra
non que ses spécimens soient nombreux et d'un princip
mais parce qu'ils sont typiques, c'est-à-dire qu'ils carac
tendances et systèmes actuels de la plupart des peuple
non seulement pour la marine de guerre qui subit en
de si profondes transformations, mais aussi pour la c
merciale qui n'importe pas moins à la puissance et à
de la nation, ce qui n'a plus besoin d'être démontré.
Les peuples qui s'appliquent aux industries de la
n'ont pas tous exposé à Anvers : Il n'y a rien de la
a, dit'on, une magnifique marine de guerre et d'import
prises de navigation fluviale, ni de la Suède dont le
tions sont si originales et si soignées, ni de l'Autricb
le Danube et ses affluents une batellerie considérable
de faire à Trieste un port des plus perfectionnés, ai c
qui a deux grandes Compagnies transatlantiques proté
prix par son gouvernement, ni de la Suisse dont il
rire, car elle a sur ses lacs des flottilles nombreuses
et elle a deux ateliers qui excellent à construire pou
- 628 —
les instruments de navigation. Il n y a rien non plus à Anvers
des Etats-Unis, la seconde des puissances maritimes du monde, et
dont les navires ont un caractère tout spécial, ni du Mexique qui
veut aussi être une puissance maritime et fait concurrence aux
Compagnies d'Europe avec de très beaux navires de construction
anglaise.
La Belgique, la France, l'Angleterre, l'Italie, la Hollande, l'Al-
lemagne nous montrent seuls à Anvers, tout au moins, des modèles
et plans de leurs constructions navales propres à nous préciser les
systèmes actuels et Tétat de la science.
1° BELGIQUE
Commençons le compte rendu par les Belges, nos hôtes (1). lis
nous ont d'abord fait visiter leur port d'Anvers, dont nos collègaes
Hersent et Couvreux, entrepreneurs français, sont sur le point
d'achever les derniers grands travaux, notamment les 3 kilomètres
de quai sur l'Escaut si ingénieusement fondés sur caissons de
tôle.
Les Français qui ont conçu et commencé un port à Anvers au
début de ce siècle et qui ont entrevu son grand avenir, ne s'ô-
taient pas trompés. Il nous a été donné d'étudier à Anvers le port
de commerce accessible à toute heure de marée, le mieux compris
et outillé, le plus intelligemment administré (2), sans ces abus de
bureaucratie qui font en d'autres lieux le désespoir des marins.
Le port d'Anvers est par excellence le port international ouvert
à tous les pavillons; mais où celui de la Belgique jouit en même
temps, sinon de faveurs spéciales, tout au moins d'appui et de
sympathies locales qui devraient servir de leçon à certaines Chambres
de commerce prêtes à inviter tout d'abord les étrangers, préten-
dant que le pavillon national viendra toujours chez lui forcément.
Il) On ne peut se rappeler ]e voyage que la Société des ingénieurs de France
vient de faire on Belgique sans avoir besoin d'exprimer la reconnaissance pour
les réceptions distinguées et parfois triomphales qui nous ont été faites et poar ce
libéralisme qui est une des gloires de la Belgique, avec lequel nous avons été
admis à étudier tout ce qui pouvait nous instruire.
(i) Un commandant de paquebot espagnol nous disait : « Je fais en 3 jours â
Anvers les manœuvres qui me demandent 8 jours au Havre. Je ne vais que lorsque
j V suis forcé, chez lea Anglais, avec lesquels le libre échange n'est eu fait qu une
illusion. J'aime beaucoup les Français, mais je ne vais dans leurs ports que lorsque
je ne suis pas pressé.
— 629 —
Au point de vue de l'outillage et de la simplicité
admiaistratifs, Anvers nous a paru aussi une grande
BelgfiS, qui veulent se donner des ports, ont coromenc
Italiens à Gênes, par ne faire que celui d'Anvers où ils
toutes leurs ressources. Les derniers grands travaux
3 ans et c'est seulement aujourd'hui que l'œuvre pei
dérée comme achevée et propre à satisfaire pour loi
besoins présents et futurs de la marine, qu'ils pen
d'autres établissements.
Je crois être l'intei'prète de nos camarades du voj
gique, en formulant le vœu : que la France consacrt
les crédits de ses budgets et l'actioilé de ses chantiers à i
plus vite et avec ampleur de prévisions, un petit nombre
ports principaux, an lieu de travailler, comme il se fa
ment, sur 5â places de nos plages dont aucune ne
avant 10 ans le port perfactionné qu'attend la marii
sinon la loi récente sur la marine marchande n'atte
parfaitement son but et la France, avec son beau m
de création récente, ressemblerait à un réseau de cht
bieu outillé de locomotives et de wagons, mais qui
de gares.
L'outillage du port d'Anvers, que l'administration 1{
fait visiter en détail, est le même que celui qui abom
terre, au petit port de Leith, comiiio à Londres et
et qui active si merveilleusement les manutentions ans
les ports que dans toutes gares de chemins de fer.
ponts, grues et treuils, généralement actionnés autoi
suivant le principe hydraulique d'Armstrong. Ce son
tesques appareils élévatoires, pour mater et réparer
enlever les chaudières de steamers, charger et déchai
lourds fardeaux.
On a fait spécialement manœuvrer sous nos yeu;
préalable, nous a-t-il été assuré, le grand appareil él
a monté en 8 minutes, à 10 mètres de haut, une chi
tonnes. Puis, ensuite, un pontlong de 48 mètres qui, er
et demie, s'est effacé pour donner passage aux navires
meot, en une minute et demie, est revenu rétablir 1
de la rue.
BCLL.
t.i^f ;:.>'• ■■■.
*k1-
IS
■*'»
— 630 —
Tous ces instruments d'exploitation maritime sont, à Anvers, si
nombreux, si bien distribués sur les quais, que les navires n^ont
presque pas besoin de se déplacer pour venir les trouver ; de même
qu'il n*est pas besoin d'aller laborieusement chercher, soit la
permission d'emploi, soit le mécanicien de service (1).
Ce qui impressionne également dans la visite du port d'Anvers,
comme dans les grands ports anglais, ce sont des quais magnifi-
quement spacieux, remplis de voies ferrées, avec locomotives spé-
ciales prémunies de toutes manières contre le danger d'incendie^
lesquelles vont partout, jusque dans les docks, pourvus eux aussi.
d'élévateurs, de treuils et des rails.
Le port tout entier d'Anvers semble une immense gare de che-
min de fer largement reliée à tout le réseau continental, avec de
telles combinaisons de services et de tarifs, qu'entre autres exem-
ples, nous pouvons citer celui d'un de nos constructeurs de ma-
chines, qui charge dans sa* cour sur wagon, transborde dans le
navire d'Anvers directement et expédie pour Bordeaux, avec plus
de facilité et d'économie que par toutes autres voies, bien qu'il soii
moins éloigné de trois ports français.
De la marine belge, il y a peu à dire : d'après un état officiel
du fin décembre 1876, elle comprenait 48 navires de commerce,
non compris les bateaux de pêche. Mais tous les peuples envoyant
à Anvers leurs bâtiments, le mouvement annuel se totalisait par
plus de trois millions de tonneaux. Depuis, les progrès belges ont
été considérables, aussi bien pour le nombre des navires que pour
le mouvement du trafic, sans que le premier ait pris, à beaucoup
près, le développement du second.
On ne nous a signalé que deux grandes flottes commerciales propres
à la Belgique, celles de la Red-Star Une et de la Compagnie Walfort^
Encore croyons-nous que ce sont plutôt deux compagnies étran-
gères portant pavillon belge, plus ou moins protégées et qui ont à
Anvers leur tête de ligne et leurs agences.
On nous a fait visiter un des paquebots de la Ited-Star Une, bien
(1 ) Nous savons très bien que dans d'autres ports et gares que ceux de la Belgique et
d'Angleterre, il y a des grues et des ponts du sjslème Armstrong. Ils ne ser?ent ni ne
sont demandés. Ce qui est dit de la multiplicité sous toutes formes et du libcralismo
de leur emploi Teiplique. L'armateur aime mieux s'en passer que d'aller les
trouver parfois en d'autres bassins et d'attendre qu'il ait liberté do s'en servir pra-
tiquement. Nous ne parlons pas des indignes oppositions de porte-faix monoiioli;
seurs, qu'on n'a pas le courage de vaincre, ni de certaines exigences fiscales qui
rendent inutiles de magnifiques travaux.
— 631 —
installé à la moderne et de grandes dimeDsions avec mac
Compound à deux cylindres; bon type, en un mot, des paquc
ordinaires à moyenne vitesse pour transport de fret et passa
de tontes classes.
Le Weslemland est le plus nouveau et le plna perfectionné
paquebots de la Red-Star Une; construit en 1883, par L;
de Birkenhead sur la Mersey, il est entièrement en acier ; il a
mètres de long, 14™75 de large, ll^KO de creux, 6,000 tonn<
déplacement au tirant d'eau de 7'"90. L'intérieur est divisé en qi
étages, plus les superstructures ordinaires et considérable
haut pont. Le navire est gréé, comme la plupart des gi
paquebots modernes, avec quatre mâts et deux cheminées
machine, du type pilon Compound à deux cylmdres, peut fo
une puissance motrice de 6.000 chevaux, limitée ordinairemi
4,000 chevaux nets indiqués.
La Compagnie Walfort a, d'autre part, à Anvers un matériel
àdérable et un très vaste réseau de lignes sur toutes direci
Ses relations sont surtout très développées avec l'Espagne.
La navigation fluviale et celle des canaux sont importanti
Belgique. Ce que nous savons de la batellerie qui les exploi
donne lieu à aucune remarque. Les steamers pavoises aux coi
françaises et belges, qui, sur la Meuse et sur l'Escaut, non
conduits l'un à Seraîng, l'autre à Vilkbrôeck chez M. de Naeyt
où nous a été faite une si magnifique réception, datent de pi
trente ans ; cependant les machines pourraient encore presque
vir de modèle, si le principe Compound ou Woolf, qui leur ma
n'était aujourd'hui la loi générale.
La Belgique construit des navires de tous ordres jusq
plus grands cuirassés, sinon pour sa propre marine, au moins
l'étranger, notamment, à l'henre actuelle, pour la Russie, et je
pour l'Italie; mais, en ce qui concerne celle-ci, à l'état seulf
de pièces détachées, car l'Italie est très fière de construire
même sa marine, comme an temps du consul Duilius, dont
donné le nom au plus remarquable de ses cuirassés cloisonn
(1| Il «3t malheureusement hors de notre Compte rendu de parler de l'im
mpélcrie modèle de M. de Nae^er, de ses ateliers accessoires et des iasti" "
bieQlïi«aiice organisées et dirigées par Madame de Naeyer, lesquelles a
vÎTCmeot impresaionoé. Lea ateliers de constrv-"" -■ ---
DM àludes maiitimes par la tabricatioa des chaui
Bellerille) qui constituent le lyiline de Saeyer.
— (j3:2 —
Les Belges n'ont qu'un seul établissement de eonstructions ma-
ritimes, mais c'est celui de Seraing (sur la Meuse, près liège) que
nous avons été admis à visiter avec une exquise courtoisie.
On sait que c'est un des établissements les plus gigantesques da
monde, où sont réunis les mines, les hauts fourneaux et fours
à coke, les forges et aciéries, les ateliers pour toutes sortes de
machines, locomotives et marines comprises; enfin un immense
chantier pour la construction des ponts et charpentes en fer, plus
les habitations ouvrières, le tout réuni dans la même localité.
Le compte rendu spécial qui sera fait sur ces immenses usines
dira comme nous avons été impressionnés d'abord par Içs institua
tions moralisatrices et de bienfaisance qui abondent pour le per-
sonnel de tout grade, et ensuite par Tordre et la tenue qui, d'ail-
leurs, paraissent généralement caractériser l'industrie belge.
Il nous a été affirmé que cet ordre et cette tenue n'étaient pas
autres que ceux de tous les jours et que les résultats économiques
sont considérables.
C'est une particularité de notre voyage très importante à cons-
tater, à propos d'un peuple qui, par le bas prix de ses produits»
fait à nos industries une dangereuse concurrence et paraît avoir
toute raison pour lui de nous demander le libre échange.
Nous devions nous appliquer à étudier si ces bas prix belges
avaient pour raison d'être un outillage et des procédés particuliers
de travail. Il ne nous a pas paru que les systèmes et méthodes
fussent différents de ceux de nos bons ateliers français.
«
En ce qui touche spécialement la marine, à laquelle est consacrée
à Seraing une hallo de montage haute et vaste comme une cathé-
drale, nous avons cependant remarqué deux outils curieux appli-
qués à la fabrication des chaudières en tôles épaisses et dont on
fore les trous à rivets, au lieu de les poinçonner.
L'un de ces outils est une batterie de foreuses multiples et ar-
ticulées pour travailler ensemble sur place, en tout endroit de la
chaudière, avec une grande rapidité.
L'autre machine est une sorte de raboteuse qui découpe ovak-
ment les trous dliomme et ceux des tampons de lavage de ces
mêmes chaudières.
Nos constatations n'ont été ni bien accentuées ni même exemptes
d'un peu de contradiction sur le fait, aujourd'hui capital en éco-
— 633 —
nomie industrielle, du tflême ouvrier conduisant p
outils, multipliant les couteaux tranchants, coml
d'ébauchage et de finissage, et dressant partout
même machine^utU autant qu'il se peut faîr
est de celles que leur grandeur et leur poids ren
à manutentionner.
On sait que c'est là ce qui caractérise les al
l'ouvrier débite l'ouvrage avec tant de rapidité
grande économie, bien que les salaires soient très
que nous avons vu chez Penn, à Greenvich, aj
à quatre couteaux un arbre de machine marin
pas fournir autre part en un temps double.
Quoi qu'il en soit, nous sommes revenus de
conviction que nos ouvriers ont à perdre bien d
dérer leurs exigences, et surtout à rendre leur f
PLUS ACTIVE, s'ils ne veulent pas, étant les prei
têressantes victimes, voir fermer les usines &anç
la concurrence étrangère, contre laquelle ils x
la lutte, comme avaient disparu presque tous
constructions maritimes.
Or, comme nous savons bien tous qu'il ne
sur la protection douanière à outrance, c'est
rendue évidente par les faits, qu'à notre reto
Belgique, nous ne saïu-ions trop faire entendre
à nos collaborateurs, les ouvriers.
Ces considérations d'ordre général ne sont
notre compte rendu de l'exposition maritime, c
truction même des machines marines à Serait
inspirées.
La fonderie de ces usmes nous a fourni un
de l'habileté et de la patience des ouvriers : c
marine où les deux cylindres, le condenseur, la
tout l'appareil, en un mot, est coulé d'une seu
d'une très belle venue; il va sans dire qu'on m
qu'un tour de force de moulage pour l'exposit
idée d'application courante.
Quant à la grande machine de Seraing, à l'ex
c'est l'une des deux jumelles d'un 'grand cuira
— 634 —
hélices, dont la coque est en construction aux chantiers d'Hobokea^
succursale que la compagnie de Seraing possède sur TEscaut en
aval d'Anvers.
Suivent les principales dimensions du navire, appelé Tchesm:
Longueur 95"
Largeur 21"
Déplacement 8500 t*
Puissance motrice indiquée 9,000 ch.
Vitesse demandée 15 n'*^
Hélice-diamètre 5™40
Pas 5"60
Nombre de tours par minute 90
Cylindre diamètre H. P 1"70
B. P 2^0
Course 4"i45
Chaudières : nombre 14.
Surface de grille totale 400"*»
Surface de chauffe id 3,035'°'i
Pression au manomètre 6^, 68
On remarquera, dans ce tableau, la rapidité des mouvements im-
primés à la machine par les 90 tours, correspondant à une vitesse
de 3"*43 par seconde pour le piston, dont la course est réduite à
1™14. C'est le système opposé à celui de nos grands paquebots de
dernière construction, où la course varie de 4"*70 à 1"83 avec
une rotation de 55 à 60 tours.
Quant à la puissance motrice, la notice distribuée à Texposition
dit qu'elle pourra être poussée jusqu'à 11,280 chevaux.
Nous ne connaissons pas le tirant d'eau du Tchesma. Les di-
verses marines en font un peu mystère, car il s'agit aujourd'hui
en guerre navale de ne plus rester en ces grandes profondeurs,
où on a été forcément tenu dans les dernières expéditions. Il nous
a paru que le tirant d'eau d'environ six mètres, assez général en
ce moment, était à peu près celui du Tchesma.
Bien que la machine du Tchesma soit la plus importante de
l'exposition d'Anvers, nous pouvons nous dispenser de la décrire
et d'en reproduire le dessin qu'on a bien voulu envoyer a la
— 635 —
Société des iagénieurs : c'est un spécimea du type :
classique dit Gompouiid Vertical sur colonnes, à troi:
surk même ligne, les manivelles conjuguées k\iW degré:
dre du milieu étaut celui qui le premier reçoit la vapeu
pression, laquelle se déverse dans les deux autres cylinc
basse pression.
C'était le type du grand appareil du Greusot à 1
parisienne de 1878 et du modèle anglais de Penn au i
cours international. C'est le système ordinaire de notre (
française des Messageries maritimes et de plusieurs c
paquebots anglais de construction récente, notamment
le nouveau grand coureur de la Compagnie Cnnard.
Il est l'opposé du système Woolff proprement dit, à
superposés, qui est celui de la Cily of Rome et de l'Oré^
nous allons retrouver dans nos paquebots de la Compa
aatlantique française.
La machine marine de Seraing qui est exposée est tn
comme sa Jumelle que nous avons vue en montage au:
Ktle est en outre très bien disposée et dégagée pour li
les soins à donner en route ; ce qu'il faut louer, car il
rare que les machines marines soient une inextricabl<
tiges dont on ne peut approcher pour serrer un joint
un coussinet, sans être forcé de stopper.
On remarque également que les poids des pistons et b
équilibrés avec soin par ceux des pompes à air qui foi
en sens contraire, par l'intermédiaire de balanciers, c
neutraliser des actions perturbatrices bien connues, cequi
ne se fait pas toujours, au grand préjudice du jeu faci!
nomique, et de la douceur de mouvement des machines
A l'exposition d'Anvers, il était très intéressant de
tioDner le grand appareil du Tckesma, non par la vapeur
pression d'air que fournissait une de ces belles machines s<
système vertical bien connu de Seraing, qui était expos
de la machine marine. Cette soufflerie, l'une des plus g
son type, était, comme le Tche-sma, construite pour laï
fait aujourd'hui ses fers comme presque tous les peuple
a exposé aussi à Anvers ses combustibles et ses minera
— G?^ —
Pour cette même nation, les établissements de Seraing avaient
aussi construit, dès iSS^i, de nombreuses canonnières blindées.
Tant pour la Belgique que pour divers peuples, nous comptons
Tin grand ensemble de bâtiments de guerre et de commerce, des-
iiuels on peut conclure que l'établissement de Seraing figure
parmi les gi'andes entreprises de constructions maritimes d'Europe.
A l'exposition d'Anvers était une autre machine marine de cette
maison : Compound proprement dite, à deux cylindres inégaux,
montée comme la précédente, verticalement sur colonnes, appareil
tie 800 chevaux destiné à un de ces navires de transport qui,
«ous le nom de Cargoboatj constituent l'outil économique de la
marine moderne et rendent impossible avec lui la lutte de Tan-
>cien outillage maritime.
2o FRANCE
On sait qu'à Anvers l'exposition française, non seulement était
considérable, mais qu'elle a été rarement aussi choisie dans toutes
les industries, avec cette sincérité et ce libéralisme que nous avons
admiré chez les Belges.
La France a onze grandes entreprises de transport maritime et
huit principaux établissements de construction, non compris ceux
de l'État. Mais en comptant les établissements des Messageries ma-
ritimes à la Ciotat et ceux de la Compagnie transatlantique à Saint-
Nazaire, qui n'ont guère encore travaillé que pour leurs propres
besoins.
Bien que. la plupart de ces établissements soient puissamment
outillés et qu'ils n'en soient plus à faire leurs preuves de bonne et
rapide production , on va voir qu'ils sont bien peu nombreux compa-
rativement à ceux des Iles britanniques, lesquels sont en outre pres-
que tous merveilleusement favorisés par leur situation, mais surtout,
comme, à Seraing, parla réunion au même lieu de toutes les indus-
tries principales et accessoires qui intéressent la construction mari-
time, à commencer par les forges spéciales pour les tôles et mem-
brures. Celles-ci ont les laminoirs et les fours toujours prêts à fonc-
tionner aussitôt la commande, si les magasins ne sont pas à l'avaDce
— 637 —
approvisionnés suivant les types consacrés et pour ainsi dire clas-
siques, dont les Anglais ne sortent que rarement (1).
Bien contraire a été jusqu'ici la situation des chantiers fran-
•çais n'ayant pas de forges spéciales en travail courant et où nous
avons eu à attendre les fers jusqu'à 6 mois.
Si nous devons nous féliciter de voir nos chantiers et ateliers ma-
ritimes se compléter en améliorant leur situation, ne faisons cepen-
dant pas des vœax pour qu'ils se multiplient et s'accroissent, puisque
le nombre est déjà plus que suffisant pour nos besoins et qu'ils ont
déjà peine à assurer le courant de leurs travaux.
De nos établissements de constructions maritimes, trois seulement
ont exposé à Anvers, savoir: notre collègue Claparède, la Compa-
re générale transatlantique et la Société des forges et chan-
tiers de la Loire.
La section française contenait aussi, à l'usage des navires, des
appareils d'armement de toutes sortes, sur lesquels nous regret-
tons de n'avoir pas pu recueillir des renseignements, car toutes
jcette machinerie secondaire de la navigation a pris une grande im-
portance et elle constitue des industries spéciales considérables.
Les bâtiments de guerre et de commerce ont d'abord le guin-
deau ou grand cabestan, les ancres et* tout leur attirail méca-
nique, les treuils, au moins quatre par grand navire, pour toutes
sortes de manutentions et manœuvres, dont le mécanisme actionne en
même temps les pompes à incendie, à nettoyage et épuisement de
voie d'eau.
Viennent ensuite, pour la machine et les services divers, une
multitude de pompes et autres engins ; puis, les élévateurs à
escarbilles et ceux des offices, etc. ; les installations de timonerie
avec servo-moteur , mécanisme de gouvernail, frein, drosses,
axiomètres, transmetteurs d'ordre à répétition, les compas et
boussoles.
L'éclairage électrique existant aujourd'hui sur tout navire
soigné a sa machinerie et son puissant moteur; le chauffage et
l'aérage ont leurs ventilateurs, une tuyauterie de longueur kilo-
^1) On sait qae les dimensions réglementaires et consacrées des navires qu'on
veut Caire garantir par la cotte et assurer sont consignées à la publication du Veri-
tas et du lloyd.
— 638 —
métrique et une multitude de valves. II y a les signaux et phares
à feux de nuit.
Enfin les navires de guerre ont toute leur machinerie pour
la manœuvre automatique des canons, de leur culasse mobile,
de leur charge, de leurs tourelles tournant comme nos tables tour-
nant de chemins de fer, tantôt par la vapeur, tantôt par la pres-
sion hydraulique.
Et le jour n'est pas loin où la plupart des manœuvres de la
mâture et le chargement des foyers de chaudières se feront mé-
caniquement avec le personnel le plus réduit à bord.
Voilà toute la machinerie secondaire du navire, dont nous vou-
drions pouvoir entretenir la Société des ingénieurs, autant pour
appeler de nouvelles études que pour signaler les travaux des
habiles spécialistes existant non seulement en Angleterre, mais
aussi en France, tels que Gaillard et Bossière du Havre, Stapfer
de Marseille, Farcot, notre collègue de Paris, l'auteur des études
sur les servo-moteurSj et autres.
Très intéressante aussi serait l'étude du matériel de la Com-
pagnie de sauvetage à l'aide duquel s'accomplissent dans nos ports
presque chaque jour de si héroïques dévouements.
Mais obligés de nous concentrer au principal matériel naval
exposé à Anvers, nous nous occuperons d'abord des produits de
notre collègue Claparède, qui a eu un diplôme d'honneur. Sa
grande double machine a été appelée l'un des clous de l'exposition
d'Anvers, non seulement parce qu'elle est le type du moteur des
nouveaux grands aviso-éclaireurs à deux hélices et à faible tirant
d'eau de la marine française, mais aussi parce que tout était montré
au complet, à Anvers, comme il sera dans l'installation à bord, en
boxes distinctes,chaque appareil pouvant fonctionner indépendamment
des autres, avariés par projectiles ou autrement : par exemple,
la chaudière de bâbord avec le mécanisme moteur de tribord ou
inversement. Les condenseurs, leurs pompes, les ventilateurs, tant
ceux qui soufflent les chaudières que ceux qui assainissent 1^^
navire, ont pareille indépendance. Un plan indiquait à Anvers le
cloisonnage du navire et le curieux réseau de la tuyauterie.
Comme système, ce sont deux machines Compound horizontales
sous la ligne de flottaison, qui se regardent et qui ont le mouve-
ment et la distribution de vapeur des locomotives.
— 639 —
lispensës de décrire plus amplement cette ma-
chine et d'en donner ici le croquis; le journal hebdomadaire an-
glais L'Engineer, s'en est chargé dans ses numéros 1554 à 1556
du mois d'octobre 1885, auxquels il suffit de renfoyer, en relatant
simplement les dimensions principales.
Puissance motrice ordinaire i. 700 ch.
Diamètre des cylindres ■ p p jm«i
Course commune 0"50
Nombre de rotations par minute 160
Surface condensante 280"°*
Surface de chauffe 328""
Surface de grille 8""
Pression manométrique 6 kil.
La machine a été prise sans choix parmi les douze semblables
qui sont àUvrer, sans aucune toilette d'exposition, sans même avoir
ses enveloppes, dont l'absence fait "ïoir la sincérité du travail, et
nous n'étonnons personne en ajoutant que les résultats d'essai ont
donné plus que les exigences du programme.
Autour de la grande machine qui précède, la maison Claparède
avait exposé à Anvers les dessins modèles et cartons de plans de
quatorze types de navires (1) de construction récente, tant aux
ateliers de Saint-Denis qu'aux chantiers de Rouen. Nous passerons
en revue les principaux.
1" Le Gaffry, torpilleur de haute mer construit pour la Russie
— à peu près le modèle de celui qui a récemment traversé Paris.
Ce petit navire a fait le voyage de Saint-Denis, près Paris, à
Sébastopol, via Brest, Lisbonne, Cadix, Alger, le Pirée, par de
très mauvais temps, au milieu desquels il s'est comporté en bon
marin, dit le rapport de l'officier. C'est là un fait significatif pour
ce nouveau système de navire, appelé à jouer un grand rôle dans
la guerre navale. La planche 108 , figures 1 et 2, représente le
navire en coupe extérieure et en coupe longitudinale par l'axe.
s tj^es e[ la notice ont ëtc déposées
— 640 —
Suit d'abord la correspondance des lettres.
a. Chaudière. Type locomotive.
6. Machine Compound à trois cylindres.
c. Ventilateur en forme de manche à vent.
d. Tube à lancer la torpille.
e. Torpille-Cigard de rechange.
f. Parallélogramme à charger la torpille.
g. Compresseur d'air à lancer la: torpille.
h. Timonerie à servo-moteur abritée.
i. Seconde timonerie dite du pont.
j. Gouvernail d'avant, sous le navire.
k. Gouvernail d'arrière, ordinaire.
/. Bossoir ou potence de l'ancre.
m. Treuil Guindeau.
n. Stoppeur de l'ancre.
0. Petits canons à tir rapide.
La chambre d'équipage à l'avant, celle des officiers à l'arrière
(de 9 à 16 hommes), les caisses à eau, à provisions, à munitions
sont suffisamment indiquées dans le dessin, ainsi que la toitare
qui enferme la coque par dessus et en fait presque un bâtiment
sous-marin.
Les soutes à houille contenant douze tonnes sont latéralement
de part et d'autre des machines et chaudières. On remarque la
position de l'hélice en contre-bas, enfin le cloisonnement de la
coque avec sept murs étanches en travers.
Restent à relater les dimensions principales.
Longueur 39""
Largeur 4M0
Creux 1^95
Déplacement en charge 1^^
Hélice : diamètre 1™90
Pas , . a-^ios
Nombre de tours par minute 340
Vitesse 48 n.
Puissance indiquée 750 eh.
Pression manométrique 7*^35
— 641 .
Cylindres, nombre
Diamètres . -,
( 2. B. P. . .
Course commune
Surface condensante
Surface de chauffe
Surface de grille
Poids de la machifie
— des chaudières
— tout en ordre, machine, j
sans le charbon. . . .
Un autre dessin de M. Claparède est
près analogue de torpilleurs qui sont ei
marine française. Le n" 1 a servi de mi
et 52 ont réalisé une vitesse de 20'"''31
fatigue pendant l'essai réglementaire do
atteint près de 21 nœuds, soit l'une des
tenues en mer et nous allions dire la pi
a affirmé que la marine italienne a un t
anglaise, ayant donné 22'"''46. Outre >
quelles données de service, on s'étonne
moins bien propre à émulation, n'ait pas
L'exposition de M. Claparède, à Anvei
types suivants :
Les canonnières Lionne et Crocodile, à
chevaux sont des types de service conri
éloges aux essais.
Le Lynx est un autre type de canonni
douze fois.
Les avisos Bisson et Hussard, à mach
pour particularité leur service économiqt
chine, 373 kilogr. par cheval, l'excellent
leur chaudière à tirage forcé.
Les transports Saône, Drac et Prévoy
des ligne? corses , les beaux et puissa
— 642 —
et Druentia étaient également exposés à Anvers par leurs dessins,
et ils prouvent qu'en France aussi, nous arrivons à ces élé-
gantes formes de navires, où excellent les constructeurs anglais.
Le Laborieux est un remorqueur à hélice, de 600 chevaux, dont
la vitesse en route libre, de 12 nœuds, demande une consomma-
tion de 815 grammes de houille par cheval et par heure. D'au-
tres remorqueurs de la maison Claparède sont à roues avec un
ingénieux mécanisme pour rendre très rapidement les deux roues
indépendantes, en vue d'accélérer les manœuvres.
Le Lap*ade et Y Albatros sont des exemplaires d'avisos égale-
ment à roues, types devenant rares. Ils ont été lancés à Saint-Denis
en Seine et seront probablement les derniers navires importants
qu'on verra mettre à l'eau aux environs de Paris, à cause des
récents endiguemcnts du fleuve.
n nous reste à signaler, dans l'exposition de Claparède, à Anvers,
deux types qui ont un intérêt particulier.
C'est d'abord la machine du croiseur la Nayade^ triple Compound
horizontale, avec distribution à soupapes, qui rappelle un peu dans
son principe celle des classiques machines de Flachat au che-
min de fer atmosphérique de Saint-Germain : le rapport de ré-
ception de la Nayade signale spécialement la promptitude, la sûreté
et la facilité avec lesquelles se font toutes les manœuvres, ce qui
est d'une bien grande importance, surtout pour les bâtiments de
guerre.
La distribution à tiroir, dite en mouvement de locomotive, était
devenue à peu près générale en marine, pendant que les Améri-
cains persévéraient dans leur classique machine à clapets et que
partout» dans les machines d'usine, on adoptait pour la distribution
de la vapeur le joli mécanisme à clapets de Sulzer ou les valves tour-
nantes de Corliss. La grande machine de la Nayade j par Claparède, va
peut-être ouvrir la nouvelle voie à la marine et on peut dès à présent
signaler comme particulièrement applicable, cette variété du prin-
cipe Corliss, si remarquable de simplicité radicale et d'élégance,
qui constitue le système Weelock, déjà connu, et mis, en France,
en exploitation par notre collègue Quillacq, concessionnaire du
brevet.
Le dernier type de naviï'e remarqué dans l'exposition de M. Cla-
parède, à Anvers, a surtout un intérêt d actualité. C'est celui des
— 643 —
canonnières françaises dites des rivières du Tonkio, à tirant d'eau
de 50 centimètres.
La planche précitée la montre en vue extérieure et en coupe
longitudinale par Taxe.
(Test un ponton contenant les provisions et munitions, ainsi
que les chaudières, sur lequel s'élève un vaste rouff où sont la
machine à l'arrière, les chambres d'officiers d'équipage dans les
meilleures conditions d'habitation.
Le dessus du rouff est le principal poste de combat; il est
entouré et couvert d'un blindage d'acier suffisamment protecteur
contre les balles ennemies.
Une particularité curieuse est l'observatoire également blindé ,
que surmonte une tour ou cheminée dans laquelle on monte
pour arriver à l'observatoire où est un canon revolver du système
Hostchkiss.
Suit la concordance des lettres indicatives des principales par-
ties du bâtiment sur le plan.
a. Chambre des machines. ) * , . j .
. ^ . , ^^ . / Au-dessous, magasms de vivres,
6. Quartier des officiers. > y ^ *±'
^ . , ,, . \ agrès et munitions.
c. Quartier de 1 équipage. )
d. Chaudières, type locomotive avec 2 cheminées de front.
6. Magasins de munitions.
/". Puits et soute aux chaînes.
g. Poste blindé du commandant et timonerie.
h. Observatoire et mat de signaux.
». Cheminée d'accès avec échelons.
Dans le navire et son armement tout est un prodige de légè-
reté, sans préjudice de la solidité.
Le propulseur est une paire de roues à l'arrière, actionnées
par l'intermédiaire d'engrenage à dents obliques par une double
machine à mouvements rapides, type de locomotive.
Nous devons ajouter que le singulier navire de M. Claparède
n'est déjà plus un type isolé : il s'en est fait en Angleterre pour
les rivières peu profondes de plusieurs de ses nombreuses colonies ;
non seulement pour la guerre, avec tôlage protecteur, mais aussi
avec pleines ouvertures latérales pour service de transport et
d'exploration.
— 644 —
Quant au système de roues en arrière, il y a longtemps qu*il est
adopté en France, notamment sur la Saône» qui avait sa Compagnie
des mono-roues. Notre vieux maître Cave, dont Ciaparède est le
successeur, a mis aussi ce système en pratique.
Après la considérable exposition de la Société Ciaparède, mais
dans une autre partie éloignée du palais d'Anvers, on trouvait
les modèles et dessins de la Compagnie transatlantique et de la
Société des Chantiers de la Loire.
La Compagnie transatlantique, prochainement riche de soixante-
dix paquebots, est une de celles qui ont puissamment contribué
aux exigences des dernières expéditions militaires, et il suffirait
des résultats effectués par ces flottes commerciales pour, sil
était encore besoin, démontrer quelle protection patriotique et
populaire leur doit un pays. L'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne
et l'Italie ne s'y trompent pas.
Les paquebots de commerce, même ceux des services postaux
subventionnés, ne sont pas faits pour le combat,comme le demande
encore l'ignorance, mais ils font Jes transports d'hommes et de
matériel avec cette rapidité et cette économie que réalise seule
la pratique de Texploitation commerciale ; ils peuvent en outre
rendre de grands services comme éclaireurs, comme uhlans mari-
timesj a-t-on dit, et on paraît se proposer de les armer au besoin
en croisière ou en corsaires.
On a donc eu bien tort d'en faire les ennemis de la marine
de l'État. La nécessité est égale de part et d'autre pour la défense
nationale, avec des conditions de service toutes différentes : sur
le navire de guerre, il y a beaucoup plus de monde à bord qu'il
n'est besoin pour les manœuvres, parce qu'il faut prévoir la pari
du feu; l'art du commandant est moins de se presser et. d'écono-
miser la main-d'œuvre que d'occuper tout son monde pour le
sauver de l'oisiveté. Sur le paquebot de commerce, au contraire,
la loi est de produire le plus de travail avec le maximum d'éco-
nomie et de personnel.
Le magnifique modèle que la Compagnie transatlantique a exposé
à Anvers (modèle si complet qu'on peut étudier le navire mieux qu à
bord où on.se perd dans son immensité), ce modèle, disons-nous,
est celui d'un de ces paquebots postaux qui doivent être, comine
— 645 —
transporteurs rapides,l6S auxiliaires inévitables de la marine de guerre.
Et on Ta si bien compris qu'on a été jusqu'à obliger la Compagnie
à donner à ses navires les dispositions voulues et la consolidation
pour les armer, au besoin, de sept canons de 140 millimètres,
exigences dispendieuses du cahier des charges que nous relatons
sans les juger.
Pour la construction et l'entretien de cette nouvelle flotte, la
Compagnie transatlantique (comme l'a fait précédemment, à la
Ciotat, la Compagnie des messageries), a créé à Saint-Nazaire un
établissement de constructions navales de première importance,
qui dès à présent dispense des commandes à l'étranger, sans
empêcher cependant de prendre à l'industrie privée proprement
dite, non seulement les fers et autres matériaux, mais les grosses
pièces de machines et même des navires entiers et complets.
C'est ainsi que la Compagnie des forges et chantiers de l'Océan
et de la Méditerranée à la Seyne^ qui avait récemment rétabli
après avaries, en l'améliorant sensiblement, le Charles-Quint, de
la flotte d'Algérie, a eu la commande de deux des nouveaux
paquebots, la Bourgogne et la Gascogne. Les deux autres, la
Champagne et la Bretagne^ restant aux établissements de Saint-
Nazaire qui venaient de construire la Ville-de-Tunis , remettre
à neuf le Saint-Germain, la France, le SainULaurent et autres,
qu'on peut regarder aujourd'hui comme des navires neufs perfec-
tionnés.
Dans l'un et l'autre chantierj, ces constructions ont eu d'abord
pour particularité une rapidité d'exécution dont on ne croyait
capables que les chantiers de la Clyde. Les commandes ont été
faites vers la fin de 1884 et voici la date du lancement des
quatre paquebots :
!•'' Champagne^ le 15 mai 1885 ;
2* Bretagne, le 9 septembre;
3* Bourgogne, le 8 octobre;
4'' Gascogne, le 5 janvier 1886.
L'essai de réception aura lieu au printemps et, bien qu'il y ait
eu retard de deux mois, par force majeurf3 imprévue, sur laquelle
il s'est répandu bien des erreurs, les quatre navires seront mis
Bull. 43
— 64a —
en serviaê à Vèii prochain, sok vingtrdeox: mma apiès h. goid!-
mande.
Lfifih quatre nouTeaux paqueb<»ia vonii constituer la flotta- à grande
yitesfike d» la ligae de Naw-York^ avec la N&emamdie',. déjà en aer^
vice et qui est ODunue de^ la. Société des iugé&ieiursw Mais^dqraû
que nous rayons yisitée au Havre^ elle a subi aux ateliers 4«
Saint-Nazaire desr ratouches et perfeetionneiii£Bitsi.. Elle a acquis
de m)uyeUes qoalit&si nautiques^ et une dest plu» beUea yikessds
connu^B. Une des demières tray^aées emtre le. SaFre et New-
York (i) s'est Mte en sept j^ua» et àix-nmd heures. GeUe au
départ du Hain^ le 31 oetobre^ s'eat £ait« en huit jours mm
heure et dix nodauites» emportant 372. passa^era et 14,1'^ calis;
le retour s'est fait avec 483 passagers et il ,843 colis en huit
jours onze heures et 35 minutes.
Il est remarquable qu'avec les données si variables de la mer,
on soit arrivé à une telle uniformité de service ; on Tobtiient
d'ailleurs aujourd'hui avec presque la totalité de deux, grandes
flottea françaises, Transatlantique et Messageries.
Le Saint-Germain, qui n'a relativement qu'une faible puissance
motrice et qui a effectué récemment un si beau voyage de transport
au Tonkin, vient de faire mieux encore sur sa ligne ordinaire
de New-York où U a gagné vingt^trois heures sur sa marche
réglementaire.
Les quatre nouveaux paquebots, dont le modèle était à Anvers,
sont en plus grand et avec plus de puissance, à peu près la
reproduction de la Normandie. Ce sont les mêmes formes de
coque, mais avec plus de finesse ; c'est le même gréement à quatre
mâts de tôle d'une seule pièce, dite à pible,, et deux cheminées,
celles-ci, sur les nouveaux paquebots, ayant forme elliptique,
intérieurement divisée en quatre cloisons, forme déjà usitée en
notre marine de l'Etat et aux Messageries maritimea.
La disposition intérieure des nouveaux navires est la même que
dans la Normandie, Aménagements de première classe vers le mi-
lieu, là où on souffre le moins des oscillations du navire. Puissent
(1) Quand on compare les traversées des paquebots anglais et français, onoubli?
que nous les comptons toujours du quai du Havre au quai de New-York^ et non,
comme souvent les Anglais, de Sandy-hook à Queenstown, à quoi il faut jouter
plus d'un jour pour arriver en France avec troifi transbordements. Il en est de
même de certains tarifs dits réduits, qui laissent en dehors le service, le vin. le
médecin, ^., qui sont compris en bloc sur nos principaux paquebot» français.
— 647 —
les nouveaux paquebots avoir la stabilité de la Normandie , dont
ils dépassent la splendeur décorative et le confortable, étudiés
arec des soins nouveaux !
On a dit qu'un paquebot postal de première classe est le grand
Hôtel mis sur mer. D'autres rappellent un Casino flottant. Rien ne
manque en effet aux nouveauxtransatlantiques : escalier monumental
à cariatides de bronze ; panneaux d'onix et d'émail dans les sa-
lons; le principal de ceux-ci a une haute coupole vitrée et une mul-
tiplicité de hublots (fenêtres lenticulaires) ayant le diamètre inusité
de 30 centimètres ; salle à manger pour 130 couverts avec fauteuils
revolver en bois doré, permettant à chacun d'entrer et de sortir
isolément, ce qui ne se peut avec les bancs classiques; salles de bains
et de coiffure; pharmacie et infirmerie; chambres de luxe à large
lit unique; bibliothèque, boudoir de dames, quartier des enfants,
fumoir, buffet, offices avec monte-plats ; cuisine avec tous appareils
de cuisson à vapeur et appareil distillatoire; fabrique de glace à
rafraîchir et à conserver les vivres; lingerie, buanderie, séchoir,
boulangerie ; cages à bêtes vivantes venues des fermes spéciales de
la Compagnie.
Enfin, signalons les soutes curieusement disposées, garnies et pro-
tégées pour les dépèches, le trésor, les poudres et artifices à signaux.
Conformément àla méthode généralisée aujourd'hui, la Compagnie
transatlantique a adopté l'éclairage électrique distribué dans tout le
navire au moyen de 600 lampes dites à incandescence, que chaque
passager dans sa cabine règle, éteint et conserve à sa volonté. Le
chauffage est fourni par tuyaux à vapeur.
Pour la ventilation à tous les étages et dans toutes les chambres,
on avait à choisir entre les ventilateurs comme ceux des mines
et les tuyaux à pavillon dits manches à vent qui dépassent le
haut-pont. C'est ce dernier système qui a été adopté. Les nou-
veaux paquebots ont 57 «manches à vent, dont 21 pour les chambres.
En cas d'incendie et de voie d'eau, de même que pour tous be-
soins de service, il y a une multitude de pompes : 42 dans la ma-
chine, 8 sur le pont, toujours prêtes à fonctionner au premier ordre.
Un système nouveau de suspension et de descente des canots de sau-
vetage rend leur disponibilité très rapide et beaucoup plus sure. On
fait fréquemment en voyage l'exercice de tous ces appareils de sau-
t
^
s
— 648 —
Tetâge, même celui des ceintures (i) à Tusage des passagers, afin de
.ne pas être pris au dépourvu.
Enfin, comme sur la Normandie^ dans le fond du navire est un
'Wciier^ballats de 750 tonnes, série de caisses étanches qu'on emplit
d'eau à volonté pour faire lest et maintenir les meilleures conditions
«d'immersion pour le tirant d'eau et la stabilité du navire, quels que
•soient Xechargemetitei son arrtmogfe. Cette disposition, qui caractérise
les Cargo-boats onnavires à marchandises y semble aujourd'hui devoir
•s'appliquer à tout navire à voyageurs, afin qu'il soit moins sujet
au fatigant roulis en cas d'insuffisance de fret ou défaut à' arri-
mage.
Les nouveaux paquebots difi'èrent au contraire de la Normandie et
même entre eux par plusieurs particularités. D'abord, ils ont une
finesse de façons extrêmes surtout vers l'arrière, qui égale au
moins celle du célèbre Persia des Anglais et du Péreire de notre
marine française.
L'avant et l'arrière du haut-pont sont, comme presque partout au-
jourd'hui, couverts d'une toiture arrondie dite Turtle rfecfcouponten
carapace de tortue (2), mais beaucoup plus développée et plus élé-
gamment agencée, celle d'avant avec un brise-lames puissant dont
les bons efiets paraissent acquis par l'exemple delà Normandie,
Dans celle-ci, le fer a été généralement employé. Dans les nouveaux
paquebots, on a adopté l'acier doux à 45 kilog. d'effort de traction.
Le navire, plus léger, à égalité de solidité possède un tirant d'eau
moindre, ce que recherchent aujourd'hui toutes les marines.
Si les superstructures du haut-pont n'ont pu être épargnées, elles
sont du moins bien ménagées.
Les phares des feux de nuit dans leurs tourelles, les guérites des
veilleurs aubossoir sont, ainsi que la timonerie réunis, à la passerelle
de commandement, au-dessus de la chambre même du capitaine, pour
ainsi dire sous sa main et à proximité du carré des officiers; le tout
sous des formes harmonieuses dans l'ensemble des lignes du navire.
Dans les deux paquebots de Saint-Nazaire, les murailles sont droites.
Dans les deux du chantier de la Seyne, elles sont un pou rentrées par
le haut.
(1) On ne saurait trop recommander cet exercice en présence des passagers,
particulièrçmeot celui des ceintures qui, mal adaptées, ne sont qu^un danger.
(2) Nous demandons au lecteur pardon de l'emploi de tous ces mots empruntes
^ux Anglais, mais ils sont adoptés partout.
— 049 —
Les chaudières des premiers sont en tôle d'acier
5 mètres. Dans les seconds, ces chaudières sont u
et en tôle de fer.
Dans les quatre navires, les arbres de couche
diamètredfl576 m/m; pareils arbres en fer a;iraif
arbres creux de Withwort sont peu employés en
deux paquebots de la Seyne, les arbres d'acier vi
de S^nt-Chamond ; ceux des deux autres soi
Creuzot.
Les machines offrent une particularité qui (
tard à d'intéressantes comparaisons, et aucune C(
rait mieux faire celles des divers systèmes de i
a dans sa flotte presque tous ceux qui sont usue
commerciale, savoir :
1° Quadruple machine horizontale du Lafaijei
lices ;
2° Double machine pour deux hélices, forme
égaux, du Washington, de la Vilte-de- Brest et S'
3" Compound proprement dite à deux cylindrf
côte, forme pilon, du Saint-Germain, du Saint-S
de-Tunis, du Foumel et de leurs pareils, très n
variantes de détail;
4* Woolf à deux paires de cylindres, type Labre
et Saint-Laurent ;
5" Enân : Woolf à 3 paires de cylindres de 1
Ud sixième système manque à la Compagni
c'est la Compound à trois cylindres, celui de !
mis entre les deux autres à basse pression, typ
de Seraing précitée, qui constitue le système o,
sageries maritimes.
Les machines des quatre, nouveaux transatlant
puissantes et sur treize mètres de hauteur, les
de la Normandie, c'est-à-dire Woolf à trois pa
sur la même ligne, les cylindres à haute pressi
au-dessus des grands cylindres à basse press:
et même chaque cylindre pouvant être isolé au
Mais, entre les quatre paquebots, il existe un*
— 650 ^
tëristique» qui, lorsque les résultats seront acquis, donnera lieu
à de très intéressantes discussions.
Dans les deux paquebots de Saint-Nazaire, la machine Woolj'
est disposée^ par le jeu de la tuyauterie et de la distribution
pour fonctionner à volonté, soit d double y soit à triple expansim.
Dans ce second cas, la vapeur, à la pression nianométrique de
six kil., n'est introduite que dans Tun des trois petits cylindres du
haut ; puis elle passe dans les deux autres, chacun de même
capacité, et offrant par conséquent un volume double à la détente
delà vapeur, — puis enfin elle est déversée aux trois grands cylindres
ensemble et de là aux condenseurs tubulaires. En cette triple uti-
lisation d'un même volume de vapeur pris à la chaudière, la force
totale développée serait de 6,500 chevaux.
Pour la double expansion seulement, la vapeur des chaudières
est admise simultanément dans les trois petits cylindres du haut,
d'où elle est déversée par chacun, en dessous, dans son grand
cylindre respectif. En ce cas, la puissance pourra être poussée
jusqu'aux 8,100 chevaux voulus pour les grands efforts à certains
jours. Ordinairement, en modérant l'introduction, en augmentant
la détente, on pourra ne marcher qu'à la puissance suffisante de
6,500 chevaux.
Les deux autres paquebots, qui sont ceux de la Seyne, auront
seulement la faculté de la double expansion avec variation très
étendue de l'introduction de vapeur et de la détente.
Sauf ces différences qui viennent d'être relatées et quelques au-
tres minimes, voici les dimensions principales des quatre nouveaux
paquebots transatlantiques, dont l'exposition d'Anvers nous montre
le modèle :
Longueur Vio^
Largeur lo"70
Hauteur sous plafond du salon et cabines. . . . 2™60
Creux 11"70
Tirant d'eau d'essai 7™30
Déplacement correspondant . 6,800 r
Vitesse demandée aux essais 18n.
Puissance indiquée correspondante 8,100ch.
Diamètre d'hélice 7™
— 691 —
Nombre de révolatioiiB 60
Diamètres de cylindres . { ^ _ ^ ^.r.
-^ / 3 B. P 2"03
Course commune 1"™70
Presôion manométrique 6 k-
Diamètre des foyers I°*â5
Nombre de foyers 36
Capacité des soutes A ,8S0 "•
Surface de chauffe .2,345 '^
Surface de grille 90"*'
On espère que pour une vitesse de seize nœuds en service, la
consommation .ne dépassera pas 150 tonneaux par vingt^quatre
heures, quand les machines auront bien leur libre jeu et que le
personnel aura acquis son expérience.
La Sodité des Ateliers et des Chantiers de la Loire^ qui a exposé
€166 modèles et dessins à Anvers, est, aprèstla Société des 'Forges ^t
Chantiereide^laiMéditerranée et de l'Océan^ celle» qui powsèdeen Pranee
les {(lus .grands ètablissemaais de oonsitractioiis navale. Outre ses
ateliers du Havre (aaoiens ateliers Nillus) et ceux de Nantes, elle
A orée .à Saint-Nazaire, à côté dos instàHationfi de la Compagnie
transatlantique, im immense : chantier, avec un outillage générale-
ment à pression hydraulique.
Suivent les spécimens de la Société des Chantiers de la Loire
exposés à Anvers : ce sont trois beaux modèles de naviires carac-
téristiques, accompagnés de dessins très complets, savoir : le ifiYon,
le Saint-Joseph et le Mio-Negro.
4^ Le Milariy navire de guerre dit éclaireur d'escadre à grande
vitesse, pour aller à la découverte de l'ennemi, est en même temps
lui-même une très puissante arme de combat. La coque est en
acier, à tirant d'eau relativement très faible ; il y a deux 'hélices
•et quatre machines Compound horirontales, deux de chaque bord
pouvant être découplées et isolées. Elles sont assez analogues à celles
de Cla^parède qui précèdent. Les ' chaudières sont à vaporisation
rapide, du système Belleville, ce qui constitue évidemment, avec
l'emploi de la haute pression a dix kil., sa principale particularité.
LtB bâtiment est gréé en trois màts*goélette, avec deux chemi-
jiées et il est armé de 'oinq canons.
— 652 —
Suivent les dimensions relatées en la notice de rexposition :
Longueur 92"40
Largeur 10"*
Creux sur quille 6.43o
Tirant d'eau • • • 4-60
Diamètre d'hélice 3.60
Pas d'hélice 3.90
Vitesse aux essais 18n. 40
Puissance motrice 4.100 ch.
On nous dit qu'un croiseur, du même principe, mais d'une di-
mension jusqu'ici sans précédent en France, serait commandé
au même constructeur. Il aura 118 mètres de long et 12.200
chevaux de puissance indiquée pour une vitesse voulue de dix-neuf
nœuds aux essais.
2^ Saint-Josephj yacht de plaisance du marquis deX., apparte-
ment flottant fort bien installé. Les yachts de ce genre constitaent,
même en France, une classe assez importante de navires, généra-
lement remarquables par le fini de leurs formes élégantes et leur
grande vitesse. Le Saint-Joseph est gréé en goélette-latine, avec
machine-pilon Compound ordinaire à deux cylindres inégaux, et
deux chaudières cylindriques à deux foyers chaque. Suivent les
dimensions :
Longueur 52™
Largeur 7"20
Creux sur quille 4^70
Tirant d'eau (arrière) 3«»80
Puissance indiquée 700 ch.
Vitesse de service .... 13 à 14 n.
3** Le MichNegro a un double intérêt : d'abord comme œuvre
réussie des chantiers de la Loire; et ensuite parce qu'il représentait
à Anvers l'importante Compagnie des Chargeurs réunis, ligues do
Brésil et la Plata, ayant leur port d'attache au Havre où un bassin
entier leur est affecté.
Sa flotte, on peut dire entièrement construite en France, se com-
pose en ce moment de 26 paquebots jaugeant ensemble 54,000 ton-
neaux, avec une puissance collective de 25,000 chevaux.
— 653 —
Le Mio-Negro, construit parles chantiers de la Loire, est précisé-
ment celui dont, au voyage de la Société des ingénieurs au Havre,
les honneurs nous ont été faits par le directeur, M. Poudavigne, qui
nous fit une intéressante conférence sur son projet de perfectionne-
ment du port.
Depuis notre visite, le Hio-Negro a transporté en 30 jours 1,300
hommes de troupes auTonkin, et Y Uruguay y son frère de chantier,
vient à son tour d'être réquisitionné par le gouvernement pour un
service analogue.
Le Rio-Negro est un paquebot mixte à trois étages et pont supé-
rieur, dit spardeck, avec grand rooff-salon sur l'arrière , une teugue
à Tavant, belles installations pour quarante passagers de cabine
et cinq cents émigrants ; gréement de brick, dont les deux mâts,
dits à Pible, sont d'une seule pièce en tôle — système presque
partout remplaçant aujourd'hui les anciens mâts à plusieurs pièces
de bois rapportées ; machine Compound verticale à deux cylindres
inégaux; quatre corps de chaudières marines ordinaires, mises en
long sous une même cheminée. Suivent les principales dimen-
sions :
Longueur 106"*
Largeur 12"»20
Creux sur quille 9"*45
Tirant d'eau 6°^30
Tonnage en douane 2.200 tx.
Puissance indiquée 1 . 800 ch .
Vitesse de service 13 nœuds
3. ANGLETERRE
Les Belges, qui ont si courtoisement proclamé qu'ils devaient
à la France une bonne partie du succès de leur exposition d'An-
vers, ne doivent pas être trop satisfaits des Anglais, notamment
pour les industries maritimes. Cette nation, qui compte à elle
semle autant de navires et plus de constructeurs que le reste
du monde réuni, n'avait relativement qu'une très minime expo-
sition maritime à Anvers : aucune machine marine, alors que
les transports étaient cependant exceptionnellement facilités par
— 684 —
la .pûasibilité d*embarqiier à l'Mélier mime, presque toujours Bitué,
en Angleterre, Bur un rir&ge, et de débarquer à lexposition
même d'Anvers.
Aucune indication sur le chauffage au pétrole qui parait à la
veille de se généraliser dans la marine, et dont on se promet de
grands résultats économiques par la simplification du service, la
réduction du personnel et la diminution du poids «et Au Tolmne
■des approvisionnements.
Non plus aucune indication sur la marine de guerre que l'ami-
rauté britannique est en train de transformer, parait-il, sur des
données nouvelles, et qui vient de commander d'un seul coup, à
rindustrie privée, 32 naSrires de ^erre, plus 22 torpilleurs, les-
quels, entre autres particularités, seront tous éclairés à la lumière
électrique et pourvus de très énergiques appareils de ventilation.
Suivent quelques renseignements qui nous «oat parvenus sur
Fun de ces nouveaux grands bâtiments :. la coque ai Oâ^'êS de long
sur*21°^34 de large et 8,31 de tirant d'eau pour un déplacement
de d 0,500 tonneaux; trois ponts complets et deux ponts partiels
forment six étages. Le pont supérieur est entièrement libre. La
machine est à triple expansion, système pilon vertical, pour 8,300
chevaux de puissance, correspondant à une vitesse de seize nœuds et
demi. Les huit chaudières sont réparties en quatre chambres dis-
tinctes sous deux cheminées placées de front ; la pression mano-
métrique serait, affirme-t-on, de 64 livres (quatre atmosphères),
ce qui serait bien opposé au principe des très hautes pressions,
qui se généralise au contraire en France.
L'armement du cuirassé anglais est formidable : outre douze
puissants canons en batterie et deux lance-torpilles, il y a dans
les hauts, sous coupole, à cuirasse de 457 millimètres, trois ca-
nons monstres, comme ceux que nous allons voir dans la marine
italienne : ils pèsent 110 tonnes et 'ont treize mètres de long ; le
projectile a 900 kilogrammes de poids, 412 millimètres de dia<-
mètre, 624 mètres de vitesse initiale, et il parait qu^aux essais il a
crevé, à un kilomètre de distance, un blindage de 7S0 millimètres.
Toutes ces puissances de dimensions seront, parait-il, dépassées
dans le Polyphemus.
L'exposition d'Anvers ne contenait rien de ces intéressantes don-
nées sur la marine militaire des Anglais. Elle n'était guère naieni
— 6S6 —
favorisée pour leur marine cûmmerciale et postale, alors que le
praticien espérait voir au moins les modèles ou dessins de rCh^egon^
qui a pris à Y Alaska son nom de lévrier de TOcéan ; de VUmln'ia,
le nouveau grand coureur de la compagnie Cunard, avec 13,000
chevaux de puissance motrice; de V America, dont notre collègue
Mallet a fait ressortir les conditions économiques; du plus grand
steamer existant, la Citij of Rome^ aux trois cheminées et aux
formes élancées, comme celles d'un yacht; non plus que les autres
paquebots qui font en ce moment Torgueil de la marine ai^Laise,
avec juste raison.
C'est à VExposUion du travail à Paris, et non Anvers, qu'il
a fallu venir pour voir deux modèles de la Palmer's sieel Ship
Building C^ à Jarrow-on-Tyne : celui des nouveaux transatlantiques
italiens, dont il sera parlé au compte rendu de Texposition d'Italie,
et un autre modèle de Palmer, qui mérite la plus vive attention;
c'est le grandiose projet de paquebot à vitesse de 19 nœuds 1/2
et dont voici les principales dimensions d'après l'inscription atte-
nante au modèle :
Longueur 137" »
Largeur 19 46
Creux 11 58
Puissance motrice 13,000 chev.
Diamètre de cylmdre < _ ^ ^^
•^ ( BP. . . . 2 30
Course commune 1 82
On remarquera que le bâtimeat proposé diffère des derniers
grands paquebots postaux, en ce qu'il est plus ramassé. Sa lon-
gueur étant ramenée à 137 mètres , alors qu'on va au delà de
160 mètres ; la largeur étant au contraire portée à près de 20
mètres, ce qui n'est pas inusité en marine militaire, mais sans
autre précédent en marine commerciale que oelui du fameux Gréai-
EasteiTi, qui est resté à peu près un navire mort-né.
La particularité caractéristique du projet Palmer est qu'il est
surmonté d'un haut-pont complet, monté sur colonnettes affleu-
rant la muraille du navire et laissant en dessous un vaste pro-
menoir, autour d'un grand rouf. Ce haut-pont est presque en-
tièrement libre et dégagé de ces superstructures éleve^es parfois
— 656 —
en double et triple étages sur plusieurs des paquebots modernes,
lesquels étonnent et inquiètent les vieux marins habitués à la cor-
rection des lignes des anciens navires.
L'historique de cette accumulation d'étages et de superstruc-
tures n'est pas sans intérêt, et elle résulte des exigences sans
cesse croissantes des passagers, qui ne veulent plus des étroits
emménagements du passé.
On a vu, par la description ci-dessus de nos nouveaux trans-
atlantiques, tout ce qui compose le paquebot postal actuel. On ne
pouvait descendre le navire dans Teau, c'est-à-dire augmenter son
tirant d'eau, qu'on s' attache au contraire à réduire, grâce aux
constructions en acier. La longueur de 160 mètres et la largeur
de 16 mètres sont bien près d'être des limites pratiques; il ny
avait donc plus qu'à gagner par les hauts, ce qui n'est pas sans
danger de verser dans les grands roulis; bien que cette élévation
du centre de gravité ait rendu plus doux et moins fatigants
les mouvements de retour du navire à son assise normale sur les
vagues.
Ceci posé, les anciens navires modèles, comme le célèbre Persia
des Anglais et le Pereire de notre marine française, eurent sur
Vuper^deck classique un long rouf contenant les salons, offices,
chambres d'officiers et coupole des machines, etc.
Puis, ces navires à rouf étant devenus aussi redoutés qu'ils
avaient été en faveur, on les a couverts d'un toit protecteur dit
spardeck, d'abord assez léger; il est devenu ensuite un pont com-
plet, un étage de plus, ne portant qu'un petit nombre de roufs
indispensables et séparés, n'offrant que des surfaces insignifiantes
aux coups de mer et laissant le haut-pont aussi libre et dégagé
que possible.
Tels furent le Shannon des Anglais et VAdriatic (1) de la Compa-
gnie américaine, qui venait au Havre avant l'existence de notre
Compagnie transatlantique . La Société des Ingénieurs, en son
voyage à Anvers, a vu ce célèbre et vraiment magnifique navire,
non plus sous sa forme primitive de steamer, mais à Tétat du
plus beau voilier qui existe peut-être.
Le Labrador et ses pareils de notre marine française sont de
(1) Le steamer Adiiatic a été décrit dans ime ootice à la Société des Ingénieurs
en 18tô.
— 057 —
même du type dit paquebots à spardeck proprement
marins considèrent souvent comme l'idéal dupaqnebo
pratique à tous les points de vue et ayant, aussi peu
f^re, à redouter les coups de mer.
Mais on a eu de nouvelles exigences, en même
retrouvait la nécessité de protéger tout ce qu'il f:
sur le nouvel étage n'ayant plus de spardeck
nom; alors sont vt«nus, de nouveau, les grands roufs
raoir, le salon dit de conversation, la belle coupole
la salle à manger, le carré des ofScIers, etc.; en
qu'on couvrait l'avant et l'arrière du navire par les
lUTtle-<leck. Ou a relié le tout par un nouveau po
qu'on appelle le pont- promenade ou terrasse, et fiua
ci a reçu encore des superstructures.
Dans le projet Palmer, il est devenu un nouvel éi
veau pont complet presque entièrement libre et dégagé
le Labrador précité, avec la rectitude classique des
que tout ce qui est superstructure ordinaire a trc
dessous à l'abri des coups de mer.
Les reuseigoements que nous avons recueillis si
sements Palmer , ont achevé de nous révéler ]
puissance des constructions navales en Angleterre.
peine à croire que le' colossal établissement d'Elder,
eût des analogues (1).
Puis, nous avons connu les chantiers de Barrow
fourni en France la Normandie. Mais voici les indicat
recueillons sur les établissements de Palmer, compr
à Seraing : mines, fourneaux, forges, laminoirs, ate
tiers; ils couvrent 30 hectares de terrain ayant i,!
Il) La maison Eldct, qui a Tourni la plupart des paquebots
c^6bK8, n'en compte qua peu, au contraire, on France, dans cet
l'erreur législative avait Torcée de demander à l'étranger.
Cet immense établissement, où nous avons vu les quatorze cale:
occupées par des navires en montage, est loin de représenter à
ganco de production de la contr<!e.
Lefl vingt-un constructeurs réunis de la. Glyde, depuis i
Dumbarion et Greenock, totalisent environ solianle cales de ci
un outillage d'une puissance extraordinaire pour la réparation
construction ; tiSmoin l'une des cales BÈchea de Graanock, parai
munie de deux portes extrêmes, où nous avons vu enaemblo
radoobage, Jlais aujourd'hui que la Grande-Bretagne n'est plus
monde et que la plupart des peuples construisent leur marini
navales y subissent une crise dont on ne prévoit pas l'élend
menses besoins personnels.
— 658 —
façade sur le rivage de la Tyne. En ces derniers temps, les chan-
tiers ont produit par an de 28 à 35 navires en fer ou en acier et
les forges 130 tonnes de fonte ou fer. De 1878 à 1884, la con-
struction totale des navires représente 293,435 tonnes et 149,648
chevaux de puissance, dont 9 cuirassés , 10 puissants torpilleurs
et 14 paquebots de premier ordre.
L'amirauté anglaise a 31 bâtiments de guerre de ce seul
constructeur.
Si les Parisiens ont à remercier M. Palmerde leur avoir mon-
tré ses modèles, les visiteurs de la section anglaise à l'Exposition
d'Anvers ont été réduits, en objets maritimes, aux quelques
modèles du façonnage extérieur de la coque envoyés par quatre
constructeurs, et aux aquarelles représentant les principaux paque-
bots de la Compagnie Péninsulaire Orientale, Tune des plus puis-
santes d'Angleterre.
Créée en 1837 avec deux petits paquebots à roues, elle eut en
1842 son premier navire en fer, en 1880 son premier navire en
acier ; le nombre actuel de ses navires on acier est actuelle-
ment de 13, totalisant 57,000 tonneaux. Cette Compagnie marque
aussi dans l'histoire de la marine, non seulement parce qu'elle
avait ÏAtrato et le Shannon qui furent des types, mais parce
qu'elle est entrée à peu près la première, tout au moins réso-
lument, dans l'application de l'hélice et dans le système du ral-
longement des navires, qui fut alors si contesté. Avec le
même entraînement pour le progrès, elle adopta dès le principe
les condenseurs à surface, les machines à rapide rotation directe
et la haute pression.
Sa flotte est composée actuellement de 57 paquebots généralement
de première classe; alignés à la suite, dit la notice, ils formeraient
une file de près de 7 kilomètres et demi.
En tête de ces paquebots sont le Home et le Carihage^ ayant quatre
mâts, 130 mètres de long, un port de 5,000 tonneaux et une
puissance de 5,000 chevaux. Ils se caractérisent par un vaste
rouf, recouvert d'un pont-promenade qui déborde de part et d'autre,
portant sur colonnettes, comme dans le projet Palmer qui précède»
mais seulement au milieu du navire, en formant galerie couverte. Le
reste du pont, à l'avant et à l'arrière, est libre* et dégagé ; les
flancs du navire sont percés de grandes fenêtres can*és ou sabords^
i
— 659 —
suivant Tusage. pour les pays chauds; comme le Saint-Simon^ et
YOlinde de notre Compagnie transatlantique pour la ligne des Antilles ;
comme vient aussi d'être refait à neuf le paquebot la France,
actuellement occupé à transporter les troupes au Tonkin, et sur
lequel plusieurs de nos camarades de la Société des Ingénieurs
sont sortis du port, dans notre voyage au Havre, pour l'inaugura-
tion de la Normandie,
Les quatre constructeurs anglais qui ont exposé à Anvers sont
d'abord :
Swan, de Nev^castle, et Harland, de Belfast; ce dernier est l'au-
teur de ces grands paquebots de la White star C° qui ont été le
point de départ de la fièvre des grandes vitesses où se débat en ce mo-
ment la marine* A côté de son Britannic, long de 140 mètres et
à 4 mât3, il est emieux de mettre en comparaison son Schanmm
(second du nom), long dte 126 mètres,, à machine de 4,500 chevaux
et gréé seulamenit de 2 mâts, de part et d'autre des ^ cheminées.
Lee deux autres constructeurs anglais exposant à Anvers sont
Thomson et Caird, très connus en France. Le premier, qui fut
loagtemp» le constructeur attitré de la Compagnie Cunard, a
donaé le SainthGermain à notre Compagnie transatlairtîque. De
ses trois modèles d'Anvers, deux sont assez caractérisques, l'un
comme type de paquebot rapide de dimensions- réduites ; les
voici:
Longueur 109™80
Largeur 13 80
Creux 7 60
Tonnage 3680^
Vitesse 15"^
Puissance motrice ind. ..... . 4,000 chev.
^ ,. , \ 1 HP l'^lâS
^^^^^^^jiBP am
Course commune 1 050
L'autre modèle de Thomson paraît être celui d'un de ces pa-
quebots que divers constructeurs a^glais^ ont construit pour le
Mexique, lequel est en train de se créer une maxine, protégée à
outrance de toutes manières par son gouvernement, pour concur-
— 660 —
rencer les marines d'Europe. Il a, sur notre ligne du Havre i
Vera-Cruz, 4 beaux steamers de Napier.
Celui de Thompson a les dimensions suivantes :
Longueur 113^40
Largeur 13 10
Creux 7 70
Tonnage 4,660'
Puissance motrice . . 3,700 chev.
Cylindres j ^ g p - 333
Course commune 1 42
Cairdy de Greenock, est celui des constructeurs anglais qui a ea
le plus de clientèle française. Parmi ses modèles exposés à .\n-
vers, nous remarquons d'abord ceux du Rome et du Carthage de
la Compagnie Péninsulaire, qui précèdent, celui du Massilia pour
la même Compagnie, construit avec un peu moins de longueur,
mais un peu plus de largeur et de creux, et la même force
de 5,000 chevaux ; comme disposition générale, le Massilia rap-
pelle complètement notre Labrador de la Compagnie transatlan-
tique, qui, avec son pont dégagé, reste un type.
L'une des récentes œuvres de Caird est le Coromandel, type ac-
tuel du paquebot rapide ne sortant pas des dimensions moyennes.
La coque est en acier Martin-Siemens, à 3 ponts principaux, avec
teugues aux deux extrémités, 8 cloisons étanches dont les portes
se ferment du haut du pont supérieur, gréement en 3 mâts, ins-
tallation pour 111 passagers de cabines. Ventilation très complète.
Suivent les principales dimensions :
Longueur 120™ »
Largeur 13 50
Creux 8 90
Tirant d'eau en charge 7 50
Déplacement 8,000^
Salon des premières (sur l'avant) ] 1 *. oa
Salon des secondes, long. .... 13 »
— m —
Machine Gompound, 3 cylindres
Diamètres jggp 130
Course commune 1 65
Pression manométrique 8*^
Nombre de foyers 21
Surface de chauife »
Surface de grille 29"^^ 50
Surface condensante 1,750 »
Vitesse promise 14°^*l/2
Vitesse réalisée. 15 1/4
En outre de ce qui précède, la section anglaise» à A nversi avait
un grand étambot de navire à cage d'hélice d'une seule pièce,
probablement en acier et exposé sans doute comme spécimen d*un
beau travail de forge ; puis un singulier essieu coudé, pour loco-*
motive aussi bien que pour la marine. Partant de ce principe que ce
qui casse le plus, c*est la soie ou la partie voisine des mauivelles,
quelque soin qu'on prenne d'éviter les angles vifs, les manivelles
sont en 2 morceaux assemblés à queue d'aronde et reliés par deux
énormes boulons.
*
4" LA HOLLANDE ET L'ITALIE
La Hollande est depuis longtemps une puissance maritime. Mais
les 45 modèles exposés à Anvers ne donnent que la forme ex-
térieure de la coque nue et ne suffisent pas pour l'étude.
L'Italie devient une grande puissance maritime. Outre ses ar-
senaux et ports militaires, elle a pour le commerce son port de
Gênes, perfectionné et outillé en 3 ans pour être dans la Médi^
terranée ce qu'Anvers est dans le Nord. Maintenant on va
s'occuper du port de Naples et d'un bon port sur l'Adriatique.
L'Italie avait deux Compagnies de paquebots de comtnerce qui
ont récemment fusionné en une seule grande et puissante entre^
prise, laquelle fait une vive concurrence à nos services français.
Elle n'a exposé à Anvers aucun-de ces modèles complets comme
ceux de la section française, mais avec ses 13 modèles donnant
la forme extérieure de la coque, nous trouvons des dossiers de
plans d'exécution très intéressants.
Bull. 44
— 662 —
Bien que Tltalie tienne à honneur de construire son matériel
naval, sa grande Compagnie a cependant commandé en Angletem
plusieurs de ses transatlantiques , et c'est , nous Tavons dit,
non à Anvers, mais à l'Exposition du travail, à Paris, que nous
trouvions le modèle complet de ceux qui ont été construits par
Palmer de Jarrow-on-Tyne. Ils appartiennent à la classe des paque-
bots mixtes et à toutes ans, à vitesse moyenne et service écono-
mique, qu'on pourait comparer à nos trains omnibus de chemin
de fer. C'est à peu près notre type français, avec un gréement
de brick à 2 mâts carrés. Us sont aménagés avec 8 canots de
service ou sauvetage, pour 91 passagers de première classe et
50 de seconde classe. Voici ses dimensions :
Longueur 122" »
Largeur d3 »
Creux 40 »
Tirant d'eau 7 »
«
Déplacement correspondant 8,800'
Tonnage en douane 4,500'
l HP 1»20
Cylindres jgp 2^
Course commune 1 50
Puissance indiquée 3,600 chev.
. L'Italie, disions-nous, fait aujourd'hui elle-même, le plus qu'elle
peut sa flotte. Nous lui connaissons trois principaux établissements
de constructions navales et elle ne recule devant aucune puissance
d'engin.
Témoin le Pilon-Géant, de 100 tonnes et à quadruple mon-
tant de tôle, pour les forges de Terni. Cet instrument, l'un des
chus de l'exposition d'Anvers, a été construit par les ateliers de
Seraing particulièrement pour forger ces canons-monstres qu'af-
fectionne l'Italie, comme les Anglais. On se souvient de celui qui
est venu à notre exposition de 1878, sur un wagon à* 12 roues
et qui mesurait plus de 2 mètres à la frette des tourillons.
Les canons que forgera le marteau de Terni doivent peser 100 à
110 tonnes. Le canon de Bange, qui figurait aussi à ^exposition
d'Anvers, pèse 37 tonnes et on attend de lui, paraît-il, le même
travail que du canon italien.
— 663 —
Dans sa flotte militaire , comme dans son artilli
aime à faire grand ; elle semble en tout se souvem:
comparables moments de l'antiquité et du xvi' siècle.
Son noureau cuirassé le Morosini, qui vient d'être
lenaellement à Venise, caractérise cependant une réa
UD bâtiment à 3 hélices, avec ce' cloisonnement en toi
l'Italie parait avoir eu l'initiative. La coque en ai
seulement de long sur IS^SÛ de large et 7"^ de i
La puissance motrice est de 10,000 chevaux pour
de 16 nœuds. Les machines sont indépendantes ainsi qi
dières en des chambres distinctes; l'armement consia
nons du poids de 106 tonnes chaque, % autres gros
peu moindres, 3 lance-torpilles dont une à l'arrii
grand nombre de canons- revolvers. La cuirasse du
de 36 à 45 centimètres.
La construction du Morosini, effectuée en 4 ans, ti
l'ancienne cité des doges a des moyens d'exécution ce
5" ALLEMAGNE
La section allemande était une des plus intéressantei
elle offrait des modèles complets de navires comme ceux
tioQ française, avec des plans, dessins ot notices.
Le tout exposé par la seule Société Vulcan de Ste
s'en faut de beaucoup qu'il n'y ait que ce seul établisses
traction maritime en cette Allemagne en train de devei
sance navale à inquiéter même l'Angleterre.
D'autant plus que l'Allemagne, nous sommes forcés
construit ses navires en des formes un peu massive;
une méthode, une étude des détails et un fini peu i
Angleterre où on s'est trop habitué à faire ^^te «t écoi
plutôt qu'avec l'ancienne perfection de W- Penn et de
Il fant ajouter que los navires allemands sont ten
remarquable propreté.
Nous ignorons si la marine militaire allemande est f
connue en France : nous allons voir ci-après doux de
cuirassés. ' ,
Quant à sa marine, commerciale qui occupait un rfui{
*
I
— 664 —
celui de la France il y a peu d'années» nous lui connaissons deux prin-
cipales Compagnies postales qui ne remplissent que trop bien lefameui
programme allemand : battre les Français commeiaicUement sur Um
les marchés^ après les avoir battus militairement sur leur territoire.
Ces paquebots postaux, après avoir fait la cueillette du fret sur
toutes les côtes en venant de Bl*ême et de Hambourg, viennent
dans nos ports où ils n'ont qu'à compléter leur chargement, en pre-
nant le fret à tous prix, l'enlèvent ainsi à nos navires en vertu de
la maxime : faire leur bien premièrement et puis le mal (T autrui. Elles
sont servies à cet effet par de très habiles agences répandues sur
toutes nos places, accaparant surtout certaines industries d*expo^
tation dont trop souventles fabricants et les commissionnaires, même
i Paris, sont étrangers, et se font un honneur national d'enlever le
plus qu'ils peuvent à notre marine, ce que notre commerce français
n'imite pas assez (1).
Autrefois les paquebots allemands appartenaient par principe à la
classe des navires mixtes à moyenne vitesse, réalisant surtout le plus
économique service. Ce fut le temps des beaux revenus de cette ma-
rine.
L'une de ces Compagnies, la Hambourgeoise atnérivaine^ parait
persévérer dans ce système. Nous avons son type classique de
paquebot dans le Saint-Simon et le Saint-Germain de notre Com-
pagnie transatlantique et nous allons voir ci-après un spécimen de
ses dernières constructions qui ne diffèrent des précédentes que par
un peu plus de vitesse, restant cependant toujours dans la moyenne.
L'autre grande Compagnie allemande, le German Lhyd, est au con-
traire entrée dans la voie des grandes vitesses avec tous les perfecr
tionnements modernes. De ces paquebots rapides, actuellement au nom-
bre de 5 et que vont suivre 3 autres en construction, les plus réputés sont
Eider et Fulda. Ils ont 438 mètres de long, 14'°75 de large, H°75
de creux et7,500 chevaux de puissance motrice. Les formes générales,
avec superstructure, le gréement en 4 mâts et 2 cheminées, la dis*
(!) Nous avons plu^ d'une fois entendu formuler ceUe maxime : que la marcAmt-
dise n'a pas de patrie et nous avons à ce moment sous les yeux le Bulletin d'an pa-
quebot allemand portantpour le Havre, Bordeaux et Paris 8,000 colis qui eussent
bien fait Tatlkire du pavillon français. Profitons de la présente note pour dire com-
bourg et Anvers.Mais nos paquebots français v ont perdu une recette annuellede
500,000 flrancs.
— 665 —
position intérieure, les machines Compound sont à peu près les mêmes
que dans notre paquebot français la Noi^mandie^ et on peut dire que
la marine n'a plus guère partout qu*un système, sauf dans les ma-
chines, où subsistent encore des variantes pour le mode de détente.
La plus grande partie do ces flottes allemandes est yenue des
chantiers anglais; mais on s'adresse aujourd'hui aux établissements
allemands qui sont, tout au moins, bien près de suffire entièrement
au pays.
Ceux de Stettin (i) nous montraient à Ânyers d'abord le modèle de
Tun des paquebots de la C^^ Hambourgeoise, nommé Rugia,
La coque est en acier, aménagée pour 100 passagers de cabine
sur l'ayant et 1,200 émigrants dont les chambres sont ventilées
par six manches à vent. La machine est du type Compound
vertical à deux cylindres. Il a trois chaudières timbrées à
à 5 i atmosphères, à double façade, posée en long. Douze foyers
en tout, une seule et même cheminée, et un gros tube sécheur de
vapeur commun aux trois chaudières.
Longueur de coque, total 113 » m.
Largeur — 13 33
Tirant d'eau en charge 6 90
Déplacement correspondant 6.500 t.
Vitesse ordinaire 12 n'^
Puisance motrice indiquée 2.400 cb.
Consommation diurne de houille . . 42 t.
Venaient ensuite à Anvers, dans Texposition des chantiers de
Stettin, les modèles de deux grands cuirassés pour la marine alle-
mande qui sont, au point de vue de l'armement, la contre-partie
Tun de l'autre.
Dans le premier, une nombreuse artillerie est répartie dans tout
le navire, sur le pont supérieur et en dessous en batterie tirant par
des sabords sur les flancs du navire, lequel est d'ailleurs à éperon
et partout puissamment blindé. Sur le pont supérieur sont 4 canons
principaux abrités dans des tourelles couvertes, 2 au milieu, 1 à
chaque bout; en tout 16 canons proprement dits, plus 12 revol-
(1) Les chantiers de Vulcaii. dit la notice de Texpositioa, fondés en 1831 occu-
pent 3,5(H) ouvriers et ils ont construit, rien que pour l'AUemagne 22 puissants
navires de guerre.
— 666 —
vers. 20 manches à vent aèrent rintërieur à tous les étages. Le
navire eat à 2 hélices. Voici ses principales dimensions :
Longueur 120 » m.
Largeur 18 60
Creux 12 95
Tirant d'eau * . . 7 75
Puissance motrice indiquée 10.000 ch.
Vitesse 46 n**.»
Dans l'autre modèle allemand, qui est celui du cuirassé, égale-
ment à 2 hélices, Erbau^ Tartillerie consiste en 6 canons du plus
fort calibre, qui sont réunis et concentrés au milieu du navire dans
une sorte de forteresse non couverte, où s'élèvent aussi les
quatre cheminées des . chaudières. Tout le milieu du navire est
très puissamment cuiraiàsé et sa consolidation, poar porter aa
centre de la coque toute la masse du moteur et de rartillerie, est
très intéressante à étudier. Nous n'avons pas pu réussir à nous
procurer les dimensions deVErbau, qui autant qu'on puisse en juger
sur UD modèle, nous ont paru à peu près les mêmes que dans
le précédent cuirassé; mais avec moins de creux et un tirant
d'eau très réduit. Nous croyons savoir qu'il est très cloisonné en
tous sens, avec 36 manches à vent pour Taérage des compartiments.
Nous sommes aussi portés à croire que VErhau serait une appli-
cation d'un système du savant amiral Paris qui concentre, de même,
pour ainsi dire l'âme et la vie du navire de guerre, au milieu par-
faitement protégé par le plus épais blindage, les deux parties, ar-
rière et avant de la coque, relativement construites avec légèreté,
ne servant que pour le déplacement d'eau qui équilibre le poids
total et ne contenant plus au-dessus de flottaison que des logements
et magasins qui peuvent être plus ou moins détruits par l'ennemi
sans faire inévitablement sombrer le navire.
Mais ce qui étonne dans le cuirassé allemand et ce qui dépasse
certainement le but de l'amiral Paris, c'est l'érection des 4 grosses
cheminées au centre du fort renfermant toute l'artillerie et invitant
en quelque sorte l'ennemi à porter là ses coups.
D'autre part, il est certain que l'artillerie de VErhau est réunie
là au le navire a le moins d'oscillations et pourra tirer très juste.^
L'exposition allemande à Anvers a enfin un modèle et les des-^
— 667 —
sins de navire ie guerre d'un intérêt tout ac
minera notre compte rendu :
Ce sont ceux de ces corvettes rapides qui
trmtas pour la Oiine et que nos escadres
bien. Ces bâtiments, cuirassés, très intellige
Bonnes et agencés pour torpilleurs, sont sur
leur tirant d'eau réduit à 6 mètres.
Une puissance motrice de 6,000 chevaux le
courante de 14 nœuds qui peut être de bet
dérober à la poursuite. Ils sont à deux hélic
de machines Compound horizontales à 3 cyl
retour, système Claparède. L'armement priiic
sants canons sous tourelles blindées; l'intériei
par Iti cloisons transversales et une en long
blindage varie en épaisseur de 25 à 35 cei
91 mètres de long sur 18 mètres de large.
Tel est l'échantillon de la flotte chinoise r
nent de combattre.
Si intéressantes et si redoutables que soi
gères qui viennent d'être passées en revue, _
ser le lecteur sur des impressions décourageî
notre marine française. On a vu à l'exposit
que nous avons aussi des bâtiments de guE
puissants, rapides, à tirant d'eau réduit et po
nements modernes.
D'autre part, il ne fallait pas taire que
retard, et peut-être seuls en retard, pour ;
priés à la marine moderne par leur acce
leur système administratif.
Nous sommes très eu retard aussi poui
time ; à ce point que nos premières écoles
vriers n'ont pas de cours spéciaux. Dans n<
tés savantes, la marine ne tient pas la plai
autres peuples nos rivaux.
On a dit que dans la plupart des industi
jourd'hui et qu'il n'y a plus de place q
nombre d'ingénieurs. La marine leur offre
horizon .
- 668 —
Des perfectionnements merveilleux ont succédé enfin à la longue
routine; mais il reste beaucoup à étudier et à faire.
La mer a encore trop de secrets. Il en est de même de la
puissance et de l'utilisation de la force motrice. Les navires sont
trop lourds et trop peu gouvernables ; plus d'une partie de la
construction continue à sentir Tenfance de Tart.
Puisse le long exposé qui précède, à l'occasion de l'exposition
d*Anvers, avoir inspiré à nos camarades le goût de la marine et
de ses œuvres qui sont assurément les grandes industries de
l'avenir.
CHRONIQUE
SONHAIU. _ _ . _ .
Orienule. — Moteurs à gu. — Pyroroètre calorimètre. •-
par omnibus et tramway b.
Psnta à bascule 4 B««*«rd*Mâ. — Nous em;
tice publiée par M. NieszoD, dont nous avons extrai
dock âottant de Rotterdam contenu dans la cbroDiqi
reiiseignements suivants sur divers ponts à manœuvre
hlis dans la ville de Rotterdam.
Ces ponts k bascule double et à plan horizontal on
ciens ponts datant de vingt-cinq à trente-cinq ans, 1
struits très légèrement et à vantaux contre -boutant ai
ve:iuz Nont en fer comme les précédents, mais consii
forts et construits d'après des calculs exacts.
Les tabliers et les trottoirs sont en bois; dans ces d<
ivvêtement de la voie charretière a été fait en pavés
Sous charge, ces ponts présentent un plan horizontal;
Afi' voies de tramways ont toutefois une coupe longi
lique & très grand rayon au sommet, c'est-à-dire au ]
lies poutres; la largeur des voies charretières varie (
très; celle des trottoirs latéraux de i^Si à 2 mètres, <
bre sous volée, de 9-«0 à i3°*4, à la cote i^SO sur E
gue, comme nous l'avons dit précédemment, l'étiage
Chaque poutre peut porter isolément sa charge moh
égaliser la flexion au milieu du pont et répartir plus
charge, l'extrémité libre de chaque poutre est munie
âoitflxes, soit en verrou, qui font supporter l'eifort parli
la fois; celles-ci sont disposées de façon à ne pas.c
d'éviter la poussée sur l'axe du mouvement de bascule
Deux de ces ponts présentent cette particularité qu
lions des deux canaux situés sur chacune des deux riv
qne possible, on a placé une forte armature de fer en
maintenir invariable l'écartement des culées. Quand on
server une profondeur déterminée pour le passage des i
caution entraîne souvent à de grandes dépenses; mais,
présentant aussi peu de stabilité que ceux des villes l
i-st extrêmement utile, comme le démontre ce fait (
massive fondation sur pilotis, les ponts dans ta const
— 670 —
on n'a pas pris ootto précaution, présentont une variation de deux ceD<
tlmètres au joint des poutres, suivant que la hauteur d'eau varie entw
les points extrêmes de Téobelle d'étiage.
Trois de oes ponts sont disposés pour être manœuvres par la pression
hydraulique, Tous peuvent cependant se manœuvrer à la maiu au
moyen d'engrenages logés dans les piédestaux des réverbères de této
et de secteurs dentés fixés sur les maîtresses poutres.
Les bascules sont construites de façon à rester en équilibre dans tou*
tes leurs positions; aussi, malgré son poids, qui varie de 3,S00 à 72,000
kilogrammes, chaque poutre est-elle aisément ouverte à 80 degrés par
un seul homme, avec un vent ordinaire.
La force hydraulique est fournie par une prise d'eau sur les conduites
de la Ville, qui débitent sans interruption et peuvent donner environ
trois atmosphères de pression, soit le double de ce qui est nécessaire.
Les appareils hydrauliques consistent en cylindres oscillants, rece-
vant l'eau par un de leurs tourillons et contenant des pistons dont
les tiges agissent sur de forts bras d'équerre en fonte fixés par des
collets de fonte aux axes des bascules et à la paroi des maîtresses
poutres extérieures. Les cylindres ont des boîtes à tiroir et les appa-
reils comprennent les réservoirs d'air, tuyaux de distribution et robi-
nets de divers genres- nécessaires.
Au Stokkenbrug, pont reconstruit en 1881, on a mis deux cylindres
à chaque poutre, un de chaque côté de la culée ; les deux cylindres
de chaque paire sont réunis par une conduite de communication pour
en rendre l'action solidaire, principe sur lequel repose toute la dispo-
sition de Tappareil.
A l'ordinaire et lorsque la pression du vent ne dépasse pas 10 kilo-
grammes par mètre carré, un seul cylindre suffit pour lever la poutre
correspondante en une demi-minute environ; on peut donc maDoeu-
vrer à demi-force, ce qui se fait au moyen d'un distributeur qui neu-
tralise la pression de Teau dans le second cylindre. Si le vent est plus
fort, on emploie les deux cylindres, et on peut alors ouvrir le pont
sous des pressions de vent allant jusqu'à SO kilogrammes par mètre
carré. Les cylindres ont 0°*69 de diamètre, et les pistons 1"40 de course.
La mise en action se fait au moyen de leviers que les gardiens ma-
nœuvrent sur la voie publique ; le mouvement alternatif de ces leviers
agit sur un tiroir analogue à. celui des machines à vapeur qui distribue
Teau dans le cylindre, soit en avant, soit en arrière du piston.
Par les froids ordinaires, l'allumage de quelques becs de gaz dans les
caveaux suffit à prévenir la congélation de l'eau ; en temps de forte ge-
lée, on se sert d'un petit poêle à gaz.
L'expérience a conduit à quelques modifications dans la construction
de deux ponts plus récents, le Jan-Kuitenbrug et le Spanjaardsbrug,
— 671 ^
Il uj a plus qu*uD seul cyliudre par poutre, et Tappareil do demi^foroe
86 trouve par oonséquent supprimé.
La réunion des poutres au repos a lieu au moyen d'un système de ver-
roux qui reoulent d'eux-mêmes quand se ferment et font saiUie lorsque
s'ouvrent les barrières du pont,
Tous les ponts mobiles construits dans ces derniers temps ont été
éprouvés sous charge uniforme de 300 kilogrammes par mètre carré, et
en y faisant passer au pas et au trot de 4 à 6 gros camions portant cha»
oun 4,000 kilogrammes, avec 1^80 à 3 mètres d'éoartement d'essieux,
Les trottoirs étaient en môme temps chargés aussi lourdement que
possible.
Un des ponts les plus remarquables est celui qui a été récemment
établi par la Société de Commerce de Rotterdam sur le Binnenhaven,
près de Koningshaven.
Ce pont est le plus grand des ponts à bascule qui existent aotuelle-
ment, et sert pour la circulation ordinaire et pour le passage des trains
de marchandises du chemin de fer.
Son établissement présentait des difficultés spéciales ; le terrain était
mauvais, et il fallait satisfaire à la double condition de sept mètres de
passage sous le pont à marée haute et de 10 mètres d'élévation de la
voie au-dessus du plafond du bassin.
Pour atténuer l'effet du vent sur la très grande surface des tabliers à
l'ouverture des ponts, on a élevé de chaque côté deux pavillons formant
portique au-dessus de la voie de passage.
Voici les dimensions principales :
Longueur des poutres entre culées 24" »
Largeur . d« 10. SO
Distance des axes des bascules 27 »
Longueur du fléau des contre-poids en arrière des axes ... 3.30
Hauteur du dessus du tablier sur eau basse ........ 4.36
Hauteur du passage sous le milieu du pont sur eau basse. . 3.87
Hauteur du plan de la voie sous les portiques 4.90
Longueur de la voie entre colonnes 8 »
Longueur des trottoirs de chaque côté de la voie 1.23
Les fondations des canaux situés de chaque côté entre le pont et les
pavillons, lesquelles forment un tout avec celles de deux chéneaux de
communication de 4 mètres de section, pratiqués sous le pavillon, ont
38 mètres de longueur sur 13 environ de largeur.
Le pont est construit aussi légèrement que possible, d'après le sys-
tème de poutres contre-boutantes, et a un tablier de revêtement en
bois qui repose sur un nombre suffisant d'cntretoises fixées aux quatre
poutres principale^ qui forment chaque partie du pont. Ces poutres
sont arquées en dessous avec la partie supérieure droite et, le pont
— 672 —
fermé, reportent Teffort, par une réaction horizontale, sur la maçonne-
rie des culées; les points d'application de cet effort sont à 2*18 en
contre-bas de la surface du tablier.
Entre chaque paire de maîtresses poutres pénètrent deux fortes soli-
ves en fer à parois pleines fixées à Taxe de bascule et reliées trans-
versalement entre elles et aux poutres. Ces pièces forment les côtés
du fléau dont la culasse reçoit le contre-poids. Le pont fermé, cette
disposition fait porter toute la charge propre sur Taxe des bascules,
de telle façon que les maîtresses poutres n'aient plus à supporter que In
charge mobile.
(A suivre.)
C^mpacnte 4e iiavlipattoii Ptfnliiiialaire et Orieatale.
— La Compagnie Péninsulaire et Orientale est la plus ancienne Com-
pagnie de navigation existante ; elle a été incorporée par charte
royale en 1840; mais, dès 1837, sous le nom de Compagnie Péninsu-
laire, elle commença à faire le service postal entre Falmouth, Lis-
bonne, les principaux ports d'Espagne et Gribraltar; ce service sefaisaii
auparavant par navires à voiles aussi rapidement que le vent et la
mer le permettaient ; il fallait souvent trois semaines pour amener les
con*espondance8 de Lisbonne à Londres, période qui suffît actuellement
pour les communications avec Bombaj par la voie de Brindisi.
Les services de la Compagnie Péninsulaire et Orientale s^étendeni
actuellement à Tlnde, la Chine, le Japon et TAustralie ; l'ensemble ào^
parcours effectués par la flotte de la Compagnie s*élèvent annuellemeni
k plus de 2,344,000 milles marins, soit 108 fois le tour de la terre.
Les premiers navires de la Compagnie, de 1837 à 1842, étaient t-n
bois; c'est à la dernière de ces dates que remonte son premier navire
en fer. A partir de cette époque, le fer remplaça rapidement le bois, et
depuis 1880 il commence à être à son tour remplacé par l'acier : c't\«t
à cette date que fut construit le premier navire en acier de la Compa-
gnie ; elle possède actuellement 13 navires en acier de 37,300 tonnes de
jauge totale.
En 1837, la longueur était environ 5 fois la largeur; le rapport fui
progressivement augmenté jusqu'à 10, puis revint à 8 et 9, la propor-
tion généralement usitée actuellement. A l'origine, les lignes étaient
beaucoup plus pleines à l'avant qu'à l'arrière; l'expérience a prouvé que
c'était un défaut au point de vue de la vitesse à réaliser pour les services
postaux; aussi la Compagnie a-t-elle, entre 1844 et 1852, allongé plu-
sieurs de ses navires et obtenu un accroissement de vitesse. Vers l8r>T
et 1839, lorsque le besoin d'un accroissement de tonnage se faisait $eu-
tir, on allongea deux navires ayant des formes fines aux extrémités ei
ou réalisa une réduction de la consommation par tonne. D'autres navire^
— 673 —
furent plus tard rallonges par le milieu pour des raisons de divers or-
dres.
Les précautions de sécurité ont toujours été Tobjet d'une attention
particulière; dès 1840, les navires de la Compagnie étaient munis de
cloisons étanches; ils sont actuellement construits d'après les prescrip-
tions de TAmirauté pour pouvoir être employés comme croiseurs ou
transports en temps de guerre parle gouvernement.
Les lourdes machines à roues à marche lente furent remplacées, vers
4852, par des machines à hélice àengrenages à marche plus rapide, qui
cédèrent elles-mêmes, vers 1855, la place aux machines à action directe
H allure accélérée ; dans ces dernier^ temps, la vitesse des pistons a en-
core été accrue. Le condenseur à surface fut introduit en 1861 avec les
premières machines Compound (1) ; les surchauffeurs apparurent vers
1860 et donnèrent alors de notables économies de combustible.
Jusqu'en 1847, les pressions effectives ne dépassaient pas 1/2 kilo-
gramme ; mais après cette époque, elles s'élevèrent successivement jus-
qu'à 1.5 kilogr.; depuis Tadoption des condenseurs à surface et des ma-
chines Compound, la pression s'est élevée de 1.75 à 3 kilogr.; en 1881 ou
a atteint 6.5 kilog.,et, avec les nouveUes machines à triple expansion,
on ne craint pas d'aller à 10 kilog.
Le premier navire à hélice de la Compagnie Péninsulaire et Orien-
tale date de 1851 ; depuis cette époque, elle cessa de faire des navires à
roues.
Voici quelques chiffres relativement à l'accroissement opéré depuis
dix ans dans le trafic de la Compagnie :
Tonnage total de la flotte de la Compagnie . .
1874
1884
IKUniTlOI
116.295
172.694
56.399
Puissance totale de cbcvauT effectifs
96.637
160.600
63.963
Parcours total en milles marins
1.635. 768
2.344.264
708.496
Consommation totale de combustillo
280.000
403.900
123.900
Consommation par mille marin
171 kg.
172 kg.
On voit par les chiffres du tableau que la consommation par mille
parcouru n'a pas varié sensiblement pour un tonnage de près de 50
pour 100 supérieur; en outre, la vitesse s'est accrue de 20 pour 100 en
(1) Ces machines étaient des machines Woolf à cylindres superposés de Hum-
phrys et Tonnant, montées sur les steamers Poonah, Mooltan. DeUit^ etc., dont les
résultats turent assez médiocres , surtout par suite de certains défauts de con-
struction. (Voir Société des Ingénieun civils, 1873, pages 783 et 828.)
— 674 —
moyenne. Ces résultats sont dus aux perfectionnements apportés aux
appareils moteurs » et, dans une certaine mesure, à ramélioration des
formes.
En 1837, la flotte de la Compagnie Péninsulaire et Orientale se bor-
nait à deux petits vapeurs en bois à roues, jaugeant au plus 300 tonneaux
chacun ; elle comprend aujourd'hui S2 grands vapeurs à hélice en fer et
en acier, jaugeant collectivement 181,0d5 tonneaux, soit une moyeune
de 3,492 tonneaux chacun.
On peut donner une idée de Timportance de cette flotte en indiquant
que ces navires, placés bout à bout sans intervalle, occuperaient une
longueur totale de quatre milles.
Dans les douze dernières années, la Compagnie a vendu un nombre
de navires représentant près de 80,000 tonneaux, et les a remplacés par
des neufs, dont la jauge totale atteint 140,000 tonneaux, de sorte que la
flotte actuelle est en très grande partie neuve.
Les navires du modèle le plus récent représentent, avec leur arme-
ment et chargement complet, un déplacement de plus de 9,000 tonneaux.
Ainsi, le Tasmanta, livré en 1884 par Caird et C**, a 144 mètres de
longueur, 13'"74 de largeur, 9"60 de creux, et jauge 4^300 tonneaux de
gross tonfioge ; la puissance effective de ses machines est de 4,000 che-
vaux.
On a eu 13 nœuds et demi de vitesse aux essais. Ce ne sont pas là
évidemment les dimensions qu'atteignent aujourd'hui les paquebots des-
tinés à la navigation transatlantique ; mais la nature du service est tota-
lement différente.
Il y a trente aa»^ les plus gros navires de la Compagnie Péninsulaire
et Orientale, tels que le Fera, avaient 92 mètres de longueur, 12"80 de
largeur et8'"20 de creux, avec 2,200 tonneaux de gross tonnage et des
machines à engrenages de Rennie donnant 30 à 32 tours par minute , et
développant environ 1,100 chevaux indiqués; ces navires ne donnaient
guère plus de 10 nœuds de vitesse moyenne et consommaient oO tonne?
par 24 heures, alors que le navire dont il a été question plus haut, le
Tasmaniayiie dépense pas plus de 70 à 78 tonnes pour un tonnage double
et une vitesse une fois et demi supérieure.
H^teurs à ipaz. -- L'institut de Franklin avait nommé une com-
mission pour étudier spécialement les moteurs à gaz à l'Exposition intei*-
nationale d'électricité organisée par loi à Philadelphie en 1884, et
pour faire toutes les expériences qui paraîtraient utiles, dans le but
d'élucider les diverses questions relatives à ces moteurs.
Cette commission avait élaboré un programme d'expériences très
complet, comme on pourra en juger d'après ce qui suit :
Les expériences se diviseront en deux parties :
1® Des essais pratiques dans le but de rechercher l'effet utile des m'>
teurs dans les conditions qui seront jugées les plus favorables par les
— 675 —
constructeurs, pour arriver à reconnaître la valeur industrielle des. ap-
pareils au point de vue de la dépense et du bon fonctionnement.
Ces essais comprendront :
Un essai de dix heures sous charge maxima ;
Un essai de dix heures sous charge moyenne, la machine étant arrêtée
à la fin de chaque heure et le temps nécessaire pour la remettre en
marche noté.
Les observations à recueillir sont :
Les diagrammes d'indicateur;
Les résultats de l'essai au frein de Prony;
La vitesse et la régularité de la rotation;
Le nombre total de tours ;
Le nombre total d'inflammations;
Les températures de Tair et du gaz à l'entrée;
Les températures du gaz à l'échappement;
Les températures de l'eau à l'entrée et à la sortie
Les pressions de Tair et du gaz à l'entrée;
La composition du gaz à l'entrée ;
La composition du gaz à la sortie.
iP Des essais scientifiques dans le but de constater certains faits au
sujet de Faction du gaz dans le cylindre, faits intéressants à connaître
pour améliorer l'état très imparfait encore de nos connaissances sur la
théorie des machines à gaz*
On devra donc choisir un moteur et exécuter sur lui l'étude des ques-
tions suiyantes :
Température des gaz après l'explosion ; on se servira, à cet effet, de
la résistance électrique d'un fil fin de platine placé dans le cylindre.
EîiFet des divers degrés de compression*
EîfFet des diverses proportions de mélange.
Effet de la compression préalable du gaz et de sou emploi au moyen
d'un régulateur de pression.
Effet du chauffage préalable des gaz.
Infiammabilité de la charge par l'étincelle électrique à divers points du
cylindre.
Effet de la variation de la vitesse et des modifications dans les tiroirs.
Expériences sur la dissociation.
Comme on le voit, ce programme ne laissait rien à désirer, et, s'il eût
pu être réalisé, il n'est pas douteux que ces expériences n'eussent fourni
des renseignements de la plus haute valeur ; malheureusement, il par^
tagea le sort de beaucoup de programmes. Les exposants refusèrent net-
tement de se prêter aux expériences qu'on leur demandait, et la Com-
mission dut se borner à faire un simple rapport sur les machines ex-
posées.
Ces inachines étaient d'ailleurs peu nombreuses*
— 676 —
La Compagnie des machines Clerk, de Philadelphie, exposait deui ma-
chines, une de huit et une de dix chevaux, actionnant des dynamos uni-
polaires de Bail; la première machine entretenait six lampes à arc et la
seconde 80 Idmpes à incandescence.
Les machines de ce système ont deux cylindres : un cylindre moteur
où le mélange de gaz et d'air fait explosion à chaque tour, et uu cjlin-
dre de déplacement par lequel les gaz brûlés sont expulsés du premier
cylindre, et une nouvelle charge de mélange détonant est fournie à
celui-ci.
La pression dans le cylindre de déplacement ne dépasse jamais ou
tiers d'atmosphère ; le volume de ce cylindre est plus grand que celui
du cylindre moteur ; son pistou est actionné par une manivelle à angle
droit et en avance de celle de Tautre cylindre.
Ce piston aspire de Tair et du gaz pendant la moitié de sa course, et
de Tair seul pendant l'autre moitié ; pendant la moitié de la course de
retour, il refoule l'air dans le cylindre moteur, et pendant le reste de
la course, le mélange combustible. An moyen du calage indiqué pour les
manivelles respectives, la première moitié de la course de retour du
piston de déplacement correspond au dernier huitième de course d*nn
sens. et au premier huitième de l'autre sens du piston moteur; de sorte
que l'air envoyé par le premier piston lave et rafraîchit l'intérieur du
cylindre moteur pendant que le piston est aux environs de l'extrémitô de
sa course.
L'échappement du cylindre moteur se fait par des lumières annu-
laires découvertes par le piston à fin de course et, pour que Tair puisse
s'échapper et le mélange combustible être admis dans le cylindre avant
que ces lumières ne soient fermées, le volume du cylindre de déplace-
ment est plus grand que le volume du cylindre moteur augmenté de son
espace neutre.
Au retour, le piston moteur comprime le mélange à une pression d'en-
viron 3 1/2 atmosphères, et l'explosion porte la pression à 12, à 13.
L'inflammation se fait au moyen d'un bec Bunsen et d'un tiroir d'al-
lumage.
Les machines portent un dispositif pour les mettre en marche au moyen
des gaz comprimés.
Il y a un réservoir dans lequel le cylindre de déplacement peut com-
primer du mélange détonant à une pression de 5 atmosphères, au
moyen d'une soupape qu'on fait agir un instant avant l'arrêt et qui em-
pêche le mélange détonant de passer au cylindre moteur; cette com-
pression s'opère par l'effet du volant.
Voici les résultats obtenus par une machine de 10 chevaux, résultats
fournis par les constructeurs :
1
2
3
4
5
4 à 5
8 k 9
10 à 14
15 a 17
25 à 27
0.127
0.152
0.178
0.205
0.229
0.205
0.253
0.305
0.407
0.610
210
180
150
140
120
1.80
2.40
2.70
3.60
3.90
0.90
1.05
1.10
1.15
1.50
950 k.
1220 k.
1720 k.
2620 k.
3570 k.
— tt77 ^
Puissaoce développée à Tludicateur sur le pistou
moteur» 14.75 chevaux.
Pression moyenne 5.10 kilog.
Pression maxima 15. ()0
Pression avant Tinflammation 4 »
Nombre de tours par minute iS-i
Diamètre du cylindre moteur ♦ . 0.177
Course du piston moteur 0.305
Gaz par cheval indiqué et par heure 590 litres.
Voici quelques renseignements sur les éléments de plusieurs grandeurs
de machines Clerk :
N»' du Type
Puissance indiquée
Diamètre du cylindre
Course du piston
Nombre de tours
Longueur occupée
Largeur d*
Poids de la machine complète .
La maison Schleicher, Schumm et Cie, de Phiiaddlpbie^ exposait trois
machines Otto de quatre, sept et quinze chevaux ; la première actionnait
une dynamo Edison de 25 lampes, la seconde une machine Bernstein de
iO lampes. Ce type est trop connu pour qu'il soit nécessaire de s'étendro
sur ce point.
MM. Queen et Cte, do Philadelphie, exposaient une petite machine à
vapeur chauffée au pétrole. La chaudière de cette machine consiste en
une caisse eu fonte d'où partent cinquante tubes , également en fonte,
de 30 millimètres de diamètre, et 0"22 de longueur ; le tout est contenu
dans une enveloppe en tôle surmontée d'une cheminée. Le chauffage
s'opère par la flamme de pétrole pulvérisé par un jet de vapeur fourni
par la chaudière et réglé suivant la pression à la chaudière par un sys-
tème automatique, qui maintient cette pression absolument régulière.
L'alimentation d*eau est également réglée par un appareil automatique.
Il y Hf en outre, comme d'habitude, un manomètre, une soupape de sû-
reté et un niveau d'eau à tube de verre.
La machine est renfermée dans une caisse en fonte où se fait l'échap-
pement, le bas de cette caisse reçoit l'huile et l'eau condensée et les ma-
nivelles en battant dans ce mélange le projettent sur tontes les pièces du
mécanisme qui se trouve ainsi largement lubrifié. La machine est à
pilou à deux cylindres à simple effet, l'un au-dessus de l'autre, avec
un robinet de distribution entre eux deux. Les pistons n'ont pas de
garnitures, leur tige commune traverse la boîte à vapeur intermédiaire
et la bielle motrice est articulée directement au piston inférieur.
Le robinet de distribution est actionné par un excentrique dont le
Bull. 45
-\
- 678 —
calage variable est réglé par un système centrifuge agissant contre
un ressort. L^échappement se fait par des lumières ménagées dans le»
parois des cylindres et découvertes vers la fin de la course par les
pistons.
Sur la demande de MM. Queeii et C>° et, en présence de leur repré-
sentant, il a été fait un essai le 18 octobre 1884, lequel a donné les
résultats suivants.
On a d'abord fait faire quelques tours à la machine à la main et
eu arrière de manière à comprimer l'air dans la chaudière à un degré
suffisant pour faire fonctionner le pulvérisateur ; en quelques minutes
la pression est montée à 7 kilogrammes. On a alors pesé Thuile et
Teau et ajusté le frein et on a commencé Tessai, lequel a duré plus
d'une heure, la machine faisant 800 tours à la minute ; avec la charge
complète sur le frein on n'a pu maintenir la pression à plus de o à
5 1/2 kilogrammes. La machine a développé quatre dixièmes de che-
val avec une consommation de un peu moins de â 1/4 kilogrammes^
d'huile et 12 litres d'eau par heure. Ces résultats ne sont pas mau-
vais pour une si petite force.
^ywmmtàitm^ MitorlnÉètre. — Le journal de VIran and steellns-
titute donne, d'après une revue suédoise, la description d*un pyromè-
tre destiné à la mesure des températures dans les foyers métallurgie
ques, di\ à M. S. A. Andrée.
Cet appareil n'est pas autre chose qu'un calorimètre, mais il a été
étudié avec soin et on dit qu'il permet d'obtenir les températures
avec une approximation de un pour cent, c'est^-dire avec une exac*
titude bien supérieure à celle des pyromètres de divers systtoes em^
ployés pour l'appréciation des hautes températures.
Les pièces d'essai sont des morceaux de fer du poids exact de 23*5
grammes. Le thermomètre est divisé en dixièmes de degrés, lesquelles
divisions ont 1 millimètre, de sorte qu'on peut apprécier très facile-
ment des vingtièmes de degré.
Le récipient contenant l'eau est cylindrique et, pour que la surface
de refroidissement soit miuima, la hauteur est égale au diamètre ; il
contient 300 centimètres cubes d'eau et a 80 millimètres de hauteur
et de diamètre, 2 centimètres do hauteur étant prévus pour Tagltatiou
de l'eau opérée par un agitateur formé d'une plaque de cuivre percée
de trous, fixée à une tige de baleine qui sert à la déplacer.
Le vase est supporté sur quatre pieds en bois et placé dans une
caisse en bois avec l'intervalle garni de ouate* Le couvercle est en
verre et a deux ouvertures, l'une pour le thermomètre, l'autre pour
la tige de l'agitateur et un trou fermé par une soupape se refertnant
d'elle-même, par lequel est introduite la pièce dressai qui tombe dans
un panier en toile métallique disposé au milieu du liquide^
— 679 —
Od détermiDe l'équivaletit on eau de l'appareil en y introd
pièce d'essai aune ten^érature connue, ttlle qve 100 degrés
Le point délicat est évidemment la connaiasauce 'exacte i
cité calorifique du métal aux diverses températui'es ; la
dans de grands détails sur la manière d'en tenir compte et c
tables destinées à faciliter l'emploi de cet appareil qui doun
de bons résultats et est d'un maniement très facile.
Trmumport dRMs Parla p»r oinnlba* «« traH>
Le Journal de la Société de Statistiiiue de ParU donne dos
meots très iutéressants sur les modifications qu'a produites
culation dans Paris le changement de matériel ofl'ectué par
^ie des omnibus ; cette modification remonte déjà à quelqi
mais elle n'en est pas moins opportune à rappeler au mo
question des transporta en commun excite ajuste titre lea
lions.
En 1874, la Compagnie des Omnibus ne disposait que do
â6 ou 28 places ; à cette date, un cheval attelé à une vo
type, transportait il voyageurs; en 1881, il ne transportait
à une voiture de ce modèle, que 35.3 voyageurs, et cela à c
port de l'aiiciou matériel sur les lignes â plus faible circulât
Eu revanche, attelé à une voiture à 40 places, il transpoii
43.1 voyageurs et, attelé à une voiture de - tramways, 62
moyenne, pour l'ensemble du service, 43.5 voyageurs.
H en résulte que, do 1874 à 1881, le nombre des voyageu:
tés, par journée de cheval, s'est élevé de 41 à -Vo.'ô, soit 4.;
tation ainsi repartis :
Intérieur 1.3
Impériiilu 3.â
Le plus grand nombre de places ofl'ertos proportionnellemc
riale, oii les dames sont admises dans les grands omnibus et te:
a amené une augmentation notable de la proportion des vuyi
pôrialc.
Cette proportion qui était, en 1874, df . .
S'eat élevée en 18K1 :
Pour les voitures à 40 places, à,
Pour les tramways, à
Soit, pour l'ensemble des services, â
Or, comme le nombre des voyageurs augmente, il faut
qu'il n'y a pas dans ce fait un simple déplacement des vi
l'iatérieur à l'impériale, mais bien la création d'un trafic
taire de voyageurs d'impériale résultant du plue grand uomb
offertes.
COMPTES RENDUS
SOCIETE D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
SEPTEMBRE 1885
Rapport de M. le colonel Goclieii sur une Hlaeliliie à dâYlifcr,
présentée par M. E. Péràux.
M. Péraux a imaginé une règle à calcul à deux réglettes, dont le
but est de procurer une exactitude double ou quadruple de celles
qu'on obtient avec les règles ordinaires de même longueur; pour
Texécution de ces règles, il a exécuté des macbines à diviser, entiè-
rement en bois, dont le principe est celui de la similitude des
triangles; un coin, incline au dixième, déplacé entre une règle fixe et
un chariot mobile dans un sens perpendiculaire à Tune des faces du
coin, repousse ce chariot d'une jlongueur égale au dixième de son
propre déplacement.
Dans les applications de cette machine, Tauteur s'est trouve
amené à interposer des divisions croissantes ou décroissantes entre des
traits dont les positions étaient données par des expériences ou par
le calcul. Il a imaginé, pour cela, de faire usage de divisions harmo-
niques, ou autrement dit, des échelles de perspective ou de fuite; ce
principe, combiné avec des dispositions de détail très bien étudiées,
a permis d*établir des machines très simples et d'un prix d'établisse-
ment modéré qui peuvent rendre de réels services dans les ateliers
de dessin et de gravure.
Rapport de M. H. Péligot, sur 1<> un ai^parell peraiel'
temt d'ouvrir mt de fermer les eompteors à tllstanee, i^
un bee de sas autematlque^ présentés par MM. Gros et Muba-
TORI.
L'appareil comprend un obturateur, lequel peut remplacer le robinet
d'admission du compteur et se compose d'une cloche contenant du
mercure dans lequel plonge un ajutage ; le déplacement de cet aju-
tage ouvre ou ferme le passage au gaz et est déterminé par le fonc-
tionnement d'un aspirateur en communication avec l'obturateur par un
— 681 —
cordon d'air d'une longueur quelconque; cet aspirateur est également
constitué par une cloche à mercure.
Cette possibilité de fermer un compteur à distance pourrait, dans
certains cas, présenter le danger de faire négliger la fermeture des
becs et des explosions auraient pu se produire au moment de Fallu-
mage.
Pour combattre ce danger, les inventeurs ont imaginé une disposi-
tion par laquelle les becs sont fermés automatiquement dès que lo
compteur est fermé et que le gaz n'arrive plus, mais sont rouverts
seulement par une manœuvre spéciale.
Cette disposition consiste encore dans une petite cloche à mercure
qui retombe lorsqu'on ferme l'arrivée du gaz dans la conduite et la
seule pression du gaz, quand on rétablit la communication, ne suffit
pas pour faire remonter la cloche, mais elle est assez forte pour la
maintenir soulevée; il faut donc soulever la cloche pour rendre le
gaz au brûleur, ce qui s'opère avec une petite tige qu'on manœuvre.
Inéiiistrle cotammiéref remarques sur quelques défauts de fabri-
cation.
Ces remarques sont dues à. M. Bowman et ont été faites dans une
série de conférences, faîtes à l'Ecole technique de Bradford ; elles
sont surtout relatives àt la teinture et à l'impression des tisssus de
eotoD.
'Simtem sur les Mgram^ composition, analyse, essai des huiles
pour le chamoisage, par M. Ferdinand Jean.
On sait que les peaux de cerf, de daim et d'agneau, destinées à la
confection des objets d'habillement et à la ganterie, ainsi que Ips
peaux de bœuf et de veau, qui servent à faire les buffleteries, sont
soumises à une préparation qu'on désigne sous le nom de chamoisage,
laquelle constitue un véritable tannage à l'huile; on emploie des
huiles de baleine ou de poisson ; l'excès d'huile est retiré ensuite par
torsion ou par pression et est vendu sous le nom de dégras aux cor-
royeurs qui s'en servent pour nourrir le cuir et lui donner de la sou-
plesse ; les dégras que Ton trouve dans le commerce présentent des
compositions très variables et les corroyeurs auraient très grand inté-
rêt à n'acheter ce produit que sur analyse.
Les dégras constituant un mélange de diverses matières, leur ana-
lyse nécessite la détermination de Teau, des matières animales, des
cendres, de l'huile, des matières saponiflables, des matières résinoïdes,
de l'alcali ou de l'acide. Chacune de ces déterminations est étudiée
séparément dans la note de M. Jean.
Appareils inélIcateaMi de niveiiu ft^euvy de Lbfèvre et
Renault et de Lbmpbrt et Lengensibpsn.
— 682 —
Il serait très difficile de faire comprendre le fonctiounemcnt de ce»
appareils sans Taide des ligures jointes & l'article ; la description du
premier, est extraite des Annales indttëlrielleSf et celles du second,
du Dingler's polytechnich^ Jcumai.
Ij^eau •xygënëe^ sa préparation et ses usages, par W. LmDNBR.
(Extrait du Chemiker Zeitung).
Il paraît que la consommation de Feau oxygénée va en augmen-
tant d*année en année ; on la prépare toujours au moyen du bioxjde
de baryum qu'on décompose avec un acide, généralement de Facide
âuorhydrique, phosphorique ou même oxalique.
On remploie pour le blanchiment de Fi voire, des cheveux, soies,
plnmes, etc., ainsi que de la laine; elle est aussi susceptible de nom-
breux usages domestiques, enlèvement des taches de vin, fruits, herbe,
encre, etc., désinfection des petites plaies, etc.; on fait, en ce mo-
ment, des essais sur l'emploi de Teau oxygénée pour la régularisation
des fermentations et la conservation des fruits et légumes.
On obtient Teau oxygénée à 3 0/0 à assez bas prix.
KKtraetlon de ïmr^ procédé électrolytique de M. Henry R.
Càsskl (Extrait de la Nature),
Sur les allâases de cobalt et de eulvre, par M. 0. Gdil-
LBHiN (Extrait des Comptes rendus de PAcadénUe des Sciences).
Iiefl pulls à pëtrule en Amérique (Extrait de la Revue sôen-
tifique).
ANNALES DES PONTS ET CHAUSSÉES
SEPTBMBaK 1885
BTstlee blsffraplilque sur M. Csmsy, inspecteur général
des Ponts et Chaussées, par M. Martin, inspecteur général des Ponts
et Chaussées.
Cemmlsslen teehnlque de l^assalnlssement de ParISi
résunnë des travaux et rrfsalutlans adaptéeSé
Cette Commission, composée d'inspecteurs généraux et d*ingémeur9
— «88 —
en chef det Foui» et Chaussées , d'ingéoieurs civils^ d'hygiénistes,
d^arohitectes et de] membres de la Commission des logements insa-
lubres, a été nommée en octobre 188S; elle a arrêté les principes
généraux dont elle recammande Tapplioation, & TAdministratiou muni-
cipale.
L'étude de rassainissement part du logement; elle pose ie principe
dn cabinet spécial à chaque logement et de TempltH de Teau à la dose
minima de 10 litres par jour et par personne ; le siphon hydraiulique
est exigé pour les sièges des cabinets et pour les eaux ménagères ; le
tujau de chute doit être prolongé au-dessus du >oit, et des réser-
voirs automatiques doivent assurer des chasses intermittentes dans
les tuyaux de chute.
Au point de vue de la réception des matières, la Commission oon-
damne le système des fosses fixes, de même que celui des récipients,
fosses mobiles, tinettes, etc., qui s'opposent au libre et rapide écou-
lement des laatièresy et, quant au mode d'évacuation, après de
savantes discussions, la Commission a admis» à une forte majorité,
le principe de l'envoi direct des matières de vidange à l'égout*
On devra amélioi^er le système central des collecteurs, devenus
aujourd'hui iosAffisants, en créant de nouvelles galeries pouvant débi-
ter 400,006 mètres cubes et transformer les machines élévatoires de
Cliohy, pour assurer l'écoulement et prévenir la stagnation des eaux
d^égouts. ,
Les résolutions, dont nous venons d'indiquer les bases, compren-
nent 34 articles.
Mémoire sur. l'AsiwIiBlfl^emeiBt de Im (ieine) par M. A. Du-
rand-Claye, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées,
Cette note contient l'historique des études et expériences, qui,
eatr^[krises dès 1867, et poursuivies sana interruption depuis cette
époque, ont abouti à la grande dami)afili£|tion dftla plaine. de C^en-
nevilliers, dont la salubrité et Ja.fiiioip<k>iM.flont aujourd'hui iadiseu-
tables.
Les ingénieurs du service municipal ont dressé. un projet compre-
nant la continuation des irrigations dans la plaine de Gemievilliers
et leur extension sur les terrains domaniaux situés sur le territoire
d'Achères, à l'extrémité nord-est de la forêt de Saint-Germain.
Un projet de loi dressé confdrmément, est acjbttellement soumis à
l'examen d'une Commission parlementaire.
L'assainissement de la Seine comprend deux services : 1*^ le ser-
vice des irrigations de la plaine de (Tennevilliers; ^ celui des études
et travaux neufs.
La note de M. Durand «Claye examine successivement^ pour la pre-
mière partie : 1^ l'alimentation, comprenant l'égout partant du collée-
— 684 —
m
teup Nord de Paris à la porte de la Chapelle et amenant les eaux de
Tautre côté de la Seine, en face de Saint-Ouen et la seconde dériva-
tion, allant du collecteur d^Asniéres à Clichy, où se trouve l'usine
élévatoire. Cette usine comprend trois groupes de machines et pom-
pes, représentant une force collective de 1,100 chevaux;
2*» La distribution dans la plaine de Oennevilliers, au moyen de
H4,000 mètres de conduites de diamètres divers, de 1 mètre à 0",30,
3° Le drainage destiné à abaisser le niveau de la nappe souter-
raine, établi' en 1878-79.
4® Les résultats, lesquels sont rais en évidence d'une manière pema^
quable par Taccroissement de 34 0/0 de la population de Genoe-
villiers.
La seconde partie comprend :
1** Les études pour l'extension des irrigations pour les eaux d'égont
sur les territoires domaniaux d'Achères;
2^ Les études pour l'épuration des eaux des égouts départementaux
et de la partie Est de la capitale ;
3® Les études et travaux en vue de l'assainissement de Paris.
Ces dernières études ont conduit à rapplication du système dit :
« Tout à l'égout » à l'Hôtel de Ville, à la caserne Schomberg de la
Garde républicaine, d'un groupe scolaire, rues Cujas et Victor-Cou-
sin, d'un des théâtres de la place du Châtelet, de deux pavillons de
la caserne de la Cité, et d'un certain nombre de maisons particu*
lières.
Les procédés appliqués dans chacun de ces édifices, ont été partout
fondés sur les principes indiqués par la Commission technique dans
les 34 articles dé ses résolutions, et dont nous avons fait connaître
plus haut les bases.
Notice sur les prix de revient de la traetlen et «or lew
ëeon^mtes réaMMimé^m par rapplleatlen de dlveraes medi-
tleattoiis auic maelilmei» laeaiiiatlYe«« par M. Rigour, ingê-
nieur en chef des Ponts et Chaussées.
M. Ricour avait, dans un précédent Mémoire (voir Comptes rendus
de Juin 1884), fait connaître les avantages réalisés par l'emploi des
soupapes de rentrée d'air et les tiroirs cylindriques appliqués à plu-
sieurs machines des chemins de fer de l'Etat. Depuis, Texpérience a
été étendue sur une plus vaste échelle, et l'objet de ce ce nouveau
Mémoire est d'abord d'indiquer les avantages et les inconvénients
((ue la pratique a définitivement fait reconnaître à ces nouveaux o^
ganes ainsi que les précautions spéciales qu'en exige l'emploi.
Ensuite, l'auteur signale de nouvelles modifications tendant, comme
les premières, à réduire l'usure des machines et à augmenter leur
efl'ot utile, puis, il recherche dans quelle mesure les améliorations
— 685 —
réalisées manifestent leur influence sur le prix de revient de la tonne
kilométrique.
D'après M. Ricour, les tiroirs cylindriques n'auraient que 1 milli-
mètre d'usure pour 200,000 kilomètres de parcours, alors que les
tiroirs plans ne feraient que 3,300 kilomètres pour 1 millimëtre
d'usure» le rapport serait donc de 1 à 60. L'augmentation de durée
du mécanisme de commande est dans la mémo proportion.
Il y a eu également prolongation considérable de la durée des
chaudières et suppression totale des dépôts adhérents.
Les relevés faits au dépôt de Saintes montrent que, du 1" janvier
au 31 décembre 1882, alors que toutes les machines avaient des tiroirs
plans, le combustible brûlé par 1000 tonnes kilométriques atteignait
7S kil. 033 et que du !•' janvier au 31 décembre 1884, alors que 30
machines sur 40 avaient des tiroirs cylindriques, le poids du combus-
tible brûlé pour 1000 tonnes kilométriques était descendu à 66S181,
soit une augmentation d*effet utile de 13,4 0/0.
M. Ricour explique que la réduction du travail résistant des tiroirs
a pour effet de diminuer l'écart de l'effort minimum et de l'effort
maximum agissant à la circonférence des roues pendant un tour de
roues et, par suite , de permettre à l'effort moyen de se rapprocher
P
du coefficient d'adhérence —7— davantage qu'avec les tiroirs plans.
4
(Nous renverrons pour l'intelligence de ces considérations, à la note
sur l'adhérence des locomotives, par M. A. Fligner, dont nous avons
avons donné un résumé dans la chronique d'août 1884, page 169).
Les nouvelles modifications dans les locomotives consistent dans dos
écrans réfractaires dans les fovers des machines , à l'imitation de ce
qui se pratique d'une manière générale en Angleterre et dans l'emploi
de surfaces de moindre résistance, pour réduire la résistance de l'aif.
Les écrans réfractaires sont formés de briques, appuyées sur des
tubes à eau allant du bas de la plaque tubulaire au ciel du foyer.
mais ces tubes ne sont pas dans le même plan, de sorte que l'écran
forme une sorte de V qui divise le foyer en deux compartiments ot
dirige la flamme en partie vers les parois latérales,
La résistiance de l'air, aux vitesses un peu considérables , devient
dominante dans l'ensemble des résistances d'un train.
L'auteur du Mémoire a fait des expériences sur ce sujet, à l'aide
de balances installées à droite et à gauche de l'abri d'une locomotive ;
le plateau avait 1 décimètre carré de surface et une aiguille indica-
trice, faisait voir la pression exercée contre un ressort par la résis-
tance de l'air; cette résistance varie comme le carré de la vitesse ;
elle a été trouvée de 49 kilogrammes par mètre carré, à la vitesse
do 70 kilomètres à l'heure.
Comme la surface résistante d'une machine et do son tendor, nor-
— 686 -^
malcmont an sens do la marche, peut être estimée k 12,5 mètre»
carrés^ la résistance de l'air est, à la vitesse indiquée plus haut, de
612 kil. 50.
On réduit considérablement cette résistance par l'emploi de surfaces
inclinées, lequel, d'après les calculs de M. Ricour, peut amener une
augmentation en travail utile de 13 0/0 ; ces plans inclinés ont été
appliqués à quelques machines du réseau de TËtat.
Pans le dernier chapitra de la notice, M. Ricour recherche le prix
de traction sur les grands réseaux français, et, de cette comparaisoD
avec le prix obtenu en 1884 sur .le réseau de l'État, conclut, en
faveur de ce dernier, k une économie de 9,1 Q/0 sur les prix les
plus bas obtenus en France, et de 12,9 0/0 sur les prix moyens de
l'ensemble des réseaux français.
Une partie do cette économie est due à l'amélioration du profil par
la réduction des rampes.
M. Ricour conclut que, lorsque tout le matériel des chemins de fer
de l'Etat aura reçu les modifications diverses qui ont été indiquées,
les dépenses de traction seront réduites de 4,000 francs par machine
et par an ; cette réduction, appliquée aux 7,000 machines qui existent
en France, produirait une économie annuelle sur les frais de traction
de 28 millions de francs pour l'ensemble des chemins de fer français.
Note sur la v^slstence eomp»!^ des coBUitruettomi sesi-
bteMes, par M. de Pbrrodil, ingénieur en chef des Ponts et
Chaussées.
L'expression semblable est ici employée dans le sens géométrique,
deux constructions semblables étant celles qui sont composées do
parties de même nature, satisfaisant comme solides géométriques aux
conditions de la similitude, tels que seraient deux ouvrages ou appa-
reils construits d'après un même projet à des échelles différentes* Les
résistances sont entre elles comme les carrés des dimensions homo-
logues.
Note sur l'Influemee des Joints daMs la wémimtmnme m
Véermmemk^nt des mafamtertea île pierre de taille, par
M. Tourtày, ingénieur des Ponts et Chaussées.
Les conclusions de ce Mémoire sont, que Técrasement du mortier a
lieu sous des pressions très supérieures à la résistance intrinsèque de
ce mortier, mais très inférieures à la résistance de la pierre, que la
pression qui produit la désagrégation des mortiers est en raison
inverse de l'épaisseur du joint, toutes choses égales, et qu'il y a
intérêt à réduire l'épaisseur des joints au minimum compatible avec
une bonne fabrication. Les pierres superposées sans joints donnent
une résistance inférieure à celle de la pierre elle-même « mais 8n[v'-
— 681 —
l'ienre à eello d«3 raaeoDUcriea avec joints do moptii'r;
riSunIs par un simplo coulis de ciment paraissent travail
moDolithcB et donnent des rôsistanccs très supérieure
maçonneries avec joints.
Note sur l'«xpl«al«a 4'anc chRudlère ■
rEurvllle.
Ce rapport a déjà paru dans les Ànnale-i des Mines
lie 1885. (\^oir compte rendu d'octobre, page 326).
suciËTi;: DES ingi;;nieurs allemands
N' U. — SI octobre 1885.
Les machines à l'Exposition universelle d'Anvers,
B. Salomon.
Leg gymnases et les écoles dîtes « realscliule » au p(
i-tudes scientifiques et techniques, par le D' Lunge .
Machines agricoles. — Semoirs.
Groupe de Hanovre. — Tuyaux à ailettes pour chauff
Association des chemins de jcr. — Exploitation par lo
sur les lignes à une seule voie. — Nouvelle horloge de
Chemins de fer Alpins.
Patentes.
N'iS.—r novembre 488S.
Les machines à l'Exposition universelle d'Anvers ■
B. Salomon {tuile).
Ponts. — Assurance des ponts contre les ruptures.
ODt route & Salez-Buchs. — Pont sur le Schwarzwas
— Indicateur d'efforts de Frankel. — Système pour li
des poutres de ponts. — Pont sur l'Indus à Altock. -
— 688 —
rivière Fraser. — Fondations par le froid, système Poetsch. — Pont
sur le Dnieper à Ekaterinoslaw.
Électro-technique. — Comparaison entre les lampes à arc et les
lampes à incandescence.
Groupe de Brunswick. — La plus grande sucrerie en France. -
Enveloppes non conductrices contre les déperditions de chaleur.
Groupe de Carhruhe. — Appareil pour Tapplication de la viscosité
des huiles. — Assemblage de tuyaux, t-
Patenies.
Bibliographie. — Moteurs à gaz, par G. Richard. — Machines à
gaz, par W. Mac Gregor,
Le secrétaire-rédacteur f
À. Mallbt.
ANNEXE
AUX
PROCÈS-VERBAUX DES SÉAN(
DU MOIS DE NOVEMBRE 188S
BéHBloDs ««ppléaieiitatrea
du 80 Octobre et du 13 Novembre 488S
CONFERENCES SUR LES LANGUES LNTERNAT1ÛNA[
Réunion du 30 octobre 1885
Présidence de H. de Cohbehousse
Conférence de M. E. MALDANT, Membre de la Société.
La séance est ouverte à ueuf heures moins un quart.
M. LE PâtsiOENT. — Mesdames et Messieurs,
M. Maldaut a h vous parler d'un sujet extrémemeut întéross;
qui, au premier abord, semblerait néanmoins ne pas devoir s'ad
directement aux Ingénieurs; mais, si ou y réfléctiit ua peu, a
d'huî que les chemins de fer ont transformé absolument la h
monde, on s'aperçoit bien vite que toutes les nations, malgré
querelleset leurs haines, ne formeut, pour ainsi dire qu'un seul ]
et ont, par conséquent, le plus grand intérêt, à savoir ce qui se
les unes chez les autres. Il en résulte que, si on pouvait troui
moyen de n'être étranger à aucune invention, à aucune théc
aucun des travaux qui se font chez les différents peuples, on re
à l'humanité un très grand service, et il est probable que cet
fusion, que cette langue intematioualo dont veut vous parler M
— 690 —
dant, amènerait un peu d'adoucissement dans les haines qui nous sépa-
rent et qui, malheureusement, sui\'aut toute probabilité, nous sépare-
ront bien longtemps encore. Je vous demande pardon de la compa-
raison ; mais, dans le règne animal, u y a-t-il pas des chiens et des
chats, et n'est-il pas difficile de les faire s'aimer? On est arrivé,
cependant dans certaines maisons, à les faire yivre côte à côte. Mais
pour les hommes, c'est plus difficile, et les efforts de M. Maldaot
méritent d'être encouragés. Je lui cède immédiatement la parole, eo
m'excusant de ne la lui avoir pas donnée plutôt.
M. Maldant prend la parole et s'exprime comme il suit :
MlSDAMBS, MbSSIUM* ■
Permettez-moi, avant de vous parler do la langua» inteniaiioBak, de
remercier notre excellent Président et tout notre Comité, de la grâce
si parfaite avec laquelle ils ont voulu m'accordcr une séance toot
entière pour vous parler d'un sujet qui , au premier abord, poarra
surprendre 'beaucoup de monde, mais qui, je l'espère, finira par voa&
paraître digne du temps que vous aurez bien voulu y consacrer
aujourd'hui.
Je l'avoue, il y a des questions qu*il est difficile d'aborder sans un
peu d'inquiétude, devant une Société sérieuse comme la nôtre ; ce
sont celles dont le simple exposé provoque habituellement un sourire
d'incrédulité, même quand on a l'indulgence de ne pas les reléguer
tout simplement parmi les utopies.
La Langue intettiationale est certainement l'une de ces questions épi-
neuses ; aussi, avant de T aborder, mon premier besoin est-il de faire
appel à votre bienveillance.
Il y a plus de deux cents ans que Leibnitz, attribuant aux lan-
gues la plus profonde influence civilisatrice, prétendait créer un lan-
gage et une écriture universels. Et pourtant, malgré leur incontes-
table nécessité, malgré tous les efforts nouveaux tentés depuis, pour
amener leur réussite, ce langage et cette écriture n'existent pas
encore.
La difficulté à vaincre est^lie donc bien terrible ? Et l'utilité d*uoc
langue internationale est-elle suffisamment démontrée?
Ces deux questions peuvent-être, l'une et Tautre, hardiment résolue?
par l'affirmative.
Oui, tous les peuples que rappi'ochent, de plus en plus, les rela-
tions scientifiques, commerciales ou industrielles ont impérieusemeot
besoin de se comprendre ; et c'est précisément pour cela que l'étude
des principales langues vivantes prend une place si grande, et sou-
vent si absorbante, dans Tinstructiou générale des nations civilisées.
, ^ _ 691 —
La diversité des langues est, bien évidemment, l'un des plus grands
obstacles à l'entente cordiale et au rapprochement des peuples ; et
grâce aux merveilleuses transformations sociales qui découlent par-
tout des applications progressives de la vapeur, de Télectricité et de
toutes les branches de l'activité humaine, cet obstacle funeste et bar-
bare devient, chaque jour, de plus en plus intolérable.
Chaque jour, en effet, et malgré toutes les entraves, nous voyons
les progrés tutélaires de la science pénétrer chez tous les peuples.
Chaque jour, nous voyons se multiplier leurs rapports commerciaux
et intellectuels, et nous admirons leurs efforts de rapprochement par
Torganisation des Expositions universelles, des Concours géaéraux et
des Commissions internationales.
Mais lorsqu'il nous est permis d'assister à quelques-unes de ces
grandes assises humaines, il nous est absolument impossible de nous
défendre d'un profond sentiment de tristesse et d'humiliation!
Nous constatons toujours, en effet, que dans ces nouvelles tours de
Babel, les intelligences, même les plus élevées, demeurent fatalement
séparées par toutes les profondes ornières du passé ; et cela, surtout,
parce qu'elles ne se comprennent pas et que c'est à grand'peino
qu'elles parviennent quelquefois, en rompant avec toutes leurs habi-
tudes, à pouvoir échanger partiellement et fugitivement quelques unes
de leurs pensées les plus essentielles.
Il est donc bien manifeste que pendant que la science progresse,
pendant que la diffusion des lumières s'opère chez tous les peuples,
pendant que les applications de la vapeur et de l'électricité diminuent
ou suppriment les distances; en un mot> pendant que les frontières
artificielles s'abaissent, l'adoption d'un langage intef^national devient non
seulement une nécessité de premier ordre, mais encore une nécessité
inéluctable et dont l'urgence grandit chaque jour.
Mais si la langue internationale est bien réellement une nécessité,
quel est donc l'obstacle redoutable qui peut en retarder si malencon-
treusement l'avènement?
Cet obstacle, c'est l' amour-propre national : c'est Tcxagération du
patriotisme individuel. Chaque peuple reconnaît bien le caractère
urgent de cette grande réforme humanitaire, et chaque peuple veut
bien admettre une langue Internationale ; mais, c'est à la condition
que cette langue sera la sienne,
La langue Internationale ne devra jamais être qu'un instrument do
raison, de progrès, de paix sociale et de civilisation. Son but suprême
est l'entente et le rapprochement des hommes : elle a donc nécessai^
rement contre elle, tout ce qui a tendance ou intérêt à les séparer.
La constitntion d'un langage international aura toi\jours, logique-
ment, pour adversaires, tous les despotismes et toutes les étroitesses
d*esprit. Mais aussi, par contre, elle a le droit de compter sur le
— 692 —
concours de tous les esprits généreux et élevés, qui savent placer
rintérêt général avant l'égoïsme ou Tintérêt particulier. C'est à ce
titre surtout, que nous réclamons ici, pour elle, tout votre sympa-
thique appui.
Lorsque, il y a bientôt 40 ans, j'ai commencé à penser sérieuse-
ment à cette question, j'habitais Tours, et j'y vivais en contact pres-
que continuel avec des Anglais, des Espagnols et des Italiens. Pen-
dant longtemps ma principale préoccupation fut de comparer la lau-
gue de ces peuples étrangers, avec le latin et le français, et je
m'efforçais alors de me rendre compte de leurs dissemblances et de
leurs irrégularités.
Toutes les langues, tous les idiomes qui se parlent en ce momeut
sur la terre, sont l'œuvre d'un passé plus ou moins lointain. Ils oui
donc été nécessairement commencés par Tignorauce. Peu à peu, seu-
lement, ils se sont complétés, enrichis, perfectionnés ; mais ils ont
tous conservé, plus ou moins, leurs irrégularités, leurs longueurs et
leurs vices originaires.
Aussi, procédant d'abord par analysCy j'essayais laborieusement de
supprimer, dans chaque langue, tous les iUogismes et toutes les irré-
gularités. Mais je ne tardais pas à m'apercevoir qu'en supprimant
ainsi, et bien avant même d'avoir pu remonter jusqu'aux origines et
aux principes des langues, il ne me restait plus rien du tout!
Un jour j'assistais, à Tours, à l'inauguration de la statue de Des-
cartes, et je méditai longtemps sur cette phrase célèbre de notre
grand mathématicien philosophe (phrase écrite sur le socle de sa sta-
tue) : Cogiio, ergo sum (Je pense, donc je suis).
Je fis, alors, un peu plus connaissance avec Descartes; et quand
j'eus bien compris que, pour se faire des idées philosophiques plus
acceptables que celles qui avaient cours de son temps, il avait résolu
d'édifier, de toutes pièces, un nouveau système rationnel, en s'impo-
sant l'obligation de commencer d'abord par douter de tout : Alors je
compris bien que sur cette vérité primordiale : cogitOy ergo sum, il
avait pu ériger logiquement tout son système.
Mais je pensai en même temps et je compris aussi, pour la pre-
mière fois, que la langue universelle ou internationale ne pourrait
être logiquement, elle aussi, qu'une langue rationnelle, absolument
neuve et faisant résolument table rase du passé.
C'est donc dans cet ordre d'idées que j'examinai, dès lors, les pre-
miers signes, et que j'écrivis plus tard les premières règles de la
langue internationale que je vais examiner rapidement devant vous.
Mais je dois vous dire, tout d'abord, que je n'ai jamais eu la pen-
sée téméraire de présenter ici, et du premier coup, une œuvre pa^
faite. Je n'ai pas songé davantage à saper ou à détruire aucune des
langues existantes, car personne, plus que moi, ne respecte tousleur«
— 693 —
chefs-d'œuvre. Je crois fermement, au contraire, que tout en appre-
nant le moyen facile, logique et prompt de correspondre, par un
nouveau langage, avec tous les autres peuples de la terre, chaque
peuple isolé doit cultiver et conserver utilement sa langue maternelle.
Pour avoir toute l'utilité et surtout toute l'autorité qu'il comporte,
le travail dont nous allons nous occuper devrait émaner d'un Congrès
intemationaly seul capable de faciliter son adoption et sa propagation
générale. Mais pour qu'un tel congrès puisse examiner utilement et
sanctionner un langage général, il faut, tout au moins, lui en sou-
mettre les bases. C'est ce que nous essayerons de faire dans l'étude
sommaire que nous allons présenter, ici, pour la formation, de toutes
pièces, d'un nouveau langage rationnel écrit et parlé.
Notre principale préoccupation, en composant ce nouveau langage,
a donc été de le faire entièrement neuf ; c'est-à-dire sans attaches
directes avec aucune autre langue et. par suite, sans préférenco ni
servage d'aucune sorte.
Je commencerai par examiner ce qui est absolument nécessaire à
toutes les langues, c'est-à-dire l'émission des sons, et leur articulation
plus ou moins complète. Évidemment on se trouve immédiatement
placé, dans cet ordre d'études, entre un attrait et un écueil : l'attrait,
c'est de faire simple ; l'écueil, c'est le risque de ne pas faire complet.
Pour faire simple, on veut diminuer le nombre des éléments ; mais,
si on fait trop simple, on s'aperçoit bien vite qu'on est obligé de répu-
dier les prononciations ayant cours chez la plupart des nations ; et,
par conséquent, la reproduction des mots et des noms propres, géo-
graphiques ou autres, devient absolument interdite. Il faut donc qu'une
langue nouvelle tienne un compte sinon absolu, complet, de ce qui
est nécessaire aux diverses langues, tout au moins qu'elle en tienne
un compte qui permette d'exprimer les noms propres et de mettre en
rapport les différents peuples sans les troubler trop profondément.
Quand il s'est agi d'émettre des sons, j'ai trouvé que dans toutes
les langues, il y avait cinq sons qui se prononçaient facilement par
tout le monde. Mais il y en a un, dans notre langue, qu'il faudra
répudier pour une langue internationale^ c'est notre son u.
Tout le monde sait que les Anglais ne prononcent pas facilement
notre u, que les Italiens ne le prononcent pas du tout et qu'un cer-
tain nombre de peuples ne peuvent parvenir à le prononcer comme
nous.
Cette lettre-là, que nous ne prononçons aisément que parce que
nos gosiers s'y sont habitués dès l'enfance, ne peut pas être conservée ;
il faut donc lui donner une autre prononciation. Nous prendrons à sa
place, la prononciation toute naturelle de ou ; ce sera notre u interna-
tional.
Utn.L. 46
— 694 —
Nous prendrons donc pour nos ciuq voyelles les cinq sous qu un
Français prononcerait ainsi :
Qy éf I, Of ou.
Maintenant, je passe aux consonnes. Je me suis demandé souvent
combien je devais en adopter? Après bien des tâtonnements, j'en avais
mis 12, puis 20, puis 18, puis 19, puis 16 ; enfin je suis resté au nom-
bre 16, après une série de péripéties qu'il serait trop long de vous
énumérer ici, mais qui avait toujours pour base la grande loi dont je
vous parlais tout à Theure : celle de dire assez, et celle de ne pas
nuire à la simplicité du langage, en voulant être trop complet. J'ai
donc pris 16 consonnes. Mais, je me suis bien vite aperçu que je pou-
vais prendre n'importe quel alphabet, sans rencontrer aucune logique
dans la façon dont se prononcent partout les consonnes.
Prenons, comme exemple, notre langue française et demandons nous
s'il n'est pas bizarre de voir que nous disons un 6 (bé), et que nous
disons un / (elle), un k (ka), un x (zède)j un f (effe), etc. ; autant de
consonnes, autant de sons différents, autant d'irrégularités-
11 fallait une règle, que nous avons trouvée dans un sixième son, qui
était aussi un son naturel qu'on aurait pu ajouter , au besoin, aux
voyelles : c'est le son de Ye muet. Nous n'avons pas fait une vojelle de
Ve muet, mais nous nous servons utilement de ce son pour articuler
toutes les consoimes.
Je vais donner un autre renseignement sur les articulations. Notre c
se prononce che\ nous avons été obligés de le conserver parce que le
che est répandu avec profusion dans presque toutes les langues de la
terre.
Il avait été supprimé d'abord puisque le c (dur) était remplacé par
la consonne k (que), et le ç par le s (se). J'ai donc rétabli le c en lui
donnant la prononciation de che, de sorte que mes 16 consonnes sont
représentées par les prononciations suivantes :
Be
Che
De
Fe
Gue
Je
Kc
Le
Me
Ne
Pe
Re
Se
Te
Vc
Ze
On voit que, dans tous ces sons-là, il n'y a rien de baroque, et il eu
est partout de même.
Maintenant, ceci fait, il fallait écrire les lettres. Quelle était l'écrt-
ture qu'il fallait adopter? Encore même difficulté, car nous rcncontroD.^
presque autant d'écritures que de langages. II fallait donc adopter
logiquement, un genre d'écriture qui fût simple, qui distinguât le^
voyelles des consonnes et qui ne fut pas tout à fait fantaisiste.
— 695 —
Dans presque toutes les écritures, il y a deux choses dominantes :
la ligne éb^oite et la ligne courbe. Seulement, ces lignes s!y mêlent sans
aucune espèce de règle ou de nécessité. Faisant une langue nouvelle,
rien ne nous était plus facile que de distinguer, par récriture, les
sons des articulations.
Donc, prenant la courbe et la ligne droite, nous nous sommes servi
de la ligne courbe pour exprimer les voyelles, qui sont moins nombreu-
ses que les consonnes ; et nous lés avons représentées par ces deux
signes 0, C, ^^ faisant varier, comme ci-après, les positions du
second :
a é i o u •
0 C 0 o o
Vous voyeK que, pour les quatre dernières voyelles, c'est toiyours
la même lettre, placée dans des positions nettement différentes et ne
pouvant pas être confondues. La lettre complètement ronde, — je dis
ronde pour ne pas compliquer le langage, puisque c'est seulement une
courbe fermée et non une circonférence, un ovale ou une figure régu-
lière — la lettre ronde est notre a (0) î notre lettre é sera un demi-
rond debout (C); i sera le même demi-rond dans une position con-
traire (0); o sera représenté par ce demi-rond couché (o); et u par
un demi-rond couché en sens inverse (O). De sorte que, avec ces
deux caractères Q, C» î^ ^^-is simplement et aisément toutes les
voyelles.
Vous allez voir, maintenant, qu'avec les quatre caractères suivants,
je fais tout Valphabet : 0, C, I, T. Deux de ces caractères me ser^
vent pour les voyelles (0 C) î les deux autres (| L) feront les seize
consonnes sans aucune confusion.
La première de ces lettres est un bâton (|) ; la seconde est un bâtou
avec un petit crochet (L). Le crochet sera tantôt à gauche, tantôt à
droite, quelquefois en bas. J'ai indiqué ci-après les quatre consonnes
placées verticalement ; je les appellerai, si vous voulez, chefs de file :
g m s
I
Bh bien, ces quatre caractères feront toutes les consonnes. II suffira,
pour cela, de les écrire chacune par groupe de quatre (comme dans
le tableau suivant): la première reste placée verticalement; la seconde
est inclinée d'environ 45 degrés de droite à gauche ; la troisième est
— 696 -
inclinée de 43 degrés de gauche à droite ; et la quatrième est cou-
chée horizontalement.
Pe
Le
Be
Chc
De
1
\
/
Gue
Je
Ke
1
'S
/
Me
Ne
Pe
r
\
r
Rc
Se Te Vc Ze
PounL les commençants, qui n'auront jamais écrit ces signes, on u'a
qu'à prendre du papier quadrillé^ et on fait bientôt de la calligraphie
aussi nette que si c'était tracé avec une règle. J'ai cherché beaucoup
et c'est ce que j'ai trouvé de plus simple et de plus logique. Tous
ces caractères peuvent se faire d'un seul coup, sans lever le crayon
ou la plume ; ce qui permet, avec un peu d'exercice, d'arriver à une
très grande rapidité d'écriture. Ceci étant fait, Valphabei étant écrit*
les lettres se placent et se prononcent comme ci-après ; {Voir page S49.)
Après la confection de l'alphabet, j'ai commencé à accoupler les lettres.
Ainsi je suis arrivé à écrire, en commençant les mots par les consonnes,
tous les mots de deux lettres :
10
IC
13
lo
lo
ba
be
bi •
ho
bu, etc.
Ensuite, en commençant les mots par les voyelles, j*ai eu :
01 Ci 31 ol oi
ab eb ib ob ub, etc.
J'ai eu, ainsi, deux fois 80 mots diflférents ; ou en tout 160 mots (160),
et toutes les combinaisons de deux lettres, (voyelles et consonnes) ont
été épuisées.
Je suis passé alors aux combinaisons de trois, puis de quatre, puis de
cinq lettres. Mais je me suis bientôt aperçu qu'en faisant des mots de
cinq lettres on peut arriver à avoir plus de 150,000 combinaisons dif-
férentes, et par conséquent plus de 150,000 mots. Donc, il est inutile
de mettre plus de cinq lettres pour écrire le mot le plus long d'une
langue internationale ayant les éléments dont nous disposons, puisque
les langues les plus longues n'emploient guère qu'un maximum de 30 à
" J s
> -> s
- ^ 5.
" -. S
<• r s
<^\ i. .
= y S
6- g
- 1 J
- ^ J
■-^^ A
■«"- 1,
- 1 C
-i \ 4
" ^ -1
^ - i
= 3 g
o C 0
,- n ■-
* w -o
JS.O «
S i:|
40,000 mota dont beaucoup, même, s
homoDymeB, des synonymes et des xa
usités.
Avec 150,000 mots, nous avons d<
inépuisable réserve pour l'aveuir.
Mais, il y a encore, ici, un point
téreesant, qu'il est bon que je vous
de suite.
En écrivant tous les mots commeno
une consonne, je me suis aperçu que c
étaient deux fois uu tiers plus nombr
los mots commençant par une voyelle.
Au premier abord, cela ne semble pi
beaucoup d'intérêt ; mais, une autre re
que j'avais déjà faite a donné à cellen
coup plus d'imi>ortance. J'avais pris c
tioouaires de différentes langues , et
additionné tous les mots de 250 pages
cuD de ces dictionnaires. Ensuite, j'a^
commencé l'addition des mêmes 2S0
mais en comptant seulement les substa
les Tiomj; et alors J'iitais arrivé à cei
statation curieuse : c'est qu'il y a à p
deux fois et un tiers plus de substant
n'y a de tous les autres mots réunis. I
que j'ai pu utiliser cette heureuse
denoe , en admettaut comme principe,
apporter aucun trouble par ailleurs, q
les substantifs de la Langue intemationt
mencei-aient par une consonne ; et que
autres mots commenceraient par une
J'obtenais ainsi, sans inconvénient, u
tinclion fondamentale des plus préciei
Maintenant, je pourrai continuer c
plications par quelques courts exem]
composition de grammaire. Je dois voi
tout de suite, que la grammaire n'<
entièrement terminée , le dlctionnai:
plus ; mais nous y travaillons, sur le
que vous commencez, à voir se dessi
vant vous. Seulement, je nevoudrais p
plus vite que mes honorables collaboi
Je vais toutefois vous indiquer «
points assez importants. Je prends, pai
— 698 —
pie, le verbe, Varticle : fallaitril admettre, dans cette langue, les déclh
naùons telles qu*elles existent en latin ou dans d'autres langues?
Je ne l'ai pas cru , parce que la déclinaison est incomparablement
plus compliquée que l'admission de l'article , et que je peux rem-
placer les déclinaisons par l'article ; car, si je prends l'article et le
pronom personnel pour indiquer et distinguer le substantif, c'est-à-
dire pour lui donner le genre et le nombrey je n'ai plus besoin de
faire varier tous les substantifs. Nous avons pris l'article singulier,
masculin et féminin, et nous avons fait, aussi, l'article masculin et
féminin au pluriel; de sorte que, avec cet article, nous pouvons dési-
gner tous les noms sans les faire varier, au masculin ou au féminin,
au singulier ou au pluriel. Pour vous donner un exemple, voici notre
article singulier : 0» pour le masculin, et C» pour le féminin. Quand
vous verrez ce rond Q» ^^^ ^st (a), vous saurez que c'est le signe du
masculin; et quand vous verrez ce demi-rond C» Q^î ^^t (é), vous
saurez que c'est le signe du féminin. L'article singulier 0 W ^'®"^
dire le ot C (^O veut dire la.
Pour le pluriel, nous avons : QJ (^*) <ît CJ (^)-
OJ vent dire les, masculin;
C J veut dire les, féminin.
Si je veux maintenant désigner le cheval, la jument, les chevaux,
les juments ; vous voyez déjà que, si cAeval s'appelait \ o (cAo), nous
aurions :
Le cheval Q \ O (a cho).
La jument C \ O (é cho).
Les chevaux OJ \ O (as cho).
Les juments C J \ O (es cho).
Le substantif reste absolument le même et invariable, que ce soit
cheval ou jument, au singulier ou au pluriel; le nom est donc inva-
riable ; il n'y a de variation que dans l'article, ou le pronom.
Je me suis encore demandé s'il était nécessaire de conserver aussi
cette énorme difficulté des multiples conjugaisons, devant laquelle
pâlissent tous les peuples : Ceux de l'Asie surtout — qui cherchent à
apprendre nos langues ? On ne comprend pas, en effet, comment nous
pouvons avoir besoin, pour nous exprimer, de faire autant de con-
jugaisons que nous avons à exprimer d'actions ou de sensations.
D'autres peuples ont trouvé des combinaisons plus simples que les
nôtres. Quand j'ai examiné ces moyens, j'ai vu qu'on peut aisément
tout conjuguer avec un seul verbe: le verbe être. Les conjugaisons des
autres verbes ne sont que des complications fâcheuses, et nous pouvons
— 699 —
nous en passer, en en faisant des adjectifs verbaux. Par exemple : je
marche, je mû marchant ; nous Tondrions, nous serions voulant ^ etc.
n y avait encore un point très important à résoudre , c'était
celui de la composition d*an dictionnaire logique. Quand on examine
la façon dont se composent les dictionnaires de toutes les nations, on
voit que c'est la fantaisie la plus complète qui a présidé à leur éta*-
blissement, (comme nous l'avons déjà vu pour Tarticulatiôn des con-
sonnes). On voit que partout on a procédé par tâtonnements et que
les éléipents ont été posés comme au' hasard. Ce n'est que plus tard
qu'on est arrivé laborieusement à faire un tour de force extraordi-
naire, en donnant des qualités relativement merveilleuses à des lan-
gages qui semblaient n'avoir rien, en eax-mêmes, pour recevoir ces
qualités-là.
Dans toutes les langues existantes, le sens et la valeur des racines
et des mots sont indépendants des lettres qui les composent.
Dans une langue internationale, au contraire, il peut être précieux
et il est nécessaire que le nombre des lettres y aussi bien que leur
ordre alphabétique, deviennent autant d'indications logiques et pré-
cieuses pour reconnaître l'importance et la signification des mots.
Chaque» lettre de l'alphabet ayant une prononciation invariable, tant
qu'on n'emploie pas les accents, et tous les mots étant nettement distincts
les uns des autres, les idées découlant directement du langage et de
l'écriture, seront donc nécessairement toujours claires et précises.
La langue internationale pourra devenir ainsi, comme me l'écrivait
récemment M. Jules Simon dans une intéressante lettre sur ce sujet,
un précieux adjuvant. Et de plus, bien loin d'être une menace pour
les langues actuelles, elle leur fournira, au contraire, le meilleur moyen
de pouvoir se comparer les unes aux autres, de faire connaître et de
propager tous les chefs-d'œuvre, et de concourir ainsi, en commun,
rt l'élévation et au bien de l'humanité.
Je ne voudrais pas terminer cet exposé, déjà bien long quoique
encore sommaire, sans dire au moins quelques mots des langues vi-
vantes, et sans indiquer les moyens principaux qui devront concourir,
le plus efficacement, à l'éclosion, à la propagation, et aussi à la con^
servation d'un langage international. ^
L»a première de toutes les nécessités, pour tous ceux qui veulent
s'occuper utilement de questions générales si hautes et de l'institution
d'un langage international, c'est de se débarrasser de tout sentiment
exclusif et relativement étroit de patriotisme et de nationalité. C'est,
en un mot, d'attribuer partout et résolument la première place à Vhu-
mnnité. (Mouvements divers.)
Il faut surtout que chaque nation comprenne et sente bien qu'on
a travaillé pour elle, en travaillant pour tous; et que, dans la mesure
— 700 —
compatible avec la généralisation de Toeuvre» il a été tenu compte de
ses aptitudes et de ses besoins particuliers.
La plupart dos tentatives qui se sont produites jusqu'ici» avaient ex-
clusivement en vue les rapports et les intérêts européens. Mais ponr
qu'une langue quelconque pufsse devenir internationale, il faut néces-
sairement, aujourd'hui, qu'elle tienne le plus grand compte des im-
menses agglomérations asiatiques qui représentent, à elles seules, plus
de la moitié de la population du globe ; il faut enftn qu'elle puisse
être acceptée dans toutes les parties du monde.
J'ai pu avoir, auprès de quelques sinologues distingués, des rensei-
gnements précieux sur le langage et l'écriture des Chinois. Je ne sau-
rais mieux faire, pour vous en donner une idée, que de vous lire
quelques courts extraits des notes qui m'ont été écrites, sur ce sujet,
par mon ami M. Lomairc, notre ministre plénipotentiaire en Annam
et au Tonkiu.
M. Lemaire, on assistant à cette séance, a bien voulu y apporter
aussi son utile concours en traçant, sur le tableau, tous les caractères
chinois que vous y voyez écrits.
« Les Chinois, dit-il, se communiquent verbalement leurs pensées, à
l'aide de 430 monosyllabes tels que : ni, ta, ouang, tchoug, von, ai, ek.
qui sont invariables, indéclinables, et qui ne se décomposent ^as alpha-
bétiquement.
Chacun de ces monosyllabes peut avoir plusieurs centaines de signi-
fications : le chinois est donc la langue des hofnonymes. Les monosylla-
bes s'accouplent par deux et par trois et forment des mots composés.
Le même monosyllabe est représenté, dans l'écriture chinoise, par un
hiéroglyphe différent pour chacune de ses significations. Les hiérogly-
phes en usage aujourd'hui sont au nombre de 20,000 environ; ils se com-
posent généralement de deux parties : le radical et la phonétique. Le
radical est le plus souvent placé à gauche, parfois à la partie supé-
rieure ou inférieure, mais rarement à droite.
Il y a 214 radicaux. Ce sont des caractères qui ont leur significa-
tion propre et qui peuvent être employés seuls; mais quand ils en-
trent dans la composition d'un hiéroglyphe, ils y font l'office de clas-
sifioateure.
La plupart des dictionnaire^ chinois ont | pour base les 214 radi-
caux, que les sinologues appellent aussi des clefs. Il y a la clef de
la main^ du pierf, des métaux, des herbes, des habitations, du ccatff de
Yoreille, de Vceil, des passions, de Vhomme, de la femme, des pierres,
des richesses, des maladies, du bois, etc., etc. Tous les caractères chi-
nois ont pu être rangés méthodiquement, dans des dictionnaires.d'aprè?
ces 214 radicaux, ou clefs.
Lorsque le radical de la main entrera dans la composition d'un
hiéroglyphe, 'celui-ci exprimera généralement une action manuelJe.L*?
— 701 —
radical du pkd indiquera la course, la marche, le déplacement du
corps. La clef des herbes vous représentera les fleurs, les légumes ;
celle du cœur désignera les passions, les sentiments de Tàme, les sen-
sations de peine et de plaisir, etc., etc.
La phonétique est la partie du caractère qui est supposée lui don*
ner le son: mais cette règle est loin d'être invariable.
En résumé, ô. l'aspect d'un caractère chinx>is, qui lui tombe pour la
première fois sous les yeux, le plus habile lettré ne peut guère que
présumer sa signification par l'inspection du radical, et sa prononcia-
tion par celle de la phonétique ; mais il a besoin, pour être absolu*
ment fixé sur l'une et sur l'autre, de consulter un dictionnaire.(£tre«j.
L'écriture chinoise est en usage en Chine, au Japon, en Gorée, aux
îles Lieou-Kieou, au Tonkin, en Ânnam, en Gochinchine. Dans cha-
cun de ces pays les hiéroglyphes conservent leur signification; mais
leur appellation varie non seulement de pays à pays, mais, dans cha*
que pays, de province à province. »
Ce simple exposé, rapproché des caractères écrits que vous avez
sous les yeux, est si lucide et si clair, qu*il suffit pour nous montrer
que là langue chinoise est une admirable langue passionnelle, senti-
mentale et poétique, pleine de subtilités et d'interprétations un peu
facultatives. Mais c'est aussi une langue permettant^ de bonne foi,
les plus réelles confusions. £n un mot, c'est une langue essentielle-
ment nationale, et qui doit rester nationale.
Mais l'inspection même de ces hiéroglyphes^ dans lesquels la ligne
droite, la ligne courbe et les inclinaisons diverses ont tant de préci-
sion et de variété, nous prouve de suite que l'écriture de nos carac-
tères internationaux ne sera qu'un jeu pour les Chinois, et qu'ils les
écriront probablement plus vite et mieux que nous.
Quant à nos règles, l'opinion des sinologues que j'ai consultés est
que le Chinois les apprendra tout aussi facilement que les Européens,
parce qu'elles sont simples et qu'elles procèdent, sous certains rap-
ports, comme les siennes même. Mais il les apprendra facilement,
aussi, parce qu'il aime passionnément l'étude et que, comme le Japo-
nais, il est très intelligent.
La seule difficulté réelle que le Chinois éprouvera, comme tous les
autres peuples asiatiques, sera dans la prononciation de notre con-
sonne R; consonne dont, pourtant, toutes les autres langues ne sau-
raient guère se passer. Mais cette difficulté est bien loin d'être insur-
montable et l'Asiatique la vaincra peu à peu par l'étude; et si, finale
ment, sa manière particulière de prononcer le A, ressemble plus à la
prononciation vibrée des chanteurs qu'à la prononciation gutturale de
la masse des Européens, personne ne s'en plaindra, et personne n'en
sera gêné.
Mais de même qu'on a dit : « Tel père, tel fils, 9 de même on
— 702 —
pourrait dire, avec plus de vérité encore, « telle langue, tel peuple.»
Cabanis a écrit, sur ce sujet, ces remarquables observations :
« Premier lien des hommes épars, doux fruit des premières rela-
tions fraternelles, les langues, après avoir fait et scellé toutes les con-
ventions des peuples naissants, ont confondu de plus en plus les in-
térêts et les efforts des individus, les ont dirigés par une impulsion
bientôt indépendante d'eux-mêmes; et se mêlant à tous les détails de
la vie publique, et privée, elles ont exercé la plus puissante influence
sur tontes les habitudes des sociétés. Partout où les langues étaient
bien faites, les progrès de l'état social ont été rapides et sûrs : pa^-
tout, au contraire, où les circonstances avaient fait adopter un mau-
vais système de langage et d'écriture, les peuples ont croupi dans
rignorance ou gémi sous l'oppression ^
Cabanis reconnaît aussi, comme nous, qu'il faut surtout se défier
des fausses richesses des langues, et que le plus grand vice des mots est
d'être confus^ vagues ou susceptibles de plusieurs sens.
Il constate et reconnaît encore que la plus essentielle qualité d une
langue c'est de produire la netteté, la rapidité, Ténergieet la simpli-
cité des impressions diverses qu'elle apporte à l'esprit : impressions
qui deviennent elles-mêmes, la cause déterminante et directe de beau-
coup d'idées qui, sans elles, n'eussent jamais été produites.
La synthèse et la constitution logique d'une langue rationnelle doi-
vent donc nécessairement, selon nous, procéder du simple au composé,
comme l'esprit humain procède scientifiquement du connu à l'inconnu.
C'est ainsi qu'on devra sagement s'efforcer de guider les esprits des
nouveaux apôtres de la langue internationale, sous la sauvegarde et
avec l'appui de la raison, de la logique et de la vérité.
Le projet de la langue internationale dont je viens d'indiquer, à
grands traits, le mécanisme, les règles et les caractères généraux,8om-
meillait depuis une vingtaine d'années dans un coin de mon bureau
quand J'ai eu, assez récemment, la bonne fortune d'en entretenir
M. le Ministre des affaires étrangères. Je lui remis aussi, vers la même
époque, un mémoire sur un projet d'oi^anisation générale de commia-
siom internationales et de concours généraux théoriques et pratiques,
pendant les grandes fêtes projetées du Centenaire et de l'Exposition
de 1889.
M. le Ministre fit un excellent accueil à ces communications, et
c'est sur son conseil même que j'adressai mon Mémoire sur les con-
cours généraux, à M. le Ministre du commerce.
Pendant un de cas interrègnes, auxquels les hasards de la politique
obligent si souvent nos hommes de gouvernement, j'avais déjà parlé
k M. de Freycinet de ce projet de langue internationale ; et je lui
(1) Cabanis, œwres oompUtes (Firmin-Didot) 1833.
— 703 —
avais aussi demandé son avis ^ur les moyens propres à obtenir Tap-
pal ou le concours du Gouvernement pour une oeuvre si essentielle-
ment humanitaire, qui me paraissait digne de justiâer ce cpucours;et
qui devait, en môme temps, en bénéficier dans l'intérêt de tous.
M. de Freycinét me répondit alors à peu près ceci : Pour que le
Oouvemement puisse s'occuper utilement d'une telle question , son
utilité seule ne suffit pas : il faudrait pouvoir lui imprimer encore un
caractère d'urgence. Croyez bien que pour tous les hommes qui sont
au pouvoir, le plus grand obstacle à l'utile^ c'est Purgent. Et il ajoutait,
avec son fin sourire : « Et Turgent n'est pas toujours utile l »
Depuis plusieurs mois, je considérais mon Mémoire sur l'organisa-
tion des concours généraux, comme oublié ou enterré dans les car-
tons du Ministère du commerce, quand le Petit /oumal en reçut une
copie qui, paraît-il, lui parut intéressante. Sous le titre : « A propos
de r Exposition t>, ce journal publia un extrait de mon Mémoire, dans
son numéro du 27 août dernier.
Cet article ne parlait de mon projet de langue internationale, que
d*une manière tout incidente ; mais il pairaît , toutefois, qu'il a suffi
pour attirer au Petit Journal un certain nombre de lettres, de ses les-
teurs, qui réclamaient des explications complémentaires, et auxquels
il voulut essayer de donner satisfaction.
C'est ainsi que je reçus, quelque temps après, la visite d'un des rédac-
teurs du Petit Journal, qui me demanda beaucoup de renseignements
et qui prit, séance tenante, des notes nombreuses et très circonstan-
ciées sur mon projet de langue générale.
A la suite de cette visite le Petit Journal fit paraître, le 22 septem-
bre dernier, un long article intitulé La langue universelle ; article ré-
pondant à ses lecteurs et entièrement consacré à. cette question.
Les lettres et les visites que j'ai reçues, depuis cet article, se comp-
tent par centaines; et j y ai surtout puisé cette encourageante convic-
tion que si cette grande question humanitaire est encore» pratique-
ment, bien peu avancée, elle est mûre, tout au moins, dans presque
tous les esprits généreux et élevés.
Un premier congrès d'adhérents français et étrangers se forma
comme par enchantement; et, dès les premières réunions qui eurent
lieu, M. Henri Taupin et M. Peynaud acceptèrent la tâche de s'oc-
cuper, avec moi, de la composition immédiate de la grammaire et du
dictionnaire, sur les bases que j'ai précédemment indiquées.
On s'occupe activement de ce travail; mais il exige, vous le com-
prenez, beaucoup de soins. Tout ce que nous pouvons espérer, c'est
qu'il soit terminé vers la fin de cette année. Mais ce que nous dési-
rons, surtout, c'est qu'il soit fait dans des conditions générales assez
bonnes pour mériter, en 1889, l'approbation de la commission interna^
— 704 —
tùmale officielle et dûment autorisée, sans laquelle son existence,
comme celle de toute autre langue générale, resterait éphémère.
Mais d'ici là, la porte est largement ouverte à tous ceux qui vou-
dront bien, sous notre direction provisoire, se dévouer à Tétude,
d*abord, puis à la démonstration et à la propagation du nouveau lan-
gage; car il est absolument nécessaire de présentera la grande corn*
mission internationale, des faits acquis, à côté et à l'appui des théories.
C'est pour cela, surtout, que nous devons faire appel ' à l'aide des
puissants, et au concours sympathique de toutes les bonnes volontés,
pour grossir le premier noyau des adhérents et des propagateurs de
la langue internationale. Nous inscrirons et nous conserverons pré-
cieusement tous les notns de ceux que l'amour de l'humanité et le
sentiment profond et généreux de Vintérél général^ disposeront à nous
aider dans cette tâche* difficile.
L'objectif suprême et nécessaire de tous ceux qui peuvent s'occuper
de questions de cette nature, il faut qu'on le sache bien, c'est la sanC'
tion et la consécration d'une commission internationale régulièrement
constituée, et, sans laquelle, rien de durable n'est possible.
Mais, non seulement l'autorité de cette grande commission est né-
cessaire pour faire admettre et adopter, par les diverses nations étran-
gères, le langage qui aura été choisi par elle ; non seulement elle sera,
seule, capable d'en amener la prompte vulgarisation ; mais encore,
cette même commission devra commencer par proclamer le principe
même de sa permanence et de ses réunions périodiques ou facultatives;
conditions qui sont indispensables pour éviter à la Langue inlematio-
nale les lacérations arbitraires, aussi bien que pour approuver les per-
fectionnements qu'elle jugera utiles et pour conserver ainsi, à la lan-
gue nouvelle, son unité internationale.
Maintenant, Messieurs, permettez-moi de vous demander pardon
d'avoir retenu, si longtemps, votre bienveillante attention sur un sujet
nouveau qui sort un peu du cercle technique dans lequel se renfer-
ment habituellement nos discussions.
En tout cas, ce n'est pas sans hésitation que je l'ai fait; et il n*a
fallu rien moins, pour m'y décider, que l'enthousiasme réel que j'ai vu
se manifester, autour de moi, pour cette grande idée, si généreuse et
si essentiellement humanitaire, de l'institution d'une langue internatio-
nale. Il a fallu aussi toute la bienveillance de notre Président et de
notre Comité, ainsi que la confiance que j'ai depuis si longtemps dans
votre indulgence et dans vos sentiments de bonne confraternité.
Mais en me faisant aujourd'hui, devant vous, l'humble écho d'une
de ces grandes pensées, d'une de ces nobles aspirations fraternelles qui
grondent toujours, plus ou moins sourdement, dans tous les cœurs:
aurai-je, à mon grand regret, allumé simplement un fou de paille pour
éclairer de lueurs incertaines et fugitives... un fantôme^
— 705 —
Permettez-moi d*espérer que vous verrez plutôt, dans cette commu-
nication, le premier flot de cette grande marée montante de TopinloQ
publique qui nous répète chaque jour, et sous toutes les formes que
les relations internationales doivent être mises, sagement et progressi-
vement, en rapport avec tous les progrès généraux de la science, du
commerce, de l'industrie et de la raison humaine. (Applaudissements
répétés.)
H. LE PRÉSIDENT. — Si quclqucs-uns des Membres de la Société ou
des personnes assistant à cette réunion avaient des explications à
demander à M. Maldant, je leur donnerais la parole.
UM MSMBREi — On n'a pas songé à la langue hongroise, intermé-
diaire entre les langues asiatiques et les langues europénnes; et, dans
cette langue, les consonnes ont un caractère spécial. Pour passer de
ce qui est matériel à ce qui est moral, on prend la lettre s ; la lettre
r à la signification de la Force ; la lettre n signifie intérieur. Dans
la langue hongroise, on pourrait prendre la signification logique des
consonnes. Quant aux voyelles, la langue italienne leur a donné aussi
des significations; o signifie le masculin; a signifie le féminin; vous
avez aussi des augmentatifs et des diminutifs. Je suis loin de critiquer
ce qu'à fait M. Maldant; au contraire, je voudrais ajouter l'idée hon-
groise à ce qu'il a fait, pour donner aux consonnes ainsi qu'aux
voyelles une signification plus logique.
M. MALDANT. — Je ne crois pas qu'il y ait autre chose à répondre aux
observations de notre honorable confrère, que de dire que ces re-
marque84à doivent être prises en sérieuse considération pour trouver
leur place plus tard. Mais, je ne pars pas du même principe que lui.
Dans toutes les langues, il y a une classification plus ou moins logique ;
mais ces classifications ne concordent plus (Tune langue à FaiHre; les
distinctions des lettres, si certaines langues les admettent, seront dif-
férentes dans les autres langues. S'il y avait unité complète, dans les
diverses langues, à ce point de vue particulier, ou pourrait tenir un
grand compte de cette remarque. Ces observations sont d'ailleurs, tou-
jours excellentes en elles-mêmes, et elles doivent trouver leur place
naturelle dans l'ensemble des appréciations des commissions réunies qui
s'occupent de la classification et de la règle ; c'est-à-dire du dictionnaire
et de la grammaire.
M. LE Président. — M. Maldant me permettra-t-il de lui faire
remarquer que nous avions mis comme titre de sa conférence : Confé-
rence de M. Maldant sur la langue internationale dont il est l'auteur y —
et qu'il avait bien voulu ajouter ce membre de phrase : Comparaison
avec divers autres systèmes.
M. Maldant sait qu'il y a une tentative qui a fait beaucoup de
bruit : c'est le Volapiik. Nous serions très heureux s'il voulait bien
en dire un mot.
— 706 — .
M. Maldant. — Monsieur le Président, j'ai fait tout mon possible
pour avoir ici, ce soir, M. Kerckhoffs; je ne sais pas s'il est présent
à la séance : s'il est présent, ce serait plutôt à lui de répondre à la
question qui vient d'être faite, qu'à moi.
M. Kerckhoffs est le propagateur en France de ce système de langue
qu'on a nommée le Yolapiik et je crois qu'il pourrait donner, à ce
sujet, des indications plus complètes que moi-même, puisqu'il en est
jusqu'à présent le vulgarisateur dans notre pays.
M. Kerckhoffs. — Je ne demande pas mieux que de donner un
exposé du Yolapuk, seulement, comme l'heure est déjà avancée, je
préférerais que M. le Président voulût hien me permettre de le faire
un autre jour. Le sujet est d'ailleura des plus complexes, et ne peut
être traité, même superficiellement, en quinze ou vingt minutes de
temps. La question doit, en effet, être étudiée à différents points de
vue : il y a là à considérer les sons, les signes graphiques qui doivent
les représenter, l'accentuation, la grammaire proprement dite et le
dictionnaire ou la formation des mots.
J'aurais voulu examiner avec vous le système de M. Maldant, mais
le peu qu'il nous en a dit ce soir, ne me permet pas encore de me
prononcer, ni dans un sens ni dans un autre.
Je me bornerai à deux petites observations concernant le nouvel
alphabet. Les caractères sont des plus simples, il est vrai, mais la
très grande simplicité n'est peut-être pas dans le cas présent l'idéal
de la perfection; la valeur d'une langue universelle ne doit, ni ne peut
être appréciée qu'au point de vue pratique. Vous aurez beau faire
une langue universelle plus riche que le sanscrit, plus simple que
l'anglais, si elle pèche par le côté pratique, vous ne la ferez jamais
adopter'. Or, rien que l'introduction dans une langue universeUe d'un
nouveau système d'écriture peut être un obstacle insurmontable à son
adoption par les différents peuples de l'Europe. Il faut un temps rela»
tivement long pour se familiariser avec l'écriture des langues dont
Talphabet graphique diffère complètement de celui de notre langue
maternelle : nous ne pouvons prendre ici pour point de comparaison
les alphabet allemand, russe ou grec, qui présentent la plus grande
analogie avec l*écriture latine. J*ajouterai même que les nouveaux
caractères sont d'autant plus difficiles à retenir et donneront d'autant
plus facilement lieu à des erreurs et à des confusions, qu'ils seront
plus simples et différeront moins entre eux. Tel me paraît le cas
avec l'alphabet graphique que nous avons là devant les yeux.
M. Maldant nous fait observer qu'il s'agit de plaire avant tout aux
Chinois et aux Japonais, qui, à eux seuls, constituent la moitié delà
population terrestre.
Je ne puis admettre que les Orientaux aient une si grande horreur
de nos caractères latins; je serais plutôt tenté de croire qu'ils donne-
— 707 —
raient la préférence à une écriture et à des caractères dont la con-
naissance les familiariserait du même coup avec la lecture de tous les
noms propres de TOccident.
Le point essentiel dans la question qui nous occupe n'est pas tant
de plaire aux Chinois et aux Japonais que de faire agréer la nouvelle
langue aux trois grandes nations de l'Europe : aux Français^ aux Anglais
et aux Allemands; la langue internationale qu'adopteront ces trois
peuples deviendra nécessairement, n'en déplaise aux Orientaux, la
langue universelle du monde entier {Rii^es),
L'alphabet de M. Maldant prête encore à la critique quant au choix
même de certains sons : l'adoption simultanée des sons français ch et
;, s et » est, à mon avis, une faute des plus regrettables. Fort peu
de peuples ont les deux sons à la fois, les Allemands ni les Anglais
u'out notre j; les Allemands ont même les plus grandes difûcultés à
prononcer notre s dur initial. Or, la confusion des consonnes est bien
autrement grave que celle des voyelles !
Mais ce ne sont là que des questions secondaires : la grammaire et
le dictionnaire sont les seules véritables pierres de touche de toute
langue universelle* J'espère que M. Maldant nous mettra bientôt à
même de les apprécier. (Applaitdissements.)
M. Maldant. — Messieurs, je crois avoir quelque chose à répondre à
ce qui vient d'être dit par M. Kerckhoffs, et je m'applaudis d'avoir fait
tous mes efforts pour l'amener à assister à notre séance, car ses obser-
vations ajoutent certainement beaucoup à son intérêt.
M. Kerckhoffs nous a dit qu'il sera beaucoup plus facile pour nous
d'écrire nos caractères ordinaires que de prendre des caractères nou-
veaux. C'est incontestable. Mais il nous dit aussi, comme correctif, que
les Chinois, par exemple, qui ne goûteront pas nos caractères, seront
bien obligés de faire comme nous voudrons. Ici Je demande la permission
de ne pas être de l'avis de M. Kerckhoffs : je crois que les Chinois ne
feront pas du tout ce que nous voudrons; ils feront au contraire ce qui
leur paraîtra juste et logique, ce qui leur paraîtra meilleur que ce qu'ils
font.
M* Kerckhoffs nous a dit encore que certaines consonnes avaient des
articulations bien rapprochées les unes des autres, le ch et le jf ïs et le
Zf et qu'il y avait certaines suppressions à faire à cet égard. Mais je
dirai à M. Kerckhoffs que le Yolapiik a encore plus de consonnes que
nous, et qu'on pourrait lui faire des reproches plus mérités à ce sujet*
Mais, je dirai surtout que, dans les réunions de ce Congrès un peu im-
provisé qui s'est formé comme je l'ai indiqué tout à l'heure, il s'est passé
un fait très curieux au point de vue qu'indique précisément M. Kerck*
hoffs. J'avais présenté la classification que vous voyez là pour les voyelles
et les consonnes et pour la formation des mots. Alors les observations de
M. Kerckhoffs ont été faites par divers membres de ces réunions.
— 708 —
Dans la première réunion, on proposait de revenir au point d'où j'étais
parti il y a 25 ou 30 ans, c'est-dire^ simplification des sons et suppres-
sion des consonnes qui ont une certaine similitude. En somme, on de-
mandait douze consonnes au lieu de seize.
On a aussi proposé d'adopter un autre ordre pour les consonnes, et de
les classer en labiales, dentales, gutturales, puis en douces, fortes, sif-
flantes, demi-sifflantes, aspirées, etc. Toutes ces classifications ont été
faites ; elles ont été discutées pendant plusieurs séances, et il est arrivé
que, après avoir entendu le pour et le contre sur les différents projets,
on a fini par admettre et par conserver la classification qui est là.
aujourd'hui, sous vos yeux.
Comme le disait tout à l'heure M. Kerckhoffs, il y a des questions qui
ne peuvent pas se trancher en quelques minutes ; et si, à un moment
quelconque, M. Kerckhoffs veut bien nous faire l'exposé complet du
Volapiik, je serai enchanté de répondre à un certain nombre de points
qu'il a indiqués comme des avantages, et qui m'apparaissent au con-
traire comme les plus graves inconvénients pour faire jamais du Vola-
piik une langue internationale.
Aujourd'hui, ce serait peut-être entrer dans des considérations bien
longues et un peu prématurées ; et cependant il me semble que ce ne
serait pas bien difficile à démontrer.
M. LE Président. — M. Maldant veut-îl me permettre de lui dire que
nous avons ici M. Petiton qui a fait une communication très importante
sur le Yolapiik à l'Association française pour l'avancement des sciences,
au Congrès de Grenoble. Je lui donnerais volontiers la parole; il est
très au courant de la question, et les personnes qui ne pourront pas
assister à une autre séance, emporteront de celle-«i une idée de ce
qu'est le Volapûk, si M. Petiton veut bien se rendre à mon invitation.
M. Petiton. — Je ne me permettrais pas de parler du Volapûk ici ;
je suis à peine élève de M. Kerckhoffs. Quand je suis allé à Grenoble,
il y a deux mois, je ne connaissais pas du tout cette langue ; je lai
trouvée tellement simple, que je me suis décidé à en parler à Grenoble;
et je n'ai pas été le seul de cet avis. Je crois que, dans cette séance,
M. Kerckhoffs est plus autorisé que personne à prendre la parole ;
seulement j'aurais été désireux d'entendre les objections que M. Maldant
pourrait faire, s'il a connaissance du Volapiik.
M. Maldant. — Il y en a quelques-unes qui pourraient être faites au
pied levé.
Ainsi, le Volapûk n'est pas une langue sui generis : c'est un mélange
d'autres langues, emprunté à l'allemand, au français, à l'anglais. Il prend
des racines et des mots de tous les côtés, comme pour essayer de don-
ner satisfaction à chacun ; mais ce n'est nullement un langage rationnel
et acceptable pour tous. Je crois que le Volapûk, non pas qu'il n'ait
pas de qualités remarquables, non pas qu'il ne soit pas une langue
— 709 —
assez iDgénieuse, mais je crois qu'il est arrivée à des complications
(i*une grave importance, et quHl a eu pour principal objectif, celui
de satisfaire tout le monde (livres). Permettez, tout le monde qui
nous entoure, c'est-à-dire, les Européens. Mais, quand ou est venu
dire, tout à Theure, que cette énorme masse de population, dont je
ne vous ai dit qu'un mot, mais qui représente plus de la moilié de
la population du globe, devra se contenter de la langue qu'on voudra
lui imposer et qu'on lui apportera toute faite, je crois qu'on a commis
une bien grosse erreur.
M. Kerckhoflte trouve que l'on doit conserver les caractères euro-
péens, latins si vous voulez ; car enân, il y a Talleiûand, le russe, et
d'autres peuples autour de nous, qui ont des caractères qui ne sont pas
comme les nôtres ; maïs prenons le caractère latin : croyez-vous que le
Chinois, ou que celui qui n'aura jamais appris aucune langue latine ou
européenne, trouvera plus de facilité à écrire tous nos caractères compli-
qués, que ces quatre signes que je vous donne là :(0C I 1)? Deman*
dez le donc aux Chinois, vous verrez ce qu'il diront. Les caractères
chinois sont très difficiles à apprendre, mais ils ont absolument tous
les éléments et toutes les inclinaisons de ceux que j'ai tracés devant
vous. Voici, par exemple un radical chinois, vous voyez que ce radical,
qui signifie homme, est composé d'une inclinaison de 45 degrés de
gauche à droite, et d'une autre de 45 degrés de droite à gauche. Vous
voyez encore, ici, un autre radical entourant une phonétique : ceci
indique un royaume. Tout cela est beaucoup plus difficile et plus com-
pliqué que ce que nous faisons; mais nous pouvons en déduire, en toute
assurance, que les Asiatiques qui ont l'habitude de faire correctement
les courbes et les lignes horizontales, verticales ou inclinées, écriront
sans doute les caractères de notre projet de langue internationale,
mieux et plus vite que nous-mêmes.
Un Mbmbrk. — Je trouve le choix que M. Maldant a fait de la ligue
courbe pour les voyelles et de la ligne droite pour les diverses articula-
tions, très heureux ;. mais je lui demanderai pourquoi il a groupé les
signes des consonnes suivant Tordre de l'alphabet français, au lieu de
les grouper suivant la ressemblance dans les consonances, comme p
et 6, par exemple.
M. Maldant. — Cette observation, comme je l'ai déjà dit, est d'au-
tant plus intéressante qu'elle a occupé deux des séances de notre petit
congrès préparatoire.
L'opinion qu'indique en ce moment la personne qui vient de parler
est partagée par beaucoup d'autres linguistes. Il a été souvent ques-
tion de modifier la place qu'occupent les consonnes ; seulement, on est
arrivé à faire des objections qui ont paru beaucoup plus sérieuses que
l'avantage prétendu qu'il s'agissait d'introduire dans la classification
des lettres. La prononciation de toutes les lettres n'est pas, d'ailleurs,
Bull. 47
— 710 —
la mémo dans toutes les langues existantes ; aiusi, par exemple, le z
dans un certain nombre de langues, se prononce ts : et bien ! ce u est
évidemment pas là un son très doux, et pourtant, nous considérons le z
comme une douce et 1'^' comme une dure. Par conséquent, il est difficile de
trouver qu'il y a là une classification rigoureuse, et qui s^impose logique-
ment à tous. C'est pourquoi toutes ces nouvelles classifications n^ont pas
été prises en considération ; on a trouvé qn*il était préférable de con-
server Tordre des consonnes, qui est celui de presque tout le monde;
et cela d'autant mieux que les Chinois qui n'ont pas de lettres, eux,
puisqu'ils n'ont que des monosyllabes, ne se trouveront gênés par au-
cune classification.
M. Brull. — Je voudrais démander une explication complémen-
taire à M. Maldant. Il a cherché à faire , à proposer une langue ex-
péditive, c'est-à-dire, qui pût s'écrire vite et se prononcer facilement.
C'est sur le second point, sur la prononciation, que je ne me trouve
pas complètement édifié. Si j'ai bien compris, pour parvenir à une
écriture rapide ; M. Maldant voudrait composer les mots d'un mini-
mum de lettres ; il a dit que, avec cinq lettres seulement, en groupant
dans tous les arrangements possibles les 21 lettres qui composent son
alphabet, on pouvait créer facilement 150,000 mots , et que cela ré-
pondrait largement à tous les besoins des nations. Je voudrais savoir
de M. Maldant comment ou pourra prononcer ces assemblages de
lettres ; ne faudra-t-il pas en écarter le plus grand nombre que le ha-
sard fournira, comme ne pouvant pas être prononcés?
M. Maldant : — Il n'y a pas une seule de ces prononciations qui
soit difficile, parce que ce sont toutes prononciations de consonnes
simples, suivies de voyelles; ou de voyelles suivies de consonnes.
Quand vous avez prononcé ba bé bi bo bu, toutes les difficultés sont
vaincues ; vous n'avez pas d'autres difficultés dans la prononciation.
Prenez un mot de quatre lettres, par exemple un \ (cA) et un 0 (^^'
un / (d) et un O (o) ; voilà quatre lettres : cela nous fera \ 0 /o (c^^^^'
Vous voyez que ce n'est pas difficile; ce sera toujours la prononcia-
tion d'une consonne avec une voyelle, ou d'une voyelle avec une con-
sonne : les mêmes sons se retrouveront constamment. Et de plus, il
y a ceci d'assez curieux, c'est que malgré cette grande simplicité, il
est impossible, absolument, de confondre un mot avec un -autre; parce
qu'il n'y a pas d'homonymes ni de synonymes.
M. Brull. — Ce sont donc les syllabes qu'il faut considérer et
non les mots?
M. Maldant. — C'est-à-dire que chaque syllabe se compose géné-
ralement de doux lettres, rarement de trois ; de sorte, qu'un mot de
quatre lettres se composera de deux syllabes. Mais vous avez toujom^
le son d'une voyelle suivie d'une consonne, ou d'une consonne suivie
d^une voyelle ; il n'y a donc pas de difficulté do prononciation.
— 711 —
M. LK Présu>£NT. — M. Casalonga a la parole.
iM. Casalonga. — Je voudrais simplement demander à notre col-
lègue, M. Maldant, puisque tout à Theure il a été question du Yolapiik,
si en même temps il a examiné un autre système bien connu depuis
longtemps cheznous et qui est fondé sur Tapplication des notes musicales :
le système Sudre, qui a créé bon nombre d'élèves. Il semble que ce
système présente de grandes facilités, puisque le langage serait fondé
sur la simple combinaison des notes de la musique. Je crois que, pour
que la discussion soit complète, il est bon aussi que nous entendions
parler du système Sudre.
M. Maldant : r— Ce système* Sudre a été Tobjet d'expériences pu-
bliques très intéressantes. On a pu voir^ en e£fet, deux personnes très
accoutumées, et il faut Tétre, à Texercicc de ce langage, et on aperçoit
Vune d'elles jouant du violon tandis qu'une autre personne connaissant
le langage vous dira : on vient de dire telle chose. L'expérience est
très intéressante ; seulement, il faut des oreilles spéciales pour pouvoir
saisir ces nuances, et le système de M. Sudre, bien qu'il ait été ex-
périmenté depuis longtemps, n*est pas arrivé à faire beaucoup d'élèves,
parce que peu de personnes ont les qualités nécessaires pour pouvoir
saisir toutes les nuances musicales, sans faire de confusion.
M. Kerckhoffs. — Je vais sastifaire M. Casalonga. La langue universelle
de Sudre est d'une simplicité qui ne laisse rien à désirer; il n'entre
dans la formation des quatre mille mots qui composent son diction-
naire que les sept syllabes de la gamme musicale : do, ré, mi, /a, sol, la, si
Eh bien, c^est cette simplicité même du matériel phonétique de la
langue qui en constitue le principal défaut I Habitués que nous sommes
à manier des milliers de combinaisons binaires, tertiaires et quater-
naires différentes, nous ne pouvons nous reconnaître au milieu de ce
singulier assemblage de mots, qui tous semblent avoir le même aspect
extérieur.
Je sais bien que Sudre a fait un classement de nos idées en sept
groupes, auxquels correspondent autant de clefs différentes, mais il y
a présidé un esprit d'arbitraire tel qu'aucun principe de mnémotechnie
n'y saurait trouver son compte : c'est ainsi que la clef de do, ou liste
des mots commençant par do, qui est dite « consacrée à Thomme phy-
sique et moral » contient les expressions suivantes, qui seraient tout
dussi bien à leur place dans n'importe laquelle des six autres classes :
esprit 9 pied, verbe^ canard, témérité, fromage, richesse, botyie, nord.
Un autre inconvénient non moins grave résulte de l'extrême pau-
vreté des syllabes formatives : comme les sept notes se combinent
indifféremment entre elles, il est bien difficile d'arriver à une intel-
ligence exacte du texte parlé, dès que la rapidité de la prononciation
supprinoie les intervalles de repos établis par l'écriture entre les diffé-
rents éléments de la phrase.
— 712 —
Le côté peu pratique du système Sudre ressort particulièrement dans
la formation des mots : au lieu d'avoir des racines et des a/fixes, les
uus représentant Tidée générale, les autres permettant d*en rendre les
diverses nuances , il n'a comme le chinois que des mots-racines. Il s'eu-
suit que non seulement la création de mots nouveaux au moyen d'clé*
ments déjà connus est chose impossible, mais que la traduction d'uu
terme non encore inscrit dans le dictionnaire est même un problème
insoluble.
L'accent, qui dans le langage parlé a une si grande importance, est
traité par Sudre avec la plus étrange désinvolture, je^ dirais presque
qu'il lui fait jouer un rôle contre nature : au lieu de tomber sur telle
ou telle partie déterminée du mot, comme dans nos langues naturelles,
il se promène capricieusement, et cela sous une triple forme, dune
syllabe à l'autre, affectant les consonnes comme les voyelles, et servant
à la fols à indiquer les rapports de genre et de nombre^ et à distinguer
entre eux les substantifs, les adjectifs, les verbes et les adverbes; seul
le verbe à l'inânitif est dit ne jamais recevoir l'accent.
Un exemple va vous faire comprendre le procédé de Sudre : mî-fa-
re-do, prononcé sans accent, représente le verbe rot'/ter; en recevant
successivement le rinforzando, comme dit l'inventeur, sur chacune des
quatre syllabes, ce même mot va a abord signifier railUrie^ railleur,
narcastique et 8arcastiquemeiit\ en recourant ensuite aux deux autres
accents, on lui fait exprimer les notions respectives de genre, de nombre
et de temps que peut comporter chaque forme isolée. Un des admirateurs
les plus distigués du système Sudre, M. Joseph Vinot, afârme dans la
Science pour i-ien (n^ 7) que grâce à ces déplacements successifs de l'ac-
cent, le mot mi-la-ir-do peut correspondre à au moins cent expressions
différentes de la langue française. Vous aurez quelque peine à croire
que cet étrange jeu de l'accent constitue aux yeux du commentateur le
principal mérite de l'invention de Sudre !
Quant à la grammaire, elle me semble à peine ébauchée : l'auteur a
si peu songé aux besoins généraux du langage qu'une seul et même forme,
mi-re, doit à la fois traduire les différents pronoms et adjectifs relatifs et
iuteiTogatifs qui, que, quoi, quel, lequel, etc., et jouer le rôle de signe
indicateur du subjonctif. Dans la conjugaison des verbes les idées de
temps passé et futur sont rendues par des formules telles que do-do et
mi-miy auxquelles ne s'attache aucun sens déterminé.
La lafigue musicale universelle, ainsi qu'elle a été appelée par son au-
teur, n'est autre chose qu'une ingénieuse téléphonie : les diverses com-
missions de l'Institut et des ministères de la Guerre et de la Marine, à
l'examen desquelles elle a été soumise de 1827 à 1864, ne l'ont pas en-
tendu autrement. Les séances publiques que Sudre a données dans les
théâtres et salles de concert de Paris, Londres, Bruxelles et Berlin n'ont,
dû leur succès qu'à la partie musicale du programme ; les spectateurs
— 713 —
étalent émerveillés, et ma foi non sans raison, de voir l'inventeur et
l'artiste qui l'accompagnaient se transmettre à distance leurs idées au
moyen d'un simple violon. Les journaux de Plombières ont même rap-
porté dans le temps quel fut l'étennement de Napoléon III, lorsque le
compagnon de Sudre répéta textuellement la phrase écrite sur un bout do
papier par l'Empereur et jouée ensuite par le conférencier sur son violon,
a le premier qui fut roi fut un soldat heureux. »
J'aurais mauvaiso grâce à ne pas ajouter que l'invention de Sudre a
été jugée digne par le jury international de TExposition universelle de
18SS d'une réc^ompense exceptionnelle de 10,000 francs, et qu'elle obtint
une médaille d'honneur à l'Exposition de Londres, en 1862.
En résumé, l'invention de Sudre, considérée comme téléphone rmmcal
me semble aussi simple qu'ingénieuse ; considérée comme langue univer-
selle, soit parlée, soit écrite, elle ne me paraît avoir ni valeur linguistique,
ni valeur pratique.
M. Lbvbl. — Il est clair, d'après ce que nous avons entendu, que
le temps est encore loin de nous où M. Jourdain fera de la prose
universelle sans le savoir. Mais, d'après ce qu'on nous a dit, je pense
qu*il serait bon de consacrer une séance au Volaplik, pour nous en
faire une idée, car c'est une question très intéressante. Pour ma part,
j'estime que M. Maldant a été bien inspiré de terminer par sa confé-
rence cette semaine, où nous avons appris les beaux travaux de
M. Pasteur sur la rage, et la réussite des expériences de M. Marcel
Deprez au chemin de fer du Nord : je crois que M. le Président pour-
rait nous dire quelques [mots de ces expériences, pour que ce fût
consigné au pcocès-verbal d'une séance comme celle-ci.
M. LB Président. — Je ne peux pas répondre au désir de M. Level,
n ayant pas les détails nécessaires pour parler de ces expériences, et
n'en connaissant le résultat que par de hâtives et vagues informations.
Je me garderai donc bien de m'avancer. Mais, d'après ce que M. Ker-
ckhoffs a bien voulu nous promettre, je crois que nous demanderons
à la Société de tenir une réunion supplémentaire, pour achever de
nous initier un peu à ces questions de langues universelles.
M. Kerckhoffs, probablement, n'a pas voulu déflorer le sujet, et il
tient à le traiter d'une manière complète; c'est ce que nous le prierons,
sans doute, de vouloir bien faire dans une autre séance, M. Maldant
fera des objections à son tour, et j'espère que cette seconde séance
sera aussi intéressante que la première, de sorte que nous viendrons
encore en très grand nombre, pour applaudir, comme je vous demande
de le faire BXiioxivd'hxx'i. (Applaudissements.)
La séance est levée à onze heures.
— 714 —
Bé«Blon «à 19 noveaAre Iftftifc
PRÉSIDENCE DE M. DE COMBEROUSSE
Conférence de M, KERCKHOPFS.
La séance est ouverte à neuf heures moins un quart.
M. LE Président. — Mesdames et Messieurs, nous ayons eu une
très vive inquiétude. Il est arrivé un accident à M. Rerckhoffs, non
pas à lui personnellement, mais il a été victime d'un accident de cir-
constance. Il nous apportait des documents excessivement intéressants,
et, entre autres, cent sept lettres venant de personnages considérables,
écrites toutes en Yolapûk, et montrant par expérience que cette langue
est facile à apprendre et à appliquer. M. Kerckhoffs a oublié sa ser-
viette dans sa voiture après laquelle il a couru et fait courir inutile-
ments. Je suis convaincu que cette perte lui donnera le même coup de
fouet que son cocher trop pressé a donné à son cheval, et que nous
y gagnerons au lieu d'y perdre. Je donne la parole à M. Kerckhoffs.
M. Kerckhoffs prend la parole et s'exprime comme il suit :
Mesdames, Messieurs,
J'éprouve en ce moment un double embarras à venir défendre devant
vous la cause de la Langue Commerciale Internationale.
Non seulement je ressens vivement la perte que je viens de faire
de notes presque indispensables et d'une collection de documents
précieux, que je tenais à mettre sous vos yeux, mais encore je me
vois obligé de vous confesser, dès mon début, qu'en me faisant, an
sein de votre illustre Société, le champion du Yolapûk, je vise indi-
rectement à battre en brèche le projet de langue universelle, présenté
par un de vos confrères les plus distingués.
Je ne me sens quelque peu à mon aise qu'à la pensée que l'éloquent plai-
doyer de M. Maldant, en faveur d'une langue internationale artificielle,
a porté la conviction dans vos esprits et donné au moins gain de
cause au principe même qui a inspiré l'œuvre que je vais avoir
l'honneur de vous exposer.
Je croirais faire injure à votre sens pratique, si je cherchais à excuser
l'auteur du Volapiik de ne pas être né sur les bords de la Seine : 1&
question de nationalité n'a rien à voir dans une œuvre qui est appelée
à rapprocher les peuples et à faire tomber pour un grand nombre
d'entre eux les dernières barrières que l'ignorance et les préjugés ont
— 715 —
élevées sur leurs frontières. Nous n'avons donc pas à nous demander,
aujourd'hui, lequel des deuc, de M. Maldant ou de M. Schleyer a eu
la bonne fortune de ne pas naître sur les bords du lac de Constance,
mais tout simplement quel est celui des deux qui a su combiner la
langue la plus simple et la plus pratique.
Et que je vous dise tout de suite que vous ne vous trouvez plus .
en présence d'un système qui attend son achèvement de la bonne
entente d'une demi-douzaine de collaborateurs ou du concours problé-
matique d'une commission internationale quelconque ! Le Volapûk est
une langue qui s'écrit, se parle, et s'imprime aux quatre coins de la terre.
En effet, quoique les premières publications de M. Schleyer sur la
langue universelle datent à peine de 1881, il existe déjà, de par le
monde, 67 Sociétés qui se sont fondées dans le but d'en favoriser la
propagation, et cela non seulement en Suisse, en Allemagne, en
Autriche, mais en Hollande, en Suède, en Angleterre, en Belgique,
en Espagne, même aux Etats-Unis et jusqu'à Beyrouth, en Syrie, J'ai
reçu ce matin même la nouvelle de la fondation d'une société de Vola-
piikistes à Madrid : à leur tête se trouve un des médecins les plus
connus de l'Espagne.
Nous élaborons en ce moment, à Paris, les statuts d'une Association
française pour la propagation de la Langue Commerciale Universelle,
dont le Comité de patronage compte un grand nombre d'ingénieurs
distingués ; qu'il me suffise de nommer MM. Dormoy et Petiton qui
ont défendu si brillamment la cause du Volapiik au congrès de Gre-
noble, M. Max de Nansouty, le rédacteur en chef du Génie civil,
M. Juclier, ingénieur de la Compagnie des Messageries maritimes de
Bordeaux; M. Chevard, de Rochefort;M. Fraval, de Quintin ; M. Jou-
glet, de Pontavert. Une dizaine de cours publics et gratuits pour
l'enseignement de la nouvelle langue vont être ouverts, à Paris, sous
les auspices de l'Association française ; plusieurs villes de France,
entre autres Marseille, Bordeaux, Rochefort se proposent de suivre
notre exemple.
Je publierai en février un annuaire contenant la liste de toutes les
personnes d'Europe et d'Outre-mer sachant correspondre en Volapiik.
Vous y verrez figurer un très grand nombre de maisons de commerce
de tous les pays, chez lesquelles les commandes venant de l'étranger,
peuvent être faites, dès maintenant, dans la Langue Internationale.
Je me suis également entendu avec quelques professeurs distingués
pour faire paraître, dans le courant de l'année prochaine, des dic-
tionnaires et des grammaires à l'usage particulier des Anglais, des
Italiens, des Espagnols et des Russes.
J'avais apporté avec moi une centaine de lettres écrites en Volapiik
que j'ai reçues de tous les pays de l'Europe; je regrette d'autant plus
de ne pouvoir les montrer qu'il était dans l'intérêt de la cause que je
— 716 —
défends que Tcxactitude de mes affirmations pût être publiquement
contrôlée : il y en avait là d'ingénieurs, d^ professeurs, d'instituteurs,
de journalistes, de prêtres, de négociants. Quelques-unes de ces lettres
m'ont été écrites vingt-quatre heures après que leurs auteurs avaient
commencé Tétude de la langue ; telle est, entre autres, celle de
M, Fraval, ingénieur à Quintin; M. Camille Magué, le maire de La
Flotte, dans Tile de Ré, ne m'écrit plus, depuis deux mois, que dans
la Langue Internationale,
Le Yolapiik, ainsi que je vais vous le démontrer, ne présente, en effet
aucune difficulté : toute personne, douée d'une intelligence moyenne,
peut, au bout de trois ou quatre semai^s, écrire correctement dans
la nouvelle langue. L'épreuve en a d'ailleurs été faite à l'École des
Hautes Etudes Commerciales : huit leçons ont suffi pour mettre les
élèves en état de correspondre avec les volapukistes des autres pays
de l'Europe.
L'étude de toute langue comporte, comme vous le savez, la connais-
sance des sons, celle de la grammaire et celle du dictionnav''e.
Passons rapidement ces trois points en revue.
Alphabet. — Le Volapiik a les mêmes sons que le français et il em-
ploie comme lui les caractères latins pour les représenter; il n'y a
d'exception que pour les lettres u. c et z • le u et le c sont prononcés
h l'italienne et le ;; à l'allemande. Les sons français e, ii, eu sont figurés
comme suit : a, H, o.
Comme chaque lettre a toujours le même son, il ne saurait y avoir ni
difficultés de prononciation, ni difficultés d'orthographe : les mots sont
toujours prononcés tels qu'on les écrit, et sont toujours écrits tels qu'on
les prononce.
Le principe de l'accentuation est le même qu'en français, l'accent
tombe toujours sur la syllabe finale : penede^ prononcez pé-né-^.
Substantif. — Le Volapiik n'a qu'une seule déclinaison, qui est la même
pour toutes les parties déclinables du discours ; en voici un exemple :
N. Stud, Tétude.
G. Sluda ou de stud, de l'étude.
D. Slude ou al slud, à l'étude.
A. Sludi, l'étude.
On forme le pluriel par l'addition d'un s : studs^ studas ou de sludx,
stvdeSj etc. Quelques personnes trouvent étrange la présence d'un a au
génitif; d'autres condamnent la double forme du génitif et du datif;
quel(]uos-unes s'étonnent même qu'il y ait une déclinaison en volapiik.
Les arguments en faveur d'un génitif en i s'appuient sur l'analogie
du latin ; mais on ne songe pas que toutes les langues modernes de
l'Europe qui ont une simple voyelle au génitif, et notamment les laU'
— 71T —
g\ie» slfives, ont adoptû la lettre a; enAn la double forme du gë"'
du datif est ïudispenBable, à cause de la difficulté qu'il y aurait
teiiDÎner avec quelque précision quand les prépositions française
à, ou les prépositions anglaises of et (o correspondent à un génil
un datif. Supprimer complètement la déclinaison rendrait bien <
la formation des noms composés, témoin ce qui se passe At
langues romanes.
QiN&B. — Tous les nom? sont du genre masculin, & l'oxcept
ceux qui désignent des êtres du sexe féminin. On form« le U
comme en anglais, en préfixant le pronom of, elle, au masculin :
Flen, ami; of-(len, amie. Blod, frère; o/"-6/od, sœur.
Adjectif, — L'adjectif se forme du substantif par l'addition
désinence i^,' 11 reste toujours invariable.
dolik, douloureux.
famik, glorieux.
On forme l'adverbe en ajoutant un o à l'adjectif ;
Doliko, douloureusement; fantiko, glorieusement,
Le comparatif et le superlatif sont formés à l'aide des adverb
plus, ijn, le plus, ajoutés au positif :
Famikum, plus glorieux; /iimtA'un, le plus glorieux.
Nous DX NOMBRE. — Lgs Doms de nombre sont les suivants (on
qucra que les dizaines sont formées des unités par la simple a
d'un ») :
Dol, douleur;
Fam, gloire ;
Bal.
10
Bak.
Tel.
20
Tth.
Kil.
30
Kik.
Fol.
40
Poli.
Lui.
'50
Luis.
Mil.
60
mis.
va.
10
Vels.
M.
80
lôU.
Z«I.
HO
Ziifa.
Tum.
1000
Mil.
Les adjectifs numéraux se forment par l'addition des désim
et ik :
Salid,
premier.
Balik,
■impie.
Ttlii.
deuxième.
Tillk,
doubie.
Km.
troisième.
Kllik,
triple.
— 718 —
Paonom, — Les trois pronoms personnels sont : o6, je; ol, tu; om, il;
Ils se déclinent comme les substantifs.
Obf obs, je, nous,
01, ois y tu, vous.
Om, oniêy il, ils.
Les adjectifs possessifs sont formés des pronoms par Taddition de la
désinence ik:
Obik, obsikf mon^ notre.
Olik, olsikf ton, votre.
Omik, otnsik, son, leur.
Les pronoms démonstratifs cCy celui-ci y celui-là se traduisent par at
et et; le premier sert pour les objets rapprochés, le second pour les
objets éloignés,
Tab at e stul et, cette table-ci et cette chaise-là.
Le pronom interrogatif qui se traduit par kim; quel et lequel se reu-
dent par kiom,
Kiine penoh^y à qui écrivez^vous?.
Pilki kiom studols?, quelle langue étudiez-vous?,
Le pronom relatif qui se traduit par kel :
PUk keli studoby la langue que j'étudie.
Vbrbe. — Le radical du verbe est généralement un substantif. L'infi-
nitif se termine toujours en on ; les personnes sont marquées par les
pronoms personnels ajoutés au radical ; les divers temps sont caracté-
risés par des augments.
Study étude; studën, étudier; spel, espoir; spelon, espérer.
Indicatif présent:
Studoby studobs, j'étudie, nous étudions.
Studol, studols, tu étudie, vous étudiez.
StiuUmy studoms, il étudie, ils étudient.
Divers temps :
Imparfait .... a / j'étudiais.
Parfait e \ j*ai étudié.
Plus-que-parfait . / < stvdob, j'avais étudié.
Futur présent . . o j j'étudierai.
Futur passé . . . w ( j'aurai étudié.
— 719 —
Ces différents augmenis servent également à la formation desadrer*
bes de temps: adelOy aujourd'hui; âdelOy hier; edelo^ avani-hier;
oidOj demain; udelo^ après-demain.
On forme le conditionnel et Timpératif au moyen des désinences (k)
et ëd ajoutées aux temps de l'indicatif :
Astiêdab-ëv, j'étudierais ;
JshAdob-ëVf j'aurais étudié.
Siudols,'ëd, étudiez.
Il n'y a à proprement parler, pas de subjonctif en volapnk, l'impératif
y suppléant là, où l'emploi de ce mode paraît indispensable aux Fran-
çais.
Quant à l'interrogation, elle est marquée, comme en rus8e,par le préfixe
H (egt<Kje-que) :
Li-studols volapiiki?, étudiez-vous leVolapuk?.
Adverbe. — Voici une liste des principaux adverbes:*
Sij oui; Is, ici; LinOy autour.
NOf non; VSj là; Sun, bientôt.
VemOf très ; InOt dedans ; Au, maintenant.
LikOj comment; Seo^ dehors; Poso, après.
Préposition : Les prépositions sont toujours suivies du nominatif :
Alf à; Pûf par; Nen, sans.
De, de ; /n, dans ; Su, sur.
Du, durant; JU, presque; Ta, contre.
Conjonction. — Les principales conjonctions sont les suivantes :
Ab, mais; Do, quoique; Ni, ni.
Bi, comme ; 7, aussi ; £/, ou.
E, et; Ibo, car; Ven, lorsque.
Dat, afin que ; If, si ; Yed, cependant.
Construction. — La construction en Volapûk se résume dans ce prin-
cipe général que le déterminé doit toujours précéder le déterminant. Il
en découle les trois règles suivantes : 1® l'adjectif suit le substantif ;
2" le sujet pirécède le verbe ; 3® le complément ou l'attribut se place
après le verbe,
Doms at smalik Wnoms hlode obik ;
Ces deux petites maisons appartiennent à mon frère.
Dictionnaire. — Un dictionnaire complet doit contenir au moins cent
mille mots ; celui do M. Schleyer n'en compte encore que 13,000 ; il
— 720 —
sera complété dans un prochain avenir. Grâce, cependant, à la faculté
que possède le Yolapûk de créer, avec les ressources de son propre
fonds, des mots nouveaux, intelligibles pour tous et ne donnant lieu
à aucune ambiguïté, la nouvelle langue se prête, dès mainteDant, à
toutes les exigences d'une correspondance internationale.
Les ra^ifocaux sont généralement des substantifs; ils ont été empruntés
aux diverses langues romanes et germaniques, mais principalement ù
Tanglais et au français.
Voici quelques mots empruntés aux langues romanes :
Dol (dolor), douleur; Lti^ (lugs), deuil.
Flum (flumen), fleuve ; Pag (pagus), village.
Fug (fuga), fuite ; Stel (stella), étoile.
Mots empruntés aux langues germaniques :
Beg (tobeg), prière ; SmaL (small), petitesse.
Ket (këtte), chaîne ; Smok, (smoke), fumée.
Nef (neffe), neveu ; Tint (time), temps.
Les mots dérivés sont formés de substantifs radicaux avec le secours
de sufûxes et de préfixes; chaque partie du discours a ses afflxes pro-
pres.
Parmi les suffixes des substantifs, les uns servent exclusivement à
former des noms d'êtres vivants, tels sont : o/, an, el; d'autres forment
des noms concrets de choses, comme a6, ai, at^în; enfin d'autres en-
core, comme a/, am, av, forment des noms abstraits.
Comme le procédé de dérivation est toujours le même en Volapiik,
comme Tadjectif, le verbe et l'adverbe j sont régulièrement formés du
substantif et ont invariablement la même terminaison, il suffit en quel-
que sorte d'apprendre quelques centaines de substantifs et une tren-
taine d'affixes pour connaître tous les mots du dictionnaire.
Voici un exemple de dérivation fourni par le radical pvA, langue.
Piik, langue ; piikikf qui a rapport à la langue ; pukoUj parler.
Piikaty discours ; piikatil, petit discours ; pUkaidn, prononcer un
discours.
PiikaVy philologie ; pukavik, philologique.
Pûked, sentence; piikedik, sentencieux.
Pûkely orateur; pukelik, oratoire.
Pilkofj éloquence ; pûkofiky éloquent ; pukofav , art oratoire,
pûkëfavik^ qui a rapport à Tart oratoire.
Piîkoty causerie ; pukotik, loquace, pilkotbf^ loquacité.
Chacun de ces dérivés peut, à son tour, jouer le rôle de radical et
former, au moyen des prédxes, toute une série de nouveaux dérivés :
Bipâky préface ; dipiik, contestation ; gepiik, réponse ; lepiik^ affirma-
tioo ; lapUkf bavardage ; nepUk, silence, ete.
, Ce que je viens de vous exposer, Messieurs, n'est certes pas la gram-
maire tout entière, mais c*en est toujours la bonne moitié ; le reste
est Taffaire d'une heure d'étude. En tous cas vous en savez, dès main-
tenant, assez pour pouvoir vous rendre compte du teite qui suit :
Plofeded lUerat âliladoni vono in
klai funapukati de Pléchier su
Turenne.
Mayed stiila e suHtn tikas alegû-
loms julelis valik^ a bal de oms
asagom kofiko nilele omisk :
V Kiiip okanol mèkon pukali su-
mik ?. » — « Yen obinol Turenne, »
volik âgesagom.
Un professeur de littérature lisait
un jour en classe loraison funèbre
de Fléchier sur Turenne.
<
La majesté du style et Télévation
des pensées ravirent tous les élèves,
et Tun d*eux dit ironiqument à son
voisin : « quand pourras-tu faire un
discours pareil ?. » — « Lorsque tu
seras Turenne, » répondit Tautre.
* *
Un grave reproche a été adressé à M. Schleyer, au sujet du caractère
essentiellement synthétique de ses formes grammaticales. Quelques lin-
guistes font, en effet, observer que le développement de Tosprit
humain se fait dans le sens de Tanalyse^ et ils citent à Tappui de leur
thèse Texemple de toutes les langues modernes de l'Europe etdeFInde.
J*ayone que telle a été également ma première opinion, mais une
étude plus attentive de la grammaire m'a convaincu qu'une forme
moins synthétique en aurait considérablement augmenté les difficultés ;
d'ailleurs, Tobjection que je viens de rappeler, et qu'on retrouve sous
diverses formes chez les philologues, comme chez les philosophes, est
au fond plus spécieuse que fondée.
La forme analytique de nos langues modernes est le produit, non d*uue
certaine tendance de l'esprit vers telle ou telle forme extérieure de la
pensée, mais l'effet du simple déplacement de l'accent tonique, ou, pour
parler plus clairement, de la perte en intensité de l'accent secondaire
au profit de l'accent principal.
Quelques personnes pensent qu'il ne sera guère facile d'arriver jamais
à une prononciation uniforme du Yolapiik, et elles craignent que les
communications directes entre individus de nationalités différentes ne
soient par là même rendues impossibles.
Je ferai observer que l'uniformité de prononciation n'existe au sein
d'aucune langue, aussi peu pour les indigènes que pour les étrangers :
les Français de Lille prononcent tout autrement que ceux de Bor-
deaux, et l'allemand de Munich sonne presque comme un dialecte étran-
ger aux oreilles d'un Hambourgeois. Or, ces difTérences n'empêchent
1
— 722 —
nullemeot Français et Allemands de s'entendre parfaitement entre eux.
Il en sera de même de la diversité d'intonation que pourra affecter,
chez quelques peuples, la prononciation de trois ou quatre lettres de
la Langue Internationale et notamment des voyelles â(=è), ^(=eu),
ii (= u).
Avant de terminer je ne puis m'empécher de vous faire part de cer-
taines appréhensions que m*a fait éprouver, à votre dernière séance, la
communication de M. Maldant.
Il nous a avoué avec une franchise qui l'honore et dont les hommea
d'un mérite réel sont seuls capables que, tout en travaillant depuis vingt
ans à son système de langue universelle, il n'eu était encore arrivé qu'à
se mettre d'accord avec ses collaborateurs sur le nombre de lettres que
doit composer son alphabet et sur les signes qui doivent les représenter.
Mais ce n'est là que le commencement du commencement : il lui reste
à élaborer sa grammaire et son dictionnaire, travaux bien autrement
difficiles que la détermination de quelques signes graphiques; et encore
ces derniers les a-t-il empruntés à la langue universelle de Tabbé Sotos
Ochando.
N'y a-t-il pas lieu de craindre que ni vous ni moi ne voyions jamais
la fin de cet enfantement si laborieux? De quel droit pourrions-nous
engager à la patience la jeune génération qui s'élève autour de nom,
alors que rien ne nous autorise encore à émettre le moindre jugement
favorable sur la valeur du nouveau système ?
M. Maldant ne peut m'en vouloir de mon scepticisme. Les affirmations
de ses amis nous ont déjà ménagé une singulière déception : alors
qu'ils faisaient annoncer par la voie des journaux que grammaires et
dictionnaires étaient à l'impression, l'auteur nous a déclaré ici-mëme, il
y a quinze jours, qu'il n'avait pas encore arrêté le plan de sa conju-
gaison.
Je sais bien que M. Maldant, dans le but de hâter l'achèvement de
son œuvre, s'est entouré de quelques collaborateurs distingués. Mais
c'est cette collaboration même qui m'inspire les plus vives appréhen-
sions : il me semble, en effet, que c'est se méprendre singulièrement
sur ce qui constitue l'essence même d'une langue que de se figuref que
c'est là un travail qui puisse être fait à plusieurs.
Dans aucune œuvre humaine l'unité de conception n'est plus néces-
saire que dans la création d'un idiome artificiel : on ne fait pas plus une
langue à cinq ou à six qu'on ne s'assode pour éomposeï' un poème épi*
que ou lin système de philosdphie.
M; Maldant s'efforcera tdut à l'heui^e de calmer noti*e juste et légi-
time impatience; d'autres après lui vieildront également vdus assurer
qu'eux du leurs amis tienneiit à votre disposition la réalisatidn du tète
de Descartes et de Leibnitz ! Mais c'est le langage que deux ou trois
douzaines de penseurs illustres et convaincus nous ont déjà tenu depuis
— 723 —
le XYU® 6iècle : leurs amis les ont crus un instaut sur parole » et chaque
fois la plus cruelle déception les a attendus!
Aujourd'hui, pour la première fois, nous nous trouvons en présence
d'une langue qui vient de faire ses preuves au grand jour et devant
Taréopage des savants et des lettrés des principales nations de l'Eu-
rope.
Il me semble^ Messieurs, que cette fois-ci la sagesse humaine doit
vous engager à ne pas attendre jusqu'à demain pour juger, conclure et
agir. (Applaudissements.)
M. LE Président. — Nous avons parmi nous le général Tcheng-Ki'
Tong, qui, comme Ta très bien dit M. Kerckhoffs, est un des représen-
tants les plus distingués de l'Empire Chinois. M. Maldant avait fondé
l'emploi de ses caractères sur cette idée généreuse de faire participer
plus facilement les peuples de l'Orient à la langue universelle, et il lui
avait semblé que le système des hiéroglyphes se rapprochait plus
facilement des caractères qu'il employait que les caractères européens,
dont M. Kerckhoffs vient de nous faire l'éloge. Je crois qu'il est natu-
rel, puisque nous avons le plaisir de posséder le général Tcheng-Ki-
Tong parmi nous, de nous en rapporter à son opinion; personne mieux
que lui ici ne connaît le chinois {applaudissements), et ne peut mieux
juger de la valeur de l'argument de M. Maldant. Si le général nous
disait qu'il penche un peu vers le système de M. Maldant, notre con-
frère pourrait s'en prévaloir. Si le général veut bien prendre la parole
et nous éclairer à ce sujet, nous lui en serons très reconnaissants.
M. LE GÉNÉRAL TcHENG-Ki-ToNG. — Mesds^més et Messieurs, puisque
M. le Président a bien voulu me demander mon opinion^ je vais lire
une petite note que j'ai préparée à' la hâte, lorsque j'ai reçu son
aimable invitation, ce matin, c'est-à-dire trop tard pour faire mieux.
En prenant part à cette discussion si intéressante à tous égards, je
n'ai que l'intention de vous donner l'opinion d'un Chinois sur la déli-
cate question qui vous occupe. Je ne suis pas assez présomptueux
pour espérer vous apporter une solution.
Mais comme vous cherche^ dans l'immense magasin des merveilles
qui sont encore à découvrir, la langue universelle, et comme à titre
de collègues de la môme société humaine nous ne pourrons pas igno-
rer cette langue, puisqu'elle sera universelle, il m'a semblé que vous
auriez, après l'honneur que vous m'avez fait dem'inviter, la bienveil-*
lance et la courtoisie de m'écouter un instant sur ce sujet. (Bravai
Bravo! Applaudissements.)
Je désire d'abord vous faire connaître mon dpinidn.
Je suis un fervent partisah de l'admirable progrès que vous cher-
chez à réaliser; et j'ajouterai que c'est une pensée heureuse et ingé-
nieuse aussi que celle qui vous a conduits, vous Ingénieurs, à voua
préoccuper de cette découverte. Je crois que le siècle qui vient sera
— 72e —
Société en insistant bien sur ce point que, dans tout ce qui va suivre,
il n'y aura jamais en jeu que des théories et des idées opposées, et
que, même quand je me verrai forcé de citer des noms, je n'aurai
nullement l'intention de faire des personnalités .
Le besoin d'une langue universelle paraît préoccuper deux catégorie»
de personnes : d'abord les théoriciens qui croient arriver par là à
supprimer les barrières qui existent entre les peuples, M. Maldant eat
de ceux-là : il nous a nettement dit qu'il ne parlait pas pour les per-
sonnes imbues de ces idées étroites de patriotisme et de nationalité^
mais pour celles qui mettent, bien aurdessns de ces petites questions, Ta-
movr de l'humanité.
M. Maldant. — Je demande la parole.
M. Auguste Moreau. — Une autre catôgorio au contraire, est com-
posée de gens pratiques, qui disent : nous voulons faire des échan-
ges, nous voulons faire du commerce, nous voulons comprendre
tout le monde, être facilement compris par tous ; par conséquent il nous
fautjune langue commune'pour réaliser ce desideratum. Nous savons très
bien que nous ne supprimerons ni les nationalités ni les frontières, mai?
nous aurons déjà réalisé un grand progrès en créant un idiome au
moyen duquel tout le monde pourra facilement s'entendre.
Je m'occuperai d'abord des premiers. J'avoue que l'humanité m'In-
téresse d'une façon assez secondaire. Je suis de ceux qui pensent que
chacun de nous doit répandre la dose d'affection que lui a léguée le
Créateur sur sa patrie, sa famille et ses amis; s'il lui on reste alors, il
peut rationnellement en faire bénéficier l'humanité, et encore à la con-
dition qu'elle lui soit rendue ; ce à quoi l'humanité n'a guère habitué la
France depuis la guerre de 1870! (Bravo! Applaudissements.)
Or, depuis les cruels événements de cette époque, devant l'attitude
dédaigneuse ou hostile du monde entier, les Français sont en grande
partie guéris de ces idées de fraternité à outrance et sans aucun retour,
qui leur ont toujours fait jouer le rôle de dupes, et les ont le plu»
souvent livrés, désarmés ou affaiblis, aux coups de leurs ennemis I
Certes, il serait fort désirable qu'il n'en fût pas ainsi ! mais il faudrait
pour cela que les hommes, fussent exempts de passions, d^intérêts, de
besoins; qu'il n'y eût ici-bas aucune lutte pour l'existence, en un mot
que nous vivions dans une sorte d'âge d'or avec des hommes parfaits!
Non seulement nous en sommes loin, mais cela n'arrivera jamais parce
que cela est profondément contraire à la nature humaine. La guerre
sera donc de tous temps une malheureuse nécessité, et le mieux qu'on
ait à faire c'est de s'y préparer constamment et le mieux possible. Les
frontières seront toujours indispensables ; lorsqu'elles ne seront pa?
hérissées de difficultés naturelles, il faudra les bien fortifier. Et quant
à soumettre les conflits à une sorte de tribunal suprême, on peut Be
demander comment serait composé ce tribunal^ quelle garantie lou
■ . ■ I *'
— 727 —
aurait de son impartialité et quelle est la gendarmerie qui en ferait'
exécuter les sentences ?
J'insiste avec d'autant plus d'énergie pour combattre ces utopies
qu elles constituent un très grand danger et forment pour un peuple
l'élément le plus énervant et le plus dissolvant qu'on puisse rêver.
Comment obtenir, en effet, d'un citoyen, en admettant même qu'il soit
courageux, qu'il combatte avec la vigueur et la volonté voulues l'ennemi
de son pays, alors qu'il marche avec cette arrière-pensée que le pa«
triotisme est un sentiment absurde, qu'il est le jouet d'un empereur, d'un
roi ou d'un président encore arriéré par rapport aux idées de progrès
et que le soldat qu'il va trouver en face de lui est un frère, homme
comme lui et méritant tous ses égards? Cela nous a été d'autant plus
funeste^ à nous Français, que grâce à notre nature généreuse jusqu'à
riugénuité, on nous a toujours fait facilement tomber tête baissée dans
toutes ces mauvaises plaisanteries, alors que nos adversaires étaient
loin d'être animés d'aussi fraternelles intentions et profitaient cruelle-*
ment de ces indécisions, pour nous écraser I (Bruit»)
M. Maldant. — J'ai demandé la parole.
M. Auguste Moreau. — Je le répète, nous ne faisons pas de per-
sonnalité ; mais nous ne pouvons pas laisser dire, sans protester, que
le patriotisme est un sentiment étroit; nous ne pouvons pas laisser
passer, par-dessus les questions de patriotisme, les questions d'huma-
uité. (Mouvements divers»)
M. CoTARD. — Permettez-moi de vous demander si vous parlez en
votre nom ou au nom de plusieurs.
M. Auguste Moreau. — Je dis nov^y comme on le dit ordinairement
par bienséance, mais je parle en mon nom seul quoique certain de ne pas
être seul à penser de la sorte. Il n'y a aucune considération politique
qui puisse faire que des raisons qui sont des utopies ne restent pas des
utopies. — Tout cela était un peu plus développé dans le texte que
J'avais préparé mais je ne veux pas fatiguer l'Assemblée en entrant
dans plus de détails ; ce que j'ai dit sera imprimé et lu, à côté de ce qui
a été dit en sens contraire ; c'est tout ce«., que... noii«... désirons. {Bruit.)
Je conclus donc que toute tentative de langue universelle qui vou-
drait englober l'humanité tout entière est fatalement vouée à Tavor-
tement parce que le principe en est absolument erroné.
Que si au contraire, l'on se borne, sans vouloir supplanter les lan-
gues actuelles, à propager simplement une langue pouvant servir com-
modément aux échanges de tous, la question peut-être ainsi très sérieu-
sement examinée et a parfaitement sa raison d'être.
La vérité sous ce rapport est certainement avec îf. Kerchoffs,
disant qu'il est absolument superflu de se préoccuper de ce que peu-
vent penser à ce sujet les Hottentots ou même les Chinois, et qu'il
suffît de satisfaire les peuples les plus civilisés Ou plutôt ceux dont
— . 7i8 —
les laugues sont le« plus répandues, et qui fout le plus d'échanges de
toutes sortes.
On aura déjà obtenu ainsi un résultat important, et les autres peu-
ples suivront de prés ou auront à souffrir de leur isolement volon-
taire.
Je ne suis plus cependant d'accord avec M. Kerchoffs lorsqu'il s'agit
du choix des langues mères. J'ai en effet parcouru les deux Améri-
ques à un âge encore tendre où les impressions reçues sont profondes
et durables, et j'en connais bien le génie et l'atmosphère. Mais, sans
même y être allé, tout le monde sait que la moitié environ du nouveau
monde et de l'Océanie colonisée parle l'anglais et Fautre moitié l'espa-
gnol ou le portugais.
Et dans toutes ces contrées, sans exception , comme d'ailleurs chez
tous les peuples d'Europe, toutes les personnes instruites, lettrées et
ayant reçu une instruction et une éducation tant soit peu sérieuses
apprennent le français. (Mouvement.) Mais on a beau chercher, nulle part
on ne parle Tallemand, si ce n'est en Allemagne!
Les émigrés allemands, il est vrai sont très nombreux, et c'est par cen*
taines de mille qu'ils s'en vont chaque année peupler le nouveau monde. Il
faut croire que, malgré leurs récentes victoires, l'amour du métiermili-
taire n'a pas encore passionné à ce point les Allemands, que bon nombre
d'entre eux n'éprouvent le besoin d'aller dans des contrées plus hospita-
lières, respirer un air meilleur et exempt de punitions corporelles. Mais
dans tous les cas, l'émigré allemand est celui qui prend avec le plus
de facilité les mœurs et coutumes des pays où il se trouve et l'usage
de la langue allemande ne va jamais au delà de la seconde génératiou :
en un nâot elle ne fait jamais souche et nulle part on ne la voit vrai-
ment implantée et parlée d'une manière générale. L'Allemand en
s'expatriant, perd rapidement et très aisément sa nationalité, en même
temps que toutes les traditions de la mère patrie : il diffère, en cela,
complètement de l'Anglais et du Français.
Une langue universelle conçue impartialement ne se serait donc nulle-
ment préoccupée de l'allemand, dont personne n'a besoin. Les Français
seuls cependant doivent en faire l'objet d'une étude approfondie et
pour causel
Mais il serait vraiment trop fort d'eu vouloir imposer, mêmes les
racines, dans une langue ayant la prétention d'être universelle.
Je crois en somme que, si une langue internationale est réellement
utile, il serait préférable, de beaucoup, de voir se propager une des
langues vivantes actuellement existantes, celle qui est parlée, dès
aujourd'hui, par le plus grand nombre de personnes chez tous les peu-
ples civilisés. D'après ce qui a été dit plus haut, on ne peut donc
— 729 —
hésiter qu'entre l'anglais, le français et l'espagnol dont le portugais
n'est qu'une variante.
Pour ces deux dernières langues, elles peuvent facilement être rem-
placées l'une par l'autre à cause de leur génie commun, de learméme
origine et du grand nombre de mots analogues qu'elles présentent.
(Bruit).
Une voix . — Plus de Pyrénées !
M. AuGUSTS MoREAU. — * Nous pensons cependant très impartialement
que le français doit être préféré, non seulement-à cause de sa clarté et
de sa précision exceptionnelles mais surtout et aussi à cause de sou
manque absolu d'accent : ces intonations plus ou moins chantées que
prennent les autres langues constituant, en effet, une difâculté énorme
pour les parler et surtout pour les comprendre. Cela est tellement vrai,
que bien des personnes lisent à livre ouvert certaines langues étrangères
et qu'il leur est impossible d'en comprendre le premier mot prononcé
par un indigène avec l'accent national.
Restent donc en présence le français et l'anglais. La comparaison
est peu soutenable pensons-nous, si l'on recherche lès qualités des
deux langues rivales. Il faut reconnaître cependant, que l'anglais est
déjà, en grande partie, la langue des affaires et du commerce : ^Ni
Ton veut adopter une langue exclusivement destinée à la catégorie
des trafiquants, c'est certainement Sanglais qui doit avoir la priorité.
Mais, si l'on Veut satisfaire à tous les besoins intellectuels et maté-
riels, à tout ce qui a trait à l'intelligence, à l'esprit, au goût en même
temps qu'aux besoins commerciaux, il n'y a pas d'hésitation, le choix
est tout indiqué dans le français, (InterruplionSj bruit.)
En dehors de ses belles qualités, le français est actuellement la
langue qui est étudiée par le plus de sujets dans le monde divilisé :
ce qui fait tomber d'ailleurs les objections relatives à la difficulté do
la grammaire, des verbes, de la syntaxe, etc. ('es objections no
seraient fondées que si l'on voulait apprendre une langue absolument
inconnue et nouvelle à beaucoup de gens : elles tombent si l'on choisit
une langue que tout le monde cultive déjà par goût à l'avance. Nous
sommes donc convaincu que la langue internationale doit être le fran-
çais! (Applaudissements.)
Oui, on aura beau faire et imaginer de toutes pièces des langues
destinées à faire échec au français et à en empêcher la propagation
on échouera complètement dans cette entreprise parce qu'on ne s'oppose
pas à la marche de la vérité. Le Français sera quand même et mal-
gré ses ennemis, la langue de toutes les transactions et de tous les
échanges; et cela sera d'autant plus vrai, que l'instruction se déve-
loppera, que les masses seront plus éclairées et que le niveau intel-
lectuel montera partout, car alors on désirera de plus en plus partout
apprendre le français. Enfin, si nous jetons les regards loin de notre horizon
~ 730 ~
vers uuo époque qui est peut-être assez rapprochée, uous pouvons affi^
xaer que, par ses qualités brillantes et ses nombreux chefs-d'œuvre, le
français est appelé à remplacer ou à accompagner le latin dans toutes
les éducations honorables, comme aujourd'hui le latin remplace on
accompagne le grec dans les mêmes circonstances. (Bravol Bravo! -^
Applaudissements,)
M. LE Président. — Il ne faut pas oublier, Messieurs, pour bien oom-
prendre les paroles de M. Auguste Moreau, qui ont suscité tout à Theuro
un petit mouvement dans certaines parties de l'assemblée, qu'il exisk
aujourd'hui, fondée depuis très peu de temps, une Sociétés très impor-
tante, pour la propagation de la langue française. /'Fi/is applaudissements.)
On a senti, en France, que la langue était un instrument si important de
civilisation et d'influence, qu'il ne fallait pas le laisser aller à la dérive.
On a vu que les Anglais faisaient des progrès inouïs, à ce point de
vue de la vulgarisation de leur langue, que les Allemands marchaient
sur Jours traces, et il est permis à un patriote de se dire : Mais où
allons-nous ? Il y a deux siècles, la langue la plus répandue était le
français, pourquoi n'essaierions-nous pas de remonter le courant?
M. Auguste Moreau n'apas voulu dire autre chose. (Très bieix! Applaudis-
sements.) Il n'apas voulu attaquer les efforts des savants et des hommes
généreux qui cherchent à aller plus loin ; il ne faut pas laisser la jeuue
génération souffrir comme nous avons souffert pendant vingt-cinq ans,
il faut chercher à remonter à la surface. Si l'Assemblée n'a pas bien
compris le sens des paroles de M.Auguste Moreau,je la prie instamment de
vouloir bien se rappeler ce que le général Tcheng-Ki-Tong nous a dit tout
à l'heure, avec grand sens; — Où est le dieu du monde, aujourd'hui?
•— Il a dit : — Ce n'est pas l'amour, c'est l'intérêt. ^ Où est l'in-
térêt? — C'est d'avoir une langue propre à tous les usages, claire et
forte, et de la répandre parmi ceux qui ne la parlent pas encore. Si
la langue française ne peut pas devenir la langue universelle, faut-il
au moins la défendre et tâcher de la propager! (Bravo t Bravol Vifs
applaudissements . )
Je donne la parole à M. Maldant, très attaqué, et qui va, je l'espère,
répondre aux observations qui viennent d'être présentées,
M. Maldant. — Je demande à dire un seul mot maintenant; je pa^
lerai tout à l'heure sur la communication de M. Kerckhoffs. Je tiens
surtout à bien préciser le sens de l'espèce de reproche immérité qui
m'a été adressé par un de nos collègues, quand il a dit que j'avais
qualifié le patriotisme de sentiment étroit. — Jamais je n'ai exprime
cette opinion, et notre collègue s'est absolument trompé en me prêtant
des pensées pareilles.
J'ai dit ceci : c'est que, lorsqu'on veut faire quelque chose d'universel,
d'humanitaire, quelque chose powr tous, il faut savoir placer l'humanité
— 731 ~
avant même ce grand sentimeut que j'appelle le patriotisme. {Très
bienl Applaudissements.)
M. AUGUSTE MOREAU. — Je suis heureux de la protestation de
M. Maldant. J'avais entendu, dans sa dernière communication, que,
quand on veut faire quelque chose pour Thumanité, il faut se mettre
au-dessus de ce sentiment étroit du patriotisme.
M. Maldant. — J*ai dit relativement étroit par rapport à Thu-
manité : voyez, au besoin, le manwcrit que j'ai remis à M. le Pré-
sident.
M. LE Paésident. — M. Gassayd à la parole.
M. Gassaud. — Quoique je n*aie pas demandé la parole sur le Volapûk,
mais bien sur la Conférence de M. Maldant, je présenterai, toutefois,
quelques observations sur ce qui a été dit par M. Kerckhoffs, et spéoia«
lement sur la petite notice et annonce de librairie, qui nous a été remise
à notre entrée dans la salle.
Et d'abord, M. Kerckhoffs a dit qu'il ne reconnaît pas comme oompé«
tentes dans la discussion les personnes qui ne connaissent pas le Vola*
pûk. Je ne puis admettre cette manière de voir, qui supprime toute
discussion, lorsqu'il s'agit d'une science nouvelle.
Chacun de nous a quelques connaissances de philologie, puisée dans
l'étude comparée des langues qu'il a apprises, ou seulement, dans l'étudo
de sa langue ; il est apte au moins à une discussion préalable, où il
s'agit de décider si on entreprendra ou non l'étude du Volapttk.
Dans la petite notice à laquelle je faisais tout à l'heure allusion,
M. Kerckhoffs parle de la langue des diplomates : j'aurais été bien aise
qu'il mentionnât expressément que c'est le français, qui, par ce fait, so
trouve, au point de vue officiel, une langue universelle, et actuellement
la seule. En 1871, il est vrai, certaine personnalité d'outre-Rhin a voulu
supprimer cette langue comme langue diplomatique... {Bruii)^ mais nous;
savons qu'elle a abouti à un échec. Devons-nous croire que ce désir, qui
s'est manifesté à ce moment, n'existe plus? Je ne le pense pas. (Agi-
tation.)
Op, le Volapiikest une élucubration allemande ; la notice nous dit que
M. Schleyer, son inventeur, est un polyglotte étranger, il est bon de
préciser : M. Schleyer est un Allemand, quoique bien voisin de la fron-
tière suisse, mais de la Suisse allemande, c'est-à-dire d'une région où l'on
parle exclusivement l'allemand.. v (Interruption) et où l'influence alle-
mande est prépondérante... (Cris : Assez I Assez!) ; je suis donc fondé à
croire que l'on veut faire aujourd'hui indirectement ce que l'on n'a pu
imposer en 1871. (Vive agitation.)
Je remarque en outre qu'on annonce comme devant paraître prochai-
nement le dictionnaire volapûk-francais et français-volapiik et comme
en préparation les dictionnaires volapiik-anglais, volapûk-italien,
Tolapiik-espagnol, volapûk-russe, et qu'on a soin de ne pas indiquer
— 732 —
que le dictionnaire volapilk* allemand et allemand-Tolapiik existe déjà;
on a donc voulu masquer Torigne allemande du Volapiik... (Vive agita-
tion. — Cris : Assesl Assez \)
M. Kbrgkhoffs. — Je proteste contre ce que l'orateur vient de dire.
Si je n'ai pas parlé du dictionnaire allemand, c'est que je l'ai oublié : si
j'avais eu mes notes, j'aurais donné des détails auxquels je n'ai pas songé.
M. GrASSAUD. — Ce que je viens de dire se rapporte exclusivement à la
notice que l'ai sous les jeux, et à l'annonce qui y est jointe. J'ai bien le
droit de m'étonner qu'une annonce de librairie indique des ouvrages qui
n'existent pas encore, et ne mentionne pas ceux qui ont déjà paru.
M. Kerckhoffs aurait ses notes avec lui que cela ne changerait pas,
j'imagine, l'imprimé en question. (Bruit.)
M. Kebgkhoffs. — Quant à la création du Volapiik, j'ai déjà dit que les
racines sont empruntées, en majorité, à l'anglais.
M. GA5SAUD. — Parce que l'Anglais est en grande partie un succédané
de Tallemand ; mais il n'y a pas de racines françaises.
M. Kergkhoffs. — La question de nationalité n'a rien à faire ici.
(Mouvements divers. — Brtiit»)
M. Gassaud. — Ce n'est pas mon avis, et le Yolapiik n'aura pas, je
l'espère, la sympathie des Français. (Bruit,)
C'est une opinion que je partage avec plusieurs do nos confrères qui
m'ont chargé d'être ici l'interprète de leurs sentiments. (Mouvement.)
Leur sympathie est acquise à l'Association pour la propagation du
français, association qui a déjà obtenu di beaux résultats ; et une Société
qui se fonde ultérieurement pour propager une langue issue de l'Alle-
mand, ne peut trouver en eux aucun appui. C'est une concurrence ana-
logue à celle, si fréquente, où l'on cherche aussi à nous exclure en dissi-
mulant Torigine allemande des prodifits offerts ; on fait valoir dans un
cas le boif marché de ces produits, on annonce dans celui-ci la grande
facilité de l'étude proposée, facilité bien exagérée, je crois. (Agitation.)
Mais, comme je le disais dès le début, j'ai demandé la parole avant la
séance d'aujourd'hui, et par conséquent sur la communication de notre
très honoré confrère M. Maldant ; c'est à lui que je m'adresse mainte-
nant.
Je lui ferai tout d'abord remarquer qu'il nous avait annoncé une con-
férence sur la langue internationale dont il est l'auteur, et la comparai-
son de sa méthode avec les autres 'systèmes. M. Maldant nous a bien
exposé son système, mais il s'est dérobé à la dernière partie de son pro-
gramme. M. le Président le lui a fait observer à la fin de la dernière
séance, et je n'insiste pas sur ce point.
Mais, qu'il me permette de lui dire que sa communication, en dehors
de considérations très intéressantes sur le vocabulaire des langues exis-
tantes, sur leurs irrégularités et les difficultés de prononciation, n'a pour
ainsi dire pas été un exposé de son système de langue, mais pintùt
— 733 —
une conférence sur Talphabet de sa langue. Il a ajouté, toutefois, qu'elle
n'admet ni déclinaison, ni conjugaison et nous a entretenus de quelques
difficultés que présente là confection du vocabulaire, et, si je ne me
trompe, c'est à cela que s'est bornée sa conférence.
Cet alphabet, du moins, ne peut-il pas être attaqué? M. Maldant né
semble pas s'être préoccupé de ce fait, que dans presque toutes leô lan-
gues actuelles il y a deux alphabets : l'alphabet manuscrit et l'alphabet
imprimé. Tout le monde sait qu'il est pénible do lire un ouvrage manus-
crit, les liaisons nuisent à la netteté des caractères, elles sont cependant
indispensables pour l'écriture rapide. Personne ne conteste qu'il soit plus
long d'écrire en caractères grecs qu'en caractères latins, parce que les
lettres ne sont pas comme on dit HaisonnéeSy il faut, par suite, lever la
plume après chaque caractère ; ce même fait se retrouve dans l'alphabet"
de M. Maldant; cela me semble un défaut très important. Je reconnais
que les anciens Grecs n'avaient pas deux alphabets, mais ils n'avaient
pas non plus l'imprimerie. (Mouvement.)
M. Maldant nous a dit encore que son alphabet a un avantage : c'est
le petit nombre de caractères employés, quatre seulement; un même signe
pouvant suivant son orientation représenter plusieurs lettres différentes.
Cela existe déjà dans notre alphabet d'imprimerie pour le b et le d,
pour le /? et le q ; or, on ne constate pas que ces lettres soient retenues
par les enfants plus tôt que les autres, au contraire ; ce n'est donc pas un
avantage. Cet incoftvénient sera plus grand encore pour la lecture des
manuscrits que pour celle de l'impression ; deux caractères identiquement
les mêmes, et ne différant que par une faible modification de l'orientation,
seront bien difficiles à distinguer, si on ne donne qu'approximativement
l'orientation, comme cela aura lieu d'ordinaire dans l'écriture.
Il est vrai, que M. Maldant trouve à ces caractères un autre avan-
tage, c'est leur analogie avec l'alphabet chinois ; cet avantage ne mo
séduit pas. Tout le monde sait qu'il faut en Chine, de longues années
d'étude pour arriver à savoir lire : j'en conclus que quelqu'ingénieuse
que soit l'écriture chinoise, elle est à ce point de vue, capital pour
moi, défectueuse. Mais, peut-être va-t-on insister en me disant que les
peuples orientaux , ou du moins ceux qui ont adopté l'écriture chi-
noise, sont si nombreux qu'il faut bien tenir compte de ce fait quand on
veut créer une langue universelle ; et l'alphabet proposé facilitera beau-
coup à ces peuples l'étude de cette langue. M. Kerckhoffs, en se pla-
<^ant à un point de vue plus pratique, mais moins élevé, il est vrai, a
déjà fait justice de cette objection.
Du reste, pour faire cette objection, il faudrait au moins présenter un
chiffre approximatif de la population lettrée des pays dont on parle ; mais
la proportion serait peut-être alors renversée.
J'ajouterai que, lorsque des Européens étudient la création d'une lan-
gue universelle, il me semblerait éti*ange de les voir accepter un alpha-
— 734 —
bet, qu'ils considéreraient comme mauvais, par ce motif qu*il constituera
un avantage pour les Orientaux, et par conséquent un désavanta^
pour eux.
Enfin, pour terminer ces observations sur l'alphabet de M. Maldant,
je dirai qu'il y a une lacune grave, c'est l'absence du son de Te muet,
si fréquent en français et dans la plupart des langues. Ce son sert, il
est vrai, à la désignation des consonnes de cet alphabet, mais il n>n
est pas moins absent de tous les mots de la langue.
Passant maintenant à ce qui a été dit au sujet du dictionnaire, je
reconnais que M. Maldant a eu de très bonnes raisons pour limiter sa
conférence à l'alphabet, on nous disant que le dictionnaire serait
l'œuvre d'un congrès. Examinant, en effet, les difficultés qui se sontpn^
sentées à lui à ce sujet, il reconnaissait qu'il est impossible d'avoir un
dictionnaire absolument logique ; c'est qu'en effet, le classement des subs-
tantifs est contingent, puisqu'on ne peut déterminer, d'une manière abso-
lue, l'importance de tel ou tel mot. Il nous a dit, lui-même : des per-
sonnes diront que le mot le plus important est Dieu, d'autres, l'Homme,
d'autres, la Cause ; il y a 500 ans, on aurait certainement considéré le
mot Dieu comme le plus important ; la majorité serait-elle encore aiyour.
d'hui du même avis ? On ne pouvait mieux prouver que l'importance des
mots est sujette à variation, et que par suite, il no faut pas en faire la
base d'une classification, si on veut qu'elle soit immuable, ^B/tiiV.j
Au sujet des autorités qui ont été citées comme ayant appuyé le
projet de M. Maldant, je ferai toutes mes réserves. Eu réalité, je n'en
vois guère qu'une, à savoir : deux articles du Petit Journal. Cela me
semble d'autant plus insuffisant que des relations d'amitié décident sou-
vent un journaliste à écrire une chronique bienveillante ou même élo-
gieuse ; mais, si spontanés qu'aient pu être ces articles, ils ne sauraient
avoir une autorité scientifique : le Petit Journal n'a-t-il pas été appelé,
le Moniteur officiel des personnes qui ne savent ni lire ni écrire ? (Bruit,
Cris : assez! assez 1) Il est vrai, qu'il y a eu près de deux cents lettres
qui sont venues corroborer les articles de ce journal : Ce nombre est
quelque chose en lui-même, mais si on le compare à celui de trois mil'
lions et demi de lecteurs, c'est encore bien peu.
Quant aux congrès grands et petits, dont il a été parlé, je vais meu
expliquer ; mais en passant je crois qu'il y a une erreur à signaler : c'est
que lorsqu'on fait un projet, quel qu'il soit, on doit le faire seul, sauf ;i
le soumettre ensuite .à une commission, qui le critique ou l'approuve ;
mais un projet ne peut être l'œuvre d'une collectivité.
On a souvent plaisanté de l'aréopage de l'Académie se réunissant
pour discuter sur le Dictionnaire ; ne serait-il pas alors plus étrange de
voir un Congrès ou une Conférence de plénipotentiaires discuter le même
sujet? Puis, aboutirait-on ? L'exem le de la Conférence monétaire où
— 735 —
il s'agissait de quegtions d*un intérêt immédiat» entre peuples peu norn*^
breux, et se connaissant bien, n'est pas précisément encourageant.
Mais, si M. Maldant n*a pas encore soumis son travail à un Congrès,
formé de représentants de différents États, délégués par leur Gouver-
nement, il l'a déjà soumis à ce qu*il a appelé un petit Congrès,
formé de personnes qui se sont déléguées elles-mêmes, il est vrai.
Je ne parlerai pas de ce petit Congrès... (Rires* — Mouvements divers),
je n'en parlerai pas, dis-je, parce qu'il me semble qu'il ne peut pas, dans
les oonditions où il a été formé, être cité comme une autorité, et on l'a
fait à la dernière Conférence, Toutefois, il se pourrait qu'il y eût parmi
ses membres, quelque philologue considérable, un grand nom, un Bur-
nouf, par exemple, et dans ce cas, je m'inclinerais devant son autorité,
qui pourrait bien se passer d'une nomination régulière : voilà pourquoi
je disais, il y a un' instant, que je ne parlerais pas de ce petit Congrès
ne connaissant pas les noms des personnes qui le composent.
Examinons maintenant d'où proviennent ces essais de langue univer-
selle : ils proviennent évidemment d'un besoin qui se fait sentir. Mais
ce besoin lui-même d'où provient-il ? Il provient, à mon avis, d'un vice
de l'instruction actuelle. On a voulu, à tort, supprimer le latin et on a
supprimé du même coup l'instrument des relations internationales du
monde savant. Lorsque Newton écrivait un ouvrage, il le faisait en latin
et tout le monde pouvait le lire ; aujourd'hui, il n'en serait plus de même,
le latin ayant été quelque peu laissé de côté.
Du reste, beaucoup de personnes pensent que le latin se prête mal aux
relations orales et usuelles et qu'une langue universelle nouvelle serait
plus commode pour l'expression des besoins ordinaires de la vie, pour les
affaires, pour les expositions par exemple : c'est peut être là une
erreur.
On ne songe pas assez que ce n'est que par un long usage et une
étude laborieuse que Ton arrive à parler une langue qui n'est pas votre
langue maternelle , et surtout à la bien comprendre ; on parvient assez
vite à s'expliquer, tant bien que mal, mais on a beaucoup de peine à
saisir les paroles de son interlocuteur, soit qu'il parle trop vite pour vous,
soit qu'il prononce ou accentue autrement. Un Anglais et un Français
parlant une langue universelle s'entendraient, je crois, difâcilement,
parce qu'ils ne prononceraient pas de la même façon, en dépit des règles
de prononciation de la langue apprise par eux.
Quant aux rapports écrits des savants, je crois qu'aucun ne con-
sentirait à écrire dans une langue manquant forcément de littérature .
Une langue universelle n'aura donc d'utilité qu'au point de vue des
mercuriales et de la correspondance commerciale. (Bruit,)
Est-ce une raison suffisante pour chercher à créer une langue nouvelle?
Je ne pense pas ; car ce n'est pas seulement dans la syntaxe latine qu'i]
faut se préoccuper de la question de temps, excusez-moi de paraître faire
— 730 —
un jeu de mots; maïs il me semble que le moment est mal choisi pour
développer en France des idées qui découlent plus ou moins du cosmo-
politisme, [Vwe agitation.)
Je crois avant de terminer devoir, moi aussi, relever une phrase pro-
noncée à la dernière séance par M. Maldant et qui avait, parait-il, été
mai interprétée (Bruit) ; mais je suis heureux de savoir qu'elle avait été
mal comprise. {Nouvelle interruption.)
M. CoTARD. — Je demande à M. le Président de vouloir bien ramener
la discussion à son caractère philologique {Bravo! — Vifs applaitdis-
sements.)
M. Gassaud. — Je crois que le caractère particulier des séances de
notre Société n*est pas le caractère philologique. A Toccasion décos
conférences, il a été dit des choses qui ont blessé certaines personnes et
il me semble que j'ai bien le droit de les relever.
Je continue.
En résumé, je ne pense pas qu'il j ait beaucoup à se préoccuper de ces
tentatives destinées à amener la création d'une langue universelle, que
Descartes, Leibnitz et tant d'autres ont recherchée en vain. L'histoire
nous apprend, d'ailleurs, que l'humanité, issue d'une origine commune, a
vu son langage se différencier en même temps que les races se sodi
fixées et que l'esprit humain s'est développé, je ne crois pas que ion
réussisse à lui faire remonter le cours des âges.
Du moment que les différentes nations conserveraient leur langue
propre, il n'est pas établi, d'ailleurs, et ceci a une importance capitale
dans la question, il n'est pas établi, dis-je, qu'une langue universelle,
en admettant qu'on pût réussir à en faire adopter une, abaisserait les
barrières qui séparent les peuples. Il se pourrait que ce fût le contraire
qui se produisit, chacun n'étudiant plus que sa langue maternelle et la
langue universelle. On abandonnerait complètement l'étude des langues
étrangères, en France du moins, où nous ne nous livrons qu'à regret
à ces études; on serait plus qu'aujourd'hui étranger au mouvement intel-
lectuel qui se produit au delà des frontières, de là des inconvénients et
des dangers sur lesquels je n'ai pas besoin d'insister. {Applaudissements,
— Mouvements divers.)
M. LE PatsiDENT. — Je n'avais pas besoin quo M. Cotard m'engageât
à prendre la parole, puisque je me l'étais demandée tout à l'heure à
moi-même et que je me l'étais accordée généreusement : je vais en
profiter. [Rires et applaudissements.)
Il y a dans tout ceci, une chose évidente : c'est l'extrême difficullô
qu'on aura à créer une langue universelle. Mais je crois que M. Gas-
saud s'est tout à fait mépris sur une phrase de M. Kerckhoffs; oi,
comme M. Kerckhoff's est notre hôte et notre invité, nous lui devons
la plus grande courtoisie et nous devons comprendre de très prèâ co
qu'il a voulu dire. 11 n'a pas dit qu'il fuyait les critiques ; il a dit
— 737 —
si ma mémoire est âdèle : « ne prétendez pas (l'avaii<
est difficile à apprendre; conaacrez-y quelques heur
qu'il remplit un des desiderata de la langue univera
très bien! Applaudissements.) Je vais à bâtons ron
le discours de notre camarade, M. Gassaud. Je rei
sentiments patriotiques, que je partage de la man
plétc. (CH; : tous! tous I) Seulement, il y a le mome:
[Bravol bravo! applaudissements prolongés.) Que M.
mette d'ajouter qu'il m'a fait un peu de chagrin
assez mal le Pelil Journal et qu'il a dit que cetti
passait pour le moniteur officiel des gens qui ne
écrire, — Malheureusement, c'est une grande partii
qui Qc sait ni bien lire ni bien écrire. Je me rap{
écrivains les plus distingués, mort aujourd'hui, me
mière chose que je lis le matin, c'est le Petit Journa
en contact, avec ce grand nombre de lecteurs qu
jour. » — Je crois que le Pelil Journal rend de g
qu'il ne faut pas le confondre avec cette presse à
rend à la population des services tout contraires. '
mcnts honnêtes et le désir du bien qui l'animent ; •
qui u'a pas un rayonnement excessif, mais dont la U
ot je crois que le pays perdrait quelque chose i
disparaissait et était remplacé par une de ces feuill
naissez. (Très bien! très bien! — Applaudissements.)
L'Inventeur du Volapîik, M. Schleyer, est un A
crois qu'on peut accorder qu'en créant cette nouvi
pas songé à faire tort aux autres langues : il a ;
langue universelle, mais il n'a pas eu pour but de •
langues. Comme le disait M. le général Tcheng-Ki-I
on a tous sa langue maternelle, qu'on gardera jusqu
On m'a reproché de consacrer deux réunions
M. Kerckhoffs a été si aimable que j'ai cédé volo
que des Membres de la Société appuyaient. (Àpplai
Je crois que la Société des Ingénieurs civils es
comprendre et tout entendre. Le général Tcheng-Ki-'
siècle est celui des Ingénieurs... Vous devez donc
aréopage ouvert fi toute vérité et à toute lueur, et
d'étudier les questions parce que vous êtes des trava
avoir des clartés de tout, comme disait Molière ; il
les femmes, il faut au moins que les Ingénieurs les
Applaudissements !) Il y a eu un peu de bataille, u
ce soir, c'est parce qu'on ne s'est pas bien comprit
trons dans le calme, et si M. Maldant a quelques i
donnerai la parole.
— 738 —
M. Gassaud : — Je prie M. le Président de me laisser dire aupara-
vant que je n*ai jamais eu l'idée de contester les services rendus par
le Petit Journal ; mais je pense qu'un article d'une feuille quotidienne
quelconque ne peut être présenté comme une autorité scientifique.
Le Petit Journal n'a d'ailleurs pas cette prétention, précisément à
cause du public auquel il s'adresse spécialement.
M. Haldant : — Ce qui vient de se passer dans ces derniers lu*
stants doit nous montrer à tous — ce que nous savons déjà — que la
critique est aisée ; seulement, il est bien difficile de critiquer et de
concilier, avec la critique, la mesure qu'on doit conserver dans une
critique; c'est-à-dire, de critiquer la pensée de celui dont on parle, et
de la critiquer justement. Eh bien, j'avoue que, dans les différentes
critiques qui ont eu lieu tout à l'heure, je ne me suis pas reconnu
du tout; et cela a été pour moi une satisfaction, car j'aurais été
désolé du contraire.
On a critiqué deux points : J'ai répondu au premier, je n'y revien-
drai pas. Mais on a fait aussi, de l'exposé que j'ai eu l'honneur de
présenter, dans la première réunion, une critique qui le rend tout à
fait méconnaissable, et je crois qu'il y a intérêt à vous dire que,
cette fois encore, on s'est trompé.
Je n'ai pas dit, par exemple, que le dictionnaire et la grammaire
de la langue, dont j'ai donné les éléments, n'étaient pas faits, parce
qu*ll avait fallu vingt ans pour poser seulement la base de mon s}^-
tôme ; je n'ai pas dit cela, attendu que l'achèvement de la grammaire
prendra tout au plus deux mois, et que le dictionnaire est presque
terminé à l'heure qu*il est. Donc, il ne faudra pas, pour les établir, le
temps incommensurable, dont on a parlé tout à l'heure. J'ai indiqué
seulement ceci, c'est que, pour faire une langue internationale, à mon
sens, il faut tenir compte d'une telle quantité de susceptibilités, qu'il
faut penser tout d'abord à faire le sacrifice de toute langue existante
ou de toute langue morte; de toute langue qui a vécu, qui a formé
un certain nOmbt^e de langues qui sont devenues ses adeptes, ses
auxiliaires. -^ Pouî* ce qui me concerne^ je suis de Ceux qui admi*
rent les tl^avaux de M. Schleyer, je suis de ceux qui admirent les
efforts de M: Kerckhoffs, les efforts et les ti'avâux de tous ceux qui
Se sont addnués à cette grande, noble et belle pensée de (dite une
langue internationale, sans se préoccuper de leui* persoilne, ni même
de leur nation. {Bravai Bravo ! -^ Applaudissements*)
Messieurs, il faut bien le dire, ce soii' on a beaucoup critiqué, et
jb dois reconnaître qtic M. Kerckhoffs excelle dans la critique.
M; Kerckhoffs a critiqué, à notre précédente séance, la langue Sudw;
j'en avais dit quelques mots, mais ce que j'en avais dit était plutôt
on sa faveur; seulement, comme la langue Sudre était une langue
musicale, ce n'est pas tout le monde qui pouvait la parler. Elle se
compose des sept notes de la musique. Eb biea! Il y avait,
effort, certains côtés intéressants qui méritaient des éloges, à
critiques.
Certes, Messieurs, M, Kercktioffs a absolument terrassé I
'iain ; j'aurais eu plus d'indulgence pour elle, je lui aurais rés
laiues compensations légitimes, si j'avais eu à la critiquer.
Mais, je remarque que M. Kerckhoffs, dans une petite l
fjui est la grammaire du Volapiik, passe en revue certaines [
qui se sont occupées de la langue internationale ; il a fait u
assez complète car je iie connais que cinq ou six noms qu'il
indiqués ; il y en a là une nomenclature qui commence par j
qui se termine par les derniers systèmes de ces temps récen
finit à, LeleltUr. Cette nomenclature est très complète, et vo
ment il s'exprime après l'avoir terminée :
" Des trésors de science et de patience ont été épuisés dai
•• de cette question, et, cependant il serait difticile de citei
» quarante ou cinquante langues universelles imaginées dEUts
s de ces deux derniers siècles, une seule ayant une valeur
» quelconque, c'étaient, ou bien des systèmes pasigrapbiq
* quement compréhensibles à la lecture ou bien des langues
" hensibles seulement è. des intelligences d'élite, ou tout sii
» encore, quelque langue existante plus ou moins intelli
» ealropiée! »
Voilib, Messieurs, tout ce qui est dit de toutes les tentativ
jusqu'aigourd'hui, par tous les hommes qui sont morts sur li
et qui sont morts après avoir essayé de doter l'humanité de
progrés. Je trouve que cette critique est bien dure. Si on ex
tableau du Volapiik, qui a été exposé; n'y trouvons nous pai
ment un arrangement qui a pour but d'estropier plus ou moi
nieasement des langues existantes? Et u'est-il pas juste d
mander si on ne pourrait pas légitimement retourner cette
contre le Volapiik lui-même?
Messieurs, il y a certainement un grand écueil à faire un
avec d'autres langues, et même en choisissant ces autt^s
parmi deux ou trois de celles qui nous entourent; j'ai dit à la
séance, et je crois que je l'ai expliqué assez longuement, combi
acuités rencontrerait un prcyet de celte nature; j'ai aussi dit
tainement les populations asiatiques, dont* pour ma part, je fa
grand cas» par cette excellente raison qu'elles contiennent pi
moitié de la population du globe, j'ai dit que du moment où vou!
faire une langue universelle ou internationale, vous ne poi
avoir la prétention de ne pas y faire participer cet énorme co
Donc, j'ai dit que je faisais grand cas de cette immense p<
asiatique de plus de 500 millions d'habitants ; j'ai dit qu'on ne po
— 740 —
faire uue laugue iuteruatioasde sans Fagrémeui et saus le concours de
ces populatioQS^là ; j*ai dit aussi qu'aucune laugue, pas plus la mienne
que le volaplik, ne pourra devenir une langue générale, que lorsqu'elle
aura été présentée à un Congrès international, dûment autorisé, qui
aura examiné les différents projets qui lui seront soumis et qui aura
adopté Tun de ces projets : voilà seulement ce qui peut être, et ce qui
sera la langue universelle. [Très bien! très bieni — ApplaudiSiemenU.)
Messieurs, nous n'avons pas la prétention ici, ni les uns ni les au-
tres, d'imposer nos travaux, mais nous avons le sincère désir de les
présenter, dans quelques années d'ici, à cette Commission Internatio-
nale, dont nous prévoyons la réunion, à ce moment, grâce aux cir-
constances qui nous permettront probablement de la voir se former chez
nous, au moment du Centenaire, que nous avons tous en perspective.
Je dis que, à ce moment-là, il sera intéressant d'arriver devant la
commission internationale, non seulement avec une théorie, mais avec
la pratique. Eh bien 1 à l'heure qu'il est, nous nous occupons de faire
de la pratique, avec la langue dont j'ai posé ici les éléments; comme
M. Kerckhoffs s'occupe à en faire, avec un peu d'avance sur nous; mais
nous ne pouvons travailler, l'un et l'autre, que pour une future com-
mission internationale. Seulement, pour qu'on ne se méprenne pas sur ce
qui a été dit, j'ai besoin d'expliquer pourquoi et comment notre diction-
naire et notre grammaire ne sont pas finis.
J'entends faire une langue absolument neuve, faisant table rase
du passé, c'est-à-dire, ne s'occupant pas plus des habitudes ni des goûts
des Français, — tout Français que je sois de cœur, — et j'ai prouvé
dans toutes circonstances, que je suis aussi bon Français que qui ce
s(x\i,{BravoI Bravo! — ApplaudisHemenis), — ^ne s'occupant pas plus, dis-je,
des convenances particulières des Français que de celles des autres
peuples. J'ai dit aussi que j'avais voulu faire surtout une chose logique^
et j'ai expliqué de quelle façon je m'y suis pris, et de quels éléments
je suis parti pour faire une langue rationnelle. En partant d'abord d'une
langue faite, je me suis ejfforcô d'en enlever toutes les irrégularités,
pour arriver aux racines de la langue; et je vous ai dit qu'en étu-
diant trois langues, dans cet ordre d'idées, étant arrivé à peine à
la moitié du chemin, il ne me restait plus rien du tout. Je me suis j
donc dit : s'il n'est pas possible de faire une langue logique avec les j
langues existantes, il faut faire quelque chose de mieux, de plus
régulier, ne donnant pas au choix de ses éléments, d'autres préférences
que celles qui doivent exister, quand on cherche à faire quelque chose
do bien et de vrai. C'est pour cela, notamment, que j'ai établi une
distinction précieuse entre les mots commençant par une voyelle et
les mots commençant par une consonne. Ayant remarqué qu'il y avait
deux fois et un tiers plus de substantifs que de tous les autres mots
réunis, j'ai dit : nous avons un moyen facile, logique, conforme au
J
ri^^r-
— 741 —
principe même que j*avais adopté, de les distinguer : ce moyen, c'est
de faire commencer tous les substantifs par une consonne, et tous les
autres mots par une Toyelle. C'est ainsi que je suis arrivé, rationnel-
lement, à former la grammaire et le dictionnaire, et à établir les
règles de la composition des mots. Il y a un petit livre qu'on appelle
dans les classes un Pautex ; il n'a aucune prétention, il est pourtant
devenu classique et a été tiré à un million d'exemplaires, pourquoi?
Parce qu'il a donné satisfaction à une des idées que je considère
comme absolument nécessaires à réaliser dans une langue internatio-
nale, langue qui doit être un lien entre les autres langues sans pré-
tendre en supprimer aucune. {Applaudissements).
Ce Pautex, qui contient 4,000 mots dans son ensemble, a classé les
mots du dictionnaire dans un ordre logique : il a mis ensemble tous
les mots qui se rapportent à l'homme, à Talimentation, aux maisons etc. ;
il a groupé les grandes idées, et il a réuni tous les mots qui s'y rap-
portent; il a montré que, avec un nombre de racines restreint et en
les groupant, d'une façon intelligente, on peut établir un certain ordre
logique, — c'est ce qu'a fait le Volapiik, auquel je rends cette jus-
tice, d'avoir tenté de faire un travail intelligent. Mais, pour moi, le
Yolapiik ne s&ra jamais la langue universelle ; c'est ma pensée, et c'est
ma conviction profonde et intime, parce qu'il ne pourra pas soutenir
l'examen de la commission internationale dont je parlais tout à Theure,
car dans cette commission il y aura non seulement des Français, des
Anglais et des Allemands; mais des Espagnols, des Russes, des
Chinois, des Siamois, des Arabes ; des gens de tous les pays. Je désire,
pour les Yolapiikistes, me tromper ; mais j'exprime sincèrement mon
opinion sur leur œuvre, comme ils en ont exprimé une sur la mienne.
M. Derknnks : — Je demande la parole.
M. Màldant. — Je ne demande pas mieux que de vous céder la
^BTole (Voix nombreuses: — Finissez I finissez!).
J'ai examiné beaucoup la question au point de vue d'une langue
morte, et si une langue morte a bien mérité du monde, c'est le latin;
mais, je ne crois pas que le latin puisse devenir une langue univer-
seUe, parce que, en définitive, il aura peut-être avec lui les races la-
tines, mais il aura certainement contre lui, et chez les autres races,
toutes ces questions de patriotisme et de personnes, dont nous avons
j constaté tout à 1 heure toute la vivacité ; vivacité qui peut nous faire
comprendre ce que serait un congrès où il y aurait des gens de toutes
les nations, en face d'une langue déjà connue. Donc, j'ai compris
qu'il est absolument indispensable de faire une langue ne ave, qui n'em-
prunte rien à personne, et soit bâtie avec des matériaux solides,
dont on ne puisse pas suspecter l'origine. C'est pour cela que je me
suis arrêté à un point déterminé, non pas par impuissance d'aller plus
loin ; mais parce que, à ce moment, j'ai senti que la classification, pour
BULL. 49
^ 742 —
être logique, doit commencer par les mots les plus importants. Je me
suis trouvé alors en présence de la difficulté indiquée tout à Theure ;
et je me suis demandé si je devais faire tout seul cette classLScatioD?
Je pourrai me demander : Tel mot ou tel ordre de mots est-il plus
important qu'un autre ? Il y a des réponses sérieuses qui peuvent être
faites en sens contraire. Là, je me suis momentanément arrêté ; mais,
la règle étant posée, il n'y avait plus qu'à procéder selon cette règle
pour composer la grammaire. Eh bien ! ce travail devant lequel je me
suis arrêté, parce qu'il constituait une faculté, c'est-à-dire qu'il m'était
facultatif de le faire comme je l'entendrais, il se fait dans ce moment-ci
le mieux possible ; il ne sera peut-être pas irréprochable, mais il sera
très certainement plus logique que tout ce que nous pourrons voir
dans les langues existantes. Et il faudrait être bien maladroit pour
qu'il n'en fût pas ainsi, lorsqu*on est maître de sa classification, comme
pour ce Pautex dont je parlais tout à l'heure; lorsqu'on peut mettre
en ordre logique, et en même temps en ordre alphabétique tous les mots
nécessaires : Nous avons ainsi le moyen de tout faire bien à la fois; c'est
donc pour cela seulement, que jusqu'à présent, je n'ai pas encore achevé
cette langue ; mais je m'y suis profondément attaché, comme on s'at-
tache à la vérité, et parce qu'elle m'a paru meilleure que les autres.
(Applaudissements) .
M. Derennes. — Me sera-t-il permis de faire une observation au point
de vue de la philologie rationnelle ? Je donne tous mes éloges aux deux
tentatives qu'on nous a exposées, mais j'ai le regret de faire une petite?
critique qui ne tient peut-être qu'à une lacune. Il me semble qu'on
donne une part beaucoup trop faible à la dérivation des mots. Le Vo-
lapiik prend une racine et en fait un substantif, un adjectjf, un verbe
et un adverbe; au moyen de terminaisons, il forme la déclinaison et la
conjugaison ; et c'est tout.
D'un autre côté, M. Maldant ne nous a pas parlé de la dérivation
desmots^ mais, il admet que tous ses mots seront formés au plus de trois
ou quatre lettres : Cela me paraît tout à fait limiter le champ dans
lequel doit se développer une langue. Si nous prenons les langues
existantes, nous voyons que les mots les plus usuels ont des racines
de deux, trois ou quatre lettres, et qu'on en déduit par voie, soit
de flexion, soit de dérivation, soit de composition, une immense quan-
tité de mots qui deviennent très longs. Prenons les mots les plus,
communs, agir, par exemple, dont le radical est oj, on en fait acte,
acteur, agissement, agencement, agilité, actualité, activité, action, réac-
tionnaire, (Rircs). Prenons le mot latin sto; avec le radical St on a fait
rester, arrétei^ circonstance, obstacle, iiistantané, et, en passant par sta-
tuer et constituer, jusqu'à anticonstitutionnellement. Voilà une richesse
que nous Rencontrons dans toutes les langues, et qu'il me paraît in-
téressant de conserver soit dans le Volapiik, soit dans la langue de
— 743 —
M. Maldant; seulement, dans les Iiuigues actuelles, le
vatioD est tellement irrégalier et tellement arbitraire
de la difâculté à soupçonner le point de départ. Je cite
les mots fourjtal, jourtiaiiite, dont le radical est dies
a tiré diumus, diumalit; de là journal. Il faudrait
cela, En un mot, je voudrais que dans les deux langue
de noua parler, on pût d'une souche simple exprimant
faire diverger, par voie de ramiâcation rationnelle, des
dérivés se rapportant à des modiûcatîoDs de l'idée mèi
Je ferai encore une autre observation. La langue
c'est la langue de l'écriture. Il est évident que, lorsqu
session une langue aussi simple, aussi belle, avec i
aussi facile, les caractères sont très heureux pour la r
tnre; mais il me paraît essentiel de les lier, comme o
graphie. Il faut lier entre elles les lettres qui concourei
de chaque mot, et ce sera la vraie sténographie. (Ai
M. Kerckboffs. — Je voudrais répondre k l'objection
faite au Volaptlk concernant la dérivation. Elle se fi
golarité qui ne laisse rien à désirer. Le Volapiik,
naire contient 13,000 mots, n'a pas plus de 800 racine
y sont formés comme en allemand ou en grec, oii
fait sentir le mieux ; je crois même que c'est le côté c
excellé. — J'aurais été enchanté d'entendre de M. Mal(
du Volapiik; je dois conclure de ses diverses observation
guère rien k redire. (Rirei.) Il aurait bien voulu que le
sent pas été prises dans les tangues existantes ; mais
un inconvénient assez sérieux pour empêcher l'adopU
universelle. Il nous parle d'un congrès; — je no
parvienne jamais à réunir un congrès international po
vance une langue. Réunissez uu congrès lorsque vous i
toute faite. Les Volapïlkiates ont décidé qu'un congre
1889 ; les délégués des cinq parties du monde s'y tr
pour examiner l'œuvre de M. Schleyer. M. Maldant
sera difficile de faire adopter le Volapiik par les au
l'Europe, les Espagnols entre autres ; — oh bien ! non
en présence de faits qui démentent ces affirmations. (
j'ai reçu une lettre d'Espagne m'informant qu'une s
pUkîstes vient de se constituer à Madrid ; il y en
autres, vous ai-je dit, répandues dans toutes les gr:
l'Europe.
Je veux encore faire une observation, au sujet de
M. Maldant. Il faut que la langue universelle serve
dance télégraphique : il importe donc que vous puise
sans difficulté vos mots avec les caractères télégraphiqi
— 744 —
Un Membre. — Avec le système Morse, on supprime bien les lettres
latines, on peut bien les remplacer par les lettres Maldant.
M. Kergkhoffs. — Oui, mais vous êtes obligés d'établir un système
spécial ; il serait bien plus simple d'adopter nos caractères français.
M. Màldant. — Je voudrais rappeler seulement au tableau, pour
un instant, en quoi consistent ces caractères dont on a Tair de faire
si grand écueil. Voici tous les caractères avec lesquels on peut écrire
la langue internationale :
0 C I 1
Voilà tous les caractères ; il n'y en a pas d'autres ; c'est fini ! (Ajh
plaudissements.)
U est impossible de trouver, sans parti pris, que ces caractères-là
sont compliqués et trop difficiles à apprendre. Quoiqu'ils ne soient
pas nombreux, ils ont de grandes qualités : ils sont simples ; ils
peuvent, tous, s'écrire d'un seul trait de plume ; toutes les lettres
se font donc d'un seul coup. La lettre la plus compliquée est celle-ci :
1. Ces lettres ont encore un avantage, c'est d'établir une distinction
entre les voyelles et les consonnes. Voici deux lettres, ronde ou
demi-ronde, 0» C» c® sont les voyelles; voici deux lettres, une droite
et une droite avec crochet. Il ; ce sont les consonnes . Il est impos-
sible de les confondre.
Ce crochet sera tantôt en haut, à gauche ou à droite, tantôt en bas,
à gauche. Il exprimera diff'érentes lettres suivant ses différentes
positions, mais c'est toujours le même caractère qui sert, et sans
aucune confusion possible.
Maintenant, on a cité tout à l'heure, avec beaucoup de raison, an
nom que, pour ma part, je respecte profondément, c'est le nom de
l'abbé Sotos Ochanbo : c'est un Espagnol qui a fait peut-être la langue
internationale, à mon sens, la plus intéressante et la plus habile qui
ait, jusqu'ici, été imprimée. Dans cette langue, je me suis rencontre
sur quelques points, avec lui, par suite de circonstances bien extraor-
dinaires, car je connaissais le nom de M. Ochando, mais je n'avais pu
me procurer rien de ce qu'il avait écrit, quand, parmi les personnes
qui ont bien voulu me faire l'honneur de venir me voir récemment,
s'est trouvé un monsieur, qui est ici présent, et qui m'a dit : il y a
quelque chose de très .curieux dans vos caractères ; ils ressemblent en
partie aux caractères de M. Ochando ; connaissez-vous son ouvrage? —
J'ai répondu: non; j'ai fait toute espèce d'efi'orts pour me le procurer,
et je n'ai jamais pu y parvenir. — Il m'a dit : j'en ai un exemplaire,
et je vous le ferai voir. — Et il m'a communiqué cet ouvrage. Ses
caractères ont un élément de similitude avec les miens, ce qui
prouve que les mêmes idées, même chez des gens qui ne se sont
— 74S —
jamais vus et n'ont jamais eu entre eux aucun
rencontrer.
L'alphabet de l'abbé Ochando ne distingue
consonnes : il n'a que des caractères droits, ma
chets. Voilà tout son alphabet : 1,1, \_. C'est e
le mien, mais cela prête à. quelques confusions, et
de vue-là, il y a grand avantage à adopter i
pour distinguer voyelles et consonnes. Ce qu'il y
surtout l'inciiDaison du même caractère ; ainsi,
une: 1 ; j'incline de 45 degrés, environ, le caractère
je fais c; en l'inclinant de 45 degrés dans l'autr
et, pour f, je le mets horizontal __. Voua voy
confusion possible. L'abbé Ochando a placé um
tères de la même façon ; de sorte que nous nous
csord sans nous être jamais vus ni connus. Nom
la même idée; car notre alphabet date, à p<
époque : 11 n'a adopté que la ligne droite, tandis
voyelles des consonnes, chose capitale selon moi.
M. Saillabd. — Je demanderai à M. le Prés
prendre la parole. Je ne suis pas Ingénieur; on v
de langue universelle. Mais si M. Kerckhoffs a
l'exposé du Volapîik que j'ai appris, et je ne suis
de deux heures, nous lisions déjà des morceaux
dire que le but du Volapiilc est de faire une lau
selle, — je préfère le mot de langue internati
merciale.
Comme le disait tout à l'heure avec heaucou
général Tcheng-Ki-Tong, il faut faire une lai
qui sont en jeu dans le monde, et le Volapiik
demandées. On a reproché au Volapiik ses racir
les prendre, en majeure partie, à l'Allemand;
ont appris l'allemand verraient, si elles étudiaic
a beaucoup plus de racines anglaises que de rat
phahet, comme l'écrit le Volapiik, est écrit par
lation terrestre; le russe, aujourd'hui, s'écrit avec
Comme cet alphabet du Volapiik nous est coni
les populations qui habitent le globe, je ne voi.
le prendrait pas.
On a reconnu que la langue latine n'était plu
langue internationale. Les premiers éléments di
seignés à Paris, en premier lieu, par M. Kerc
répandu sa méthode parmi des jeunes gens d':
qui ont pu, non pas le parler, mais l'écrire et
de six leçons, sans aucune difficulté. Voilà ce q
— 746 —
M. P«scE. — Messieurs, à la suite de cette longue discussion, vous
vous êtes probablement posé la même question que moi, sur la langue
universelle : la langue internationale est-elle bien nécessaire? (Rires),
Est-elle surtout pratique? Plus on connaît de langues, moins on sent
le besoin de cette langue internationale. Toutes les personnes qui en
connaissent un certain nombre n'éprouvent pas le besoin d'avoir onc
langue internationale. (Bruit.)
C'est un simple point d'interrogation que je pose. En admettant que
cette langue fût nécessaire, il faudrait la considérer à un point de vue
plus élevé que celui auquel on s'est placé jusqu'à présent^ à un point
de vue philosophique, et voir à quels besoins elle doit répondre : c'est
au besoin de relations de peuple à peuple. Il faut donc tenir compte des
besoins des différentes nationalités.
Je trouve dans le Volapuk un premier défaut, c'est qu*il part de
l'alphabet latin. Si Ton considère avec un esprit libéral quelles sont
les nations qui occupent la surface du globe et à quels besoins répon-
drait cette langue, il faut se rappeler que les trois quarts du globe
terrestre sont occupés par les Orientaux, et un quart seulement par
les Occidentaux. [Bruit.) '
M. LE PflÉsiDENT. — Je demande encore une minute d'attention à
l'Assemblée, pour entendre M. Cotard et M. Casalonga, qui ont demandé
la parole.
M. Pesce. — M. Kerckhoffs, au contraire, prend des radicaux dans
les langues occidentales; il prétend qu'une langue formée avec trois
ou quatre langues occidentales s'imposerait au reste du monde. C'est
peut-être autoritaire ; c'est peut-être juste, puisque souvent la force
prime le droit; [Bruit.) mais, je crois que, dans ce cas, la chose no
serait guère réalisable.
M. le général Tcheng-Ki-Tong a dit, avec beaucoup d'esprit, que
ce qui régit le monde aujourd'hui, c'est l'intérêt. Si l'on veut faire
une langue nouvelle, chacun partira de sa langue propre, à moins
d'avoir le sentiment de M. Maldant, qui a eu le courage de dire que
le patriotisme était un sentiment relativement étroit. L'égoïsme, par-
tant de l'individu, s'étend à la famille, à la patrie, au monde : c'est
pourquoi, dans l'établissement d'une langue universelle, il faudrait
faire entrer en ligne de compte tous les peuples, aussi bien Orientaux
qu'Occidentaux. (Bî'uit.)
M. LE Président. — M. Cotard a la parole.
M. Cotard. — Messieurs, il y a une idée qui doit nous frapper, —
car cette salle entend habituellement des études plus particulièrement
techniques, — il y a une idée qui doit nous frapper, en écoutant ces
discussions : c'est que les Ingénieurs, en facilitant, par leur indos-
trie, les communications sur la surface du monde, ont donné tout à
coup au problème social des relations internationales une importance
KZ-".
'J
— 747 —
considérable. Les populations qui n'avaient, naguère, aucun contaetr
sont mises aujourd'hui en rapport par rétablissement des chemins. d^
fer, des bateaux à vapeur et des télégraphes; de sorte que cette
idée de langue universelle moderne, qui est à peine ébauchée aujouiv
d'hui, ne peut manquer de s'imposer tôt ou tard. Cela est tellement
vrai, qu'autrefois, dans notre France, ou n'apprenait que le latin.,
le grec et le français et qu'aujourd'hui, on sent la nécessité d'intro-
duire l'étude des langues vivantes.* On peut se demander si c'est un
bien, et noua avons peut-être plus de. raison que d'autres de nous le
demander. En Orient, à Constantiuople, en Russie, les personnes qui
sont un peu répandues dans le monde sont obligées de savoir cinq oXfi
six langues, et, quand nous allons à l'étranger, je crois que beaucoup
de Français l'ont éprouvé, on est pris d'un sentiment d'inquiétude,
je ne dirai pas de honte, en se demandant : — mais, est-ce que la
quantité des langues que l'on sait serait une mesure du développe-
ment intellectuel? — Voilà la question qui se pose, à savoir : si la
multiplicité des langues apprises est un bien ou un mal, et s'il ne
serait pas préférable de bien savoir sa langue propre, sa langue ma-
ternelle, la langue avec laquelle on vit et on meurt, et, avec cela, de
posséder, en outre, une langue unique, universelle , internationale,
(Applaudissements). On satisferait ainsi pleinement, par ces deux ex-
pressions de la pensée, au double sentiment qui honore toutes les
nations, celui de la Patrie et celui de l'Humanité. (Bravo I Bravo! Ap-
plaudissements,)
Il y a un mot qui a été prononcé ici, apporté de l'autre bout du
monde, par l'homme distingué que nous avons le bonheur d'avoir par-
mi nous, c'est le mot humanité. Ce mot est né en France; d'autres
peuples le prononcent, c'est nous qui, les premiers, lui avons donné
son sens élevé de solidarité et de continuité humaine, c'est nous qui
l'avons appris aux autres peuples. La langue Française a été pour
ainsi dire, la langue universelle, pourquoi? c'est qu'au-dessus des ques-
tions d'intérêt et de patriotisme étroit, elle a su porter au monde
entier, sur ses ailes légères, les belles et généreuses pensées d'huma-
nité qui font l'honneur et la véritable gloire de notre pays. (Sensa-
tion. Applaudissements.)
Ce sont les idées d'humanité qui ont rendu notre langue universelle,
et la langue française conservera ce caractère de langue universelle,
à condition que les idées étroites ne pénètrent pas dans notre pays.
(Bravo! Bravo!' Vifs applaudissements,) Il y a donc un grand intérêt
dans la haute question qui a été soulevée ici, et qu'il ne faut pas
faire dévier par d'autres questions qui se trouvent en jeu et qui ont
failli apporter quelque trouble dans une salle où il n'y en a jamais eu.
Je dis que cette question est de la plus grande valeur, parce qu'elle
touche au dévelpppement intellectuel de l'humanité. Personne ne contes-
^«•
— 748 —
tera qu'un citoyen n'aime son pays, sa famille, sa langue ; c'est sa per^
sonne même ; il ne peut penser que dans sa langue. Mais, à côté de cela,
il y a les relations humanitaires; et la science qui en est Torgane: à
mesure que l'humanité sera plus instruite, le nombre des savants
augmentera partout. Prenons garde d'être devancés par les autres qui
sont peut-être plus attentifs et plus désireux de s'instruire que nous,
qui vivons pleins de confiance sur un passé intelligent. {Applaudis-
m
semenh,)
Pensons que si, par les efforts d'un grand citoyen de l'humanité, on
trouve un moyon de relations qui soit commun à toutes les populations
de la terre, il sera reçu à bras ouverts par tout le monde, parce qu'il
sera un moyen de communication, de paix et de science ; par conséquent
j'applaudis aux efforts faits dans ce but; qu'ils viennent de Chine, d'An-
gleterre, ou d'ailleurs, cela m'est égal !
Nous ne sommes mus que par cette pensée d*avoir une langue com-
mune et de répondre à l'épouvantable légende de la Tour de Babel, qui
a jeté la confusion sur la terre. {Applaudissements prolongés.)
M. LE Président. — M. Casalonga a la parole.
M. Casalonga. M. le Président, il est bien tard, et par suite de l'im-
pression que vient de produire M. Cotard sur l'Assemblée, je crois que,
si j'abusais de la parole, je perdrais une excellente occasion de me
taire.
J'aurais voulu cependant dire quelques mots, pour ne pas laisser
tomber complètement dans l'oubli la mémoire de Sudre; il me semble
que, dans cette discussion, on ne s'est pas assez occupé de cet inven-
teur. Depuis 1827 jusqu'à 1867, toutes les classes de l'Institut de
France, plusieurs commissions d'offîciers généraux, diverses Acadé-
mies, plusieurs Jurys d'Exposition, à Paris en 1855, à Londres en 1862,
La Société d'Encouragement, le Ministère de l'Instruction publique,
n'ont cessé de décerner des éloges, des encouragements, et jusqu'à un
prix de 10,000 francs à la méthode de Sudre : et je m'imagine que si
cet inventeur eût été vivant, et présent ici ce soir, il eût défendu avec
succès cette langue universelle qu'il avait si bien combinée et perfec-
tionnée, et dont un Dictionnaire existe dans plusieurs bibliothèques de
l'État.
Je regrette qu'il n'y ait pas ici quoiqu'un de ses élèves pour défendre
sa méthode, comme j'ai essayé de le faire la dernière fois. J'avais
pris alors la parole, comme aujourd'hui, à la fin de la séance, et je
n*ai pu entrer dans de longs développements. Le peu que je connais
de cette langue me permet de croire qu'elle mérite une sérieusse atten-
tion et qu'elle répond avec succès aux critiques qui ont été adressées
au Volapiik et à la langue de M. Maldaut.
Sudre adopte un alphabet simple : les sept notes de la musique ; et,
en ce qui concerne le nombre de combinaisons auxc^uelles ces sept
— 749 -
not«8 peuvent doDDer lieu, il est plus q
ckhoiTs disait que son dictionnaire coiu]
Je crois que ce système de Sudre pourri
gâtions d'une langue universelle. — J'aui
mais l'heure est avancée, je ne veux pas
l'Assemblée en continuant.
M. LK Pbésidkht. — Dans tous les cas, c
eue M. Casalonga de parler & la an de
Sudre, puisque c'est la langue de l'harm
cette pensée doit contribuer à effacer I
produites sur notre mer, habituellement i
(Applaudùsemenit.)
Je demande la permission de remercier
prendre part à la discussion, et de rem
Il ne d'agit, dans la question soulevée, n
de science, et surtout d'industrie et de c
Si la langue universelle parvient jami
ordre de conceptions, qu'elle sera utile t
La séance est levée à onze heures et
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MÉMOIRES
ET
COMPTE RENDU DES TR^
DE LA
SOCIÉTÉ DES IHQÉNXEUBS CIVILS
DÉCEMBRE 1885
Sommaire des st^aoccs du mois de di^cembre :
i" Souscription officielle de la Société pour IV'rectic
tue à Denis Papin, dans la Cour d'honneur du Conse
Arts et Métiers [séance du 4 décembre, page 755).
2" Souscription spontanée dps membres de la Socié
victimes de la catastrophe de Chancelade (séance du i
page 756).
3° Communication de M. A. Bonnet sur l'organi;
service mécanique du nouvel Hôtel des Postes {séance i
bre, pages 7S6 à 760).
4" Observation de M. A. Quéruel sur la communie;
dente (séance du 4 décembre, page 760).
5" Exposé de la situation financière de la Société,
Loustaa, trésorier (séance du 18 décembre, pages 762
— 754 —
6^ Election des membres du Bureau et du Comité pour TanBee
1886 (séance du 18 décembroi page 766).
Pendant le mois de décembre, la Société a reçu :
1° Du Ministère des Travaux publics, un exemplaire do VAlbwn
de staiistique graphique pour 1884.
2*^ De M. Ernest Polonceau, membre de la Société, un exem-
plaire du Catalogue des objets exposés dans le pavillon de la Société
autrichienne-hongroise privilégiée des chemins de fer de TEtat, à
l'exposition internationale de 1885, à Budapest.
3° De M. Hersent, membre de la Société, un album do photo-
graphies représentant les nouvelles installations maritimes d'An-
vers, dans Tordre de leur développement, de 1877 à 1884;
4" De M. Hauet, membre de la Société, un exemplaire de sa
Note sur le Chemin de fer de grande ceinture de Paris ;
5^ De M. 0. Keller, ingénieur des Mines, un exemplaire de son
Exposé des résultats de l'enquête concernant Idge et la durée du ser-
vice des mineurs et un exemplaire de son Rapport à M. le Ministre
des Travaux publics sur la statistique des caisses de secours pour les
mineurs et des autres institutions de prévoyance ayant fonctionné sur
les houillères en 1882 ;
6^ De M. Melon, membre de la Société, deux, exemplaires de sa
Note sur la ventilation des ateliers industriels au moyen de l'aéro-
phore :
7° De la Société technique de l'industrie du gaz en France, un
exemplaire du compte rendu du douzième Congrès, tenu les 16 et
17 juin 1885, à Bordeaux ;
8° De M. Lucien Wyse, membre de la Société, un exemplaire
de son ouvrage sur le Canal de Panama ;
9° De M. Georges Bianchi, membre de la Société, un Mémoire
relatif à la barre de Rio-Grande du sud (Brésil) ;
10** De M. Parent, membre de la Société, un exemplaire de
l'ouvrage M. le docteur ^Paul Redard, médecin en chef des che-
mins de fer de TÉtat, sur la désinfection des wagons ayant servi
au transport des animaux.
Kir*'-.
RESUME
DES
PROCÈS -VERBAUX DES SÉANCES
DU MOIS DE DÉCEMBRE 1885
séance de 4 iftéeemlire ISSS
Présidence de M. de Combeagussie
La séance est ouverte à huit heures et. demie.
Le procès verbal do la séance du 20 novembre est adopté.
M. LE Présibbnt annonce que M. Greiuer a été nommé officier de
l'ordre de Léopold.
Il signale parmi les ouvrages envoyés à la Société :
Un exemplaire de V Album de staiisiique graphique pour 1884, adressé
par le ministère des travaux publics;
Un exemplaire du catalogue des objets exposés dans le pavillon de
la Société autrichienne-hongroise privilégiée des chemins de fer de
rÉtat, à l'Exposition internationale de 1885, à Budapest, adressé par
M. Ernest Polonceau, membre de la Société;
Un exemplaire d'une \ote sur le chemin de fer de grande cetnlure, de
Pari», par M. A. Hauet, membre de la Société.
On trouvera plus loin le détail des dons faits à la Société.
M. LE Peésident croit devoir faire part à la Société du très beau
cadeau que vient de lui offrir M. Hersent. Il a bien voulu faire ras-
»embler pour nous les photographies admirablement venues de tout
ce qui concerne les installations maritimes d'Anvers , depuis le com-
mencement des travaux jusqu'à leur achèvement.
Ces photographies sont renfermées dans un magniâque album (jui
restera à la bibliothèque, où tous nos collègues pourront venir l'admi-
rer. (Très bien! très bien! Applaudissements,)
M. LE Président veut dire encore à la Société que, à la suite d'une
s«
— 7o6 —
lettre qui nous a été adressée à la fois par M. Féray, sénateur, pn^si-
dent de la Chambre syndicale des Mécaniciens , et par M. Laussedai.
notre collègue, Directeur du Conservatoire national des Arts et Métiers
et membre honoraire de la Société , il a été décidé que la Sociéi»?
souscrirait une somme de 500 francs pour l'érection d'une statue à
Denis Papin, dans la Cour d*honneur du Conservatoire. Nous avons
déjà souscrit une somme de 500 francs pour l'érection d^une statue :»
Nicolas Leblanc, dans renfoncement de gauche de la cour d^honneur;
il restait une place libre, à droite; il fallait combler cette lacune, on
choisissant la gloire française la mieux appropriée. On avait élevé une
statue à un grand chimiste sacrifié, il était naturel dVn élever une à
un grand mécanicien malheureux.
M. Aimé Millet a bien voulu donner Pautorisation de faire une s«*-
conde coulée du bronze qui se trouve vers le haut du grand escalier
de la ville de Blois ; et cette somme de 500 francs que nous souscri-
vons contribuera à donner à la Cour d'honneur du Conservatoire, cet
aspect artistique que nous serons heureux d'admirer quand nous irons
contempler ces deux grandes gloires françaises.
M. LE Président a enfin un vœu à présenter à la Société à propos
de l'accident de Chancelade, dont nous nous sommes déjà entretenus.
Il y a deux séances, nous avions suivi un premier mouvement, après
les paroles émues de M. Durupt, et j'avais dit : faisons une collecte.
Un membre avait pensé alors que le Comité pouvait intervenir et faire
participer la Société à cette œuvre. Je m'étais arrêté à cette solution
par respect pour le Comité; mais, rentré chez moi, jVi compris que jo
m'étais laissé entraîner un peu trop loin ; car le Comité a la garde de
la caisse de la Société, et nos ressources seraient bien vite épuisées, si
nous entrions dans cette voie. Le Comité a bien voulu adopter un
moyen terme et autoriser, pour aujourd'hui seulement, une souscrip-
tion, dont M. Husquin de Rhéville, notre secrétaire-archiviste , ouvrira
la liste à son bureau. Ceux des membres qui avaient voulu apporter
leur obole, s'inscriront après la séance. Il n'y aura rien de personnel,
et nous avons prié M. Durupt d'adresser enPérigord la somme recueillie,
comme collecte faite à la Société des Ingénieurs Civils. Le Comité a
jugé, avec raison, que c'était la meilleure manière de faire participer
la Société à cette œuvre de générosité. Nous avons songé à la gloire eu
souscrivant pour Denis Papin ; je crois que la Société voudra bien son-
ger aujourd'hui aux malheureux qui, eux, n'ont pas la gloire pour se
consoler dans leur détresse. {Bravo! Applaudissements.)
M. LE Président. — L'ordre du jour appelle la communication do
M. Bonnet sur l'organisation et le service mécanique du nouvel Hôî<"l
des Postes, faisant suite à la communication de M. Guadet, qui, à la
séance du 20 novembre, nous a exposé la partie esthétique avec lam-
— 7S7 —
pleur que voue avez appréciée. M. Bonnet va noua faire l'e:
toute la partie ménaniquc, dont la coDcoption lui appartient.
M. Bonnet à la parole.
M. BoNNKT rend hommage au talent de M. tiuadet, l'émine
teote, qui a bien voulu osposer lui-même les idées généralof
prOsidé à l'établissement du projet de reconstruction du nou\
des Postes.
M. BoNNBT rappelle qne, pour diverses raisons qui ont été d
lus services ont dû être superposés, de là obligation de Te
moyens puissants pour envoyer les produits postaux aux diver
Les dispositions mécaniques employées sont considépi-es par M
comme la véritable clef do toute l'orp:anisatiou.
Lea cori'esiwridanccs sont divisées en « périodiijues » et a
dément. »
Pour les. p'I'riodiques, il y a un premier classement fait par
nislrations qui expédient les imprimés. Ce classement doit <
.•:ervé et il faut dos appareils spéciaux pour opérer la desc
Imllots qui doivent recevoir lo timbrage dans les salles du so
Du sous-sol, les périodiques doivent être expédiées au pren
où se fait le « départ. »
Le troisième étage doit être réservé aux périodiques pour
soins dos dépôts du matériel et du service spécial du jour de
Le " transbordement •> n'a d'envois à faire qu'au premier
au deuxième étage. Le point de dépari est le rez-de-chaussét
vent les tîlburya et fourgons do la poste.
La distance des deux services est de 40"" ,60.
M. Bonnet fait remarquer que la transmission du travail d
ces deux points se fera facilement , si l'on peut disposer i
entre le transbordement et les périodiques. Il n'en est pas aii
Les machines des. services de l'hôtol ne sont pas les seul
voir dans l'installation, il y a à ajouter les machines du aerv
matique et les machines motrices des dynamos quand le uoi
sera éclairé à la lumière électrique.
La grande façade de la rue Etienne-Marcel a seule permi
contrer les conditions indispensables au groupement des ser
teurs.
Il résulte du choix Imposé à cet emplacement qu'il y a un»
de
de la salle des machines au transbordement, ce qui porte à
M" M
la distance de cette même salle des machines aux périodiqu
— 758 —
M. Bonnet indique qu'en plus des services des périodiques et du
transbordement, il faut assurer les services de Peau dans l'hôtel.
L'eau de POurcq est fournie gratuitement par la Compagnie générale
des eaux. Le niveau statique est très variable , suivant les heures de
la journée; mais, dans tous les cas, ce nivean ne permet pas d^aii-
menter directement le premier étage, et par suite le deuxième et le
troisième étage ; il y a lieu d'établir des pompes pour envoyer cett«
eau de TOurcq dans les réservoirs établis dans les combles.
Le service d'incendie est assuré indépendamment du service inté-
rieur par des conduites spéciales branchées directement sur le réseau
de la Ville.
Le sous-sol ne peut verser directement à Tégout les eaux-vannes
du sou8*8ol ; ces eaux doivent être réunies dans une citerne et de là
enlevées par des pompes qui les déversent dans l'égout de la rue
Etienne-Marcel.
M. Bonnet passe ensuite à la détermination du travail moteur né-
cessaire :
1** Aux élévateurs des périodiques et du transbordement;
2® Aux services des eaux.
1® Travail des élévateurs, — Lorsqu'il s'est agi de fixer les chiffres
devant servir à établir le projet définitif, on a demandé à la Direc-
tion des Postes le mouvement de détail des produits postaux pendant
vingt-quatre heures. Les résultats des essais qui ont été faits ont servi
à établir des graphiques qui sont mis sous les yeux des membres de
la Société.
Les unités de temps et de quantités qui oiit été choisies sont les
suivantes :
Le quart d'heure pour le temps ; le panier d'un modèle spécial sur
roulettes pour les quantités.
Le chargement maximum d'un panier est de 170 kilogrammes , ce
qui constitue un poid brut, panier et chargement, de 200 kilogrammes.
De ces graphiques, il résulte que le maximum de travail se produit
pour le soir de 6'Sl5' à 6**, 30' au moment du départ des courriers; sa
valeur est de
581 kilogrammètres par seconde.
On peut remarquer que c'est le service du transbordement qut a la
plus grande importance, à la Poste.
2® Travail des services des eaux.
En ce qui concerne l'eau d'Ourcq, d'après les niveaux qu'il s'agit de
desservir, le travail se trouve être calculé de
9 chevaux environ sur l'arbre de la machine motrice.
(les eAnx-vaDQes, le calcul ne donoe que
1 cheval euviron,
La puissaDcc de la machiae motrice est alora déterminé'
coDsidératioDS suivantes.
Le service des élévateurs demande :
1 381 kilogram mètres par seconde, non compris aucun terme
ment.
L'administration a cru devoir prendre un coefficient de séc
à 2 en doublant toat le matériel et en exigeant les essais
semble.
On a donc 45 chevaux utiles et, avec un rendement de ffO
90 chevaux sur l'arbre.
Avec le service des pompes, la puissance totale est de
90 -f 9 + 1 = 100 chevaux.
H. BoNNKT passe ensuite à l'examen du mode de transmis!
puissance motrice aux élévateurs qui sont situés aux distances i
et dl*>,82 de la salle des machines. Après avoir discuté lei
connus aujourd'hui et employés industriellement, il conclut â
de l'eau sous pression de 30 kilogrammes par centimètre cari
11 indique ensuite le programme qui a été imposé par l'ad
tion pour l'établissement des machines et des pompes, ainsi
les élévateurs.
Pour les machines motrices, l'emplacement disponible a dét
groupement du système.
Les accumulateurs de pression sont dans la chambre des ii
ce qui a conduit à adopter deux étages pour l'ensemble des p
dos machines. Les pompes «ont en batterie et en partie plac
la passerelle du service des machines.
Les conditions de marche intermittente , résultant des gra
indiquent que la mise en route doit Hrc facile en tous les poi
course des pistons. On est donc amené à constituer chaque g
deux machines Jumelles avec manivelles à 90° agissant sur u
arbre.
11 y a quatre pompes à mettre en mouvement par une c(
directe; la dispositiou, qui se présente naturellement comme
un groupement facile et symétrique, est celle qui serait formée
machines Compound, chacun des quatre cylindres comman
pompe.
Les machines sont du système Woolf, les petits cylindre
[laut les pompes de compression de l'eau motrice des élevât
— 760 —
^ands cylindres donnant le mouvement aux poj;npe3 de l'eau d'Ourefi
et d'eiiux-vannes.
La pression de la vapeur à l'entrée des cylindres est de 8 kilo-
grammes par centimètre carré.
Il y a deux groupes semblables afin de constituer un rechange en
cas d\accident.
Les accumulateurs peuvent fournir Teau nécessaire au fonctionnement
des élévateurs pendant 3 minutes 30 secondes , temps pendant lequel
Tun des groupes peut être mis eu route s'il arrive un accident à Tautre
groupe.
L'eau de condensation doit être rejetée aux égouts à la tempéra-
ture de 30* centigrades ; elle est fournie par un puits artésien foré par
l'administration des Beaux-Arts (Rires. Pourquoi les Beaux-Aris ?).
M. Bonnet. — C'est l'administration des Beaux-Arts qui est chargée
de la construction et de Tinstallation de THôtel, et Tadministration des
postes et des télégraphes rec-oit THôtel construit, complètement installa
et prêt à fonctionner, clefs en mains. Voilà la véritable situation.
M. Bonnet explique ensuite, sur les dessins exposés devant les mem-
bres de la Société, les détails de la canalisation dans la chambre des
machines, puis il passe à la description des élévateurs des périodiques
ot du transbordement, et des dispositions spéciales qui ont été adop-
tées, pour le service même et pour la sécurité des employés des postes.
M. Bonnet termine en donnant tous les détails de Tingénieuse appli-
cation du frein Mégy, faite par MM. Sautter et Lemonnicr, pour opé-
rer la descente des ballots remis aux comptoirs des périodiques, sans
modifier le classement fait par les administrations qui envoient les im-
primés ou échantillons (Applaudissements),
M. LB Président remercie M. Bonnet de sa très intéressante com-
munication, qui complète colle que M. Guadet a bien voulu faire. Il y
aurait certainement lieu de demander des explications et d'ouvrir une
discussion sur ce sujet ; mais cette discussion sera beaucoup plus précise
quand, sous la conduite de MM. Guadet et Bonnet, nous aurons visité
l'Hôtel des Postes ; de sorte que , si quelques membres désiraient de-
mander quelques explications, nous leur donnons rendez-vous à une
séance ultérieure, lorsque la visite aura eu lieu. Cette visite sera d'ail-
leurs annoncée, pour que nous puissions profiter en grand nombre de
cette gracieuseté de M. Guadet. Nous remercierons ensuite M. le Mi-
nistre.
M. QuÉftUEL demande la parole.
M. LE Président. — M. Quéruel a la parole.
M. QuÉRrEL. — Il est certainement désirable qu'il y ait une dis-
cussion sur un sujet aussi complexe et aussi considérable ; mais il est
une question qui peut être posée dès ce moment. Il y a un point qui
- 76i —
a fort étonné M. Quéruel, c'est que M. Bonnet ait pei
machines à vapeur , toiles qu'on peut les construire
maximum de rendement de vapeur soit à dix volun
Cette question a été fort controversée ; M. Quéruel pi
réalisé, depuis sept ou huit ans, des maxima de détent
jusqu'à vingt-cinq volumes. Il lui paraît surprenant qu
soit pas au courant de cet avantage.
M, LB Président dit que M. Quéruel peut faire cei
car tout membre est libre de présenter des observatii
collègne doit être sûr que M. Bonnet est parfaitemen
cette question; et, s'il a employé telle ou telle dispos
bien certainement , il en a pesé tous les avantages et
vénients.
Si M. Quéruel avait dit : Je désirerais que M. Bonm
pourquoi il a adopté tel ou tel système, M. Bonnet po
mais venir dire à brûle-pourpoint : Je suis étonné
n'ait pas eu connaissance de ce perfectionnement, M. le
qu'il est dangereux de parler ainsi.
M- Bonnet veut-il répondre un mot à M. Quéruel ?
M. Bonnet répondra lors de la discussion générale.
M. LB Président. — Nous renvoyons donc ee point
discussion générale. M. Quéruel pourra alors renouve
et M. Bonnet aura, sans aucun doute, une réponse à
Personne n'a d'autre observation à présontep?
Messieurs, nous remercions ei;oorc M. Bonnet , et
nona rendez-vous k une séance ultérieure , lorsque no
le nouvel Hôtel des Postes.
La séance est levée à dix heures et demie.
- 762 -
•éance «ta lA llëceHil»re ISSS,
Présidence de M. de Comberousse
La séance est ouverte à huit heures et demie.
Conformément à rarticle 17 des Statuts, M. le Trésorier donne com-
munication de l'exposé de la situation financière de la Société.
M. LousTAU indique que le nombre des Sociétaires, qui était, au 19
décembre 1884, de 2068
s'est augmenté, par suite de nouvelles admissions, de. . . lOi
2170
A déduire , par suite de décès , démissions et
radiations pendant Tannée 89
Nombre total des Sociétaires au 18 décembre 1885. 2081
Les recettes effectuées pendant Texercice de 1885 se sont élevées à :
l<*Pour le service courant (droits d'admission,
cotisations, locations de salles, intérêts d'obli-
gations, vente de Bulletins, annonces) .... 78 203 81
2" Pour le fonds social inaliénable, 11 exoné-^ \ ^^^
rations 6 600 » 8 399 75/ ^* ^^ '^
3*" 7 dons volontaires 1 799 65)
4° Conversion en espèces de 15 obligations
au porteur provenant du legs Le Roy .... 5 392 20
Il reste à recouvrer en droits d'admission et cotisations*. 1-i SU «
Total de ce qui était dû à la Société. ... 106 819 79
Au 19 décembre 1884, le solde en caisse était ]
de 10 371 55/ .^2 gg g.
Les recettes effectuées pendant Texcrcice
1885 se sont élevées à 91 995 79
A reporter 102 367 34
Report. ......
Les sorties de caisse de l'exercice se sont élevées à :
!• Pour dépenses courantes diverses (impres- \
siOQe,appointements, contributions, assurances, j
affranchissements, inténîts de l'emprunt, etc.). 79 262 09
2" Emploi du fonds du capital inaliénable : \
rem bourse ment de 10 obligations 6 000 »,
Il reste en caisse h, ce jour
D'après le détail de la situation présentée par le Trésor
courant et le capital inaliénable sont constitués de la manii
£t la date du 18 décembre 1883.
L'avoir du fonds courant se compose :
1" De l'encaisse en espèce
2" De 262 obUgationa du Midi, aj'ant coûté
Total du fonds courant
' La Société possède en outre comme fonds social inali
i- En espèces 12 556 22]
2" 19 obligations du Midi, provenant du |
legs Nozo 6 000 .))
3" Un hôtel dont la construction acoftté. . 218 706 90]
sur lequel il reste à payer 9 000 »)
Total de l'avoir de la Société
M. LE PbésIdbnt fait remarquer que le legs Giffabd, enc
16 décembre, ne figure pas dans lo Résumé qui précède.
M. LE Phésident met aux vois l'approbation dos compt
rier ; ces comptes sont approuvés à l'unanimité.
M. LB Phësidbnt remercie m. Loustau de son zèle et de
ment ans intérêts de la Société.
M. LousTAu demande la parole. — Il veut annoncer à l'Âsi
donne sa démission des fonctions do Ti'ésorier qu'il a citer
trente-quatre ans, c'cst-à-dirc depuis 18o1. 11 croit servir le
la Société, en proposant do les confier à un plus jeune qi
recommandant la candidature de M. Hallopeau, dont le mérl
de tous. I Applaudissements.)
M. LB Pbésidkht exprime les regrets que cause à la Soc
gioQ prise par M. Loustau. Il espère que M. LoUstau pi
noua quitter entièrement et noua faire profiter encore de :
et de son dévouement. (Approbation.}
— 764 —
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Il csl ensuite procède au vote pour rélectioii des i
et du Comité pour raniiûc 1886.
Ces élections ont donné le résultat suivant ;
BUREAU
Président :
M.
Hbrsent (Hildevert).
Vke-Présidentx :
Sea
MM
Contamin (Victor).
MM. Bertrand
BrUll (Achille).
Clerc (J,
Eiffel (Gustave).
Vallot (I
Périsse (Sylvain).
Max de
Ti-e
sorier : M. Hallopeau.
COMITÉ
MM
Bonnet (Auguste).
MM. Carimani
Mallet (Anatole).
Armengj
Garnier (Jules).
Buquet i
Lavezzari (Emile).
Badois (
Boistel (Georges).
Flachat
Rey (Louis).
Boudeno
RejmoDd (Francisque).
Reguard
Herscher (Charles).
Moraodi<
Cotard (Charles).
Hauet {1
Salomon (Georges).
Simon (1
L'ASSAINISSEMENT DE TOULON
AVANT-PROJET
DE
M. L'INGÉNIEUR EN CHEF DYRION
Note par M. Alfred Hauet
Lorsqu'en 4884, le choléra désola le midi de la France, faisant
de nombreuses victimes et produisant chez les populations un affo-
lement qui se traduisit, dans certaines villes, par un exode des
habitants, qu'on devait croire incompatible avec notre degré de
civilisation; les médecins et les hygiénistes pensèrent que l'insa-
lubrité de Toulon pouvait bien n'être pas étrangère à l'éclosion et
surtout à la propagation du terrible fléau.
Une commission, sous la présidence du maire, se réunit à Toulon
le 26 juin i885; elle était composée de deux médecins, de sept
ou huit ingénieurs de TÉtat et de trois conseillers municipaux.
C'est à la suite de cette réunion que M. l'ingénieur en chef
Dyrion dressa l'avant-projet dont je vais donner un résumé succinct.
Quelques mots sur Toulon ne seront assurément pas superflus.
On connaît la situation topographique de cette ville sur la côte
de Provence, adossée à des masses calcaires, avec sa grande rade
séparée de la haute mer par la presqu'île de Cépet, reliée à la
terre ferme par l'isthme des Sablettes, de formation récente,
n'ayant que 200 mètres de largeur et 2 mètres de hauteur ; sa
petite rade au nord de laquelle se trouvent ses ports et l'enceinte
fortifiée qui enserre la ville et les établissements militaires.
- 767 -
Toulon n'a que 60 jours de ploie par an et le mî
froid et violent qui balaie la Provence, a'y aoufae
s'il ne pleut pas souvent, les pluies de 0"',04 par hi
pas rares.
La Toulon que nous connaissons date de Louis X.
grosse tour. Q existait déjà cependant à l'époque
j'ai lu quelque part qu'il y avait alors une teinbiret
utilisant le petit coquillage appelé murex.
Henry IV s'intéressa à Toulon, mais c'est Vauban
qoi firent l'enceinte actuelle.
Nous nous rappelons tous les deux fameux sièges
celui de 1707, parce que les femmes aidèrent les
repousser les assiégeants ; — celui de 1793, parce (
mement lié à la fortune naissante de Bonaparte i
.royalistes d'Aix et de Marseille avaient IKré la ville
On nous a appris que Bonaparte qui commanda
par intérim émit l'idée que, pour se rendre maître de
il fallait prendre le fort de l'Eguillette, réputé impre
raconte que ce fut un capitaine d'artillerie du nom de
dans la nuit du 18 décembre, monta à l'assaut pend
épouvantable, surprit les occupants et les chassa, C'
la flotte ennemie.
A l'époque contemporaine, c'est de Toulon que pa
de 600 navires qui alla prendre Alger; c'est à T
qu'on arme les bateaux et qu'on embarque les trou
dans le? mers d'Orient à la conquête de terres nou
donc d'intérêt national de rendre Toulon salubre. W
eu chef Dyrion nous donne les renseignements suiva
salubrité de cette ville.
La population ci^'ile est de 58,000 habitants. La
temps normal est de 33,8 par 1,000 habitants, dont
de fièvre typhoïde. A Londres, pays de brouillard e
elle n'est que de 23 pour mille.
La mortalité d'ensemble pour la population militait
hommes est de 30,30 pour mille, dont 13,20 de Mv
La moyenne des fièvres typhoïdes dans l'armée di
de 3,30. Tottlon, arseual nulitaire, port d'erabarquemiea
- 768 —
a donc, au point de vue du typhus, un coefficient de mortalité
quatre fois plus désavantageux que le reste de la France.
La fièvre typhoïde ne frappe, à Toulon, que les étrangers à la
ville. M. Galliot, médecin de la marine, a démontré qauQc
maladie qui atteint les toulonnais daps leur très jeune âge les
vaccine pour ainsi dire et les met à l'abri du tj'phus.
A l'heure présente, sur S,SOO maisons dont se compose la ville,
à rues généralement très étroites, il y en a 3,000 qui sont complè-
tement dépourvues de tout ce qui constitue Thygiène la plus élé-
mentaire, les 500 autres ont des tinettes ou des cabinets d'aisances.
Les produits nocturnes de ces 3,000 maisons sont jetés au rais-
seau et se rendent partie dans la vieille darse, partie dans les
fossés des fortifications de l'Est.
On voit, sans qu'il soit nécessaire d'insister, ce que doit être
à certains moments l'atmosphère des appartements, celle de la
rue et la qualité de l'eau des puits.
Nous pouvons nous en faire une idée, en été, par les odeurs de
Paris où les bouches d'égout, par un motif que j'ignore, mais
qui doit être bien puissant, ne sont munies nulle part, je crois,
des fermetures hermétiques qu'on rencontre dans quelques villes en
province.
De cette situation de Toulon, M. l'ingénieur en chef Dyrion con-
clut que la chose la plus urgente à faire, c'est de recueillir les
eaux salies et les matières alvines dans une canalisation souter-
raine et de les conduire au loin en mer sans laisser séjourner h^s
unes et les autres ni dans les appartements, ni dans les égouts ;
et, cela fait, ou en cours d'exécution, de s'occuper de Fhaussmani-
sation de la ville.
Je ne vous entretiendrai que de la chose urgente.
Quel système d'égouts convient-il d'établir? C'est la première
question que l'auteur du projet s'est posée à lui-même.
Faut-il des égouts recevant en même temps que les eaux salies
les eaux pluviales ; ou bien doit-on s'en tenir à des égouts recueil-
lant seulement les eaux salies ? C'est à ce deuxième parti que s est
arrêté avec raison M. Dyrion, et Ten semble de son projet peut se
résumer ainsi :
Réunir toutes les eaux salies et matières alvines sur un point Ae
la ville, installer en ce point des pompes puissantes et refouler le
- im —
liquide jusqu'à la mer avec la possibilité d'utiliser tout
liquide pour l'irrigation des terres.
En quel endroit de la côte peut-on rejeter les eau
PI. d09).
A l'est, la plaine de la Garde a une grande étendue,
sont argileux et peu perméables ; d'autre part, le cub^
devrait être déversé à la mer près de Sainte-Margoeri
a des villas nombreuses qui s'accommoderaient mal de (
en outre, les courants renverraient les immondices vei
La plaine, entre Ollioulles et Saint-Nazaire à l'ouest,
bien à une solution technique satisfaisante ; mais ce s
tants de Saint-Nazaire qui se récrient.
Reste une troisième solution, au suj, qui parait la
oelle et que l'auteur du projet adopte parce qu'ell
conditions de refoulement économique etd'évacuatioi
se répandant au large sans incommoder personne. La
14 k. 5 de longueur sans dénirellation bien seusi
PI. 109) viendra aboutir au sud de l'isthme des Sabl<
de la batterie des Fabrégas.
Ce point acquis, il convient de fixer l'emplacement
des pompes.
A la première inspection du plan, il semble que le
doit être choisi, mais en étudiant de près la questio
dérant les altitudes, les profondeurs respectives des ti
conduites; cette opinion première se modifie, d'autant p
la conduite de refoulement principale, ii ; a lieu <
conduit^ de refoulement accidentelle pour les cas extrai
pour l'écoulement des eaux qui arriveront la nuit. Oi
ainsi à faire déboucher cette conduite accidentelle pa
de La Malgue à l'extrémité de l'égout existant au M
la sorte les deux conduites de refoulement formeron
autour de la ville. L'auteur du projet, tous calculs
par raison d'économie, la station des pompes en arrièi
de commerce de la Hbode.
Le problème ainsi posé, les autres inconnues se di
l'aide de données connues ou prévues en chiffres d'une ap
suffisamment voisine de la vérité.
La population de 70,000 habitants comprend 10,000
— 770 —
logent à bord et 10,000 suburbains; c'est donc en réalité
50,000 habitants qu'on doit desservir.
Toulon dispose journellement de 14,000 mètres cubes d'eau ; or,
des expériences faites en 1869 par MM. Mille et Durand-Claye il
résulte que le débit à Textrémité des collecteurs de Paris, est de
0,70 de l'eau distribuée. A Toulon l'évaporation sera plus consi-
dérable ; en admettant néanmoins ce coefficient, on voit qu'il faut
pourvoir à l'enlèvement de 10,000 mètres cubes par jour à la sta-
tion des pompes.
Dans ces conditions, en supposant que les tuyaux couleront à
moitié pleins, en fixant les pentes des collecteurs principaux et
secondaires de façon à assurer une vitesse de 0"*,75 qui permet
aux immondices de parcourir en une heure le trajet qui sépare
l'extrémité du réseau de la station des pompes, M. l'ingénieur
Dyrion donne :
Au collecteur principal, qui part de l'altitude 22'",64 pour aboutir
a celle — 3 mètres, un diamètre intérieur croissant de 0"",20 à 0",625 ;
En divisant la ville par sections de 5 à 6,000 habitants, il donne
aux collecteurs secondaires un diamètre de 0™,20 à 0™,25 avec
des pentes supérieures à0,00o pouvant débiter 20 à 25 litres ;
Aux branchements de canalisation un diamètre ne dépassant
pas 0'"20;
Aux tuyaux de chute 0"™,10, et aux siphons des éviers et des
closets de 0,07 à 0.10.
Les collecteurs principaux sont prévus à 2*", 50 de profondeur
mesurés de la génératrice supérieure des tuyaux.
Les collecteurs secondaires s'y raccordent de façon à obtenir
une chute de la hauteur du diamètre à l'entrée du collecteur
principal.
La canalisation sera formée d'éléments rectilignes, avec regards
à chaque changement de direction espacés entre eux de 60 à
100 mètres en moyenne; ces regards seront recouverts par des
plaques en fonte (Fig. 3, PL 109) percées d'ouvertures concen-
triques qui , grâce à la vitesse de 0^°,75 , formeront appel d'air
entraînant les émanations ; une gouttière en tôle recueiQera les
détritus , sable , etc. , de la rue et les empêchera d'obstruer la
conduite.
Il y aura en outre en tête de chaque collecteur une chambre
— m -
de chasse de 5 mètres cubes, ainsi qu'au droit des
publiques moDumeataies qui assureront une chasse
heures. Des chambres de 500 litres (Fig. 8, PI. 109
à l'extrémité des canalisations de rues qui ne pou:
Yoir l'eau d'un collecteur.
Toutes ces chambres espacées en moyenne de 45(
alimentées par les eaux de la ville, les fontain
pluviales de la toiture d'une maison sur quinze toi
ment dans la canalisation et pouvant prendre la dirt
seau par les pluies exceptionnelles.
Les dimensions des tuyaux déterminées, l'auteur
des considérations générales et locales très étudiée:
conclure qu'on pourra faire usage de tuyaux en
poterie posés au ciment sur certains parcours ; qu
points, il conviendra de poser des tuyaux en pot
dition de faire tous les S mètres des joints en coi
et argile; et enfin, que là où on rencontrera l'eau,
devra être établie en fonte ainsi que celle des coll
Un fait signalé par M. Dyrîon pourrait bien fi
adopter la fonte d'une manière générale.
A Toulon il existe peu d'usines susceptibles d'en"
acides dans les conduites, et les matières alvines e
ront un volume de 50 mètres cubes seulemen
10,000 mètres d'eau.
Le fait signalé est celui-ci : une conduite en i
de diamètre sert depuis 25 ans à l'écoulement d'ui
urinoir n'est pas lavé par un filet d'eau, on l'aretiré
intérieurement d'une crasse qui enlevée âmisleméti
voir une usure de 1 millimètre sur le fond seules
l'écoulement; or, ajoute M. Dyrion, ce tuyau a subi
l'influence de tous les sels et acides employés ce
tants pendant les épidémies.
Ainsi que nous l'avons dit 3,000 maisons ayant
étages sont dépourvues de tout récipient à immonc
sales; il ne suffira donc pas d'établir des canalisatio
il faudra encore relier ces canalisations à chacun de
3,000 maisons et d'un certain nombre des 500 autres
de certains appartements est telle qu'on ne peut ins
— 772 —
nets à rintéheur et que les jcttoirs devront être appliqués contre
le mur à Texténeur.
M. Dyrion projette des tuyaux de chute verticaux allant jusqu'à
la toiture pour Taération, avec branchements aux étages et réser-
voirs de chasse (i).
Au bas du collecteur principal à la cote — 3, toutes les eaux
arriveront dans une chambre d'épuration (Fig. 4, PI. 109) divisée
par trois grilles destinées à arrêter les menus détritus de cuisi-
nes, papiers, bouchons, etc., pour aboutir au puits d'aspiration
des pompes dans lequel des boîtes de clapets seront placées suivant
une ligne d'axe.
La conduite de refoulement (Fig. 2, PI. 109) dont nous avons
parlé précédemment en fonte de O'^yOO de diamètre à cordon et
emboîtement avec joints au plomb sera munie de vannes et de ven-
touses. A son extrémité, en avant de la vanne d'arrêt , se trou-
vera un embranchement aboutissant au sommet d'un mamelon de
30 mètres de hauteur.
Cet embranchement sera terminé par une cheminée de 7 mètres
de hauteur qui aura pour effet de régler la pression dans la con-
duite; un flotteur permettra de constater la charge pendant les
irrigations, cette cheminée servira en même temps de soupape de
sûreté.
A l'arrivée à la mer sur 300 mètres la conduite sera plongée
pour atteindre les fonds de 5 mètres ; dans cette partie on emploiera
les tuyaux à joints sphériques (2) du système de notre confrère
Badois (Fig. 5, PI. 109). Le liquide mettra sept heures à faire le
trajet.
Le bâtiment des machines aura 31'"50 sur 24'"50.
Il y aura 3 machines Compound de 60 chevaux sur les pistons,
avec pompes en prolongement de la tige de piston de la machine.
Au sujet de ces machines, M. Dyrion s'exprime textuellement
ainsi dans son rapport :
« Les dimensions des pompes et des machines devront être déter-
(i) M. Cerbelaud, membre de la Société, donne une description de ces chasses
dans les annales de la construction d'Oppcrmann, numéro de juin 1885.
On trouve aussi des détails sur l'application de ces réservoira dans le bulletin
de la Société de mai 1885. Communication de M. P. GaérouU« page 677.
(2) Des applications de ces joints ont été faites à Corinlhe, à Panama, à Evieux
et & Albiy etc., etc.
— 773 —
» minées par le constructeur auquel seront fixées le;
» à remplir. Il convient de lui donner toute liberté i
Néanmoins, M. Dyrion donne un calcul de la mach
données sont :
100 litres montés à 30 mètres (travail maximum à r
une machine,)
Travail en eau monti^e, 40 chevaux,
20 tours par minute,
Travail sur le piston à vapeur 40 x 1 ,50 =60
4,S00 kilogrammètres.
Pression de la chaudière, 5 kilog.,
Introduction dans le petit cylindre, 0,40.
Rapport des surfaces des cylindres, 3.
Je ne parle pas des bâtiments qni rentrent dans les
nus et je ne mentionne que pour mémoire un égoutpc
pluviales à construire sous le boulevard de Strasbourg
type de Berlin (Fig. 10, PI. 109).
En résumé la dépense de construction s'établit ainsi
Canali.-îation 955,69U
Jonctions des mfûsons 78,125
Station des pompes 258,926
Machines 220.000
Conduites de refoulement .... 1,255.343
Egout du boulevard de Strasbourg. 134,638
2,903,725 f
Somme à valoir Vi» environ, , . 296,278
3.200,000 fi
La dépense à faire dans les maisons peut s'élever
cas à 140, 215, 325 et 260 francs, correspondant à i
d'eau annuelle de 6 francs pour les premier et deaxit
de 10 et 15 francs pour le troisième et le quatrième.
Les travaux incombant directement aux propriétaires
monteront à environ 700,000 francs.
— 774 —
Quant aux dépenses annuelles d'exploitation M. Dyrion les fixe
ainsi :
Personnel 23.000 fr.
Charbon 33.000 comprenant 3,500 fr. d'octroi
(à raison de 2,500 kil. par
jour) soit 90 francs.
Divers 42.000
Soit en chiffres ronds 70.000 fr. correspondant à 1 1/2 0/0
de la valeur locative des maisons de la ville.
Un chapitre très intéressant du projet est celui relatif à Tutili-
sation agricole.
M. Dyrion donne d'après le docteur Francklan, la réponse à la
crainte exprimée qu'à la longue les irrigations n'aient des effets
funestes et puissent engendrer des maladies par suite de la pré-
sence de certaines bactéries dans le sevage, j'emploie ce mot usité
chez les Anglais à défaut d'autre équivalent en français: t II a
» été maintes fois constaté en Angleterre que, même infecté par
» le choléra ou la fièvre typhoïde, le sevage n'a jamais, lorsqu'il
» a été employé aux irrigations, transmis de maladie, soit à ceux
» qui vivent sur les terres arrosées, soit à ceux qui en consom-
» ment le produit. »
Le cube de sevage rationnel paraît être de 8,000 mètres par
hectare, M. Dyrion cite ce fait de terres qui ayant reçu 7,500 mè-
tres cubes, ont donné le même produit que d'autres analogues
ayant été recouvertes de 44,000 mètres !
Le prix de la dépense supplémentaire pour élever les eaux dans
les terrains à irriguer, est évalué à 0 fr. 03 le mètre cube, corres-
pondant à une redevance de 220 francs par hectare. Il n'est pas
douteux qu'à ce prix, dit l'auteur du projet, avant un certain nom-
bre d'années, tous les propriétaires intéressés s'empresseront de
demander Teau d'irrigation et on n'aura plus rien à envoyer à la
mer.
Le système que par l'étude et le raisonnement M. l'ingénieur
Dyrion a été amené à adopter pour la réunion des eaux vannes
et matières alvines sur un point déterminé, a beaucoup d'analogie
avec celui qui a été expérimenté avec succès à Paris même, dans
le quartier du Marais, par notre confrère M. E. Pontzen. C'est le
- 775 —
système du colonel Geo, E. Waring dont M.
sait point les ouvrages, système dont la premii
faite à Memphis aux Etats-Unis. Memphis ville
était insalubre à ce point qu'en 1879 la questi
agitée de savoir si on ne la ferait pas disp:
était un foyer d'incubation des épidémies méat
du Mississipi. Dans une brochure de M. Poatzei
la bibliothèque de la Société, on trouve des Aé\
et j'en extrais le principe fondamental du syst
par les quatre points suivants :
1" Emploi pour la construction des égouts de
diamètre, uniquement affectées à l'évacuation
des matières fécales, à l'exclusion des eaux de
2° Ventilation obtenue dans les conduites et
ments en commuuication avec les maisons parti
tain nombre de prises d'air et de cheminées d'
dessus des toits;
3" Communication directe de chaque branchei
la conduite, sans interposition d'aucun diaphra]
meture hydraulique;
4° Lavage journalier des conduites aumoyeD
quelles on utilise l'eau accumule dans des résf
origine d'amont.
Les réservoirs et les chambres de chasse d
ring (Fig. 6 et 7, PI. 109) comme dans celui a
(Fig. 8 et 9), quoique d'un dessin différent, i
même esprit.
Pour mettre à exécution le projet que je vie
incomplètement peut-être, on conçoit qu'il est
des prescriptions administratives. M. Dyrion en i
plet, ainsi que celui du projet de loi qui devn
céder.
Enfin, un dernier chapitre indique les fonnali
d'arriver à la promulgation de la loi à interveni
grâce. — Ces formalités minutieuses sont, jel
de la chose publique; mais il arrive quelquefoi
— 776 —
chargés de les accomplir s^arrêtent plus à la lettre qu'à l'esprit qui
les a dictées. C'est ce qu'on appelle dans le langage courant : les
lenteurs administratives.
En terminant, je crois devoir faire remarquer que le projet de
M. Dyrion est surtout un programme; que cet ingénieur ne préco-
nise nullement le mode d'exécution directe par l'administration et
qu'il semble au contraire faire appel à l'initiative privée ; ce qui
nous parait à nous le système préférable; les ingénieurs de l'Etat
exerçant alors une mission de contrôle, une sorte de magistrature
des travaux publics.
Alors qu'on voit chaque jour au Journal officiel des concessions
de chemins de fer dits d'intérêt local ou colonial, en avance d'un
siècle, peut-être, sur le trafic qu'ils sont appelés à desservir, es-
pérons que l'assainissement de Toulon n'attendra plus longtemps sa
déclaration d'utilité publique.
Octobre 1885.
OBSERVATIONS TECHl
A PKOPOS d'un
MÉKOIRE DE m! L'INGÉNIEUR BQUDENO
BISTRIBCÎM DE LA FiCI iîl)
au moyen de Tàir rs
PAH
M. PIARRON DE MONDE
J'ai In avec un grand intérêt ce mémoire tr
l'autear est en même temps un savant et un ]
Il s'est proposé , avec le concours de M. '.
petite industrie parisienne un moteur 4conomii
basé sur une différence de pression de 3/4 d'à
Pour cela, ces ingénieurs établissent un atelii
une pompe d'extraclion eniretient une pressio
possible, d'un quart d'atmosphère, dans une
rameaux viennent se terminer aux petits mo
dans les chambres des ouvriers.
La force de ces petits moteurs peut descei
cheval, et même au-dessous, suivant les bes
chambre.
Comme c'est l'air atmosphérique lui-même
du moteur, en se détendant et en se refpoidiss
la chambre de l'ouvrier ne peut que s'abaisseï
Ce sera un inconvf^nient pendant l'hiver, ai
rem^'dier par le chauffage ;' mais ce sera ui
;il Voir lo Bnlletin de mars 1885.
— 778 —
même un grand avantage, car il est plus facile do combattre le froid
que la chaleur.
Cette application nouvelle comporte une grande simplicité.
Elle est hygiénique, et rendra certainement service à la petite
industrie parisienne.
Je ne m* étendrai pas davantage sur le côté pratique de la queiMon.
Les observations qui vont suivre sont de Tordre théorique. El
auront trait d'abord au fonctionnement des moteurs en chambre, où,
pour me servir de l'expression de l'auteur, des machines réceptrices,
puis ensuite au fonctionnement de la pompe d'extraction.
Les valeurs et formules, sur lesquelles je baserai mes calculs,
ont été publiées dans deux communications à la Société, en mars et
avril 1881. Je les rappelle ici :
1
a coefficient de dilatation des gaz — ^^^
^ 270
«r pression atmosphérique harmonique par mètre carré. . 10,368^
Poids atomique de Tair, celui de Thydrogène étant i . . i4 40
Poids du mètre cube d'air sous la pression harmonique rs
et à la température o 1*^296
Chaleur spécifique de l'air à pression constante . . ^ -
14. 4U
1280
E équivalent mécanique de la chaleur 5— = 426.6"
Compression des gaz, sans chaleur (loi de Mariette)
p / y V
Compression des eaz, avec chaleur (loi nouvelle) . . . — = ( — J
1° MACHINES RÉCEPTRICES
MM. les ingénieurs Petit et Boudenoot introduisent d'abord Taîr
atmosphérique moteur à pleine pression dans le cylindre de la
machine réceptrice. Il y pénétre ainsi sur une certaine longueur
8 /
arbitraire /; et comme, la longueur totale du cylindre est de — ,
il se détend ensuite sur la longueur — .
3
Dans son calcul, M. Boudenoot suppose que Tair se détend, sans
^ 779 —
suAir aucun refroidissement, et suit par conséquent la lo
dans son mouvement de détente.
Je vais d'abord reprendre ce calcul, dans cette hypot
simplifierai autant que possible, en admettant que la s
du cylindre de la machine réceptrice soit d'un mètre
prenant pour unité de travail la pression atmosphérique
c'est-à-dire 10,368 kilogram mètres.
Soit en général î> sa longueur du cylindre.
Le travail dû à l'introduction à pleine pression d'ui
d'air sera égal à , , . . ,
Celui dû à la détente, sur la longueur X — d, s'
l'intégrale,
7, p «^ y •
dans laquelle p représente la pression de l'air, supposé
quand il occupe le volume y , ou, en d'autres termes,
détendu sur la longueur y. Or, on a, dans ce cas, sui
Mariotte,
p y — i.
L'intégrale précédente peut donc s'écrire ainsi :
.ù
Il convient maintenant de retrancher le travail de la
sion qui est,
eu admettant une pression constante de -r- dans la ca
Le travail total est donc pour un cylindre de longue
un mètre cube d'air atmosphérique :
r = 4 + /jL
= i + I. i —
— 780 —
Pour A = -, on a :
C'est un résultat conforme à celui donné par M. Boudenoot,
page 438, et multiplié par -77-.
Quelle est maintenant la valeur de X qui correspond au maximum
de T?
Elle est donnée par Téquation différentielle,
dT = --- = 0.
Cette valeur est donc X = 4, et le travail correspondant serait
(1'«^) T (maximum) = /. 4.
Il est presque évident a priori que dans un cylindre de 4° ,00 de
longueur, le piston n'arriverait pas à fond de course, la pression de
i
l'air moteur détendu tombant notablement au-dessous d*un -j-,
comme nous le verrons tout à l'heure.
M. Boudenoot a été conduit par l'expérience à limiter la longueur
g
<le son cylindre à -^. Dans ces conditions, le calcul de la formule
(ibis) donne approximativement,
T = 13,530 kilogrammètres ,
résultat théorique qu'il convient de multiplier par 0.45, pour obte-
nir le résultat pratique qui est de 6,076 kilomètres (page 396).
Je vais maintenant établir le calcul du travail de la détente, dans
un cylindre de longueur X, en admettant qu'elle s'effectue sans au-
cun gain de chaleur.
Dans ce cas le premier et le dernier terme de la formule (1)
seront conservés ; mais l'intégrale ne sera pas la même.
La pression p de Tair détendu sur la longueur y, ne sera plus
1 1
— , mais bien -^, attendu que dans le cas considéré les pressions
ne varient plus en raison inverse des volumes, suivant la loi de
Mariette, mais en raison inverse du carré des volumes, suivant
la loi nouvelle. (Voir mes Dialogues sur la Mécanique).
— 781 —
La nouvelle intégrale sera donc,
/>
et la formule doonant le travail total.
\^^^
La longueur À correspondante au niaxim
l'équation différeotinlle,
d'où l'on tire x ^ 2.
Le travail maximum a pour valeur,
(S*") T (maximum) = t —'- —
Celui qu'on obtient avec ta longueur À =
D'après la théorie mécanique de la chalei
un gaz qui sa détend est représenté par I
froid de la détente.
Dans le cas qui nous occupe, lo travail
tente a pour expression mécanique,
Son expression calorifique est
E c B 0,
(j étant le degré de température du froid d
Je puis donc calculer a par l'égalité.
En donnant aux quatre quantités E, c, S
ci-dessus, j'obtiens, tout calcul fait
(3) ô = 270(^|
— 782 —
Pour X = 2, on a e = 136° ; pour X = -q-, o = llb'' 75 ; ot
pour le cas extrême X = 4 , ô = 202® 50.
Le degré de froid de la détente d'un gaz ne peut dans aucun cas
atteindre 270° au-dessous de 0. (Voir le Dialogue n° 16.)
1
Quant à la pression finale; sa valeur est y^ .
PourX = 2, elle est égale à -j-, et le piston arrive alors à la
fin de sa course sans contre-pression.
8 9
Pour X z= -TT- , la pression finale est -^ , et la contre-pressiou
serait, -rrr — = -nT y plus d'un dixième d'atmosphère. Pour le cas
1
extrême de X = 4, la pression finale serait de -j^ et la contre-pres-
sion de -j^ .
Telles sont les indications fournies par la nouvelle théorie sur les
effets de la détente des machines réceptrices.
La pression d'un gaz, qui se détend en vase clos, ne varie pas en
pratique dans la proportion inverse du volume, suivant la loi de
Mariette, par la raison que la chaleur, qui peut être communiquée
au gaz par ses enveloppes, ne saurait compenser le froid de la détente.
Elle varie théoriquement en raison inverse du carré du volume,
suivant la loi nouvelle ; mais en pratique un tel effet ne peut être
réalisé, par la raison que le gaz qui se détend reçoit toujours de ses
enveloppes une certaine quantité de chaleur.
La longueur X la plus favorable, au point de vue pratique, doit
être déterminée par des expériences.
Or, il résulterait des premières expériences de MM . Petit et
Boudenoot. que cette longueur la plus favorable devrait être fixée à
—, c'est-à-dire à 2™.67, pour un cylindre d'un mètre carré de sec-
tion droite.
En d'autres termes, MM. les ingénieurs Petit et Boudenoot pren-
nent un cylindre d'une longueur quelconque ; ils tracent sur sa géné-
ratrice huit divisions égales; ils introduisent l'air atmosphérique
— 783 —
moteur à pleine pression sur lea trois premièi
le laissent se détendre sur les cinq dernières,
g
C'est la détente aux -.
L'appareil théorique comporte le même nom
au lieu d'introduire à pleine pression sur trois
OD introduit sur les quatre premières, et ou la
4
quatre autres. C'est la détente aux ^ (1).
2" MACHINE ASPIRAKT
Le problème à résoudre ici consiste à entn
sation une pression constante d'un quart d'ati
à rejeter au dehors , par un appareil extract
en excès refoulée par tes machines réceptrices
au fur et à mesure que cet excédent se produit
Pour cela, j'admettrai que la canalisation
centrale par un cylindre d'un mètre carré d£
4 mètres de longueur.
Une soupape,' ouvrant de dedans en dehors <
l'atmosphère ambiante, est placée au fond du
Un piston, actionné par un moteur, refoule e
l'intérieur du cjlindre, en augmentant succès
qui finit par atteindre celle de l'atmosphère, l
pape s'ouvre et le piston achèye sa course e
d'air qu'il a comprimée et qu'il rejette dans l'ai
Le calcul de cette machine a été fait par M.
tant que la compression de l'air, dans le cjli
développe aucune chaleur, cet air étant refroit
par des injections d'eau froide .
C'est la compression dans un calorimètre.
(1) M. Boudenoot m'a âcrit i. la date du 36 décembre
dult k modifier le résultat des premières expâriences di
4
rapprocher de la délenle aai ^.
— 784 —
Je vais d* abord reprendre ce calcul en supposant que Ja pression
de la canalisation reste absolument constante.
Quand le piston aura progressé dans le cylindre extracteur sur
une certaine longueur y, la pression p de Tair comprimé et supposé
complètement refroidi sera donnée par la loi de Mariotte :
1
P(4 — Z^)=4X;|=1,
1
soit p = 7
4— y
Le travail de la compression sera :
-^ = /.4-/.(4-j/oi.
4 — y
Mais, yoy limite où Tair comprimé atteint la pression atmosphé-
rique, est donné par l'équation :
4—^0=1, soit 2/o-=3.
L'intégrale ci-dessus aura donc pour valeur,
l.i — U = /.4.
•>
C'est le travail nécessaire pour faire franchir au piston les j de
la longueur du cylindre.
Pour le faire arriver à fond de course, il faut refouler la pression
'atmosphérique sur la longueur d'un mètre, c'est-à-dire développer
un travail égal à 1.
D'autre part, la pression constante de la canalisation a produit
un travail égal à t X 4, c'est-à-dirç égal à i , pendant l'évolution
du piston.
Ce travail devant être compté en moins, on voit en définitive que
le travail total T nécessaire pour rejeter dans l'atmosphère 4 mètres
\
cubes d'air raréfié à la pression t, au moyen d'une pompe dont la
chaleur de compression serait enlevée au fur et à mesure de sa pro-
duction, est précisément :
(4) T = ?7 X /.4 = i .386 X 10,368 = i 4,370 kilo mètre.
C'est le résultat final indiqué par M. Boudenoot (page 409).
— 78S —
Il est à remarquer que le travail de j
à celui de la machine réceptrice dont
gueur 4.
Je vais main
soudre le probl
ci-contre au foi
appliquer la m
Un cylindre
teur est de 4
mètres cubes.
i r
M.
jaêlon cd_
la pression t- <
J'enlève le i
et pour maintei
place ce fond
dont le poids
le vide sera cei
Le problème
le piston masi;
cylindre, en c
pression 73, de manière à forcer la soi
le volume aérien contenu dans le cylinc
Pour obtenir ce résultat, je place sur
additionnel q, dont je déterminerai plus
Condamnons d'abord la soupape s , et
L'équilibre du système sera détruit.
Le piston cd va descendre dans le c;
— + 7 est supérieur à la pression de i'
-r- Il tombera d'une certaine hauteur
■i
s'arrêtera dans une certaine position c'
s'annulera.
En ce moment la pression de l'air
abcd, îora (t + ç) ('4- >'')> confoi
Lussac ; 0 étant le degré de températurt
— 786 —
Le piston cdne pouvant rester en équilibre, dans la position <f d,
puisqu'il est sollicité de bas en haut par une force élastique supé-
rieure à son poids, sera remonté jusqu'à sa position primitive* et
l'air, en se détendant, reviendra à s^ température primitive o.
Puis le piston c d continuera à osciller verticalement entre c d et
c d\
Ce mouvement oscillatoire, qui serait perpétuel, sans les résistan-
ces passives, est la conséquence immédiate de ce grand principe :
Le travail mécanique se transforme^ mais il ne s^anéantit pas .
Voici comment les choses se passeront, si la soupape est condam-
née, quel que soit d'ailleurs le poids additionnel g.
Je vais d'abord analyser ce mouvement oscillatoire.
Soit P la pression de l'air comprimé sous le volume (4 — y),
La loi de Gay-Lussac donne,
La loi nouvelle donne,
(S) P = ,/^-,-
(4 — y)*
En égalant entre elles ces deux valeurs de P, on obtient une pre-
mière équation,
4
(6) • (f+ç)(l + ,(.)=^,
entre les 3 quantités g, j/ et e.
On en obtient une seconde en posant,
(7) Ec80=(J+î)y.
Celle-ci exprime à volonté, suivant le principe fondamental de la
Thermo-Dynamique : ou bien que la chaleur de compression repré*
sente le travail perdu pendant la période de compression, ou bien
que cette même chaleur représente le travail produit par la détente.
Les équations (6) et (1) permettront de déterminer y et 6, pour
une valeur quelconque de q.
Déterminons d'abord ce poids q par la condition,
P = tff.
— 787 —
L'équatioD (b) nous donnera de suite,
Ï = S.
L'équatioD (6) se réduira alors à,
(ï +«) '■' + "> = "■
En reportant cette valeur de -j- + (/ dan
deviendra,
EcSa = — ; .
1 + se
n est facile de voir qae,
EcS_
avec les valeurs données précédemment.
On a donc finalement, pour déterminer o,
•• = rTr«' "»" """' +
La racine positive de cette équation du secon
a a ^ 1 , ce qui donne & ^ -
Ce résultat est conforme à la théorie expusc
qo 15, ou l'on démontre que le degré de cha
d'un gaz, dont le volume est réduit de 2 à 1, e:
L'équation (6) nous donne enfin, en y faisant
.(!+,)==
^- 4*
Ainsi, avec un poids additionnel q = -r-, i
chute du piston c d snr une hauteur de S mèti
— 788 —
i
la température de l'air comprimé au degré — ; et la pression de
cet air échauffé atteindra une atmosphère.
Au moment où la vitesse verticale du piston c d s'annulera en
c' d\ la soupape s s'ouvrira, la pression étant devenue égale de part
et d'autre. Théoriquement cette ouverture de la soupape peut être
remplacée par Tenlèvement du fond a 6 du cylindre.
Alors l'air comprimé ne trouvant plus de point d'appui sur le
fond du cylindre pour remont-er le piston c d, il est clair que ce
piston descendra jusqu'en a 6, en refoulant dans l'atmosphère toute
la quantité d'air contenue dans le cylindre.
On voit ainsi que pour résoudre théoriquement le problème, il
suffit de remonter un poids -^ à la hauteur de 4 mètres, c'est-à-
dire de développer un travail égal à,
(8) T = rar = 10,368 kilogrammètres.
Ce travail est un minimum théorique; et il est à remarquer qu'il
est précisément égal au travail théorique maximum de la machine
réceptrice donné par la formule (2 bis).
Ici se terminent les observations techniques que je tenais à pré-
senter à la Société, au sujet de l'application de l'air raréfié, comme
moteur, pour la petite industrie parisienne.
C'est un complément de l'étude théorique de M. l'ingénieur Bou-
denoot.
NeuiUy, 1) juillet 1885.
APPENDICE
A la séance supplémentaire du 27 novembre 1885» où j'ai eu
l'honneur de donner à la Société un résumé de ce mémoire, M. le
président de Comberousse a donné connaissance d'une lettre de M.
Mékarski dans laquelle cet ingénieur établit les deux propositions
suivantes :
i^ Un kil. d'air agissant à la pression atmosphérique sur un pi^-
iony derrière lequel on entretient une contre^pression (fun quart dai-
— 78Î) —
mosphère, ne fournit ni plus ni moins de travail
quatre atmosphères agissant sur un piston soumi:
pression atmosphérique.
2» Inversement, le même poids d'air pris dans
raréfié à vn quart d'atmostphére et refoulé dans l'
pour cette opération, autant de travail moteur qu
kilogramme d'air atmosphérique refouU dans vne
atmosphères.
Je profite de rintervalle de temps compria
bre 1885 et la mise à l'impression de mon mém
torisation de notre boQorable président de 181
^pendice dans lequel je me propose de discu
les deux propositions de notre collègue, M. M^
En ce qui concerne la première , je suis ci
avis.
En effet, la nouvelle théorie donne pour le tri
d'air atmosphérique dans le cvlindre de la mac
contre-pression d'un quart d'atmosphère.
M ^ ■'' = '-'-}•
L'application de cette théorie à un mètre
comprïmé à 4 atmosphères, dans le cylindre di
avec contre-pression d'une atmosphère, donner
m ^- = «-*-'•
c'est-à-dire un travail quatre fois plus grand.
Donc le travail par kilogramme d'air moteu
le même, dans les deux cas, comme M. Méli
sa première proposition.
Mais en ce qui concerne sa deuxième propo:
lement de son avis.
Dans le cas de l'air raréfié, j'ai démontré qm
Tégalité théorique entre le travail fait à l'usir
vail réalisé par les machines réceptrices, ou
vail minimum de l'usine centrale et le travai
chines réceptrices.
Avec l'air raréfié,quel que soit d'ailleurs le
— 790 —
on peut donc obtenir théoriquement la restitution dans la machine
réceptrice du travail dépensé à l'usine centrale.
Mais cette restitution théorique n'est possible qu'avec l'air raréfié.
Elle est impossible avec l'air comprimé.
Pour le démontrer reportons-nous à Tunique figure de ce mémoire.
C'est un cylindre de 4 mètres de hauteur et dont la section droite
est d'un mètre carré . Sa capacité est donc de 4 mètres cubes.
Quand il est rempli de 4 mètres cubes d'air raréfié au quart, j'ai
démontré qu'il suffisait de développer un travail théorique repré-
senté par 1, pour expulser dans l'atmosphère ambiante ces 4 mètres
cubes, qui se résument en un mètre cube d'air atmosphérique.
Supposons maintenant le cylindre rempli de 4 mètres cubes d'air
atmosphérique, et proposons-nous de réduire les 4 mètres d'air en
un seul, c'est-à-dire d'obtenir un mètre cube d'air comprimé à 4
atmosphères.
Le piston jy de la figure, au-dessus duquel le vide existe, de-
vra être remplacé par le piston ^; et pour obtenir le résultat cher-
ché, il nous faudra placer sur ce piston ^ un piston supplémen-
taire égal à 3 ^.
Le piston total 4 ^, suivant la théorie exposée ci-dessus, des-
cendra dans le cylindre sur une hauteur de 3 mètres, et l'air réduit
au volume d'un mètre cube, s'il conserve intégralement sa chaleur
de compression, se trouvera comprimé à 4Y, suivant la théorie ac-
tuelle,et à 4*, soit 16 atmosphères suivant la théorie nouvelle.
Cette pression sera réduite à 4 atmosphères, d'après la loi de
Mariette, après l'évanouissement intégral de la chaleur due à la
compression.
Ainsi pour obtenir, ou pour employer une expression plus pra-
tique, pour fabriquer un mètre cube d'air comprimé et refroidi à
la pression de 4 atmosphères, il faudrait développer à l'usine cen-
trale un travail représenté par l'élévation du poids 3 r^ à la hau-
teur de 4 mètres, soit un travail égal à 12, puisque nous prenons
ici pour unité le cr kilogramme tre.
Quel sera maintenant le travail théorique restitué à la machine
réceptrice?
Il est donné par la formule (6); et si nous faisons dans cl^U f^^r
mule À = 2, loDgueur correspondant à la
r = 8 — ^ — 2 =
D'où il résulte qu'avec l'emploi de l'f
phères, le travail théorique développera 1
alors que le travail restitué par la macl
que 4.
Ce qui démontre l'inexactitude de ta
M. Mékarski.
Cela du reste se comprend a priori et i
en observant que dans le cas de l'air rar^
pression peut être utilisée pour la proput
sation dans l'atmosphère, tandis que dans
la chaleur de compression ne peut être ul
machine réceptrice, puisqu'elle se perd pi
radiation.
Neuil
EMPLOI DE LA DYNAMITE
POUR LE
SAUTAGE DES GROSSES MINES
PAR
M. G. CERBELAUD
On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, des gigantesques
travaux sous-marins, entrepris dans la rade de New- York, pour
faire sauter les récifs de Hell Gaie (porte de TEnfer), qui ren-
dent la navigation dangereuse en cet endroit.
Les publications teahniques , qui ont donné une description
détaillée de cette opération, nous apprennent que la mine qui a
fait sauter Técueil de Hell Gâte connu sous le nom de Flood-Rock
comportait une charge totale de 137 tonnes environ d'explosif,
divisée en 45,000 cartouches de 3 kilogrammes chacune. Le gé-
néral Newton qui fut chargé de ce remarquable travail est le
même qui se distingua, il y a quelques années, par la destruction
des rochers de Hallets Points voisins de celui de Flood-Rock. Cette
première mine, tirée le 24 septembre 1876, ne contenait que
49,915 livres d'explosif; elle constituait la continuation du travail
de déblaiement sous-marin de Hell-Gale, commencé, il y a déjà
une quarantaine d'années, par un de nos compatriotes , M. Mail-
lefert.
Cet événement a appelé de nouveau l'attention sur les ser\ices
que peuvent rendre, dans les travaux publics , les explosifs mo-
dernes, pour le sautage des mines à forte charge ou grosses mines.
Ces grosses mines sont employées avec succès toutes les fois qu'il
— 793 —
s'agit d'opérer, d'un seul coup et sans projec
de grandes maases de tert-ains. Ajoutons qn
sition de la dynamita employée pour les tra
on peut, comme nous le verrons plus loin, <
sultant de l'explosion en blocs plus ou moic
l'usage auquel on les destine.
Sans parler des mines exceptionnelles, coi
de New-York, il nous a semblé qu'il pourrai
dire quelques mots d'opérations de sautage
modestes, mais où cependant la quantité à't
fois est encore assez considérable pour leurra
mines, et qui, dans tous les cas, se rencontr
la pratique ordinaire des travaux.
L'usage de ces sortes de mines n'est pas,
veauté; et, en France même, nous pouvons (
tranchée de Cerbère (Pyrénées-Orientales) ou
mine chargée de 900 kilogs de dynamite, 1
pour l'extraction des blocs destinés au port
a tiré des mines chargées de d, 400 kilogs do
Quoi qu'il en soit, les (/rosses mines n'étaii
jusqu'à ces dernières années, que l'exception
nant ce procédé tend à entrer de plus en [
courante des grands travaux.
A Panama, par exemple, on a déjà fait sa
mines pour activer l'avancement des trancl
procurer, en même temps, des matériaux de
En Italie, grâce à l'initiative prise par 1(
Xobei , l'emploi des grosses mines s'est rapi
port de Savone, au port de Gênes et dans divi
on en a fait usage.
C'est là que nous choisirons les exemples qi
communication.
Choix de la dynamite à employer. —
grosses mines dont nous voulons parler, dise
l'explosif qu'il convient d'employer pour les
Nous ne referons pas à ce sujet l'histoire d
mération de leurs avantages relativement à
naire. Cette élude est déjà connue de vous, gi
— 794 —
travaux et commanications de nos collègues MM. BruU, Barbe,
Caillaux et Aug. Moreau.
Nous voulons simplement déterminer la raison qui fait préférer
pour le chargement des grosses mines Texplosif désigné sous le nom
de Dynamite n° 3 de Nobel.
La dynamite n* 3 renferme de 20 à 25 0/0 de nitroglycérine
associée à une poudre binaire à base de nitrate. M. BruU donne lâ
composition suivante pour la dynamite n"" 3 fabriquée à Paulille :
Nitrate de soude. . . 70
Charbon 10
Nitroglycérine. ... 20
400
La chaleur d'explosion de cette substance développe 740 calories
et le volume de gaz dégagé est de 370 litres par kilogramme (1).
C'est un explosif à faible teneur en nitroglycérine et à base
active.
L'effet utile obtenu avec cette dynamite employée en grande quan-
tité, est assurément supérieur à celui de la dynamite n'*! (à 73 0/0
de nitroglycérine). Il s'agit, en effet, de soulever une grande masse
de terrain, pour la diviser, la fragmenter, en évitant les projec-
tions, ce que la dynamite n° 4 produirait infailliblement.
Pour nous servir d'une comparaison vulgaire, qui peint bien la
différence d'action des deux dynamites , nous dirons : pour
briser un carreau, il suffit d'un coup de poing, tandis qu'une balle
de revolver le traverserait en n'y faisant qu'un petit trou.
Quelques mots de la théorie de Malher. — Un praticien
autrichien, M. Jules Malher, a flonné, sur l'action produite par les
diverses dynamites, une théorie ingénieuse, qui peut paraître un
peu subtile, mais qui, néanmoins, se vérifie assez bien dans la pra-
tique.
« Les dynamites , dit-il (2), font explosion avec une immense
rapidité, et, dans un temps infiniment court la décomposition des
gaz s'opère, qui se répandent dans toutes les directions avec une
(1) A BrûU, Étude sur la nitroglycérine et la dynamite. (Extrait des mémoires
de la Société des Ingénieurs Civils , 1875).
(2) Jules Malher, La technique de sautage, Vienne 1878.
— 795 —
force QDiforme. Il en résulte qne dans U
doit QQ espace d'explosion sphérique dans
Tait la charge, dont Pentourage immëdîal
quel on voit des fissures radiales et tanj
M La pondre de mine fait explosion plu
. gaz produits agrandissent l'espace de chai
radiales, qui sont progressivement élargit
ultérieurement.
» Dans les mines sautées , on peut o1
vants :
1° La sphère de trituration,
'i° La sphère de dérangement,
3° La sphère de rupture.
» Plus la matière explosive était brisai
— toutes choses égales d'ailleurs, — les
avec un décroissement de la qualité brisa
décroissent les capacités cubiqnes des de
par contre croît la sphère de rupture.
La dynamite n° 3 produira des
une sphère moyenne de dérangement et i
rupture.
n La dynamite n" 1 (1), au contraire, i
plus considérables, un dérangement de la
petite sphère de rupture . La dynamite n'
blocs et ébranlé la cohérence de la masse
les pierres en résultant peuvent sen'ir (
bâtir. La dynamite n'^ i, au contraire, ai
Telles ruptures, réduit par conséquent let
ceaux et ébranlé moins loin.
» Cette différence dans l'effet produit i
deux matières; dans le n° 1 prévaut la qi
dans le numéro 3 le corps absorbant (un
gée mécaniquement). Les fortes dynamii
dynamites n" 4 et 2 , triturent et rompen
de la charge, et leur effet est exactement
et 4 (dynamites faibles) ne triturent que
diat, mais font des ruptures au loin vers 1
;i) La djiiBm[t« d* 1 est tonnâe de 75 0/0 de i
— 796 —
» En un mot, Teffet des dynamites fortes est brisant^ celui des
dynamites faibles poussant.
» Par suite, pour percer ou foncer des puits ou galeries étroi-
tes dont la perforation exige beaucoup de temps et d'argent, les
fortes dynamites sont préférables. En les appliquant exactement,les
plans avoisinants ne seront pas gâtés et les travaux subséquents
faciles.
» Pour l'élargissement de tunnels, pour l'exploitation de pierres
de taille et à bâtir, pour de larges tranchées, on doit préférer les
dynamites moins fortes.
» Pour d'autres corps, il faut aussi d'autres dynamites ; ainsi,
poar faire sauter du bois ou du fer par des cartouches posées li-
brement sur leur surface, on se sert des dynamites les plus fortes,
parce que dans ce cas, on n'a besoin que de la force brisante. En
général, on peut dire, en principe, que, plus il faut de force bri-
sante ou écrasante pour faire sauter une mine, plus forte doit être
la dynamite, et par contre, lorsqu'on n*a en vue qu'une simple dis-
jonction, moins forte doit être la dynamite à employer. »
Description de quelques grosses mines. — Nous arrivons
maintenant à la description des mines italiennes que nous avons
citées plus haut. Nous nous occuperons successivement de la Mine
de Vado, pour les travaux du port de Savone; de la Mine de Gènes,
également pour les travaux du port de cette ville ; et enfin des
mines du Bruciato ei du Lodrino inferiore^ pour la construction dfs
forts dits Pa^so dcl Giovo dans la Ligurie.
1^ Mine de Vado. — L'entreprise Caréna etParodi, qui est
chargée de la construction du nouveau port de Savone, tire les ma-
tériaux nécessaires à ce travail, — c'est-à-dire les blocs et les
pierres, — de la carrière de Bergeggi, située sur le bord de la mer
en face le phare de Vado.
Outre les nombreuses petites mines qu'on creuse dans cette
carrière, on y établit aussi de temps en temps, surtout dans les
endroits où les parois atteignent une certaine hauteur (30 à 50
mètres), de grosses mines qui avaient été, à l'origine, toujours
chargées avec de la poudre noire.
C'est au mois de juillet 1883 qu'on employa pour la première fois
la dynamite peur le sautage d'une de ces gross
ration nécessita l'emploi de 3,000 kilogs de d;
Installation de la mine. — Dans une par
35 à 40 mètres et à 8 mètres au-dessus du nive!
avait d'abord poussé une galerie a & de 16 met
âg. 1 et 2), au bout d» laquelle on avait pratiq
la droite une galerie transversale c d d'une Ion
puis on avait fait un ressaut de 2 mètres au-des
transversale et, de là on avait continué une ga
très de long, dans une direction parallèle à la
16 mètres. A son extrémité, on avait pratiqué i
de 2 mètres de profondeur et de 1",S0 de diamè
comme chambre de mine.
Ainsi, la chambre se trouvait à 4 mètres au
carrière et à tl mètres dans l'intérieur de la ps
une hauteur de 36 mètres au-dessus de la cham1
au-dessus du sol de la carrière. (Fig. 2). La ligi
tance avait, par conséquent, 21 mètres.
La galerie d'accès avait, sur toute sa longuet
bre, 2 mètres de hauteur et l'°,20 de largeur,
sant de beaucoup celles qu'on devrait employé
chambre de mine ne se trouvait pas dans le ro<
une couche sableuse d'environ CiSO le traversai
face, à quelques mètres au-dessous de la galerii
de la partie supérieure descendaient des Ôssun
qui pouvaient faire craindre un échappement dei
l'explosion. En résumé, la mine ne se trouvait
conditions.
Calonl de la charge. — Pour calculer la
mite, on se sert de la formule
dans laquelle P est le poids delà charge en kilo(
de moindre résistance en mètres, et c un coeffi
la nature du terrain et la SQrte de dynamite im
— 798 —
essentiel de le déterminer par quelques expériences préliminaires
et en observant l'effet des premières explosions.
Pour les dynamites faibles, M. Barbe donne pour c les va-
leurs suivantes, qui peuvent servir de termes de comparaison (i) :
Pour une vieille maçonnerie très ferme ... 1 ,00
Pour le grès dur 0,70
Pour le grès tendre 0,45
Pour les roches moins résistantes 0,36
C'est en appliquant la formule précédente au calcul de la charge
de la mine de Vado qu'on détermina le chiffre de 3,000 kilogs in-
diqué plus haut.
Chargement. — La dynamite arrivait sur les lieux dans les
caisses qui servent ordinairement aux expéditions de 'cette matière.
Chaque cuisse contenait un sac paraf j3né renfermant 30 kilogrammes
de dynamite. Le chargement était dans ces circonstances, une opé-
ration très facile. On forma dans la galerie qui conduisait à la cham-
bre de mine, une chaîne d'ouvriers lesquels se passaient entre eux un
sac après l'autre. Le chef mineur se trouvait seul dans la chambre
où il recevait les sacs pour les placer de manière qu'ils fussent bien
adossés aux parois et bien serrés entre eux.
Lorsqu'il y eut une première série de sacs de dynamite sur le
fond de la chambre, on installa juste au centre une amorce de
fulmicoton de 1 mètre de longueur, qui resta debout au milieu et
qu'on mit en communication avec plusieurs capsules qui se troa-
vaient unies, à leur tour, avec un fil électrique et une mèche de
gutta-percha. Cela fait, on continua à remplir tout le vide jusqu'à
ce que la chambre contînt toute sa charge de 3,000 kilogs. Cette
première partie de l'opération, y compris l'amorçage, fut effectuée
en 3 heures.
Bourrage. — L'espace vide qui restait dans la chambre au-
dessus de la charge fut rempli avec des sacs de sable. On fit en-
suite une première clôture consistant dans un mur de ciment pur
de 2",50 de longueur, puis on continua à maçonner la galerie avec
des pierres et du ciment jusqu'à 2 mètres en arrière du ressaut
(1) Barbe, Manuel du Mineur. Paris 1880.
— 799 —
et à partir de là on employa simplement de la maço
pierre sèche jusqu'au point où commençait la traverse,
tre le mur à pierre sèche et la paroi opposée de la galei
intercala, comme dernière résistance, de forts morceaux
La première galerie seule restait donc vide.
Ce travail, tu les dimensions exagérées des galeries et 1
qu'on pouvait avoir que la charge ne vînt à partir par
sionna une dépense considérable de ciment.
Allnmagre. — L'amorce de fulmicoton installée au
la charge avait été mise en communication avec diverses
les unes destinées à enflammer la charge au moyen de l'él
les autres, le cas échéant, par une simple mèche de sûr
protéger les deux âls isolés et les deux mèches de sûi
leur trajet jusqu'au dehors, on les avait introduits dans à
de plomb de S"/" de diamètre.
Tous ces travaux furent exécutés depuis le 5 juillet
8 au matin, jour fixé pour le sautage. Alors, à l'heure
(H heures du matin), en présence d'un grand nombre d'inviti
grand concours de spectateurs, la machine électrique
place et reliée aox fils conducteurs, trois pétards de dynan
nèrent le signal de l'explosion. On imprima une trentaine
à la manivelle de la machine électrique, une légère pre
faite sur le bouton et aussitôt on entendit une détonatio
qui fut suivie du fracas des blocs roulant au bas de la k
Efiëts produits et ooût de l'opération. — L'effel
par l'explosion fut plus considérable qu'on ne l'avait es
sphère de rupture qu'on voulait obtenir avait été circonsc
surface par des piquets. Non seulement la montagne a
jusqu'aux points marqués, mais encore au sommet, elle [
de larges fissures à 15 ou 20 mètres en arrière de la i
La masse détachée comportait environ 20,000 mètres cubi
biais, chiffre répondant aux exigences de l'entreprise. Knfli
projection ne s'était produite.
Pour le sautage de la mine de Vado, la Société de à
qui exploite l'usine d'Avigliana près de Turin, avait traité
avec l'entreprise des travaux, dans les conditions suivant
— 800 —
L'ontreprise avait exécuté tous les travaux préparatoires, c est-
à-diro qu'elle avait établi les galeries d'accès et la chambre de
mine. Tout le reste, savoir : fourniture et transport des matières,
chargement, bourrage, allumage, etc., restait à la charge de la
Société de dynamite, qui endossait en outre la responsabilité de
tous les dommages que l'explosion aurait pu occasionner au maté-
riel de l'entreprise ou aux propriétés voisines. La Société de dy-
namite s'engageait enfin à fournir un minimun de déblais deiS^OOO
mètres cubes (lequel fut largement dépassé, comme nous venons de
le voir). Le tout moyennant la somme de 4,000 francs qui ne
représentait même pas le prix de la charge de 5,500 kilogrammes
de poudre qu'on voulait employer primitivement. Ce prix fait res-
sortir à 0 fr. 20 le mètre cube de déblais produit, sur un total de
20,000 mètres.
2^ Mine de Gtônes. — Le succès delà grosse mine de Vado,
amena, dès le mois d'août 1883, Tentrcprise des travaux du port
de Gênes à traiter avec la Société de dynamite Nobel d'Avigliana
pour le sautage d'une mine encore plus importante.
Installation de la mine. — Les dessins qui accompagnent cette
note (pi. HO, fig. 3, 4, 5 et 6) donnent une idée assez exacte de
la disposition de cette mine. On avait déjà excavé tout le front de
la carrière sur une profondeur variant de 20 à 26 mètres, en lais-
sant seulement debout 8 piliers comme supports. Dans la partie
gauche, les piliers 1, 2, 3 et 4 fSg. 3) étaient tellement affaiblis
qu'ils résistaient à peine à la pression de la montagne surplom-
bante. Cette partie en surplomb visible dans la coupe E F (fig.6),
s'appuyait à gauche sur la montagne et à droite sur le pilier du
milieu n® 5.
A une hauteur de 28 mètres environ ( Fig. 5 j , on poussa la
galerie d^accès horizontalement, mais en formant zigzags, comme
il est indiqué sur le plan. Elle était beaucoup mieux faite qu'à Vado;
ses dimensions (i™,50x0",90) permettaient simplement le passage
d'un homme, et tous les angles étaient exécutés bien rectangulai-
rement. Au bout de cette galerie, on creusa un puits d'un mètre
de diamètre et de 8 mètres de profondeur, qu'on élargit au
fond de manière à obtenir une chambre de mine de 5 mètres
cubes environ.
— 801 —
Chargement et sauta^re- — La charge, calculée
cMcmment, fut axée à 3,000 kilogrammes de dynai
L'opération du chargement fut commencée le 24
était prêt pour le sautage le dimanche 26 août au m;
ment, bourrage, mise de la conduite électrique et
tout avait été exécuté comme à Vado, avec cette sei
qu'au lieu d'une amorce de fulmicoton, on s'était serv
de dynamite-gomme qu'on avait divisée en deux an
au bourrage, une fois la charge de 5,000 kilogs à
mit une série de sacs de sable pour remplir le vide
la chambre de mine, puis on remplit également tout
mètres avec du sable, et arrivé à la galerie d'accu
avec de forts morceaux de bois et avec un chapes
Ensuite, on maçonna la galerie comme à Vado, en p
sur les angles des verrous en bois jusque derrière
angle à 10 mètres de distance à partir du puits.
Le 26 août, à midi, la mine sautait. Le résultat
dépassa toutes les prévisions. Les piquets qu'on aval
marquer le rayon que la mine devait abattre avaieni
traînés par l'éboulement de la montagne qui avait
iO mètres en arrière de la chambre. La sphère de
indiquée sur la figure 3 par les lettres a, b, c, d,
projection n'avait eut lieu.
Le rendement avait atteint l'énorme chiffre de 12'
cubes de déblais ('bloas et pierresj. On ne peut tout*
ce chiffre aucune conclusion sur le prix de revient,
dynamite Nobel ayant exécuté le sautage et fourn
pour la somme totale de 8,000 francs, et de son côt
Ossesia ayant mis à la disposition de la Société de <
le personnel et le matériel nécessaires au chargemen
3° Ulnes du Bruolato et du Lodrino. — Bruci
ne sont pas des localités proprement dites; ce soi
lieux dits, sur lesquels le génie militaire italien étt
ment des forts, casernes, etc. Ils font partie d'un gi
dits « Passo del Giovo, » en Ligurie, dominant V
mer et Sassello dans l'intérieur. — Ces mines ont
Buu..
— 802 —
pour aplanir des collines et se procurer les matériaux nécessai-
res à diverses constructions militaires.
Mine du Bruolato. — Il s'agissait d'excaver et d'aplanir un
monticule représenté en plan et en coupe sur le dessin (pi. 110,
fig. 7 et 8). Ce monticule avait une hauteur totale de 16 mètres
comprise entre les altitudes 602™ et 618". Chaque versant était
limité par des parois presque à pic, présentant des ressaats de
peu de largeur et d*une grande hauteur.
L'excavation devait être exactement limitée au nord et au sud
par deux lignes, distantes d*une vingtaine de mètres, sur lesquelles
on devait établir des murailles. En outre, on avait le plus grand
intérêt à ne pas trop bouleverser la surface à aplanir et qui devait
recevoir ultérieurement des constructions.
La nature du terrain est indiquée dans la coupe A B (fig. 8).
C'est d'abord, en partant du sommet, une légère couche de terre
végétale recouvrant une agglomération de cailloux cimentés na-
turellement. Ce conglomérat devient un véritable poudingue à me-
sure qu'on descend. Le tout traversé de fentes et de bancs de
tuf qui pouvaient malheureusement donner une issue partielle aux
gaz de l'explosion.
On établit le sol de la chambre de raine au niveau 604 mè-
tres, juste au-dessous du sommet du monticule (618 mètres). La
ligne de moindre résistance se trouvait être, par suite, de 14 mè-
tres. La galerie d'accès était analogue à celle de Vado.
La charge théorique, calculée toujours d'après les mêmes prin-
cipes que précédemment était de 1 ,386 kilog. 66. On la porta à
1,500 kilogrammes en raison des nombreuses fentes qui faisaient
craindre un résultat peu satisfaisant.
La composition de l'explosif employé différait un peu de celle
indiquée pour la dynamite n^ 3 de Nobel. Il était formé de :
Mi-partie Ho poudre binaire (nitrate de soude et charbonj,
— 15 nitroglycérine,
Et mi-partie 90 poudre binaire ('nitrate de soude et charbon),
— 10 nitroglycérine.
La charge contenue dans des sacs paraffinés fut disposée comme
dans les mines précédentes. L'amorce était formée par un bloc
(le gélatine explosive (dynami
duquel étaient placées 4 cartoi
fulmicoton destinées à recevoîi
capsules ordinaires, celles-ci t
Le bourrage, d'une longueu:
tilué par un remplissage en I
supérieure de la charge jusqu'
<le la maçonnerie à pierre sèc
lerie qui était fermée par un
L'explosion eut Heu le 15 st
pouvait le désirer. Toutefois, i
au delà de la limite sud. L'éb<
8 eut lieu du coté du versant
d'endroits, la parole^ resta c
reut nuls.
Mine du Lodrlno Inférle
exactement le même que pour
aplanir une zona de terrain d'
tée en plan et en coupes danîi
et 12).
Au sommet, le terrain étaii
064'", là. Au nord, la zone éta
deux grands gradins dont la si
la hauteur moyenne de 05G"',S
titude de 649'"50. L'étendue d
mètres de l'est à l'ouest, et
sud.
Le terrain était formé de tr
ticale. La couche supérieure re
caires très durs mélangés de q
pentine tendre et la couche inl
rocs très fendillés.
Pour obtenir d'un seul coup
poa de faire trois puits de raini
les trois, le niveau 650 mètres
résistance était de 14"I2. La
rection des galeries sont repr^
— 804 —
Les calculs de charge donnèrent les résultats suivants :
Pour le fourneau n° 4 : d.400 kilogrammes qu'on porta à 1,500
kilogrammes pour vaincre les résistances latérales ;
Pour le fourneau n** 2 : 1,386 kilog. 66, qu'on réduisit au con-
traire à 1,300 kilogrammes, car, dans ce cas, il ne s'agissait que
d'obtenir un grand entonnoir entre les fourneaux 1 et 3.
Pour le fourneau n^3, enfin : 1,400 kilogrammes, mais comme
cette charge était destinée à déplacer tout Téperon situé vers la
limite est et formé de roches très dures, elle fut portée à 1,600
kilogrammes. — Soit au total, 4,400 kilogrammes de djnamitede
même composition que pour Bruciato.
Le bourrage et l'amorçage furent aussi les mêmes que pour cette
dernière mine .
L'explosion simultanée des trois charges eu .lieu le 7 octobre 1883.
Elle réussit parfaitement. Le dessin représente la nouvelle forme
du terrain, pour chaque section, après l'explosion. Les effets de
projection furent nuls.
Prix de revient et rendement. — Il n'a pas été possible
pour ces deux mines, de même que pour les précédentes, d'éta-
blir un détail du prix de revient de chaque opération. La fabrique
d'Avigliana n'a eu en effet, à fournir que la dynamite et les acces-
soires nécessaires pour le sautage; les autres travaux de galerie
et de bourrage ayant été exécutés par le génie mQitaire. Mais on
peut affirmer, par l'expérience acquise dans les travaux de sautage
auxquels ceux que nous venons de décrire ont servi de type, que le
prix de revient, sur le carreau de la carrière, des matériaux extraits
au moyen des grosses mines, varie entre 0 fr. 15 et 0 fr. 20 le
mètre cube de déblais produits , lesquels peuvent renfermer jus-
qu'à 80 0/0 de matière utilisable.
Quant au rendement, on peut l'estimer, pour les mines bien éta-
blies, et dans les conditions normales, de 15 à 20 mètres cubti:>
de déblais par kilogramme de dynamite employée.
Conclusions. — H résulte de ce qui précède que l'usage de^
grosses mines dans l'exécution des grands travaux publics est de
nature à faire réaliser une sérieuse économie dans la main-d'œu-
vre et dans Textraction des matériaux de carrière, tout en per-
mettant d'accélérer beauc
sons, il doit être sérieuse
Bd terminant, disons ei
qui, avec ses 45,000 cari
Dne grosse mine, du tjpe
cuper.
On peut se demander ti
n'a pas adopté, pour ce ti
ges en puits et en galerit
la dépense.
La réponse est facile. L
du tout le même que dans
gissait pas, en effet, d'ol
mais bien de débarrasser
truaient, en réduisant ces
possible qui pussent être
dragage. On a dû, pour ce
nombre de centres d'expli
de l'explosif employé, aot
servir de l'expression de ]
gieux travail de perforatic
découper le rocher comm
quel on a pratiqué ensuit)
voir les cartouches.
Bans un cas comme dt
tranchées ou des ports, d
en poussière de redoutable
explosifs modernes, et en
blés d'assurer pratiqueme
Il nous a paru, par su:
occasion de rendre encore 1
fred Nobel, qui, le premie
râbles mojens d'action, a
se trouvent aussi plusieur
ment contribué à en génc
NOXIOE
SUR LA
SOCIÉTÉ DES INGÉNIEURS CIVILS
PAR
M. A.-C. BENOIT-DUPORTAIL
A la suite de la mort de mon camarade de promotion et ami
Louis Richard, qui a eu l'honneur d'être Président de la Sociét<^
en 4876, Tidée m'est venue de voir combien nous avons perdu
de nos camarades et combien il reste de survivants, dont les plus
jeunes ont maintenant soixante-un ans. Le nombre des morts de
la promotion d844 de l'École Centrale est de dix-sept et celui des
survivants de vingt-neuf, sur un total de quarante-six, c'est-à-
dire que le tiers d'entre nous, plus deux, manque à Tappel.
En faisant le même relevé pour la première promotion de la
Société, la promotion de 1848, dont je fais partie, on trouve que»
sur les cent trente-cinq sociétaires admis définitivement à cette
époque et qui figurent sur l'Annuaire, la mort en a enlevé soixante-
dix-neuf, soit cinquante-huit et demi pour cent, et qu'il n'en reste
que cinquante-six, soit quarante -un et demi pour cent.
Cette forte proportion de mortalité pour les fondateurs de la
Société s'explique très bien par ce fait que nous étions tous de
tout jeunes gens en sortant de l'École Centrale, tandis qu'une
grande partie des fondateurs de la Société étaient déjà des hommes
faits et quelques-uns même des vieillards il y a trente-sept ans.
Mes souvenirs sa reportant ainsi à l'origine de la Société, j'ai
pensé qu'il ne serait pas hors de propos, non pas de faire son
- 807 —
histoire, raaia uae notice sur son origine,
loppements, au moyen des notes que je
eu l'honneur d'en être membre dès le p
seignements très intéressants qui nous
présidents, MM. Eugène Flachat, Emile :
ORIGINE DE L\ S0(
Lors de la Révolution de février 184
Centrale se sont demandé, comme cela
circonstance, oc qu'allait devenir rÉcoU
profession d'Ingénieur civil et quel se
nouvelle organisation sociale qui se prépi
Un grand nombre d'entre eux penser
moment était venu de se grouper fortemt
nitivement une Société des Ingénieurs so
comme on avait déjà tenté bien des fois,
faire.
C'est le 4 mars 1848, romme l'ont rap|
19 juin 188îi, nos Présidents, MM. Emile
pousse, que MM. Alcan, Ch. Gallon, Fau;
sont rencontrés sur la place de l'Hôtel-de-
)a Société, ont dit : Cela sera.
MM. Alquié, Arson, Aleiçis Barrault,
Bois, Blard, Boudsot, Bricogne, Chabrier,
Clémandot, Deligny, Forquenot, Ganneron,
Loustau, Félix Mathias, de Montcarville, I
Polonceau, Francis Pottier, Priestley, Scri
Yvon-Villarceau et un grand nombre d'ai
avec empressement.
— 808 —
ORGANISATION PROVISOIRE, PREMIERS STATUTS.
Une Assemblée générale eut lieu immédiatement dans un des
amphithéâtres de l'École Centrale, avec Tassentiment de M. Lavallée
et du Conseil de l'École.
Le bureau provisoire, composé de :
MM. Ch. Callon, président;
Faure, secrétaire-rapporteur ;
C. Laurens;
A. BouSsot;
et F. Scribe,
fut autorisé à s'adjoindre un certain nombre de camarades pour
rédiger un projet de statuts qui fut présenté le H mars à une
seconde Assemblée générale tenue également à l'École Centrale.
Les membres adjoints étaient : MM. Alquié, Arson, Blard,
V. Bois, Bricogne, Ganneron , de Montcarville , Nozo et Yvon-
Villarceau.
Un certain nombre de membres, animés d'un esprit libéral dont
nous n'avons qu'à nous féliciter, firent observer que, indépendam-
ment des anciens élèves de l'Ecole Centrale, il y avait d'autres
Ingénieurs distingués qui honoraient notre profession et qui étaient
d'ailleurs animés pour l'Ecole des sentiments les plus sympathiques;
et ils proposèrent de les admettre également, ce qui fut adopté.
Il y a lieu de remarquer que cette disposition qui faisait de la
Société des Ingénieurs civils une grande Société savante et indus-
trielle, lui ôtait une partie des caractères d'ime association amicale
et a retardé de quatorze ans la création de celle-ci.
On avait proposé aussi d'admettre les Ingénieurs des Ponts et
Chaussées et des Mines ; mais les plus distingués d'entre nous, tout
en reconnaissant qu'il y avait parmi eux beaucoup d'hommes de
mérite, furent d'avis qu'il ne convenait de recevoir parmi nous que
ceux qui auraient quitté le service de l'État, à cause de la nature
même des fonctions de ceux qui sont chargés d'exercer un contrôle
gouvernemental et une sorte de juridiction sur les Chemins de fer
et sur l'Industrie en général ; ils pensaient avec raison que la
— «09 -
situation de ces derniers créerait néces
cultes poar tout le monde. Leur opini
que L'on n'admettrait pas comme memi
nieurs des Ponts et- Chaussées et des
quelle que fit la sympathie que l'on pi
lemeot.
11 a, du reste, été bien entendu que ]
seulement de recevoir, mais même d
lorsque l'ordre du jour appellerait de:
pourraient les intéresser, soit, récipro
à faire des communications qui nous h
que les choses se sont toujours passéf
Le titre primitif de la Société, insc
était :
Société Centrale des Ingénieurs Ci
élèves do l'École Centrale des Arts el
ORGANISATION Dl
Par suite de la décision prise le 11
furent faites près de MM. Eugène et j
Goiiin, Grouvelle, Houel, Pépin Le
Servel, Vuigner et d'autres encore i
de faire partie de la Société.
11 Lo Bureau et le Comité définitif oi
» au scrutin de liste, et ont ét<^ et
» vante :
Il Membres du Bi
» MM. Eugène Flachat, Président
» Vice-Présidents ; Victor Bois et Se
« Trésorier.
1) Membres du C
)• MM. Boudsot, Alcan, Pétiet, Laai
» Grouvelle, Paul Séguin. »
(1) Voirie compte rendu d* 1 de 1tU8.
— 810 —
Le Bureau et le Comité se sont constitués le 30 mars.
Le titre de la Socif^té a été modifié comme suit, par suite de
la nouvelle organisation:
«Société Centrale des Ingénieurs Civils, fondée le 4 mars 1848. >
Le mot Centrale a été supprimé à partir du 1"^ janvier 4850.
Les membres de la Société ayant des origines diverses, nos
réunions ne pouvaient plus avoir lieu à l'École centrale ; la Société
n'eut pas de siège pendant quelque temps et le compte rendu
no i de 1848 porte, page 9, les mentions suivantes :
(' toutes les communications doivent être adress^^es
» franco, pour ce qui concerne la discussion des questions étudiées
» par la Société, ainsi que les demandes d'admission , à M. Victor
» Bois, secrétaire, place du Havre n° 14.
» 2° Pour ce qui concerne les procès-verbaux et les vacances
» intéressant les membres de la Société, à M. Scribe, secrétaire.
» rue Blanche, 29.
» Les cotisations doivent être adressées franco à M. Priestley,
» trésorier, rue Pavée-au-Marais, n** 3. »
La Société se réunit successivement à la Société d'Encourage-
ment, alors rue du Bac, au manège de la rue Duphot, rue des
Bons-Enfants, à Tlmprimerie Chaix, 20, rue Bergère.
Cet état de choses ne pouvait être que provisoire : il n'était
pas possible que la Société restât nomade, comme elle l'était, et
que nos archives fussent disséminées en plusieurs points, au domi-
cile personnel de certains membres.
Aussi, dès que le Bureau se fut entendu avec M. CKaix, le
siège de la Société a été établi à son imprimerie, rue Bergère,
n^ 20, comme on le voit snr la couverture du second cahier.
Avant d'aller plus loin, il importe de remarquer que, bien qu'un
certahi nombre d'Ingénieurs éminents, on peut même dire illustres,
d'origines diverses, aient eu une part considérable dans le déve-
loppement de la Société, presque depuis son origine, néanmoins
sa fondation est due exclusivement, comme on le voit par ce qui
précède, aux anciens élèves de l'École Centrale qui, animés d'un
esprit libéral qui leur fait honneur, ont appelé au milieu d'eux
tous les hommes qui exerçaient d'une manière honorable la profes-
sion d'Ingénieur Civil, et notamment M. Eugène Flachat, dont le
— 811 —
grand mérite, la haute position et les qualités précieuses ont puis-
samment contribué à donner à la Société l'importance et l'éclat
dont elle jouit.
Il me paraît donc de toute, justice, je dirai même de toute né-
cessité, d'inscrire dans notre annuaire la composition du Bureau
provisoire qui a présidé à la première organisation de la Société
en tête de la <c Liste par années des anciens membres du Bureau
et du Comité. »
L'esprit libéral qui animait alors et qui anime aujourd'hui les
élèves de l'École Centrale qui ont formé longtemps les trois quarts
du nombre total et qui en forment maintenant plus de la moitié,
y compris les membres associés, est tel qu'ils n'ont pas hésité à
appeler à la Présidence des Ingénieurs d'origines diverses quand
ils leur ont reconnu des titres sérieux.
De 1848 à 1860, le fauteuil de la Présidence a été occupé neuf
fois par des Ingénieurs Civils d'origines diverses. (M. Eugène
Flachat, 5 fois, M. Perdonnet, M. Vuigner, 2 fois, et M. Stéphane
Mony) ; et 4 fois seulement par des Centraux (MM. J. Pétiet,
C. Polonceau, Ch. Callon et A. Faure).
De 1861 à 1870, 4 fois par des Ingénieurs d'origines diverses
(M. Flachat, 2 fois, M. H. Tresca et M. le général Morin), et (>
fois par des Centraux (MM. J. Pétiet, Salvétat, Nozo, Love, Alcan
et Vuillemin).
Enfin, de 1871 à 1885, 3 fois seulement par des Ingénieurs
d'origines diverses (MM. Lavalley, H. Tresca et L. Martin) et
12 fois par des Centraux (MM. Yvon-Villarceau, Emile MuUer,
Molinos, Jordan, Richard, de Dion, J. Farcot, Gottschalk, H. Ma-
thieu, E. Trélat, Marché et de Comberousse).
Les esprits chagrins pourront se dire : on voit bien par ces chiflFres
que les Centraux d'aujourd'hui sont devenus exclusifs et qu'ils ne
laissent arriver à la tête de la Société que ceux qui sont sortis de
leur école.
Il est facile de montrer en quelques mots qu'ils se trompent.
En 1848, les Centraux les plus âgés avaient à peine quarante
ans et il n'y en avait qu'un petit nombre qui eussent acquis une
réputation solide.
Depuis cette époque, la plupart de nos devanciers ont disparu et,
grâce à l'instruction que l'on reçoit à l'Ecole Centrale, une partie
— 812 —
de ses élèves, qui étaient alors des jeunes gens inconnus, sont
devenus des hommes éminents et ont succédé naturellement à nos
premiers maîtres.
En terminant ce chapitre, je dois dire que le Bureau définitif,
nommé le 25 mars et installé le 30 du même mois, a bientôt
reconnu la nécessité de se renforcer en s'adjoignant un troisième
secrétaire, M. Adolphe Bellier, ce qui portait à sept le nombre des
membres du Bureau, et en augmentant le nombre des membres du
Comité qui a été porté à onze dont une partie se trouvaient déjà
dans le premier Comité et d'autres ont été introduits im peu après.
Les nouveaux membres étaient MM. Alexis Barrault, Vuigner,
Polonceau, Faure et Léonce Thomas.
MM. Boudsot et le major Poussin s'étaient retirés.
Le Comité se trouvait ainsi composé de : MM, Alcan, Laurens,
Alexis Barrault, Jule.s Pétiet, Nozo, Grouvelle, Paul Séguin, Vuigner,
Polonceau, Faure et Léonce Thomas.
PREMIERS TRAVAUX.
La situation politique de la France à cette époque devait néces-
sairement exercer une influence considérable sur les premiers
travaux de la Société, qui ont eu pour objet :
La réorganisation des Ateliers nationaux ;
L'organisation du Corps des Ponts et Chaussées et du Corps
des Mines ;
L'organisation de Cours publics à l'usage des ouvriers et autres ;
Et la revision des statuts de la Société.
Les Ateliers Nationaux ont disparu promptement.
L'organisation du Corps des Ponts et Chaussées et du Corps des
Mines n'a pas été sensiblement" modifiée jusqu'à présent et je ne
me crois pas apte à émettre une opinion à cet égard, parce que la
question est excessivement complexe.
L'organisation des Cours publics et de conférences ne pouvait
avoir qu'une importance secondaire eu égard aux cours très nom-
breux du même genre qui existent déjà à Paris.
Enfin, la revision des statuts a donné lieu à des décisions qui
— 813 —
ont reçu sans retard leur application. Diverses t
introduites successivement depuis cette époque.
Les questions dont nous venons de parler n'î
tère éphémère et s'éloignaient même du bu1
proposait.
hes trois premiers mémoires techniques rei
ordinaire de nos travaux ont été présentés par
M. Yvert, ami ou camarade de beaucoup d'eni
trait :
Le premier au pont tubulaire de Conway ;
Le deuxième à un sj'stème de poutres creus(
tioD des ponts ;
Et le troisième à un système pneumatique poui
Ils sont traduits de l'anglais.
Un quatrième mémoire a été présenté par nt
ligny, également ami ou camarade de beau
u sur la chute du pont du Chemin de fer
• Germmn, à Àsnlères, incendié le 25 février
o provisoire en charpente établi par M. Eugèm
» en chef. »
C'est un mémoire original.
Je n'ai point la prétention de faire ici l'éi
moires qui vous ont été présentés, et mon in
ment de rappeler ici lea premiers pas qui o
voie qui a mérité à la Société le rang qu'elU
Je crois remplir un devoir en signalant s;
moires nombreux et très intéresssants que no
collègue, Alfred Nozo, a présentés dans l'oi
sur l'eutratien des roues, l'eutretien des tu
locomotives, etc. La Société a récompensé so
en la nommauL Président en 1866.
STATUTS DEFINITIFS.
Les statuts déônitifs difTèrcut peu des stati
Les principales modifications résultent de <
rÉcole Centrale, fondateurs de la Société, on
— 814 —
et pour leurs futurs camarades, aux prérogatives qu'ils s'étaient
réservées d'abord et sur lesquelles il est inutile d'insister.
Ces nouveaux statuts ont été adoptés par l'Assemblée générale
du 13 juillet 4848.
Actuellement, le bureau est composé de :
1 Président ;
4 Vice-Présidents (au lieu de 3) ;
4 Secrétaires (au lieu de 3) ;
1 Trésorier.
Et le Comité est composé de :
20 Membres au lieu de 41);
Des Présidents honoraires;
Et des anciens Présidents.
Il y a un point sur lequel je crois devoir appeler l'attention en
terminant ce chapitre :
Depuis 4876, les anciens Présidents font, .de droit, partie du
Comité.
Cette mesure est très louable en elle-même : il est convenable
que les hommes à qui nous avons confié la directiou de la Sociétô
continuent à être appelés à donner leur avis sur les questions im-
portantes. Mais elle a eu un résultat regrettable que l'on n«
pouvait pas prévoir : c'est que les anciens Présidents ne se mettent
plus sur les rangs pour être nommés une seconde, une troisième
fois, comme l'ont été plusieurs de leurs prédécesseurs (MM. Jules
Petit, H. Tresca et Vuignier, chacun 2 fois) sans parler de M. Eug.
Flachat, qui a été nommé 7 fois.
Je ne demanderais assurément point de rapporter cette mesure,
qui me paraît excellente, mais j'exprimerai le vœu qu'elle soit
complétée en décidant que le titre de Président honoraire soit
conféré de droit aux membres qui auront été appelés trois fois à
la présidence : ce sera un stimulant qui engagera à se représenter
des hommes que nous serions heureux de voir de nouveau à la
tête de la Société.
DËVELOPPEMENT OE
INAUGURATION DE SON
Après avoir eu son siège rue Bergèi
la Société qui avait grandi pendant c
ment assise, et voyant ses ressources
Buffault, n° 26, un local encore modi
ses besoins, et dans lequel elle est res
C'est là qu'elle a été reconnue d'uti
EnÔD, elle a pu se faire construire,
Hôtel actuel dont elle a pris possessio
Dans la séance d'inauguration, M. l
Doraire de la Société, a prononcé un à
rappelé l'origine de notre profession ei
civils ont eu longtemps à soutenir ; et
pour l'année 1812, a fait rapidement,
marquable le tableau des progrès de la
D faut lire le discours de M. Eugèni
alors trimestriel d'avril, mai et juin 1!
passages suivants :
'< Les premiers pas du Génie civil <
i> incertains; l'accès en était interdit ;
M services rendus par les Ingémeurs c
» laicot fonder en France celte proft
» rir et nous étions sans force et sam
» puter pied à pied le terrain sur lequ
D vite, et nous n'étions que des homn
■ dans une carrière dont le nom n'ex
» Il D'y avait pas de travaux publi(
» nieurs, qu'aux Ingénieurs de l'État
Après avoir exposé le mauvais état
gables à cette époque, les entraves i
mettait à leur usage, la mauvaise qni
— 816 —
à leur constructioQ et à leur entretien, M. Eugène Flachat a rap-
pelé d'une manière saisissante la part brillante que les Ingénieurs
civils ont prise dans la création des chemins de fer, dans rétablisse-
ment de certains canaux, dans la construction des ponts suspendus,
dans Tapplication du fer à la construction des ponts et des char-
pentes, dans le développement de la métallurgie et des ateliers et
établissements industriels de toute espèce.
Avant de faire l'historique de la Société, M. Emile Muller a ré-
pondu les paroles suivantes :
(c Notre cher président engage tous les ingénieurs à Tunion.
» Elle est certes dans tous nos cœurs, car, aujourd'hui, plus que
jamais, nous savons que seule, et prise dans toutes ses acceptions,
elle peut rendre à notre chère France, sa grandeur et la haute situa-
tion qu'elle avait su conquérir.
)> Mais je vous en conjure, que ce mot ne laisse pas naître dans
votre esprit la pensée du silence ; le silence sur toutes les grandes
et difficiles questions laisserait supposer TUnion, mais serait infail-
liblement rabaissement de notre Société, serait peut-être sa mort.
» Ne craignons pas les désaccords passagers, ne nous laissons
pas entraîner par ceux qui en redoutent les conséquences : l'esprit
de notre Société est trop élevé pour que nos relations amicales
souffrent d'une discussion, même ardente.
» Nous devons tout discuter et surtout, en ce moment, les ques-
tions d'intérêt général qui ont trait à notre profession.
» Rejeter de nos séances de certaines études, parce que les dé-
bats pourraient devenir passionnés, serait, à mes yeux, une grande
faute, ce serait amoindrir le rôle que votre Société, si vous le vou-
lez résolument, est destinée à remplir un jour.
» Rester modestement une Société d'appréciation et de discus
sion technologique n'est pas à la hauteur de la mission du Génie
civil dont les premiers efforts viennent d'être exposés à nos médi-
tations.
» Ce serait renoncer d'avance à une partie de notre but, à celui
de représenter librement, en dehors de toute attache administra-
tive, l'intérêt public, si souvent négligé.
» Ce serait manquer au but des fondateurs de notre Société,
que je trouve si nettement formulé dans les premières lignes
écrites, il y a aujourd'hui même vingt-qus
première page du premier compte rendu
» Rappelons-nous sans cesse que, pour
doit couronner notre œuvre , il faut le I
de tous les membres de la Société.
n Notre devise doit être :
c< Labor oninia oiticU.
Après avulr exposé le développement
M. ËmlFe Muller donne à son tour des n
rossants sur la construction de l'hôtel c
8(},223 fp. 07 c, la construction propr^r
et l'installation et le mobilier 40,000 fran
07 c; et il signale le zèle et le dévoue
collègue, M. Demimuid, architecte, charg*
MM. Emile Muller et Ch. de Comberouss
le 7 juin 1872 {nous venons de l'indiqu
19 juin 1885, l'historique de la Société,
donner un résumé.
A la fin de la première année, le nombi
peut appeler fondateurs c'tait do 135, doi
suite de la présente notice ; à l'heure où j'
lement sont survivants.
La Société n'avait pas alors do fonds so<
jusqu'en 1860.
En 1849, OQ compte 34 nouveaux membre
Le nombre des sociétaires es£ ainsi porte
Il atteint presque 500 (498) dix ans plu
présidence de notre sympathique et regret
l'un des fondateurs.
Il s'élève à 319 en 1860, sous la préside
des fondateurs.
T'est à cette époque que, grâce à l'acti'
M. Viiigner, la Société commença à avoir h
auxquelles elle était naturellement destinée
la demande en reconnaissance d'utilité pi
sauce nécessitait des modifications aux sta
— 818 —
fonds inaliénable de 50,000 francs : des souscriptions, des dons
volontaires et des exonérations de la cotisation permirent de réaliser
ce capital qui fut converti en 190 obligations de chemins de fer.
Enfin la même année, le 31 décembre 1860, la Société voyait ses
travaux persévérants de douze années couronnés de succès par la
reconnaissance d'utilité publique.
En 1864, sous la présidence de M. J. Pétiet, qui avait déjà été
président en 1853, la Société prend un développement nouveau :
154 membres sont admis, grâ':e à sa persévérante activité ; le nom-
bre des sociétaires s'élève ainsi à 750, et, parmi eux, les présidents
des cinq grandes Compagnies de chemins de fer, qui firent chacun
un don de 2,000 francs à la Société. Le fonds social est porté à
80,443 fr. 90.
En 1865, sous la présidence de M. Salvétat, 25 membres sous-
crivent pour donner une médaille d'or au meilleur mémoire remis
à la Société dans le courant de l'année.
Cette médaille est décernée Tannée suivante, 1866, sous la prési-
dence de M. Nozo, à MM. Huet et Geyler pour leur mémoire sur le
traitement des minerais.
La Société, suivant cette louable impulsion de l'initiative per-
sonnelle, décide que, à l'avenir, une médaille d'or sera décernée
tous les ans, dans l'assemblée générale de juin, au meilleur mémoire
remis dans le cours de l'année précédente.
La première médaille a été décernée en 1867 à M. Ârson, pour
son mémoire sur l'écoulement des gaz.
En 1867, M. Perdonnet, que la Société a perdu cette même
année, a o£fertun prix représenté par une médaille d'or de â,000 francs
pour le meilleur travail sur les conditions techniques de traction des
trains.
Ce prix a été décerné l'année suivante à MM. Vuillemin, Guébhard
et Dieudonné pour leur mémoire sur la résistance des trains et la
puissance des machines.
L'année 1867 était signalée par une grande Exposition universelle
qui a laissé des souvenirs ine£façables.
La Société veut avoir à sa tête, pour cette solennité, l'Ingénieur
éminent qui a soutenu ses premières années et dont elle sait l'inal-
térable et l'infatigable dévouement, et elle appelle à la présidence,.
- 819 —
pour la septtéme fois, M. Eugène Flachat, auquel c
rannée suivante, le titre de Président homiaire.
L'Exposition de 1867 éveille, comme l'a trè» bien dit
beroQsse, les ambitions de la Société qui compte déjà
membres et dont le capital est près d'atteindre 100
Elle yeat être chez elle et avoir son Hôtel, comme le
anglais.
En 1868, le capital atteint 106,910 francs et l'ei
3,968 fp. 43.
M. Love, alors président, s'occupe avec activité de
d'un terrain.
En 1869, son successeur, M. Âlcan, un des foud
Société, poursuit et mène à bonne fin les négociations
mées et, le 11 février, 199 mètres de terrain sont
Rougemont, n" 10, au prix de 390 francs le mètre.
Un concours est ouvert, suivant un programme s
Comité, pour la construction de l'hôtel, et notre regrt
M. Demimuid, ancien élève de l'École Centrale, est ch
cution, son projet répondant le mieux aux conditi
gramme.
Les travaux sont commencés en mai 1870, pendant
de M. Vuillemin, sous la surveillance d'une comraissi
de MM. Eugène Flachat, Crétin, Emile Muller et Vui
sont poussés avec une telle activité, un tel dévoueme
heureusement les couvrir au mois de septembre de
néfaste. Pendant nos désastres, les baies de l'hôtel
avec des planches clouées, et il attend, comme nous,
jours.
Enfin le "i juin 1872, sous la présidence de M. î
la Société prend possession de son hôtel , comme il
haut.
Les élections pour l'année 1871 furent retardées
l'investissement de Paris et des douloureux événem
suivi le siège, et ce n'est qu'au mois de juin de ceti
M. Yvon-Villarcean fut appelé à la présidence.
En vertu de la décision prise par l'assemblée
21 juin 1872, le remboursement de l'emprunt cent
Société pour la construction de son hôtel devait ae fa:
— 820 —
années, à partir de 1877, de manière à être complètement opéré
en 1892.
Beaucoup de souscripteurs avaient cru alors faire un don à la
Société, comme Ta justement fait remarquer notre président, M. de
Comberousse, dans son discours du 19 juin 1885, auquel j emprunte
ce qui suit, parce que ces lignes ont trait surtout à Tavenir de la
Société :
« Qu'est-il arrivé, cependant ? A partir de 1877, les intérêts
ont été régulièrement soldés, les tirages se sont continués et les
obKgations ont été remboursées année par année. Et, aujourd'hui,
' en 1885, nous avons le plaisir, comme le disait M. Loustan tout
à l'heure, de ne pas faire de tirage au sort, parce que nous rem-
boursons tout ce qui reste, parce que nous liquidons Topération.
» Et nous arrivons à cet heureux résultat à peu près à la moitié
du temps fixé.
» Il n'y a pas à insister, les chiffres ont une éloquence que rien
ne peut remplacer.
» Permettez-moi seulement d'ajouter que la Société a donné là
une preuve de puissance à laquelle ses meilleurs amis ne s'atten-
daient pas. Elle n*a plus qu'à vouloir pour atteindre bientôt
l'épanouissement, l'extension k laquelle elle a droit et dont elle a
besoin.
» Je me range parmi les prudents, je désire qu'on accroisse les
ressources avant de rien entreprendre de nouveau. Mais, si pour-
tant on rencontrait une de ces occasions qu'on regrette trop ensuite
d'avoir laissé échapper, rexpérience que nous venons de faire rae
rendrait audacieux et je n'hésiterais pas à la recommencer pour
donner à la Société une demeure plus vaste, mieux éclairée, répon-
dant à tous ses besoins, vraiment digne d'elle, en un mot, et Ac
ses destinées. Quand nous atteindrons le chiffre de 3,000 membres,
il n'y aura pas d'ailleurs à hésiter.
» Ainsi, pas à pas, nous grandissons et nous faisons de plus on
plus honneur aux efforts de nos dignes et éminents fondateurs.
» Nos budgets aussi ont grandi, mais c'est pour que nous puis-
sions tenir notre place et mieux remplir nos devoirs.
» En 1875, les Bulletins sont trimestriels, et nos impressions de
toutes sortes (les reliures com[)rises) atteignent 17,672 francs. Je
i
— 821 —
n'entre pas dans le détail, qui nous conduirait trop loin : je dis ce
qu'on a payé en bloc.
» En 4876, les Bulletins deviennent bimensuels, et, de ce fait,
la dépense, au chapitre des impressions, s'élève pour 1877, à
25,452 francs.
» Les Bulletins deviennent mensuels en 1880, sous la présidence
de M. Gottschalk, et nous payons, en 1881, une somme corres-
pondante de 33,590 francs.
» Les dépenses de personnel qui, en 1875, ne comptaient que
pour 6,640 francs, montent en 1881, avec la nouvelle organisation
reconnue nécessaire, à 14,560 francs.
» Ce sont là, avec raison, nos deux chapitres les plus chargés.
» Maintenant que nous sommes entièrement propriétaires de
l'hôtel, que nous n'avons plus d'obligations à éteindre, nous pou-
vons dire, en chiffre rond, et sauf les dépenses exceptionnelles
qu'il faut toujours prévoir, que notre budget des dépenses va
osciller, pendant plusieurs années, autour de 60,000 francs.
» Avec 2,000 membres, non exonérés, le budget des recettes
serait de 72,000 francs ; avec 2,500 membres, de 90,000 francs ;
avec 3,000 membres, de 108,000 francs.
» Vous pouvez juger maintenant pourquoi j'ai indiqué tout à
l'heure le chiffre de 3,000 membres comme celui qu'il fallait
atteindre au plus tôt, et qui nous donnerait toute la confiance et
toute l'élasticité nécessaires pour tenter une nouvelle migration,
cette fois définitive, au moins pour de longues années. »
PIÈCES ANNEXES
Bureau provisoire du 4 mars 1848
MM. Ch. Gallon, président :
A. Faure, secrétaire-rapporteur ;
G. Laurens, a. Boudsot, F. Scribe.
Membi'es adjoints pour la rédaction des Statuts :
MM. Alquié, Arson, Blard, Victor Bois, Bricogne, Ganneroii, m
Montcarville, Nozo et Yvon- Villarceau.
1er Bureau définitif, nommé le 25 mars et installé
le 30 mars 1848.
MM. Edg. Flachat, président;
Gh. Gallon et Degousée, vice-présidents ;
Victor Bois et Scribe, secrétaires ;
Prtestley, trésorier.
Membres du Comité :
MM. Boudsot, AiCAN , Pétiet , Laurens, Nozo', le major Poussin,
Grouvelle et Paul Séguin.
1er Bureau modifié au 13 juiUet 1848.
MM. EuG, Flaschat, président ;
Gh. Gallon et Degousée, vice-présidents ;
Victor Bois, F. Scribe et Ad. Bellier, secrétaires ;
Priestley, trésorier.
Meinhres du Comité :
MM. Alcan, Laurens, Al. Barrauld, Jules Pétiet, Nozo, Grouvelle,
Paul Séguin, Vuiguer, Polonceau, Faure et Léonce Thomas.
LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ ADMIS EN 1848
MM. MM.
Aboitard. Armengaud aîné, père.
-^ Abt. Arson*
— Alcan (Michel). — Bardou.
— Alguie. — Barrault (Alexis).
Bakirolohbv.
Di
Benoit-Dupobtail.
— E
Bergeron.
— F,
BiVEB.
— F,
Blacher.'
- F
Blanche.
— Fi
Blard.
- Fi
Bois (Victob).
— F'
Bonnet {AucrsiK).
Fi
Bonnet (Victor).
G
BOBDET.
— 0
Boucart.
— G
Boudent.
— G
BOUDSOT.
G
BOUCÈRE.
- G
BOOBGART.
— G
Bourdon.
G
BooRouiCNON (Etienne) .
G
Boussou.
Cî
BOUTIN.
G
Bricogne (Charles).
— D
Bkidel.
B
Caillé.
— E
Cave (François).
— h
CUABBIER.
— B
CSAPELAIK.
H
Charpentier (Joseph-Ferdinand
. — J
Chevandier de Valdrome.
Chobrzïnski.
Cornet.
— L
COURTÉPÉE.
Daguin.
Daoré.
Darblay (Paul).
DBBAtGE.
Dëgouséi père.
Delignv.
Delom.
— I
Desmazîirbs.
DosNAY (Charles).
~ I
DtIFOURNEL.
~ I
- DUMÉRY.
— I
— 824 —
MM.
LOUSTAU.
Mangeon.
Mariottk.
Mathias (Félix).
Mathias (Ferdinand).
Mesdach.
Meykr (J.-J.).
MlRECKl.
MiTCHELL.
Nancy.
Nozo f Alfred).
Pépin Le Halleur.
Perdonnet.
Pétiet (Jules).
Pi€ard.
- de Planhol.
• PoiNSor.
- Polonceau (Camille).
- Pot.
Pothier (Francis),
POTTIEH (FeIIDINAND).
- POUPÉ.
MM.
Pbiestley.
DE PCRY.
Redon.
DE Regel.
Rhoné.
Salleron.
Salve TAT.
Saulnier.
Scrirb.
Séguin (Paul).
Servel.
Thomas (Léonce).
Thomas (Frédéric)
' Thomé de Gamond.
Trélat (Emile).
- Valério (Oscar).
Véron.
- VOLLANT.
- Vaigner.
Y VERT.
- YvON-ViLLARCEAU.
1» ■• ■ -
CHRONIQUE
Sommaire. — Les premiers chemins de fer français. — Essais à Tindicateur sur
des locomotives. — Enveloppes calorifuges. — Prix Fourneyron.
lie» premiers ehemlnii de fer fk>anfmla. — La Belgique a
célébré cette année , avec uû éclat dont un certain nombre de mem-
bres de la Société ont pu se rendre compte de visu y le cinquantième
anniversaire de la création de ses chemins de fer.
Notre Président avait rappelé auparavant, dans une de nos séances,
que cette même année marquait le cinquantième anniversaire de la con-
cession du chemin de fer de Saint-Germain, point de départ de la cons-
truction du réseau des chemins de fer français. Un de nos collègues ,
M. A Léger, a réclamé énergiquement en faveur du chemin de fer de
Saintr-Etienne à Lyon, qui , dès 1831 , c'est-à-dire quatre ans avant
qu'on songeât seulement à décréter le chemin de fer de Saint-Germain,
était exploité avec des locomotives et transportait déjà, bon an mal
an, en 1835, 200,000 voyageurs et 500.000 tonnes de marchandises.
Notre collègue a publié, dans le Lyon Industriel^ sous le titre, de « les
Premiers Chemins de fer français, » une intéressante notice dont nous
donnons ci-dessous un résumé succinct.
Le chemin de fer de Saint-Etienne à Andrezieux avait été ouvert
dés le mois d'avril 1828, la traction était faite par des chevaux ; cette
ligne fut entièrement remaniée pour faire place à la ligne de Saint-
Etienne à Montbrison ; elle fut abandonnée en juin 1864, après avoir
servi pendant trcnle-six ans; elle n'est citée qu'en raison d*un intérêt
historique; le premier chemin de fer construit en France et méritant
réellement ce nom est le chemin de fer de Saint-Etienne à Lyon, le-
quel, mis en adjudication le 27 mars 1826, fut adjugé à 33 p. cent de
rabais consenti sur le tarif maximum de 0 fr. 15 c. par tonne kilo-
mètre, à une compagnie représentée par MM. Seguin frères et Biot.
L'étude de cette ligne fut faite avec le plus grand soin et le tracé
fut établi si judicieusement que, vers 1853, à la reprise du chemin
par le Grand-Central, il n'y eut que des réfections de détail très pou
importantes à faire pour mettre cette ligne à la hauteur des progrès
réalisés depuis vingt-cinq ans.
Le prix d'établissement avait été seulement de 270,000 francs par
kilomètre, c'est-à-dire, très inférieur à celui du chemin de fer de Li-
verpool à Manchester, bien que la ligne comptât des travaux d art
— 826 —
importants, entre autres 4,400 mètres de tunnels, sur une longueur
totale de 86 kilomètres.
La ligne avait été établie à double voie, sauf pour les trois grands
tunnels de la Mulatière, de Rive-de-Gier et de Terrenoire,dont le der-
nier avait la longueur, considérable pour Tépoque, de 1,510 mètres.
Les courbes avaient un rayon minimum de 500 mètres, et les rampes,
de 5 à 6 millièmes entre Lyon et Rive-de-Gier, s'élevaient à 15 mil-
lièmes de Rives-de-Gier à Saint-Etienno.
La voie était établie en rails de fer à simple champignon pesant 13
kilogs le mètre, posés sur dés en pierre, écartés de 1", 05; dès 1836,
le poids des rails fut porté à 26 kilogs, c'est-à-dire au double du poids
primitif.
La ligne ne fut terminée qu'en 1833, la première section, celle de
Givors à Grand-Croix, ayant été ouverte en 1830 ; les acquisitions de
terrain, difficiles à réaliser en Tabsence de Texpropriation qui ne fut
réglée que par la loi de 1841, firent perdre beaucoup de temps et
firent dépasser notablement les prévisions du devis.
A l'origine la traction se faisait par des chevaux ; il y avait des
trains mixtes, voyageurs et marchandises, et des trains spéciaux 'de
voyageurs, comprenant des voitures dites financières, imitées des dili-
gences, avec deux coupés, deux compartiments d'intérieur et une im-
périale pour les bagages.
Dès 1831 les locomotives de M. Seguin aîné avaient été mises en
service: elles avaient des cvlindres verticaux actionnant les manivelles
des quatres roues par des balanciers et des bielles pendantes; le tirage
de la chaudière tubulaire était activé par des ventilateurs placés sur
le tender; ces machines pesaient 6 tonnes et remorquaient 16 à 18
wagons de 4 tonnes en palier, 7 à 8 sur rampes de 6 millièmes et 2
à 3 sur les fortes inclinaisons de 15 millièmes; comme elles étaient
trop légères, on dut créer en 1833 des machines de 10 tonnes , du
type des machines anglaises, lesquelles remorquaient 80 à 85 tonnes
en palier, 40 sur les rampes de 6 et 12 à 16 sur les rampes de lo
millièmes.
Ce dernier résultat n'était pas encore suffisant pour assurer l'exploi-
tation économique des rampes et on trouva, sur la section spéciale do
Grand-Croix à Saint-Etienne, avantage à revenir à l'emploi des chevaux,
jusqu'en 1844 où M. Verpilleux créa le type à tender moteur qui prit
son nom, pesant en tout 26 tonnes avec 4 cylindres et 8 roues mo-
trices.
Les tarifs étaient trop bas pour que le produit de l'exploitation fût
suffisamment rémunérateur; on dut demander, dès 1831, le relèvement
de 0 fr. 098 à 0 fr. 12, et, avec une exploitation à 75 p. cent des
recettes brutes, la compagnie de Saint-Etienne à Lyon put de 1835 à
— 827 —
4840, réaliser en moyenne 700,000 francs de bénéfices annuels, soît
environ 5 pour cent du capital d'établissement.
Des dégâts causés par les inondations vinrent compliquer la situa-
tion; les dépenses résultant de cette cause et celles nécessitées par
des agrandissements devenus indispensables, durent être opérées au
moyen d'avances faites par l'Etat et remboursées par des surtaxes éta-
blies sur les transports.
En résumé, comme le fait observer M. Léger, alors que le cbemin
de fer de Saint-Germain n'existait encore que sur le papier, la région
lyonnaise avait un chemin de fer en pleine exploitation pour voya-
geurs et marchandises avec des locomotives, sauf sur les rampes de
23 millièmes, venues trop tôt, mais dans tous les cas, exploitées avec
les machines Verpilleux dix ans avant qu*on osât admettre de telles
inclinaisons nulle part ailleurs.
La ligne d'Andrezieux a Roanne offre un exemple non moins remar-
quable; destinée à porter les houilles du bassin de Saint-Etienne à un
point où la Loire devient plus facilement navigable, elle fut adjugée
en 1828 à MM. Mellet et Henry, et fut ouverte au commencement de
1833, en avance de deux ans et demi sur le délai fixé pour Tachève-
ment et, chose non moins remarquable, avec une économie très im-
portante sur le prix prévu d'établissement; elle a coûté 107,000 le ki-
lomètre pour simple voie. La longueur totale était de 67 kilomètres,
et comportait plusieurs sections à déclivités modérées séparées par des
plans inclinés automoteurs dont les rampes atteignaient 45 et 80 mil-
limètres; des machines fixes étaient installées au sommet des plans
inclinés pour compenser les différences de chargement; on simplifia
même la solution en attelant une locomotive au train deseendant
qui remorquait du même coup le train montant avec son câble agis-
sant comme prolonge de 3 kilomètres de longueur; cette disposition
ingénieuse a été proposée souvent depuis.
La partie de la ligne comprenant ces plans inclinés a été rectifiée
en 18S6 par le tracé actuel; mais le reste a été conservé par la ligne
actuelle, ce qui fait croire que cette construction était loin de repré-
senter une simple ébauche.
Les locomotives furent introduites dès 1834 sur la section à décli-
vité modérée du chemin de fer d'Andrezieux à Roanne ; elles étaient
de construction anglaise et remorquaient 120 tonnes en palier, elles
traînaient même 3 wagons ou 12 tonnes brutes sur la rampe de 45
millièmes du Bernand; ces machines pesaient 6 à 7 tonnes. On orga-
nisa de bonne heure des trains de voyageurs avec des voitures à trois
compartiments contenant 30 personnes.
L'exploitation de cette ligne fut peu rémunératrice; les recettes
n'atteignirent que le tiers des chiffres prévus et ne permirent que la
— 828 —
rémunération à 1 4 '2 pour cent du capital engagé ; la situation ne
s'améliora que bien après 1840.
M. Léger cite encore le cas du chemin de fer sur route de Mont-
rond à Montbrison, concédé en 183S à M. Cherblanc; cette ligne do
io kilomètres fut exploitée jusqu'en 1841 et on peut dire que Tessai
fut au point do vue technique absolument satisfaisant, mais le succès
financier ne fut pas n*alisé et l'entreprise dut se mettre en liquidation.
Notre collègue rappelle avec raison ces utiles et glorieux souvenirs,
bien moins obscurcis toutefois qu'il ne paraît le croire ; il insiste pa^
ticulièrement sur ce fait, intéressant à noter, que ces entreprises
hardies et profitables furent conçues et réalisées par l'initiative locale
simplement mise en œuvre par un groupe d'hommes qui ont été les
véritables pionniers des chemins de fer français, Beaunier, les frères
Seguin, Biot, Costo, Mellet, Henrv, Clément Dosormes, Locard, etc.
Il ne fut point nécessaire, dit M. Léger, de recourir au concours des
puissances financières en renom sans lesquelles, en plein Paris, on no
fût point parvenu, en 183S, à trouver les 18 millions nécessaires à la
création du petit chemin de fer de Paris à Saint-Germain, alors que.
de 1823 à 1835, l'épargne lyonnaise et stéphanoise avait pu suffire,
sans effort et sans éclat, à fournir les 26 millions que coûtèrent les
quatre premières lignes de chemin de fer établies en France.
Dans la situation difficile que traverse en ce moment l'industrie de
Rhône-et-Loire , ces grands exemples d'initiative no doivent pas être
perdus, ils doivent au contraire être invoqués pour défendre et sauver
la fortune industrielle de ces régions, gravement menacée dans les
circonstances actuelles.
W^mmBlm à l^lndlentear «ar de« loc«m»ti«'e»« — Le Railroad
Gazette a donné récemment les résultats d'une série d'essais faits sur
une locomotive à voyageurs du Philadelphia and Reading Railroad par
MM. Abbey et C) Baldwin , étudiants à llnstitut de Stevens.
Cette machine n® 169, construite aux ateliers de Baldwin en 1882,
est du type ordinaire de la Compagnie ; en voici les principales dimen-
sions :
Diamètre des cylindres 0"*,4S6
Course des pistons 0",610
Diamètre dos 4 roues couplées . . . 1",720
Surface de grille 3», 60 ~*
Surface de chauffe totale 127", 00
Le rapport de la surface de chauffe à la grille est de 35,3; la tuyère
d'échappement a une section égale à 0,375 de la section totale des deux
tuyaux d'échappement.
La machine faisait le service entre Jersey City et Bound Brook on
— 830 —
La contre-pression est également très élevée ; elle est en moyenne
de 1 kilogramme au moins en dessus de la pression de l'atmosphère;
cette forte contre-pression est motivée par Ténergie du tirage nécessaire
pour brûler la grande quantité de combustible consommé par la
machine.
Les passages de vapeur sont évidemment encore insuffisants, pour \e$
conditions de vitesse réalisées dans ces essais; les lumières des cylindres
ont 0", 406 X 0,041, soit 1,66S décimètre carré, ou très sensiblement
un dixième de la section du piston. Ce rapport est certainement très
satisfaisant au point de vue absolu, mais, si on remarque que k vitesse
du piston s'est élevée parfois aux valeurs excessives de 7"*,42 et 7",93,
on trouve que la vitesse moyenne de la vapeur atteindrait déjà, dans
Thypothèse de l'ouverture complète des lumières, 74",3 et 79°*,30 par
seconde, vitesses qui en réalité s'élèvent beaucoup plus haut et doivent
entraîner des chutes de pression considérables, surtout si, comme il est
très probable, la vapeur contenait une proportion d'eau un peu élevée.
Les relevés directs ont fait constater une consommation de combustible
de 1080 kilogs à l'heure ; c'était de l'anthracite des mines de Upper
Lehigh ; cette consommation ressort au taux de SOO kilogs par mètre
carré de grille et par heure. La dépense d'eau a été de 7675 litres, ce qui
donne 7,107 d'eau pour 1 de combustible et une production de vapeur
de 60 kilogrammes par mètre carré de surface de chaufie.
Ces consommations de combustible et d'eau rapportées à la puissance
indiquée moyenne de 402 chevaux, donnent une dépense de 2,70 kilo-
grammes de combustible et 19,2 kilogrammes de vapeur par cheval
indiqué et par heure.
On peut dire que, pour une machine à vapeur fonctionnant avec des
pressions à la chaudière de 7,5 à 10,5 kilogs par centimètre carré et
des admissions de 0,20 à 0,25 de la course, s'étant exceptionnellement
élevées à 0,40, ces résultats n'ont rien de satisfaisant.
Nous croyons toutefois qu'il ne faut pas les prendre absolument au
pied de la lettre et que les dépenses de combustible et d'eau sont
faussées, la première par un énorme entraînement de charbon échap-
pant à la combustion, entraînement occasionné par un tirage très violent
et rendu d'ailleurs plus facile par la nature du combustible employé, et
la seconde par un entraînement d'eau dû à la vaporisation exagérée
demandée à la chaudière.
On ne doit pas perdre de vue qu'un travail excessif imposé à une
partie d'un appareil moteur à vapeur entraine des conséquences défavo-
rables pour toutes les autres parties.
Dans l'espèce, le mal provient d'abord de vitesses excessives imposées
à des machines non appropriées à ces Vitesses; il eti résulte immédia-
tement une vitesse de piston exagérée, laquelle, en présence d'orifices
devenus insuffisants à ces vitesses, fait agir la machine comme si on lui
— 834 —
avait attelé, d'une part, ne pompe à faire le vide et, de l'autre , une
pompe de compression d'air. De là une exagération du travail à fournir,
laquelle exige un supplément de dépense de vapeur; la chaudière est
donc conduite à produire par mètre carré une quantité de vapeur exces-
sive, laquelle amène nécessairement Témersion du niveau d'eau de la
chaudière d'un volume plus considérable de vapeur, une vitesse d'émer-
sion plus grande et finalement une proportion plus élevée de l'eau
mélangée avec la vapeur. Cette modification de la nature du fluide
moteur agit défavorablement sur la marche de la machine proprement
dite; la résistance dans les passages augmente encore et la vapeur humide
travaille moins bien, de sorte que non seulement il y a plus de travail à
fournir, mais que chaque unité de ce travail coûte plus à produire et que
par conséquent on a encore plus de vapeur à demander à la chaudière;
c'est un cercle d'où on ne peut plus sortir.
Le foyer vient également se mettre de la partie ; il faut brûler un
poids de combustible exagéré, c'est-à-dire augmenter la combustion par
unité de surface; il faut forcer le tirage, d'où contre-pression derrière
les pistons et augmentation de travail à fournir par la machine, entraî-
nement d'une partie du combustible non utilisé et dès lors nécessité
d'accroître encore la quantité de combustible à jeter sur la grille, nous
ne disons pas à brûler.
On arrive ainsi à gaspiller en pure perte le combustible et la vapeur.
Ces considérations sont justifiées, non seulement par les dépenses
excessives de combustible et d'eau rapportées à l'unité de puissance
développée, mais également par les températures constatées dans la
boîte à fumée. Les expérimentateurs se sont servis à cet effet du pyro-
mètrè de Bulkley ; la température qui ne dépassait pas 150 degrés pen-
dant les stationnnements s'élevait à 650, c'estrà*dire au rouge naissant,
dans la marche à 100 kilomètres.
Ces expériences sont très intéressantes . Doit-on en conclure que la
traction à très grande vitesse est nécessairement coûteuse comme com-
bustible? Ne doit-on pas admettre plutôt qu'elle démontrent qu'il faut
avoir des machines appropriées aux divers services et que des loco-
motives convenables pour des vitesses de 70 à 80 kilomèlres ne sau-
raient fournir avantageusement des vitesses de 100 à 180 kilomètres?
Il est très possible que sous ce rapport la pratique américaine de la
construction des locomotives ou plutôt de leur usage ne soit pas à imiter*
Enveloppes ealorlfuses. Nous trouvons dans V American Engl-
neer une expérience qui montre d'une manière frappante l'avantage des
enveloppes contre le refroidissement et permet de chiffrer cet avantage*
Dans une usine de fabrication de matières grasses, on a opéré sur
deux réservoirs en tôle de 1",83 de diamètre et 3,66 de hauteur, ces
réservoirs avaient leur base protégée par le soubassement en maçonnerie
— 832 —
sur lequel ils reposaient; les parois et le couvercle étaient exposés à
Tair, cette surface représentant 21 mètres carrés en nombre rond.
Un (les réservoirs. reçut sur ses parois une couverture en mastic d'a-
miante, tandis que l'autre conserva ses parois nues; on maintint dans
les deux réservoirs une pression de vapeur de 2 1/2 kilogrammes effec-
tifs, et on recueillit Tcau condensée dans chacun, laquelle était pesée
avec exactitude.
On constata que le réservoir à parois nues condensait 66,14 kiiogs de
vapeur par heure, et le réservoir à parois protégées 24.46, différence
41,68. Les chiffres correspondent à 3,15 et 1,17 kilogrammes de vapeur
condensée par mètre carré et par heure, ce qui s'accorde d'ailleurs bien
avec les chiffres généralement admis.
Les 41,(38 kilogrammes de vapeur économisés représentent, à raison
de 7,o kiiogs de vapeur par kilog de combustible , 5,50 kiiogs de
combustible à Theure, ou 132 par journée de 24 heures. A lo francs la
tonne, c'est une dépense de 1 fr. 98, soit 2 francs en nombre rond.
On peut évaluer a 10 francs le mètre carré le prix de l'enveloppe
protectrice, soit 210 francs pour le réservoir; la dépense serait donc
couverte par l'économie représentée par lOo jours de travail, soit 3 mois
et demi et, à partir de ce moment, ou réaliserait un bénéfice net de
2 francs par jour et par rèservoir. L'usine dans laquelle a été faite
Texpérience employant 16 de ces réservoirs, l'économie annuelle atteint
presque 12,000 francs.
PrliK Foiinie9'ron« — L'Académie des sciences a, dans sa séance
publique annuelle du 21 décembre 1885, décorné le prix Fourueyron à
notre éminent et vénérable collègue, M. Daniel Colladon.
Voici les termes du rapport de la commission, composée de MM.
Phillips, Lévy, Haton de la Groupillière. Lalanne, et Resal, rappor-
teur.
« L'Académie avait proposé pour sujet du prix qu'elle doit décerner
cette année, la question suivante : Etude théoHque et pratique sur les
accumulateurs hydrauliques et leurs applications.
Aucun mémoire ne lui étant parvenu sur cette (luestion, la commis-
sion a cru devoir se livrer à des recherches sur les travaux actuels
qui, par leur nature, rentrent dans le programme général tracé par le
fondateur du prix; son attention s'est arrêtée sur M. Daniel Colladon.
M. Colladon est le premier qui ait proposé (1852), l'emploi de l'air
comprimé substitué aux câbles pour transmettre la force dans les tun-
nels et c'est d'après ces idées qiic l'on a établi les compresseui's do
Modane et de Bardonnèche, logions extrêmes du tunnel du Mont-Cenis.
En 1871, M. Colladon inventa pour la compression de l'air une
pompe dont le piston et la tige prolongée au delà du cylindre sont
creux; leur intérieur est constamment refroidi par de l'eau amenée
— 833 -
dans un tube concentrique k la tige et qui ressort par l'espac
laire.
Les turbines d'AiroIo, de iOQ chevaux chacune, faisant 3S0
tiens par minute, M. Colladon a fait établir les pompes de son
à raison de 80 tours de manivelle dans le même temps, ce q
permis de n'employer qu'un seul engrenage, comme transmis:
lu roue tangentielle à chaque arbre moteur. Pour éviter l'em]
volants, les pompes ont été groupées ao nombre de trois, suj
l)ar un même bâti et actionnées par une manivelle triple. Cinq
ont alimenté les cinq compresseurs.
La même disposition a été adoptée du côté de Goscheuen; se
les arbres à manivelles n'ont iait que 60 tours par minute.
On a constaté que les pompes à grande vitesse du système <
ont donné deux fois plus de puissance en air comprimé que 1<
reils du Mout-Cenis; d'ailleurs l'emplacement occupé a été r^
1/5 à 1/6 et la dépense de un tiers.
Il résulte de cet exposé que M. Colladon est le véritable i
des compresseurs {dont dès l'origine il avait établi la théorie)
a apporté au Saint-Crothard des améliorations considérables sur
cieus appareils du Monb-Cenis.
Pour ces motifs, la commission décerne le prix a M. Duniol (
et propose d'en porter exceptionnellement la valeur à 3,000 fn
Ces considérants sont certainement des plus flatteurs pou
collègue et on conçoit que le rapporteur ne pouvait entrer (
grands développements à ce sujet. On nous permettra donc i
pléter cet exposé en signalant deux points d'une importance <
dans cette question et qui ont été omis dans les considéra
nous venons de reproduire.
Le premier est que, si M. CoUadoo a pu songer à réaliser
de l'air comprimé pour la transmission des forces ,à distanc
parce que des expériences longues et minutieuses, commene
lui dès 1830 et terminées en 18oâ, sur la circulation de l'air
gués conduites, lui ont démontré que les formules adoptées
générales pour les petits, moyens et gros diamètres, à la si
expériences de d'Aubuisson et Oirard, qui n'avaient opéré que
conduites de O^.IO de diamètre au maximum, étaient erroné*
des diamètres notablement plus grands et que, pour des canal
eu fonte de 0",30 à 0",^ et plus de diamètre, bien nettoyées <
à l'intérieur avec des joints convenablement faits, la perte de
n'est guère que la moitjé de celle que donneraient ces formu
Le second point est que le perfectionnement capital applii
compresseurs dés 1872 par M. Colladon est l'injection d'eau pu
à l'intérieur des cylindres, ce qui a été le seul procédé efTicai
obtenir une marche très rapide (âOO coups et plus par œinut
— 834 —
que Tair comprimé à 8, 10 et même 14 atmosphères s'échauffât de
plus de 20 degrés.
Ce dernier perfectionnement a eu une influence décisive, tant sur l'é-
conomie de travail dépensé pour la compression que sur le volume
d'air obtenu d'un appareil de dimensions données; ce dernier avantage
s'est traduit par une réduction considérable du prix des appareils et
de l'emplacement qu'ils exigent; il est facile de comprendre l'impor-
tance de ces résultats pour les transmissions de force à distance, pro-
blème dont l'importance devient tous les jours plus capitale.
COMPTES RENDUS
SOCIÉTÉ D'ENCOURAGEMENT POUR L'INDUSTRIE NATIONALE
Octobre 1885
Rapport de M. DE Luynes, sur les procédés de MM. Appert frères.
pour rmppllôatloii de Pair eomprlmë an travail et an
soafllase du irerre.
Ces procédés ont été décrits dans la séance du 19 octobre 1883 de la
Société des Ingénieurs civils (1883, vol. II, pages 368 et 416).
Rapport de M. Le Roux, sur Tappareil dit eompteur Itjdraail-
que d'ëleetrieltë, de MM. Marchand et G^rbon^
Cet appareil est un conapteur horaire totalisateur, destiné à mesurer
les temps pendant lesquels ont fonctionné un nombre quelconque d'ap-
pareils dans lesquels l'électricité peut avoir à jouer un rôle ; il ne
donne pas les quantités d'électricité.
Le principe de cet instrument consiste à faire soulever une sou-
pape par un électro-aimant qui fonctionne dès que le courant passe,
cette soupape laissant écouler de Teaudont le volume mesuré est pro-
portionnel au temps de l'écoulement , c'est-à-dire du fonctionnemenl
— &Jo -
des appareils électriques, tels, par exeniplo, <]Uo doe lampes
ccDtes.
Cet appareil n'a encore été i-éalisé i|iie sous lu forme d'u
lie démoustration.
Rapport de M. Bardï sur un nyparcll «lc«Un^ à la
T»«lott de* bolHsons, de M. A. Gav.
L'auteur propose de conserver les liquides sujets à altérati
contact de l'air, tels que les boissons fermenlées, vius, cid
daDS des récipients cylindriques en verre, de 23 liti'os envii
pacité, entourés d'un clissagc en osier; ces vases eut leur b
rieur rodé, ce qui permet la fermeture par dea couvoi-clea
s'appliquant sur ces bords par riutcrmédiaire d'une mince
caoutchouc; des tubulures, fermées de la même façon et pli
partie inférieure, servent ii faire la vidange des récipients.
Lorsqu'on veut mettre les liquides en consommation , on
au bouchon du bas un robinet en verre et on place par 1
supérieure une membrane ou ballon en caoutchouc très fie:
aurait, une fois entièrement gonflée, le volume total du réc
ballon est âxé au bouchon, et mis en communication avec
rieur par un canal pratiqué dans ce bouchon. On conçoit dei
lorsqu'on soutire du liquide par le robinet inférieur, l'air
dsLDS la poche la gonfle et la fait s'appliquer sur le niveau <
qui Be se tronve jamais lai-même en contact avec l'air.
Un seule poche sufât, quel que soit le nombre des récipif
que le bouchon auquel cette poche est fixée peut s'applique]
les récipients.
Un point délicat est l'emploi du caoutchouc qui peut donne
aux liquides; ce caoutchouc, pour éviter cet inconvénient,
spécialement préparé à cet efl'et, par un procédé dont l'aut
le secret.
Le rapporteur a pu constater que du vin, dans lequel des 1
caoutchouc étaient restées immergées pendant prés de deux ai
resté intact et franc de goAt.
Notice nécrologique sur IValter 1TeM«M, membre de
royale de Londres, ex-président de la Société des industries
(traduit du Journal oftke Society ofchemical industry).
Photographie isochromatique, par M. Fred, E. Yves. (1
Joutttat de l'Institut de Franklin.)
Dispositif téléphonique pour les auditions musicales à dista
tpuit par la Société privée des télégraphes de Vienne pour 1']
viennoise de 1883. (Traduit du journal polytechnique de Dingl
— 836 —
Le telpherage. (Extrait du journal iVa/ure.)
De l'utiliBation de Tacide sulfurique ayaut servi à purifier des pétroles
ou des carbures de goudron. (Traduit du Chemiker Z^tung,)
Sur le tmitement du mildew et du rot^ par M. A. Millai*det. (Extrait
des Annales de la Société d'agricaliure de la Gironde.)
Influence du silicium sur les propriétés de la fonte. (Extrait du Bul^
etin du Comité des Forges.)
Les cartons pellîculaires au gélatino-bromure d'argent. (Extrait de
la Nature.)
ANNALES DES PONTS OT CHAUSSEES
Octobre 1885
Note sur les iii«*iiieiii« flëcUssantii flur les «ppals d*uMe
peutre drelfe ••ntlnaey predaltif par la flureliars^ fer-
mée de eliaripes i«elëefii ou non, par MM. E. A. Hausses, ingé-
nieur en chef des Ponts et Chaussées, et L. Cunq, chef de section au
chemin de fer du Midi.
Les auteurs se sont proposé de donner une méthode directe pour le
calcul des moments iléchissants sur les appuis d'une poutre à plusieurs
travées solidaires, quels que soient le nombre, la position et Fimpor-
tauce des charges; cette méthode, pleinement générale, repose sur les
principes de la statique graphique.
Note sur la eonstraeilon du pont Salat-^ean onr l'Adovr,
à Saubusse (Landes), par M. Trépied , ingénieur des Ponts et Chaus-
sées.
Le pont de Sau])usse a été construit de 1880 à 188^2, grâce à la géné-
rosité de Mme veuve Desjobert, qui a donné 400,000 francs pour Fédifi-
cation de cet ouvrage d'art.
Le pont, dénommé pont Saint-Jean d'après la volonté de la donatrice,
comprend sept arches elliptiques de 24 mètres d'ouverture et 7", 50 de
montée. Les piles ont été fondées avec des enceintes en pierre et pal-
planches dans lesquelles on draguait à une certaine profondeur au-des-
sous de Fétiage; on battait dans ces enceintes des pieux espacés de
Û",80 à 1 métré et, après avoir recepô ces pieux k
forme, on coulait du béton daua la fouille.
Les maçonneries sont en moellons, les bandeaux de
dés piles et partie des avant et arrière-becs en pi
^rde-corpB sont en fonte.
La dépense totale s'est élevée k âSO.OUO francs, ce
francs par mètre linéaire, fondations comprises, et 17
superficiel en élévation, également fondations compris
Note sur les ponta «napcadas de S»Im*-II|
■■••Mie, par M. Nicou. ingénieur en chef des Ponts (
On construit encore des ponts suspendus en Fninci
troduit des perfectionnements importants; on lira don
intérêt la note de M. Nicou.
Le pont de Saint-Ilpizc sur l'Allier a été construit e
travées de 6è'°,{l d'ouverture pour la travée centrale
travées latérales.
La hauteur de la première au-dessus des basses oau)
26 mètres au milieu. Le pont a 4 mètres de largeur ■
Sur chacune des deux piles se trouvent deux obélif
de hauteur, portant des secteurs en foute sur lesqui
câbles de suspension, savoir les câbles soutenant la
les câbles allant s'amarrer aux massifs de retenue ptac
Les deux petites travées et les deux portions cxtr
centrale sont soutenues par des haubans inclinés am
reposant sur les obélisques; la partie milieu delà ti
seule supportée par le câble k courbure parabolique
haubans aç sont pas dans un plan vertical, mais bien
sentant un fruit de 1/10 par rapport au plan vertical
de diminuer les oscillations horizontales.
Les tiges de suspension, enfer rond, ont leur ext
contouroée de manière k embrasser les càblos, tandis i
inférieure traverse les poutrelles du tablier et se term
filetée recevant unécrou.
Le garde-corps est disposé en forme do poutre à c
éléments diagonaux sont assemblés avec les lisses h
moyen de sabots en fonte. Ce garde-corps à 1"',40 de 1
Le prix d'établissement de l'ouvrage a étô le suivai
Maçonneries 33.194
Suspension et tablier 37.308
Total 70.302
Le pont de Lamothe, établi sur l'Ailier, près de
important (jue le précédent ; il peut supporter des c
— 838 ~
tonnes sur un seul essieu. Il n'a qu'une seule travée de 115 mètres
de portée et le tablier est à 5",48 au-dessus des basses eaux de la ri-
vière. La largeur entre garde-corps est de 5",50 et comprend une voie
charretière de 4", 10 et deux trottoirs de 0",70 chacun.
La travée est supportée de chaque côté sur H"*,28 à partir de la pile
par 4 haubans inclinés, la partie médiane étant soutenue par les câbles
paraboliques.
Les obélisques placés sur les culées portent des chariots à galets
auxquels sont amarrés les câbles et les haubans. Il y a dix câbles de
suspension dont U de chaque côté du pont.
Le tablier est presque entièrement métallique, composé de poutrelles
en fer laminé k section de double T à ailes larges et pesant 73 kilogs
le mètre courant. Les poutrelles de la partie centrale sont soute<
nues par les tiges de suspension et celles des extrémités par des longrines
d'encor))ellement également en fers à double T auxquelles elles sont re-
liées par des étriers ; ces longrines sont soutenues elles-mêmes par les
haubans.
Le garde-corps n'est pas destiné, comme dans le pont précédent, à doD-
ner de la raideur au tablier; on a cherché au contraire à le faire le plus
léger possible, il est composé de potelets verticaux en fonte, de cor-
nières formant lisses supérieure et inférieure et de tirants en fer rond:
des cordellcs on fils de fer diminuent les vides laissés par les tirants
dans le garde-corps.
La voie charretière et les trottoirs sont en madriers longitudinaux de
bois de chêno avec doublage transversal en peuplier.
Le pont de Lamothe a coûté :
Pour la maçonnerie 79.200 francs
Pour la suspension et le tablier 104.239
Total 183.439
L'emploi des dispositions spéciales, telles que les haubans et les câbles
on fils tordus, ont donné à ces ponts une stabilité qu'on n'est pas habi-
tué à trouver dans les ponts suspendus; on a pu faire parcourir le pont
de Lamothe par une assez lourde voiture à deux essieux au trot et au
galop, sans qu'aucune oscillation d'amplitude notable se soit produite.
Les cables et haubans travaillent à 16 kilogrammes par millimètre
carré, ils sont formés de fils de fer; on fait observer que le pont de La-
mothe, pouvant supporter des voitures chargées de 11 tonnes, pourrait,
sans grand surcroît de résistance, donner passage à de petites locomo-
tives desservant une ligne d'intérêt local.
lie port de ISAlnt-Pëteinsbours et le MoaveAo eiMiAl ma-
pltlme, par M. Petsche, ingénieur des Ponts et Chaussées.
On Bait que les barres delà Neva emp^chaieDt l'arrivé
bourg de navires calant pins de 2"" ,40, lesquels devaier
fi Cronstadt.
Le canal maritime, commencé en 1877 et achevé an c<
cette année, permet l'accès des navires qui peuvent arri
Il a 27 kilomètres de longueur; on peut évaluer les dé
lions do francs.
Notre collègue, M. Sergneeff, a Êiit sur ce sujet une :
munioatioD à la Société, 1883, vol. I, pages 480 et SU
Note sur ie ««Irai des p«a(r«« drolten à tra
r«8, par M. de Lacardi, ingénieur des Ponts et Chai
Note sur la prefondear à donner nux ëcli
flucnce qu'exerce au point de vue du remplissage du sm
vénielles des portes d'amont par M. Barbet, ingénici
Chaussées.
La question de la durée des éclusiOges est d'un int<
pour les voies navigables très fréquentées; la rapidité d
celle de l'entrée des bateaux dans le sas y jouent un râ
Les expériences qui font le sujet de cette note ont C'
conclure :
1° Qu'il n'est pas nécessaire de donner au mouillage
val une valeur supérieure à 2", 23 ou 2", 30, si l'on vei
trée des bateaux montants et diminuer par suite d'une
la durée totale d'une éolus6e, mémo pour des voies
grande fréquentation, comme le canal do la Sensée et Is
sur lesquels l'auteur a opéré ;
2" Que l'on peut se borner à cotte profondeur sans
d'inconvénient sérieux pour la rapidité des manœuvres
qu'il s'agit d'anciennes écluses à remanier, pour lesqu'
plus importante des radiers pourrait compromettre la
vragee ou donner lieu à de trop grandes dépenses ;
3° Que la hauteur à laquelle les ventolles des por
vent être établies en contro-bas du niveau d'aval est
mouillage, mais que cette fonction varie dans des lim
chées lorsque le mouillage reste compris lui-même er
2»,30 ;
4° Qu'enfin, dans ces conditions, la hauteur à laqu
pour obtenir le minimum de durée du remplissage du
mur de chute parait être voisine de 1 mètre.
Résumé du Rapport de la Commlailon Inten
— 840 —
C7»iiAl de Sves, par M. Flamaiit, ingénieur en chef des Ponts et
Chaussées.
' La Commission avait eu à examiner trois projets ou combinaisons
ayant pour but de répondre à la condition du passage par le canal
d'un trafic annuel dépassant dix millions de tonnes, savoir :
1** Le doublement de la voie maritime par élargissement pur et
simple ;
2® Le doublement par construction d'une seconde voie ;
3** Le doublement mixte ou combinaison des deux premières hypo-
thèses .
La Commission conclut à runanîmité en faveur de la première méthode,
l'élargissement pur et simple du canal, de la Méditerranée à la mer
Rouge.
Elle conclut également que la profondeur doit être portée à 8",50
d'abord et qu'un approfondissement supplémentaire de 0™,50, devant
compléter la profondeur de 9 mètres , devra former la dernière phase
d'exécution des améliorations.
La largeur, mesurée à 8 mètres sous le niveau des basses mers de
vive eau ordinaire, sera portée, d'une part, entre Port-Saïd et les Lacs
Amers, à 65 mètres dans les parties rectilignes, à 75 mètres dans les
courbes de grand rayon et à 80 mètres dans les courbes de plus faible
î*ayon ; d'autre part, entre les Lacs Amers et Suez, à 7o mètres dans les
parties rectilignes et 80 mètres dans les courbes qui sont toutes de
trrand ravon.
La Commission approuve également les profils types présentés par la
Compagnie.
Note sur les tëlëaiar^sraplies ou maragraphes enregistreurs à dis'
tance établis le long de l'Escaut et de ses affluents, par M. J. Troost,
ingénieur en chef, directeur du service de l'Escaut.
Ces appareils étaient installés à l'Exposition universelle d'Anvers; ils
ont été construits par M. Schubart, à Gand.
Le principe repose sur l'emploi de deux moteurs à mouvement uni-
forme placés l'un au poste d'observation, Tautre à la station d'enregistre-
ment; le mouvement du premier moteur est périodiquement emprunt/'
par un frotteur ou observateur qui relève la position occupée par un
indicateur de la marée et la transmet par un courant électrique au burin
de l'appareil enregistreur qui la grave sur un cylindre actionné par le
second moteur.
Un seul fil suffit aux transmissions de quatre postes d'observation,
transmissions qui sont aussi enregistrées par un même burin sur un seul
cvlindre.
L'enregistrement se fait périodiquement, à volonté, de cinq en cinq ou
— 8il —
de dix en dix minutes. Il est commandé par une horloge qni décleoahe:
le moteur des quatre appareils enregistreurs, dont les cylindres récepteurs
font alors une révolution complète pendant laquelle chacun d'eux,
enregistre succcessivement les indications des postes d'observation
placés sur la ligne à laquelle il est relié.
L'administration des Ponts et Chaussées de Belgique a installé, le long de
l'Escaut maritime et de ses affluents, quinze de ces appareils observateurs
de la marée dont les indications s'enregistrent dans une station centrale
qui avait été temporairement transférée à l'Exposition d'Anvers, compar-
timent des ponts et chaussées.
I«es Iiiffëiilevrs <le« Ponts et €Hmnmêtmm m PJBxpMitlon
«I^É^sypte. Note complémentaire par M. Tarbé de Saint-Haadouin, ins-
pecteur général des Ponts et Chaussées en retraite.
Mëstotenee av fév des ëlëatents mëtelltqves «les liâtl-
mentSy par M. de Pabàudeau, ingénieur en chef des Ponts et
Chaussées.
A propos des expériences de Bauschinger que nous avons signalées
dans la Chronique de Juin 1885, page 803, M. de Preaudeau cite des
observations intéressantes faites par M. Barret , ingénieur de la Com-
pagnie des Docks et Entrepôts de Marseille sur les incendies surve-
nus à divers entrepôts ; M. Barret propose d'assembler les colonnes
en fonte creuses par des joints étanches et d'en relier la base à la dis-
tribution d'eau de la ville; la circulation d'eau qui s'opérerait ainsi, la
partie supérieure des colonnes étant d'ailleurs ouverte, empêcherait la
fusion de la fonte et probablement la destruction des bâtiments. Les
planchers devraient être établis en briques creuses et les poutres métal-
liques devraient être noyées dans la maçonnerie, tandis que leurs extré-
mités reposeraient sur des sabots en fonte pour permettre la dilatation.
COMPTES RENDUS MENSUELS
DE LA SOCIÉTÉ DE L'INDUSTRIE MINÉRAtE
Réunion de Saint-Étierns
Séance du 3 octobre 4886.
Communication de M. Imbert sur une ttuieUne à essayer les
cltaliieB.
Cette machine d'une extrême simplicité se compose d'un vérin hydrau-
— 842 —
llque de 8 tonnes dont la tête agit sur Textrémlté d'un levier formé
d'une barre d'acier Bessemer de ISO x 30 "/-^ de section.
A cheval sur ce levier est une chappe en acier coulé portante sa partie
inférieure une noix ayant Tempreinte de trois demi-maillons successif»
de la chaîne à essayer ; une chape semblable axée à un bâti en fort boi^
de chêne complète l'appareil. Un manomètre indique la pression.
Grâce à la disposition spéciale des deux chapes, on peut éprouver une
chaîne de longueur quelconque par portions égales successives. En pla-
çant la chape à différents points du levier, on peut obtenir des efforts
en rapport avec les bras de levier; ainsi, avec un vérin de 8 tonnes, on
peut éprouver une chaîne à 24, 32 et 40 tonnes. Pour une chaîne en
acier à tnaillons de 20 "/", ces efforts ref^résentent respectivement 38,
SO et 63 kilogrammes par millimètre carré. Un appareil de ce genre ne
revient pas à plus de 400 francs dont 200 pour le vérin.
Ck>mmunicatioD de M. Ch. Bmssov, sur les mmwàik^mim ûHm
a C««ip« «le po«i««tirei9 d dans les mines à grisou et les moyens de le»
éviter.
Commlsstoii pnuuileMiie «la yrliNiv, traduction par M. Ct. Smox
d'une note parue dans le Gliickauf.
Communication de M. Euverte, sur les tubes à caitons ea
acier Hartln noit martèle manm 0ouMure«*
Ces tubes à canons sont fabriqués à l'usine de Bofors, en Suède,
d'après le procédé créé par l'usine de Tcrrenoire.
La matière se compose de fonte provenant exclusivement de minerais
de premier choix, de fonte blanche, de déchets de fer forgé et d'une
petite quantité de ferromanganèse contenant du silicium ; ce mélange est
traité au four Martin ; les tubes sont coulés dans des lingotières en
fonte chauffées et garnies d'une mince couche de terre réfractaire.
L'acier obtenu est absolument sans soufflures ; on le réchauffe et on
le laisse refroidir dans du poussier de charbon; cette opération régn-
lariso les tensions intérieures et fait acquérir à la matière une élasticité*
et une résistance très élevées. La résistance à la rupture était en moyenne
de 61 kilog. avec allongement de 13 0/Oj la limite d'élasticité de 22 kilog.
et la diminution de la section de rupture de 14,4 0/0.
On a employé également d'autres proportions donnant un métal plus
doux, présentant 54 à 57 kilogs de résistance à la rupture, de 28 à 30 de
limite d'élasticité avec 21 à 23 0/0 d'allongement. Ce métal ayant eu-
trouvé un peu doux, on est revenu à des proportions donnant des pro-
priétés intermédiaires entre les précédentes.
Des canons de 8.4 centimètres, ainsi fabriqués, ont subi l'épreuve de
2000 coups à la charge de service, sans dégradation ni agrandissement
de la chambre à poudre.
843
Séance tbnue a àlais lk 8 novkhbrb 188o.
■
Communication de M. Villot sur r»nalT8e rapMe des Kaa avec
l'appareil Bunte et Tappareil Villot.
La méthode est celle d*Orsat avec emploi de la burette de Bunte,
caractérisée par le mesurage des gaz sous une pression qui n'est pas
exactement la pression atmosphérique, mais cette pression augmentée
d'une petite hauteur liquide toujours la môme. M. Villot décrit égale-
ment un appareil qu'il propose et qui n'est autre que le précédent simpliâé
et mis en œuvre autrement.
Discussion sur les reTétemeiiM en fer pour travaux des
litiitfee.
Cemiiilesleii pruseleiiBe dii srleev* — Ceneluslenfli do
rapport sur les lampée de eûretë, communication de M. Mar-
SAUT.
Ces conclusions ne contiennent pas moins de 101 articles; le rapport
officiel n'est pas encore publié, mais il a été communiqué à M. Mar-
saut par le président de la sous-commission des lampes.
RAuNioN DE Saint-Etienne
Séance du 7 novembre 188 S.
Inetallatten de la etatioiieentrale d'ëelalrase ëleetrlqve
de Salnt-Étlemie, communication de M. Alldiant.
La force motrice de la station centrale est constituée par quatre
machines Woolf à cylindres de 0°',220 et 0»,380 de diamètre et 0,600
de course, marchant à 180 tours auxquelles la vapeur est fournie par
4 chaudières semi-tubulaires de 90 mètres de surface de chauffe chacune.
Avec une pression de 7 kilogs, chaque machine peut fournir de 78 à
130 chevaux effectifs. Avec la pression maximum de 12 kilogs, à
laquelle les chaudières sont timbrées, la puissance développée par chaque
machine atteint 190 chevaux.
Chaque moteur, porte deux poulies-volants de 2™,20 de diamètre qui
actionnent par courroies l'arbre général de transmission tournant à
867 tours par minute; cet arbre porte 8 embrayages à friction dont
— 844 —
4 correspondent aux moteurs et 4 aux dynamos; ces dernières sont
des machines Edison, type SOO lampes A de 16 bougies; Tarmature
tourne à 740 tours par minute en donnant au circuit ouvert une force
électromotrice de 110 volts. Au sortir des djnamos, le courant passe
dans une salle d'épreuve où un tableau portant divers appareils régu-
lateurs permet de faire varier Tintensité du champ magnétique de
chaque machine et de régler isolément celles-ci ; de lÀ le courant passe
au réseau d'éclairage.
Communication de M. Clirmont sur le traniipori de îm forw
par rëlectrlelttf.
Il s*agit de la ' communication faite à l'Académie des sciences par
M. Marcel Depreî, le 22 octobre 188S.
Communication de M. Clermont sur la pr«<lvetl«M <lv yasIiTire-
gème par par le praeëclë Hembert et Heitry,
Ce procédé, tel qu'il est jiécrit par les auteurs dans leur communi-
cation à l'Académie des sciences, comporte deux opérations distinctes:
la première est la décomposition de la vapeur d'eau par du coke
incandescent en hjdrogène et en oxyde de carbone, et la seconde la
décomposition de la vapeur d'eau surchauffée au point de dissociation
en présence de l'oxyde de carbone, décomposition qui donne de l'acide
carbonique et une nouvelle quantité d'hydrogène ; on peut obtenir pra-
tiquement 3,200 mètres cubes d'hydrogène par 1 ,000 kilogrammes de
coke; le prix de revient est d'environ 11/2 centime par mètre cube.
SOCIETE DES INGENIEURS ALLEMANDS
N« 16. — U Novembre 488S.
Exposition -universelle d'Anvers, par Herm. Fischer (fin).
Exploitation des mines. — Indicateur de ventilation.
Croiseur-torpilleur le Scout.
Groupe de Berlin. — Expérience sur la raréfaction de Taîr. — Nou-
veaux règlements pour les chaudières à vapeur.
Groupe de Wurtemberg. — Les arbres . leur croissance et leur trai-
— 845 —
tement. — Machines à écrire. — Brûleur pour chauffage a l'huile miné-
rale.
Patentes.
Bibliographie. — Étude sur la théorie des corps élastiques, du D^ Jacob
Teubner. — Pont de chemin de fer sur la Save à Brod , par Moriz
Bock. — Ouvrages adressés à la rédaction.
Correspondance. — Gages d'extraction.
Variétés. — Lancements et essais de navires.
NM7. — H Novembre 1885.
Matériel roulant de chemins'de fer à TËxposition d'Anvers, par B. Su-
lomon (suite).
Nouvelle forme de cubilot. ^
Machines agricoles. — Semoirs (suite)*
Groupe de Hanovre. — Le ciment et ses falsifications. — ■ Applica-
tions de l'acide carbonique liquide.
Groupe de Saxe, — Lavage des chai'bons. — Filature de la laine
poignée.
Patentes.
Bibliographie. — Principe de la conservation de l'énergie du I)^ Jacob
Weyrauch. — Ouvrages adressés à la rédaction^
Variétés. — Concours et prix proposés. — Action du feu et de l'eau
sur les colonnes métalliques.
NO 48. — 2« Novembre 4885.
Compresseur à sec à tiroirs, patente Burckardt et Weiss, par J.-F.
Weiss.
Machine à air chaud de la Société de construction de Berlin-Au-
halt.
Groupe de Francfort.
Groupe de Manheim.
Groupe du Rhin inférieur. — Caractères du fer fondu et soudé. —
Appareil de sûreté pour chaudières de Schwartzkopff.
Association des chemins de fer.
— 846 —
Écoles supérieures, par le D' Krumme.
Patentes.
Bibliographie, - — Exploitation des houillères, par M. Demanet. tra-
duction allemande de C. Leybold. — Lettres sur TExposition d'Anvers
parues dans la Gazette de Cologne , par le D' W. Mohr. — Ouvrages
adressés à la rédaction.
Variétés. — Lancements et essais de navires.
N« Ad. — 5 Décembre 4885.
Distribution de Klûg pour machines à vapeur, par H. Ebbs.
Compresseur à sec et à tiroir, patente Burckardt et Weiss, par J.-F.
Weiss (suite).
Matériel de chemins de fer à l'Exposition d'Anvers, par B. Salomon
(suite).
Groupe de Wurtemberg. — Expositions de Londres, Anvers et Gorlitz.
— Clé hélicoïdale de Clarfeld et Kockler. — Usine électro-technique
de Canstadt.
Patentes.
Correspondance. — Appareils de graissage pour cylindres à vapeur.
Variétés. — Revue des patentes, de Lûrmann. — Éclairage électri-
que intérieur des chaudières à vapeur.
N« 80. — 4i Décembre 4885.
' Distribution de Kliîg pour machines à vapeur, par H. Ebbs [fm).
Matériel de chemins de fer à TExposition d'Anvers, par B. Salomon
(suite).
Compresseur à sec et à tiroir, patente Burckardt et Weiss (suite).
Chemins de fer. — Freins continus.
Electro-technique. — Expériences de Marcel Deprez sur le transport
électrique de la force*
Perfectionnement au tube de Pitot*
Groupe de Hanovre. — Déviatii
tributioQ d'eau de la ville de Hai
Patentes.
Bibliographie. — Ouvrages adi
Correspondance. — Croiseur-to
YarUtéa. — Statiou d'essais él
de navires en Allemagne.
i
ANNEXE
AU BULLETIN DE DÉCEMBRE 1885
CONGRÈS DES SOCIÉTÉS SAVANTES EN 1886
CIRCULAIRE
de M. le Mîidstre de l'Instruction publique.
Paris, le 7 septembre 1885.
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de vous adresser le programme du Congrès des
Sociétés savantes en 1886, en vous priant de lui donner toute la
publicité désirable.. Comme les années précédentes, il comprend cinq
parties distinctes afférentes aux cinq sections du Comité des tra-
vaux historiques et scientifiques.
Les Sociétés savantes ont collaboré dans une large mesure à
l'ensemble de ce programme ; en réponse à ma circulaire du 12 mai
dernier, elles m'ont transmis un grand nombre de sujets qu'elles
jugeaient dignes de figurer à Tordre du jour du Congrès, et le
Comité, en arrêtant la rédaction défiiiilivo, a essayé de tenir compte
de tous les vœux, s' attachant seulement à généraliser les termes de
certaines questions quand elles ne semblaient viser qu'un intérêt
local.
Un assez grand nombre de sujets d'études, surtout ceux quiinté-
ressent les historiens et les archéologues, vous avaient été déjà
Bull. 56
— 850 —
soumis dans des sessions antérieures ; vos Sociétés ont compris que
les nombreuses et intéressantes communications auxquelles ils ont
donné lieu n'avaient fait qu'en accentuer Tintérét, et, devant les
vœux émis, le Comité a cvax devoir, cette année encore, les main-
tenir au programme.
L'initiative prise par vos Sociétés et que je tiendrai toujours à
leur laisser, m'est une garantie précieuse pour l'avenir : j'ai la con-
fiance que l'an prochain, sur tous les points qui constituent ce
programme et que j'ai choisis d'accord avec vous, MM. les délégués
apporteront les résultats de leurs travaux et seront prêts à soutenir
des discussions qui assureront l'éclat de votre Congrès et en démon-
treront de plus en plus la haute importance scientifique.
Agréez, Monsieur le Président, l'assurance de ma considération
la plus distinguée.
Le Ministre de instruction publique,
des Beaux- Arts et des Cultes y
René GOBLET.
PROGRAMME
DU
r r
CONGRES DES SOCIETES SAVANTES
A LA SORBONNE EN 1886
I.
SECTION D'HISTOIRE ET DE PHILOLOGIE
1° Mode d'élection et étendue des pouvoirs des députés aux États
provinciaux.
2° Les esclaves sur les bords de la Méditerranée au moyen âge.
3^ Recherche des documents d'après lesquels on peut détermi-
ner les modifications successives du servage.
4° Origine et organisation des anciennes corporations d'arts et
métiers.
5° Origine, importance et durée des anciennes foires.
6° Anciens livres de raison et de comptes et journaux de fa-
mille.
7^ Liturgies locales antérieures au dix-septième siècle.
8° Origine et règlements des confréries et charités antérieures
au dix-septième siècle.
9*^ Étude des anciens calendriers,
10° Indiquer les modifications que les recherches les plus ré-
centes permettent d'introduire dans le tableau des constitutions
communales tracé par M. Augustin Thierry.
Il*^ Des livres qui ont servi à l'enseignement du grec en France,
depuis la Renaissance jusqu'au dix-huitième siècle.
12° Les exercices publics dans les collèges (distributions de prix,
académies, représentations théâtrales, etc.), avant la Révolution.
— HM —
l^"" Anciennes démarcations des diocèses et des cités de la Gaulv,
servant encore aujourd'hui de limites aux départements et aux
diocèses.
14^ Étude des documents antérieurs à la Révolution pouvant
fournir des renseignements sur le chiffre de la population dans
une ancienne circonscription civile ou ecclésiastique.
16° L'histoire des mines en France avant le dix-septième siècle.
16° De la signification des préfixes EN et NA devant les noms
propres dans les chartes et les inscriptions en langue romane.
17° Objet, division et plan d'une bibliographie départementale.
II
SECTION D'ARCHEOLOGIE
1° Quelles sont les contrées de la Gaule où ont été signalés des
cimetières à incinération remontant à une époque antérieure à la
conquête romaine? — Quels sont les caractères distinctifs de ces
cimetières ?
2« Dresser la liste, faire la description et rechercher rorigioe
des œuvres d'art hellénique, des inscriptions et des marbres grecs,
qui existent dans les collections publiques ou privées des divers
départements. Distinguer ceux de ces monuments qui sont de pro-
venance locale de ceux qui ont été importés dans les temps mo-
dernes.
3° Drosser la liste des sarcophages païens sculptés de la Gaule.
En étudier les sujets , rechercher les données historiques et les
légendes qui s'y rattachent et indiquer leur provenance.
4° Signaler les nouvelles découvertes de bornes militaires ou k>
constatations de chaussées antiques qui peuvent servir à détermi-
ner le tracé des voies romaines en Gaule ou en Afrique.
5° Grouper les renseignements que les noms de lieux-4its peu-
vent fournir à l'archéologie et à la géographie antique.
U° Signaler dans une région déterminée les édifices antiques de
l'Afrique tels que arcs de triomphe, temples, théâtres, cirques,
portes do ville, tombeaux monumentiiux, aqueducs, ponts, etc., *^î
dresser le plan des ruines romaines les plus intéressantes.
— 8S3 -^
7^ Étudier les caractères qui distinguent les diverses écoles d'ar-
chitecture religieuse à l'époque romane en s'attachant à mettre en
relief les éléments constitutifs des monuments fplans, voûtes, etc.).
8° Rechercher, dans chaque département ou arrondissement, les
monuments de l'architecture militaire en France aux différents siè-
cle du moyen âge ; en donner des statistiques , signaler les docu-
ments historiques qui peuvent servir à en déterminer la date .
9^ Signaler les constructions rurales élevées par les abbayes,
telles que granges, moulins, étables, colombiers ; en donner autant
que possible les coupes et plans.
10° Etudier les tissus anciens, les tapisseries et les broderies qui
existent dans les trésors des églises, dans les anciens hôpitaux,
dans les musées et dans les collections particulières.
\\^ Signaler les actes notariés du quatorzième au seizième siècle,
contenant des renseignements sur la biographie des artistes et par-
ticulièrement les marchés relatifs aux peintures, sculptures et autres
œuvres d'art commandées soit par des particuliers , soit par des
municipalités ou des communautés .
12^ Étudier les produits des principaux centres de fabrication de
Torfèvrerie en France pendant le moyen âge et signaler les carac-
tères qui permettent de les distinguer.
13^ Quelles mesures pourraient être prises pour améliorer l'or-
ganisation des musées archéologiques de province, leurs installa-
tions, leur mode de classement et pour en faire dresser ou perfec-
tionner les catalofifues ?
III
SECTION DES SCIENCES ÉCONOMIQUES ET SOCIALES
i** Des procédés de mobilisation de la propriété foncière expéri-
mentés ou proposés en France ou à l'étranger (cédules hypothécai-
res, dettes foncières, billets de banque fonciers, etc.).
2° De la propriété en pays musulman.
3° Analyse des dispositions prises, depuis le seizième siècle jus-
qu'à nos jours, pour créer et développer la vicinalité. Avantages et
— 854 —
inconvénients de la prestation en nature ; appréciation des condi-
tions actuelles de la législation sur les chemins vicinaux.
4^ Historique de la législation ayant eu pour but de conserver les
forêts sous l'ancien régime et de nos jours. Indication de quelques
mesures à prendre pour prévenir les défrichements et les exploita-
tions abusives de bois et forêts des particuliers.
5* Réforme de Timpôt foncier des propriétés non bâties.
6^ Quelles étaient les données générales de Torganisation des
anciennes universités françaises? Y aurait-il avantage à créer des
universités régionales ? Quels services pourraient-elles rendre ?
7® De l'enseignement agricole dans les écoles primaires.
8^ Ouvrages anciens et tentatives diverses pour la réforme et
l'amélioration des prisons avant 1789.
9° Messagers, messageries, courriers, poste dans une région donnée,
du moyen âge à la Révolution.
10° La diminution de la population rurale.
11° Etudier la valeur vénale de la propriété non bâtie au dix-
huitième siècle dans une province, et comparer cotte valeur avec la
valeur vénale actuelle.
12° Du crédit agricole et des moyens de l'organiser efficacement,
son fonctionnement en Allemagne et en Italie. Syndicats d'agricul-
teurs pour l'achat des instruments et des engrais, et pour la vente
des produits ; ne serait-ce pas là le moyen de résoudre la question
du crédit agricole?
13° Étude des résultats statistiques de la participation aux béné-
fices dans l'industrie.
14° Pourrait-on reprendre la frappe des pièces de 5 francs en
argent sans avoir à redouter un rapide drainage de l'or ?
15° Des conditions d'exécution qui peuvent justifier le rangqof
la transportation et la relégation occupent dans Féchelle des pei-
nes établies par le Code pénal et par la loi de 1885,
— 855 —
IV
SECTION DES SCIENCES MATHÉMATIQUES . PHYSIQUES .
CHIMIQUES ET MÉTÉOROLOGIQUES
*
1° Etude du mistral.
2° Méthodes d'observation des tremblements de terre.
ii° Électricité atmosphérique.
4° Recherches sur la présence de la vapeur d'eau dans l'air par
les observations astronomiques et spectroscopiques.
5^ Comparaison des climats du midi et du sud-ouest de la
France.
6^ Des causes qui semblent présider à la diminution générale
des eaux dans le nord de l'Afrique et à un changement du climat.
7° Études relatives à l'aérostation.
.8*^ Etude de la gamme musicale, au point de vue historique.
SECTION DR SCIENCES NATURELLES ET DE SCIENCES
GÉOGRAPHIQUES.
i*' Étude du mode de distribution topographique des espèces
qui habitent notre littoral.
2° Étude détaillée de la faune fluviatile de la France. Indiquer
les espèces sédentaires ou voyageuses et, dans ce dernier cas, les
dates de leur arrivée et de leur départ. Noter aussi Tépoque de
la ponte. Influence de la composition de l'eau.
3" Étude des migrations des oiseaux. Indiquer les dates d'arrivée
et de départ des espèces de la faune française. Signaler les espèces
sédentaires et celles dont la présence est accidentelle.
4^ Étude des phénomènes périodiques de la végétation ; dates
du bourgeonnement, de la floraison et de la maturité. Coïncidences
de ces époques avec celles de l'apparition des principales espèces
d'insectes nuisibles à l'agriculture.
— 8,% —
o« Examiner et discuter l'influence qu'exercent sur les insectes
les températures hibernales et leur durée plus ou moins longue,
6® Étude des insectes producteurs de miel et de cire.
7° Étudier au point de vue de l'anthropologie les différentes popu-
lations qui, depuis les temps les plus reculés, ont occupé, en tota-
lité ou en partie, une région déterminée de la France.
8*^ Époque, marche et durée des grandes épidémies au moyen
âge et dans les temps modernes.
9^ Comparer entre eux les vertébrés tertiaires des gisements de
la France, au point de vue des modifications successives que les
types ont subies.
10*^ Comparaison des espèces de vertébrés de l'époque quaternaire
avec les époques similaires de Tepoque actuelle.
11° Comparaison de la flore de nos départements méridionaux
avec la flore algérienne.
12** Influence des plantations d'eucalyptus au point de vue de
l'assainissement des terres marécageuses. Utilisation de ces arbres.
13^ Étude des arbres à quinquina, à caoutchouc otà gutta-percha.
Quelles sont les conditions propres à leur culture ? De leur intro-
duction dans nos colonies.
14° Etudier Tinfluence de la chaîne des Cévennes dans les limitos
apportées à la propagation vers le Nord des espèces végétales ot
animales de la région méditerranéenne.
irjo Exposer les découvertes archéologiques qui ont servi à déter-
miner le site des villes de Tantiquité ou du moyen âge, soit en
Europe, soit en Asie, soit dans le nord de l'Afrique.
16° Signaler les documents géographiques curieux (textes et car-
tes manuscrits) qui peuvent exister dans les bibliothèques publiques
et les archives des départements et des communes.
17° Étudier les mouvements généraux des sables en Afrique et
en Asie. Déterminer les régions où les sables reculent et celles où
ils progressent.
18° Étudier les résultats géographiques obtenus à la suit« dp
grandes explorations accomplies récemment au Congo, dans Tlndo-
Chine et au Tonkin.
TABLE DES MATIÈRES
TRAITÉES DANS LA CHRONIQUE DE 1886.
Aeler (Production dos fers et) en Allemagne, Juin, I, 805; — (Chau-
dières en) Juillet, II, 15i ; — Utilisation des vieux rails d'i. Octobre,
II, 516.
Ael^rlefi (Force motrice dans les forges et), Janvier, I, 103 ; — de
Bilbao, août, II, 235.
Agrandlfifieineiit d'un tunnel, Janvier, I, 111.
Air (Machines à) chaud, Février, I, 266. •
Allmentatloii d*eau de Texpédition du Soudan , Mars , I, 463 ; —
d*eau des villes de l'Amérique du Nord, Avril, I, 581.
Arlberif (Locomotives employées aux travaux du tunnel de 1'), Août,
II, 228.
Ai9i9aliil(Meineiit de la ville de Blankenberghe. Juillet, II, 162.
Ateliers de Baldwin, Août, II, 232, Septembre, 354.
Canal de l'Érié (Trafic du). Avril, I, 574.
diaudlèrem en acier. Juillet, II, 154.
Chemins de fer (Vitesse des trains de), Février, I, 270 ; — à cré-
maillère. Mars, I, 407 ; — à traction électrique. Avril, I, 576 ; — au
Japon, Septembre, II, 360. — (Les premiers) français. Décembre,
II, 825.
Cheminée (Déplacement d'une) d'usine, Octobre, II, 517.
Coke (sous-produits de la fabrication du). Septembre, II, 357.
Colonneu (Résistance au feu des) en fonte. Juin, I, 805.
Campafrnle de navigation Péninsulaire et Orientale, Novembre, II,
672.
Compteur d'eau, système Schmid, Avril, I, 582.
Oëmalllère (Chemin de fer à). Mars, I, 467.
Hëplaeement d'une cheminée d'usine, Octobre, II, 517.
Hlatrlbutlon d*oau de Stuttgart, Janvier, I, 113.
Hoek flottant de Rotterdam, Octobre, II, 512.
Eau (Distribution d') de Stuttgart, Janvier, 1, 113; — (Alimentation d'),
de l'expédition du Soudan, Mars, I, 463; — (Alimentation d') des
villes de l'Amérique du Nord, Avril, I, 381 ; — (Compteur d') sys-
tème Schmid, Avril, I, 582.
Kelalra||;e électrique de l'Atlantique, Mars, I, 460.
— 8r;8 —
Électrique (Éclairage) de TAtlantique, Mars, 1,466; — (Chemin de
fer à traction). Avril, I, S76; 7— ^Phare) transportable, Juin, I, 797.
Enveloppe» calorifuges, Décembre, II, 831.
i:«eaut (L') et le port d'Anvers, Mai, I, 601.
Essaie à l'indicateur sur des locomotives. Décembre, II, 828.
Expédition du Soudan /'AlimeDtation d'eau de l'i. Mars, I, i63.
Expériences de consommation sur une machine marine, pVvrier, I,
258 ; Mars, I, 4^3.
Fairlle (R.), AoAt, II, 236.
Fer (Production du) et de l'acier en Allemagne, Juin, I, 805.
Feu (Résistance au) des colonnes en fonte, Juin, I, 805.
Forée motrice dans les forges et aciéries, Janvier, I, lO.'l; — - hy-
draulique pour le percement des grands tunnels, Juin, I, 801.
Frein restituteur pour tramways, Juillet, II, 158.
Frottement dans les grues à bras, Février, I, 207.
Qaz naturel aux États-Unis, Septembre, II, 111 : — (Moteurs ;V). No-
vembre, II, 574.
'Claee (Résistance de la). Octobre. II, 517.
Qothard (^frafic du), Mai, I, 603.
CSrues (Anciennes) hydrauliques. Février, I, 266; — (Frottement
dans les) à bras, Février, I, 2()7.
Homme (Travail développé par V) dans un court espace de temps,
Mai, I, 697.
Hydrauliques (Anciennes grues). Février, I, 266; — (Forces mo-
trices) pour le percement des grands tunnels. Juin, ï, 801.
Indieateur (Essais à T), sur des locomotives, Décembre, II, 828.
Industrie minérale en Belgique, Août, II, 235.
Inifënieurs (Travaux des Sociétés d'), Janvier, I, 108.
liamlnolrs (Machines de), Octobre, II, 511.
lioeoniotives Decapo(f, Avril, I, 579; — (Tiroirs équilibrés pour',
Juin,I, 799; — employées aux travaux du tunnel de TArlberg, Août.
II, 228 ; — (Essais à Tindicateur sur dos), Décembre, II, 828.
Haelilnes à air chaud. Février, I, 265; — marine (Expériences do
consommation sur une). Février, I, 258; Mars, I, 455; — élévatoi-
res américaines, Mai, I, 689; — à deux cylindres (Observations sur
le fonctionnement des). Août, II, 238 ; — de laminoii'S, Octobre, H,
511.
métrique (Le système) aux États-Unis, Mai, I, 695: — (Le systèmf^)
et ses adversaires. Septembre, II, 357.
moteurs à gaz, Novembre, ÏI, 674.
MaTiiratioii sur les lacs des États-Unis, Janvier, I, 112; — (Compa-
gnie de) Péninsulaire et Orientale, Novembre II, 672.
HTavires à vapeur (Les grands). Juin, I, 803.
— 8S9 —
Observations sur le fonctionnement des machines à deux cylindres,
Août, II, 238.
Origine du mot tramway, Mars, I, 464.
Patentes en Angleterre, Juillet, II, 16i.
Phare électrique transportable, Juin, I, 79".
Pétrole en Amérique, Juillet, II, 103.
Pont de Brooklyn (Tramway du), Février, I, 271; — à bascule à
Rotterdam, Novembre, II, 669.
Port d'Anvers (UEscaut et le). Mai, I, 69i.
Prix Fourneyron, Décembre, II, 832.
Produetlon du zinc en Espagne, Mai, I, 606 ; — dos fors et aciers
en Allemagne, Juin, I, 805.
Pyromètre calorimètre. Novembre, II, 678.
Rails (Usure des), avril, I, 574; — (Utilisation dos vieux) d'acier.
Octobre, II, 316.
Rësistanee au feu des colonnes en fonte. Juin, I, 803 ; — de la glace.
Octobre, II, 317.
lious-prodults de la fabrication du coke. Septembre, II, 337.
Système métrique (Le) aux États-Unis, Mai, 1, 693; — (Le) et ses
adversaires, Septembre, II, 337.
Tèlëi^rapltes aux États-Unis, Juillet, II, 163.
Tiroirs équilibrés pour locomotives. Juin, I, 799.
Touace (le), JuiUet, II, 163.
Traetlon électrique (Chemin de fer à), Avril, I, 376.
Trafle du Canal de l'Krié, Avril, I, 374 ; — du Gothard. Mai, I, 693.
Trains (Vitesse des) de chemins de fer, Février, I, 270.
Tramiiray du pont de Brooklyn, Février, 1,271 ; — (Origine du mot;.
Mars, I, 464; — (Frein restituteur pour). Juillet, II, 138 ; — (Trans-
port dans Paris par omnibus et), Novembre, II, 679.
Transports à bon marché, Février, I, 269; — dans Paris par omni-
bus et tramways. Novembre, 11,679.
Travail développé par Thomme pondant un court espace de temps,
Mai, I, 697.
Travaux des Sociétés d'Ingénieurs, Janvier, I, 108 ; — du tunnel
de TArlberg (Locomotives employées aux), Août, II, 228.
Trevithlek (Richard), Janvier, I, 109.
Tunnel (agrandissement d'un). Janvier, I, 111 ; — (Forces motrices
hydrauliques pour le percement des grands). Juin, I, 801 ; — (Loco-
motives employées aux travaux du) do l'Alborg, Août, II, 228.
Usure des rails, Avril, I, 574.
Utilisation des vieux rails d'acier. Octobre, II, 516.
Vitesse des trains de chemins de fer, Février, I, 270.
ZIne (Production du) en Espagne, Mai, I, 696.
TABLE DES MATIERES
DEUXIÈME SEMESTRE. - ANNÉE 1885
Appareils dynanométriques applicables aux Machines ma-
rines (grands). Note de M. Daniel Golladon sur ses appareils et sur
ceux de M. Auguste Taurines, lue par M. A. Mallet 374
Lettre de M. de Cossigny au sujet de cette lecture 540
Appareil élévatoire de SO"", avec chariot transbordeur, Com-
munication et mémoire de M. A. Bonnet 200 et 209
Remarques de MM. Forest, Badois et A. Quéruel, sur la communi-
cation pi-écédente 207
Assainissement de Toulon (Àvant^Projet de M. ^Ingénieur en chef
Dyrion), Communication et note de M. Allred Hauet ..... 547 et 76(5
Bateau à Hélice mobile {système Edmond Boy), compte rendu d*ex-
périences et considérations générales sur la Navigation intérieure, par
M. Edmond Roy 186
Observations de MM. A. Quéruel, Carimantrand et Edmond Roy, sur la
communication précédente 196
Lettre de M. W. Nordling, relative au même sujet 391
Calcul des Poutres continues {méthode générale analytique et méthode
graphique), mémoire par M. Bertrand de Fontviolant 255
Catastrophe de Chancelade, notes de M. Durupt (sur la) . . . 550 et 563
Observations de MM. de Comberousse, Badois et Grûner sur la première
note de M. Durupt 553
Souscription spontanée des membres de la Société jmur les victimes
de cette catastrophe 756
Chemin de fer de Saint-Étienne à Lyon, lettre de M. A. Léger
(sur les Origines du), et remanjue de M. de Comberousse à ce sujet . 392
Chemin de 1er Métropolitain, letties de M. Haag et de M. Jules
Garnier, relatives à leui-s projets respectils (de) 181 et 538
Cinquantenaire (de l'Etablissement du chemin de fer de Saint-Germain
et du Réseau français), paroles de M. de Comberousse . 27
Congrès métallurgique et géologique, tenu à Budapest .... 179
Congrès des Sociétés savantes à la Sorbonne, en 1886. Circu-
— 862 —
laiie de M. lo MiiûsU'o dv l'Instruction publique el prognunmc* du
Congrès 819
Convention internationale pour la protection de la propriété
industrielle :
NoU* de M. Edouard Simon 4Î8
Communication H note de MM. Cli. Assi el L. Genès 43 i et 489
Observations préscnlée.s sur le nièine sujet par MM. Casalonpi,
Albert Caheii, Armengaud, Mardelet, Edouard Simon, Cli. Asm
et L. Gtmès 444, 537 et 550
Décès : MM. Henri Tresca, Giraudeau, Grieunaai'd, Louis Pai-ent,
Bougùre, Jean Fleurv, Virtor Forquenot, Mesmer, CÀ>urnerie, Parlier,
Sehalier, Hermann-Lachapelle. Andeiiel, Sordoillet (*), Husquin de
Rliéville lils (altaclié au secrétariat de la Société). 9, U). t79, 373, 538 el 566
Décorations françaises :
CoMMANDECR DE LA LÉGION d'Honneur : M. A. KonuB 422
Officier de la Légion d'Honneur : M. ApiHTt 179
Chevaliers de la Légion d'Honneur : MM. V. Conlaniin, A. MalitM.
Léon Francq, E. Cacheux, Ernesl Herscher, Morel :25etl79
Officier DF. l'Instruction publique: M. Richou 557
Officiers d'Académie : MM. Edmond Michaud. Guigon be> .... 557
Décorations étrangères :
Ordre de François- Joseph : Ciiev aller. M. F. Bômrhes il
Ordre de la Couronne de fer d* Autriche : ClievaJier, M. Pasquier ... 25
Ordre cte LeopoW : Officier : M. Greiner 755
Chevaliers: MM. Ch. Bourdon et DoîU. . . . 373 el 538
Ordre de Charles III d*Esj)agne: C\u*\i\ïivi\ M. Decau ville 557
Ordre du Sauveur de Grèce : Chevalier, M. Pasquier 25
Ordre du Cambodge: Officier, M. Adolphe Violet 373
Ordre impérial de l'Osmanié : Commandeur, M. Letalle 373
Ordre du Nicham : OfTicier, M. Vernes Mi)
Distribution de la force motrice à domicile au moyen de
l'air raréfié, observations techni(|ues présentées par M. Piarron de
Mondésir, à propos du mémoire de M. L. Boudenoot et de la lettre
de M. Mékarski o7i el 771
Lettre de M. Mékai*ski sur le même sujet 575
Dynamomètres de traction et de rotation, lettre de M. J. de
Cossigny sur les appareils d(» M. Auguste Taurines 18.3
Observations de M. A. Malle l sur la lettre précédente 185
Économiste pratique (F), note de M. G. Anthoni sur l'ouvrage de
M. E. Cacheux (intitulé) m
Élection des membres du Bureau et du Comité, pour Tan-
née 1886 7r»5
Érection d'une statue à Denis Papin« dans la cour d'honneur du
Con«Tvatoire des Arls et Métiei-s. Souscription offici(»lle de la Société. 755
^*, Le décès de M. Sordoillet, morl à Panama en novembre 1885, n*a pu être annoncé
à la Société qu'à la séance du 8 janvier 1886.
— 863 —
Exposition universelle d'Anvers, lettre et notes do M. J. Moran-
dière (sur Y) 26 et 54
Exposition de l'outillage des travaux publics, lettre du Syn-
dicat des Entrepreneurs de travaux publics de France (aQnon(;ant T). 394
Fondation d'une Société nouvelle d'Ingénieurs et d'indus-
triels belges, lettre d*avis 180
Forces mutuelles et leurs applications aux phénomènes
mécaniques, physiques et chimiques, communication et mé-
moire de M. P. Bertliot (sur les) 544 et 588
Hélices propulsives (Recherches sur la œnslruction théorique des), mé-
moire de M. Duroy de Bruignac Vd
Observation de M. A. Quéruel sur la conmmnication précédente de
M. de Bruignac (séance du 19 juin 188D),et ré^wnse de M. de Brui-
gnac 8
Hôtel des Postes de Paris fLenout7e/j, communication de M. Guadel
sur la partie esthétique et la construction proprement dite; communi-
cation de M. A. Bonnet sur l'organisation et le service mécanique 557 et 756
Observation de M. A. Quéruel 760
Langues internationales (Conférences sur les), par MM. E. Maldant,
A. Kerckhofls.
Discussion : l^LM. £. Maldant, A. Rerckboûs, Brûll, Casalonga, le
général Tcheng-ki-Tong, Auguste Moreau , Gassaud, Derennes,
SaiUard, Pesée, Ch. Cotard • 689
La Plata (Les intérêts français, au point de vue industriel et commer-
cial, dans les pays de), communication de M. A. Potel 36
ObscTvation de M. Seyrig à propos de cette communication 52
L^gs Fusco, rapport présenté par M. de Comberoussi% au nom du
Comité, sur la donation faite par M™* Fusco à la Société 450
Vole de l'Assemblée, constituée en Assemblée générale, accoptimt à
runanimité, œnformément à la proposition du Comité, le Legs
Fusco sous bénéfice d'inventaire. 453
Legs Giffard (Signature du Décret autorisant la Société à entrer en pos-
session du). 422
Lettres de M. Fabry, piésident de l'Union des Ingénieurs sortis des
écoles de Louvain ; de M. de Mattliys, président de l'Association des
Ingénieui's sortis des écol(»s de Gand ; de M. G. Cadolini, président du
Collège des Ingénieurs et Architectes de Rome au sujet du décès de
M. Henri Tresca 9, 10 et 27
Machine à vapeur (Système A. Quéruel), compte rendu [nxr M. A.
Quéruel des essais faits sur une machine à vapeur de son système,
construite par M. A. Crespin 23 et 464
Observation de M. Douane sur ce compte rendu 24
Machines marines à l'Exposition universelle d'Anvers, com-
munication et mémoire de M. Jules Gaudry (sur les) 548 et 626
Membres admis (Nouveaux) 7, 178, 372 et 536
Membre honoraire : M. H. de Matthys 541, 587
-- 864 —
Moteurs domestiques (Nouveau aystèmc de), coinniunication de
M. Abel Pifre ît
Observations de MM. Contauiiu et Edmond Rov sur cette coniniu-
nication 16
Pavage en côramite (Nouveau), note i>ai' M. A. Gouv> 454
Ports de ooxnmerce en France et à l'Étranger, considérations
générales et analyse de l'ouvrage de M. Laroche, ingénieur en chef
des ponts et chaussées, {mr M. Charles Cotard 365
Obsèques de M. Henri Tresca, pi*ésident honoraire :
Discours de MM. Maurice Lévy, A. Laussedat, Cauvet, Haton de la
Goupillière, de Comberousse, Ix)uis Passy et A. Nobiot 130
Remerciement (Lettres de) à la Société :
De M. F. Bômches • 10
De M. F. Reymond M
Sautage des grosses mines (Emploi de la dynamite pour le). (X)ni-
inunication et mémoire de M. G. (-erbelaud 578 et 1\H
Observations sur la comniunicuition précédente, par MM. (^halon,
G. Bianchi, de Cordemoy, ('h. (À)tani et G. Orbelaud 580
Situation financière de la Société (Exposé de /aj,par M. G. Loustau
(Assemblée générale du 18 décembre) 76i
Société des Ingénieurs Civils (Notice sw /aj, parM. A.-C. Benoit-
Duportail 806
Table des matières traitées dans la chronique de 1886 . . 857
Vases, sables et graviers (L*entratnement et le transport par les
Eaux courantes des), analyste par M. Auguste Moreau de la communi-
cation faite sur ce sujet, par M. Vauthier, au Congrès tenu à Biois par
l'Association française jKmr Tavancement des Scienres iî»
Voyage de la Société en Belgique :
Exposé, par M. de (lomberousse, de la partie olUcielle du vo>uge. 395
Compte rendu, par M. BrûU, des excursions organisées en l'honneur
de la Société par TAssociation des Ingénieurs sortis des écoles de
Gand 400
Compte rendu, par M. Auguste Moreau, comme suppléant dv M. Pt;-
risse, des excursions organisées en l'honneur de la Société iku*
l'Association des Ingénieurs sortis des écoles de Liè^e ill
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